PARACHA HACHAVOUA (Paracha de la semaine – Chabbat 11 février 2012)

 

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Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

17e Paracha : Yitro Chémote (Exode) 18, 1 – 20, 23

Le beau-père de Moché, Yitro,  « gouverneur » de la terre de Midian et « prêtre », qui conduisait le peuple de Midian dans son culte avait expérimenté toutes les fausses divinités du monde d’alors. Après sa rencontre avec Moché, il a connaissance des grands miracles accomplis par D.ieu pour les enfants d’Israël et quitte Midiane, abandonnant richesse et confort pour rejoindre le camp des Hébreux dans le désert, accompagné de Tsipora, l’épouse de Moché et de leurs deux fils, Guershom et Eliezer. Yitro conseille à son gendre d’établir une hiérarchie de magistrats et de juges qui l’assisteront dans sa tâche d’administrer le peuple et de rendre la justice. Le peuple campe face au mont Sinaï. Moché monte vers D.ieu et rapporte Sa parole : « Vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte ». Et le peuple répond « Tout ce que l’É-ternel a dit nous le ferons ». Le 6ème jour du 3ème mois (le mois de sivan), 7 semaines après la Sortie d’Egypte, le peuple d’Israël est tout entier rassemblé au pied du Mont Sinaï sur lequel D.ieu descend au milieu du tonnerre, des éclairs, d’une lourde nuée, au son du chofar, la corne de bélier. D.ieu appelle  au sommet de la montagne. Il proclame les Dix Commandements : croire en D.ieu, rejeter l’idolâtrie, ne pas invoquer le nom de l’É-ternel à l’appui du mensonge, sanctifier le jour du Chabbat, honorer son père et sa mère, ne pas commettre d’homicide, ne pas commettre d’adultère, ne pas commettre de vol, ne pas porter un faux témoignage, ne pas convoiter ce qui appartient à son prochain. Les Hébreux crient vers Moché que l’intensité de la révélation est trop intense pour eux et lui demandent de recevoir la Torah de D.ieu et de la leur transmettre.

Les Sages commencent souvent leur étude par la liste des questions étonnantes (témouâ); faisons de même. Nous sommes effectivement face à un phénomène étonnant et stupéfiant : • d’abord, cette paracha qui veut nous enseigner la Torah porte le nom d’un non-Juif ;  • de plus, nous y voyons ce récent converti donner des conseils… à Moché lui-même sur l’organisation du peuple saint, où tout est sainteté, et Moché s’empresse de suivre dans le détail ses conseils. • enfin, le nom de ce converti est choisi pour la paracha centrale qui est celle de la révélation du Sinaï et des 10 commandements : Yitro.  • encore moins logique, nous ne parvenons pas à relier cela avec l’idée admise que le judaïsme n’est pas prosélyte et qu’il accepte avec difficulté les conversions. Nous devons comprendre le message que tout cela veut nous transmettre, d’autant que cela est justement choisi pour marquer le moment central de l’histoire juive. Dans son commentaire de la paracha Bo, le Rav Chalom Messas, zal, disait que les plaies d’Egypte référaient chacune à la création du monde. Simple notation pour celui qui fait l’erreur de ne pas chercher ce que le Rav a en tête en disant cela, comme on le fait pour Rachi. Le judaïsme ne donne ses clefs qu’à ceux qui les cherchent. Le Rav voulait nous rappeler que la constitution du peuple juif lors de sa sortie d’Egypte concerne le tiqoun (l’amélioration) du monde qui est en pannes successives depuis sa Création. C’est pourquoi, dans la paracha précédente, Béchallah, nos Sages font remarquer que trois fois l’expression âm (peuple) apparaît dans les premiers verset et que, la quatrième fois, ce n’est plus le mot âm qui est utilisé,  mais les bné Yisrael, les fils d’Israël. Cela veut dire que trois tentatives de tiqoun, d’amélioration de ce monde ont échoué, dans la génération du déluge, dans la génration de la Tour de Babel et de la dispersion, dans la génération de Noé. Seulement l’homme et la Création commencent à réussir ce tiquoun avec la reprise de toute la Création en Egypte, cet empire le plus élevé et le plus puissant qui la symbolise, et c’est l’émergence de l’homme qui trouve les clefs vers la Torah révélée. Ce même lien entre le projet global de la Création et de tout l’homme, avec la fonction du peuple juif, apparaît avec une intensité grandiose dans l’amitié qui se lie entre Moché et Yitro. Une relation extraordinaire, dans les deux sens. Un respect au niveau le plus élevé possible, chez les deux partenaires. C’est cela qui reviendra entre les deux partenaires : le peuple juif et les non-Juifs. Celui qui a quelque connaissance du meilleur des religions et philosophies d’autres peuples (le Sanhédrine connaissait toutes les langues du monde et leur culture), en respecte la sagesse, la morale, en apprend, y voit une image de la beauté du Créateur comme le dit le Traité Sanhédrine en parlant de la beauté unique de chaque peuple. Alors seulement la fonction du peuple juif sera comprise et appréciée.

« Désormais, si vous écoutez ma voix, si vous restez fidèles à mon alliance, vous serez mon trésor parmi les peuples, bien que toute la terre soit à moi ». (Exode, 19, 5) Réunis au pied du Mont Sinaï, les enfants d’Israël viennent de recevoir de l’Eternel un merveilleux cadeau : la Torah. Et, pour symboliser la présence dorénavant en leur milieu de ce message divin que constitue la Torah, Moché leur rapporte, gravées par D.ieu lui-même, en lettres de feu, les deux Tables de la loi. Celles-ci, à partir de ce moment-là, les accompagneront, enfermées dans l’Arche Sainte, la partie la plus sacrée du Tabernacle, à travers toutes leurs pérégrinations dans le désert. Ces deux Tables portaient chacune cinq des Dix commandements que l’Eternel avait tenu à y consigner. Si nous les examinons de plus près, nous sommes frappés par le fait que sur la première des deux Tables se trouvent notés nos devoirs envers D.ieu et nos parents et sur la deuxième nos obligations envers notre prochain. En les classant ainsi, l’Eternel a voulu nous faire comprendre que, tout au cours de notre existence, nous avons à nous soumettre à deux genres d’obligations: envers D.ieu d’une part, envers le prochain d’autre part. Et dans toute la Torah nous retrouvons constamment, intimement mêlées, ces deux catégories de mitsvote.De plus, si nous tenons compte du fait que nos parents peuvent également être classés dans la catégorie du prochain – un prochain privilégié, bien entendu – nous remarquons qu’au total, six commandements nous prescrivent nos devoirs envers le prochain et quatre seulement nous précisent nos obligations envers D.ieu. De la sorte, en prenant pour lui la plus petite portion, l’Eternel a voulu attirer notre attention sur la grande importance qu’il attachait lui-même à nos devoirs envers le prochain. Ces deux sortes de devoirs ne peuvent être dissociés.Celui qui accomplit uniquement ses devoirs envers D.ieu n’est pas un bon juif ; mais celui qui accomplit seulement ses devoirs envers le prochain ne l’est pas non plus. II est indispensable d’observer les deux catégories de Mitsvoth pour être en règle avec D.ieu et avec le prochain. De plus, si l’on n’accomplit pas son devoir envers le prochain, l’Eternel considère qu’on a commis une faute non seulement envers ce prochain, mais aussi envers D.ieu lui-même. Tout homme est un enfant de D.ieu et il est normal qu’un père exige que son enfant soit bien traité, n’est ce pas ? -Ce 6 Sivan de l’an 2448 depuis la création (1313 avant l’ère commune), la nation d’Israël tout entière se rassembla au pied du Mont Sinaï. Là, D.ieu choisit Son peuple et celui-ci s’engagea à observer les lois de la vie telles qu’elles apparaissent dans Sa Torah. Le Talmud (Chabbat 88a) souligne toutefois que presque 1 000  ans devaient s’écouler avant que cette alliance avec D.ieu soit définitivement scellée. Tel qu’il était formulé au Sinaï, le pacte entre D.ieu et Israël comportait certains points faibles ; en fait, sa validité même pouvait être contestée. Ce n’est que 9 siècles et demi plus tard, avec les événements de Pourim, que l’acceptation de la Torah par les Enfants d’Israël fut établie sur des fondations inébranlables. La Torah nous relate que, juste avant la révélation au Sinaï, le peuple d’Israël « se tenait sous la montagne » (Exode 19, 17). Comment peut-on se tenir sous une montagne ? Le Talmud interprète ceci comme signifiant que « D.ieu retourna la montagne au-dessus d’eux comme une marmite et leur dit : si vous acceptez la Torah, c’est parfait. Sinon, ici sera votre tombe. » Pourtant un des principes de base de la Torah n’est-il pas qu’un contrat établi sous la menace n’engage pas ? C’est pourquoi, conclut le Talmud, il existait une réserve quant à la légitimité de notre engagement à observer la Torah. Mais, lors des événements de Pourim, le peuple juif réaffirma son acceptation de la loi divine sans la moindre contrainte d’En-Haut. Selon les mots du livre d’Esther (9, 27), ils « établirent et acceptèrent », signifiant, explique le Talmud, qu’ils établirent comme valide et incontestable ce qu’ils avaient accepté un millénaire auparavant au Sinaï.  Ce jour-là, au Sinaï, D.ieu révéla Sa propre essence à l’homme. Comme le dit la Torah, « D.ieu descendit sur le Mont Sinaï » et nous « vîmes le D.ieu d’Israël ». En ce jour, il nous fut « donné à connaître que D.ieu est l’Être Suprême ; qu’il n’existe rien en dehors de Lui » ; « Face à face D.ieu (nous) parla, sur la montagne, de l’intérieur du feu » (Exode 19, 20 et 24, 10 ; Deutéronome 4, 35 et 5, 4). En termes de signes apparents de la présence divine dans nos vies, les événements de Pourim furent  diamétralement à l’opposé de ceux du Sinaï. La demeure de D.ieu sur terre, le Beth Hamikdache (le Saint Temple) à Jérusalem, était en ruines, sa reconstruction ordonnée 14 ans plus tôt par l’empereur Cyrus avait été interrompue par le décret d’Assuérus. L’ère de la prophétie – la communication directe de D.ieu à l’homme – touchait à sa fin. Nous étions en exil, à la merci de nos ennemis, et D.ieu semblait se désintéresser du sort de Son peuple élu. Même le miracle de Pourim fut totalement habillé dans des événements naturels, la main de D.ieu qui dirigea tout ce qui survint fut enveloppée de l’illusion de l’heureuse coïncidence. La meilleure expression de cela étant que dans tout le livre d’Esther le nom de D.ieu n’apparaît pas une seule fois ! Comment cette obscurité spirituelle affecta-t-elle notre engagement à D.ieu ? Elle nous aiguillonna vers ce qui peut être décrit comme la plus grande démonstration de notre loyauté à D.ieu de toute notre histoire. Pendant 11 mois, un décret d’extermination fut édicté sur toute la communauté d’Israël. Comme le livre d’Esther le relate, même après que Haman eut perdu la faveur du roi et fut pendu, le décret qu’il avait inspiré demeurait valide. La seule chose qu’Esther put obtenir d’Assuérus fut un nouveau décret qui autorisait aux Juifs à se défendre contre tous ceux qui venaient les tuer. Le premier décret, qui appelait tous les citoyens du royaume à annihiler la minorité juive le 13 Adar, resta en vigueur jusqu’à cette date, quand les Juifs sortirent victorieux de cette guerre contre leurs ennemis, tuant soixante-quinze milles de leurs assaillants.Pendant cette année entière, lorsque qu’être un Juif signifiait que votre vie pouvait, par décret impérial, vous être retirée, pas un seul Juif ne quitta les rangs de son peuple pour chercher la sécurité en s’assimilant à la populace païenne. En fait, le Livre d’Esther rappelle que cette période vit même de nombreuses conversions au Judaïsme ! Les Juifs rayonnaient d’une telle foi en D.ieu, d’une telle confiance qu’Il les sauverait, que nombre de leurs voisins furent motivés pour se joindre à un peuple qui entretenait une relation si puissante et si immuable avec D.ieu.  C’est là que réside le sens profond de la « contrainte » d’accepter la Torah au Sinaï et la validation de notre alliance avec D.ieu qui fut effectuée à Pourim.
Au Sinaï, nous n’avions pas le choix. Face à une révélation si extraordinaire de la Vérité Divine, on pouvait difficilement douter ou diverger. Les faits nous forcèrent à accepter la Torah, écrasés et enveloppés que nous étions par la réalité divine (« la montagne renversée au-dessus d’eux comme une marmite »), nous n’avions pas d’autre choix que nous engager dans notre mission divinement prescrite. Mais 1 000 ans plus tard, nous réaffirmâmes cet engagement dans des conditions radicalement différentes. La présence divine ne planait pas sur nous, nous obligeant à reconnaître sa véracité. Au contraire : la face de D.ieu était cachée. Nous étions seuls et notre engagement à D.ieu provint exclusivement de l’intérieur, de notre choix personnel d’être attachés à Lui quel que soit le degré d’invisibilité qu’Il conserve à notre égard. Alors pourquoi la contrainte ? Cela ne signifie pas qu’à Pourim un nouveau contrat, valide, remplaça l’original. Si cela avait été le cas, quel aurait été le but de la révélation au Sinaï ? Il est sûr que la Torah constitua un engagement entre D.ieu et nous durant les 950 années entre Moïse et Esther. Si nous étudions avec attention l’interprétation que le Talmud donne du verset d’Esther, il y est dit que le peuple d’Israël « établit ce qu’il avait déjà accepté » : Pourim fut l’accomplissement et la corroboration d’une vérité déjà réalisée au Sinaï. Cette vérité est que notre relation avec D.ieu n’est pas limitée par la raison. Elle ne dépend pas de notre compréhension, ni même de notre conscience de son existence. Elle transcende notre être conscient, résidant au cœur même de notre âme. C’est la raison pour laquelle nous fûmes contraints de recevoir la Torah au Mont Sinaï. Non parce que nous n’aurions pas librement choisi de le faire de nous-mêmes, mais parce qu’un engagement consciemment choisi n’aurait pu exprimer la véritable étendue de notre acceptation de la Torah. Notre alliance avec D.ieu s’étend au-delà du monde fini de nos désirs conscients, embrassant l’espace infini de notre être supraconscient – cet être supraconscient qui voit D.ieu en permanence et qui est catégoriquement pénétré de Sa vérité. Au Sinaï, ce soi supraconscient fut révélé. Notre être conscient, ne représentant qu’une partie minime de notre âme, fut totalement dépassé et ses mécanismes de choix furent complètement réduits au silence. Tel est le véritable sens de ce qui se passa quand nous nous tînmes sous la montagne. Mais, pendant de nombreux siècles, les événements du Sinaï se prêtèrent à une interprétation erronée. Dans nos esprits, nous nous rappelions le moment où nous fûmes surpassés par la vérité divine et obligés de l’accepter. Cela venait-il de notre intériorité, d’un endroit de nos âmes inaccessible au moi conscient ? Ou bien cela venait-il de l’extérieur, d’une force externe qui nous forçait malgré notre propre volonté, à notre alliance avec D.ieu ? Et puis vint Pourim avec sa totale éclipse de toute Divinité perceptible. Rester un Juif, rester loyal à notre alliance avec D.ieu était un choix qui n’allait être influencé par aucune révélation extraordinaire. En choisissant d’accepter la Torah dans de telles circonstances, nous affirmâmes que là est la véritable volonté du Juif. Nous affirmâmes que notre « obligation » au Sinaï n’allait pas contre notre volonté, mais qu’elle était en complète harmonie avec notre désir le plus profond.

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Le lien entre la première interprétation et le don de la Torah est évident car il reflète la portée de l’engagement de Yitro : bien qu’il ait vécu dans la richesse et le confort, il se trouva prêt à voyager dans le désert pour écouter les paroles de la Torah (Rachi, Exode 18,5) Mais la seconde interprétation est problématique. Nos Sages enseignent  (Talmud Baba Metsia 58b, cité ans le Michné Torah Hilkhot Mekhira 14,13) en effet qu’il est interdit de dire à un converti : « Rappelle-toi tes actes antérieurs. » Pour résoudre cette difficulté, il est nécessaire de comprendre la source de l’idolâtrie. Le Rambam écrit (Michné Torah, Hilkhot Avodat Kokhavim 1,1): « A l’époque d’Enoch, les hommes commirent une grave erreur… Ils dirent que D.ieu avait créé les étoiles et les sphères à travers lesquelles Il contrôlerait le monde. Il les avait placées dans les cieux et les traitait avec honneur… En conséquence, ils estimaient correct [pour l’homme] de louer et glorifier [ces entités] et de les traiter avec honneur. » Ainsi, l’adoration de fausses divinités prend-elle ses racines dans une mauvaise compréhension du fait que D.ieu influence ce monde à travers des intermédiaires. Nos Sages commentent (Midrache Béréchit Rabbah 10:6 ; Zohar vol. I p. 251a): « Il n’existe pas un brin d’herbe dans ce domaine [matériel] qui n’ait pas une force spirituelle l’obligeant à pousser. » Cependant, les idolâtres confèrent une autorité indépendante à ces intermédiaires, pensant qu’ils contrôlent l’influence qu’ils dispensent. En réalité, ces « dieux » ne sont rien d’autre qu’une « hache entre les mains du bûcheron», (Isaïe 10, 15 ; Voir le Maamar Véyadaata 5657 où ce concept est largement développé) ne possédant aucune importance ou volonté propres et c’est pourquoi il est incorrect et interdit de les servir. (5ème des 13 Principes de  Foi de Maïmonide – Commentaire sur la Michna, introduction au dixième chapitre de Sanhédrine.) Lorsque nos Sages ont déclaré que Yitro avait reconnu toutes les fausses divinités du monde, cela signifie qu’il connaissait tous les vecteurs par lesquels D.ieu achemine Son énergie dans le monde. Malgré sa conscience de ces forces spirituelles, il rejeta leur culte et déclara (Exode 18, 10-11) : « Béni soit D.ieu… Maintenant je sais que D.ieu est plus grand que toutes les divinités. » En tant que Juifs, nous pouvons vivre une expérience plus intime du temps. Et pourtant, la moitié d’entre nous est exemptée de cet aspect de la vie juive : selon la loi de la Torah, la femme juive est affranchie de pratiquement toutes les Mitsvot liées au temps. Ségrégation ?  L’exemption de la femme des commandements liés eu temps de concerne que les mitsvot assei ou “commandement positifs”, non les mitsvot lo taassei ou “commandements négatifs”. Pour un exposé complet des obligations de la femme au regard de la Torah, (Encyclopedia Talmudit, vol. II, pp. 242-257). Il est sûr que la femme peut (et bon nombre d’entre elles le font) observer ces mitsvot. Avec quelques exceptions notables (par exemple, mettre les Téfilines) proscrites par la loi ou la tradition (ibid., pp. 250-251) mais le fait même qu’elle n’y soit pas astreinte implique qu’elles ne font pas partie de sa mission spécifique dans la vie. Pourquoi donc la Torah diminue-t-elle le rôle de la femme dans son programme sur le développement du temps ?  Nos Sages nous disent que, quand D.ieu envoya Moïse dire au peuple juif de se préparer à recevoir la Torah, Il l’envoya s’adresser d’abord aux femmes, et ensuite aux hommes. Toute la communauté d’Israël a reçu la même Torah. Mais le fait que cet événement fût précédé de deux communications distinctes, l’une aux femmes et l’autre aux hommes, implique une différence fondamentale entre la réception de la Torah des femmes et celle des hommes. En d’autres termes, les femmes et les hommes ne diffèrent pas seulement biologiquement et psychologiquement, mais aussi spirituellement, ayant été investis de deux rôles différents au sein de la mission globale de l’humanité. C’est la raison pour laquelle il y a des mitsvote qui sont commandées seulement aux hommes et d’autres qui sont spécifiques aux femmes. Cela ne signifie pas pour autant que chacun d’entre nous ne soit lié qu’avec la moitié de la Torah. Tel serait le cas si l’homme et la femme étaient deux espèces différentes. Mais l’homme et la femme sont deux dimensions d’une âme unique, séparées à la naissance et réunies à travers le mariage. Ainsi chaque âme individuelle est chargée d’appliquer toute la Torah –  sa partie masculine, agissant dans un corps masculin, accomplissant les commandements masculins de la Torah et sa partie féminine, revêtue d’un corps féminin, réalisant les objectifs féminins de la Torah. Dans les mots du maître kabbaliste Rabbi Isaac Louria « lorsque l’homme accomplit une mitsva [commandée spécifiquement aux hommes], la femme n’a pas besoin de l’accomplir de son côté, car elle est incluse dans l’accomplissement de son mari… C’est le sens profond de l’enseignement de nos Sages, (Talmud, Mena’hot 93a)  “l’épouse d’un homme est comme son propre corps.”

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Qu’est-ce qu’implique exactement cette « division des rôles » ? L’homme et la femme sont tous deux des créatures complexes aux multiples facettes et aucune phrase ou thèse uniques ne peuvent résumer les nombreux aspects dans lesquels ils se complètent mutuellement. Ce que nous pouvons dire, c’est que D.ieu qui a créé l’âme humaine et l’a séparée en deux corps et deux vies, a ordonné pour chacun un programme pour la vie, défini dans la Torah, qui correspond aux aptitudes et aux forces de chacun. La Torah donne toutefois un certain nombre d’indications qui éclairent certains aspects de ces rôles masculins et féminins. L’une de ces indications apparaît dans le Midrach cité précédemment. Comme le Mekhilta le déduit du verset Exode 19, 3, D.ieu dit à Moïse de donner aux femmes « les principes généraux » de la Torah et « ses détails particuliers » aux hommes. La femme est liée à l’essence, soit à la globalité,  de la Torah ; l’homme est lié au détail, à la loi spécifique, à l’application précise. Ainsi donc, l’homme est celui dont la relation avec la Torah s’établit de façon plus « intellectuelle », c’est à lui que le commandement « étudie la jour et nuit» (est adressé. La femme, elle, absorbe la Torah à sa racine suprarationnelle avec sa foi et sa réceptivité féminines. Elle fait corps avec la vérité de D.ieu, sans avoir besoin de la disséquer et l’analyser, ce qui est en revanche un processus capital pour l’homme à l’esprit analytique, mais qui ne peut que dévier sa force et réfracter l’intensité de sa lumière. Ceci explique la raison pour laquelle Moïse fut d’abord envoyé parler aux femmes. La Torah fut révélée à l’humanité en partant du niveau général pour arriver au niveau particulier, depuis le concept transcendant jusqu’à la loi dans ses dimensions définies. À l’origine, nous reçûmes la Torah sous la forme d’une unique parole divine qui renfermait les Dix Commandements. (Mekhilta sur Exode 20,1) Et puis, nous entendîmes les deux préceptes de base de la Torah « Je suis l’Éternel ton D.ieu », qui contient tous les commandements positifs, et « Tu n’auras pas d’autres dieux », duquel dérivent toutes les interdictions. (Talmud Makot 24a ; Tanya chap. 20)  Ils furent suivis par la communication, par l’intermédiaire de Moïse, des huit autres commandements et l’inscription des Dix Commandements par D.ieu sur les deux Tables de la loi. Pendant les quarante années qui suivirent, Moïse enseigna au Peuple d’Israël les détails de la Torah, qu’il transcrivit sous la dictée de D.ieu dans la Torah Écrite (les Cinq Livres de Moïse). Mais la Torah Écrite, avec ses 613 commandements, n’est que le développement en détail des principes contenus dans la « Torah Gravée » des Dix Commandements. (Rachi sur Exode 24,12). De même, le développement de la Torah ne s’acheva pas avec Moïse : trente-cinq générations d’interprétations et d’application produisirent la Michna, et trois cents années d’analyse de la Michna nous donnèrent le Talmud. Et ce processus continue jusqu’à aujourd’hui, les différents torrents de la Torah – Halakha, Haggada, Kabbala, ‘Hakira, Moussar et ‘Hassidout – continuent de jaillir des sources du Sinaï, constituant une masse de sagesse et de loi en perpétuel accroissement, dont chaque mot est intégré dans la parole unique de la révélation divine originelle. (Talmud de Jérusalem, Péah 2:4)  Ainsi, quand D.ieu envoya Moïse préparer le peuple juif, Il l’adressa d’abord aux femmes. En premier lieu, la Torah doit être reçue telle quelle, exempte de tout débat talmudique, de théories philosophiques, d’expériences mystiques, exempte de tout sauf de l’identification absolue avec sa vérité. « Va d’abord chez la femme juive, dit D.ieu à Moïse, car elle est le premier canal pour ce premier pas de la communication de Ma vérité à l’humanité. Et puis va chez les hommes et enseigne-leur les détails. Ce sont eux qui joueront le rôle essentiel dans la seconde étape : l’application de la Torah aux détails de la vie de l’homme en ce monde. » Nous pouvons désormais comprendre les accents différents que place la Torah sur les rôles respectifs de l’homme et de la femme dans la sanctification du temps. La vie spirituelle de l’homme, orientée vers les détails, est un processus, une séquence d’événements particuliers dans lesquels chaque détail est considéré dans ses propres termes et introduit à sa place dans le contexte général. Dans le temps, c’est le domaine de l’année, du mois, de la semaine, du jour et de l’heure. C’est donc à lui que revient la charge d’imprégner ces moments spécifiques de sainteté, de développer leur nature et leur potentiel précis. Mais alors que l’homme est lié à la situation, la femme est le temps incarné. (Dans le langage de la Kabbalah, la femme est Malkhout “souveraineté” qui est la source de l’espace et du temps  – Voir Ohr HaTorah, Pin’has, pp. 1191-1203).  Elle est liée à l’essence du temps, au pur potentiel de changement et de flux qui transcende les détails du temps quantifié. Ainsi les Mitsvot qui lui sont assignées sont principalement « neutres » en terme de temps, liées à l’ensemble de la vie plutôt qu’à ses tranches spécifiques telles qu’elles sont définies par le calendrier et l’horloge.

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La reconnaissance de D.ieu par Yitro ne constitua seulement un événement personnel. Ses mots de louange suscitèrent « la révélation de D.ieu dans Sa gloire, dans les royaumes supérieurs et inférieurs. Après cela, Il donna la Torah, dans une parfaite [confirmation de] Sa domination sur toute existence. » (Zohar vol. II p. 67b) La reconnaissance individuelle de D.ieu par Yitro exprimait le but du don de la Torah. Elle prépara le macrocosme, soit le monde entier, pour une telle révélation. Le Rambam statue (Rambam, Michné Torah,  conclusion de Hilkhot ‘Hanouccah. La source du Rambam est sujette à débat. Le Tsema’h Tsedek (Ohr HaTorah Mishlei p. 553) cite Guittin 59b. Voir Likoutei Si’hot vol. 8 p. 349ff ) : « La Torah n’a été donnée que pour faire la paix dans le monde. » Et pourtant, la paix n’est pas la raison de l’existence de la Torah. Celle-ci existait avant même la création du monde. (Midrach Tehilim 90,4, Berechit Rabba 88,2) Elle constitue la sagesse de D.ieu, (Tanya chap. 3) qui est Une avec Lui (Zohar vol. I p. 24a) Et tout comme D.ieu transcende la notion de finalité, ainsi en est-t-il de la Torah. Cependant, le Rambam insiste non sur le but de la Torah elle-même, mais sur celui du don de la Torah : pourquoi celle-ci fut donnée aux mortels. Il explique que la Torah a été donnée, non seulement pour disséminer la Lumière divine, mais aussi pour cultiver la paix. Quand les deux se rencontrent La paix signifie l’harmonie entre des opposés. À un niveau absolu, elle désigne la résolution de la dichotomie entre le physique et le spirituel, le mouvement qui permet à un monde, dans lequel la présence de D.ieu n’est pas extérieurement manifeste, de reconnaître la vérité de Son Être et d’en être imprégné. A propos du verset : « Les cieux sont les cieux de D.ieu, mais la terre Il l’a donnée aux enfants de l’homme », (Psaumes 115, 16). Nos Sages expliquent (Midrach Chemot Rabba 12,3) qu’à l’origine un décret divin séparait le physique du spirituel, c’est-à-dire que la nature de l’existence matérielle empêchait quiconque de réellement apprécier la réalité spirituelle. (En effet, le mot hébraïque pour “monde”, olam, partage la même racine que le mot helèm qui signifie “dissimulation”.  Mais au moment du don de la Torah, D.ieu « annula ce décret » et permit que l’unité de ces deux dimensions puisse s’opérer. Qui plus est, la paix véritable implique davantage que la simple négation de l’opposition. Le but en est que des forces, qui étaient auparavant en opposition, se reconnaissent un territoire commun et se rejoignent dans une activité positive. De même, la paix qui émane de la Torah ne consiste pas tant en une révélation divine si intense que le monde matériel est obligé de la reconnaître, qu’en une prise de conscience de D.ieu dans le contexte du monde lui-même. D.ieu est présent dans chaque élément de l’existence. A chaque instant, la Création est renouvelée. Si la divine énergie créatrice venait à manquer, le monde retournerait au néant absolu. La Torah nous permet d’apprécier cette divinité intérieure et nous permet de vivre en harmonie avec elle. Au niveau individuel, la reconnaissance de Yitro de la suprématie de D.ieu accomplit cela. Depuis le culte de « toutes les fausses divinités du monde », il en arriva à une profonde reconnaissance de la souveraineté de D.ieu. (Yitro reconnut la présence de D.ieu et entreprit de modifier sa vie conformément à cette conscience. D’autres nations furent remplies de crainte à la vue du miracle de l’ouvertur de la Mer Rouge et reconnurent le pouvoir de D.ieu, comme il est écrit (Exode 15,14-16) :“Des peuples l’ont appris et ont tremblé… Les habitants de Canaan ont défailli. La frayeur et l’épouvante sont tombées sur eux.” Cependant, à l’inverse de Yitro, leur comportement ne refléta pas leur reconnaissance de D.ieu.) La transformation de Yitro rendit possible le don de la Torah qui, à son tour, transforme le monde. Le Zohar (Zohar vol. III p. 47b)  relie la transformation de l’existence matérielle au verset (Ecclésiaste 2,17) : « J’ai vu un avantage de la lumière sur l’obscurité. » Le mot Yitaron (יתרון, qui a la même racine que le nom Yitro, יתרו) signifiant « avantage » peut aussi être traduit par « qualité supérieure ». Ainsi ce verset peut être interprété comme indiquant que la lumière qui provient de la transformation de l’obscurité possède une qualité supérieure. Deux idées découlent de cela. D’abord, que la transformation de l’obscurité résulte en une lumière supérieure à celle qui se révèlerait naturellement, et ensuite, que cette lumière supérieure n’est pas opposée au monde matériel. Au contraire, c’est l’obscurité du monde qui est sa source. Le Tanya (Chapitre 36)  décrit le don de la Torah comme un avant goût de l’ère messianique. Car lorsque la Torah fut donnée, toute existence se tint dans un état d’unité absolue avec D.ieu. Pourtant, lors du don de la Torah, la révélation fut à l’initiative de D.ieu. Comme le monde n’avait pas encore été raffiné, sa nature était en opposition avec la manifestation de la Divinité,  et c’est pourquoi la révélation miraculeuse ne perdura pas. Mais, dans les siècles qui suivirent, l’observance de la Torah et de ses Mitsvot par l’homme a doucement fait pénétrer la divinité dans le tissu du monde. A l’ère de la rédemption, la dichotomie sera définitivement dissoute et nous prendrons conscience que notre monde est la résidence de D.ieu. (Cf. Midrache Tan’houma, parachat Be’houkotaï, sec. 3)

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L’histoire de Yitro constitue une leçon extraordinaire dans le domaine du service de D.ieu :Yitro – prêtre idolâtre de Midian – symbolise le corps et les pulsions physiques ‘l’âme animale  – dont le seul désir est la poursuite des plaisirs matériels. Chaque Juif possède un petit Yitro en lui. Il tente constamment d’éveiller l’intérêt de l’homme pour les choses matérielles. Notre mission est d’associer ce petit Yitro à notre recherche du Divin. C’est avec le corps et l’âme animale que nous devons nous engager dans l’étude de la Torah et dans la pratique des mitsvote. L’aspect corporel ne doit pas être ignoré par le Judaïsme. Rien ne pourra, alors, entraver notre élan pour la Torah. La venue de Yitro était un préalable au Don de la Torah ; ainsi, le Judaïsme n’a de sens que lorsqu’il investit les aspects les plus physiques de l’existence. C’est à la portée de chaque Juif puisque la Torah fut donnée à chacun en particulier. Nous avons véritablement la possibilité de transformer notre âme animale pour que ses désirs soient identiques à ceux de l’âme Divine : vivre une vie pleine de sens en accomplissant les mitsvote et en étudiant la Torah. En outre, la réussite dans ce domaine – la transformation des pulsions matérielles – apportera le succès dans tout ce que nous entreprendrons.   (Chemot 18,6) : ‘Il dit à Moché : « Moi Yitro, ton beau-père, je viens à toi avec ta femme et ses deux fils l’accompagnent.»’ Que voulait dire Yitro à Moché lorsqu’il lui déclara qu’il était son beau-père ? Moché ne le savait donc pas ?  Le livre «’Hovot Ha-Levavot» compare cette situation à celle d’un ’hassid (homme pieux) qui entre dans un magasin pour y acheter un article. Le marchand lui annonce qu’il est prêt à baisser le prix de l’article, eu égard à sa Yirat Shamaïm (crainte de D.ieu) – et à sa ’hassidout (comportement exemplaire) ! Le ’hassid lui répond alors : « Je suis venu pour acheter de la marchandise et pour la payer avec de l’argent ! Je n’ai pas à la payer avec de la Yirat Chamaïm ! ». La motivation évidente de ce ’Hassid est qu’il ne veut pas profiter de ses qualités, dans ce monde-ci. Yitro, qui s’était converti, avait bien évidemment une grande Yirat Shamaïm, qui lui valait d’être accueilli par tout le monde avec beaucoup d’honneurs. Mais Moché, à qui il avait donné sa fille pour épouse, se devait de le recevoir avec tous les égards, sans autre considération ! C’est pourquoi Yitro lui signifia qu’il était son beau-père, de sorte qu’il le reçoive à ce titre, et pas pour ses qualités spirituelles…

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(Sources : Yanki Tauber, Eli Touger, Chabad.org – Rav Dufour, Modia, Rav Jean Schwarz, Lamed)

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