CULTURE JUDAÏSME, infos et vie juive – mois de Adar 5773 (février/mars 2013)

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Comme chaque semaine, vous trouverez ci-dessous le lien pour l’étude du commentaire de la paracha de la semaine sur Modia.

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La paracha de cette semaine est double: Vayaqel et Péqoudéi
La 22e Paracha Vayaqhel – Moché éte-kol-âdate : Il fit assembler, Moché, tout le peuple… Chémote (Exode) 35, 1 – 40, 38
nous enseigne «comment la fraternité et l’unité de notre peuple doivent être au niveau du Chabbate et du Temple»
http://www.modia.org/tora/chemote/vayaqel.php

La paracha suivante Péqoudéi termine le livre de l’Exode et complète le thème précédent: «comment bien parler pour respecter et bien aimer à partir de la Torah».
http://www.modia.org/tora/chemote/peqoude.php

Espérons et soutenons les efforts qui apparaissent "aujourd’hui" dans la vie politique en Israël où après des semaines d’obstination à refuser l’autre, apparaît le souci de faire des réalisations ensemble et de mieux se comprendre et de moins s’attaquer et peut-être de cohabiter dans un gouvernement.

Préparons la fête de Pessah (25 mars au soir)

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D.ieu est Un, Israël est un ________________________________________________________

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

22e Paracha Vayaqhel – Chémote (Exode) 35, 1 – 40, 38 et                     23e Paracha – Péqoudé : Voici les fonctions dans le Sanctuaire – Chémote (Exode) 35, 1 – 40, 38

Moïse rassemble le peuple et renouvelle le commandement d’observer le Chabbat : « durant six jours le travail sera fait et le septième jour sera saint pour vous, un repos complet pour l’Eternel ». Il transmet alors les instructions divines concernant l’édification du Tabernacle. Le peuple donne en abondance les matériaux nécessaires. Moïse doit faire proclamer dans le camp qu’on cesse d’apporter des dons. Une équipe d’artisans au cœur inspiré construit le Tabernacle et fabrique ses ustensiles (comme déjà détaillé dans les précédentes sections hebdomadaires, Térouma, Tetsavé et Ki Tissa) : les tentures attachées par des agrafes d’or, des poutres en bois de chittim recouvertes d’or et leurs socles d’argent, le Paro’het (le Rideau) séparant les deux chambres du Sanctuaire, le Masa’h (le voile) à l’entrée de la Tente ; et l’Arche avec les chérubins, la Table recouverte d’or et sa bordure en or, le Chandelier à sept branches et son huile, l’Autel des encens, l’Huile d’Onction et l’Autel des sacrifices, la cuve et son piédestal faite avec les miroirs de cuivre apportés par les femmes. Sur l’ordre de Moïse, le compte de l’or, de l’argent et du cuivre donné par le peuple pour la construction du Tabernacle est établi. Betsalel, Aholiab et leurs assistants façonnent les huit vêtements sacerdotaux – le tablier, le pectoral, le manteau, le diadème, le turban, la tunique, la ceinture et le pantalon – suivant les instructions reçues par Moïse dans la paracha de Tetsavé. Les éléments qui le composent étant achevés, ils sont apportés à Moïse qui érige Tabernacle et le consacre en lui apposant l’huile d’onction ainsi qu’à ses ustensiles. Il initie Aaron et ses quatre fils dans le prêtrise, les revêtant de leurs habits et en les oignant. Alors, « la nuée couvrit la tente d’assignation et la gloire de l’Eternel emplit le Tabernacle ». Cette Paracha conclut le livre de l’Exode, Sefer Chemot, le second livre de la Torah.

Le Rav Dufour nous dit qu’on nous enseigne ici l’ordre de l’univers, l’ordonnancement de ce qui se passe dans le temps, notre tâche dans ce contexte : nous "rassembler". Cela veut dire : être ensemble à un certain niveau de très grande qualité, agir avec cette qualité dans l’espace (vivre comme sanctuaire)  et dans le temps (vivre dans le Chabbat)  selon le modèle donné par Hachém, et cela dans une attitude relationnelle (la réciproque du don maximum qu’Il nous fait.) Le rav nous fait remarquer que le judaïsme est une science concrète du rassemblement des hommes dans une certaine haute qualité précise, une morale disent certains, d’une façon abstraite qui ne rend pas le caractère concret ni la mission de ce peuple. Et il a à rassembler les hommes dans le meilleur du monde qui n’est pas "son "propre programme mais c’est se placer dans la source des bénédictions ensemble. Là il n’est pas d’impérialisme politique. Ni de profit, rien que yirate chamayim (la crainte du Ciel), la tsénioute (pudeur) et le service (la kéhouna), être cohen, fonctionnaire de la lumière de bénédiction pour le bien des nations.

« Et Moïse réunit toute l’assemblée des enfants d’Israël ; et leur dit … » (Exode 35,1) Deux grands hommes de l’histoire d’Israël ont obtenu le titre de « rassembleur ». C’est d’une part Moïse, porte-parole de la « sagesse d’en haut » et d’autre part Salomon, qui fut le maître de la sagesse d’en bas ». Dans l’un et l’autre cas, c’est par le verbe, par la parole, que le miracle de l’unité de ‘assemblée fut obtenu. De Salomon, le texte cite : « Paroles de Qohélet, fils de David », et le mot Qohélet est traduit de façon savante par l’Ecclésiaste, ce qui signifie, à travers le grec, « l’homme de l’assemblée ». De même, notre verset attribue à Moïse la fonction de « rassembleur » de la communauté : Vayaqhel Moché. Là encore, c’est la force de la parole qui réalise le trait d’union des hommes entre eux. Voici comment Rachi explique ce verset : (Cela se passe) au lendemain du jour des kippourim, lorsque (Moïse) descendit de la montagne. La forme verbale est un hif’il (factitif) (il les fit se rassembler).Il n’a pas réuni les hommes par (‘la force de) ses mains, mais (d’eux-mêmes) ils se rassemblaient par sa parole. On notera la précision de date que donne Rachi. Il s’agit du premier « 10 tichri » de l’histoire, où les secondes Tables de la Loi furent données à Moïse, après la faute et l’expiation. On s’en souvient, la Torah fut révélée le 6 sivan. 40 jours après, Moïse redescendit de la montagne avec les premières Tables, qu’il brisa à la vue de l’idole que cette génération du peuple, qui s’était adjointe à Israël à la sortie d’Egypte, avait imposée à Aaron. Cette date se situe le 17 tamouz. Pendant 40 jurs, jusqu’au 1er eloul, Moïse intercéda pour que  la saction de cette faute soit suspendue. Et durant 40 jours supplémentaires, jusqu’au 10 tichri, il reçut les 2èmes Table de la Loi. Ces péripéties, dont la date culminante est le 10 tichri, 1er jour de Kippour de l’histoire, rendent compte de l’audience d’unanimité dont Moïse finit par bénéficier de la part du peuple d’Israël. Moïse fut aussi celui qui sauva le peuple en brisant les Tables. On l’apprend d’un enseignement du Talmud (Chabbat 87 a) au sujet du verset 1 du chapitre 34 de l’Exode : « … et J’écrirai sur les Tables les paroles qui se trouvaient sur les premières Tables que tu as brisées » Cette indication « que tu as brisées » pouvait apparaître comme superflue ; cela signifie donc « que tu as bien fait de briser ». D.ieu ne pouvait quant à Lui briser les Tables, c’est-à-dire mettre la Loi en congé. Il est en effet vérité absolue, et la Loi est vérité absolue. Mais D.ieu souhaite que Moïse prenne l’initiative de suspendre la Loi, afin de sauver le peuple. Et lorsqu’il le fait, Il le félicite. Ainsi donc, Moïse, aux yeux d’Israël, est lui-même l’homme de la Loi et celui de la prière. Homme de la Loi, il porte la parole qui va de  D.ieu à l’homme. Homme de  la prière, il porte la parole qui va de l’homme à D.ieu. Homme de l’unité de D.ieu, c’est en cela qu’il est le « rassembleur », garant de l’unité des hommes.

Il est important de remarquer le lien étroit qui existe entre ces 2 ensembles : a) L’objectif de la sortie d’Egypte, comme événement de la fin de l’exil, est bien évidemment l’entrée au pays des Hébreux (Cf. Genèse 40, 15) nommé le pays de Canaan au temps des patriarches, parce qu’il avait été conquis à cette époque par les Cananéens. (Voir le commentaire de Rachi sur le verset 6 du chapitre 12 de la Genèse ) : « Et le Cananéen était alors dans le pays. » Cela est attesté tant dans les promesses faites à Abraham concernant la fin de l’exil, que dans le programme des différentes étapes de cette libération, telle qu’elle fut annoncée à Moïse : (Exode 6, 8) « Et Je vous amènerai au pays que J’ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob : et Je vous le donnerai en possession d’héritage. Je suis Hachem. » On remarquera à ce propos que le texte ne parle pas de « terre promise », mais de « terre donnée ». Ces expressions désignent deux attitudes très différentes vis-à-vis du Pays d’Israël. La première, qui impliquerait des conditions à l’accomplissemenet de la promesse, sert d’alibi au non-retour  des Juifs au pays des Hébreux. Or, on la doit aux traducteurs non juifs dela Bible. Le pays des Hébreux n’est pas promis à Abraham, Isaac et Jacob. Il leur est confirmé que de tous les hébreux, ce sont eux, été non les autres lignées ayant donné lieu à des peuples différents d’Israë, qui en seront les possesseurs.  L’ordonnance des parachyiote du livre de l’Exode indique d’autre part que la finalité ultime du retour au Pays d’ Israël est la construction du Temple. Le Tabernacle du désert est en effet la préfiguration du Bet Hamiqdach, la maison de la sainteté, qui sera construite à Jérusalem. Il est donc nécessaire de s’interroger su la finalité de la construction du Temple, maison de rencontre entre D.ieu et l’homme.

Le Rav Dynovisz nous enseigne que la véritable nature humaine est une relation d’amour avec D.ieu (Vayakel-Pékoudé). Nous devons d’abord faire un pas vers l’amour, puis seulement après, un pas vers la rigueur, qui vient corriger l’excès d’amour.Moché fut l’homme qui incarne l’expression de la relation à D.ieu qui passe par la loi, une loi d’amour, mais une loi à respecter. La preuve : la première phrase qu’un père apprend à son fils est « Torah tsiva lanou Moché… »( la phrase complète étant « "Torah tsiva lanou Moché, moracha kehilat Yaakov"La Torah que Moché nous a ordonnée est l’héritage de l’assemblée de Yaakov) C’est bien Moché qui nous a appris à accepter la Torah, qui est la relation à D.ieu sous forme de loi. Le vrai judaïsme, celui de Moché, est donc celui qui arrive à unir la loi et le cœur.Le monde ne peut pas tenir sans un cœur et une loi : il a le bon sens, la loi et l’amour. Le Baal Hatourim nous apprend que le mot cœur est répété 113 fois dans la Torah de Moché, l’enseignement révélé par D.ieu. Le judaïsme concerne le corps et l’âme, la lettre et l’esprit, l’action et l’intention, ces conditions réunies donnent la vie.

Le Grand Rabbin Jacques Ouaknin nous explique que le commandement d’observer le Chabbat apparaît deux semaines de suite, c’est ce que nous dit la Grand Rabbi Jacques Ouaknin. Dans la Paracha Ki Tissa, le texte sur le Chabbat suit celui de la construction du Tabernacle alors que dans notre Paracha de Vayaqhel, l’observance du Chabbat précède la description du Tabernacle et de tout son mobilier. Cette différence est-elle significative ? Dans Ki Tissa, le texte sur le Chabbat est introduit par le mot Akh, marquant une restriction, ce qui fait dire au Baal Hatourirn : le lien existant entre le Sanctuaire et le Chabbat se situe au niveau des travaux. De ce lien, nos sages déduisent les travaux interdits pendant le saint jour. La Loi orale en dénombre trente neuf, Lamed-têt-melakhote. Autre analogie entre le Chabbat et la construction du Tabernacle : de même que le Sanctuaire est capable d’expier la faute du Veau d’Or, le Chabbat peut procurer le pardon de tout péché, fut-il celui de l’idolâtrie. Afin de calmer leurs appréhensions quant à l’avenir, Moïse s’adresse à toute la communauté des enfants d’Israël et leur fit comprendre que le jour de Kippour a pu expier la faute du Veau d’Or, mais que le Chabbat sera toujours présent, pour procurer le pardon pour les autres fautes, même l’idolâtrie, allusion aux fautes comparables à celle du Veau d’Or.

Le texte emploie une expression particulière pour désigner la communauté d’Israël: « Vayaqhel Moché êt kol adat bené Israël » Moise rassembla toute la communauté des enfants d’Israël. Le mot « adat » laisse entendre que Moïse n’a rassemblé que les notables, les grands personnages de la communauté. Le devoir de réprimande doit être exercé par les dignitaires et les autorités morales de la communauté. Personne n’accède à une dignité si le ciel ne l’a pas décidé ainsi. Moise pensait donc s’appuyer sur les dignitaires pour faire passer le message. Nous retrouvons d’ailleurs cette méthode des cercles concentriques chaque fois qu’il s’agit de la transmission de la Torah. Rambam ne nous dit-il pas qu’il faut répéter quatre fois une halakha pour la retenir ! Nous l’apprenons de Moïse lui-même qui donnait une première leçon à son frère Aaron, puis répétait la même leçon devant Aaron et ses fils. Ensuite, les Anciens se joignaient à eux et Moïse répétait la même leçon. Et enfin, avant de se retirer pour laisser la place à Aaron, Moïse exposait la même leçon devant tout le peuple réuni. Après l’avoir reçue de l’Eternel, Moise a répété quatre fois la Torah.

Lc Chabbat constitue l’aboutissement des six jours de la création. Sans création, il n’y a pas de Chabbat. C’est pourquoi la Torah parle des six jours de la semaine pendant lesquels l’homme doit travailler et s’adonner à toutes ses occupations. De cette formulation de la Torah, deux déductions sont évidentes. La première est que le travail est nécessaire, le travail est noble. La seconde est que le travail n’a de sens et n’est sanctifié que par l’institution du Chabbat. Les jours de la semaine ne sont considérés que comme des moments de préparation pour le Chabbat qui ne saurait exister ici bas, sans les six jours de travail, et ces six jours n’ont aucun sens sans le Chabbat. D’autre part, la semaine et le Chabbath sont en opposition: ils sont différents dans toutes leurs manifestations: "Que tu tiennes le Chabbat en honneur" (Isaïe 58,13) signifie: que tes vêtements du Chabbat ne soient pas les mêmes que ceux de la semaine. Que ta démarche du Chabbat ne soit pas celle de la semaine. Le jour du Chabbat, tes préoccupations ne doivent pas être les mêmes que celles de la semaine.Le Chabbat est sanctifié, c’est-à-dire, séparé, différent, distingué des autres jours. C’est pourquoi nous devons éviter d’aborder tout sujet pouvant créer des dissensions, des crispations ou des irritations. C’est le sens que donne les Hassidim à « l’interdiction de faire du feu » mise en exergue par rapport à tous les autres travaux interdits. Ne mettez pas le feu de la discorde dans vos demeures en abordant des sujets pouvant susciter la colère, la mauvaise humeur, la dispute. Le fait que la Torah parle de « demeures » au pluriel « Vous n’allumerez pas de feu dans vos demeures » fait allusion, selon le Maguid, à la demeure en Israël et celle de l’exil, insistant ainsi sur l’observance du Chabbat obligatoire quelle que soit la situation du peuple d’Israël. Le Chabbat possède un caractère miraculeux et régénérateur, qui a permis au peuple juif de survivre malgré les vicissitudes qu’il a connues durant deux mille ans et qu’il permet aujourd’hui à tous ceux qui l’observent, de connaître un moment de lumière et de vrai bonheur au milieu d’un flot de grisaille. Le Chabbat a un pouvoir magique capable de redonner à l’homme toute sa dignité et tout son éclat.

La sagesse du cœur, un paradoxe ? « Que tous les sages de cœur viennent et accomplissent » (Exode 35, 10) Moïse appela chaque membre du peuple d’Israël à mettre ses talents particuliers (sa « sagesse ») au service de l’édification du Michkane, le Tabernacle du désert. Le Michkane fut une merveille d’art et d’ingénierie, qui nécessita une grande sagesse et la mise en œuvre de nombreux talents. Mais pourquoi en a-t-il appelé aux « sages de cœur » ? Cette notion n’est-elle pas contradictoire en elle-même ? Car, après tout, la sagesse relève de l’esprit, et les émotions du cœur ! La Torah nous enseigne ici une puissante leçon, que nous pouvons mettre à profit pour l’édification de notre Michkane personnel.  Le talent en lui-même est stérile, et l’émotion seule est imprévisible Il se peut qu’un sage possède une certaine connaissance, mais que celle-ci n’ait pourtant aucun impact sur sa vie. Elle demeure dans la vitrine de son esprit, sans jamais être employée à diriger son comportement. Une autre personne peut faire l’expérience d’une profonde émotion religieuse, dont l’expression est si forte qu’elle atteint un point où elle perd de vue d’autres choses importantes et positives dans lesquelles elle devrait également s’investir, ou bien elle devient exagérément critique de ceux qui semblent ne pas partager son degré de ferveur. Pour parer à ces travers, D.ieu ordonne à Moïse de dire au peuple juif : alors que chacun et chacune d’entre vous s’emploie à construire un Michkane personnel – un Sanctuaire pour D.ieu fait des matériaux de votre vie –, veillez à être « sages de cœur ». « Sage » : laissez la sagesse divine diriger vos sentiments d’une manière constructive, équilibrée et intégrale. « De cœur » : laissez cette sagesse créer un flux d’enthousiasme et de passion pour le bien et le divin qui remplissent votre être et changent le monde.

L’édification du Michkan implique concrètement40 catégories de travail créatif : les 39 modes d’action constructive dans le monde matériel que nous pratiquons au cours des 6 jours de la semaine et que nous cessons le Chabbat, auxquels s’ajoute le travail spirituel du Chabbat lui-même. Ce 4ème travail requiert la cessation des 39 autres, car il consiste à s’extraire de la création du Michkan de la semaine et à la sublimer. Néanmoins, il constitue un composant indispensable de notre tâche de faire une demeure pour D.ieu dans nos vies matérielles. Le Chabbat, cependant, nous interrompons ce travail. Le Chabbat serait-il un temps en dehors de la vie ? D’une certaine manière, oui, car nous cessons alors le travail créatif de la vie. Et malgré cela, le Chabbat est aussi une partie intégrante de ce travail. Tout comme il est nécessaire pour l’artiste de prendre du recul par rapport à son œuvre afin d’en conserver une vision d’ensemble et ne pas se perdre dans les détails, lorsqu’il s’agit de « faire une demeure pour D.ieu dans le monde matériel », il est également indispensable de faire chaque semaine un intermède spirituel pour ne pas perdre de vue le motif global de notre interaction avec cette matérialité à partir de laquelle nous édifions cette demeure. C’est là que réside la signification profonde de cette curieuse expression talmudique que nous avons mentionnée plus haut : « quarante travaux moins un. » Pourquoi ne pas simplement dire qu’il y a « trente-neuf travaux » défendus ? Nos Sages expliquent que le  40ème travail est « le travail du Ciel » que nous accomplissons le Chabbat. La Torah du Maître du monde inscrit toute la sagesse du monde dans un document unique. Elle est suffisamment compact epour pouvoir être recopiée à la main de manuscrit en manuscrit, transportée facilement de lieu en lieu et transmise de génération en génération pendant des millénaires.

Il est écrit au sujet d’Abraham, "Je te ferai devenir une grande nation." (Genèse 12, 2). C’est seulement en Canaan, dans ce qui va devenir ton pays que tu pourras conserver avec certitude ton identité, et maintenir ta descendance dans la continuité de ton peuple. Si tu pars ailleurs, tu seras confronté à la persécution, et bien plus encore à l’assimilation. "Comment saurai-je que j’en suis possesseur ?" (Genèse 15, 8). Nous ne trouvons la réponse de D-ieu à cette question que de manière indirecte, dans le verset 13 : "Tes descendants seront étrangers sur une terre qui ne sera pas à eux." En effet, le fait que les descendants du patriarche se considéreront comme des étrangers en tout lieu où ils séjourneront parmi les nations, le fait que loin de la terre promise ils se considèrent toujours comme vivant sur un sol qui n’est pas le leur, est la garantie qu’ils n’oublieront pas la terre d’Israël. Et s’ils ne l’oublient pas, ils y reviendront et la possession de ce pays leur sera assurée.

"Pourquoi pleures-tu ?", demanda Rabbi Yossi à Rabbi ‘Hiya. "Parce que, par le mérite de la circoncision (brit mila) d’Ismaël les enfants d’Israël souffriront beaucoup", répondit Rabbi ‘Hiya. "L’ange d’Ismaël demanda en effet à D-ieu : -Celui qui fait la circoncision ne mérite-t-il pas une part dans l’héritage de Ton nom (une part dans l’héritage de la terre d’Israël) ? -En effet, répondit D-ieu, mais Ismaël n’a pas fait la mistva de la circoncision en son temps (le huitième jour), mais à 13 ans ; par ailleurs, la circoncision n’a pas été effectuée complètement.-Soit, mais dans la mesure où il a quand même fait la circoncision, ne mérite-t-il pas une bonne récompense pour cela ? rétorqua l’ange. -Certes, dit D-ieu, c’est la raison pour laquelle il a été donné à Ismaël une part dans la terre d’Israël." Sur ce, continua Rabbi ‘Hiya, il arrivera un moment où les enfants d’Ismaël gouverneront la terre d’Israël pendant une longue période, mais ce sera sur une terre vide et aride qui n’apportera pas ses fruits.Ils empêcheront les enfants d’Israël de retourner sur leur terre jusqu’à ce que se termine le mérite de la circoncision d’Ismaël. Alors, les enfants d’Ismaël réveilleront de puissantes guerres à travers le monde. Une guerre sur terre, une sur mer, et une autre dans les alentours de Jérusalem. Pendant 400 ans, les fils d’Ismaël régneront sur la terre sainte." Le Zohar. Tout le monde est d’accord pour dire que le Zohar n’est pas un livre moderne, écrit à la Renaissance, et ce qui est fascinant à travers les prophéties de Rabbi ‘Hiya, c’est que ces discours ont été tenus alors que Rabbi ‘Hiya vivait sous la domination des Romains. Mais déjà il avait pu voir comment les Palestiniens empêchent depuis 1917 les bnéi Israël de revenir sur leur terre, et que juste avant Ismaël gouvernerait la terre sainte pendant 400 ans, vraisemblablement de 1516 à 1917, dates de la domination ottomane (turque) sur la Palestine. Nous apprenons de là que la grandeur d’une mitsva, même incomplète, apporte à celui qui l’a réalisée des privilèges particuliers qui s’inscrivent dans le déroulement de l’histoire dirigée par D-ieu. Ainsi, bien que la brit mila d’Ismaël ne soit pas complète, et bien qu’elle ne fut pas effectuée en son temps, D-ieu accorda malgré tout aux descendants d’Ismaël le mérite d’habiter et de gouverner la terre sainte.Combien devons-nous nous-mêmes considérer la grandeur et la portée des mitsvot !

Les téfilines que l’on ne met pas, bien que cela ne prenne que 2 minutes, alors que l’on prend tout son temps pour ranger délicatement une cravate que l’on craint de froisser… Le fait que nous soyons assez intelligents pour consacrer une partie de notre temps pour apprendre un métier, ou pour faire un stage d’informatique, par exemple, cela montre comment nous pourrions faire autant preuve d’intelligence et d’organisation pour nous donner aussi la possibilité d’apprendre telle loi de notre tradition, telle mitsva, ou pour étudier telle page du Talmud… Si l’on comprend bien, le fait qu’Ismaël ait possédé la terre d’Israël momentanément grâce à une mitsva doit nous faire prendre conscience que nous, Juifs, nous ne pourrons reconquérir pleinement cette terre et y installer la paix que par le mérite de nos propres actions. S’il est toutefois logique de se défendre avec des armes, la solution véritable au conflit qui fait rage sur notre sol viendra aussi par la pratique assidue des mitsvote au sein du peuple d’Israël. Nous comprenons enfin pourquoi nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation qui paraît sans issue politique ou ême militaire, puisque aussi bien les gouvernements de droite (celui de Chamir et de Charon pendant l’intifada) comme de gauche, aucun d’eux n’a réussi à mettre fin à ce conflit. Seul D.ieu, nous le ressentons ici de plus en plus chaque jour, peut mettre un terme à notre détresse et nous sauver, beezrat Hachem, Amen.

(Sources : Chabad.org  -  Rav Dufour – Rav Léon Askénazi –  Leçons sur la Torah  - Rav Dynovisz – Grand Rabbin Jacques Ouaknin  –  Shlomo Yaffe –  - Rav Raphael Pinto)

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Comme chaque semaine, vous trouverez ici le lien pour l’étude du commentaire de la paracha de la semaine sur Modia : Ki Tissa *

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Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

21e Paracha – Ki Tissa : Quand tu recevras le compte – Chémote (Exode) 30, 11 – 34, 35 – Chabbat Para

Par l’intermédiaire de Moïse, D.ieu demande aux enfants d’Israël que chacun, pour le rachat de sa personne, donne un demi sicle d’argent pour le Sanctuaire. Des instructions sont également données pour la fabrication de la cuve d’airain destinée aux ablutions et de son support. De même est indiqué le mode de confection de l’huile d’onction et de l’encens. Deux artisans au cœur empli de sagesse, Betsalel et Aholiab sont chargés de la construction du Sanctuaire. A nouveau, le respect du Chabbat est rappelé. Moïse semblant tarder à redescendre du Mont Sinaï, le peuple se fait un veau d’or et se livre à son adoration. D.ieu veut détruire les enfants d’Israël, qualifiés de « peuple à la nuque dure ». Mais Moïse intercède. Il descend de la montagne, portant les Tables de la Loi sur lesquelles sont gravés les Dix Commandements. Voyant le peuple danser autour de l’idole, il brise les Tables, détruisant le veau d’or. Il entreprend de châtier les coupables. Puis Moïse retourne vers D.ieu et le supplie de pardonner « Sinon, dit-il, efface moi de Ton livre que Tu as écrit ». D.ieu pardonne mais la faute exercera ses effets pour longtemps. D.ieu propose d’abord d’envoyer Son ange pour qu’il suive le peuple. Mais Moïse obtient que D.ieu Lui-même accompagne Son peuple vers la Terre Promise. Moïse prépare de nouvelles Tables et s’en retourne au sommet du Sinaï. Sur ces secondes Tables D.ieu inscrit à nouveau les Commandements. Moïse reçoit la vision des Treize Attributs de miséricorde. A son retour, son visage est à ce point rayonnant qu’il doit se couvrir d’un voile qu’il ne retire que pour s’adresser à D.ieu et pour enseigner Ses lois au peuple.« Et D.ieu parlait à Moïse  face ç face comme parlerait un homme à un ami… » (Exode 33,11) La partie du texte biblique qui relate la faute du veau d’or ouvre une parenthèse dans l’ensemble des prescriptions qui concernent la construction du Tabernacle. On apprend d’autre part que l’initiative de cette faute a été prise par les non –Hébreux – le « erev rav » (ceux qui avaient suivi les Juifs mais qui ne l’étaient pas) (Rachi sur Exode 32,7)  – sortis d’Egypte sous la direction de Moïse en même temps que les tribus d’Israël (Exode 12, 38). Cette faute avait consisté à prétendre remplacer Moïse par une idole et ne constituait pas un paganisme dans le sens habituel du terme, c’est-à-dire adorer des forces cosmiques ou naturelles à la place du Créateur. Elle avait pour motivation profonde la tendance habituelle chez les païens à diviniser les héros qu’ils considéraient comme médiateurs entre D.ieu et les hommes.

La paracha de Ki Tissa est assez singulière : elle comporte un certain nombre de sujets variés qui, mis à part le fait qu’ils s’enchaînent chronologiquement, ne semblent avoir aucun rapport entre eux. Au début, il est fait état des premières Tables de la Loi : un sujet très élevé. Vient ensuite l’épisode du bris de ces talbes : une chute incommensurable. Suit alors la révélation des treize attributs de miséricorde : de nouveau, un sujet élevé. (les 13 attributs* sont les suivants : Le Tétragramme (YHWH) – Hachem – Adonaï -  Ehyeh Acher Ehyeh – El – Elohim – `Elyon – Maqom – Chaddaï – Chalom – Chekhinah – Yah – YHWH Tsevaot).  Apparaissent enfin les deuxièmes Table de la Loi, foncièrement différentes des premières (notamment par le fait qu’elles sont une oeuvre humaine, etc…) Néanmoins, du fait que tous ces sujets sont mentionnés dans la même paracha, nous devons admettre qu’ils sont les éléments d’un enchaînement cohérent.

(Exode 32,1) : « … Va, fais-nous des dieux qui marcheront devant nous car celui-là, Moïse, l’homme qui nous a fait monter d’Egypte,  nous ne savons pas ce qu’il est advenu de lui. »Toutefois, par le fait que l’assemblée d’Israël (les descendants des tribus des Hébreux à proprement parler) n’avait pas réussi à l’empêcher, cette « faute » leur sera imputée et c’est tout Israël qui aura à en supporter les conséquences.La sanction de cette « faute » sera différée à travers tout le temps de l’Histoire après intercession de Moïse. (Exode 32,32 et suivants) Une conséquence immédiate apparaît cependant : à partir de là, la révélation à Israël se particularisera de façon définitive à une parole directement donnée à Moïse. (Chap. 33 à partir du verset 7 et en particulier la note de Rachi au début du verset 7) La manière dont le verset formule cette révélation personnelle de D.ieu à Moïse a cependant mené les commentateurs à nous mettre en garde contre le risque d’une conception anthopomorphique de la révélation (Commentaire du Maharal de Prague – Derekh ‘Hayim – sur la première Michna des Pirqué Avote) Ils se fondent en général sur un verset du livre des Nombres : (Nombres 7,89)Lorsque Moïse entrait dans la tente d’assignation pour parler avec Lui, il entendait la voix qui s’adressait à lui… Le terme hébreu traduit par l’expression « qui s’adressait à lui » signifie littéralement « Se parlant à Elle-même vers lui ». En hébreu, « middaber » et non « médaber ».(Cf Rachi sur Exode 33,9) De même, à propos de ce verset, Rachi cite la traduction du Targoum araméen « mitmalel », ce qui amène à lire : « Et D.ieu se parlait pour Moïse, face à face, comme parlerait un homme à son ami. » Un homme parle à son ami comme s’il se parlait à lui-même, c’est-à-dire en sincérité absolue. Il s’agit donc plus d’une indication de la vérité de la parole de D.ieu à Moïse que d’une allusion à une « intimité » qui poserait un problème de lecture anthropomorphique. Indiquons une autre particularité du verset, d’ordre grammatical. Le mot « dibber » qui se traduit habituellement au passé « Et D.ieu parlait… » peut se lire aussi au présent ou au futur. Si l’on remarque de surcroît que le mot traduit par « comme » (kaacher) signifie aussi en hébreu lorsque), ce verset devient alors : « Et D.ieu parle à Moïse… lorsqu’un homme parle à son ami. » En d’autres termes, bien que la révélation soit réservée à des strictes conditions d’authenticité prophétique, elle est cependant disponible chaque fois que la morale de fraternité se trouve assurée. Le Midrach raconte que Moché ne se souvenait plus de l’utilisation d’une partie de l’argent : 1775 sicles. Il était évidemment embarrassé lorsque soudain son attention fut attirée par des oiseaux autour des colonnes du michkan avec une telle insistance qu’il leva les yeux et se rappela qu’il en avait fait recouvrir le dessus d’argent. Ainsi a-t-il retrouvé l’utilisation faite de la somme d’argent. L’enseignement que l’on tire de cela nous vient de l’événement suivant : lorsque les frères de Yossef avaient décidé de vendre ce dernier à la caravane, ils touchèrent l’argent de l’échange. La somme était de vingt pièces d’argent qu’ils se divisèrent en neuf. Ils prirent donc chacun deux pièces et envoyèrent en l’air les deux dernières comme pour associer la résidence divine, la Chékhina, à leur « partage ». Ces pièces restèrent là posées dans un champ… Avec cet argent, les frères s’achetèrent chacun une paire de chaussure. Et voilà que 1775 ans après la vente de Yossef, passa dans ce champ un homme qui s’appelait précisément Yossef. Il aperçu les pièces d’argent et décida d’offrir une paire de chaussure à sa femme qui avait son mikvé le soir même, sans se douter de la provenance de ces pièces…De leur union est né Rabbi Akiva ben Yossef. Selon le Midrach Yalkouth Chimoni, étant l’un des « dix martyrs » condamnés à mort par les romains et assassinés de façon atroce, celui-ci va ainsi « expier » la faute des frères de Yossef. Comme on le lit dans la kina de Ticha béav, on compare les dix frères de Yossef aux dix martyrs de la destruction du deuxième Temple. Notre conclusion : énormément d’événements se produisent tous les jours sous nos yeux dont on ne mesure pas la portée. Ces événements ont tous une relation les uns avec les autres, et ont tous un sens qui certes nous échappe, mais existe. Il faut donc être certain que rien de ce qui arrive n’a une fin inutile et au contraire, qu’il y a une leçon à tirer de chaque événement.

Comment se relèvera l’honneur d’Israël ? Par « Kitissa » Répond la Guémara. « Ki tissa » ce sont les deux premiers mots de la paracha (Exode 30, 12 ) ; littéralement ils se traduisent par : lorsque tu élèveras » et ils signifient : « lorsque tu compteras ».  Dans ce paragraphe, le texte établit les lois relatives au dénombrement des hébreux : en particulier, il fallait que chacun d’eux donne un demi-sicle d’argent, ce qui permettait de les compter. Tout cet argent a été ensuite fondu pour les transformer en socles, les socles qui supporteront les murs du Tabernacle. Rachi explique que cette mitsva a été donnée après que les enfants d’Israël eurent fabriqué le veau d’or. (Rachi sur Exode 30, 16 ) Ce compte est ainsi présenté comme une réponse aux problèmes que cette faute a révélés. Quels sont ces problèmes ? La faute des individus – Pour excuser l’attitude des enfants d’Israël, Moïse dit à D.ieu : « C’est Toi qui es responsable; Tu les as gratifiés de tant d’or pour lequel ils n’ont pas travaillé, comment ne pouvaient-ils pas se corrompre ? Tu as été comme un roi qui habille son fils avec de beaux vêtements, le parfume avec les meilleurs parfums et qui ensuite met toutes les tentations à la portée de sa main » (Rachi sur Exode 32, 31). Ainsi les enfants d’Israël ont été gâtés. Leur richesse les a écarté de D.ieu. Ils ont voulu utiliser un or qui brillait dans leurs mains dont ils ne savaient que faire. Et lorsque leur chef – Moïse – n’était plus là, quoi de plus naturel alors qu’ils se réunissent, construisent avec l’or un objet autour duquel ils s’animeront jusqu’au matin ! « Ils se sont levés pour s’amuser  » (Genèse 32, 6 ) dit le texte . Rachi dit qu’il s’agit de licence.(Rachi sur Genèse 32,6) L’expiation des individus  Comment se relèvera l’honneur d’Israël ? Par Ki Tissa.

En donnant leur or pour construire le Tabernacle, les hébreux apprennent le bon usage de l’argent. De plus en se transformant en donateurs, chacun des hébreux s’élève.  C’est cela la meilleure réponse au veau d’or. Celui qui pratique la tsédaka (rétablissement de la justice en faisant l’aumône aux pauvres) ressemble au créateur, enseignent nos sages. Lui, n’a besoin de rien. Il ne fait que donner; aussi qui donne Lui ressemble-t-il et s’élève-t-il ainsi. C’est pourquoi Rachi explique la Guémara de Baba Batra ainsi : « Si tu veux les relever, qu’ils rachètent leurs âmes par la bien-faisance« . (Rachi sur Baba Batra 11b) La faute collective. La faute du veau d’or n’était pas seulement le résultat de déviations individuelles, mais elle était aussi le produit d’une révolte collective : « Voici tes dieux qui t’ont sortis d’Egypte, O Israël » proclamèrent -ils en coeur (Exode 32, 4 ) C’est la raison pour laquelle lorsque Moïse vit le veau d’or, il brisa les tables de la loi, le peuple d’Israël ne les méritait plus.  Curieusement, le texte dit qu’il brisa les tables de la loi sous la montagne. Moïse avait compis que c’est (entre autres) ce qui s’est passé sous la montagne qui a amené Israël à construire ce fameux veau. En effet, le Talmud (Exode 32, 4 ) explique que lors du don de la Torah, D-ieu plaça les hébreux sous la montagne et leur dit : « si vous acceptez la Torah c’est bien, sinon ici sera votre tombeau ». En d’autres termes, l’apparition de .D.ieu en personne sur le Mont Sinaï était la plus formidable contrainte qui puisse être, et finalement les hébreux étaient maintenus dans un état de soumission et n’ont pas participé activement à la réception de la Torah. C’est pourquoi Rabbi Méïr enseigne dans le Midrach que les hébreux ont projeté de construire le veau d’or déjà au moment où ils recevaient passivement la Torah. Une armée Pour dire « compter », la Torah dit « élever ». Elle montre ainsi que le dénombrement avait une valeur en lui-même. Pourquoi fallait-il compter les hébreux ? Rachi (Exode 30, 14) explique que l’on comptait ceux qui devaient servir à l’armée. Aussi ne comptait-on que les personnes qui avaient plus de 20 ans. Certes il y a un danger de compter les hommes, on risquerait de penser que la victoire dépend uniquement des rapports de force. Aussi, ne faut-il pas compter n’importe comment, mais il faut compter tout de même. Quand se relèvera l’honneur d’Israël ? Par Ki Tissa; lorsqu’à nouveau on comptera les enfants d’Israël, qu’ils se transformeront de spectateurs en soldats et qu’ils formeront une armée pour conquérir leur terre. La réponse au veau d’or, c’est qu’Israël doit prendre son avenir entre ses mains, combattre son pays et non le recevoir passivement. L’honneur d’Israël  L’honneur d’Israël se relève lorsque les juifs s’unissent pour construire leur pays mais savent que cette force qu’ils doivent utiliser est un moyen que D.ieu donne en leur main pour édifier une société dont les fondements sont la Torah.  Ainsi, lorsque l’on compta les soldats hébreux, chacun d’entre eux donna un demi sicle pour la construction du Tabernacle.

« Regarde, J’ai appelé par son nom Betsalel, fils de Ouri, fils de Hour, de la tribu de Yehouda… Et dans le cœur de tout sage de cœur, J’ai mis de la sagesse. Ils feront tout ce que je t’ai ordonné» (Chemote 31 2 et 6) Qui est appelé à construire le Temple ? Pas Moché, ni Aharon, ni Nadav, ni Avihou, ni Eleazar, ni Itamar, fils de Aharon. Ni Pi’has, son petit-fils, ni Yehochoua, disciple de Moché, ni Calev, ni Na’hchon, chefs de la tribu de Yehouda.Ni Eldad, ni Medad, qui prophétiseront avec perspicacité et ne se contenteront pas de se considérer dans l’ombre de Moché. Aucun des 12 êtres les plus remarquables, qui sont au cœur de la Torah dans ses 3 livres centraux, Chemot, Vayikra et Bamidbar. Aucune femme non plus, directement. Arrière-petit-fils de Miriam, sœur de Moché, Betsalel est le plus grand des hommes appelés à édifier le Temple, cette réplique à la valeur d’Israël, à son ambition. A l’ombre de D.ieu, comme le souligne son nom (Betsel, à l’ombre ; El, D.ieu dans Sa bonté), il sait comprendre plus que ce que Moché lui dira. A l’ombre des 12, Betsalel sait. Il peut. Fils de Ouri (ma lumière), il peut construire le Aron, (l’Arche)  contenant les Tables, bâtie sur le mot « ora », la lumière. Le « aron » signifie « orana », notre lumière.Parce que notre être est désireux de recevoir la lumière divine, il en est capable. Lumière sur les vêtements du Cohen Gadol (grand prêtre) : les « ourim » (lumières) et les « toumim » (perfections), à l’aide desquelles certains niveaux de la prophétie lui sont offerts. Lumières et jumelages des amitiés. Lumière de l’arche qi peut contenir la Torah de lumière. Au cœur de l’identité de Batsalel, l’expérience d’une double présence, la sienne propre et celle de D.ieu. Pour Moché, pour Betsalel, pour les sages d’Israël, l’essentiel du Temple est non l’autel, quipermet l’expiation, mais la Torah contenue dan l’arche : des secrets, des paroles, des mots, des lettres Il s’agit de pouvoir créer à l’aide des lettres, comme D.ieu Lui-même a créé l’univers à l’aide de la langue sainte qu’il avait créée auparavant. D.ieu n’est pas jaloux du pouvoir de créer, qu’il offre au contraire à l’homme, au milieu du Temple, dans cette arche qui abrite le cœur de l’arbre de vie : cette arche qui « porte ceux qui la portent. » (Midrach Rabba)

« Ils se sont vite détournés de la voie que je leur avais présentée, ils se sont faits un veau en métal, se sont prosternés devant lui, ont sacrifié en disant: « Voilà ton dieu, Israël, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte « . (Exode, 32, 8) Le peuple d’Israël avait eu le privilège d’assister à un phénomène unique dans l’histoire des hommes: D;ieu lui-même s’était révélé à lui au Sinaï et lui avait fait connaître sa volonté. Et tous, comme un seul homme, nos ancêtres Lui avaient juré obéissance et fidélité.Pourtant, il a suffi de l’absence prolongée de Moïse, retenu auprès de l’Eternel, pour que nos ancêtres en arrivent à douter de D;ieu et exigent d’Aaron qu’il leur confectionne une idole. Ils ont même été jusqu’à offrir l’or de leurs bijoux pour qu’on en façonne leur   "D.ieu". Tout se passait comme s’ils avaient déjà oublié la Révélation, comme si, en y mettant fin, D.ieu s’était retiré de leur vie et se devait, à leurs yeux, d’être remplacé. Certes nos ancêtres avaient une circonstance atténuante: ils avaient vécu toute leur existence dans un milieu idolâtre. Aussi, Moise, s’efforçant d’obtenir pour son peuple le pardon de l’Eternel, ne manque-t-il pas d’avancer cet argument :  Pourquoi, Eternel, es-tu donc tellement en colère contre ton peuple. Tu sais bien que tu l’as sorti du pays d’Egypte !  » (32, 2). Mais en vérité ce fait passé n’excuse pas les enfants d’Israël : la Révélation leur avait fait connaître et approcher Dieu d’une façon telle que, plus jamais, ils n’auraient dû être tentés de se tourner vers l’idolâtrie. Aussi l’Eternel ne manquera-t-il pas de les châtier en conséquence. De nos jours, on pense que l’idolâtrie a disparu à tout jamais. Qui croit encore qu’une statuette ou une image est un D.ieu capable de nous aider et de nous comprendre ? Certes; mais le  » veau d’or  » peut, aujourd’hui encore, entraîner l’homme loin de D.ieu. S’il nous arrive de considérer que l’or, la richesse, les biens matériels, sont au-dessus de tout et constituent le premier but à atteindre dans la vie, nous arriverons forcément à tout leur sacrifier. Les principes moraux, la famille, les amis, D.ieu lui-même seront obligés de s’effacer devant nous, dans toute la mesure où nous les considérerons comme un obstacle à l’acquisition des richesses que nous convoitons. Oui, le veau d’or est toujours debout. A nous de savoir nous détourner de lui et ne pas nous abaisser au point d’en faire l’objet de notre adoration.

Dans la paracha il est dit à propos de Moïse : « Ki qaran aur panav » ce qui signifie que la peau de son visage rayonnait. Ainsi de par la discussion avec D.ieu, lui est transmis cette lumière que j’appellerai divine. Dans le premier chapitre de Berechit dans la Genèse, verset 3, D.ieu crée la lumière : « Va-yomer elohim yehi aur va yehi or. » Et D.ieu dit que la lumière soit et la lumière fut. La lumière est la première chose que D.ieu crée. Auparavant ce n’était que ténèbres et chaos. Lorsque la lumière est créée ce premier jour, elle est d’origine immatérielle, en ce sens qu’elle n’émane pas d’un corps lumineux, les astres n’étant créés que le 4eme jour. Sa création tend à bonifier les ténèbres qui désormais forment la nuit. Elle a donc un effet positif sur elles et s’y intègre même lorsque le 4eme jour sont crées les corps lumineux. Les astres permettent de matérialiser la lumière. Ils permettent également de dissocier le jour de la nuit, l’avancée du temps, de mettre en place des repères, mais aussi, grâce aux étoiles et à la lune, de ne pas totalement être dans l’obscurité la nuit. Au tout commencement fut donc créée la lumière spirituelle, immatérielle tout comme l’est D.ieu. Puis ce fut ses supports, les astres, ces corps lumineux petits et grands ayant pour mission d’éclairer et d’entourer la vie. D’ailleurs Eve et Adam étaient d’après Rabbi Yehouda, enveloppés d’une auréole de lumière avant de commettre la faute de manger le fruit de la connaissance. Ce rayonnement faisait que nul ne s’apercevait de sa nudité. Mais en fautant, l’auréole de gloire disparut et il ne resta plus que les vêtements qui couvraient leur peau. La lumière n’a d’après moi pas disparu, cependant par l’opacité de la peau elle est devenue invisible. Il y eut longtemps des controverses à ce propos étant donné que les mots peau et lumière sont homonymes et se disent tout deux « or ». Ainsi les hommes avaient des tuniques de peau (ketounot or) que Rabbi Meïr appelait « tuniques de lumière » en se fondant sur une autre version qui substituant le aleph au ayin du mot « or » pour y lire non pas ‘peau’ mais ‘lumière’. Rabbi Itzhak évoque le fait que l’unique vestige de cette transparence est la lunule (partie blanche en forme de lune) à la racine des ongles. Quant à Rabbi Yehouda Arie Löb de Gour, il soutient que toute la création fut enveloppée après le péché d’une unique tunique de peau, l’homme étant le reflet du macrocosme. Avant celui-ci, la lumière Divine inondait toute la terre, mais D.ieu après la faute primordiale Se retira dans les sphères supérieures, et l’homme ne put désormais le reconnaître qu’à travers ce voile qui le cachait à ses yeux… D’une certaine manière l’Homme devint ainsi aveugle, déduction appuyée par le fait que les lettres du mot lumière aleph vav rech (or) peuvent former par homonymie le mot « aveugle » qui se dit iver (mais avec la lettre ayin et non alèph). Dans ce même sens, on peut dire que lorsque le texte biblique raconte que Dieu dessilla les yeux d’Adam et Eve après qu’ils mangèrent du fruit défendu, Il les rendit aveugle à cette lumière et qu’ainsi, ils découvrirent qu’ils étaient nus… Nous pouvons donc dire que ces tuniques sont des tuniques de peau opaque, car elles rendent l’homme aveugle, mais elles sont encore en quelque façon des tuniques de lumière en ce sens qu’elles laissent malgré tout transparaître la toute puissance du Créateur et font prendre conscience des choses.

La Lumière est donc de nature divine, et lorsque Moïse reçoit l’enseignement de D.ieu et Ses Dix commandements, il a pour rôle de les transmettre. Par ce biais il transmet également le rayonnement et la puissance de l’Eternel. Mais lorsqu’il descend la première fois du mont Sinaï, il aperçoit le peuple d’Israël dansant et adorant un veau d’or. Et l’or est la matérialisation de la lumière. Ainsi en la matérialisant, ils matérialisent D.ieu. Moïse brise les tables de la loi et fait disparaître cette fausse lumière. Il remonte alors sur la montagne et lors de son ultime descente c’est son propre visage qui rayonne, de manière si forte qu’il effraie les enfants d’Israël. En effet la lumière spirituelle, contrairement à l’or métallique, est bien plus impressionnante car elle est mystérieuse. Ce rayonnement est d’après moi une certaine bénédiction retrouvée, mais également une partie de D.ieu transmise à Moïse, le signe de la spiritualité dans laquelle il vivait, l’expression de la peau de lumière retrouvée. Par ailleurs cette lumière ne peut être diffuse sans porter à confusion. Moïse couvre son visage d’un voile pour l’atténuer lorsqu’il s’adresse au peuple et s’en défait en présence de l’Éternel. Peut-on en tirer quelque chose dans notre expérience qui n’est ni confrontée à la présence de Moïse et encore moins à la présence immédiate de D.ieu ? Il me semble que la lumière naturelle ou spirituelle bonifie tout ce qui l’entoure, et son action sur l’homme est plus qu’agréable. Chaque rayon de soleil agit sur le moral et l’état d’esprit du monde. Chaque sentiment positif pour nous est accompagné d’un certain rayonnement individuel que nos proches remarquent. Même si cela peut paraître naïf, j’ai la conviction que les bons sont toujours lumineux et les mauvais toujours sombres. Notre vocabulaire, notre langue, ont intégré des milliers d’expressions et de mots mêlant la lumière à des qualités : briller d’intelligence, avoir les yeux vifs, être rayonnant, une lueur d’espoir, une idée lumineuse… Bref, l’action de la lumière sur l’Homme est bénéfique.

Un dernier aspect mérite encore d’être traité. Certes en fautant, Adam et Eve ont perdu l’Eden et l’enveloppe lumineuse qu’il suscitait. Mais l’impact fut également positif. En un sens, en ayant été chassés par D.ieu, ils ont quitté une situation infantilisante, je dirais même aveuglante, dans laquelle étaient satisfaits tous leurs besoins sans le moindre effort. L’homme doit désormais travailler, construire, faire des démarches personnelles, ce qui entraîne finalement une satisfaction incroyable. Chaque réussite est une récompense des plus précieuses. Il en est de même pour la lumière intérieure de chacun devenue opaque par la peau qui la recouvre. Si nous voulons la faire rejaillir, il nous revient de découvrir comment la suscite. Moïse a adressé à D.ieu 3 demandes qu’Il a exaucées : 1/que l’Immanence divine habite notre peuple, comme il est dit : ‘Mais si Tu nous accompagnes » (Ex. 33, 16) ; ce qui fut fait; 2/ qu’Elle ne réside pas sur les Nations : « [Mais si Tu nous accompagnes,] nous serons, moi et Ton peuple, distingués de tous les peuples qui sont sur la surface de la terre » (ibid.) ; 3/ qu’Il nous enseigne Ses voies : « Permets-moi de connaître Tes voies » (ibid. ibid. 13 ; Traité « Bérakhot » 7 ; cf. également Rachi).

A première vue, la demande de ne pas faire résider l’Immanence divine sur les nations semble mesquine ; en réalité, elle leur était favorable car pour ce faire, il fallait préalablement leur donner le temps de comprendre qu’elles sont également astreintes à un certain nombre de commandements, ce que, par la pratique de la Torah, nous leur enseignons peu à peu (cf. Rav Abraham Isaac Kook, « ‘Aïn haiya« ), fidèles à notre vocation universaliste : « Ce peuple, Je l’ai formé pour Moi pour qu’il publie Ma gloire (Is 43, 21).  Israël est au centre du monde -ce qu’on apprend de l’Etude-. Par l’ ‘Immanence’ (le plus bas dévoilement de D.ieu), il aura une influence doublement bénéfique : pacifier l’humanité en l’unissant dans un tout, lui faire profiter de la bénédiction divine (Rav Kook, ibid. sur Traité « Bérakhot 7 a). Ceci étant – L’Immanence se dévoile par stades successifs. Lorsque nous étions dans les ténèbres de l’exil, Elle l’était, pour ainsi dire, aussi, au point que nous blasphémions le Nom de D.ieu, comme le déplorait le prophète : « Arrivés chez les nations où ils sont venus, ils ont déconsidéré Mon saint Nom parce qu’on disait d’eux : « Ces gens sont le peuple de l’Eternel, et c’est de Son pays qu’ils sont sortis » (Ez.36, 20). Puis, lorsque nous reprenons pied sur notre terre et triomphons de nos ennemis, nous Le sanctifions aux yeux du monde : « Ainsi Je me montrerai grand et saint, Je me manifesterai aux yeux de nations nombreuses et elles reconnaîtront que Je suis l’Eternel » (ibid.38, 23). De plus en plus, la centralité de notre peuple en tant qu’habité par l’Immanence deviendra tangible pour tous. Ce faisant, la célèbre promesse annoncée par D.ieu à Abraham de faire de nous un grand peuple, source de bénédiction pour tous les hommes (Gen. 12) se réalisera. Le « Retour » ne se fait pas sans peines, mais nous voyons l’apparition de l’aube. Le jour est proche où on comprendra pourquoi la demande de Moïse, sujette à contestations, visait au bien de l’humanité qui ira en pèlerinage sur le Mont du Temple, aspirera à apprendre la Torah et reconnaîtra qu’elle émane de Jérusalem, comme l’annonçait la célèbre prophétie d’Ezéchiel (II). Dans l’attente de la Délivrance pleine et entière.

(Sources : Chabad.org – Rav Léon Askénazi (Leçons sur la Torah) -Wikipedia – Rav David Botchko – Raphaël Cohen « Les chemins de la Torah - Jean Schwarz, Lamed -Jesabel D. – Adath Shalom – Rav Dov Bigon)

* Les treize attributs de miséricorde

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La paracha de la semaine avec Modia ici :

Etude de la paracha de cette nouvelle semaine:

20e Paracha – Tétsavé : Tu ordonneras. Chémote (L’Exode) 27, 20 – 30, 10. "La beauté de l’homme idéal et son vêtement Construire le moi juif".

Les thèmes de la paracha étudiés ici:

Les sens et l’attention – La beauté de participation (nature d’Israël) – La beauté de participation (nature d’Israël reliant le bas et le haut) – La beauté de participation de notre être – Le vêtement de Moché – Le vêtement du Cohen – Le vêtement du Juif – Réflexion sur le vêtement du Juif en fonction de lumière – Le vêtement du Juif qui doit être lui-même sanctuaire – Un vêtement porteur de pierres de lumière – Rôle éducatif des Cohen – Une anthropologie juive de l’être et du regard – Exercices – Le sacrifice des parfums (pitoum ha qétorète) – Comprendre le passage du sacrifice des parfums dans les offices de la prière.

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra’hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages

http://www.modia.org/tora/chemote/tetsave.php

Et aussi sur cette même page: La beauté du Chabbate – La beauté de la terre d’Israel – La beauté de Jérusalem – La beauté de l’écriture hébraïque – La beauté du Chémâ Yisrael – La beauté du mur de la rencontre – La beauté de nos synagogues millénaires – Les poèmes, vêtements du coeur juif – Mots d’hébreu indiquant la beauté – Nouveau: la beauté de la prière de MIN’HA – Et mes articles sur la beauté dans l’art.

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Sur ce lien, les commentaires de toute la Torah:

http://www.modia.org/tora/index.php

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20e Paracha – Tétsavé : Tu ordonneras Chémote (L’Exode) 27, 20 – 30, 10

reprise de 2011 – Ayant détaillé à Moïse la fonction des offrandes, D.ieu lui dit encore de prescrire aux cohanim la manière dont celles-ci doivent être apportées, quand ils peuvent être consommés, et par qui. Il interdit la consommation du sang et de certaines graisses. Ayant consacré Aaron et ses fils au service du sanctuaire,  On décrit les habits sacerdotaux que doit revêtir le Cohen Gadol.  D.ieu commande à Moïse de recevoir des Enfants d’Israël de l’huile d’olive pure pour alimenter la « flamme perpétuelle » de la Ménorah, que Aharon devra allumer chaque jour, « du soir jusqu’au matin ». Les vêtements sacerdotaux que les Cohanim (prêtres) devaient porter lors de leur service dans le sanctuaire sont décrits. Tous les Cohanim portaient : 1. la ketonet – une tunique de lin, 2. les mikhnassayim – pantalons de lin,  3. la mitsnefet ou migbaat – un turban de lin, 4. la avnet – une longue ceinture portée au-dessus de la taille. En plus de ces habits, le Cohen Gadol (le « grand prêtre ») portait : 5. le efod – une sorte de tablier, tissé de fils laine et de lin teints d’azur, de pourpre et d’écarlate et de fils d’or, 6. le ‘hochen – un pectoral comportant douze pierres précieuses gravées aux noms des douze tribus d’Israël, 7. le mé’il – une cape de laine bleue, avec des clochettes et or et des ornements en forme de grenade à sa lisière, 8. le tsits – une plaque d’or portée sur le front comportant l’inscription « Saint pour D.ieu ». Tetsavé inclut les instructions détaillées de D.ieu pour les sept jours d’initiation dans la prêtrise d’Aharon et de ses quatre fils – Nadav, Avihou, Elazar et Itamar , ainsi que pour la fabrication de l’autel d’or sur lequel brûlait la ketoret (l’encens) La paracha Tétsavé nous apprend le sens et la beauté du vêtement et la mise en valeur de l’humain comme sanctuaire divin. C’est un immense éclairage autant pour l’humanité que pour chaque individu, et cela quotidiennement.

Les vêtements du Cohen Gadol (Grand Prêtre) . Le premier fut Aaron, frère de Moïse
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Quand D.ieu commence à donner Ses instructions pour la Menorah, Il dit à Moïse : « Et tu ordonneras aux Enfants d’Israël et ils t’apporteront de l’huile d’olive pure, broyée pour le luminaire, pour allumer les lampes… » (Chemote 27,20) Cela semble assez clair, mais, analysés de plus près, ces simples mots parlent beaucoup plus qu’il n’y paraît. Tout d’abord quand D.ieu donne des instructions à Moïse, on se serait attendu à « Parle (ou commande) aux Enfants d’Israël… » Ce léger changement de la norme ne constitue pas seulement un changement technique, mais aussi un changement philosophique. D.ieu veut-Il que Moïse transmette le message de D.ieu ou D.ieu désire-t-Il que Moïse prenne une part plus active et plus ostensible en relayant Ses instructions ? Quel type d’intermédiaire D.ieu attend-il qu’il soit ? D’autre part, que veulent impliquer les mots « broyée pour le luminaire ? » D.ieu n’aurait-Il pas dû dire « broyée pour illuminer ? ». Après tout, l’olive était utilisée pour illuminer le Tabernacle et pas seulement pour être posée en haut de la Menorah, le luminaire. Ces deux expressions inattendues sont comme des drapeaux rouges agités dans notre direction pour nous pousser à approfondir les mots. Le luminaire représente les profondeurs de l’âme, l’essence de sa source de lumière d’où émanent toutes ses forces et ses talents. Semblable à l’adrénaline, cette source de lumière puissante et essentielle est réservée pour des moments de grande nécessité. Habituellement, nous n’y avons pas accès. Mais « broyée pour le luminaire » quand nous sommes dans l’urgence ou le défi, l’essence de l’âme jaillit et nous gagnons alors une force extraordinaire. C’est ainsi que tout au long de l’histoire, les Juifs purent rester engagés à la Torah malgré les terribles dangers que suscitait cet engagement. Par exemple, malgré la menace d’Haman d’annihiler la nation juive toute entière, les Juifs ne renoncèrent pas à leur identité juive, ils ne tentèrent pas même de la cacher. Ils se réunirent publiquement dans la prière et l’étude de la Torah. D.ieu demanda de l’olive qui était « broyée pour le luminaire » ? Il lance des défis immenses, parce qu’il existe des occasions de manifester l’endurance et la grandeur, la lumière qui illumine l’environnement. Mais un autre ingrédient est nécessaire pour pouvoir supporter la douleur d’être broyé et la transformer en énergie productrice. Les 7 branches de la Ménorah représentent donc l’intégralité des âmes d’Israël qui font partie de 7 groupes différents. Israël est en effet divisé en 7 groupes. C’est pourquoi il est dit : « et tu ordonneras (et unirias) les enfants d’Israël » Ainsi, toutes les racines des âmes d’Israël de la Torah afin d’éclairer chacun. Le travail d’Israël est de prendre de l’huile d’olive. Moïse doit dire aux enfants d’Israël : rassemblez-vous pour apporter de l’huile d’olive pure (pour le tsaddiq Moïse et Aaron)  C’est ce que l’on appelle ‘le réveil d’en bas’. Chacun doit prendre et apporter au tsaddiq  ce niveau d’huile d’olive pure qui représente le bien que chacun possède dans son esprit de chaque Juif que l’on nomme « chemen » (huile). C’est l’huile d’onction sainte. Rabbi Nathan dit : même les pêcheurs d’Israël ont en eux au moins un bon point représentant ce niveau de pureté. Pour obtenir cette huile, on doit se contraindre à étudier la Torah, à prier et  à faire des mitsvote avec l’intention de capter la lumière du tsaddiq afin que sa néchama (âme) soit éclairée. Il doit donc ramener cette huile pour que le tsaddiq puisse allumer et éclairer son âme.

« Veatah Tetsaveh … »  Dès les premiers mots, on est averti de ce cas particulier de Moïse :« Véatah : et toi, quant à toi (Moïse)… » Moïse a ici une place exceptionnelle : il n’y a pas ici les formules habituelles : « Et Dieu parla à Moïse pour dire parle aux enfants d’Israël etc… »  Dans paracha Térouma, on a déjà intégré cela que le Beit hamiqdach ne peut être construit que si Israël réussit à rendre autonome la loi hétéronome, alors à ce moment-là tout s’enchaine et c’est de Moïse que dépend la réalisation de la Torah. Sans doute, il y a cette éclipse de l’identité de Moïse dans cette paracha  (le 7 adar est le jour de sa naissance et de sa mort) tout simplement parce qu’il a réussi sa mission et alors il s’efface. Il est remarquable qu’aucun des rabbins du Talmud ne porte le nom de Moïse ou d’Aharon. Il y a une sorte de respect dans le peuple juif de ne pas avoir cette ’houtspa cette insolence de donner à un des enfants d’Israël ces noms-ci. Tous les noms possibles mais ni Moïse, ni Aharon !  Ils ont une identité à l’échelle de la collectivité qui ne doit pas être banalisée. C’est ainsi qu’on explique pourquoi Moïse a épousé Tsipora qui n’était pas d’Israël : son identité était d’une telle hauteur qu’il ne pouvait pas trouver une fille d’Israël pour lui. Il doit trouver une identité qui équivaut à tout Israël chez les Goyim (Nations): la fille ainée de Yitro. Par contre, son nom est cité chaque fois que dans une Yéshiva, dans une étude on a entendu une chose nouvelle de la Torah. Les maîtres dans la Guémara même on l’habitude de souligner une vraie nouveauté, un vrai ‘Hidouch par les termes : « Moïse tu as bien parlé ! » Parce que quand la Torah parle c’est Moïse qui parle !  Il y a un cas analogue dans la Beraïta : chaque fois qu’il y a un enseignement au nom de Eliyahou le prophète (Tana debe Elyahou) , chaque fois que la Braïta commence par « on m’a enseigné à l’école de Elie le prophète » : c’est lorsqu’a été entendu un ’Hidouch quelque chose de nouveau mais qu’on ne sait pas qui l’a dite, c’est un enseignement anonyme : on dit alors, c’est Elie le prophète qui a parlé. Pourquoi ? Car Elie est le seul prophète dont on n’a pas mis par écrit la prophétie. C’est Elisée qui a cité les paroles de son maître et qui a été empêché d’achever la révélation à Israël. Lorsque la révélation reprendra, elle reprend par Elie le prophète qui a encore un résidu d’enseignements qui n’a pas été donné et c’est pourquoi on lui impute chaque ’Hidouch de l’enseignement à travers le temps.

Depuis le début du livre de Chemote il n’y a aucune paracha où Moché n’est pas cité sauf Tetsavé. Il y a un enseignement beaucoup cité par les ‘Hassidim : l’enseignement de tous les maitres de la Torah est toujours moindre sur la paracha correspondant à la semaine de leur mort. On l’observe pour les grands commentateurs : la paracha de leur mort c’est une paracha où semble-t-il, ils se bornent à se référer à d’autres maitres et commentateurs. Tetsavé c’est la semaine de la mort de Moché le 7 Adar.  Lien avec Pourim : C’est un midrach clef de cette histoire du lien entre le mérite que Moïse a laissé en Israël qui est une dimension d’éternité, grâce à lui qui traverse l’histoire de toutes les civilisations, et le salut des Judéens – que j’appelerais les Juifs – dans l’empire de Perse d’Assuérus au temps de la reine Esther. Il est bien évident que c’est grâce à la reine Esther qu’Assuérus a sauvé Israël malgré les décrêts de son 1er ministre. Il s’agit d’un mérite d’Israël au niveau de l’être et non au niveau des actes qui était très faibles : puisqu’ils participèrent au festin d’assimilation en Perse alors qu’on ne les obligeait pas, ils étaient libres, mais ils ont bu jusque dans les coupes du Temple emmenées avec eux pour les sauver des Babyloniens. Le Midrach raconte que Haman savait qu’il y avait une protection sur Israël. Et suivant sa culture, il cherche un jour de l’année où il y aurait un défaut dans cette protection sur Israël et il ne l’a pas trouvé : chaque mois a son mérite d’une tribu d’Israël, chaque jour le mérite d’un des patriarches ou des matriarches d’Israël… aucun défaut dans la cuirasse pour atteindre cette éternité de l’identité d’Israël et voilà que Haman se souvient du 7 Adar, jour de la mort de Moïse, par conséquent jour sans protection du côté de la Torah.   Le Maharal de Prague explique cela profondément dans son livre sur Pourim de la façon suivante : le défaut du raisonnement de Haman, c’est de croire que l’histoire d’Israël obéit aux mêmes lois que toutes les cultures et toutes les civilisations, qui ont un point de départ, une apogée, un déclin et une fin. Il ne s’est pas aperçu que le jour de la mort de Moïse est aussi le jour de sa naissance. Il y a une durée de Moïse parfaite : 120 ans, de manière absolumeent parfaire, jour pour jour. A partir de cette traversée du temps d’Israël par l’histoire de Moïse, le temps d’Israël a une dimension d’éternité. Cela veut dire que la protection d’Israël grâce à la Torah donnée par Moïse est éternelle bien que Moïse ait disparu. C’est le fait que Moïse soit le Moïse tel que décrit précédemment, qu’il y a une capacité de lien à la Torah en Israël qui va sauver Israël quelque soit le niveau d’assimilation où il est. Qu’en est-il du cas de la Shoah ? Ne peut-on invoquer ce mérite-là même si le judaïsme européen était en déclin ? Pourquoi un tel mérite naturel n’a t’il pas joué comme à Pourim au temps d’Assuérus et de la reine Ester ? C’est un sujet pour lui-même, mais malgré tout je reviens au cas historique de Pourim. Midrach : Haman se promène dans le quartier juif de la capitale (rempli de yeshivote) (écoles talmudiques) après les décrets contre les juifs, il s’approche près d’une fenêtre et il entend deux jeunes enfants discutant avec passion pour savoir quelle devait être la longueur des gerbes que l’on apportait au temple pendant le Omer…  L’horizon historique de ces Juifs-là est bouché, avec l’assassinat et la Shoah pour le lendemain et ils s’occupent de la longueur de la gerbe du Omer ? C’est là que Haman a compris l’éternité d’Israël inassassinable ! Moïse a donné une formation à Israël qui permet que cette hérédité reçue des Patriarches puisse recevoir la Torah. Moïse peut avoir disparu, sans que personne ne sache où il est enterré, il a réussi !   C’est la leçon à retenir d’un point de vue existentiel quotidien : cesser de donner aux maîtres tout ces qualificatifs exagérés qui ressemblent à une oraison funèbre avant l’heure.Gaon…etc. Moïse est appelé Moché Rabénou tout simplement, pas plus. Rabénou Moché, c’est Maïmonide. On entend la différence. On l’indique de cette manière dans un enseignement des Pirqey Avote. « Moché qibel Tora miSinaï » On ne lui donne aucun titre ? Un des commentaires Talmid ‘Hakham du siècle dernier, d’Autriche qui s’appelait Vayiss enseigne que c’est parce qu’au mont Sinaï, Moché n’était pas notre maitre, il était l’élève de Haqadoch baroukh Hou. Il faut enlever ces titres et les sous-titres… La véritable gloire de Moïse c’est qu’il était l’élève de quelqu’Un. Un enseignement des Pirqué Avote « Moché quibel Torah mi Sinaï ». On ne lui  donne aucun titre ? Un des commentaire talmid ‘hakham d’Autriche au siècle dernier qui s’appelait Vayiss enseigne que c’est parce qu’au mont Sinaï, Moché n’était pas notre maitre, il était l’élève de Haqadoch baroukh Hou (le Saint, béni soit-Il) . Il faut enlever ces titres et les sous-titres… La véritable gloire de Moïse c’est qu’il était l’élève de quelqu’Un.

Le fait que le nom de Moïse ne soit pas cité est étonnant. C’est d’autant plus étonnant que cette paracha est lue dans la semaine où nous fêtons le 7 Adar, jour anniversaire de la naissance et de la mort de Moché ! Pourquoi son nom est-il absent ? Nos sages nous enseignent que lors du péché du Veau d’Or, Moché déclara à D.ieu que s’Il ne pardonnait pas la faute alors « Efface-moi de Ton Livre que Tu as écrit ! ». Or D. ieu a pardonné au peuple ! Mais une malédiction prononcée par un sage s’accomplit, même si elle est liée à une condition ! D’autres expliquent que cette paracha nous décrit les vêtements des Cohanim. Or Moché devait être Cohen à la place de son frère Aaron qui aurait été simplement Lévi. Mais au buisson ardent, Moché refusa d’accomplir la mission que D.ieu lui ordonnait : aller délivrer les Juifs. Il fut donc puni en perdant la prêtrise. En voyant tous les vêtements du Cohen, Moshé fut donc attristé de ne pas pouvoir les utiliser, son nom fut donc effacé de cette paracha. {Moché est donc absent de toute la paracha qui est lue la semaine du 7 Adar ! En revanche, les noms des 12 tribus sont bien mentionnés : c’est ainsi que sur les pierres de Choham placées sur les épaulettes de l’Ephod toutes les tribus étaient représentées : 6 sur la pierre de droite et 6 sur la pierre de gauche. La Torrah précise qu’Aaron portera ces pierres devant D. ieu comme souvenir ! Il en est de même pour le pectoral de justice : il comporte 12 pierres précieuses et sur chacune d’elle est écrit le nom d’une tribu ! Dans ce pectoral de justice était caché un Nom de D.ieu dans les Ourim Vétoumim qui permettait au Cohen qui le fixait d’avoir des réponses à des questions concernant tout le peuple ! Le Roch nous apprend que ce Nom cessa d’agir après le règne du Roi David.  Par ailleurs, nous lisons pour Maftir la paracha Zakhor, que tous doivent écouter (d’après beaucoup d’avis les femmes aussi). Ce texte lu avant Pourim nous demande de nous souvenir du mal que nous a fait Amalek (de qui descend Haman), il nous ordonne de l’exterminer et d’effacer son nom de dessous les cieux !  Enfin, ce Chabbat nous prépare à la fête de Pourim qui lui fait suite. Nous lirons la Méguila d’Esther où le Nom de D.ieu n’apparaît pas une seule fois ! L’explication de ce paradoxe est qu’il y a une différence entre une personne et son nom. Le nom n’est qu’une manière de désigner quelqu’un. Mais l’injonction « Toi » adressée à Moché, englobe toute son essence! On ne trouve pas le nom de Moshé dans cette paracha car c’est toute l’essence de Moché qui se dévoile ! C’est pour cela que dans la semaine du 7 Adar, jour de sa naissance et de sa disparition, nous avons toute l’essence de Moshé et pas seulement son nom ! Il en est de même pour la Méguilat Esther : le miracle de Pourim est totalement habillé dans la nature. Mais l’Essence de D.ieu est cachée derrière chaque évènement, c’est pourquoi Son Nom n’apparaît que dans les initiales ou les lettres finales de plusieurs mots ! Il est mis en allusion aussi lorsque l’on dit « le roi » sans rajouter A’hashvérosh (Assuérus). La fête de Pourim ne sera jamais annulée, même lors de la venue du Machia’h, car elle est la preuve que le monde tel qu’il est, est une demeure pour D.ieu, Il dirige tous les faits jusqu’aux intrigues de cour. Il emplit le monde de toute son Essence!  Sont cachés : le Nom d’Hachem dans la Méguila ; dans Tétsavé est caché le nom de Moché ; le nom d’Amalek doit être détruit dans Zakhor, et dans les vêtements du Cohen, dans les Ourim Vétoumim est caché le Nom Divin.  En revanche, le rappel des noms des tribus, permet de leur dispenser la Bénédiction Divine. En effet, le mot «Zakhor se souvenir » est à rapprocher du mot « zakhar , masculin » celui qui peut donner la vie à l’autre. A l’inverse, pour Amalek, il faut réveiller notre colère afin de le détruire de dessous les cieux. Mais nos Sages nous apprennent qu’en haut dans les cieux, sa racine spirituelle ne sera pas détruite (son nom est écrit dans la Tora et il est exclus qu’il y manque un seul mot.

Nous savons que la Torah consiste en 5 livres, subdivisés en 54 sections  (parachas). Ces livres sont communément appelés « Les 5 Livres de Moïse ». À première vue, ce nom ne semble pas utilisé avec exactitude. Il est vrai que c’est Moïse qui les transcrivit et aussi qu’il est le personnage central du récit. Mais n’est-ce pas la Torah de D.ieu ? Le Talmud s’interroge, dans la même veine, devant l’invective du prophète (Malachie 3, 22) : « Rappelle-toi la Torah de Moïse, Mon serviteur ». Serait-ce donc la Torah de Moïse ? Oui, ça l’est, affirme le Talmud, « parce qu’il lui a consacré sa vie, elle est appelée de son nom. » Il n’est pas fait mention de Moïse dans le premier livre, Beréchit (la Genèse). Cela a du sens dans la mesure où il n’était pas encore né. Le nom « Moïse » n’apparaît que quelques fois dans le cinquième livre, Devarim (Deutéronome). Cela également se comprend : le livre de Devarim est un long discours de trente-sept jours que Moïse adresse au peuple d’Israël avant sa disparition. Tout au long des onze parachas de Devarim, nous entendons sa voix : « À ce moment-là, D.ieu me dit… », « Et nous continuâmes notre voyage… » – (Ceci contraste avec le reste de la Torah qui est écrit à la troisième personne : « Et D.ieu parla à Moïse… », « Et Moïse monta sur la montagne…  », etc.) Dans les trois autres livres, le nom « Moïse » apparaît de nombreuses fois dans chaque Paracha, souvent des douzaines de fois sur la même page. Dans chaque Paracha, à l’exception d’une seule : la section de Tetsavé (Exode 27, 20 – 30, 10) qui ne comporte pas la moindre mention du nom de Moïse. Le commentaire sur la Torah du Baal Hatourim explique ce phénomène comme la conséquence de quelque chose que Moïse dit à D.ieu à la découverte de la faute du Veau d’Or. Quand le peuple d’Israël trahit son alliance avec D.ieu, tout juste quarante jours après avoir reçu la Torah au mont Sinaï, D.ieu dit à Moïse qu’Il avait l’intention de détruire la nation corrompue et d’édifier un nouveau et meilleur peuple à partir des descendants de Moïse. Moïse plaida et argumenta en faveur du peuple, et finalement s’écria à D.ieu : « Maintenant, si Tu pardonnes leur péché… Mais si Tu ne le fais pas, efface-moi du livre que Tu as écrit » (Exode 32, 32). C’est la raison pour laquelle, écrit le Baal Hatourim, le nom de Moïse est absent de la paracha de Tetsavé. Il reste néanmoins à comprendre un certain nombre de choses :

  1. En fin de compte, bien sûr, D.ieu ne détruisit pas le peuple d’Israël et n’effaça pas le nom de Moïse de la Torah. Pourquoi donc fut-il omis dans Tétsavé ? Était-ce là une sorte de punition ou de « retombée » de ses mots audacieux, ou bien y a-t-il un sens plus profond à leur réalisation partielle ?
  2. Qu’essayait d’obtenir Moïse ? Était-ce une sorte de « menace » pour forcer la main de D.ieu ? En quoi l’effacement du nom de Moïse de la Torah pouvait-il permettre de sauver le peuple d’Israël ?
  3. Pourquoi, de toutes les 54 Parachas de la Torah, est-ce précisément celle de Tetsavé qui perd le nom de Moïse ? D’autant plus que le récit du péché d’Israël et de l’« ultimatum » de Moïse apparaît dans la Paracha suivante, celle de Ki Tissa !
  1. apparaît dans la Paracha suivante, celle de Ki Tissa !

Le Zohar parle de D.ieu, de la Torah et du peuple d’Israël comme « trois liens qui sont liés les uns dans les autres… chacun consistant en un niveau au-dessus d’un niveau, caché et révélé. » Que sont ces niveaux « cachés » et « révélés » dont parle le Zohar ? Les Maîtres de la ‘Hassidout expliquent qu’il existe deux niveaux auxquels D.ieu, Israël et la Torah sont interconnectés. Au plan « révélé », la Torah est le lien entre D.ieu et Israël. D.ieu est infini et insondable, et nous sommes des êtres finis et mortels. Mais D.ieu nous a donné Sa Torah, décrétant qu’elle incarnerait Sa sagesse et Sa volonté. Lorsque nous étudions la Torah et accomplissons ses préceptes, nous nous connectons avec D.ieu. À un niveau plus profond, toutefois, cette connexion s’opère dans l’autre sens : ce sont les âmes d’Israël qui lient la Torah à D.ieu. A ce niveau, l’âme est une étincelle de l’essence divine, et la Torah est le produit de cette unicité. D.ieu, comme Il est en Lui-même, est au-delà du fait de posséder une « sagesse » ou une « volonté ». Il les acquiert uniquement comme un moyen à travers lequel exprimer Sa relation intrinsèque avec nous. En d’autres termes, au niveau « révélé », un peuple juif qui rejette la Torah, à D.ieu ne plaise, perd son lien avec D.ieu. Mais au niveau caché, c’est la Torah qui « a besoin » de nous pour être liée avec le Tout-Puissant. (C’est pourquoi il y a des versets et des Midrachim qui décrivent le peuple juif comme les « enfants » de D.ieu : la relation d’un enfant avec ses parents dérive du fait qu’il est une extension de l’être de ses parents. À d’autres endroits, la Torah apparaît comme la source de notre lien, comme dans le Midrache qui décrit la Torah comme la « fille » de D.ieu et Israël comme le « gendre du Roi ».)

Nous pouvons dès lors comprendre ce que réalisa Moïse en insistant pour que D.ieu « efface son nom » de la Torah. Le « nom » de la personne représente le moi qu’il présente au monde, au-delà duquel réside une identité plus profonde et plus essentielle qui transcende toute appellation et toute description. Ainsi nos Sages nous disent que « toute la Torah consiste en noms de D.ieu », c’est-à-dire la manière dont D.ieu Se fait connaître de nous. Quand D.ieu dit à Moïse que la trahison d’Israël avait détruit son lien avec lui, Moïse comprit que cela signifiait que D.ieu se liait alors avec eux selon Son niveau de « nom », c’est-à-dire dans la dimension « révélée » de leur lien où la Torah est ce qui relie D.ieu et Israël. Il savait que pour sauver le peuple, il lui fallait évoquer la relation « cachée » avec D.ieu, le lien intrinsèque qu’aucune transgression ne peut ébranler. C’est pourquoi il dit à D.ieu : « Efface mon nom de la Torah. » La Torah est ma vie, disait Moïse. Bien plus encore, c’est la substance de ma relation avec le peuple que j’aime : je suis leur maître, celui qui leur transmet Ta sagesse. Mais mon lien ultime avec eux est encore plus profond. Si profond que je désire oblitérer mon nom de la Torah, puisque tant que je définis mon rôle dans leur vie comme leur source de la Torah, leur abandon de la Torah signifiera que je ne suis plus lié à eux. Les actes des Justes ont un effet intéressant sur D.ieu : ils le « forcent » à agir de la même façon. Les paroles de Moïse poussèrent D.ieu à, Lui aussi, endosser sa relation « cachée » et « sans nom » avec Son peuple ; un lien qui transcende la Torah et est en réalité la source et la raison d’être de la Torah. (C’est pourquoi, en dernier ressort, Moïse ne sauva pas uniquement le peuple d’Israël – il sauva également la Torah.)

La paracha Tetsavé constitue ainsi un monument à la gloire de l’acte extraordinaire de Moïse et de ce qu’il accomplit. Car s’il est vrai que son nom est « absent » de la Paracha, son essence qui transcende l’appellation, l’imprègne d’autant plus. Cela apparaît dans la toute première phrase de Tetsavé qui rappelle les mots de D.ieu à Moïse : « Et toi, tu commanderas aux enfants d’Israël… » Dans le tout premier mot : veata, « et toi », Moïse est présent. Non par son nom, mais par ce pronom qui transcende le nom, « toi ». Pourquoi Tetsavé ? Le 7 Adar – à la fois la date de la naissance et de la disparition de Moïse –tombe toujours à proximité de la semaine au cours de laquelle Tetsavé est lue dans le cycle annuel de lecture de la Torah. C’est donc la semaine la plus appropriée pour nous amener au « Toi » intrinsèque de Moïse. Aaron, le premier Cohen Gadol (Grand Prêtre) était le frère  de Moïse et de la prophétesse Myriam. Le nom de cohen pluriel. cohanim, (dédié, dévoué) désigne les membres et descendants de la famille des prêtres hébreux, qui réalisaient les sacrifices du Temple de Jérusalem, sous l’autorité du Cohen Gadol (Grand Prêtres). Ce titre fut conféré par D.ieu Lui-Même à Aaron et à sa descendance masculine (Exode 28:1 & 2–4) comme un « office perpétuel, d’abord au service du Michkane, (tabernacle portatif) puis, plus tard, du Temple de Jérusalem. » Aaron était le frère de Moïse et de la prophétesse Myriam, grand-mère de Betsalel, qui a construit le Michkhane.

En l’an 2365, Amram et Yokhéved, de la tribu de Lévi, donnent naissance à Aaron, qui est de 3 ans le frère aîné de Moïse. Il est marié à Elichévah la fille d’Haminadav. Elle lui donnera 4 fils nommés Nadav, Avihou, Eléhazar et Itamar. Ces deux derniers sont les deux frères fondateurs de la lignée des cohanim. Depuis la destruction du Temple, le nom a continué à se transmettre de père en fils. Les cohanim continuent d’ailleurs à jouir d’un statut personnel distinctif dans le judaïsme et sont astreints à des règles et lois particulières. Ainsi, après l’instauration de la lecture de la Torah dans les synagogues en remplacement des sacrifices depuis la destruction du Temple de Jérusalem, qui était érigé sur le « Mont du Temple », (aujourd’hui l’esplanade des Mosquées), ce sont les Cohanim qui ont la priorité pour « monter à la Torah » (pour la lecture du rouleau de la Torah) le Chabbat, suivi des « Levi », puis du reste du peuple d’Israël. Ainsi, la vision biblique du Cohen (prêtre) est aux antipodes de celle des autres religions de l’Antiquité. Voyons l’histoire de cette famille juive des Cohanim et opérons un retour sur l’origine, selon la tradition (de la Bible à Maïmonide), avec examen de leurs diverses missions. Dès l’Exode d’Egypte, commence donc une aventure spirituelle inédite : celle du culte monothéiste hébraïque. Israël n’est plus un clan, où le chef de famille pourrait jouer le rôle de maître du rituel. Il est une nation nombreuse, à :l’intérieur de laquelle la nouvelle législation désigne une lignée pour le service divin, les descendants d’Aaron. Pour Maïmonide, la foi d’Israël, servie par la famille aaronide, repose entièrement sur l’idée d’un D.ieu créateur unique avec un message éthique primordial de justice et de compassion. Ainsi se constitue un pontificat avec, à sa tête, un “Cohen Gadol” (Grand Prêtre) nommé par l’autorité suprême nationale (roi, prophète, juge ou grande assemblée, selon les époques) et assisté par des prêtres ordinaires (Cohanim Ediototh). Le premier “Cohen Gadol“, investi par Moïse sur ordre divin fut, comme nous l’avons vu, Aaron. Il était assisté par ses 4 fils, dans le rôle de prêtres ordinaires. Tout au long de l’histoire ancienne, depuis l’Exode jusqu’à la destruction du Second Temple, en l’an 70 de l’ère commune, les Cohanim ont rempli des missions spirituelles diverses : les sacrifices, dans le sanctuaire, les jours de semaine et les festivités diverses. Au cours de la journée de Kippour, le rôle primordial était attribué au Cohen Gadol (Grand Prêtre), le seul homme à pouvoir pénétrer dans le “Kodech hakodachim” ( le Saint des Saints) du Temple, pour implorer la clémence céleste pour le peuple d’Israël.

« Tu feras confectionner, pour Aaron ton frère, des vêtements sacrés, insignes d’honneur et de majesté« . (Exode, 28, 2) Aaron avait été le fidèle compagnon de Moïse pendant toute la période où celui-ci était en pourparlers avec Pharaon pour obtenir l’affranchissement des Hébreux. Dorénavant, il sera chargé plus spécialement du culte de l’Eternel dans le Tabernacle, lui et ses descendants après lui. Et pour permettre à Aaron d’accomplir convenablement ce service divin, l’Eternel demande à Moise de lui confectionner des vêtements et des ornements spéciaux, qu’il revêtira quand il se présentera devant Dieu. En lisant tous les détails que nous fournit la Torah sur ces habits, on peut se demander pourquoi Aaron n’aurait pas, tout aussi bien, pu exercer son ministère dans ses vêtements de tous les jours. Qu’ajoutent à un tel service les habits particuliers ? Effectivement, nous savons que le vêtement que nous portons n’est pas d’une grande importance. On ne peut juger quelqu’un d’après ses habits. Ni l’intelligence, ni le cœur, ni aucun des nobles sentiments ne se manifestent dans ce que nous revêtons. Par contre, nous avons la possibilité de nous rendre compte si notre interlocuteur est un homme soigné et bien élevé d’après la manière dont il est vêtu, que ses vêtements soient riches ou non. Par ailleurs, si nous avons du respect ou de la considération pour une personne, nous avons à cœur de nous présenter devant elle avec une mise plus soignée que devant n’importe qui. En agissant ainsi, nous lui montrons que nous avons fait un effort pour elle, que nous l’aimons et que nous lui sommes tout dévoués. II en est de même envers Dieu. Certes l’Eternel connaît les sentiments profonds de notre cœur et n’a pas besoin, lui, de marques extérieures de respect et d’amour. II n’en faut pas moins que nous, de notre côté, pour nous-mêmes plus que pour Dieu, nous fassions un effort pour nous présenter devant lui convenablement et soigneusement vêtus. Dans une certaine mesure, chacun de nous est au service de Dieu, tout comme le grand prêtre l’était au Tabernacle. Chacun se doit donc de soigner sa mise en toute occasion et plus particulièrement quand il est reçu en audience par l’Eternel au moment de la prière.

A propos des vêtements que portait Aaron Hacohen, il est écrit : « Tu feras des vêtements de sainteté pour Aharon ton frère pour l’honneur et la splendeur…un pectoral, un ‘éfod’, une robe, une tunique brodée, un tiare, une ceinture…ils prendront de l’or et de l’azur, du pourpre, de l’écarlate et du lin… » (Dévarim 28 ;2-5). Le Ramban écrit que les vêtements des Cohanim, d’une splendeur royale, étaient principalement destinés à distinguer le Cohen Gadol (Grand Cohen) aux yeux du peuple et à l’investir d’une aura souveraine. On trouve cependant une idée contradictoire au sujet des vêtements des Cohanim. Il est écrit à propos de la tunique du Grand Cohen qu’elle devait être bordée de clochettes d’or et de grenades placées en alternance sur le pourtour de l’ourlet, comme il est dit :« Elle sera, pour Aharon, pour faire le service; son tintement s’entendra à sa venue vers le sanctuaire devant Hachem et à sa sortie, et il ne mourra pas ». Rabbénou Béh’ayé explique que lorsqu’un homme se présente devant un Roi, le protocole lui interdit d’entrer de façon brusque et inopinée, sous peine de mort. De même, les clochettes d’or qui tintaient au bas de la tunique d’Aharon devaient lui rappeler en permanence la soumission qu’il devait montrer devant Hachem et que c’est seulement avec Sa permission qu’il entrait et sortait « comme des pauvres et des indigents viennent frapper à la porte du Roi ».Ces vêtements avaient donc pour but de glorifier le Cohen Gadol par leur apparence royale mais également de lui faire prendre conscience de son insignifiance; comment concilier ces deux états d’esprit a priori contradictoires ?Les vêtements du Cohen Gadol avaient pour but de l’élever parmi tous les Bné Israël afin que le peuple prenne conscience de l’immense valeur du Service Divin. L’objectif n’était pas de faire honneur au Cohen Gadol lui même, mais qu’il soit intermédiaire pour faire honneur au Roi des rois. La tâche devient alors difficile pour Aharon : apprendre à ne pas s’enorgueillir au sein de cette splendeur et de cette majesté, et même savoir cultiver modestie et soumission à Celui que l’on doit réellement honorer.La solution : les clochettes ! Un rappel permanent de la présence d’Hachem et que c’est Lui qui dispense les qualités de chacun, la richesse, le rang social (Cohen, Levi, Israël)…Avec une pleine conscience de cette vérité les habits majestueux du Cohen gadol ne sont plus une source d’orgueil pour celui qui les revêt, au contraire ils lui permettront d’être encore plus humble et soumis à l’image de ce Gouverneur qui se « faisait de plus en plus petit » à chaque fois qu’on l’acclamait.

 « Moïse est vrai et sa Torah est vérité » (Talmud Baba Batra 74a) « Sois parmi les disciples d’Aharon : celui qui aime la paix, poursuit la paix, aime les créatures de D.ieu et les rapproche de la Torah » (Maximes de nos Pères 1:12 ) L’histoire de la naissance de la nation juive dépeint Moïse comme l’incarnation parfaite du chef d’Israël. C’est lui qui fait sortir les Enfants d’Israël d’Égypte. C’est lui qui reçoit la Torah de D.ieu et l’enseigne au peuple. C’est à Moïse que D.ieu adresse Ses instructions sur la manière d’édifier le Sanctuaire dans lequel résidera la Présence divine dans le camp israélite, et Moïse est également décrit comme celui qui l’a « fait » (bien que la construction ait été concrètement réalisée par d’autres). C’est Moïse qui nourrit et guide le peuple d’Israël (et supporte le poids de leurs plaintes et de leur rébellion) en les conduisant à travers leur périple de 40 ans les menant du Sinaï à la Terre Promise. Toutefois, une lecture plus attentive du récit de la Torah révèle que la conduite d’Israël fut un travail d’équipe : toujours présent aux côtés de Moïse se trouve son frère aîné, Aharon. Parfois le rôle d’Aharon est très apparent, parfois il est à peine discernable, mais il est toujours là. Lorsque Moïse fait face à Pharaon, c’est en compagnie d’Aharon, qui joue un rôle majeur dans l’accomplissement des miracles et des plaies qui forceront la libération des Juifs. Quand D.ieu ordonne Sa première Mitsva au Peuple Juif, elle est adressée « à Moïse et à Aharon » – une phrase qui apparaît souvent dans la Torah, parmi les nombreux « Et D.ieu dit à Moïse » introduisant ses lois. Quand le peuple se plaint, c’est « à Moïse et à Aharon » qu’il adresse ses réclamations ; quand Kora’h remet en question l’autorité de Moïse, c’est également (et en fait essentiellement) une rébellion contre la position d’Aharon dans la direction du peuple Ce qui est frappant à propos du duo Moïse/Aharon est qu’Aharon ne correspond pas aux standards habituels du « bras droit » ou du « second ». Il n’existe pas non plus une claire répartition des tâches entre les deux frères. S’il est vrai que Moïse est la figure dominante du récit, Aharon est toujours un partenaire à part entière des événements et des initiatives qui vont transformer un clan d’esclaves libérés en peuple de D.ieu. Tout se passe comme si Moïse ne pouvait rien accomplir sans Aharon et ce dernier, quant à lui, semblablement dépendant de Moïse dans l’accomplissement de son rôle. [Il y a d’ailleurs un Midrache qui révèle que Moïse était originellement destiné à être le Kohen et Aharon le Lévite, et que D.ieu inversa leurs rôles lorsque Moïse refusa son mandat lors de la révélation du Buisson Ardent. D’après cela, les rôles de ces deux frères ne sont pas seulement interdépendants, mais interchangeables !] La construction du Sanctuaire et le service de D.ieu qui s’y déroulait en sont l’illustration. Dans la Paracha de Tetsavé, nous lisons la façon dont D.ieu assigne à Aharon et à ses fils la responsabilité de conduire le service dans le Sanctuaire : ils doivent représenter le peuple dans le projet de s’approcher de D.ieu et d’interagir avec Lui en Lui offrant des sacrifices et en accomplissant les autres services du Sanctuaire. Cela semble désigner le Sanctuaire comme « domaine » privilégié d’Aharon. Et pourtant, comme cela a été mentionné plus haut, c’est Moïse qui doit construire le Sanctuaire. Et c’est Moïse qui doit initier Aharon dans la prêtrise. Pendant sept jours, Moïse doit servir de Kohen (assumant de fait le rôle d’Aharon), offrant les sacrifices apportés par Aharon et ses fils. Le Sanctuaire sera effectivement le domaine d’Aharon – après les sept jours d’initiation, seuls lui et ses fils pourront y accomplir le service –, mais c’est un domaine qu’ils ne peuvent atteindre qu’en association avec Moïse.

Les versets qui ouvrent la paracha offrent un exemple frappant de l’entrecroisement des rôles de Moïse et d’Aharon. « Et toi [dit D.ieu à Moïse] tu commanderas aux enfants d’Israël qu’ils t’apportent de l’huile d’olive pure écrasée pour que la lumière s’élève de la lampe perpétuelle. » « Dans la Tente d’Assignation, en dehors du Parokhet [le rideau] qui se trouve devant le Témoignage, Aharon et ses fils la disposeront du soir au matin devant D.ieu. » La tâche d’allumer la Menorah est dévolue à Aharon et à ses fils ; et pourtant l’huile pour l’allumer devait être apportée à Moïse. C’est en fait dans ces deux versets que réside la clé pour comprendre le partenariat de Moïse et d’Aharon dans la direction d’Israël. Dans Exode 4, 27, la Torah décrit les émouvantes retrouvailles des deux frères au pied du mont Sinaï. Soixante ans plus tôt, jeune homme de vingt ans, Moïse avait fui l’Égypte ; maintenant, le berger de 80 ans était sur le chemin de retour de l’Égypte, mandaté par D.ieu pour libérer Son peuple de l’esclavage. « Et D.ieu dit à Aharon : « Va dans le désert à la rencontre de Moïse. » Et il y alla et le rencontra au pied de la montagne de D.ieu, et il l’embrassa. » Le Midrache décrit le baiser des frères en des termes cosmiques : C’est à cela que se réfère le verseté (Psaumes 85, 11) quand il dit « La bienveillance et la vérité se sont rencontrées ; la droiture et la paix se sont embrassées. » « La bienveillance », c’est Aharon ; « la vérité », c’est Moïse. « La droiture », c’est Moïse, « la paix », c’est Aharon. Moïse et Aharon avaient la tâche de créer un peuple qui allait servir comme « lumière de D.ieu pour les nations », qui allait disséminer la sagesse et la volonté de D.ieu auprès de Sa création. C’est une tâche qui est, par définition, impossible : D.ieu est infini, parfait et absolu ; le monde qu’Il a créé est fini, toujours insatisfait et notoirement instable. Et pourtant, le Juif doit et peut dépasser ce paradoxe, faisant de sa vie un paradigme d’absolus divins campés sur un monde temporel.

Les deux aspects de ce paradoxe sont exprimés dans les versets cités ci-dessus du commencement de Tetsavé : le peuple d’Israël est appelé pour « élever une lampe perpétuelle », une lampe éternelle et immuable ; et pourtant cette lampe doit brûler et projeter sa lumière « du soir au matin », soit au sein même des conditions inconstantes du monde temporel dans lequel alternent, se mélangent et se supplantent la lumière et l’obscurité. C’est ici que se trouvent délimitées les fonctions respectives de Moïse et d’Aharon : Moïse est la source de « l’huile pure » qui nourrit « la lampe éternelle » ; Aharon est celui qui introduit la lumière dans la réalité, dans le monde diversifié, « du soir jusqu’au matin ». Forger une nation qui dépassera ce paradoxe requiert des « représentants » des différentes forces divines en jeu : d’un côté, les attributs divins de « vérité » et de « justice » d’où émergent la perfection et l’immuabilité de la Torah de D.ieu ; de l’autre, les attributs divins de « paix » et de « bienveillance » d’où jaillissent la diversité et la subjectivité de la création de D.ieu. Moïse – celui qui enseigne la Torah et transmet la sagesse et la volonté divines – est la personnification de la perfection et de la vérité. Aharon, qui est le champion de l’effort humain pour servir D.ieu en élevant vers Lui les matériaux de Sa création, est le véhicule de la bienveillance et de la paix. Ensemble, ils créent et conduisent Israël, le pont entre le Créateur et la création.

(Sources : Wikipedia -  Chabad Lyon – Rav Dufour, Modia – Manitou 1996 – Haï et Louna Chemla – Yanki Tauber, Chabad.org – Rabbin Jean Schwarz, Lamed – prof-symboles.blogspot.com)

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Vous trouverez la paracha de cette semaine avec Modia ici :

1.

Etude de la paracha de cette nouvelle semaine:
19e Paracha – Térouma : Prélèvement d’offrande Chémote (L’Exode) 25, 1 – 27, 19

http://www.modia.org/tora/chemote/terouma.php

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra’hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages:

http://www.modia.org/tora/chemote/terouma.php

AND IN ENGLISH :

http://www.modia.org/modia-english/shemot/teruma.htm

2.  La FETE ;
Nous sommes dans le jour de fête qui précède le mois de Adar 5773
(Le premier du mois est le 11 février et il continue jusqu’au 11 mars)
Il est écrit: "Quand commence le mois d’Adar, la joie est à profusion :
michénikhnass adar marbine bésim’ha" (Taânite 29 b).

http://www.modia.org/infos/calendrier/adar.html

3. Le balagane (mot hébraïque typique signifiant pagaille ou f.)…

Hodeche tov Bon nouveau mois pour tous.

Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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Par l’intermédiaire de Moïse, D.ieu demande aux enfants d’Israël que chacun, pour le rachat de sa personne, donne un demi sicle d’argent pour le Sanctuaire. Des instructions sont également données pour la fabrication de la cuve d’airain destinée aux ablutions et de son support. De même est indiqué le mode de confection de l’huile d’onction et de l’encens. Deux artisans au cœur empli de sagesse, Betsalel et Aholiab sont chargés de la construction du Sanctuaire. A nouveau, le respect du Chabbat est rappelé. Moïse semblant tarder à redescendre du Mont Sinaï, le peuple se fait un veau d’or et se livre à son adoration. D.ieu veut détruire les enfants d’Israël, qualifiés de « peuple à la nuque dure ». Mais Moïse intercède. Il descend de la montagne, portant les Tables de la Loi sur lesquelles sont gravés les Dix Commandements. Voyant le peuple danser autour de l’idole, il brise les Tables, détruisant le veau d’or. Il entreprend de châtier les coupables. Puis Moïse retourne vers D.ieu et le supplie de pardonner « Sinon, dit-il, efface moi de Ton livre que Tu as écrit ». D.ieu pardonne mais la faute exercera ses effets pour longtemps. D.ieu propose d’abord d’envoyer Son ange pour qu’il suive le peuple. Mais Moïse obtient que D.ieu Lui-même accompagne Son peuple vers la Terre Promise. Moïse prépare de nouvelles Tables et s’en retourne au sommet du Sinaï. Sur ces secondes Tables D.ieu inscrit à nouveau les Commandements. Moïse reçoit la vision des Treize Attributs de miséricorde. A son retour, son visage est à ce point rayonnant qu’il doit se couvrir d’un voile qu’il ne retire que pour s’adresser à D.ieu et pour enseigner Ses lois au peuple.« Et D.ieu parlait à Moïse  face ç face comme parlerait un homme à un ami… » (Exode 33,11) La partie du texte biblique qui relate la faute du veau d’or ouvre une parenthèse dans l’ensemble des prescriptions qui concernent la construction du Tabernacle. On apprend d’autre part que l’initiative de cette faute a été prise par les non –Hébreux – le « erev rav » (ceux qui avaient suivi les Juifs mais qui ne l’étaient pas) (Rachi sur Exode 32,7)  – sortis d’Egypte sous la direction de Moïse en même temps que les tribus d’Israël (Exode 12, 38). Cette faute avait consisté à prétendre remplacer Moïse par une idole et ne constituait pas un paganisme dans le sens habituel du terme, c’est-à-dire adorer des forces cosmiques ou naturelles à la place du Créateur. Elle avait pour motivation profonde la tendance habituelle chez les païens à diviniser les héros qu’ils considéraient comme médiateurs entre D.ieu et les hommes.

(Exode 32,1) : « … Va, fais-nous des dieux qui marcheront devant nous car celui-là, Moïse, l’homme qui nous a fait monter d’Egypte,  nous ne savons pas ce qu’il est advenu de lui. »Toutefois, par le fait que l’assemblée d’Israël (les descendants des tribus des Hébreux à proprement parler) n’avait pas réussi à l’empêcher, cette « faute » leur sera imputée et c’est tout Israël qui aura à en supporter les conséquences.La sanction de cette « faute » sera différée à travers tout le temps de l’Histoire après intercession de Moïse. (Exode 32,32 et suivants) Une conséquence immédiate apparaît cependant : à partir de là, la révélation à Israël se particularisera de façon définitive à une parole directement donnée à Moïse. (Chap. 33 à partir du verset 7 et en particulier la note de Rachi au début du verset 7) La manière dont le verset formule cette révélation personnelle de D.ieu à Moïse a cependant mené les commentateurs à nous mettre en garde contre le risque d’une conception anthopomorphique de la révélation (Commentaire du Maharal de Prague – Derekh ‘Hayim – sur la première Michna des Pirqué Avote) Ils se fondent en général sur un verset du livre des Nombres : (Nombres 7,89)Lorsque Moïse entrait dans la tente d’assignation pour parler avec Lui, il entendait la voix qui s’adressait à lui… Le terme hébreu traduit par l’expression « qui s’adressait à lui » signifie littéralement « Se parlant à Elle-même vers lui ». En hébreu, « middaber » et non « médaber ».(Cf Rachi sur Exode 33,9) De même, à propos de ce verset, Rachi cite la traduction du Targoum araméen « mitmalel », ce qui amène à lire : « Et D.ieu se parlait pour Moïse, face à face, comme parlerait un homme à son ami. » Un homme parle à son ami comme s’il se parlait à lui-même, c’est-à-dire en sincérité absolue. Il s’agit donc plus d’une indication de la vérité de la parole de D.ieu à Moïse que d’une allusion à une « intimité » qui poserait un problème de lecture anthropomorphique. Indiquons une autre particularité du verset, d’ordre grammatical. Le mot « dibber » qui se traduit habituellement au passé « Et D.ieu parlait… » peut se lire aussi au présent ou au futur. Si l’on remarque de surcroît que le mot traduit par « comme » (kaacher) signifie aussi en hébreu lorsque), ce verset devient alors : « Et D.ieu parle à Moïse… lorsqu’un homme parle à son ami. » En d’autres termes, bien que la révélation soit réservée à des strictes conditions d’authenticité prophétique, elle est cependant disponible chaque fois que la morale de fraternité se trouve assurée. Le Midrach raconte que Moché ne se souvenait plus de l’utilisation d’une partie de l’argent : 1775 sicles. Il était évidemment embarrassé lorsque soudain son attention fut attirée par des oiseaux autour des colonnes du michkan avec une telle insistance qu’il leva les yeux et se rappela qu’il en avait fait recouvrir le dessus d’argent. Ainsi a-t-il retrouvé l’utilisation faite de la somme d’argent. L’enseignement que l’on tire de cela nous vient de l’événement suivant : lorsque les frères de Yossef avaient décidé de vendre ce dernier à la caravane, ils touchèrent l’argent de l’échange. La somme était de vingt pièces d’argent qu’ils se divisèrent en neuf. Ils prirent donc chacun deux pièces et envoyèrent en l’air les deux dernières comme pour associer la résidence divine, la Chékhina, à leur « partage ». Ces pièces restèrent là posées dans un champ… Avec cet argent, les frères s’achetèrent chacun une paire de chaussure. Et voilà que 1775 ans après la vente de Yossef, passa dans ce champ un homme qui s’appelait précisément Yossef. Il aperçu les pièces d’argent et décida d’offrir une paire de chaussure à sa femme qui avait son mikvé le soir même, sans se douter de la provenance de ces pièces…De leur union est né Rabbi Akiva ben Yossef. Selon le Midrach Yalkouth Chimoni, étant l’un des « dix martyrs » condamnés à mort par les romains et assassinés de façon atroce, celui-ci va ainsi « expier » la faute des frères de Yossef. Comme on le lit dans la kina de Ticha béav, on compare les dix frères de Yossef aux dix martyrs de la destruction du deuxième Temple. Notre conclusion : énormément d’événements se produisent tous les jours sous nos yeux dont on ne mesure pas la portée. Ces événements ont tous une relation les uns avec les autres, et ont tous un sens qui certes nous échappe, mais existe. Il faut donc être certain que rien de ce qui arrive n’a une fin inutile et au contraire, qu’il y a une leçon à tirer de chaque événement.

Comment se relèvera l’honneur d’Israël ? Par « Kitissa » Répond la Guémara. « Ki tissa » ce sont les deux premiers mots de la paracha (Exode 30, 12 ) ; littéralement ils se traduisent par : lorsque tu élèveras » et ils signifient : « lorsque tu compteras ».  Dans ce paragraphe, le texte établit les lois relatives au dénombrement des hébreux : en particulier, il fallait que chacun d’eux donne un demi-sicle d’argent, ce qui permettait de les compter. Tout cet argent a été ensuite fondu pour les transformer en socles, les socles qui supporteront les murs du Tabernacle. Rachi explique que cette mitsva a été donnée après que les enfants d’Israël eurent fabriqué le veau d’or. (Rachi sur Exode 30, 16 ) Ce compte est ainsi présenté comme une réponse aux problèmes que cette faute a révélés. Quels sont ces problèmes ? La faute des individus – Pour excuser l’attitude des enfants d’Israël, Moïse dit à D.ieu : « C’est Toi qui es responsable; Tu les as gratifiés de tant d’or pour lequel ils n’ont pas travaillé, comment ne pouvaient-ils pas se corrompre ? Tu as été comme un roi qui habille son fils avec de beaux vêtements, le parfume avec les meilleurs parfums et qui ensuite met toutes les tentations à la portée de sa main » (Rachi sur Exode 32, 31). Ainsi les enfants d’Israël ont été gâtés. Leur richesse les a écarté de D.ieu. Ils ont voulu utiliser un or qui brillait dans leurs mains dont ils ne savaient que faire. Et lorsque leur chef – Moïse – n’était plus là, quoi de plus naturel alors qu’ils se réunissent, construisent avec l’or un objet autour duquel ils s’animeront jusqu’au matin ! « Ils se sont levés pour s’amuser  » (Genèse 32, 6 ) dit le texte . Rachi dit qu’il s’agit de licence.(Rachi sur Genèse 32,6) L’expiation des individus  Comment se relèvera l’honneur d’Israël ? Par Ki Tissa.

En donnant leur or pour construire le Tabernacle, les hébreux apprennent le bon usage de l’argent. De plus en se transformant en donateurs, chacun des hébreux s’élève.  C’est cela la meilleure réponse au veau d’or. Celui qui pratique la tsédaka (rétablissement de la justice en faisant l’aumône aux pauvres) ressemble au créateur, enseignent nos sages. Lui, n’a besoin de rien. Il ne fait que donner; aussi qui donne Lui ressemble-t-il et s’élève-t-il ainsi. C’est pourquoi Rachi explique la Guémara de Baba Batra ainsi : « Si tu veux les relever, qu’ils rachètent leurs âmes par la bien-faisance« . (Rachi sur Baba Batra 11b) La faute collective. La faute du veau d’or n’était pas seulement le résultat de déviations individuelles, mais elle était aussi le produit d’une révolte collective : « Voici tes dieux qui t’ont sortis d’Egypte, O Israël » proclamèrent -ils en coeur (Exode 32, 4 ) C’est la raison pour laquelle lorsque Moïse vit le veau d’or, il brisa les tables de la loi, le peuple d’Israël ne les méritait plus.  Curieusement, le texte dit qu’il brisa les tables de la loi sous la montagne. Moïse avait compis que c’est (entre autres) ce qui s’est passé sous la montagne qui a amené Israël à construire ce fameux veau. En effet, le Talmud (Exode 32, 4 ) explique que lors du don de la Torah, D-ieu plaça les hébreux sous la montagne et leur dit : « si vous acceptez la Torah c’est bien, sinon ici sera votre tombeau ». En d’autres termes, l’apparition de .D.ieu en personne sur le Mont Sinaï était la plus formidable contrainte qui puisse être, et finalement les hébreux étaient maintenus dans un état de soumission et n’ont pas participé activement à la réception de la Torah. C’est pourquoi Rabbi Méïr enseigne dans le Midrach que les hébreux ont projeté de construire le veau d’or déjà au moment où ils recevaient passivement la Torah. Une armée Pour dire « compter », la Torah dit « élever ». Elle montre ainsi que le dénombrement avait une valeur en lui-même. Pourquoi fallait-il compter les hébreux ? Rachi (Exode 30, 14) explique que l’on comptait ceux qui devaient servir à l’armée. Aussi ne comptait-on que les personnes qui avaient plus de 20 ans. Certes il y a un danger de compter les hommes, on risquerait de penser que la victoire dépend uniquement des rapports de force. Aussi, ne faut-il pas compter n’importe comment, mais il faut compter tout de même. Quand se relèvera l’honneur d’Israël ? Par Ki Tissa; lorsqu’à nouveau on comptera les enfants d’Israël, qu’ils se transformeront de spectateurs en soldats et qu’ils formeront une armée pour conquérir leur terre. La réponse au veau d’or, c’est qu’Israël doit prendre son avenir entre ses mains, combattre son pays et non le recevoir passivement. L’honneur d’Israël  L’honneur d’Israël se relève lorsque les juifs s’unissent pour construire leur pays mais savent que cette force qu’ils doivent utiliser est un moyen que D.ieu donne en leur main pour édifier une société dont les fondements sont la Torah.  Ainsi, lorsque l’on compta les soldats hébreux, chacun d’entre eux donna un demi sicle pour la construction du Tabernacle.

« Regarde, J’ai appelé par son nom Betsalel, fils de Ouri, fils de Hour, de la tribu de Yehouda… Et dans le cœur de tout sage de cœur, J’ai mis de la sagesse. Ils feront tout ce que je t’ai ordonné» (Chemote 31 2 et 6) Qui est appelé à construire le Temple ? Pas Moché, ni Aharon, ni Nadav, ni Avihou, ni Eleazar, ni Itamar, fils de Aharon. Ni Pi’has, son petit-fils, ni Yehochoua, disciple de Moché, ni Calev, ni Na’hchon, chefs de la tribu de Yehouda.Ni Eldad, ni Medad, qui prophétiseront avec perspicacité et ne se contenteront pas de se considérer dans l’ombre de Moché. Aucun des 12 êtres les plus remarquables, qui sont au cœur de la Torah dans ses 3 livres centraux, Chemot, Vayikra et Bamidbar. Aucune femme non plus, directement. Arrière-petit-fils de Miriam, sœur de Moché, Betsalel est le plus grand des hommes appelés à édifier le Temple, cette réplique à la valeur d’Israël, à son ambition. A l’ombre de D.ieu, comme le souligne son nom (Betsel, à l’ombre ; El, D.ieu dans Sa bonté), il sait comprendre plus que ce que Moché lui dira. A l’ombre des 12, Betsalel sait. Il peut. Fils de Ouri (ma lumière), il peut construire le Aron, (l’Arche)  contenant les Tables, bâtie sur le mot « ora », la lumière. Le « aron » signifie « orana », notre lumière.Parce que notre être est désireux de recevoir la lumière divine, il en est capable. Lumière sur les vêtements du Cohen Gadol (grand prêtre) : les « ourim » (lumières) et les « toumim » (perfections), à l’aide desquelles certains niveaux de la prophétie lui sont offerts. Lumières et jumelages des amitiés. Lumière de l’arche qi peut contenir la Torah de lumière. Au cœur de l’identité de Batsalel, l’expérience d’une double présence, la sienne propre et celle de D.ieu. Pour Moché, pour Betsalel, pour les sages d’Israël, l’essentiel du Temple est non l’autel, quipermet l’expiation, mais la Torah contenue dan l’arche : des secrets, des paroles, des mots, des lettres Il s’agit de pouvoir créer à l’aide des lettres, comme D.ieu Lui-même a créé l’univers à l’aide de la langue sainte qu’il avait créée auparavant. D.ieu n’est pas jaloux du pouvoir de créer, qu’il offre au contraire à l’homme, au milieu du Temple, dans cette arche qui abrite le cœur de l’arbre de vie : cette arche qui « porte ceux qui la portent. » (Midrach Rabba)

« Ils se sont vite détournés de la voie que je leur avais présentée, ils se sont faits un veau en métal, se sont prosternés devant lui, ont sacrifié en disant: « Voilà ton dieu, Israël, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte « . (Exode, 32, 8) Le peuple d’Israël avait eu le privilège d’assister à un phénomène unique dans l’histoire des hommes: Dieu lui-même s’était révélé à lui au Sinaï et lui avait fait connaître sa volonté. Et tous, comme un seul homme, nos ancêtres Lui avaient juré obéissance et fidélité.Pourtant, il a suffi de l’absence prolongée de Moïse, retenu auprès de l’Eternel, pour que nos ancêtres en arrivent à douter de Dieu et exigent d’Aaron qu’il leur confectionne une idole. Ils ont même été jusqu’à offrir l’or de leurs bijoux pour qu’on en façonne leur  » Dieu « . Tout se passait comme s’ils avaient déjà oublié la Révélation, comme si, en y mettant fin, Dieu s’était retiré de leur vie et se devait, à leurs yeux, d’être remplacé. Certes nos ancêtres avaient une circonstance atténuante: ils avaient vécu toute leur existence dans un milieu idolâtre. Aussi, Moise, s’efforçant d’obtenir pour son peuple le pardon de l’Eternel, ne manque-t-il pas d’avancer cet argument:  » Pourquoi, Eternel, es-tu donc tellement en colère contre ton peuple. Tu sais bien que tu l’as sorti du pays d’Egypte !  » (32, 2). Mais en vérité ce fait passé n’excuse pas les enfants d’Israël : la Révélation leur avait fait connaître et approcher Dieu d’une façon telle que, plus jamais, ils n’auraient dû être tentés de se tourner vers l’idolâtrie. Aussi l’Eternel ne manquera-t-il pas de les châtier en conséquence. De nos jours, on pense que l’idolâtrie a disparu à tout jamais. Qui croit encore qu’une statuette ou une image est un Dieu capable de nous aider et de nous comprendre ? Certes; mais le  » veau d’or  » peut, aujourd’hui encore, entraîner l’homme loin de Dieu. S’il nous arrive de considérer que l’or, la richesse, les biens matériels, sont au-dessus de tout et constituent le premier but à atteindre dans la vie, nous arriverons forcément à tout leur sacrifier. Les principes moraux, la famille, les amis, Dieu lui-même seront obligés de s’effacer devant nous, dans toute la mesure où nous les considérerons comme un obstacle à l’acquisition des richesses que nous convoitons. Oui, le veau d’or est toujours debout. A nous de savoir nous détourner de lui et ne pas nous abaisser au point d’en faire l’objet de notre adoration.

Dans la paracha il est dit à propos de Moïse : « Ki qaran aur panav » ce qui signifie que la peau de son visage rayonnait. Ainsi de par la discussion avec Dieu, lui est transmis cette lumière que j’appellerai divine. Mon étude portera donc sur la Lumière et sur son importance. Dans le premier chapitre de Berechit dans la Genèse, verset 3, Dieu crée la lumière : « Va-yomer elohim yehi aur va yehi or. » Et D.ieu dit que la lumière soit et la lumière fut. La lumière est la première chose que D.ieu crée. Auparavant ce n’était que ténèbres et chaos. Lorsque la lumière est créée ce premier jour, elle est d’origine immatérielle, en ce sens qu’elle n’émane pas d’un corps lumineux, les astres n’étant créés que le 4eme jour. Sa création tend à bonifier les ténèbres qui désormais forment la nuit. Elle a donc un effet positif sur elles et s’y intègre même lorsque le 4eme jour sont crées les corps lumineux. Les astres permettent de matérialiser la lumière. Ils permettent également de dissocier le jour de la nuit, l’avancée du temps, de mettre en place des repères, mais aussi, grâce aux étoiles et à la lune, de ne pas totalement être dans l’obscurité la nuit. Au tout commencement fut donc créée la lumière spirituelle, immatérielle tout comme l’est D.ieu. Puis ce fut ses supports, les astres, ces corps lumineux petits et grands ayant pour mission d’éclairer et d’entourer la vie. D’ailleurs Eve et Adam étaient d’après Rabbi Yehouda, enveloppés d’une auréole de lumière avant de commettre la faute de manger le fruit de la connaissance. Ce rayonnement faisait que nul ne s’apercevait de sa nudité. Mais en fautant, l’auréole de gloire disparue et il ne resta plus que les vêtements qui couvraient leur peau. La lumière n’a d’après moi pas disparu, cependant par l’opacité de la peau elle est devenue invisible. Il y eut longtemps des controverses à ce propos étant donné que les mots peau et lumière sont homonymes et se disent tout deux « or ». Ainsi les hommes avaient des tuniques de peau (ketounot or) que Rabbi Meïr appelait « tuniques de lumière » en se fondant sur une autre version qui substituant le aleph au ayin du mot « or » pour y lire non pas ‘peau’ mais ‘lumière’. Rabbi Itzhak évoque le fait que l’unique vestige de cette transparence est la lunule (partie blanche en forme de lune) à la racine des ongles. Quant à Rabbi Yehouda Arie Löb de Gour, il soutient que toute la création fut enveloppée après le péché d’une unique tunique de peau, l’homme étant le reflet du macrocosme. Avant celui-ci, la lumière Divine inondait toute la terre, mais D.ieu après la faute primordiale Se retira dans les sphères supérieures, et l’homme ne put désormais le reconnaître qu’à travers ce voile qui le cachait à ses yeux… D’une certaine manière l’Homme devint ainsi aveugle, déduction appuyée par le fait que les lettres du mot lumière aleph vav rech (or) peuvent former par homonymie le mot « aveugle » qui se dit iver (mais avec la lettre ayin et non alèph). Dans ce même sens, on peut dire que lorsque le texte biblique raconte que Dieu dessilla les yeux d’Adam et Eve après qu’ils mangèrent du fruit défendu, Il les rendit aveugle à cette lumière et qu’ainsi, ils découvrirent qu’ils étaient nus… Nous pouvons donc dire que ces tuniques sont des tuniques de peau opaque, car elles rendent l’homme aveugle, mais elles sont encore en quelque façon des tuniques de lumière en ce sens qu’elles laissent malgré tout transparaître la toute puissance du Créateur et font prendre conscience des choses.

La Lumière est donc de nature divine, et lorsque Moïse reçoit l’enseignement de D.ieu et Ses Dix commandements, il a pour rôle de les transmettre. Par ce biais il transmet également le rayonnement et la puissance de l’Eternel. Mais lorsqu’il descend la première fois du mont Sinaï, il aperçoit le peuple d’Israël dansant et adorant un veau d’or. Et l’or est la matérialisation de la lumière. Ainsi en la matérialisant ils matérialisent Dieu. Moïse brise les tables de la loi et fait disparaître cette fausse lumière. Il remonte alors sur la montagne et lors de son ultime descente c’est son propre visage qui rayonne, de manière si forte qu’il effraie les enfants d’Israël. En effet la lumière spirituelle, contrairement à l’or métallique, est bien plus impressionnante car elle est mystérieuse. Ce rayonnement est d’après moi une certaine bénédiction retrouvée, mais également une partie de Dieu transmise à Moïse, le signe de la spiritualité dans laquelle il vivait, l’expression de la peau de lumière retrouvée. Par ailleurs cette lumière ne peut être diffuse sans porter à confusion. Moïse couvre son visage d’un voile pour l’atténuer lorsqu’il s’adresse au peuple et s’en défait en présence de l’Éternel. Peut-on en tirer quelque chose dans notre expérience qui n’est ni confrontée à la présence de Moïse et encore moins à la présence immédiate de D.ieu ? Il me semble que la lumière naturelle ou spirituelle bonifie tout ce qui l’entoure, et son action sur l’homme est plus qu’agréable. Chaque rayon de soleil agit sur le moral et l’état d’esprit du monde. Chaque sentiment positif pour nous est accompagné d’un certain rayonnement individuel que nos proches remarquent. Même si cela peut paraître naïf, j’ai la conviction que les bons sont toujours lumineux et les mauvais toujours sombres. Notre vocabulaire, notre langue, ont intégré des milliers d’expressions et de mots mêlant la lumière à des qualités : briller d’intelligence, avoir les yeux vifs, être rayonnant, une lueur d’espoir, une idée lumineuse… Bref, l’action de la lumière sur l’Homme est bénéfique.

Un dernier aspect mérite encore d’être traité. Certes en fautant, Adam et Eve ont perdu l’Eden et l’enveloppe lumineuse qu’il suscitait. Mais l’impact fut également positif. En un sens, en ayant été chassés par D.ieu, ils ont quitté une situation infantilisante, je dirais même aveuglante, dans laquelle étaient satisfaits tous leurs besoins sans le moindre effort. L’homme doit désormais travailler, construire, faire des démarches personnelles, ce qui entraîne finalement une satisfaction incroyable. Chaque réussite est une récompense des plus précieuses. Il en est de même pour la lumière intérieure de chacun devenue opaque par la peau qui la recouvre. Si nous voulons la faire rejaillir, il nous revient de découvrir comment la susciter. .Moïse a adressé à D.ieu 3 demandes qu’Il a exaucées : 1/que l’Immanence divine habite notre peuple, comme il est dit : ‘Mais si Tu nous accompagnes » (Ex. 33, 16) ; ce qui fut fait; 2/ qu’Elle ne réside pas sur les Nations : « [Mais si Tu nous accompagnes,] nous serons, moi et Ton peuple, distingués de tous les peuples qui sont sur la surface de la terre » (ibid.) ; 3/ qu’Il nous enseigne Ses voies : « Permets-moi de connaître Tes voies » (ibid. ibid. 13 ; Traité « Bérakhot » 7 ; cf. également Rachi).

A première vue, la demande de ne pas faire résider l’Immanence divine sur les nations semble mesquine ; en réalité, elle leur était favorable car pour ce faire, il fallait préalablement leur donner le temps de comprendre qu’elles sont également astreintes à un certain nombre de commandements, ce que, par la pratique de la Torah, nous leur enseignons peu à peu (cf. Rav Abraham Isaac Kook, « ‘Aïn haiya« ), fidèles à notre vocation universaliste : « Ce peuple, Je l’ai formé pour Moi pour qu’il publie Ma gloire (Is 43, 21).  Israël est au centre du monde -ce qu’on apprend de l’Etude-. Par l’ »Immanence » (le plus bas dévoilement de D.ieu), il aura une influence doublement bénéfique : pacifier l’humanité en l’unissant dans un tout, lui faire profiter de la bénédiction divine (Rav Kook, ibid. sur Traité « Bérakhot 7 a). Ceci étant – L’Immanence se dévoile par stades successifs. Lorsque nous étions dans les ténèbres de l’exil, Elle l’était, pour ainsi dire, aussi, au point que nous blasphémions le Nom de D.ieu, comme le déplorait le prophète : « Arrivés chez les nations où ils sont venus, ils ont déconsidéré Mon saint Nom parce qu’on disait d’eux : « Ces gens sont le peuple de l’Eternel, et c’est de Son pays qu’ils sont sortis » (Ez.36, 20). Puis, lorsque nous reprenons pied sur notre terre et triomphons de nos ennemis, nous Le sanctifions aux yeux du monde : « Ainsi Je me montrerai grand et saint, Je me manifesterai aux yeux de nations nombreuses et elles reconnaîtront que Je suis l’Eternel » (ibid.38, 23). De plus en plus, la centralité de notre peuple en tant qu’habité par l’Immanence deviendra tangible pour tous. Ce faisant, la célèbre promesse annoncée par D.ieu à Abraham de faire de nous un grand peuple, source de bénédiction pour tous les hommes (Gen. 12) se réalisera. Le « Retour » ne se fait pas sans peines, mais nous voyons l’apparition de l’aube. Le jour est proche où on comprendra pourquoi la demande de Moïse, sujette à contestations, visait au bien de l’humanité qui ira en pèlerinage sur le Mont du Temple, aspirera à apprendre la Torah et reconnaîtra qu’elle émane de Jérusalem, comme l’annonçait la célèbre prophétie d’Ezéchiel (II). Dans l’attente de la Délivrance pleine et entière.

(Sources : Chabad.org – Rav Léon Askénazi (Leçons sur la Torah) -Rav David Botchko – Raphaël Cohen « Les chemins de la Torah - Jean Schwarz, Lamed -Jesabel D. – Adath Shalom – Rav Dov Bigon)

19e Paracha – Térouma : Prélèvement d’offrande Chémote (L’Exode) 25, 1 – 27, 19

Il est demandé au peuple d’Israël de faire don de 15 matériaux – or, argent, cuivre ; laine teinte de bleu, de pourpre et de rouge ; lin, poils de chèvre, peaux d’animaux, bois, huile d’olive, épices et gemmes – desquels D.ieu dit à Moïse « Ils Me feront un sanctuaire et Je résiderai parmi eux. » Au sommet du mont Sinaï, Moïse reçoit des instructions détaillées sur la façon de construire cette demeure pour D.ieu afin qu’elle puisse être facilement démontée, transportée et ré-assemblée lors du voyage du peuple dans le désert. Dans la pièce la plus intérieure du sanctuaire, derrière un rideau artistiquement tressé, se trouvait l’arche contenant les tables du témoignage sur lesquelles étaient gravés les 10 Paroles (les 10 Commandements) ; sur le couvercle de l’arche, se tenaient deux chérubins ailés, taillés dans un bloc d’or pur. Dans la pièce extérieure se dressait la Ménorah à sept branches et la table sur laquelle les « pains de proposition » étaient disposés. Les trois murs du sanctuaire étaient composés de l’assemblage de 48 planches de bois qui étaient chacune recouverte d’or et tenue par une paire de socles en argent. Le toit était constitué de trois couches de couvertures : a. des tapisseries multicolores de laine et de lin, b. une couverture de poil de chèvre, c. une couverture en peau de bélier et de ta’hach. Face à l’entrée du sanctuaire, une tenture brodée était tenue par cinq poteaux. Entourant le sanctuaire et l’autel recouvert de plaques de cuivre, il y avait une clôture de tentures de lin soutenues par 60 poteaux en bois comportant des crochets et des ornements en argent et renforcées par des pieux de cuivre.A propos du premier verset de la paracha : "Parle aux enfants d’Israël, ils prendront pour Moi une offrande prélevée, de la part de tout homme que son cœur incitera à une offrande spontanée, vous prendrez mon offrande prélevée. »  Nous pouvons dire que ce verset fait allusion à la tsédaqa, la bienfaisance. Rappelons en guise d’introduction ce que dit le Tana dans Pirké Avote (« les maximes des pères ») au chapitre 3 Michna 7 : Rabbi Eléazar de Bartotha, disait : « Donne-Lui (à D.ieu) ce qui est à Lui, car toi et tout ce que tu as, vous êtes à Lui. C’est ainsi que David a dit. Car tout vient de Toi et ce que nous T’offrons vient de Ta main.». Ainsi, si l’homme ne considère pas avec une bonne pensée que tout Lui appartient et que c’est de Lui (de ce qui Lui appartient) il Lui donne, il n’est pas possible qu’il donne de la tsédaqa comme il convient car si une personne considère que son argent lui appartient en propre il est évident qu’il y fera très attention, le conservera (l’accumulera) et ne donnera pas la tsédaqa comme il convient. C’est ce que dit notre verset ils prendront pour Moi une offrande prélevée [une Térouma], il s’agit de la tsédaqa, comme l’explique Rachi : Térouma signifie un « prélèvement », Qu’ils la prélèvent pour moi sur leurs biens à titre d’hommage spontané. La suite du verset nous explique : qu’elle est la meilleure forme de tsédaqa [réponse du verset, c’est la suite du verset] de la part de tout homme que son cœur incitera à une offrande spontanée, vous prendrez mon offrande prélevée. C’est à dire que celui qui donne sait avec de manière totalement acceptée que la tsédaqa qu’il donne de ses biens n’est en fait que Me rendre (à moi D.ieu), et c’est pour cela que le verset dit « Ma térouma » (Mon offrande prélevée) à la première personne du singulier. Cela correspond à ce que nous avons rapporté au nom du Pirqé Avote  « Donne-Lui (à D.ieu) ce qui est à Lui, car toi et tout ce que tu as, vous êtes à Lui » et toute personne qui se considère ainsi donnera la tsédaqa avec un bon regard et abondamment et ne craindra pas de donner. A son propos s’applique le verset (Jérémie Ch. 17 v.7)Lorsque toutes les dimensions des cieux furent déployées sur la Terre lors de la réception de la Torah, comme des draps fins tendus sur un matelas, c’est alors que D.ieu dit : « Je suis venu dans Mon jardin, l’endroit que J’ai le plus désiré depuis le début. » Les anges en furent stupéfaits. Ils étaient pourtant là à louer le Créateur en harmonie sublime depuis le début de l’existence. Il n’y a pas de jalousie ou de désagrément parmi eux, seulement amour et fraternité. Pas d’ignorance, pas de confusion, seulement la révélation et la vision. Ils considèrent notre monde d’atrocités barbares, de cruauté de l’homme envers l’homme, de cécité face aux plus évidentes des vérités ; un lieu où chaque chose s’agrippe à sa place et refuse de céder à l’autre, et ils disent : « C’est cet endroit qu’Il désire ?! C’est cela qu’Il appelle un jardin de plaisir ?! Mais c’est le plus bas de tous les mondes possibles, c’est la plus grande descente de Sa Lumière sacrée ! La dissimulation dans sa forme la plus absolue ! Et c’est cela qu’Il choisit pour Sa sainte demeure ?! » Alors, le Tout-Puissant répond : « Pour Moi, le plus élevé des mondes est en soi une descente. J’ai commencé avec la Lumière Infinie qui contenait toutes les choses et qui en est la perfection. Dans cette lumière, J’ai imaginé les ombres de nombreux êtres, et J’ai retiré la lumière pour que les ombres puissent devenir réelles. Ces ombres, ce sont vous et vos mondes, sustentés par la lueur ténue du reflet d’un halo de la Lumière qui parvient à se frayer un chemin. De monde en monde inférieur, la lumière est progressivement diminuée par de nombreux filtres et de nombreuses contractions. »« Dans vos esprits à vous, les créations de chaque monde, la Lumière Infinie a été retirée. Mais Ma Présence, elle, n’a jamais été retirée. Je demeure intact et inchangé, sans rien recevoir, sans rien perdre. Ai-Je alors un quelconque besoin de cette descente de la lumière ? Il n’est rien que toute la beauté de tous vos mondes réunis puisse M’apporter que Je ne possède déjà. Je n’ai pas de besoins, pas de manques, Je n’ai donc pas besoin d’une raison pour toute chose que Je fais, y compris la création de chacun de vous. J’ai créé vos mondes non pas par besoin, non pas sous l’effet d’une cause, mais néanmoins avec un but et une volonté : J’ai décidé que la Lumière Infinie rencontrerait l’Obscurité Absolue et, dans leur mariage, se trouverait Mon Essence. J’ai choisi de me trouver chez Moi dans le plus bas de tous les mondes. » C’est ce qui est affirmé dans l’ancien Midrache : la raison fondamentale de la création de tous les mondes, supérieurs et inférieurs, est que le Saint, béni soit-il, a souhaité une demeure dans le plus bas de tous les mondes.Nos Sages enseignent que les 613 commandements ont été donnés par D.ieu à Moché. Les 248 mitsvote Assé (prescriptions positives) correspondent à chacun des membres du corps humain, tandis que les 365 mitsvote lo taassé (prescriptions négatives) correspondent à la fois au nombre de tendons dans le corps et aux jours de l’année. Rachi, explique que les 365 jours de l’année doivent chacun apporter une mesure de vigilance dans le respect des 365 prohibitions divines. Dans le livre d’Isaïe, D.ieu dit : « J’ai fait la terre et sur elle J’ai créé l’homme. » La valeur numérique du mot hébreu « créé » (barati) est 613. Le sixième Rabbi de ‘Habad, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn a expliqué que le but même pour lequel D.ieu « fit la terre et créa l’homme » est pour accomplir Ses 613 commandements. (Hayom Yom, 22 ‘Hechvan) Tout comme nous prenons soin de nos membres et nos tendons physiques, nous avons aussi besoin de prendre soin de nos « membres et tendons » spirituels. L’âme comprend 613 membres spirituels, chaque membre correspondant à un commandement particulier. Lorsque l’âme observe l’ensemble des commandements, au moyen de ses 3 vêtements : la pensée, la parole et l’action, les 613 membres de l’âme sont vêtus des 613 commandements, chaque membre étant revêtu du commandement qui lui correspond. De façon plus détaillée, Rabbi Chnéour Zalman dit que ses facultés intellectuelles sont revêtues de ses compréhensions de la Torah. Les middote, qui sont les sentiments de crainte et d’amour (pour D.ieu) avec leurs ramifications et leurs dérivés sont revêtus de l’accomplissement des commandements en acte et en parole (en paroles signifiant l’étude de la Torah) qui équivaut à tous les commandements réunis. L’amour est la racine de l’accomplissement des 248 commandements positifs. Ils en découlent et n’ont pas de vraie substance en son absence, puisque celui qui les accomplit avec vérité est celui qui aime le nom de D.ieu et désire véritablement s’attacher à lui. Or, il est impossible de s’attacher véritablement à lui si ce n’est pas l’accomplissement des commandements, qui sont les 248 membres du Roi (du Roi de l’univers)… Et la crainte est la racine de l’observance des autres 365 commandements, car il (celui qui craint D.ieu) craint de se rebeller contre le Roi des Rois, le Saint, béni soit-Il, en agissant de manière contraire à Sa volonté.Après le don de la Torah et avant de se mettre en marche pour la Terre promise, D.ieu demanda donc aux Enfants d’Israël de lui construire une maison démontable – un Tabernacle, appelé michkane – et leur fournit tous les détails concernant cet édifice. II ne s’agissait pas là d’une grande construction : la maison de Dieu ne mesurait en tout que 15 m de long sur 5 m de large. Elle contenait plusieurs objets sacrés, en particulier l’Arche Sainte renfermant les 10 Paroles. Une lumière perpétuelle y était allumée et rappelait l’éternité de D.ieu ; des sacrifices étaient offerts matin et soir, journellement, dans son parvis. C’est là, dans le Saint des Saints, kodech hakodachim, que l’Eternel allait dorénavant se manifester à Moïse et lui donner ses instructions. Mais quel besoin avait donc l’Eternel d’une telle maison ? Auparavant déjà, sans Tabernacle, Dieu était apparu aux hommes. Au mont Sinaï il s’était même manifesté au peuple d’Israël tout entier, et toujours sans maison. Alors pourquoi dorénavant lui en fallait-il une ? L’Eternel craignait qu’après cette manifestation grandiose que fut la Révélation au Sinaï le peuple d’Israël ne se croie abandonné par D.ieu. II redoutait qu’à l’instar de ce qui s’était passé avec le veau d’or, les enfants d’Israël se laissent entraîner à confectionner eux-mêmes une sorte de représentation de D.ieu pour mieux se sentir en sécurité et mieux ressentir la proximité de D.ieu. II comprenait qu’il fallait au peuple un symbole, même modeste, qui puisse rappeler et situer la présence de D.ieu au milieu de leur camp. De plus, l’Eternel tenait à ce que le peuple tout entier ait sa part dans l’édification de Sa maison. II voulait que tout un chacun puisse y participer par un don personnel, ait de la sorte l’impression de bâtir de ses propres mains une demeure pour l’Eternel et en vienne à considérer réellement la maison de D.ieu comme sa propre maison à lui. Ayant contribué à donner à D.ieu un " abri " dans son camp, le peuple d’Israël était mieux à même de se sentir en confiance avec l’Eternel, de vivre en intimité avec lui, de recevoir avec joie ses instructions et ses encouragements, de percevoir à ses côtés un père à la fois tendre et ferme.Le Sanctuaire qui fut édifié dans le désert constitue une formidable innovation dans l’histoire du monde et dans les réalisations de l’humanité : une « maison » matérielle dans laquelle la Ché’hina (la Présence Divine) allait s’incarner et résider. En fait, l’idée parait si extraordinaire qu’elle interpella le Roi Salomon – le plus sages des hommes (Rois I 8 – 27) : «Le Ciel et tous les Cieux ne sauraient Te contenir, combien moins cette maison que je viens d’édifier ? » Comment, alors, comprendre qu’une chose aussi extraordinaire puisse être réalisée par les hommes, et que ce commandement incombe à chaque individu ? En réalité, seuls quelques privilégiés, tels que Betsalel et son équipe, furent engagés de manière effective dans l’édification du Temple et furent, pour cela, inspirés du souffle de D.ieu. Néanmoins, la Torah affirme clairement que cette œuvre dépendait des efforts et des dons de tous. Comment avons-nous – en tant qu’individu – le pouvoir d’inviter la Présence Divine à résider dans une structure physique et limitée ? La paracha commence par ces mots : « Véyik’hou Li Térouma » (Qu’ils prennent pour Moi une offrande.) Rachi explique que le terme « Li » (pour Moi) implique que les contributions d’Israël devaient être offertes avec, pour seule motivation, la volonté d’appliquer le désir de D.ieu. A la lumière de ce texte, la question semble s’accentuer : comment peut-on espérer que chacun puisse atteindre un tel niveau spirituel ? La solution à cette interrogation réside dans la définition de l’événement du Don de la Torah. Le peuple Juif a subi, alors, une transformation fondamentale. D.ieu choisit ces hommes et ces femmes pour Le représenter et Il fit d’eux « un royaume de prêtres et un peuple saint. » Depuis, chaque Juif est relié à D.ieu dans son essence. Nos sages affirment d’ailleurs : « Af Alpi Che’hata, Israël Hou » (Même s’il lui arrive de fauter, il garde son caractère d’Israël.)  Car il y a en chacun de nous une étincelle – Pintélé Yid – qui n’accepte pas la séparation avec le Divin. Maïmonide affirme que la volonté profonde de chaque Juif est d’appliquer la volonté de D.ieu ; si cela ne paraît pas toujours évident, c’est simplement parce que le mauvais penchant prend temporairement le dessus. Ainsi, même s’il semble que nos motivations ne soient pas des plus élevées, en réalité, dans le plus profond de notre être, elles le sont. C’est précisément ce caractère particulier du lien de l’âme à D.ieu qui confère à chacun de nous le pouvoir extraordinaire d’établir une résidence pour D.ieu ici-bas. Sefer HaSi’hoth 5752Le Temple devait donner de l’espoir et de l’ambition aux juifs. Chaque année, lorsque les juifs allaient au Temple, ils voyaient la magnificence de l’édifice et de son fonctionnement. Cette magnificence devait donner de l’espoir et de l’ambition au peuple. Souvent, les hommes n’arrivent pas à réaliser leur rêve par ce qu’ils sont enfermés dans la routine de la vie journalière. Ils n’arrivent pas à sortir de cette routine, et ils pensent que leurs ambitions sont des rêves irréalisables. La magnificence du Temple permettait aux Juifs de comprendre qu’ils pouvaient sortir de leur routine médiocre et qu’ils pouvaient accomplir des choses plus grandes dans leur vie. La grandeur du Temple avait pur but de faire sentir aux juifs la grandeur de leur potentiel propre. Cependant, il ne fallait pas que la contemplation du Temple soit une fuite de la réalité, il ne fallait pas que la visite au Temple soit un moment de rêve et de béatitude qui ne motive pas à l’action concrète et efficace. Il ne fallait pas que le Temple soit une sorte de Disneyworld, ou de Club Med, où le juif allait régresser à l’état infantile 3 fois par ans. Pour cette raison il fallait que le Temple montre le contraste entre une richesse possible, et une réalité encore difficile. Il était nécessaire que le temple montre du faste et de la retenue en même temps.Ce que nous avons dit au sujet du Temple peut être étendu à tous les commandements de la torah. Il ne faut pas que la prière ou l’étude soient un moyen de fuir le réel. La prière doit permettre l’ambition d’un possible grandiose, tout en poussant à l’action immédiate permettant à sa réalisation. L’étude et la prière permettent à l’homme un point de vue surplombant la réalité présente. De ce fait, elles lui montrent dans quelle mesure le futur n’est pas encore déterminé. Les mitsvote doivent montrer à l’homme l’endroit où il y a encore la possibilité d’un changement. Le Talmud (traitée de Chabat 10a) raconte que lorsque le monde était calme, rav Kahanah mettait ses plus beaux habits pour prier, par contre, lorsque le monde était en détresse, rav Kahanah mettait des habits de pauvre pour prier. On peut interpréter le comportement de rav Kahanah par la logique décrite précédemment. La prière ne devait pas être une fuite hors de la réalité, en priant, le juif doit garder la conscience du monde dans laquelle il évolue pour découvrir comment le changement peut advenir.Il est intéressant de constater qu’il existe deux centres dans le Temple. Rambam introduit les lois de la construction de cet édifice comme lieu de culte et de sacrifices (Hilkhote Beth Habé’hira I, 1). Ramban dans son introduction à notre paracha (Chemote, chapitre 25, 25) dit que l’arche sainte est décrite en premier car c’est le plus important des ustensiles. Ainsi il y a deux pôles : l’autel autour duquel se déroule la majorité des sacrifices, et le saint des saints, lieu de l’arche, où quasiment personne ne peut entrer. Nous pourrions affirmer qu’il existe deux fonctions au Temple : un lieu de Présence divine par excellence, d’une part, et d’autre part un lieu où l‘homme peut s’investir dans une relation avec son Créateur. Ces deux fonctions ne sont pas forcément dépendantes l’une de l’autre. Par exemple il existait une période où les Juifs pouvaient apporter certains sacrifices sur des autels particuliers : les « bamote ». Par ailleurs, l’apparition de D.ieu peut être vécue sans exiger de culte, comme au Sinaï ou en d’autres occasions. Une des questions que nous voulons aborder ici est de savoir comment ces deux fonctions deviennent interdépendantes au Temple : si D.ieu y est, il faut Lui rendre un culte, et réciproquement. Ramban, dans cette même introduction, affirme que c’est la présence divine du Sinaï, qui s’est transposée d’une certaine manière, dans le Tabernacle.  C’est, pourrait-on dire, le contact que D.ieu voulait assurer à travers le don de la Torah, qui doit se prolonger dans le Tabernacle. Il s’agit d’une possibilité de relation permanente. Et cette relation s’est d’ailleurs prolongée à travers l’enseignement de la Torah à Moché dans ce même Tabernacle. Mais pour le Tabernacle, contrairement au Sinaï, le peuple participe à l’installation de la présence divine. Et c’est cela qui fait toute la différence : si l’enveloppe est humaine, l’apparition ne peut se faire par des coups de tonnerre et d’éclairs.Il faut donc prolonger le Sinaï, mais à notre mesure. Les commentaires font remarquer que nous disons dans nos prières (à la fin de la amida par exemple) : « …que le Temple se reconstruise et que Tu donnes notre part dans Ta Torah…. » Il n’y a pas de contact avec D.ieu sans Torah. Nous pourrions formuler ainsi les choses. La chance que D.ieu nous donne ici est d’avoir un point de contact permanent avec le Ciel. Cela n’est possible que si l’homme est prêt à s’investir dans la parole divine, à l’entendre, l’écouter, l’intégrer. Il peut alors réaliser à sa mesure un lieu où cette parole prend sa dimension la plus forte, comme au Sinaï. Il ne s’agit pas de créer un Temple comme les idolâtres : on construit des murs et on leur donnera une fonction après cela. C’est bien le contraire ! La fonction est première : d’abord être engagé dans la relation, après cela on trouvera des murs ! C’est pour cela que les deux éléments cités plus haut sont liés : le contact est voulu, la présence divine apparaît, et comme Elle était tant désirée, on ne peut s’empêcher de Lui rendre hommage, car c’est une façon de plus de La rendre désirable, et cela continue indéfiniment. A chacun d’imaginer ce genre de va et vient infinis pour tant d’autres relations fortes…Le Méchekh ‘Hokhma (Vayikra, chapitre 16) développe entre autres le point suivant : plus on entre dans le Temple, moins on en fait ! Dans la cour où se trouve l’autel, l’activité est intense, il y a une multitude de sacrifices chaque jour. Dans la pièce où se trouvent la Ménora, l’autel des parfums et la table, l’activité est moins intense : on y entre quelques fois par jour pour la Ménora, pour les parfums, une fois par semaine pour les pains. Enfin, dans le saint des saints, on entre seulement une fois par an… Ce maître conclut : le Temple ne fonctionne pas sur le mode de l’échange avec D.ieu : car plus on se rapproche de D.ieu, moins on se sent capable d’agir physiquement. C’est bien l’un des buts de ce Temple : prendre conscience que le contact avec D.ieu passe par l’action pour devenir peu à peu effacement complet de soi-même, pour que ce contact soit plus fin, plus intérieur, plus profond.

Le foyer juif est appelé « un petit Sanctuaire ». Il possède la qualité du Temple d’être une demeure pour D.ieu. En Exode 25,1 – 27,9, on nous décrit le Sanctuaire que Moïse et le peuple juif allaient construire. Ils l’édifièrent avant de quitter la région du Sinaï et le transportèrent avec eux pendant leur périple de quarante ans dans le désert. Puis ils l’emmenèrent en Terre d’Israël. Il fut plus tard remplacé par le Temple construit à Jérusalem. Dans le commandement de construire le Sanctuaire, D.ieu dit à Moïse : « Ils Me feront un sanctuaire et Je résiderai en eux. » (Exode 25,8) D.ieu ne dit pas « Je résiderai en lui », dans le Sanctuaire, mais « en eux ». Les Sages expliquent que cela signifie que D.ieu réside dans le cœur de chaque Juif, homme ou femme. (Maamar Bati LeGani, chap. 1) Chaque personne est sacrée, et la maison dans laquelle elle réside l’est également. Le Sanctuaire ou le Temple possédait trois caractéristiques fondamentales qui se retrouvent potentiellement dans chaque maison juive. Tout d’abord, c’était une source de connaissance de la Torah : dans le Saint des Saints étaient déposées les Tables de la Loi sur lesquelles sont gravés les 1O Paroles que Moïse avait ramenées du Sinaï. De plus, lorsque Moïse acheva l’écriture du rouleau de la Torah, un exemplaire en fut placé dans le Saint des Saints. En second lieu, le Temple est appelé une « Maison de Prière ».(Isaïe 56,7)  Il est la Porte du Ciel, car toutes les prières dirigées vers D.ieu passent par cette Maison. À travers les générations, quel que soit le pays où ils vécurent, les Juifs se sont toujours tournés vers le Temple de Jérusalem en priant.  À l’intérieur du Temple, le service accompli chaque jour exprimait une dévotion absolue au Divin, l’essence de la prière. Enfin, dans le Temple se trouvait la Table d’or sur laquelle étaient posés douze pains. Cela exprime le fait que D.ieu envoie un flux de bénédictions dans le monde pour pourvoir aux besoins de chaque créature. Ce flux de bénédiction passe par le Temple puis il irradie à l’extérieur vers le monde, prodiguant la nourriture et subsistance à tous. Chacune de ces trois idées est liée d’une certaine manière lien au foyer. Voici comment. Le foyer juif est un centre d’étude de la Torah en puissance, où le mari, la femme et les enfants consacrent régulièrement du temps à explorer les enseignements de la Torah. Les livres juifs font naturellement partie du mobilier. De fait, de nombreuses personnes organisent des groupes d’étude ou des cours de Torah chez eux. Et qu’en est-il de la prière ? Les offices principaux n’ont-ils pas lieu à la synagogue ? Certes, mais de nombreuses prières sont faites à la maison : les bénédictions du matin, celles que l’on prononce avant et après manger, et le Chéma avant de se coucher. Pour ceux qui ne vont pas à la synagogue, quelles qu’en soient les raisons, la maison est le lieu idéal pour prier. D.ieu répand des bénédictions dans le Temple, d’où elles se déversent ensuite dans le monde entier. La bénédiction divine qui se répand dans la maison juive est également partagée, à travers une hospitalité chaleureuse et des actes de bienfaisance et de bonté. La boîte de charité placée à la maison exprime ce concept, de même que tous les actes de générosité qui s’y déroulent, dirigés vers les personnes étrangères au foyer. C’est ainsi que la maison juive est réellement « un petit Sanctuaire ». Tout comme le Temple, elle est un centre de Torah, de prière et de générosité. À la maison, comme dans le Temple, réside la Présence Divine.  (lettre publique du Rabbi de Loubavitch “Entre le 10 et le 15 Chevat” 5747)« Tu feras un candélabre d’or pur » (Ex. 25, 31). Tu fabriqueras un candélabre d’or à 7 branches.D.ieu donna cet ordre afin que tout homme qui entre dans le sanctuaire ressente de la crainte. Il verra devant lui de belles lumières resplendir et respectera le sanctuaire. Le chandelier était donc placé devant le voile, face aux gens. D.ieu bien sûr n’a nullement besoin de lumière ; Il doit par contre éclairer les fidèles. Il est évident que l’âme éprouve une grande satisfaction quand elle perçoit de la lumière venue du ciel où règne une intense clarté. Le roi Salomon compare d’ailleurs l’âme à une lumière, comme le dit le verset : « La lampe de YHVH est le souffle de l’homme. » (Prov. 27, 27) Le chandelier possède 7 branches qui correspondent aux 7 étoiles dont dépend la marche de l’univers. Il est placé du côté du sanctuaire, car la sagesse de la Torah se trouve principalement chez ceux qui demeurent au sud.Le chandelier est comparé à la Torah, (B.B. 25b) comme l’explique le verset : « Car la Torah est une lampe, l’enseignement une lumière.» (Prov. 6, 23) La table se situe au nord, près du chandelier. Elle symbolise la richesse ; on sait que la plus grande quantité d’or vient du nord, comme le dit le verset : « Du nord arrive une clarté. » (Job, 37, 22) L’homme ne peut pas étudier la Torah sans une table à ses côtés, garnie de pain. Voilà pourquoi la table se trouve près du chandelier qui est comparé à la Torah.Le Temple est le microcosme de l’univers, au même titre que l’homme. Il contient en Lui tous les éléments de la nature, et leur donne leur valeur et leur sainteté. Il y a en quelque sorte « transfert » de la sainteté du Temple vers la nature, celui-ci dispensant la sainteté concentrée à l’extrême en son sein vers le monde entier. Nous apprenons cela de la structure même du Temple, et de sa ressemblance avec le corps humain. En effet, le Temple est à l’image de l’homme, nous dit le Ram’hal dans son livre consacré au Temple, « Michkéné Elion » (Les Temples Supérieurs), avec le cerveau, le cou, le buste et les membres. Et comme l’homme est le microcosme du monde (« L’homme est un monde en miniature », nous dit le Zohar), le Temple est donc représentatif du monde entier. Et puisqu’Il est le point de jonction entre le monde supérieur et notre monde, c’est par Lui que va se déverser dans le monde de la réalité l’Influence divine. Ainsi, le Kodech Hakodachim, le Saint des Saint contenant l’Arche Sainte, est assimilé au cerveau humain, les 2 Tables correspondant aux 2 hémisphères cérébraux. Puis vient la Ménora, le Candélabre qui représente les yeux. Ensuite apparaît la Qétorète, le travail de l’encens, qu correspond à l’organe de l’odorat ; puis la Table de Pains de proposition, qui représente aussi la bouche. En sortant du Hékhal pour entrer dans la cour, nous passons par une porte étroite qui correspond au cou. Puis Ezrat Israël, la grande salle, où se trouve l’Autel : celui-ci représente le système digestif, qui consomme les aliments – ici les sacrifices -, puis vient la Ezrat Nachim, qui correspond à l’appareil reproducteur. En parallèle du ‘corps’ ainsi décrit du Temple, nous trouvons les différentes chambres qui l’encadrent, et qui sont les membres supérieurs et inférieurs.On peut continuer l’analogie entre le Temple et le corps humain non seulement au niveau de sa structure, de son « anatomie », mais aussi par rapport à sa fonction. Le corps humain se nourrit d’aliments pour perdurer et ainsi permettre un équilibre parfait entre le somatique et le psychique ; le corps est le support indispensable au fonctionnement harmonieux de l’homme dans le monde. Idéalement, le corps n’est pas ce lieu des pulsions et des besoins physiologiques, il est d’abord le véhicule de la sainteté. Il permet à l’infini divin de se poser dans ce monde, d’être appréhendé par l’humain. Ainsi le corps ne fait pas que recevoir et assouvir ses besoins, il donne aussi. Ainsi en est-il pour le Temple. Il vit du travail et des sacrifices qu’y font les Cohanim, mais Il prodigue à l’extérieur, au monde entier, toute l’Influence que D.ieu désire déverser dans Son monde. La Table des Pains de Proposition sera la canal de l’abondance alimentaire dans le monde ; l’encens apportera la paix ; le Candélabre dispensera l’intelligence et la sagesse à tous les peuples.Le Temple peut être comparé à une sorte d’immense « salle des machines » qui dirige le monde dans son ensemble. Quand la Qétorète (l’encens) est préparé comme il se doit, elle annule la colère des peuples et les guerres ; si une guerre éclate dans le monde, c’est parce qu’il existe une lacune dans la Qétorète. Ou s’il y a une famine dans le monde, c’est parce que les Pains de proposition n’ont pas été préparés ou présentés comme il se dit. Enfin l’Autel joue un rôle prépondérant, celui de la sélection entre le bien et le mal. Tout comme le système digestif absorbe ce qui est bon pour le corps et rejette le reste, ainsi l’Autel, en consommant les sacrifices, notamment le sang et les graisses, joue ce rôle de sélection pour le monde entier, sélectionnant ce qui est nécessaire pour chaque peuple et éliminant le superflu et le mal. Ainsi le Cohen Gadol, tel un ingénieur s’occupant du bon fonctionnement de ses machines pour assurer le déroulement normal des différentes activités de son usine, doit veiller à la parfaite exécution dans tous les moindres détails du travail quotidien effectué au Temple. Il en va de la bonne marche du monde entier. Comme le dit le Midrach, «Si les peuples savaient combien le Temple leur prodigue leur bien-être, ils le construiraient en or » (Bamidbar Raba 1, 3. Voir le commentaire du Maharal dans nétsa’h Israël, chap 5) Espérons que le message universel inscrit dans le Temple se révèlera aux peuples, et qu’ainsi Israël et les nations oeuvreront de pair pour faire advenir la révélation de l’Unité à toutes les familles de la terre.(Sources : Rabbénou Yaakov Abehséra, Jardindelatora , Rabbi de Loubavitch – adapté par Tzvi Freeman.par Shmary Brownstein, Tali Löwenthal, Chabbad.org – Yoel Amar – Leçons de Tanya, par Rabbi Chnéour Zalmann de Liadi. Vol.1, Likoutey Amarim ch. 1-25. – Rav Jean Schwarz, Lamed  - Chiour Aviges – La Yechiva des Etudiants, Jaqui Ackermann – Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow, Le commentaire sur la Torah – Rav Mordekhaï Chriqui, Dr Avraham-Gilles Morali, l’Essence de la Torah)
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Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

18e Paracha – Michpatim : Statuts de l’amour réel Chémote (L’Exode) 21, 1 – 24, 18

Suite à la révélation du Sinaï, D.ieu promulgue une série de lois à l’adresse du peuple d’Israël. Elles incluent les lois relatives au serviteur contractuel, aux peines sanctionnant le meurtre, le rapt, l’agression et le vol, les lois civiles relatives aux réparations des dommages, aux prêts financiers, et à la responsabilité des quatre catégories de gardiens, ainsi que les lois régissant le procédé judiciaire mené par les tribunaux. Sont également enseignées les lois mettant en garde contre le fait de maltraiter les étrangers. L’observance des fêtes saisonnières et des offrandes agricoles qui devaient être apportées au Saint Temple à Jérusalem. L’interdiction de cuire de la viande avec du lait et la mitsva de prier. En tout, la paracha de Michpatim contient cinquante-trois mitsvote : 23 commandements impératifs et 30 interdictions. D.ieu promet de mener le peuple d’Israël à la Terre Sainte et les prévient de ne pas adopter les comportements païens de ses habitants actuels. Le peuple juif proclame  « Nous ferons puis nous comprendrons » tout ce que D.ieu nous commande. Laissant Aaron et Hour en charge du camp israélite, Moïse gravit le mont Sinaï et y demeure pendant quarante jours et quarante nuits pour recevoir la Torah de D.ieu

La paracha Michpatim (les lois) nous présente le début du code civil de la société hébraïque. Après la grande manifestation de Dieu au Sinaï donnant les Dix Commandements, arrive le temps où les lois et les jugements vont être proposés avec moins d’emphase mais avec le même objectif : construire une société où la justice permettra aux hommes de vivre dans le respect mutuel et la paix. Non la Torah ne vient pas prôner l’esclavagisme, elle vient humaniser la relation entre les hommes. La société antique (même grecque) est une société où le maître n’a que des droits sur son serviteur, droit de vie ou de mort, alors que le sujet n’a que des devoirs vis-à-vis de son souverain. La grande révolution de cette paracha est de nous apprendre que le maître a aussi des devoirs vis-à-vis de son serviteur, devoirs de nourriture, d’habillement, de logement et de respect. Si jamais le propriétaire blessait son domestique, il devait immmédiatement le libérer, car l’esclave possède aussi des droits. En fait la Bible nous présente à travers une législation du travail. Nahmanide enseigne : cette paracha commence par le cas de l’esclave, c’est pour t’apprendre qu’il doit être libéré la septième année. Réflexion à méditer pour notre société, où la lutte des classes au nom des profits personnels est loin d’être dépassée

 « Si tu vois l’âne de celui qui te hait succomber sous sa charge, garde toi de l’abandonner ; aide-lui au contraire à le décharger » ( Chemot 23, 5). :Ce verset, qui constitue la source de la législation de la Torah sur nos rapports avec les animaux, fait intervenir le mot sonaakha (« celui qui te hait »). Il est évident que tu dois aider ton ami à décharger son âne qui succombe sous sa charge, mais tu en as également le devoir s’il s’agit de l’âne de celui qui ne t’aime pas.  En d’autres termes, peu doit t’importer le maître, seul compte l’animal. Reste cependant à définir qui est cet « haïsseur ». Cette nécessité s’impose d’autant plus que le verset précédent emploie un mot voisin : « Si tu rencontres le bœuf de ton ennemi oyvekha ) ou son âne, égaré, rapporte-le lui » (23, 4). Qui est le oyèv , et qui est le soné ? De nombreux commentateurs se sont penchés sur cette question, et nous rapporterons ici l’explication, quelque peu inattendue, de Rabbeinou Be‘hayé ad Devarim 30, 7).

Il est écrit dans le verset : « Hachem , ton Dieu, infligera toutes ces malédictions-là sur oyvekha et sur sonaakha , qui t’ont persécuté ». Nous savons que la Torah ne procède jamais par de vains pléonasmes. Or, figurent dans ce texte les deux notions, par conséquent nécessairement distinctes, de haine ( sina ) et d’hostilité ( oyevouth ).  L’exemple du oyèv pour Rabbeinou Be‘hayé , c’est Ismaël ; l’exemple du soné , c’est Esaü. Le oyèv, professe ce commentateur, est plus redoutable que le soné . Le premier est en effet accessible à la pitié, pas le second. L’hostilité est en effet passagère, et peut se muer en amitié ; la haine est, elle, inexpiable et sans rémission.  De même, poursuit-il, le verset : « Hachem […] rendant manifeste le crime des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième [générations], pour ceux qui me haïssent ( le-sonaï ) » ( Chemote 20, 4) s’applique à Esaü, dont la punition n’est que temporaire. Ismaël sera puni, en revanche, beaucoup plus sévèrement puisque : « Et les ennemisoyevei ) de Hachem périront comme la graisse des agneaux ; comme la fumée ils s’en iront » (Psaumes 37, 20). Leur disparition sera définitive.

La Guemara enseigne: « Celui qui veut acquérir la sagesse doit étudier les lois des dommages ». En effet, les passages talmudiques sur ce sujet y sont très riches en nuances, et sont basés sur la logique la plus rigoureuse. Et, pourtant, certaines lois sont déconcertantes. A propos des dommages causés par un feu que l’on a oublié d’éteindre, nos Sages nous enseignent à partir du verset de notre Paracha: « Quiconque a allumé le feu paiera la motte de foin », que celui-ci ne paiera que la motte de foin. Et que, si des objets précieux y étaient cachés, il ne devra pas les payer. Comment se fait-il que l’incendiaire ne soit pas tenu de payer ces objets précieux, bien qu’il ait causé directement leur destruction par le feu qu’il a allumé? Le propriétaire n’avait-il pas le droit de poser ses objets où il le désirait? On enseigne par ailleurs1: «  Si un homme a creusé un puits et qu’un animal vient à y tomber et à s’y blesser, celui qui a creusé le puits devra dédommager le propriétaire de l’animal ». Et la Guemara ajoute: « Il ne devra payer que le dommage causé à l’animal, et non les objets qui se trouvaient sur l’animal et qui se seraient cassés au moment où la bête est tombée ». C’est pourtant la même cause qui a provoqué les dommahges causés à l’animal et aux objets. Pourquoi le propriétaire ne paye-t-il que le dommage causé à l’animal ?

On enseigne dans le traité Baba Kama: « Il existe une différence entre deux cas, le premier, lorsqu’une bête, entrée dans le champ du voisin, cause un dommage en écrasant avec ses pieds des objets s’y trouvant; le deuxième, lorsque ce même dommage est causé par des pierres que la bête projette. Le propriétaire doit payer, dans le premier cas, la totalité du dommage; dans le second, la moitié du dommage ». Ici aussi, la responsabilité du propriétaire qui a mal gardé sa bête est la même, que la bête ait cassé l’objet en l’écrasant ou en projetant une pierre sur cet objet. A ce propos la Guemara, elle-même, s’interroge : « Logiquement on ne doit pas faire de différence entre un coup donné directement par la bête et un coup provoqué par son énergie en l’occurrence, le caillou lancé par elle. Néanmoins, si en vérité la différence existe, c’est de la Halakhah Lémoché Misinaï, une loi que D.ieu a donnée à Moché au Sinaï », en d’autres termes, une loi qui n’aurait pas sa source dans la logique juridique, mais aurait une origine religieuse qu’on ne peut comprendre d’un premier abord.

Ceci nous amène à penser que toutes les lois qui concernent les relations entre les hommes, les lois du Hochène Michpath, ne sont pas seulement l’oeuvre de la logique humaine. C’est peut-être d’ailleurs ce qu’exprime le premier verset de la paracha de Michpatim: « Et voici les commandements que vous mettrez devant eux ». Rachi explique les termes « devant eux » et dit: « C’est pour nous enseigner que, lorsqu’on a un procès avec un autre Juif, il ne faut aller que devant eux, c’est-à-dire devant des juges juifs, et non devant des juges non-juifs, même si nous savons que, sur cette question particulière, ils jugent de la même manière ». Mais peut-être peut-on expliquer ce verset différemment: le début de la paracha parle des Michpatim , des lois qui concernent les hommes, et à ce propos la Thora nous met en garde en ces termes: « Ne crois pas que ces lois que je te donne ici sont différentes de celles qui, telle la Cacheroute, ne peuvent être que d’origine divine. Ne crois pas qu’elles sont d’origine purement humaine et qu’elles pourraient donc s’appliquer aussi bien aux Juifs qu’aux non-Juifs. « Non », nous dit la Torah: « Que tu mettras devant eux », signifie que toutes ces lois ces Michpatim ne peuvent être comprises que par les enfants d’Israël, qui savent qu’il y a une « réflexion » au-delà de leur réflexion, et qui acceptent donc que, pour régir les lois des hommes, on doive se référer à une loi d’origine divine. Et c’est aussi ce qu’exprime le premier commentaire de Rachi de la péricope: « Veélé Hamichpatim », et voici les commandements. Rachi commente: « Tout comme les dix Commandements ont été donnés au Sinaï, ainsi, ces commandements-là ont été donnés au Sinaï ».

Il me semble que par ces lois particulières, la Torah enseigne que les rapports entre les hommes ne sont pas régis selon des critères sur la rigueur et de la logique uniquement: si quelqu’un a causé un dommage, que cela soit fait directement par son corps, que cela soit fait par l’intermédiaire d’un objet, que cela ait été le fait d’un obstacle qu’il a placé sur une route, d’un feu qu’il a mal surveillé, la logique nous dit: il  est responsable de tous les dommages que sa mauvaise conduite aurait entraînés. Sa responsabilité est entière. La  Torah nous apprend que les rapports entre les hommes ne doivent pas être dictés uniquement par la rigueur et la logique, puisqu’il faut y ajouter la miséricorde. L’homme étant faible, on ne peut lui imputer tout ce qu’il a causé. Aussi, la Torah a-t-elle édicté le principe suivant: plus le dommage est en relation indirecte avec le responsable – non que sa responsabilité sur le plan de l’erreur qu’il a faite soit moins grande – plus alors on imputera le dommage qui a été causé au malheur, au hasard, qui vient du ciel, où la responsabilité de l’homme est alors moindre.

Et c’est ce qui fait que nous voyons dans la Halakha: « Adam Mouad Leolam », l’homme est toujours responsable. S’il a fait un dommage par son propre corps, qu’il ait fait en étant éveillé ou en dormant, il devra toujours réparer le dommage qu’il a causé. Mais s’il a fait le dommage par l’intermédiaire de sa propriété, d’un animal par exemple, sa responsabilité juridique doit être amoindrie (bien que, « logiquement », sa faute, sa « responsabilité », puisse être la même). Et si sa bête a fait un dommage par l’intermédiaire d’un objet, d’un caillou qu’elle aura projeté, on ne lui fera payer que la moitié du dommage. De la même manière, s’il a creusé un puits, on ne lui fera payer que ce qui est susceptible d’être blessé par le fait du puits, à savoir des êtres qui se meuvent, et non ceux qui ont été amenés aux puits par les premiers. De même, pour le feu, il ne paiera que les choses qui logiquement devaient être à l’emplacement où l’incendie s’est déclaré. D.ieu a donc limité la responsabilité juridique du dommage causé par le feu mal surveillé aux choses qui, par nature, devaient se trouver là, à l’exclusion du reste. Il s’agit donc d’une intervention de la miséricorde dans la loi, dans les Michpatim. C’est pourquoi nous disons que les Michpatim ont été donnés à Moché au Sinaï, pour le peuple juif, le peuple miséricordieux. Nous pouvons comprendre alors l’adage suivant de la Guemara: « Que celui qui veut devenir miséricordieux apprenne les lois des dommages ! »  Exode 22 [2] Baba Kamma)

- « Et si des hommes se battent et frappent une femme enceinte et que ses enfants sortent et qu’il n’y a pas d’accident, châtié il sera châtié sur la réclamation du mari et l’estimation des juges. » (Chemot 21,22) : Ce verset parle du châtiment qu’encoure la personne qui déclenche un avortement. Mais comme toujours la Torah ne présente jamais un cas dans son épure mais dans sa complexité. De quel cas parle ce verset ? Rachi, rapportant l’explication des ‘Ha’hamim, dit que l’on parle du cas de quelqu’un qui voulait tuer telle personne et qui, ratant sa cible, frappa finalement une femme enceinte et provoqua une fausse-couche. Le verset dit ‘et qu’il n’y a pas d’accident, étonnant puisque l’on dit qu’il y a fausse-couche ! Rachi explique : ‘s’il n’y a pas accident dans la femme’, certes mais il y a accident quant aux enfants ! A moins de dire que la perte d’un fœtus ne s’appelle pas ‘malheur’, ‘accident’. En d’autres termes, il n’y a pas mort d’homme. Certes, mais il y a toutefois perte de vie ou tout au moins d’un potentiel de vie ! Déjà à la simple lecture du verset se met à jour notre problématique : comment définir le statut juridique d’un potentiel ?

« Châtié il sera châtié sur la réclamation du mari et l’estimation des juges. » Le Ramban, dans son commentaire sur ce verset, relève la particularité de l’expression ‘châtié il sera châtié’, qu’exprime cette notion de châtiment ? A priori un paiement d’argent est plutôt un dédommagement, pourquoi la condamnation d’argent [Rachi : ‘il devra payer la valeur des fœtus au mari. On estime combien cette femme enceinte aurait valu au marché des esclaves par rapport au moment où elle n’eut point été enceinte.’] est-elle exprimée en termes de châtiment, de punition ? Réponse du Ramban : ‘Il me semble que du fait qu’il n’y a pas au sujet des fœtus de dégât visible (car qui sait s’ils arriveront à terme ?), la Torah nous dira donc que bien qu’il n’y ait pas matière à dédommagement proprement dit mettons sur lui une pénalisation, une sorte de châtiment.’

Le Ramban nous aide à définir au plus serré notre problématique : le paiement dont la Torah parle n’est pas à proprement parlé de l’ordre du droit civil, de l’ordre du dédommagement, car le dégât n’est pas de l’ordre de l’effectif, ni de l’ordre du pénal, car il n’y a pas mort d’homme, mais une nuance entre les deux, une sorte de pénalisation, châtiment ; il est extrêmement délicat de statuer sur le fœtus, c’est une vie ? Un potentiel de vie ? Le tuer est-il un homicide ? Comment statuer lorsque notre perception sensorielle elle-même est floue ? D’un côté on ne voit pas le bébé, mais à partir de quelques semaines nous savons que l’embryon est formé, son cœur bat. Au bout de quelques mois il bouge, on peut le voir à l’échographie sucer son pouce. On peut distinguer les traits de son visage. Comment ne pas dire qu’il est vivant, c’est évident qu’il est vivant ! Nous pouvons aborder la réponse de Tossephot de la manière suivante : nous savons qu’il bouge, nous savons qu’il a de multiples aspects de vivant. Ces différents aspects existent mais ne sont pas considérés assez dominants pour lui conférer un statut de vivant. Par contre, lorsqu’il s’agira de le sauver, les aspects secondaires seront à prendre en compte. Et là repose l’essentiel de notre exposé, statuer n’est pas occulter le réel, le juridique est la capacité que nous avons d’appréhender le réel, ce n’est pas le réel. Le réel n’est pas géniteur de juridique. C’est l’intelligence, de la Torah qui nous donne la capacité de statuer sur le réel sans en être esclave.

[Le premier commandement que D.ieu ait donné à l’ensemble du peuple juif est la sanctification du premier jour du mois, ce que l’on appelle en hébreu קידוש החודש . Ce premier commandement est fondateur de la sortie prochaine de l’esclavage : ce sont les hommes qui statuent sur le temps et non les éléments de la nature qui imposent leur diktat à la conscience humaine.] Dans la tradition juive, trancher la loi est le couronnement de l’activité humaine, c’est la grandeur même de l’activité humaine. Nous irions jusqu’à dire que le travail de la Hala’ha, de la loi, comme la Torah nous l’enseigne, a un rayonnement structurel, non seulement par rapport au peuple juif mais par rapport à l’humanité au sens le plus large, en cela qu’instinctivement nous sommes tentés, tout un chacun, de vouloir aborder les choses dans leur vérité, dans leur essence, ce qui a comme conséquence d’annihiler l’homme créé à l’image de D.ieu, c’est-à-dire libre.

Cyberespace, espace interstellaire, espace intérieur. Séquençage du génome, globalisation. Cartes à puce, bombes intelligentes, cellules souches et téléphones cellulaires. On ne peut le nier : nous vivons une nouvelle ère. La science-fiction est devenue une réalité scientifique. On peut alors se demander : dans ce nouvel ordre des choses où la science et la technologie transforment notre manière de vivre, la religion est-elle encore nécessaire ? Avons-nous encore besoin de nous soumettre à un antique – et apparemment tout à fait obsolète – code de lois, alors que nous sommes tellement plus avancés que nos ancêtres ? Mais laissez-moi vous demander : Les Dix Commandements ont-ils dépassé leur « date limite de vente » ? La foi et le doute, le meurtre et l’adultère, le vol et la jalousie sont-ils passés de mode ? Malgré toutes nos extraordinaires avancées médicales et scientifiques, la nature humaine elle-même a-t-elle réellement changé ? Les problématiques morales auxquelles nos ancêtres durent faire face ne sont-elles pas les même que les nôtres ?

Qu’on se déplace en charrette à bœufs ou en Mercédes, il nous faut encore choisir entre une conduite dangereuse et égoïste et la courtoisie et la civilité. Devoir s’occuper de parents vieillissants n’est pas une difficulté nouvelle. Les problèmes que la Torah aborde – rivalité entre frères, conjoint jaloux, nations en guerre, etc – font toujours la une des journaux. Nous luttons encore pour établir ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est moral et ce qui est immoral, ce qui est éthique et ce qui est tordu, et le meilleur ordinateur du monde ne peut pas répondre à ces questions à notre place. La science et la technologie s’occupent du « quoi » et du « comment » de la vie, mais elles ne répondent pas au « pourquoi ». Pourquoi existons-nous ? Pourquoi devrai-je être sympathique avec mon voisin ? Pourquoi ma vie devrait-elle être plus noble que celle de mon rottweiler ? La science et la technologie ont résolu des questions qui ont déconcerté l’humanité pendant des siècles. Mais elles n’ont pas répondu à une seule question morale. Seule la Torah s’attaque à ce terrain miné. Et ces questions sont peut-être plus pressantes aujourd’hui qu’elles ne le furent jamais. La Torah est vérité et la vérité est éternelle. Les scénarios vont et viennent. Les modes de vie changent selon la géographie. Les contextes sont différents, mais les problèmes qui vous prennent aux tripes sont partout les mêmes. Si la Torah fut jamais nécessaire, elle l’est autant aujourd’hui, et peut être davantage. Puissions-nous continuer de trouver une direction et une clarté morale dans les vérités éternelles de notre sainte et éternelle Torah. Amen

Appréhendons le pourquoi des problèmes qui surgissent dans la vie d’un homme. La faute crée un déséquilibre dans notre arbre d’en haut. La faute n’est pas une convention théorique, mais elle est une réalité qui a des conséquences. Un homme peut être malade physiquement mais aussi spirituellement. Parfois les fautes de jeunesse non réparées refont surface beaucoup plus tard et quand cela se dévoile en bas, c’est que le traitement a déjà commencé. Le pire pour un homme serait de traverser l’existence tranquillement sans jamais réaliser cela car vivre le problème est en soi la réparation. Mais il n’y a pas que les fautes de l’homme qui réapparaissent. Comme dans la génétique, l’âme transmet aux générations qui la suivent les éléments de vie non réparés. En fait, l’âme traverse le temps et l’espace.

Ma sœur biologique ne peut être aujourd’hui ma sœur « nichmatique » ou plutôt mon âme sœur. Un processus commencé plus jeune ou dans une autre vie antérieure se retrouve dans nos  vies ; Le chemin que tu dois prendre t’est imposé, la seule chose qui change est comment y arriver. Tout se paye et tout se retrouve. Âmes permises et Âmes interdites. Pour trouver la clef d’une vie réussie, il faut connaître le schéma fondamental de toutes les vies sur terre. Un cours passionnant et fondamental à ne pas rater. Une concentration et un désir de vérité sont recommandés.

La punition n’existe pas, il n’y a que des réparations ou tout est comptabilisé, tout se retrouve et tout doit se réparer. Ne pas chercher chez l’agresseur son passé de victime, mais plutôt son passé d’agresseur, voilà un principe de la Torah, vérité absolue, qui remet en cause certains principes énoncés par la psychologie moderne. Personne n’a le droit de tuer au nom du Ciel. Nous sommes tous sur terre pour réparer quelque chose, et comprendre et accepter cela est le garant de la délivrance. Nul n’a le droit de juger celui qui souffre, bien au contraire combien doit il être grand pour terminer sans doute un processus commencé bien avant. Le fait que le Maitre du monde ne nous laisse jamais tranquille est bien la preuve, s’il en faut, qu’il ne nous a jamais abandonnés tout au long de l’histoire humaine, n’en déplaise à certains.

La justice des pays libéraux, expression de la subjectivité humaine, permet de protéger la société et de l’aider à l’établissement d’un monde viable sur terre. La justice divine suit un processus complètement différent. La dimension de sainteté dans la justice d’Israël se trouve renforcée par le fait que la section Michpatim suit immédiatement les versets qui traitent de l’autel dans le Temple. Et Rachi commente : « Pourquoi les lois civiles font-elles immédiatement suite à celles relatives à l’autel ? Pour te dire que tu devras installer le Sanhédrin près du sanctuaire. » (Rachi sur Chemote 21,1). En effet, le Sanhédrin siégeait dans la « lichkat Hagazit », attenant au Temple de Jérusalem. Cette proximité entre le Tribunal de Haute Instance (le Sanhédrin) et le Temple n’est pas que d’ordre géographique ; elle vient signifier aussi que l’on déduit le comportement des juges à partir de celui des cohanim.

Ainsi, le dernier verset de la paracha Yitro énonce : « Tu ne monteras pas par des degrés sur Mon autel, afin que ne se découvre pas ta nudité. » Le sens littéral est que les cohanim ne devaient pas gravir l’autel par grandes enjambées, car ils auraient alors risqué de découvrir leur entre-jambes. Mais le Midrach (Mekhilta) s’étonne : la Bible a enjoint par ailleurs (Chémote 28,42) « Et fais-leur des caleçons de lin » ; portant ces pantalons, les cohanim ne risquent pas de dévoiler leur nudité. Alors, pourquoi cette injonction de la Torah ? Pour apprendre aux juges comment ils doivent se comporter au tribunal : « D’où déduit-on qu’un juge, pour aller siéger au tribunal, ne doit pas s’enorgueillir au-dessus des têtes du peuple saint ? De « Et tu ne monteras pas par des degrés sur Mon autel », suivi de « Et voici les lois que tu placeras devant eux. » (Sanhédrin 7b). L’interdiction aux prêtres de faire de grandes enjambées sur l’autel est en fait destinée … aux juges, pour leur enseigner l’humilité, le fait qu’ils doivent juger avec circonspection et ne pas se croire au-dessus du peuple. II y a donc un lien étroit, presque de nature, entre le travail effectué au Temple par les cohanim et les jugements rendus par les dayanim aux tribunaux.

Mais il y a plus que cela, ce que veut nous faire comprendre la Torah en créant ce parallèle entre la loi et le Temple, c’est que la Présence divine sur terre ne peut se manifester que par l’exécution d’une justice exemplaire. C’est pour cela que les juges sont appelés Elokim, et qu’ils sont considérés comme partenaires de D.ieu dans la création du monde. (Traité Chabbat 10a). Car en donnant une sentence juste, c’est comme s’ils recréaient le monde : les Pirké Avote n’affirment-ils pas que le monde existe grâce à 3 piliers, dont l’un est la justice, (Chap. 1, Michna 128) les 2 autres piliers sont la vérité et la paix. Le Maharal de Prague explique dans son commentaire sur les Pirké Avote (Derekh Ha’hayim) que la justice est ce qui permet au monde des hommes de se maintenir, car par une justice parfaite, personne n’empiète sur le domaine de l’autre, et ansi le monde peut se maintenir. (P. 57) Créer et maintenir un système juridique n’est pas qu’une simple affaire de protection de droits des individus dans la société, c’est s’associer au projet divin de la rédemption, du tikoun final.

La justice ne se comprend qu’avec l’équité. Michpat Tsedek, dit l’hébreu. Le michpat n’est là que  pour atteindre le tsédek, que l’on pourrait traduire par le fait d’être en adéquation totale, juste, avec la loi. Le tsadik est celui qui fait preuve de justesse par rapport à la loi de D.ieu, et ainsi fait régner l’équité dans le monde. Le michpat s’adresse à tous ceux qui, momentanément, se sont éloignés de cette justesse, de cette adéquation entre leurs actes et la loi divine, et qui, acceptant le verdict du juge, rejoignent ainsi la ligne des tsadikim, des justes. Le jugement est donc l’instrument par lequel l’homme va être « récupéré » de la faute vers la tsidkoute, la justesse morale dans ce monde.Le but de la justice n’est pas de punir. Il est avant tout de pouvoir réintégrer dans le projet divin tous ceux qui s’en seraient éloignés par un certain acte, à un certain moment, mais qui désirent réintégrer ce projet, ce qui est la définition même de « téchouva ».

La justice est donc le fondement de tout le système de pensée juive. Elle est l’instrument par lequel un homme qui s’est écarté du projet divin va pouvoir réintégrer la voie de D.ieu. C’est pour cela que les Sages du Talmud comparent le Sanhédrin au « nombril du monde » qui alimente et protège l’univers tout entier. (Sanhédrin 37a). Voir à propos de ce texte l’admirable commentaire d’Emmanuel Lévinas « Vieux comme le monde » en « Quatre lectures talmudiques », aux Ed. de Minuit, 1968, P. 145. La justice hébraïque est, pour Lévinas, ce qui rend le judaïsme indispensable au monde.

(Sources : Chabad.org  - Rav Philippe ‘Haddad, alliance – Chiourim.com  -Rav S. D. Botchko  oratoirerachi –  Yechiva des Etudiants -  Gérard Zyzek – Yossy Goldman – Rav Dynovisz –   Rav Mordekhaï. Chriki / Dr Avraham-Gilles Morali, « l’essence de la Torah »)

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