Martin Gray : la disparition d’un grand témoin et grand résistant / L’actrice Macha Méril : « Ma rencontre inoubliable avec Martin Gray »

https://i1.wp.com/i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2016/04/25/XVM53524f1c-0ad9-11e6-95bd-65ce94f8831e.jpgMartin Gray,( 27 avril 1922- 25 avril 2016)

Film : AU NOM DE TOUS LES MIENS complet en français   –  2h20

 

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Grand témoin du génocide juif, militant pour la paix, l’écrivain laisse une œuvre abondante et un best seller, Au nom de tous les miens. Depuis 2001, il résidait en Belgique et avait été fait citoyen d’honneur de la ville de Ciney.

Il était un des derniers survivants du ghetto de Varsovie, un inlassable témoin du génocide juif. L’écrivain Martin Gray est décédé lundi 25 avril, à l’âge de 94 ans. Selon RTL, il a été retrouvé dans sa piscine, à Ciney en Belgique. Il laisse plusieurs ouvrages dont Au nom de tous les miens, récit autobiographique publié en 1971, vendu à plus de 30 millions d’exemplaires, traduit en 26 langues et adapté au cinéma. «Je n’écris pas, je crie», disait cet ancien rescapé du camp de Treblinka, au destin et au caractère hors normes.

De son vrai nom Mieczysław ou Mietek Grayewski, Martin Gray est né à Varsovie le 27 avril 1922. Après l’invasion de la Pologne, en 1939, il est transféré avec sa famille dans le ghetto de Varsovie. À 17 ans, il trouve le moyen de devenir contrebandier, mais sera déporté avec sa mère et ses deux frères à Treblinka. Là, il travaillera dans les sonder-kommandos, ceux chargés d’extraire les corps des chambres à gaz. Il s’enfuit de Treblinka en se cachant dans un wagon. Le parcours extraordinaire de ce jeune homme de 17 ans, dans une période de chaos, a engendré des doutes chez une poignée d’historiens. Martin Gray en était meurtri, mais expliquait cela par l’incapacité de beaucoup de contemporains à comprendre l’enfer des camps.

À la fin de la guerre, et alors que toute sa famille est décimée, il rejoint les États Unis. Il y fait fortune et rencontre, en 1959, sa première femme Dina Cult. Le couple s’installe près de Mandelieu, dans le sud de la France. Mais le 3 octobre 1970, lors de l’incendie du Tanneron, celle-ci décède avec leurs quatre enfants. Après ce drame, l’écriture devient une planche de salut pour Martin Gray, ainsi que la cause écologique. Humaniste, militant pour la paix, remarié et père de cinq enfants, il passera ses quarante dernières années à plaider pour la vie et sa préservation. Il s’adressait régulièrement à des classes, ou répondait aux milliers de lettres venues du monde entier en martelant son message : «On peut toujours reconstruire, même sur des ruines.»

Claire Bommelaer

Martin Gray: la disparition d’un grand témoin

(Source : Le Figaro.fr)

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UNE VIE EN IMAGES

Martin Gray, une vie sous le sceau du malheur, et pourtant …

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Martin enfant, 1927, Warsovie / Poland

Martin et ses frères, 1934,  Pologne

 Martin Gray, officier dans l’armée russe, 1945

Martin arrive aux Etats-Unis en 1947. Il y vécut jusqu’en 1960.  Après une carrière dans le commerce des antiquités aux USA, Martin Gray rencontre Dina BensvanderBerg, qui devient son épouse.

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La famille s’installe à Tanneron, dans le Midi de la France. Ici, leur bébé premier né, la petite Nicole.

La petite Nicole

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https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS6Khnl7Q7jrG2O5ggo59KNLAcEJzyvfpah88lylm1S5qRnOOHU3gMartin Gray avec sa première femme et 3 de ses enfants

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La voiture accidentée où se trouvait Dina Gray et ses enfants lors de l’incendie du 3 octobre 1970 à Tanneron

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Mémorial dédié à sa femme et à ses enfants à l’endroit de l’accident qui leur a  coûté la vie. (Photo Elianne Rombout)

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Martin Gray en 1970, juste après le drame qui a coûté la vie à sa femme et à ses 4 enfants

https://i1.wp.com/www.hrc.utexas.edu/exhibitions/web/ddd/includes/images/475/019.jpg Martin devant la maison où les siens ont perdu la vie ; il se tient immobile sous la pluie, impassible, après avoir subi le ghetto de Varsovie, Treblinka et encore Tanneron… Il ne sent même pas les brûlures qu’il s’est faites en voulant sauver de l’incendie un voisin cloué au lit, alors qu’il pensait sa famille saine et sauve. Il ne lui reste alors plus alors que sa chienne Lady pour toute famille ! La chienne a tellement souffert de la perte de son mâle dans l’incendie que de ce jour, elle n’a plus jamais aboyé, n’a plus jamais relevé la tête et n’a plus voulu manger. Elle s’est éteinte 3 semaines plus tard !  [October 1970.] » The Fragile Miracle of Martin Gray »

Martin Gray parmi ses 5 enfants qu’il a eus avec sa seconde épouse

Bruxelles, 2007  : « Vous voyez ces coupures, ces blessures ? Un homme peu reconstruire sa vie, même sur des ruines »

https://i0.wp.com/www.shaolin-hung-gar.com/tlhgvdhc/wp-content/uploads/2013/06/Martin-Gray.jpg

La plupart des photos ont été trouvée sur le site de David Douglas Duncan, hrc.utexas.edu.

BIBLIOGRAPHIE

Les forces de la vie

Les Forces de la Vie

Paris, 1975

Ce livre, Martin Gray l’a écrit pour aider les personnes qui s’interrogent sur le sens de la vie.

Pour ceux qui cherchent comment exprimer la richesse, l’invention, le besoin d’amour qu’ils portent en eux. Ce n’est donc pas un roman. Il comprend des exercices à pratiquer chez soi afin de se connaître et de savoir rester maître de soi.

Nous noterons qu’il est parsemé d’interrogations ainsi que de pages blanches lignées pour que le lecteur puisse y inscrire ses réflexions personnelles.

 

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Les pensées de notre vie

Les Pensées de notre Vie

Seghers, 1976

Martin Gray reprend les pensées exprimées en italique dans le Le livre de la vie et les développe plus amplement. Il s’agit en quelque sorte d’un résumé du second livre.

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La vie renaîtra de la nuit

                                        La Vie Renaîtra de la Nuit

Paris, 1977

Ce livre, Martin Gray l’écrit pour son épouse, « pour Virginia, qui m’a donné Barbara ».Le premier chapitre nous présente un homme confronté avec la joie que la naissance de sa fille Barbara lui procure et le tourment qui le ronge lorsqu’il pense aux siens exterminés à Treblinka, ou tragiquement disparus lors de l’incendie de Tanneron, sept ans plus tôt.

Ayant laissé son épouse à l’hôpital, Martin Gray se dit qu’il est « heureux ». Cependant, il n’arrive pas à l’admettre. Ses souvenirs le tourmentent. Il n’a plus le courage de vivre. En rentrant chez lui en voiture, il adopte une conduite plus que dangereuse sur la route des « Barons », afin de provoquer la Mort. Lorsqu’il retourne chercher son épouse et sa fille, Martin Gray est en paix avec le passé.

Ensuite, Martin Gray nous dépeint les sept années qui ont précédé sa rencontre avec Virginia, sa jeune épouse. Ces sept années sont peuplées de doutes, de questions, d’espoir et de désespoir, d’insinuations scandaleuses quant à la perte des siens. Mais il y a aussi les amis qui, par leur sollicitude, constituent un facteur d’encouragement.

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Le nouveau livre

 Le Nouveau Livre

Paris, 1980

 

Dans ce livre, Martin Gray traite de 365 thèmes différents. Un thème pour chaque jour de l’année. Cela va de la naissance à la mort, en passant par l’amour, la vie et d’autres sujets qui peuplent notre quotidien.

 

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J’écris aux hommes de demain

J’écris aux hommes de demain

Paris, 1983

Comme le titre l’indique, dans ce livre, Martin Gray s’adresse « aux hommes de demain », aux générations à venir qui devront vivre dans le monde que nous leur aurons laissé, un monde d’incertitude, tournant entre « la haine et l’amour », la tendresse et la violence, l’amitié et la haine, l’exploitation d’autrui.

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La maison humaine

La Maison Humaine

Paris, 1984

« J’ai donné la forme d’une fable à ce qui surgit de ma mémoire. Jadis, dans une ville complètement détruite, alors que je n’étais q’un combattant malheureux errant parmi les décombres, j’ai découvert au milieu des ruines et dans la nuit, une petite fille. Et j’ai essayé, en ce temps-là déjà, de construire pour cet enfant une Maison humaine ».

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 Enre la haine et l’amour

Entre la haine et l’amour

Paris, 1990

« A ceux que le présent et l’avenir inquiètent et qui ne se résignent pas »
« On n’attend pas l’avenir comme on attend un train. L’avenir, on le fait »
(Georges Bernanos)

Voilà la première page, l’introduction de ce nouveau livre dans lequel Martin Gray nous confie qu’il a peur, non pas de mourir car la mort vient toujours un jour, mais cette crainte qu’il éprouve est pour le futur de ses enfants, de tous les enfants.

Pour vous, vos enfants, pour moi et les miens, pour chacun de nous, les dix ans qui viennent sont le moment du grand choix de nos vies.
L’an 2000 est à nos portes. Sera-t-il pour nous, nos enfants, un âge barbare, celui de la haine, ou bien, parce que nous avons les moyens, le temps de l’amour ?
J’ai parcouru le monde, j’ai vu notre temps tel qu’il est. L’aventure de notre futur, de notre avenir commence ici.
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Vivre debout

vivre debout

Paris, 1990

 

Partant d’un « fait divers » survenu en Grande-Bretagne, Martin Gray essaie de comprendre ce qui a pu pousser deux enfants de dix ans à torturer, puis à tuer un autre enfant de trois ans. Ce drame lui permet d’introduire le thème de son livre : pourquoi cette haine, cette destruction de l’autre ; pourquoi cette crise ?

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La prière del’enfant

La prière de l’enfant

 

Paris, 1994

 

Un matin, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Martin Gray est entré dans la chambre de ses parents. Ceux-ci étaient assis dans le lit et avaient passé leurs bras au-dessus des épaules l’un de l’autre : leurs têtes se touchaient. Il les avait contemplés et, goûtant à cette paix, il s’était mis à prier « pour que cet instant dure toujours ».

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Au nom de tous les hommes

Au Nom de Tous les Hommes

Seghers 2004

« J’avais depuis dix ans choisi le silence. Mais comment ne pas crier quand me senfants, mes proches, mes lecteurs m’interrogent. Ils sanvent que je suis un témoin de la barbarie. Est-ce que cela recommence ? me demandent-ils.

Ils parlent de cimetières profanés. Des mots de haine. De la guerre. De l’inquiétude. Est-ce que l’injustice, le racisme, la violence vont toujours obscurcir l’avenir des hommes ? Je dois répondre à ces angoisses. je dois montrer d’autres chemins pour l ‘homme. Je dois dire que l’espoir demeure. Je veux qu’on entende ma colère, et aussi mon espérance. »

A quatre-vingt-deux ans, Martin Gray est la mémoire vivante de la tragédie du XXè siècle, et l’incarnation de l’espoir dans la vie. Evadé du camp d’extermination de Treblinka, combattant du ghetto de Varsovie, il entre en vainqueur à Berlin avec l’armée russe. Aux ETats-Unis, il fait fortune. En France, où il vit, la tragédie le frappe de nouveau. Sa femme et ses quatre enfants succombent dans un incendie de forêt près de Cannes. De ce malheur, il fait une force. Ses livres, Au nom de tous les miens et dix autres ouvrages apportent, sagesse, raison de vivre et d’espérer à àdes millions de lecteurs dans le monde.

Au nom de tous les hommes est un cri de colère, un acte de fraternité et un message d’espoir.

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https://i2.wp.com/i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2016/04/25/XVM60ee8b0a-0b05-11e6-a431-4fe444eb0845.jpgMacha Méryl se rappelle avec admiration de cet homme au destin exceptionnel. Photo Datchary Jean-Jacques/ABACA Louis Monier/Rue des Archives ____________________________________________________

Macha Méril : « Ma rencontre inoubliable avec Martin Gray »

INTERVIEW – Attristée par la mort de l’écrivain au destin bouleversant, l’actrice qui avait incarné sa mère dans le film Au nom de tous les miens (1983) confie le souvenir ému qu’elle en a gardé.

Il y a plus de trente ans, en 1983, Macha Méril jouait le rôle de la mère de Martin Gray, dans Au nom de tous les miens, l’adaptation de son chef-d’œuvre par Robert Enrico. Émue et surprise, la comédienne reste très marquée par ce «film très fort» qui faisait écho à sa propre vie. Pour Le Figaro, elle témoigne de sa rencontre marquante avec cet écrivain Juif polonais cruellement éprouvé par la Shoah.

LE FIGARO – Aviez-vous rencontré Martin Gray, dont vous incarniez la mère dans le film Au nom de tous les miens?

Macha MÉRIL – Je ne l’ai croisé qu’une fois, lors de la réalisation du film de Robert Enrico. Mais cette rencontre a été saisissante. Impossible de l’oublier. Il était venu nous voir alors que nous tournions la partie de sa vie où il a perdu sa femme et ses quatre enfants, pendant un incendie. Nous étions en Provence, sur les lieux mêmes où sa famille avait péri, à deux pas de son ancienne propriété, tout près de la tombe de sa femme. Mais il a eu le courage de revenir sur les lieux, avec une dignité qui nous a tous frappés. À quelques pas à peine du lieu du drame, il se montrait sympathique avec chacun d’entre nous, comme si de rien n’était, et prenait le temps de parler avec l’équipe.

Même si vous l’avez peu vu, le fait d’avoir joué le rôle de sa mère vous a-t-il donné l’impression de le connaître personnellement?

Ce qui est incroyable, c’est que j’avais plutôt l’impression que c’était lui qui me connaissait personnellement. Il était ravi qu’on m’ait choisie, moi et pas une autre. Je n’étais pas juive, mais il savait que mes grands-parents russes avaient été déportés en Sibérie. Ils étaient morts dans le train qui devait les conduire dans la forêt des camps. À cause de cela, Martin Gray était assuré que je m’impliquerais. Je connaissais l’histoire, puisque je l’avais vécue. De plus, ce qui est rare pour un Polonais, il aimait les Russes et entretenait pour eux une sorte de gratitude, parce qu’ils avaient soutenu la création d’Israël. Pour moi, il a d’ailleurs planté là-bas un arbre qui doit toujours y être.

Quelle leçon laissera cet homme au destin hors du commun?

Cet homme est un exemple, un vrai. Qu’est-ce qu’il a connu comme épreuves ! Il n’a fait que perdre, un à un, chacun des membres de sa famille. Cette collection de malheurs est l’histoire de sa vie : enfant, il a connu le ghetto de Varsovie, perdu sa mère et ses frères dans les camps, puis son père abattu sous ses yeux par les SS, puis quand il a enfin reconstruit sa vie, sa femme et ses quatre enfants lors d’un incendie. Et pourtant, à chaque fois, il a rebondi avec une énergie qui devrait nous servir de leçon à tous. Ils sont rares, ceux qui se sont relevés autant de fois avec autant de dignité de situations aussi insolvables. Le film n’était peut-être pas le plus grand chef-d’œuvre de tous les temps, mais il avait le don d’insuffler ce courage face à l’épreuve qu’incarne Martin Gray. C’est magnifique qu’il ait vécu jusqu’à cet âge canonique de 93 ans, malgré les drames traversés. Il a montré jusqu’où un homme peut tenir.Cette longévité était sa dernière victoire.

Marie-Amélie Blin

Macha Méril: Ma rencontre inoubliable avec Martin Gray

(Source : Le Figaro.fr)

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