L’aveuglement face au rôle de l’Islam dans le terrorisme. Explication de cet aveuglement, par Daniel Pipes

Le procureur général américain Eric Holder en 2010, évitant toute mention de l’islamisme

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Plus de trois ans après le massacre du major Nidal Malik Hasan à Fort. Hood, au Texas, en novembre 2009, la qualification de son crime demeure controversée. Dans sa grande sagesse [dans le sens ironique pour indiquer le caractère stupide (NDLT)], le ministère de la Défense, soutenu par la mise en vigueur de la loi, les politiciens, les journalistes et les universitaires, estime que le meurtre de treize personnes et les blessures à 43 personnes sont de la «violence au travail». Par exemple, l’étude de 86 pages sur la prévention d’un incident de ce genre pouvant se répéter, Protecting the Force : Lessons from Fort Hood, (protéger la Force : les leçons à tirer de Fort Hood) parle de «violence au travail» seize fois [1]

En effet, si le sujet n’était pas morbide, on pourrait être amusé par le désaccord sur ce qui a exactement poussé le major à disjoncter. Les spéculations ont inclus "le racisme" contre lui, le « harcèlement qu’il avait vécu en tant que musulman», son «sentiment de non appartenance», les problèmes mentaux», les problèmes émotionnels», «une quantité excessive de stress», le «pire cauchemar» du fait d’avoir été envoyé en Afghanistan, ou quelque chose de fantaisiste appelé « syndrome de stress pré-traumatique». Un gros titre de journal, "Mindset of Rogue Major a Mystery»(mentalité d’un major voyou, un mystère) , résume ce faux état de confusion. [2]

En revanche, les membres du Congrès ont ridiculisé la caractérisation «violence au travail» et une coalition de 160 victimes et membres de la famille a récemment publié une vidéo, " "The Truth About Fort Hood" (la vérité à propos de Fort Hood), critiquant le gouvernement. Lors du troisième anniversaire du massacre, les 148 victimes et membres de la famille ont poursuivi le gouvernement des U.S.A pour le fait d’éviter la responsabilité juridique et financière en ne reconnaissant pas l’incident comme terrorisme. [3]

Le leadership militaire ignore volontairement ce qui crève les yeux, à savoir l’inspiration islamiste claire et évidente de Hassan; Protéger la Force ne mentionne pas une seule fois les mots «musulman» et «jihad», et ne parle d’«islam» qu’une seule fois, dans une note [4]. Le massacre reste officiellement sans lien avec le terrorisme ou l’Islam.

Cet exemple s’inscrit dans un modèle plus général: l’Establishment nie que l’islamisme- une forme de l’islam qui cherche à rendre les musulmans dominants par une application extrême, totalitaire, et rigide de la loi islamique, la charia – représente la principale cause mondiale du terrorisme lorsque cela l’est clairement. L’islamisme revient aux normes médiévales dans son aspiration à créer un califat qui gouverne l’humanité. «L’islam est la solution», résume sa doctrine. Le droit public de l’islam peut être résumé comme élevant les musulmans au-dessus des non-musulmans, les hommes au-dessus des femmes, et approuvant l’usage de la force pour répandre le règne musulman. Dans les dernières décennies, les islamistes (les tenants de cette vision de l’islam) ont établi un record inégalé de terrorisme. Pour ne citer qu’un ordre de grandeur: TheReligionOfPeace.com compte 20.000 agressions au nom de l’islam depuis le 11 septembre [5], soit environ cinq par jour. En Occident, les actes de terrorisme inspirés par des motifs autres que l’islam sont rares.

Il est important de présenter en détail et d’expliquer cet aveuglement et d’explorer ses implications. Les exemples proviennent principalement des États-Unis, mais ils pourraient provenir de n’importe quel pays occidental, à l’exception d’Israël.

Présenter en détail l’aveuglement

Couverture [du livre]"Protection de la Force: Leçons tirées de Fort Hood"

Le gouvernement, la presse, et l’université refusent systématiquement que les motivations islamistes jouent un rôle de deux façons, spécifique et général. Les actes spécifiques de violence perpétrés par des musulmans conduisent les autorités publiques, volontairement, et avec un air de défi à fermer les yeux sur les motivations et les objectifs islamistes. Au lieu de cela, ils indiquent une série de motivations sans importance, [servant] une seule fois, et individualistes, présentant souvent l’auteur en tant que victime. Les exemples des années avant et après le 11 septembre comprennent:

  • 1990 l’assassinat du rabbin Meir Kahane à New York: [motivation]" Un médicament prescrit pour la dépression …" [6]
  • 1991 l’assassinat de Makin Morcos à Sydney: «Un vol qui a mal tourné.»
  • 1993 l’assassinat du révérend Doug Good en Australie-Occidentale: Un «homicide involontaire».
  • 1993 l’attentat contre des étrangers dans un hôtel au Caire, tuant dix personnes: «démence» [7]
  • 1994 l’assassinat d’un Juif hassidique sur le pont de Brooklyn: "rage au volant". [8]
  • 1997 l’assassinat au sommet de l’ Empire State Building : "Beaucoup, beaucoup d’ennemis dans son esprit». [9]
  • 2000 l’attaque contre un autobus d’écoliers juifs près de Paris: un incident de circulation.
  • 2002 l’accident d’avion dans une tour de Tampa par un sympathisant et admirateur de Oussama ben Laden, un arabo-américain (mais non musulman): L’Accutane, médicament contre l’acné [10]
  • 2002 le double assassinat à LAX [aéroport de Los Angeles]: « Un conflit de travail» [11]
  • 2002: les tireurs isolés de Beltway : «relations orageuses de [famille]». [12]
  • 2003 l’attaque de Hasan Karim Akbar contre des soldats compagnons, faisant deux morts: un «problème d’attitude» [13]
  • 2003 la mutilation de Sebastian Sellam: «Maladie mentale » [14]
  • 2004 l’Explosion à Brescia, Italie en dehors d’un restaurant McDonald: «La solitude et la dépression.» [15]
  • 2005 le saccage dans un centre de retraite en Virginie: «Un cas de désaccord entre le suspect et un autre membre du personnel." [16]
  • 2006 le déchaînement meurtrier à la Fédération juive de Greater Seattle: «Une animosité envers les femmes». [17]
  • 2006 l’assassinat par SUV dans le nord de la Californie: «Son récent mariage arrangé peut l’avoir stressé» [18]

Ce modèle d’aveuglement est d’autant plus frappant qu’il concerne des formes nettement islamiques de violence telles que les opérations suicide, les décapitations, les crimes d’honneur et le fait de défigurer les femmes. Par exemple, quand il s’agit de crimes d’honneur, Phyllis Chesler a établi que ce phénomène est différent de la violence domestique et, dans les pays occidentaux, est presque toujours commis par des musulmans. [19] De telles preuves, cependant, n’arrivent pas à convaincre l’Establishment, lequel tend à éliminer l’islam de l’équation.

La menace généralisée inspire plus d’aveuglement. Les politiciens et les autres évitent de mentionner l’Islam, l’islamisme, les musulmans, les islamistes, les moudjahidines ou les djihadistes. Au lieu de cela, ils accusent les méchants, les militants, les radicaux extrémistes, les terroristes et Al-Qaïda. Juste un jour après le 11 septembre, le secrétaire d’Etat américain Colin Powel a donné le ton en affirmant que les atrocités venant d’être commises «ne devraient pas être considérées comme l’œuvre des Arabes ou des Musulmans; c’est quelque chose qui a été faite par les terroristes.» [20 ]

Une autre tactique consiste à masquer les réalités islamistes derrière un voile de verbiage. George W. Bush s’est référé une fois à «la grande lutte contre l’extrémisme qui se déroule maintenant à travers tout le Moyen-Orient» [21] et une autre fois à «la lutte contre les extrémistes idéologiques qui ne croient pas dans les sociétés libres et qui utilisent la terreur comme une arme pour tenter d’ébranler la conscience du monde libre ». [22] Il est allé jusqu’à rejeter tout élément islamique en affirmant que« l’islam est une grande religion qui prêche la paix ». [23]

Dans le même esprit, Barack Obama a observé qu ‘«il [était] très important pour nous de reconnaître que nous avons une bataille ou une guerre à mener contre des organisations terroristes, mais que ces organisations ne sont pas représentatives d’une plus large communauté arabe, la communauté musulmane». [24 ] Le procureur général d’Obama, Eric Holder, engagé dans l’échange suivant avec Lamar Smith (Rép., Texas) lors de son témoignage au Congrès en mai 2010, à plusieurs reprises a résisté à établir le lien entre les motivations islamistes et une série d’attaques terroristes:

Smith: Dans le cas de ces trois tentatives [terroristes] de l’année dernière, … dont l’une a réussi, ces personnes ont eu des liens avec l’islam radical. Pensez-vous que ces personnes auraient pu être incitées à faire ce qu’elles ont fait à cause de l’islam radical?

Holder: En raison de quoi?

Smith: de l’Islam radical.

Holder: Il existe une variété de raisons pour lesquelles je pense que les gens ont agi ainsi. C’en est une, mais je crois qu’il faut examiner chaque cas individuel. Je veux dire par là que nous sommes en train de parler maintenant de Mr. [Fayçal] Shahzad pour essayer de comprendre ce qui l’a poussé à agir ainsi.

Smith: Oui, mais l’islam radical aurait pu être l’une des raisons?

Holder: Il existe une variété de raisons pour lesquelles les gens …

Smith: Mais l’une d’elles était-ce l’islam radical?

Holder: Il existe une variété de raisons pour lesquelles les gens font des choses. Certaines d’entre elles sont potentiellement religieuses … [25]

Et Holder a ainsi persisté [à se dérober], jusqu’à ce que Smith finalement renonce. Et ce n’est pas exceptionnel: Un aveuglement presque identique s’est produit en décembre 2011 de la part d’un haut fonctionnaire du ministère de la Défense [26].

Ou on peut simplement ignorer l’élément islamiste; une étude publiée par le ministère de l’Intérieur, Evolution de la menace terroriste aux États-Unis, mentionne l’islam juste une fois. En septembre 2010, Obama a parlé à l’Organisation des Nations Unies et, en utilisant une construction passive, a évité toute mention de l’islam quand il s’est référé au 11 septembre: «Il y a neuf ans, la destruction du World Trade Center a signalé une menace qui n’a respecté aucune frontière de dignité ou de décence». [27] Vers la même époque, Janet Napolitano, Secrétaire d’Etat à la Sécurité intérieure, a déclaré que le profil des Américains engagés dans le terrorisme indique qu ‘« il n’y a pas de profil «type»d’un terroriste local ». [28]

Newt Gingrich, l’ancien président de la Chambre des représentants des USA, condamne à juste titre cette mentalité de «deux plus deux doit être égal à autre chose que quatre." [29]

Exceptions à l’aveuglement

Les exceptions à cette règle existent; les personnalités de l’Establishment à l’occasion baissent leur garde et reconnaissent qu’il y a une menace islamiste pour le monde civilisé. Gingrich lui-même a prononcé un discours particulièrement bien informé sur la charia (loi islamique) en 2010, notant que «Ce n’est pas une guerre contre le terrorisme. Le terrorisme est une activité. Là c’est une lutte contre les islamistes radicaux, autant dans leur aspect militant que de façon furtive et détournée». [30]

Le Premier ministre britannique Tony Blair a présenté une analyse poignante et éloquente en 2006:

C’est la guerre, mais d’un genre tout à fait non-conformiste. … Quelles sont les valeurs qui régissent l’avenir du monde? Sont-elles celles de la tolérance, de la liberté, du respect de la différence et de la diversité ou sont-ce celles de la réaction, de la division et de la haine ? …C’est en partie un combat entre l’islam que j’appellerai l’islam réactionnaire et l’islam modéré, l’islam prédominant. Mais ses conséquences sont beaucoup plus larges. Nous menons une guerre, mais pas seulement contre le terrorisme mais sur la façon dont le monde devrait se gouverner dans le début du 21e siècle, à propos des valeurs mondiales. [31]

Le Premier ministre britannique actuel, David Cameron, a fait une belle analyse en 2005, bien avant qu’il ne parvienne à sa situation actuelle:

La force motrice derrière la menace terroriste d’aujourd’hui est le fondamentalisme islamiste. La lutte dans laquelle nous sommes engagés est, au fond, idéologique. Au cours du siècle dernier, un courant de pensée islamiste a mis au point ce qui, comme d’autres totalitarismes, comme le nazisme et le communisme, offre à ses partisans une forme de rédemption par la violence. [32]

En 2011, en tant que Premier ministre, Cameron est revenu sur ce thème: "nous devons être absolument clairs d’où viennent ces attaques terroristes. C’est l’existence d’une idéologie, l’extrémisme islamiste.". [33]

L’ancien ministre des affaires étrangères de la République tchèque, Alexandr Vondra, a dit ce qu’il pensait avec une remarquable franchise:

Les islamistes radicaux contestent pratiquement tout ce que notre société prétend défendre, quelles que soient ce que les politiques occidentales ont été ou sont. Ces défis comprennent le concept de l’universalité des droits de l’homme et de la liberté d’expression [34].

George W. Bush a parlé dans la période après octobre 2005 sur «l’islamo-fascisme» et «les fascistes islamiques». Joseph Lieberman, sénateur américain du Connecticut, a critiqué ceux qui refusent «d’identifier notre ennemi dans cette guerre comme ce qu’il est: l’extrémisme islamiste violent» [35] et il a parrainé une excellente étude du Sénat sur le major Hasan. Rick Santorum, alors sénateur américain de Pennsylvanie, a fait une analyse remarquable:

L’ancien ministre des Affaires étrangères tchèque Alexandr Vondra a dit ce qu’il pensait avec une franchise inhabituelle

Dans la Seconde Guerre mondiale nous avons combattu le nazisme et l’impérialisme japonais. Aujourd’hui, nous nous battons contre les fascistes islamiques. Ils nous ont attaqués le 11 septembre parce que nous sommes le plus grand obstacle à leur mission ouvertement déclarée de soumettre le monde entier à leur règle fanatique. Je crois que la menace du fascisme islamique est tout aussi menaçante que la menace du nazisme et du communisme soviétique. Aujourd’hui, comme alors, nous faisons face à des fanatiques qui ne reculeront devant rien pour nous dominer. Aujourd’hui, comme alors, il n’y a pas d’issue, nous allons gagner ou perdre [36].

Antonin Scalia, juge adjoint de la Cour suprême des États-Unis, a fait observer dans un avis que «l’Amérique est en guerre contre les islamistes radicaux»[37]. Une étude du Département de la Police de New York, Radicalisation en Occident : le chez-soi menacé, discute sur «le terrorisme à base islamique» dans la première ligne et n’arrête jamais. Il contient des références explicites à l’islamisme comme "En fin de compte, le djihadiste envisage un monde dans lequel l’islam salafiste-djihadiste est dominant et est à la base du gouvernement». [38]

Donc, la réalité perce à travers le brouillard de déni et de verbiage.

Le mystère de l’aveuglement

Ces exceptions mises à part, qu’est-ce qui explique l’aveuglement persistant [refusant de voir] des motifs islamiques? Pourquoi le prétexte [de refuser de voir ce qui saute aux yeux et ] qu’aucun éléphant ne remplit la pièce? Le refus d’affronter la vérité a toujours des relents d’euphémisme, de lâcheté, de politiquement correct, et d’apaisement. Dans cet esprit, Gingrich affirme que «le gouvernement d’Obama est volontairement aveugle sur la nature de nos ennemis et sur les forces qui menacent l’Amérique …. Ce n’est pas de l’ignorance; c’est la volonté d’éviter [la réalité]». [39]

Ces problèmes contribuent certainement à l’aveuglement, mais quelque chose de plus fondamental et de plus légitime va plus loin pour expliquer cette réticence. Un indice vient d’une thèse de doctorat (Ph.D) de. 2007, thèse de doctorat en politique présentée par Gaetano Ilardi à l’Université Monash à Melbourne. Intitulée «De l’IRA à Al-Qaida: le renseignement comme une mesure d’action rationnelle dans les opérations terroristes», il se réfère fréquemment à l’Islam et des sujets connexes; Ilardi a également été cité dans la presse sur le thème de la radicalisation. Pourtant, en 2009, en tant que sergent-chef par intérim de la police de Victoria, il était le plus bruyant de ses vingt collègues policiers à insister sur le fait que la police ne mentionne pas publiquement l’islam, en aucune façon, lors de l’examen du terrorisme. En d’autres termes, vouloir ne pas faire référence à l’islam peut provenir de quelqu’un qui connaît très bien le rôle de l’Islam.

Daniel Benjamin, coordinateur du ministère des Affaires étrangères américain pour l’antiterrorisme

Expliquer l’aveuglement

Ne pas vouloir offenser les musulmans, un objectif sincère et raisonnable, est la raison la plus souvent citée publiquement. Les musulmans protestent en disant que se concentrer sur l’islam, l’islamisme, ou le djihad augmente les craintes des musulmans que l’Occident ne soit engagé dans une "guerre contre l’islam." Joseph Lieberman, par exemple, note que le gouvernement Obama préfère ne pas utiliser l’expression«extrémistes islamistes violents» en se référant à l’ennemi parce que l’utilisation de telles paroles explicites "renforce la réclamation de la propagande de notre ennemi que l’Occident est en guerre avec l’Islam». [41]

Interrogé lors d’une interview au sujet du fait de n’avoir qu’une seule fois utilisé l’expression «guerre contre le terrorisme», Barack Obama a confirmé ce point: «les mots sont importants dans cette situation parce que l’un des moyens par quoi nous allons gagner cette lutte passe par la bataille des cœurs et des esprits. "Alors qu’on lui demandait: «Donc, ce n’est pas un terme que vous allez utiliser beaucoup plus à l’avenir?" il a répondu:

Vous savez, ce que je peux faire est de vous assurer que je vais constamment parler d’al-Qaïda et d’autres organisations affiliées parce que je crois que nous pouvons gagner plus de musulmans modérés en reconnaissant que ce genre de destruction et de nihilisme conduit finalement à une impasse , et que nous devrions travailler ensemble pour s’assurer que tout le monde a une vie meilleure. [42]

Daniel Benjamin fait la même remarque plus clairement:

Mettre l’accent sur «islamistes» plutôt que sur «extrémistes violents» sape nos efforts, car cela faussement enracine ce problème central dans la foi de plus d’un milliard de personnes qui ont horreur de la violence. Comme une étude interne du gouvernement l’a montré, ces déclarations invariablement finissent par être déformées dans les médias internationaux, nous aliénant les musulmans modérés. [43]

Cette préoccupation a en fait deux sous-parties pour deux types de musulmans: ceux qui, autrement, aideraient à lutter contre le terrorisme se sentent insultés (« un vrai musulman ne peut jamais être un terroriste») et donc ils ne vont pas de l’avant tandis que ceux qui seraient non impliqués se radicalisent, certains devenant même des terroristes.

La deuxième raison pour inhiber son discours sur l’islam concerne l’appréhension que cela implique un grand et indésirable changement loin de la façon dont les sociétés occidentales laïques sont régies. Faire retomber la responsabilité des attaques terroristes sur des drogues qui ont mal tourné, la rage au volant, un mariage arrangé, des cas psychiatriques, ou des accidents industriels imprévisibles permet aux Occidentaux de ne pas affronter les questions concernant l’islam. Si l’explication djihad est beaucoup plus convaincante, elle est également beaucoup plus troublante.

Quand on constate que le terrorisme islamiste est presque exclusivement l’œuvre de musulmans agissant en fonction de convictions islamiques, l’implication s’ensuit que les musulmans doivent être choisis à partir d’un examen spécial, peut-être selon ce que propose cet auteur en 2003:

Les employés musulmans du gouvernement chargés de l’application de la loi, qui sont dans l’armée et le corps diplomatique doivent être surveillés pour des liens[éventuels] avec le terrorisme, tout comme les aumôniers musulmans dans les prisons et les forces armées. Les visiteurs et les immigrants musulmans doivent se soumettre à des vérifications supplémentaires des antécédents. Les mosquées nécessitent un examen allant plus loin que celui appliqué aux églises et aux temples. [44]

La mise en œuvre d’une telle politique signifie focaliser l’attention sur l’application des lois d’une communauté qui se définit par sa religion. Cela va à l’encontre des valeurs libérales et multiculturelles, et politiquement correctes; cela sera également présenté comme illégal et peut-être inconstitutionnel. Cela signifie faire la distinction sur la base de caractéristiques d’un groupe de personnes. Il s’agit de profilage. Ces changements ont des conséquences inquiétantes qui seront condamnées comme «racistes» et «islamophobes», accusations qui peuvent ruiner une carrière dans l’environnement public d’aujourd’hui.

Des explications liées à l’islam peuvent offrir une prise en compte plus convaincante que de transformer les auteurs en victimes, mais l’impératif de ne pas toucher aux mœurs sociales existantes joue contre le contre-terrorisme. C’est ce qui explique que la police, les procureurs, les politiciens et les professeurs évitent les facteurs réels derrière les attentats islamistes et au lieu de cela trouvent divers motifs ordinaires. Ces banalités apaisantes et inexactes ont l’avantage de n’impliquer aucun autre changement que la vigilance contre les armes. Faire face aux réalités désagréables peut être reporté.

Finalement, l’aveuglement semble fonctionner. Tout simplement parce que la mise en vigueur de la loi, l’armée et les services secrets qui marchent sur la pointe des pieds autour des thèmes jumeaux de la motivation islamique et du terrorisme islamiste disproportionné lorsqu’ils s’adressent au grand public n’empêchent pas ces mêmes institutions dans la pratique de se concentrer tranquillement sur l’islam et les musulmans. En effet, il y a beaucoup de preuves qu’ils font exactement cela, et cela a conduit à un effort efficace de contre-terrorisme depuis le 11 septembre avec un examen attentif sur tout, des mosquées aux hawalas, des échanges musulmans financiers officieux . En conséquence, à de rares exceptions (comme le tireur de Fort Hood), les réseaux terroristes islamistes ont tendance à être bloqués et les agressions qui réussissent ont tendance à sortir de nulle part venant d’auteurs caractérisés par le syndrome du jihad subit.

S’opposer à l’aveuglement

Tout en respectant l’envie de ne pas aggraver la susceptibilité musulmane et en reconnaissant que la discussion franche sur l’islam peut avoir des conséquences importantes pour commander la société, cet auteur insiste sur la nécessité de mentionner l’Islam. Tout d’abord, il n’est pas clair combien de mal fait en réalité l’action de parler de l’islam. Les musulmans véritablement anti-islamistes insistent sur l’islam qu’il faut discuter; les islamistes se présentant comme des modérés ont tendance à être ceux qui feignent d’être bouleversés d’une «guerre contre l’Islam», etc.

Deuxièmement, peu de preuves montrent que les musulmans se radicalisent par la simple discussion de l’islamisme. Bien au contraire, c’est généralement quelque chose de spécifique qui transforme un musulman dans cette direction, de la façon dont les femmes américaines s’habillent aux attaques de drones en Somalie, au Yémen et au Pakistan.

Troisièmement, tout en concédant que le débat sur l’islam a un coût, l’ignorer coûte plus cher. La nécessité de définir l’ennemi, non seulement dans les conseils de guerre, mais pour le grand public, l’emporte sur toutes les autres considérations. Comme l’ancien stratège chinois Sun Tzu a observé, "Connais ton ennemi et connais toi toi-même et vous pouvez livrer cent batailles." Toute la théorie de Karl von Clausewitz sur la guerre suppose une évaluation précise de l’ennemi. Tout comme un médecin doit identifier et nommer une maladie avant de la traiter, les politiciens et les généraux eux aussi doivent identifier et nommer l’ennemi pour le vaincre.

Se censurer soi-même limite la capacité à faire la guerre. Éviter la mention de l’identité de l’ennemi sème la confusion, nuit au moral et gaspille les forces. En bref, il offre une recette pour la défaite. En effet, les annales d’histoire rappellent qu’il n’y a pas de guerre gagnée lorsque le nom et l’identité de l’ennemi ne peuvent être prononcés ; ceci d’autant plus dans les temps modernes où définir l’ennemi doit précéder et sous-tendre la victoire militaire. Si vous ne pouvez pas nommer l’ennemi, vous ne pouvez pas le vaincre.

Quatrièmement, même si l’application des lois et le reste constatent que dire une chose en public tout en en faisant une autre en privé fonctionne, cette malhonnêteté se fait au prix élevé de la création d’un fossé entre les paroles de haut vol des politiciens et les réalités parfois sordides de la lutte contre le terrorisme:

  • Les employés du gouvernement en danger: d’une part, par crainte d’être exposés, les fonctionnaires doivent se cacher ou mentir au sujet de leurs activités. D’autre part, pour faire leur travail efficacement, ils doivent aller à l’encontre de la réglementation gouvernementale soigneusement impartiale, voire enfreindre la loi.
  • Un public qui s’y perd: Les déclarations de politique pieusement rejettent tout lien entre l’islam et le terrorisme alors même que le contre-terrorisme fait implicitement un tel lien.
  • Avantager les islamistes: ils (1) soulignent que les déclarations du gouvernement cachent ce qui est en réalité une guerre contre l’Islam, et (2) gagnent des recrues musulmanes en leur demandant qui ils croient, les islamistes au franc-parler ou des politiciens hypocrites.
  • Un exemple de mise en scène de la sécurité

    "Mise en scène de la sécurité" et autres pantomimes: Pour convaincre les observateurs que les musulmans ne sont pas spécifiquement ciblés, d’autres sont transportés dans des fins d’exposition, perdant du temps et des ressources [45].

  • ° Une augmentation des ressentiments et des préjugés: Les gens se taisent, mais leur esprit travaille. Un débat public ouvert, où l’on pourrait condamner les islamistes, tout en soutenant les musulmans modérés, conduirait à une meilleure compréhension du problème.
  • ° Vigilance découragée: La campagne de " si vous voyez quelque chose, dites quelque chose " est bien, mais quels sont les coûts de signaler les comportements douteux par un voisin ou un passager qui se révèle être innocent? Bien que les voisins vigilants aient été une source importante de lutte contre le terrorisme, toute personne qui signale ses inquiétudes s’expose elle-même à la diffamation comme raciste ou «islamophobe», aux dommages à sa carrière, ou même à une action en justice. [46]

C’est ainsi que ne pas vouloir reconnaître les motivations islamistes derrière le terrorisme fait obstruction à un contre-terrorisme efficace et rend d’autres atrocités encore plus probables.

Quand l’aveuglement finira-t-il?

L’aveuglement est susceptible de continuer jusqu’à ce que le prix soit trop considérable. Les 3.000 victimes du 11 septembre, il s’avère que cela n’a pas suffi à ébranler l’autosatisfaction occidentale. 30.000 morts, selon toute vraisemblance, ne seront également pas suffisants. Peut-être 300.000 le seraient. Pour sûr, trois millions le seraient. À ce moment, les inquiétudes à propos de la sensibilité musulmane et la peur d’être qualifié d’«islamophobe» vont disparaître dans le manque d’à-propos, remplacées par une détermination obstinée à protéger des vies. Si l’ordre existant était un jour en danger évident, l’approche décontractée d’aujourd’hui serait instantanément sortie par la fenêtre. Le soutien populaire en faveur de telles mesures existe; dès 2004, un sondage de l’Université Cornell a montré que 44 pour cent des Américains [47] «croient qu’une certaine réduction des libertés civiles est nécessaire pour les Américains musulmans."

Israël offre un groupe témoin. Parce qu’il fait face à tant de menaces, le corps politique manque de patience envers la piété libérale quand il s’agit de sécurité. Tout en aspirant à traiter tout le monde équitablement, le gouvernement vise clairement les éléments les plus sujets à la violence de la société. Si d’autres pays occidentaux faisaient face à un danger comparable, les circonstances probablement les forceraient à adopter la même approche.

Inversement, si ces dangers de masse ne se posaient pas, ce changement n’aurait probablement jamais lieu. Jusqu’à ce que le désastre frappe une grande échelle, l’aveuglement va se poursuivre. Les tactiques de l’Occident, en d’autres termes, dépendent entièrement de la brutalité et de la compétence de l’ennemi islamiste. Ironie du sort, l’Occident permet aux terroristes de conduire son approche de la lutte contre le terrorisme. Pas moins ironiquement, il faudra une énorme atrocité terroriste pour permettre une lutte efficace contre le terrorisme.

S’adressant à l’aveuglement

En attendant, ceux qui souhaitent renforcer la lutte antiterroriste en reconnaissant le rôle de l’Islam ont trois tâches [à accomplir].

Tout d’abord, intellectuellement se préparer et préparer leurs arguments de façon que lorsque la calamité se produit, ils possèdent un programme entièrement élaboré, prudent, et juste qui se concentre sur les musulmans sans leur causer d’injustice.

Deuxièmement, continuer à convaincre ceux opposés au fait de mentionner l’islam qu’il vaut la peine de discuter; ceci signifie répondre à leurs préoccupations, pas les coups de matraque avec des insultes. Cela signifie l’acceptation de la légitimité de leur hésitation, en utilisant la douce raison et laissant le déluge d’attaques islamistes avoir leur effet.

En troisième lieu, prouver que parler de l’islamisme ne mène pas à la perdition en établissant les coûts de ne pas nommer l’ennemi et de ne pas identifier l’islamisme comme un facteur; soulignant que les gouvernements musulmans, y compris celui d’Arabie, reconnaissent que l’islamisme conduit au terrorisme; souligner que les musulmans modérés qui s’opposent à l’islamisme veulent que l’on discute ouvertement de l’islamisme; remédier à la peur que le franc-parler à propos de l’islam ne nous aliène les musulmans et déclenche la violence ; et démontrer que le profilage peut être fait d’une manière reconnue par la Constitution.

En bref, même sans espoir d’effectuer un changement dans la politique, il y a beaucoup de travail à faire.

M. Pipes, président du Forum du Moyen-Orient, a d’abord remis ce document à l’Institut de lutte contre le terrorisme à Herzliya, en Israël.

[1] La protection de la Force: Leçons tirées de Fort Hood, au ministère de la Défense, Washington, DC, janvier 2010.
[2]The Australian, le 7 novembre 2009.
[3] Associated Press, 5 novembre 2012.
[4] La protection de la Force: Leçons tirées de Fort Hood, p. 18, ftnt. 22.
[5] «Liste des attaques terroristes islamiques", TheReligionOfPeace.com, consulté le 19 décembre 2012.
[6] The New York Times, le 9 novembre 1990.
[7] The Independent (Londres), le 19 septembre 1997.
[8] Uriel Heilman, «Meurtre sur le pont de Brooklyn,« Middle East Quarterly, été 2001, pp 29-37.
[9] The Houston Chronicle, 26 février 1997.
[10] Time Magazine, le 21 janvier 2002.
[11] «Terror in LA?" Honest Reporting (Toronto) 8 juillet 2002.
[12] Los Angeles Times, 26 octobre 2002.
[13] Daniel Pipes, «Assassiner dans la 101e division aéroportée» The New York Post, 25 mars 2003.
[14] Brett Kline, «Deux Fils de France» The Jerusalem Post Magazine, 21 janvier 2010.
[15] «L’Italie: McDonald ‘s Jihad Foiled,« Jihad Watch, 30 mars 2004.
[16] The Washington Post, 11 janvier 2005.
[17] Los Angeles Times, 30 juillet 2006.
[18] San Francisco Chronicle, 30 août 2006.
[19] Phyllis Chesler, «Les crimes d’honneur sont-ils simplement de la violence domestique?" Middle East Quarterly, printemps 2009, pp 61-69.
[20] Dateline NBC, le 21 septembre 2001.
[21] Remarques, Le Centre islamique de Washington, DC, 27 juin 2007.
[22] Remarques, UNITY 2004 Conference, Washington DC, le 6 août 2004.
[23] Al-Arabiya la chaîne de Nouvelles (Dubaï) le 5 octobre 2007.
[24] Anderson Cooper 360 degrés, le 3 février 2009.
[25] Témoignage devant le Comité judiciaire de la Chambre américaine, le 13 mai 2010.
[26] Témoignage devant le U.S House Committee pour la sécurité intérieure, 13 décembre 2011.
[27] Remarques, l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, le 23 septembre 2010.
[28] «Neuf ans après le 11 septembre: Faire face à la menace terroriste à la Patrie», déclaration devant le Comité du Sénat américain sur la sécurité intérieure et les affaires gouvernementales, le 22 septembre 2010.
[29] Newt Gingrich, «l’Amérique est en danger," American Enterprise Institute, Washington, DC, 29 juillet 2010.
[30] Ibid.
[31] Discours prononcé devant le Los Angeles World Affairs Council, le 1er août 2006.
[32] Discours prononcé au Foreign Policy Centre, Londres, 25 août 2005.
[33] Conférence de Munich sur la sécurité, le 5 février 2011.
[34] Alexandr Vondra, «l’Islam radical représente un défi majeur pour l’Europe», Middle East Quarterly, été 2007, p 66-68.
[35] Joseph Lieberman, "Qui est l’ennemi dans la guerre contre le terrorisme?" The Wall Street Journal, 15 juin 2010.
[36] «Le Grand Test de cette génération», discours prononcé devant le National Press Club, Washington, DC, National Review Online, 20 juillet 2006.
[37] Scalia, dissident, Lakhdar Boumediene, et alii, les requérants, la Cour suprême des États-Unis contre George W. Bush, Président des Etats-Unis, et alii;.. Khaled A.F. Al Odah, proche ami de Fawzikhalid Abdullah Fahad Al Odah, et alii., les requérants contre États-Unis, et alii., 12 juin 2008.
[38] New York: 2007, p. 8,
[39] Newt Gingrich, «l’Amérique est en danger,» American Enterprise Institute, Washington, DC, 29 juillet 2010.
[40] Daniel Benjamin, "Name It and Claim it, or Name It and Inflame It?" The Wall Street Journal, 24 juin, 2010.
[41] Lieberman, «Qui est l’ennemi dans la guerre contre le terrorisme?"
[42] Anderson Cooper 360 degrés, le 3 février 2009.
[43] Benjamin, "Name It, or Name It and Inflame It? "
[44] Daniel Pipes, «L’Ennemi intérieur et la nécessité de profilage,» The New York Post, 24 janvier 2003.
[45] Daniel Pipes, «Security Theater Now Playing at Your Airport», The Jerusalem Post, 6 janvier 2010.
[46] M. Zuhdi Jasser, «Exposing the «flying Imams, "Middle East Quarterly, hiver 2008, pp 3-11.
[47] «Fear Factor», le 17 décembre 2004.

Daniel Pipes
Middle East Quarterly
Printemps 2013

http://fr.danielpipes.org/12762/islam-terrorisme-aveuglement

Version originale anglaise: Denying Islam’s Role in Terror: Explaining the Denial
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

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