L’Islam des lumières : une imposture

hebdomadaire nouveau Tintin N°88 du 17 mai 1977 - Mahomet. La naissance de l'islam, illustration pages 26 27 : des cavaliers arabes qui chargent.

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Dans une Europe déchristianisée et sans éthique de remplacement, il y a des
mythes qui deviennent des dogmes. Sylvain Gouguenheim a payé au prix fort son effort de démystification : l’anathème, par l’attaque de quarante universitaires, suivie d’un appel délateur de deux cents         « enseignants, chercheurs, personnels, auditeurs,
http://www.reseauregain.net/LecturesDiversesPDF_file/LecturesDiversesPDF_files/2La03-SGougueheim.pdf


Gouguenheim n’est pas le premier.
À quoi s’attaque Gouguenheim ? Aux prétendues racines musulmanes de l’Europe, qui devrait son essor à un « Islam des Lumières », grâce à la transmission d’un savoir grec dont l’époque médiévale aurait perdu les clés. Gouguenheim n’est pourtant pas le premier, ni le seul. Jacques Heers, dans le premier numéro de la Nouvelle Revue d’Histoire, démystifiait « la fable de la transmission arabe du savoir antique », et concluait ainsi : « Rendre les Occidentaux tributaires des leçons servies par les Arabes est trop de parti pris et d’ignorance : rien d’autre qu’une fable, reflet d’un curieux penchant à se dénigrer soi-même ». Rémi Brague, dans La voie romaine (2005), rappelait que l’Église romaine, surtout en ses monastères, a fonctionné historiquement comme un conservatoire du paganisme dans la culture européenne, et il en donnait quelques exemples : Cassiodore fondant vers 540 le couvent de Vivarium avec pour tâche de sauvegarder les textes classiques ; le pape Grégoire le Grand suivant son exemple, une quarantaine d’années plus tard, quand il accueille les moines chassés du Mont Cassin et leur confie la même tâche, dont ils devaient s’acquitter pendant près d’un millénaire. Et même si, prudent et ambigu, Rémi Brague affirme que « l’Occident a contracté envers le monde arabe une dette culturelle énorme », il précise que ces « Arabes » étaient, pour l’essentiel, des chrétiens syriaques, qui traduisaient du grec en syriaque puis du syriaque en arabe, l’arabe étant la langue imposée par les califes.


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E n c y c l o p é d i e d e l ’ h o n n ê t e h omme Réseau-Regain (reseau-regain.net) 1/3
Aristote au Mont Saint-Michel par Sylvain Gouguenheim Les racines grecques de l’Europe chrétienne « L’hellinisation de l’Europe médiévale fut le fruit des Européens. »

Loin d’avoir été un “âge sombre”, l’époque qui va de Charlemagne à Abélard a été imprégnée de manière croissante par le savoir grec et animée par une dynamique volontaire de progrès intellectuel».
Sylvain Gouguenheim
La virulence et la nature des attaques contre Sylvain Gouguenheim traduisentelles un regain d’intolérance, dans le sillage de la loi Gayssot et l’imposition d’une histoire obligatoire ? Sans doute. Mais l’enjeu du livre n’est pas seulement historique : l’auteur y plaide pour l’Europe chrétienne. C’est ce que n’a pas pu supporter Alain de Libera : « Cette Europe-là n’est pas la mienne ; je la laisse au  » ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale « , et aux caves du Vatican ».
Lumières du Moyen Âge : l’Europe et Byzance Aristote au Mont Saint-Michel : le titre est accrocheur, mais réducteur. Gouguenheim évoque Jacques de Venise, qui vécut à Constantinople, résida au Mont Saint-Michel à la fin des années 1120, et traduisit directement du grec au latin un nombre considérable de livres d’Aristote ; ses traductions circulèrent dans toute l’Europe : « Jacques de Venise est le chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin ». Mais, avant Jacques de Venise, ni l’Europe ni l’Orient chrétien, n’oublient la Grèce. Gouguenheim rappelle que le Moyen Âge « obscurantiste » a été traversé par plusieurs renaissances : Boèce déjà traducteur d’Aristote au VI° siècle, et inventeur de la définition de la personne, «substance individuelle d’une nature raisonnable » ; Grecs réfugiés de l’Empire byzantin ou fuyant la conquête arabe, qui assurent la permanence et la diffusion de la culture grecque dans l’Europe latine. Renaissance carolingienne qui voit Charlemagne, ascendants et descendants, fascinés par l’hellénisme; renaissance ottonienne où les souverains allemands demandent aux clercs qu’ils « leur révèlent la finesse hellénique qui est en nous ». Jusqu’aux XII° et XIII° siècles, où s’élabore la ratio médiévale, quêtant la vérité, adaequatio rei et intellectus (adéquation, accord de l’esprit avec le réel) et tournée vers le monde de la nature, objet de la science naissante. « Fides quaerens intellectum », dit Saint Anselme : la foi et la raison s’épaulent l’une l’autre, et c’est l’honneur de Benoit XVI d’avoir, à Ratisbonne, célébré leurs noces et fustigé leur divorce après la crise nominaliste. Quant à Byzance, elle produit des savants et, jusque dans ses querelles théologiques et ses crises les moins glorieuses, elle est imprégnée de dialectique grecque. Les chrétientés d’Orient, soumises à la domination perse puis arabo-musulmane, entretiennent  et transmettent, autant qu’il est en elles, leur  culture. Après Rémi Brague, Gouguenheim  célèbre le prince des traducteurs, Hunayn ibn Ishaq, chrétien nestorien, connaissant parfaitement l’arabe, le syriaque, le grec, qui fut médecin, traducteur, philosophe et théologien et « passeur de culture », tout en demeurant farouchement  fidèle à la sienne et défendant avec ardeur la foi chrétienne.


Gouguenheim rappelle que ni Al Farabi, ni Avicenne, ni Averroès ne connaissaient le grec, puisqu’ils étaient détenteurs de la plus belle des langues, l’arabe, langue sacrée, celle du Coran, celle de Dieu même. Ils n’abordèrent les oeuvres grecques qu’au travers des traductions effectuées par les chrétiens syriaques. « L’héritage oublié », la « dette immense », c’est cela même : « l’Orient musulman doit presque tout à l’Orient chrétien».


L’islam, expansionniste et centripète
Tout cela, c’est la part de l’historien, mais Gouguenheim se fait aussi une certaine idée de l’Islam et de l’Europe, parfaitement incompatible avec la doxa régnante. Il remarque qu’en terre d’Islam, le savoir grec a été filtré, soumis à un tri sélectif, au crible musulman ; mais après tous, les chrétiens en firent autant, et c’est le propre de la pensée de s’approprier ce qui lui convient. Mais l’auteur va plusloin : la Grèce était pour l’Islam un univers étranger. En presque tous les domaines : laliberté de la raison grecque est incompatible avec la soumission musulmane à la lettre du Coran, et d’ailleurs le vocable arabe caql qui désigne la raison, ne figure pas dans le Coran.


La philosophie, la physique, les sciences rationnelles sont suspectées. Avicenne,
Averroès sont des exceptions et leurs oeuvres furent discréditées : « les livres d’Averroès furent brûlés, écrit Gouguenheim, ses disciples furent des juifs et des chrétiens ».


Si Le Politique d’Aristote ne fut pas traduit en arabe, c’est qu’il était inapplicable dans un État musulman. Le droit musulman, le fiqh, qui consiste à appliquer la charia, ne distingue pas, entre les domaines politique, juridique, religieux : pas d’autonomie du politique; pas de liberté et de responsabilité personnelles, puisqu’il n’y a pas même de mot arabe pour traduire ce que nous appelons la « personne ».


Bref, l’Islam, « expansionniste et centripète », fut indifférent et hostile à ce qui n’était pas lui : et Gouguenheim évoque les « raids arabes destructeurs », les « razzias récurrentes », les destructions de monastères par les musulmans qu’il compare aux Vikings, pour conclure : « Les temps de djihad et de croisade ignoraient les coopérations culturelles entre des mondes en guerre ». Un Islam adonné à la guerre, fermé sur lui-même, étranger aux notions de liberté, de raison, de personne, de distinction du spirituel et du temporel, et qui tire sa légitimité de ses textes fondateurs : on est loin de « l’Islam des Lumières » des mythologies contemporaines.


L’Europe chrétienne
En revanche, l’Europe, en s’abreuvant aux sources hellénico-romano-judéo chrétiennes, revendique à la fois ses racines et s’approprie ce qui n’est pas à elle. Valéry la définissait ainsi : « Aucune autre partie du monde n’a possédé cette singulière propriété physique : le plus intense pouvoir émissif uni au plus intense pouvoir absorbant ».


Dans son sillage, et d’une manière sans doute excessive, Rémi Brague : « Le propre de l’Europe ? C’est une appropriation de ce qui lui est étranger. Historiquement, philosophiquement l’Europe prend, en effet, sa source hors d’elle ». Et c’est Rémi Brague que Gouguenheim convoque : « la curiosité envers l’autre est une attitude typiquement européenne, rare hors d’Europe, exceptionnelle en Islam ». Dans l’appropriation de l’héritage grec, il y eut une volonté de l’Europe chrétienne, qui y voyait une propédeutique à la compréhension du dogme, ce que Péguy appelait « les Propylées de la vérité », « l’Avent hellénique ».

La conclusion du livre, « Le soleil d’Apollon illumine l’Occident », a un accent heureusement provocateur : elle est à la gloire d’un Moyen Âge lumineux, de saint Thomas d’Aquin, de saint Louis, d’Albert le Grand. Elle est suivie, en annexe, d’une évocation de Sigrid Hunke, auteur d’un ouvrage paru en France en 1960, sous le titre Le soleil d’Allah illumine l’Occident. Sa thèse ? Un monde occidental corrompu par le judéochristianisme et qui ne devrait sa science et sa civilisation qu’au monde arabo-musulman. Or, Sigrid Hunke – nous apprend Gouguenheim – fut amie d’Himmler et intellectuelle nazie.


On comprend que le livre de Gouguenheim, édité au Seuil, et si loin de l’ornière d’une histoire étroitement balisée, se soit attiré les foudres d’une intelligentsia qui n’admet les déviants que dans les catacombes sociologiques, et ne connaît qu’une Europe oublieuse d’elle-même, repentante, auto-flagellante. L’Europe de Gouguenheim, ce n’est certes pas celle d’Alain de Libera, mais c’est un peu la nôtre.
Danièle Masson (Réseau Regain.net)

(proposé par ARK)

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