Disparition des juifs et des chrétiens en terre d’islam

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FIGAROVOX/ANALYSE- Salomon Malka rappelle que dans bien des pays musulmans, les populations juives et chrétiennes n’existent plus qu’à l’état de vestige. Il montre cependant l’exemple du Maroc, où de nombreuses décisions symboliques ont été prises par le pouvoir en faveur des juifs.


Salomon Malka est directeur de la Rédaction de L’Arche.


Le sujet peut paraître anecdotique. Il ne l’est pas, compte tenu des enjeux qu’il mobilise et qui ne sont pas minces.

Didier Leschi, ancien directeur des cultes au Ministère de l’Intérieur, écrit dans son dernier livre Misères de l’islam, pointant ce qu’il estime être le problème majeur de l’islam contemporain:

«Du Maroc à la Turquie, en passant par l’Egypte et le Levant, les sociétés de ces pays n’ont eu de cesse que de voir réduit le spectre de leurs divergences, parfois larges, toujours significatives».

Dans son livre Un racisme imaginaire, Pascal Bruckner fait un diagnostic similaire en affirmant qu‘une présence juive en terre d’islam n’est plus possible, sinon à l’état de vestige. Le Maroc, pour prendre l’exemple le plus significatif, c’était en 1948 entre 240.000 et 280.000 juifs, il n’en compte plus que 2500 à 3000, essentiellement à Casablanca et à Rabat, qui continuent d’être «protégés par la monarchie chérifienne».

Faut-il considérer que le Maroc est un cas à part? Qu’il relève d’une forme de singularité? Quand on compare à d’autres pays d’islam, y compris ceux où subsiste une présence juive comme l’Iran ou la Turquie, le cas marocain mérite une mention particulière, même si personne n’a envie de se faire trop d’illusions dans ce domaine ni sortir les grands mots.

Il arrive que les derniers soient les premiers, mais en l’occurrence, les derniers juifs en terre d’islam sont l’ultime maillon d’une chaîne qui s’est totalement effilochée, ou à la rigueur les buttes-témoins d’un sursaut à venir et qui reste encore à vérifier.

Il y a eu quelques gestes incontestables et quelques pièces récentes à verser au dossier.

En août 2016, au lendemain de l’égorgement en France du père Jacques Hamel dans l’église Saint-Etienne du Rouvray, le roi Mohammed VI prononçait un discours courageux où il parlait d’une «folie impardonnable» et appelait les musulmans, les chrétiens et les juifs à dresser un front commun contre le fanatisme ;

Quelques semaines plus tard, il inaugurait une ancienne synagogue à Casablanca et faisait rebaptiser de leur nom d’origine les ruelles et places du mellah de Marrakech.

Ces jours-ci, à l’Institut du Monde arabe, on peut voir une exposition où voisinent le Coran, le Rouleau de la Torah et les Evangiles, signes d’ouverture et de volonté de dialogue. On a pu voir aussi que la nouvelle Constitution marocaine stipule que le Maroc est formé d’influences diverses, pas seulement arabo-musulmane, mais berbère, africaine, juive et méditerranéenne. Le Maroc n’est plus attaché à sa seule arabité. Il le dit expressément.

Peut-on parler dès lors d’un contre-modèle? Est-ce l’exemple d’un islam ouvert? Est-ce le témoignage d’une vraie diversité? Ou est-ce un «leurre», une manière de laisser accroire qu’on assure un pluralisme facile dès lors qu’il ne concerne qu’une petite poignée de juifs demeurant au Maroc, dont on protège les cimetières, les synagogues, la mémoire, autant de lieux que la vie quotidienne a désertés depuis de nombreuses années? Retoucher la Constitution pour y inscrire une diversité qui n’a plus cours puisqu’elle n’est plus qu’un souvenir, n’est-ce pas davantage de l’ordre du symbolique que du réel?

Ce qui se passe pour le dernier carré de juifs en terre d’islam n’est pas totalement insignifiant. Il est de l’ordre du symbolique, c’est vrai. Et l’exemple marocain est peut-être prometteur de ce point de vue, c’est possible, ce n’est pas à exclure. Mais il est là, le cœur du sujet. Et le sujet, n’est-ce pas le rapport plus général aux chrétiens, aux juifs, aux yézidis, aux minorités, aux femmes…? Ce rejet qui peut ronger ces sociétés au plus profond et conduire à la régression, à l’obscurantisme et au fanatisme religieux? Le refus de l’altérité, c’est le nœud gordien, il n’y en a pas d’autre.

Il y a quelques années, Jean-François Colosimo, philosophe, historien des religions, éditeur, faisait dans Les hommes en trop le récit terrible de la disparition progressive des chrétiens d’Orient et dressait la liste des dégâts. Les pays en question se rétrécissaient, s’appauvrissaient, se voyaient réduits à eux-mêmes. Et plus grave encore, les seuls espoirs de médiation entre les hommes, entre les pays, entre les cultures se trouvaient anéantis.

Il y a quelques jours, devant les amis du Crif, François Fillon racontait l’anecdote suivante. S’étant trouvé en voyage en Iran, lors d’un entretien avec Rafsandjani, le Président iranien évoque le Proche-Orient et annonce tout de go à son interlocuteur: «Il faut que les juifs quittent Israël».

Réplique de Fillon, totalement décontenancé par cette sortie subite, répond:

«Vous allez mettre les juifs dehors, les chrétiens dehors. Et vous ne pensez pas qu’il y aura un moment où les sociétés occidentales commenceront à se poser des questions !»

Source : Le FigaroVox

Disparition des juifs et des chrétiens en terre d’islam

(Source : JForum)

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