Quand l’archéologie découvre la véracité du récit de la Torah

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Le monde juif a commencé avec Abraham, qui, alors, s’appelait encore Abram, et était marié à celle qui s’appelait encore Saraï et qui devint plus tard la matriarche Sarah. Abram était âgé de 75 ans lorsque D.ieu lui parla pour la première fois, lui demandant de quitter la maison de son père pour aller vers un pays que D.ieu lui indiquerait… La Bible dit qu’Abram habitait Ur en Chaldée (ou Ur Kasdîm),  en Mésopotamie, et qu’il avait 2 frères : Nahor II et Haran et leur père s’appelait Tera’h.

ABRAHAM, LE PREMIER PATRIARCHE VENU S’INSTALLER EN TERRE PROMISE DUQUEL SORTIRA PLUS TARD LE PEUPLE JUIF

La Bible hébraïque n’est pas un livre d’histoire. Elle ne nous dit, au sujet des personnages qu’on y rencontre, que ce qui est nécessaire pour comprendre l’enchaînement des faits les plus marquants, pour faire ressortir une morale et nous enseigner non seulement les valeurs et le sens réel de la vie. Mais pas seulement ; la Torah, ou Bible hébraïque, est beaucoup plus que cela.

C’est est la loi qui régit le mode de vie des Juifs depuis 5776 ans. Elle fut reçue devant tout le peuple hébreu rassemblé en ce jour de l’année – 1313, au pied d’une des montagnes du Sinaï, toute tremblante et fumante, sous les éclairs et le tonnerre, au son du chofar (corne de bélier), un phénomène impressionnant et exceptionnel, qui n’eut lieu qu’une seule fois dans toute l’histoire du monde et qui ne se reproduira jamais plus : D.ieu Lui-Même parlait au peuple, mais ce fut Moïse qui formula le message du Maître du monde, les Enfants d’Israël ayant défailli à l’écoute de la voix divine !

Cependant, la Bible hébraïque est bien plus que cela ; elle est une tout simplement source de vie pour les Juifs. La Torah, nommée « Ancien Testament » par le monde non juif et chrétien, est le livre des lois qui régissent toute la vie des Enfants d’Israël. Ce livre a enseigné aux nations les valeurs fondamentales qui fondèrent ce que l’on nomme « morale » ou « éthique », et qui devraient faire de tout humain qui suit ses préceptes un Homme. 

Mais voici une partie du fruit des recherches archéologiques entreprises voici plus d’un siècle sur les traces de la Bible, résumées ici par l’auteur du livre « La Bible arrachée aux sables », qui vous fera découvrir des choses étonnantes. Mais laissons parler l’auteur :

« … Alors que, durant de longues années, je m’étais exclusivement intéressé aux progrès des sciences, mon attention se trouva attirée, en 1950, au cours de lectures de documentation, sur les rapports des professeurs français Parrot et Schaeffer au sujet des fouilles de Mari et d’Ugarit. En effet, les tablettes recouvertes de caractères cunéiformes exhumées à Mari contenaient la transcription de noms bibliques, conférant ainsi une authenticité certaine à l’histoire des patriarches qu’on avait tenue jusque-là pour une pieuse légende.

A Ugarit, sur la côte syrienne, on découvrit pour la première fois des vestiges des cultes de Baal du pays de Canaan. Au cours de la même année, le hasard voulut encore que le manuscrit du libre d’Isaïe, trouvé dans une grotte proche de la mer Morte, fut identifié. Cette chaîne de découvertes sensationnelles – le mot ne paraît pas trop fort quand on pense à leur signification culturelle – éveilla en moi le désir d’étudier à fond ce domaine relativement récent et si peu connu qu’est l’archéologie biblique…

Dans toute l’humanité, il n’est pas de livre qui ait eu des effets aussi bouleversants, qui ait influencé de façon aussi décisive l’ensemble du monde occidental et qui ait bénéficié d’une diffusion aussi colossale que « le livre des livres ». La Bible. Elle a été traduite en 1 120 langues ou dialectes et, malgré ses millénaires d’existence, rien ne fait prévoir la fin de son ascension triomphale.

Tandis que je réunissais une documentation que je n’ai pas la prétention de considérer comme complète, j’ai pensé qu’il serait temps de communiquer les merveilleux résultats des recherches de nombreux savants de diverses disciplines aux lecteurs de la Bible comme à ses adversaires, aux croyants comme aux sceptiques. Devant la multiplicité des preuves que nous a fournies la science, je ne puis m’empêcher de penser à toutes les critiques et aux polémiques qui, depuis le XVIIème siècle jusqu’à nos jours, cherchèrent à discréditer la Bible, et de me répéter encore et toujours : LA BIBLE A RAISON. »

W.Keller, Hambourg, septembre 1955

LE CROISSANT FERTILE

Dans le Croissant fertile et dans la vallée du Nil, on se trouve en face d’un étonnant foisonnement de civilisations. A l’époque dont nous parlons, (c’est-à-dire, vers – 1800 ans avant l’ère commune, le trône d’Egypte est occupé par les pharaons depuis 1 000 ans déjà. Le long de la côte méditerranéenne se trouvent les opulentes cités phéniciennes. En Asie Mineure, au coeur de l’actuelle Turquie, le puissant empire des Hitites va se fonder. En Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate, règnent les rois de Sumer et d’Akkad, qui exercent leur suzeraineté depuis le golfe Persique jusqu’aux sources de l’Euphrate.

Les pyramides d’Egypte, les puissantes construction de Mésopotamie ont vu passer des siècles et des siècles. Depuis 2 millénaires, dans la vallée du Nil aussi bien que dans celles du Tigre et de l’Euphrate, des fermes et des plantations de l’importance des grandes exploitations actuelles, dotées de canaux d’irrigation produisaient des céréales, des primeurs et des fruits de choix.

Dans le Croissant fertile on pratiquait l’écriture cunéiforme, en Egypte les hiéroglyhphes. Des poètes et des fonctionnaires s’en servaient pour fixer leur pensée, alors que l’écriture était depuis longtemps indispensable pour les transactions commerciales. Les correspondances conservées sur des tablettes de terre cuite et des rouleaux de papyrus nous donnent une idée de l’ampleur des échanges qui, par bateaux ou par caravanes, se développaient du golfe Persique à la Syrie et à l’Asie Mineure, d’Egypte jusqu’à Chypre et en Crète et même jusqu’en mer Noire. Les marchandises les plus cotées étaient le cuivre des mines égyptiennes du Sinaï, l’argent des montagnes du Taurus en Asie Mineure, l’or et l’ivoire de Somalie et de Nubie, la pourpre des villes phéniciennes de la côte de Canaan, l’encens et les épices rares du sud de l’Arabie, la toile de lin des manufactures égyptiennes et les merveilleux vases crétois.

La littérature et les sciences étaient à leur apogée. En Egype, naissaient la première littérature d’évasion et la première poésie profane. La Mésopotamie vivait déjà sa Renaissance. A Akkad, des philologues composaient première grammaire et le premier dictionnaire bilingue.

L’apogée de Gilgamesh, les vieilles légendes sumériennes de la création et du déluge furent transposées en akkadien et devinrent de merveilleux poèmes épiques. Les médecins disposaient de recueils de recettes et composaient leurs médicaments au moyen de plantes médicinales éprouvées (science longtemps perdue et retrouvée au cours de ces tout derniers siècles.)

Mille cinq cents ans avant Pythagore, des mathématiciens d’Egypte arrivèrent par la pratique aux mêmes résultats que lui. Leur expérience enseigna aux ingénieurs de Mésopotamie à extraire des racines carrées. Quant aux astronomes – dans le dessein, il est vrai, de servir l’astrologie – ils observaient déjà les trajectoires des planètes !

Il semble que ces pays aient alors vécu dans la paix et dans la plus grande prospérité, car on n’a trouvé aucun texte de l’époque parlant d’une guerre de quelque ampleur. Mais, du coeur du croissant fertile, des pauvres étendues du désert d’Arabie, là où il est baigné par les vagues de l’océan irrésistiblement en direction du nord et du nord-ouest, vers la Mésopotamie, la Syrie et ce qui fut plus tard le royaume d’Israël. Par vagues successives, les Amorites, comme on les appelait, attaquèrent les empires. Sous leurs coups de boutoir, le royaume de Sumer et d’Akkad s’effondra en 1960 avant notre ère. Les envahisseurs fondèrent une série d’Etats et de dynasties, dont l’une finit par s’imposer : la 1ère dynastie de Babylone, dont la suprématie dura de 1830 à 1530 avant l’ère commune et dont le 6ème roi fut le célèbre Hammourabi.

L’un de ces peuples nomades était appelé à jouer un rôle d’une importance incommensurable dans la destinée de millions et de millions d’hommes. Il s’agissait d’un petit groupe, peut-être simplement d’une famille inconnue et ignorée comme un grain de sable du désert : la famille d’Abraham, père des patriarches.

En – 1 813 avant l’ère commune, naquit, en Mésopotamie, un homme appelé Abram. Il vivait à Ur, à la pointe sud du Croissant fertile. Il fut le premier qui, dès l’enfance, par sa réflexion, tourna délibérément le dos aux idoles, lesquelles étaient exclusivement vénérées par les hommes de ce temps. Celui qui devint le père du monothéisme fut le premier à comprendre qu’il n’y avait qu’un seul D.ieu, que ce D.ieu était tout-puissant, qu’Il avait créé le ciel, la terre et tout ce qui s’y trouve et qu’Il était par conséquent au-dessus de toutes les idoles de bois et de pierre qu’avaient vénéré avant lui son père et tous ses ancêtres, ainsi que tous ses contemporains. Abram devint Abraham le converti. Il eut un fils nommé Isaac, qui, lui aussi eut deux fils nommé Jacob… (les Patriarches de la Bible), et son frère jumeau Esaü, qui engendra ce que la Bible appelle la civilisation d’Edom.

Voyage d’Abraham d’Ur à Canaan –
József Molnár (1821-1899) – 1850
Galerie Nationale Hongroise

« Terah prit Abram, son fils, Lot, fils d’Harân, son petit-fils et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram son fils, et il partit avec eux d’Ur en Chaldée. »(Genèse 11 ; 31)

Voici des millénaires que cette phrase tout droit sortie de la Bible hébraïque (reprise par les chrétiens sous le nom d’Ancien Testament) retentit, génération après génération, aux oreilles des Juifs. Ur, nom mystérieux et riche de signification légendaire, tout comme la multitude noms de rois, de puissants empires, de temples et de palais chargés d’or dont nous parle la Bible. Pendant très longtemps, on savait la Chaldée en Mésopotamie. Mais jusqu’il y a quelques dizaines d’années, personne n’aurait soupçonné que la recherche d’Ur s’accompagnerait de la découverte d’une civilisation dont les origines remontent encore plus loin dans la période préhistorique que les vestiges humains les plus anciens d’Egypte.

« L’Eternel dit à Abram : « Quitte ton pays natal et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux et tu seras une bénédiction; Je bénirai ceux qui te béniront, et qui t’outragera je le maudirai. Par toi seront heureuses toutes les races de la terre. Abram partit comme le lui avait dit l’Eternel, et Loth alla avec lui. Abram était âgé de 75 ans lorsqu’il sortit de Harân. » » (Genèse 12 ; 1-4)

Cette déclaration qui contient en germe la promesse d’une terre et d’une descendance, accompagnée d’une bénédiction éternelle, exige en contrepartie le départ d’Abraham pour suivre un Dieu unique, encore inconnu. Malgré le flou de ces promesses – la terre d’accueil n’est pas nommée, Abram a 75 ans et sa femme est stérile alors que Dieu leur promet une descendance innombrable – le Patriarche, archétype du croyant, « partit, comme lui avait dit l’Eternel » (12; 4) (Source : Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme)

Ci-dessous le chemin parcouru par Abram, sa famille et ceux qui les suivirent :

De nos jours, Ur est une gare située à 190 km au nord de Basra, non loin du golfe Persique, une des nombreuses haltes du fameux chemin de fer de Bagdad. Les ancêtres des actuels bédouins avaient planté leur tentes depuis bien longtemps dans cette contrée désormais désertique. Mais voici 4 000 ans, de vastes champs de blé, d’avoine et de légumes, des vergers de palmiers-dattiers et de figuiers s’étendaient là à perte de vue. Ces exploitations eussent pu soutenir la comparaison avec les actuelles fermes à blé du Canada et les plantations maraîchères et fruitières de Californie.

Un réseau de canaux et de fossés se coupant à angle droit y constituait un  système d’irrigation qui reste un modèle du genre. Dès l’âge de pierre, les techniciens du pays avaient su domestiquer la précieuse eau des grands fleuves qu’ils captaient habilement pour s’en servir à transformer des déserts en domaines à la végétation paradisiaque.

A l’époque, l’Euphrate était presque caché par l’ombre des palmiers. Artère de vie, il était aussi une voie navigable par laquelle se faisait un énorme trafic en direction de la mer. Le golfe Persique pénétrait alors beaucoup plus loin vers l’intérieur à l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate.

Bien avant la construction de la première pyramide, cet endroit défiait déjà le bleu du ciel.  Quatre puissants blocs de briques, superposés en gradins et merveilleux de couleurs s’élevaient à près de 25 m. Le noir du socle de 40 m de long était surmonté par le rouge et le bleu de 2 gradins entourés d’arbres. Au sommet, il y a vait une terrasse sur laquelle s’élevait le sanctuaire au toit d’or. Dans le silence du temple, des prêtres idolâtres célébraient le culte du dieu de la Lune, Nannar. Le bruit et l’agitation d’une des villes les plus ancienne du monde, de la riche métropole d’Ur, parvenaient à peine jusque-là.

En 1854 de notre ère, une caravane de chameaux et d’ânes se dirigea vers la butte isolée de Tel al Muqaiyar (la montagne des gradins). C’était une caravane pas comme les autres, car les bêtes transportaient des pelles, des pioches et du matériel d’arpentage, sous la direction du consul britannique de Basra, J.E. Taylor. Ce fonctionnaire agissait en service commandé. Le Foreign Office lui avait ordonné de se mettre en route, parce que le British Museum demandait qu’on fit l’inventaire de toutes les ruines et de tous les vestiges de civilisations disparues qui se trouvaient dans le sud de la Mésopotamie, là où, avant de se jeter dans le golfe Persique, le Tigre et l’Euphrate se rapprochent de plus en plus.

Les recherches et les fouilles furent donc entreprises un peu partout en Egypte, en Mésopotamie et dans la Palestine de l’époque, pour répondre au besoin irrésistible qui s’imposa tout à coup de donner des bases scientifiques à l’histoire de cette partie du monde.

Jusque-là, la Bible avait été la seule source pour l’histoire de l’Asie Mineure antérieure à 550 avant l’ère commune. Elle seule remontait à la nuit des temps. On y trouve mention de peuples et de personnages sur lesquels Grecs et Romains de l’Antiquité n’avaient déjà plus d’informations.


Vestiges de l’ancienne Ur (tabisite.com) bible.archeologie.free.fr/ancetresdabraham.html

Des légions de savants se sentirent attirés vers les paysages qui furent ceux de l’Orient ancien. Personne ne connaissait encore les noms qu’ils allaient bientôt mettre sur toutes les bouches. Leurs découvertes frappèrent d’étonnement les « rationalistes » du temps. Ce que ces chercheurs, au prix d’un travail des plus pénibles, arrachèrent au sable du désert, le long des fleuves de Mésopotamie et d’Egypte, méritait à juste titre l’attention de millions d’hommes : pour la première fois, la science ouvrait la porte du monde mystérieux de la Bible.

On entreprit d’abord des fouilles à Khorsabad sur le Tigre et, des décombres d’une métropole datant de plus de 4 000  ans, on dégagea le premier témoin de la Bible : Sargon, roi assyrien légendaire. Ne lit-on pas dans Isaïe (XX, 1) : « L’année où le tarban vint à Ashdod, envoyé par Sargon, roi d’Assyrie… » ? Deux ans plus tard, on exhuma la ville que la Bible appelle Kalah et qui porte à présent le nom du Nemrod biblique : (Genèse X, 9-12) : « Il fut un puissant ravisseur devant l’Eternel ; c’est pourquoi on dit : ‘tel que Nemrod, – un puissant ravisseur devant l’Eternel !’ Le commencement de sa domination fut Babel ; puis Erec, Akkad et Kalné, dans le pays de Senaar. De cette contrée, il s’en alla en Assur, où il bâtit Ninive, Rehohoth-Ir et Kélah ; puis Résen, entre Ninive et Kélah, cette grande cité. »

Les fouilles qui suivirent permirent de découvrir à 11 km de Khorsabad, la capitale assyrienne, Ninive, et la célèbre bibliothèque du roi Assurbanipal ; la Ninive de la Bible, dont les prophètes ne se lassent pas de stigmatiser la méchanceté (Jonas 1, 2)

Dans la Palestine de cette époque, entre 1838 et 1850, on fit la reconstitution de la topographie antique. On répertoria les monuments de la vallée du Nil au cours d’une expédition qui dura de 1842 à 1846. Au début du XIXème siècle, le Français Champollion avait réussi à déchiffrer les hiéroglhphes égyptiens ; après 1850, Rawlinson perça également le mystère de l’écriture cunéiforme. Les anciens documents allaient parler !…

On fit dresser des tentes auprès de la butte rouge. Le puissant bloc de briques, chef-d’oeuvre architectonique d’un passé obscur fut sondé. Le soubassement a presque 10 m de haut, 2 larges rampes conduisent jusqu’au second bloc, plus petit, surmonté li-même par un 3ème et un 4ème. Le consul Taylor prit une décision profondément regrettable : il retira ses équipes des fondations pour les occuper au sommet. Ce qui avait résisté à l’assaut des siècles, aux tempêtes de sable, à l’attaquer d’un soleil torride, tomba sous la morsure de pioches maniées sans discernement. Il ordonna la démolition du gradin supérieur. L’oeuvre de destruction fut entreprise par les 4 coins en même temps ; des masses de briques cassées étaient précipitées au pied du monument.

Après quelques semaines, tout s’interrompit subitement. Quelques hommes avaient trouvé de petits bâtonnets, des cylindres de terre cuite. En nettoyant les objets, on s’aperçut qu’ils étaient couverts d’inscriptions… en caractères cunéiformes  ! Ils furent expédiés à Londres, où les savants ne firent pas grand cas de la découverte. Rien d’étonnant : à l’époque seul le nord de la Mésopotamie fascinait les chercheurs, le haut cours du Tigre au voisinage duquel on avait déterré dans les ruines de Ninive et de Khorsabad, des palais et d’énormes bas-reliefs assyriens, des milliers de tablettes d’argile et de statues, des merveilles dont l’éclat éclipsait tout le reste.

Le monde dut attendre 75 ans la découverte des trésors d’une valeur incommensurable qui reposaient sous la vieille butte. Si les savants avaient oublié le Tel al-Muqaiyar, il n’en était pas délaissé pour autant. Ses murs ébranlés et avant tout son gradin supérieur en ruine, devinrent pour les Arabes une source inépuisable de matériaux de construction. De très loin, ils venaient charger leurs bêtes de somme de briques qui avaient été façonnées à la main des millénaires auparavant et qui portaient encore lisiblement les noms d’Ur-Nannu, le 1er grand architecte, et de Nabonide, le potentat babylonien qui restaura la « ziggurat » (les tours des gradins). Les tempêtes de sable, la pluie, le vent et les rayons du soleil prirent leur part de cette destruction.

Quand, au cours de la 1ère guerre mondiale, les troupes britanniques marchant sur Bagdad campèrent à proximité des ruines, l’aspect de celles-ci avait totalement changé. De l’ancien bloc escarpé, il ne restait plus, à la suite des pillages subis depuis 1854, qu’un tas de décombres si facile à escalader qu’un soldat put se payer le luxe d’y grimper monté sur une mule. Parmi les officiers du groupe, il y avait un expert, R. Campbell Thomson, de l’Intelligence Staff de l’armée de Mésopotamie, en temps de paix, assistant au British Museum. Il présuma que les environs du tell recelaient d’autres richesses archéologiques, des ruines d’agglomérations dormant sous les sables du désert.

Mais presque 2 500 ans avant, un homme célèbre, potentat et archéologue en une seule et même personne, le roi Nabonide de Babylone, qui vécut au 6ème siècle de notre ère, jugea « la ziggurat ancienne ». Mais il s’y prit autrement que Taylor. « Je remis sa structure en état comme au bon vieux temps, au moyen de mortier et de briques. » Le monument restauré, il fit graver sur les fameux petits cylindres le nom de son premier constructeur, que lui avait révélé un fragment d’inscription  « le roi Ur-Nannu ». Celui-ci, bâtisseur de la tour en gradins, aurait-il régné sur la ville d’Ur dont parle la Bible ? Aurait-il été roi d’Ur en Chaldée ? Il n’y a là rien d’invraisemblable, car le même nom biblique a surgi depuis à plusieurs reprises sur des documents originaires d’autres parties de la Mésopotamie. A en croire les textes cunéiformes, Ur aurait été la capitale d’un grand peuple, les Sumériens.

Il fallut attendre 1923 pour qu’une mission américano-britannique pût intervenir. Abandonnant les méthodes de Taylor, qui n’était qu’un amateur, Sir Charles Leonard Woodley concentra ses efforts non sur la tour, mais sur les buttes plates qui s’étendent à sa base. Pour l’archéologue, les couches de chaque tell superposées sont comme les feuilles d’un calendrier rétrospectif, où une multitude de générations ont déposé ce qui constitue aujourd’hui une source inépuisable de trésors. Chaque tell est un livre d’histoire et chacune de ces couches donne des précisions sur son époque, sur la vie, les habitudes, l’adresse de ses contemporains, sur leur degré de culture et leur civilisation.

On peut reconstituer avec précision le plan des bâtiments, même s’il ne reste plus que des pierres usées par le temps et l’érosion, ou une poussière de briques.L’endroit où le foyer répandait autrefois sa chaleur est marqué en général par une coloration plus sombre des matériaux. Des débris de vaisselle, des armes, des ustensiles ménagers et des outils qui se trouvent parmi les décombres donnent des indications supplémentaires pour étudier le passé.

Cette année-là, la première chose découverte est une enceinte sacrée contenant les restes de 5 temples placés en demi-cercle autour de la ziggurat du roi Ur-Nannu. Ils avaient tout d’une forteresse, tant leurs murs étaient puissants. Les plus grands, dont la base a 100 m de long sur 60 de large, était consacré au dieu de la Lune, un autre à Nin Gal, déesse de la lune, épouse de Nannar. Chacun des temples est doté d’une cour centrale qu’entoure une enfilade de pièces. On y trouve encore les vieux puits, des abreuvoirs imperméabilisés au bitume ; de profondes traces de couteaux sur les tables en briques montrent les endroits où l’on découpait les animaux sacrifiés qu’on faisait cuire ensuite pour les repas rituels sur les foyers des cuisines. Il y a même des fours à pain. « Après 38 siècles, nota Wooley dans son compte-rendu, on aurait pu rallumer les feux et remettre en service la plus vieille cuisine du monde« .

Le ziggourat d’Ur, « la colline poissée/bitumée », vieux de 4 000 ans,  tel qu’il se présentait à l’origine

Ur - Irak

 Le même tel qu’il se présente de nos jours, (cultivoo)

A Ur, le quartier des temples n’était pas exclusivement réservé au culte des dieux. Ses prêtres, en plus de les occupations cultuelles, avaient beaucoup d’autres fonctions. En même temps que les dons destinés aux sacrifices, ils percevaient la dîme et les impôts et ils établissaient un reçu écrit pour chaque versement qui était noté sur une tablette d’argile.Il s’agit là sans aucun doute des premiers reçus d’impôts de l’histoire du monde… Les rentrées fiscales étaient consignées par des scribes sur des états hebdomadaires, mensuels et annuels.

Comme on ne connaissait pas encore la monnaie, les impôts étaient payés en nature ; chaque habitant d’Ur payait donc à sa manière. De l’huile, du grain, des fruits, de la laine du bétail s’accumulaient ainsi dans de vastes entrepôts ; quant aux denrées périssables, on les envoyait dans les magasins de vente des temples. Un certain nombre de matières premières étaient transformées dans des manufactures leur appartenant, par exemple, dans les filatures dirigées par des prêtres. Un atelier produisait 12 sortes différentes de costumes à la mode. Les tablettes  qui ont été retrouvées nous indiquent le nom des femmes employées au tissage et les quantités de marchandises qui leur étaient données pour leur entretien. On allait jusqu’à noter méticuleusement le poids de la laine qui était remise à chacune d’elles et le nombre de pièces de vêtements qu’elles en avaient tirées. Dans un bâtiment qui avait abrité un tribunal, on trouva, soigneusement empilées, les copies des jugements, comme au greffe de nos actuels palais de justice.

Au sud de la tour en gradins, on mit à jour des murs et des façades serrées les unes contre les autres. On dégagea une série de maisons dont les ruines ont parfois 3 m de haut. Entre elles s’insinuent des rues étroites que des places interrompent de temps à autre. Il fallut des semaines de dur travail pour déblayer des tonnes de débris jusqu’à ce que ces murs prissent un aspect qu’on peut qualifier d’inoubliable.

Au pied du bloc rouge du Tell al-Maqaiyar, toute une ville s’étrend, que des chercheurs patients ont ressuscitée après des millénaires de sommeil ! Woodley et ses collaborateurs étaient fous de joie, car ils avaient devant eux la fameuse Ur en chaldée dont parle la Bible !

On se représente à peine le confort dont ont joui ses habitants, la largeur de vues qui a présidé à la construction de leurs maisons. Dans aucune autre ville de Mésopotamie on n’a découvert des demeures aussi bien conçues ni aussi belles. En comparaison, celles qui nous ont été conservées à Babylone semblent modestes, presque pauvres. Lors des fouilles entreprises au début du siècle, le professeur allemand Koldewey n’y trouva que de simples huttes en terre glaise de plain-pied et comprenant 3 ou 4 pièces disposées autour d’une cour. Voilà donc comment, vers 600 avant l’ère commune, se présentaient les habitations des hommes dans  la métropole si admirée du roi Nabuchodonosor, qui avait entouré l’ensemble sacré d’une enceinte percée de vastes portes. 15 siècles aupa- ravant, les habitants d’Ur vivaient déjà dans des maisons bien construites en forme de villas pour la plupart à étage, ayant 13 ou 14 pièces. Le rez-de-chaussée était solidement édifié en briques, l’étage supérieur en plaques de glaise ; les murs étaient proprement crépis et blanchis.

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Par la porte d’entrée, le visiteur pénétrait dans un vestibule où il y avait des bassins d’eau pour se laver les mains et les pieds. De là, il passait dans la cour centrale spacieuse et claire, au sol recouvert d’un carrelage particulièrement élégant. Autour de cette cour se trouvaient la pièce de réception, la cuisine, les pièces d’habitation et la chapelle privée. Par un escalier de brique sous lequel était dissimulée la toilette, on parvenait à une sorte de balcon sur lequel s’ouvraient les chambres de la famille et les chambres d’amis.

Sous les décombres de murs, on retrouva tous les accessoires qui avaient servi à l’installation intérieure et à la vie dans ces riches maisons. Une multitude de débris de poteries, de vases, de tablettes recouvertes d’écriture permirent de reconstituer détail par détail la vie quotidienne de la ville. Au début du 2ème millénaire avant l’ère commune Ur en Chaldée était une capitale puissante, colorée et active.

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 Photographie aérienne du quartier sacré du site d’Ur à la période des fouilles britanniques, prise en 1927. (Ezida)
Dans l’esprit de Woodley, une idée germa : « Si Abraham a quitté Ur en Chaldée, il a donc dû naître et passer les premières années de sa vie dans l’une de ces riches demeures. » Le savant poursuivit, plein d’enthousiasme : « Il nous faut réviser l’idée que nous nous faisions du patriarche hébraïque en voyant l’entourage opulent dans lequel il a passé sa jeunesse. Citoyen d’une grande ville, il hérita la tradition d’une vieille civilisation très organisée. Les maisons sont confortables, voire luxueuses. Nous avons trouvé la copie d’hymnes destinés aux cérémonies du temple et, en même temps, des tablettes de mathéma côté d’additions élémentaires, des formules permettant l’extraction de racines carrées et cubiques. Sur d’autres tablettes, les scribes avaient recopié les descriptions des bâtiments de la ville et jusqu’à une courte histoire des temples ! »
D’après Woodley, Abraham, loin d’être un simple nomade, serait issu d’une métropole du second millénaire avant l’ère commune.Quelle découverte extraordinaire ! L’image qu’on se faisait du patriarche Abraham entouré par sa famille et ses troupeaux allait-elle, incontestablement, se révéler fausse ?
Les conceptions de Woolley trouvèrent des contradicteurs parmi les théologiens et même chez les archéologues. Sa théorie est étayée par les versets 31 – 32 du chapitre XI de la Genèse :  » Tera’h  prit Abram, son fils, Lot… et il partit avec eux d’Ur en Chaldée pour se rendre au pays de Canaan, allèrent jusqu’à Haran et s’y fixèrent. » Mais d’autres passages de la Bible font état de lieux différents : lorsqu’Abramham envoie son plus ancien serviteur de Canaan à la ville de Nahor afin d’aller y chercher une femme pour son fils Isaac, le prophète appelle Nahor son pays (Genèse XXIV, 4) et la maison de son père, sa patrie (Genèse XXIV, 7). Nahor était située en Mésopotamie. Après la conquête de la terre promise, Josué dit au peuple rassemblé : « Jadis vos ancêtres, Tera’h, père d’Abraham et père de Nahor (lequel serait mort accidentellement dans l’incendie de la maison de leur père remplie d’idole qu’Abraham aurait incendié) , habitaient au-delà du fleuve…  » (Josué XXIV,2). Ici comme dans d’autres textes, l’expression « le fleuve » se rapporte à l’Euphrate. Or, la ville d’Ur se trouve sur la rive droite de l’Euphrate, c’est-à-dire que, vue de Canaan, elle n’est pas « au-delà du fleuve« . Woolley a-t-il conclu trop hâtivement ? Ne resterait-il pas à prouver que Tera’h et son fils Abraham furent bien des habitants d’Ur?
William F. Albright, professeur à la John Hopkins University de Baltimore (Etats-Unis), a pu écrire : « La migration d’Ur en Chaldée à Haran n’a trouvé aucune confirmation archéologique, si ce n’est la découverte de la ville elle- même« . Ce savant, lui-même archéologue et considéré comme un des plus grands spécialistes de l’archéologie au Proche–Orient ajoute : « Et le fait curieux que les traducteurs grecs ne citent Ur nulle part, mais à sa place le pays naturel (des Chaldéens) pourrait bien signifier que la migration d’Abraham était considérée comme un fait secondaire et qu’au IIIe siècle avant notre ère, on n’y croyait pas forcément.« 
La découverte d’Ur n’en a pas moins attiré l’attention sur la capitale des Sumériens, un des plus anciens peuples civilisés de Mésopotamie. Or, nous savons que les Sumériens n’étaient pas des Sémites comme les Hébreux. Lorsque, vers l’an 2000 avant l’ère commune, la grande invasion des nomades sémitiques surgit du désert d’Arabie, elle rencontra d’abord Ur, ses immenses plantations et son réseau de canaux. Il se peut donc que cette irruption dans les pays du Croissant fertile,  dont Ur faisait partie, ait laissé des traces dans la Bible. Toujours est-il que des recherches sérieuses et, avant tout, des fouilles menées à bien au cours des dernières dizaines d’années semblent avoir établi qu’Abraham n’habita jamais la métropole sumérienne. Cela cela contredirait d’ailleurs toutes les descriptions de la Bible concernant la vie du patriarche, où l’on peut lire qu’Abraham vivait sous la tente et allait de pâturage en pâturage et de puits en puits avec ses troupeaux. Sa vie ne se comparait en rien à celle des habitants d’une capitale : c’était la vie des nomades de tous les temps. Toutefois, beaucoup plus au nord du Croissant fertile, nous verrons l’histoire des patriarches sortir de son imprécision mystique pour faire son entrée dans l’histoire.

A suivre…

(Source : La Bible arrachée aux sables, par Werner Keller, Etitions Famot – Adaptation louyehi)

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