VIDEO – Les effets toxiques graves d’un maïs OGM et de l’herbicide Roundup, par Christophe Magdelaine

rat_OGM_NK603Rat femelle consommant l’OGM NK603 seul (22%) et développant un adénocarcinome mammaire dans un fibroadénome (jour 645) © CRIIGEN
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Une étude menée par l’Université de Caen (France) et de Verone (Italie) a montré que des rats nourris avec un maïs transgénique provenant de la multinationale Monsanto, développaient rapidement et massivement des tumeurs cancéreuses. La France et l’Europe s’affolent de ces résultats qui suscitent déjà la controverse.

Cette nouvelle étude[1] qui vise à évaluer l’innocuité des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) sur la santé a été dirigée par Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen et Joël Spiroux de Vendômois (CRIIGEN, Université de Caen), deux opposants connus aux OGM.

Elle a été menée secrètement[2] depuis 2006 et vient d’être publiée dans la revue spécialisée Food and Chemical Toxicology sous l’intitulé "Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize".

"Une hécatombe parmi nos rats dont je n’avais pas imaginé l’ampleur"

Pendant deux ans (durée de vie moyenne d’un rat), les chercheurs ont nourri deux cents rats (mâles et femelles) soit avec du maïs normal soit avec le maïs génétiquement modifié « R-tolerant NK603 » fabriqué par la très controversée firme américaine Monsanto. Ce maïs est un organisme génétiquement modifié destiné à être résistant à l’herbicide Roundup, le pesticide le plus vendu au monde, également fabriqué par Monsento. La multinationale commercialise ainsi un "package" dont les constitutants sont complémentaires : graines transgéniques et pesticides, le cocktail parfait pour faire de l’argent, asservir les agriculteurs et détruire l’environnement et notre santé.

Les scientifiques ont donc souhaité reproduire en laboratoire les conditions d’une alimentation régulière mais raisonnable en OGM NK603 traité avec du Roundup[3]. En effet, les dosages utilisés (à partir de 11% d’OGM dans l’alimentation, et 0,1 ppb de Roundup dans l’eau) sont caractéristiques de doses environnementales courantes.

Malheureusement, tous les groupes de rats, qu’ils soient nourris avec le maïs OGM traité ou non au Roundup, ou encore alimentés avec une eau contenant de faibles doses d’herbicide présent dans les champs OGM, ont été atteints par une multitude de pathologies lourdes au 13e mois de l’expérience. A titre de comparaison, un an pour un rongeur, c’est à peu près l’équivalent d’une quarantaine d’années pour un Homme.

Ainsi, l’étude montre que tous les rats femelles ont eu une mortalité rapide et deux à trois fois supérieure aux rats nourris sans OGM. En effet, les femelles ont développé des tumeurs cancéreuses imposantes (taille d’une balle de ping pong) principalement au niveau des mamelles et au niveau de la glande pituitaire (hypophyse chez nous).
Chez les mâles nourris au maïs OGM, ce sont les organes dépurateurs (foie et reins) qui ont été attaqués : 2,5 à 5,5 fois plus de congestions et de nécroses du foie enregistrées que chez les mâles non nourris au NK630 et 1,3 à 2,3 fois plus de néphropathies rénales sévères et graves. Ainsi, ces mâles ont développé quatre fois plus d’importantes tumeurs que les plus chanceux, non nourris avec cet OGM.
Chez les deux sexes, les reins ont été durement affectés.

"Après moins d’un an de menus différenciés au maïs OGM, c’était une hécatombe parmi nos rats dont je n’avais pas imaginé l’ampleur", a confié le Pr Séralini au Nouvel Observateur.

En cause : un déséquilibre hormonal provoqué par le maïs OGM et les traitements de pesticides Roundup qui agissent comme perturbateur endocrinien.

Pour ses auteurs, il s’agit d’une "première mondiale", "alarmante" car ils ont évalué l’impact sur la santé d’un OGM et d’un pesticide "plus longuement et complètement que les gouvernements et les industriels" ne l’ont fait, a déclaré à l’AFP Gilles-Eric Séralini, qui pilote l’équipe "qui a le plus publié au monde sur les OGM". Pour étayer ses dires, celui-ci a précisé que les autorisations de commercialisation sont délivrées le plus souvent sur la base de tests sur 90 jours par les industriels eux-mêmes.

Gilles-Eric Séralini dénonce : "Le crime, c’est que ça n’ait pas été testé avant, que les autorités sanitaires n’aient pas exigé des tests plus longs alors qu’on est à 15 ans de commercialisation des OGM dans le monde". Ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce serait la première fois qu’une étude aussi longue aurait été menée pour évaluer la toxicité des OGM.

Par conséquent, le CRIIGEN demande que "les autorisations de mise sur le marché de ces produits doivent être immédiatement revues, les tests actuellement en vigueur de 90 jours doivent être prolongés à 2 ans pour tous les OGM, les pesticides doivent être testés 2 ans à faibles doses et en formulations, les tests réglementaires des compagnies doivent être immédiatement rendus publics, et soumis à l’expertise contradictoire. Ils doivent être à l’avenir réalisés indépendamment des fabricants." Une requête plus que légitime.

Les risques pour l’Homme

Les auteurs de l’étude estiment que les pathologies observées chez les rats peuvent être en partie transposables à l’Homme et soulignent que "le moindre signe de toxicité chez le rat doit être pris en compte pour l’interdiction d’un produit. Depuis 50 ans les études se font chez le rat ou sur des cellules humaines pour les produits qui ne sont pas testés chez l’homme (où l’on teste seulement les médicaments, pas les OGM, ni les pesticides, ni les produits chimiques) (…) Les perturbations hormonales sont en tout cas pertinentes chez la femme pour contribuer aux tumeurs du sein et les effets hépatorénaux ont été retrouvés in vitro sur des cellules humaines." Dans un contexte où le nombre de cancers du sein explose, le doute reste permis.

Les premières controverses sur les résultats de l’étude

Pour l’instant, aucune réaction officielle et publique n’est disponible du côté des lobbys pro OGM comme l’Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV), et du côté du principal intéressé, à savoir Monsanto. Par contre, AFBV fait, sur son site, la promotion des OGM bénéfiques pour la santé et Monsento se félicitait, début septembre, de la manne financière considérable des cultures OGM…

Interrogés par l’AFP, l’AFBV tient à souligner que "Contrairement à ce qui est affirmé, la dernière étude du Criigen n’est pas la première à avoir évalué les effets à long terme des OGM sur la santé. Il existe en effet de nombreuses études toxicologiques qui ont évalué les effets à long terme des OGM sur la santé des animaux. Ces études réalisées sur des rats mais aussi sur d’autres animaux par des chercheurs d’horizons différents n’ont jamais révélé d’effets toxiques des OGM."
Sur la question de la durée de l’étude, l’équipe du Pr. Séralini ne conteste pas ce fait, mais précise qu’"aucune n’a été aussi détaillée que la [leur], et aucune ne porte sur le maïs NK 603 au-delà de 3 mois".

A l’étranger, d’autres voix se sont déjà élevées pour contester les résultats. Interrogé par Reuters, le Pr Mark Tester (Université d’Adelaïde) s’étonne lui que les précédentes études toxicologiques n’aient pas soulevé les mêmes inquiétudes. "Si les effets sont aussi importants que rapporté et que l’étude est vraiment pertinente concernant l’homme, pourquoi les Nord-Américains ne tombent-ils pas comme des mouches, observe-t-il. Les OGM font partie de la chaîne alimentaire depuis une décennie là-bas et la longévité continue de s’accroître inexorablement." Malheureusement, cette dernière affirmation est fausse puisque l’espérance de vie aux Etats-Unis a reculé en 2011, justement à cause des cancers…

Mobilisation générale du gouvernement et des agences sanitaires

Alors que les premiers résultats inquiétants de cette étude étaient connus depuis plus d’un an, la publication de l’étude et son relai par les médias affolent le gouvernement français qui a alors réagi en quelques heures. Dans un communiqué, celui-ci indique avoir "pris connaissance des informations, rendues publiques aujourd’hui, sur l’étude menée par des chercheurs français, mettant en cause l’innocuité à long terme du maïs transgénique NK 603 sur les rats."

Les conclusions alarmantes de l’étude "font l’objet d’une saisine immédiate de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES). Elles feront également l’objet d’une analyse par le Haut Conseil des Biotechnologies. Elles seront également transmises en urgence à l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments. En fonction de l’avis de l’ANSES, le Gouvernement demandera aux autorités européennes de prendre toutes les mesures nécessaires en termes de protection de la santé humaine et animale, mesures qui pourront aller jusqu’à suspendre en urgence l’autorisation d’importation dans l’Union européenne du mais NK 603, dans l’attente d’un réexamen de ce produit sur la base de méthodes d’évaluation renforcées."

En outre, les ministères du développement durable, de la santé et de l’agriculture précisent que "Cette étude semble confirmer l’insuffisance des études toxicologiques exigées par la règlementation communautaire en matière d’autorisation de mise sur le marché de produits transgéniques."
Et ce matin, le premier ministre J.-M. Ayrault a déclaré "si le danger est vérifié, Paris défendra leur interdiction en Europe".

Le Haut Conseil des biotechnologies, qui se désigne comme une instance indépendante chargée d’éclairer les pouvoirs publics, a également réagi à cette saisine en indiquant qu’il "va procéder à l’examen de cette étude et en auditionner les auteurs dans les plus brefs délais." Toutefois, Jean-François Dhainaut, Président du HCB, tient avant tout "à rappeler que ces questions sont extrêmement sensibles et que l’information doit être maniée avec prudence et avec sérieux, afin de prévenir la surinterprétation médiatique de données scientifiques qui nécessitent une analyse approfondie avant toute interprétation définitive".

Patrick de Kochko qui représente les Amis de la Terre au Haut Conseil des biotechnologies (Comité économique, éthique et social) précise : "Les Amis de la Terre ont déjà alerté le CEES sur le fait que les études sur lesquelles étaient basées la demande d’autorisation ne permettaient pas de conclure à l’innocuité, et qu’elles ne comportaient pas d’études à long terme (3 mois sur les rats). Sans grands résultats comme d’habitude…".

Au même moment, la Commission européenne annonçait avoir demandé à l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) d’examiner les résultats de cette étude. De plus, la Commission européenne a annoncé le gel de l’examen de la demande de renouvellement de l’autorisation de culture accordée à Monsanto pour un autre OGM, le MON 810[4].

Le maïs OGM en France

En France, il est toujours interdit de cultiver des OGM destinés à la commercialisation. Cependant, de nombreux produits transgéniques sont importés en France et en Europe[5] comme le maïs OGM NK603[6] autorisé depuis 2004, où il est notamment utilisé dans l’alimentation du bétail. 80% des animaux d’élevage en France sont nourris avec des OGM. Or, nous en consommons ensuite la viande, le lait et les œufs… CQFD.

Ainsi, "nos bêtes dépendent à 25 à 30% du soja américain" en grande majorité transgénique, a précisé le vice-président EELV du conseil régional et de la Confédération paysanne François Dufour, condamné en appel à Poitiers pour des fauchages d’OGM.

En Europe, une demande d’autorisation pour la culture du maïs OGM NK603 est en attente. L’EFSA a rendu un avis favorable le 11 juin 2009, mais la Commission européenne ne l’a pas encore validé, empêchant de fait son inscription au catalogue des variétés homologuées. Une quinzaine d’autres OGM sont en attente d’une autorisation à la culture dans l’Union, les procédures d’homologation étant bloquées en l’absence de consensus entre les Etats membres.

Comment éviter de consommer du maïs OGM NK603 ?

En attendant que toute la lumière soit faite sur cette étude, le principe de précaution s’impose.

Le maïs OGM NK603 est autorisé pour l’alimentation animale. Par conséquent, il faut modérer notre consommation de viande, produits laitiers et œufs. D’autant plus qu’ils ont déjà largement prouvés leurs effets négatifs sur la santé, sans oublier ceux sur l’environnement.
Certains supermarchés, dont Carrefour qui a subventionné l’étude de Gilles-Eric Séralini, proposent déjà de la viande certifiée sans OGM.

Malheureusement, de nombreux autres produits sont susceptibles d’en contenir comme la farine ou semoule de maïs, un ingrédient que l’on retrouve dans les gâteaux, les céréales, les biscuits apéritifs, la chapelure, les plats cuisinés, les sauces, les crèmes desserts, les potages ou encore les pâtisseries… Ce maïs transgénique peut également être utilisé dans des additifs alimentaires, comme l’amidon oxydé (E1404), les phosphates d’amidon (E1410, E1412 à E1414) ou le sorbitol (E420).

En France, si le taux d’OGM dépasse 0,9% dans le produit fini (le paquet de biscuits ou le sac d’aliments pour volailles, par exemple), l’étiquetage doit le signaler. Ce qui signifie que de nombreux produits peuvent en contenir, sans que cela soit mentionné…

Plutôt que de vous imposer une longue liste de produits à éviter, nous vous conseillons fortement de privilégier les produits BIO et français : ce sont les seuls produits susceptibles de ne pas contenir d’OGM, interdits par le cahier des charges de l’agriculture biologique.

Ce qui surprend dans cette affaire c’est qu’il faille l’opiniâtreté et le courage d’une équipe de chercheurs sans l’aide d’aucun financement public pour mener ces expériences. Quid de l’INRA, du CNRS, des agences sanitaires censées contrôler et protéger les citoyens ? La réponse se trouve sans doute encore dans la recherche de business… M. Allègre l’a très bien exprimé dans un éditorial récent : "on ne provoquera pas la croissance si on est hostile au progrès scientifique, au nucléaire, aux OGM, aux nanotechnologies, aux cellules souches… et aux gaz et huile de schiste !". Advienne que pourra.

Notes

  1. L’étude dont le nom de code est "In Vivo" a coûté plus de 3 millions d’euros, financés notamment par la Fondation Ceres et la Fondation Charles Leopold Meyer pour le progrès pour l’homme. Les fonds ont été gérés par le Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie Génétique (CRIIGEN), "indépendant des compagnies de biotechnologies" et dont M. Séralini préside le conseil scientifique. L’étude doit s’accompagner le 26 septembre d’un film, "Tous cobayes", qui rend compte de cette expérience, ainsi que d’un livre chez Flammarion.
  2. De 2006 à 2011, les chercheurs ont travaillé dans des conditions de quasi-clandestinité : mails cryptés, aucune discussion téléphonique, étude leurre… Ceci afin d’éviter un "torpillage" provenant des multinationales de la semence.
  3. 100% des OGM cultivés à grande échelle en 2011 le sont avec pesticides, a indiqué M. Séralini à l’AFP.
  4. Le MON 810 est l’un des deux seuls OGM dont la culture est autorisée en Europe. 80 % des surfaces cultivées sont en Espagne. L’autre est la pomme de terre "Amflora" dont la commercialisation a été arrêtée début 2012.
  5. L’Union européenne a autorisé l’importation de 44 autres OGM. On y trouve vingt-cinq variétés de maïs, huit de coton, sept de soja, trois de colza et une de betterave.
  6. Le maïs OGM NK603 a reçu des autorisations de mise en culture, entre 2001 et 2011, dans douze pays du monde répertoriés par l’Isaaa, organisme qui promeut les biotechnologies végétales : aux Etats-Unis, en Argentine et au Brésil – trois pays qui produisent la majorité du maïs transgénique –, mais aussi au Canada, au Japon, en Afrique du Sud, aux Philippines, en Colombie, au Paraguay, en Uruguay, au Salvador et au Honduras.

Sources

Référence

Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize - Food and Chemical Toxicology

VIDEO ICI : Les effets toxiques graves d’un maïs OGM et de l’herbicide Roundup

Christophe Magdelaine / notre-planete.info

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