L’hymne national français « La Marseillaise » expliqué aux Français

Afficher l'image d'origine       La Marseillaise a 222 ans cette année 2016 ___________________________________________________

Critiqué pour ses paroles guerrières, voire racistes, l’hymne national français reste fondamentalement un chant de résistance. Edgar Morin, dans une tribune publiée dans « Le Monde » en 2014, analyse les paroles de « La Marseillaise », les replace dans le contexte de l’époque et explique qu’elle lie l’idée de République à l’idée de France.

Le 1er couplet de La Marseillaise, qui est seul exécuté, mémorisé et chanté, surprend. Cet hymne de combat (il fut celui de l’armée du Rhin – composé par Rouget de Lisle en 1792, adopté comme hymne national en 1795, puis définitivement en 1879) est tout à fait différent des hymnes nationaux, qui sont quasi religieux et liturgiques, à la Nation (Deutschland über alles  L’Allemagne au-dessus de tout) ou à la royauté, symbole de la Nation (God save the king- Que Dieu sauve le roi.)

Cet hymne de combat est un hymne d’éveil et de résistance à l’invasion des armées royalistes conjurées. Le danger est alors mortel pour la République naissante. Son caractère sanguinaire est lié à ce moment d’exaltation, voire d’ivresse vitale. Et surtout, il lie indissolublement l’identité de la République à la résistance aux tyrannies.Il lie non moins indissolublement l’idée de République à l’idée de France.

 

Allons enfants de la Patrie,

Le jour de gloire est arrivé !

Contre nous de la tyrannie,

L’étendard sanglant est levé (bis),

Entendez-vous dans les campagnes

Mugir ces féroces soldats ?

Il viennent jusque dans nos bras,

Egorger vos fils,, vos compagnes !

 

Vichy a supprimé ce 1er couplet, par haine de la République, et effacé la résistance à l’invasion parce qu’il pratiquait la collaboration avec l’envahisseur. Certes,  le couplet qui l’a remplacé a sa beauté dans « amour sacré ce la Patrie », mais il élimine la République de l’identité française. Vichy fut raciste (et non le 1er couplet de La Marseillaise, qui est certes sanguinaire, mais dans l’ivresse guerrière). Or, ce caractère sanguinaire est ouvertement répudié pour l’après-victoire. (voir fin du couplet 15).

La Marseillaise a eu 15 couplets originaux, qu’il faut ici rappeler. Les 2e, 3e et 4e couplets confirment et prolongent le 1er.

 

Refrain

Aux armes, citoyens !

Formez vos bataillons !

Marchons, marchons !

Qu’un sang impur

Abreuve nos sillons !

 

Que veut cette horde d’esclaves

De traitres,de rois conjurés ?

Pour qui ces ignobles entraves

Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)

Français ! Pour nous, ah ! Quel outrage

Quels transports il doit exciter !

C’est nous qu’on ose méditer

De rendre à l’antique esclavage !

 

Quoi ! Ces cohortes étrangères

Feraient la loi dans nos foyers !

Quoi ! Ces phalanges mercenaires

Terrasseraient nos fils guerriers ! (bis)

Dieu ! Nos mains seraient enchaînées !

Nos fronts sous le joug se ploieraient !

De vils despotes deviendraient

Les maîtres de nos destinées !

 

Tremblez, tyrans et vous, perfides,

L’opprobre de tous les partis !

Tremblez ! Vos projets parricides

Vont enfin recevoir leur prix ! (bis)

Tout est soldat pour vous combattre.

S’ils tombent, nos jeunes héros,

La terre en produit de nouveaux,

Contre vous tout prêts à se battre.

 

La 6ème strophe introduit le patriotisme, le liant à la liberté (adopté par Vichy parce que Patrie remplace République).

 

Amour sacré de la Patrie

Conduis, soutiens nos bras vengeurs !

Liberté, liberté chérie,

Combats avec tes défenseurs ! (bis)

Sous nos drapeaux que la victoire

Accoure à tes mâles accents !

Que tes ennemis expirants

Voient ton triomphe et notre gloire !

 

La strophe sur le « sang impur » choque légitimement aujourd’hui. Mais le caractère racial du sang n’est nullement présent dans la conscience des révolutionnaires du XVIIIème siècle. Il n’apparaîtra qu’avec les théories racistes de Gobineau et du nazisme.

 

Le 7ème couplet introduit les générations futures dans la continuité républicaine et tyrannicide.

 

(Couplet des enfants)

Nous entrerons dans la carrière,

Quand nos aînés n’y seront plus ;

Nous y trouverons leur poussière

Et la trace de leurs vertus (bis)

Bien moins jaloux de leur survivre

Que de partager leur cercueil

Nous aurons le sublime orgueil

De les venger ou de les suivre !

 

Le 8ème couplet fut supprimé par Servan, Ministre de la Guerre en 1792.

Dieu de clémence et de justice
Vois nos tyrans, juge nos coeurs
Que ta bonté nous soit propice
Défends-nous de ces oppresseurs
Tu règnes au ciel et sur terre
Et devant Toi, tout doit fléchir
De ton bras, viens nous soutenir
Toi, grand Dieu, maître du tonnerre.

 

Le 9ème ajoute l’idée d’égalité à celle de liberté ; il faudra attendre 1848 pour la devise « Liberté, Egalité, Fraternité. »

 

Le 10ème porte un ultime anathème à la royauté.

 

Peuple français, connais ta gloire ;

Couronné par l’Egalité,

Quel triomphe, quelle victoire,

D’avoir conquis la Liberté ! (bis)

Le Dieu qui lance le tonnerre

Et qui commande aux éléments,

Pour exterminer les tyrans,

Se sert de ton bras sur la terre.

 

Nous avons de la tyrannie

Repoussé les derniers efforts ;

De nos climats, elle est bannie ;

Chez les Français les rois sont morts. (bis)

Vive à jamais la République !

Anathème à la royauté !

Que ce refrain, partout porté,

Brave des rois la politique.

 

Les 11ème et 12ème couplets sont les 2 couplets qui lient patriotisme et universalisme ; ils préfigurent les thèmes de l’Internationale.

 

La France que l’Europe admire

A reconquis la Liberté

Et chaque citoyen respire

Sous les lois de l’Egalité ; (bis)

Un jour son image chérie

S’étendra sur tout l’univers.

Peuples, vous briserez vos fers

Et vous aurez une Patrie !

 

Foulant aux pieds les Droits de l’Homme,

Les soldatesques légions

Des premiers habitants de Rome

Asservirent les nations, (bis)

Un projet plus grand et plus sage

Nous engage dans les combats

Et le Français n’arme son bras

Que pour détruire l’esclavage.

 

Les 13ème et 14ème sont négligeables. Le dernier ouvre un avenir apaisé.

 

Enfants, que l’Honneur, la Patrie

Fassent l’objet de tous nos vœux !

Ayons toujours l’âme nourrie

Des feux qu’ils inspirent tous deux. (bis)

Soyons unis ! Tout est possible ;

Nos vils ennemis tomberont.

Alors les Français cesseront

De chanter ce refrain terrible.

 

Enfants, que l’Honneur, la Patrie

Fassent l’objet de tous nos vœux !

Ayons toujours l’âme nourrie

Des feux qu’ils inspirent tous deux. (bis)

Soyons unis ! Tout est possible ;

Nos vils ennemis tomberont,

Alors les Français cesseront

De chanter ce refrain terrible :

(Refrain)

 

La Marseillaise dans son intégrité est donc un grand hymne où sont associés Nation, République, universalisme, liberté, dans une intensité frémissante qui est justement celle de l’an I, de Valmy, du moment fondateur de la France républicaine et du moment paroxystique de la défense de la liberté nationale. Le premier couplet porte cette marque. Il est remémorateur, commmémorateur, régénérateur.

 

En dépit de ses excès de langage qui, en contrepartie, apportent un extrême romantisme, il doit être conservé. En revanche, il faut ressusciter le 11e et le 12e, qui correspondent si bien à nos temps planétaires d’interdépendance des peuples et de communauté de destin de toute l’humanité. Ils portent en eux l’universalisme de l’ère planétaire déjà présent dans le message de La Marseillaise.

 

Enfin, La Marseillaise est un hymne d’éveil et de résistance qui a valu pour les résistants qui ont suivi, qui vaut pour celles que nécessite notre temps, et qui vaudra pour les résistances futures.

 

Edgar Morin

(Extrait Le Monde Hors-série mars 2016 : « être français ».

*   Edgar Morin est né en 1921. C’est un sociologue, un philosophe et un écrivain. Directeur de recherche au CNRS, président de l’Agence européenne pour la culture (Unesco), il est aussi président de l’Association pour la pensée complexe.

https://i2.wp.com/www.lemondedesreligions.fr/images/2012/03/21/2369_edgar-morin_440x260.jpg

La Marseillaise est aussi un film de Jean Renoir sorti en 1938, avec notamment les acteurs Louis Jouvet et Pierre Renoir (le fils du peintre Auguste Renoir, frère du réalisateur Jean Renoir, ainsi que du céramiste Claude Renoir).

Le film, envisagé comme une ambitieuse fresque historique, devait initialement durer douze heures. En 1937, Jean Renoir déclare : « Le meilleur sujet, évidemment, serait la vie actuelle : la victoire de mai 1936, les grèves de juin… Ce serait magnifique : mais ce film ne sortira jamais. Alors nous nous sommes rabattus sur l’époque qui offrait le plus de similitude avec la nôtre : la Révolution française. » (Wikipedia)

Afficher l'image d'origine

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s