« Les Français veulent qu’on leur parle de la France ! »

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Élisabeth Lévy est journaliste et directrice de la rédaction de Causeur. Dans le dernier numéro Parlez-nous de la France, les candidats à la présidentielle répondent aux questions de la rédaction sur l’identité, la laïcité et la nation.

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La dernière une de Causeur s’adresse aux candidats à la présidentielles et s’intitule: «Parlez-nous de la France!». Le sous-titre est: «Identité, laïcité, nation: les candidats répondent». N’en avez-vous pas marre de parler d’identité?

Un peu, si! Mais que faut-il faire? Feriez-vous partie de ces gens, fort nombreux, qui pensent que l’on résout les problèmes en les taisant? Cela fait dix ans que, malgré les sommations de ne pas en parler, la question identitaire revient sans cesse par la fenêtre. Rappelez-vous le vacarme suscité par le débat de Nicolas Sarkozy et Eric Besson, mais aussi par L’Identité malheureuse, le beau livre inquiet d’Alain Finkielkraut que ses ennemis, enragés, tentèrent de faire passer pour un brulôt crypto-lepéniste. Il y a eu aussi nombre de livres pour expliquer qu’il n’y avait pas de problème, sinon ceux qui voyaient un problème.


On a annoncé que les années 30 étaient de retour, pas à cause de l’islamisme mais à cause de l’islamophobie. Il est vrai que Georges Bensoussan et Pascal Bruckner, pour citer les derniers qui ont été poursuivis – et relaxés pour l’instant -, menacent plus la société que les futurs frères Kouachi qui grandissent à l’ombre de notre complaisance (raison pour laquelle le Parquet a fait appel de la relaxe de Bensoussan).

On a annoncé que les années 30 étaient de retour, pas à cause de l’islamisme mais à cause de l’islamophobie. Il est vrai que Georges Bensoussan et Pascal Bruckner, pour citer les derniers qui ont été poursuivis – et relaxés pour l’instant -, menacent plus la société que les futurs frères Kouachi qui grandissent à l’ombre de notre complaisance (raison pour laquelle le Parquet a fait appel de la relaxe de Bensoussan). Bref, il n’y a pas d’autre sujet qui rende d’éminents éditorialistes aussi dingues, stupides et malveillants.

Oui, mais il y en a d’autres que ça rend obsessionnels….

Si on pense que le problème existe, il est normal d’être obsédé parce qu’il n’a pas de solution simple et qu’il engage notre avenir. De plus, il n’est pas question seulement d’une bataille d’idées, mais de la réalité que connaissent nombre de Français qui ne vivent pas à l’abri d’invisibles barrières culturelles. Le choc des civilisations s’est invité dans nos vies bien avant les attentats, lorsque nous avons progressivement découvert qu’une fraction, certes minoritaire mais non négligeable, de nos compatriotes musulmans détestaient notre pays et nos mœurs qu’ils jugent dissolues ou dépravées, qu’ils refusaient, en vrac, la liberté d’expression, la laïcité, la mixité, mais aussi les grandes œuvres de la littérature ou de la peinture françaises. Bref, tout ce qu’on appelle une culture.

Or, à en juger par la lettre lénifiante dans laquelle le CFCM explique à tous les candidats que tous les musulmans aiment la République, la laïcité et la France, et leur demande en conséquence de lutter contre les discriminations et stigmatisations (fléaux qu’il faut évidemment combattre sans relâche), les instances supposées représentatives de l’islam de France n’ont pas pris la mesure de la situation. Au lieu de se lancer dans une reconquête culturelle, ils recensent les torts qui leur ont été ou qui pourraient leur être faits. C’est peut-être une réussite de l’assimilation…Heureusement, beaucoup de musulmans du coin de la rue sont beaucoup plus lucides que leurs représentants.

Donc, si je vous suis, la question identitaire se résume à l’islam?

Evidemment pas! Cependant, si elle se repose aujourd’hui à nouveaux frais, c’est bien parce que les flux migratoires du demi-siècle écoulé ont changé le visage de la France, notamment en y installant durablement une importante minorité musulmane.

On peut s’émerveiller de ce changement, mais il est difficile de le nier dans le même mouvement.

Aujourd’hui, le séparatisme islamiste est le ferment le plus visible de la crise, mais il est loin d’être le seul. Ce qui est en jeu, c’est précisément notre culture commune, ce qui fait de nous un peuple, ce qui nous entraîne dans une même direction.

On dirait que l’un de nos derniers traits communs est notre capacité à nous plaindre. Nous sommes devenus susceptibles et pleurnichards. Certes, les raisons de détester le présent et de craindre l’avenir sont légion, nous les évoquons abondamment, trop, pensent certains. Mais il y a aussi le sentiment croissant que nous ne vivons pas tous sur la même planète. Si on superpose toutes les barrières (culturelles, religieuses, idéologiques, économiques, géographiques, sans oublier l’orientation sexuelle et l’allergie au gluten) qui nous séparent de nos compatriotes, on se dit que notre société n’a jamais été aussi fracturée en communautés, chapelles et clientèles qui se rencontrent de moins en moins.

D’où l’impression d’une campagne doublement saucissonnée: en grandes thématiques, abordées comme des têtes de chapitre de manuels scolaires, et en morceaux de peuple que chaque candidat s’attache à séduire et à rassurer, servant peut-être à chacun, finalement, le seul langage qu’il peut entendre, celui de ses petits et grands malheurs. On critique abondamment les candidats, mais la grande question qu’on leur adresse, c’est: que vas-tu faire pour moi? Être français ne peut pas se résumer à une plainte.

Faut-il absolument définir ce qu’est être français? Pourquoi ne pas se contenter de l’être?

Il me semble que le besoin de se définir est inhérent aux collectivités humaines. Pour que vous acceptiez de payer ma retraite, et je compte bien sur vous!, il faut que nous ayons le sentiment d’être embarqués dans le même bateau.

D’aucuns vous diront que le bateau c’est l’espèce humaine, mais toute l’existence concrète prouve que nous avons besoin d’autres appartenances. Cela dit, je vous concède que de l’existence concrète, de l’être-français au ras des pâquerettes, il n’en est guère plus question.

Comme disait Gombrowicz à propos de la littérature, dans un passage du Journal que Muray adorait, cette campagne «manque singulièrement de pantalons et de téléphones», mais aussi de paysages, de rues, de visages, de morts, de noms.

Quand ils parlent de la France, même dans les colonnes de Causeur, les candidats ont du mal à quitter les sommets de l’abstraction et de la proclamation pour nous faire voir, entendre ou sentir notre pays et sa drôle d’humeur. Il nous faudrait un Chateaubriand. Et un Tocqueville. Quoi qu’il en soit, au moment où nous nous apprêtons à désigner celui ou celle qui sera pendant cinq ans le garant de l’unité nationale, faisons au moins semblant de croire que ça a de l’importance et que nous ne choisissons ni un chef de service ni l’adjoint de madame Merkel. Tout le monde se réjouit de ce que la question identitaire n’ait pas plombé la campagne: ainsi la proposition de Marine Le Pen d’interdire tout signe religieux dans l’espace public n’a-t-elle pas suscité l’ombre d’un débat. Au pays des Lumières, on élude les questions qui fâchent, et il faut en plus applaudir parce que les délicates narines de la gauche neu-neu auront été épargnées!

Si la question identitaire a été relativement absente, c’est peut-être que les Français ont d’autres préoccupations à commencer par celle de l’emploi? La question de l’identité doit-elle vraiment être détachée de la question économique?

Nous vivons sous la coupe terrible d’un économisme légitimé par les sondages: la première préoccupation des Français, c’est l’emploi, etc…Peut-être. Mais cela ne devrait pas dispenser de nous interroger sur notre avenir comme nation et sur la société dans laquelle nous voulons vivre. Un signe devrait nous alerter: il est très peu question de l’Ecole et toujours sous l’angle de son adaptation aux besoins de nos entreprises. Bon sang, la langue française est en danger en France, cela mérite mieux que des pétitions de principe! Comment voulez-vous que des enfants deviennent de bons citoyens s’ils n’ont pas les moyens intellectuels de se représenter le monde dans lequel ils vivent?

Cela dit, vous avez raison, l’économie et l’identitaire sont intriqués: les centres commerciaux qui défigurent nos campagnes et vident les centres des petites villes qui incarnaient la douceur française, sont aussi une menace contre notre identité, de même que les usines qui quittent notre territoire pendant que nos placards s’emplissent de produits low cost. Bien sûr, tous les candidats abordent ces questions dans leurs discours. Mais dans les médias, l’économique et l’identitaire sont traités sur le même mode, celui du banc d’essai. On compare des listes de mesures baptisées projets parce c’est plus moderne que programmes, on s’envoie des taux de cotisation et des points de PIB à la tête. La politique n’est pas un questionnaire à choix multiple et tout cela ne dit pas à la France périphérique ce que l’on fera pour dompter cette mondialisation dont elle pressent qu’elle tourne très bien sans elle. Sur ce point, le discours de Fillon apporte aussi peu de réponses que celui de Macron. La course folle à la compétitivité pour rattraper les Allemands, puis les Polonais, puis les Chinois… , n’est pas un horizon enviable. Ni un programme de civilisation.

Mais il a été question de tout cela, notamment lors du débat de BFM…

Des monologues de 1 minute 30, prononcés sous une surveillance tatillonne et entrelardés de quelques «grand moments de télévision», comme dit Jean-Michel Aphatie quand la bassesse et la haine peuvent s’exprimer sans fard, ne constituent pas plus un débat digne de ce nom que les éructations d’un auteur de mauvais livres. Le SAV de BFM qui, pendant quarante-huit heures, nous a vanté un débat «historique» et «incisif» qui avait certainement fait basculer l’élection m’aura au moins fait bien marrer. Comme la consœur qui, dès mercredi matin, claironnait que, «heureusement, grâce à Philippe Poutou, on avait parlé des affaires». Contrairement à Christine Angot, je sais que beaucoup de Français ne pensent pas comme moi mais comme cette consoeur. Eh bien, ils confondent jeux du cirque et information.

Le succès de Macron dans les sondages, qui est plutôt un adepte de la mondialisation heureuse, ne démontre-t-il que Causeur s’est trompé en axant sa ligne éditoriale sur les questions liées à l’immigration, l’intégration ou l’islam?

Savez-vous que Causeur ne se présente pas à l’élection présidentielle? Par ailleurs, ce n’est pas notre ligne éditoriale qui est axée sur ces questions, c’est la réalité. Or, elles engagent l’avenir de notre pays et on aimerait que nos gouvernants s’attèlent au problème. Nous publions un reportage sur la situation à Bagnolet où des salafistes ont désormais pignon sur rue. Et il y a des dizaines de Bagnolet, donc oui, nous en parlons et nous le faisons d’autant plus que beaucoup de gens ne veulent pas croire à la gravité de la situation. Venons-en au succès d’Emmanuel Macron: si la France est, schématiquement, divisée en quatre sensibilités, Emmanuel Macron incarne seulement l’une d’elles, comme Fillon au demeurant. En tout cas, ce serait lui faire injure, ainsi qu’à ses électeurs, d’affirmer que leur vote s’explique exclusivement par leurs intérêts, pendant que d’autres, eux, auraient des valeurs. Ceci étant, il y a des gagnants dans la mondialisation: ils ont des raisons de la trouver plutôt heureuse. Donc de voter Macron. Du reste, s’ils sont gagnants ce n’est pas seulement à la roulette de la chance et de l’origine: c’est aussi par leur talent et leur travail…N’empêche: à Vierzon, où Daoud Boughezala a exploré un centre-ville en voie de désertification, les bienfaits de la mondialisation sont moins éclatants qu’à Lyon. Par ailleurs, au-delà du vote Macron, il y a en France des partisans d’un multiculturalisme assumé. C’est une opinion légitime, mais franchement, ils n’ont pas besoin de Causeur pour défendre leur point de vue, ils ont toute la presse Pigasse, des Inrocks au Monde en passant par l’Obs et Télérama. Remarquez, ils devraient lire Causeur pour, comme le recommandait Montaigne, «frotter leurs cervelles contre celle d’austruy». Passons.

Quelles sont les autres raisons du succès de Macron?

Je crois que beaucoup de gens sont sensibles à l’idée de réconciliation qu’il met en avant, à une forme d’optimisme ou de renouveau qu’il veut incarner et aussi à cette idée qu’il fera de la politique autrement. De la politique sans poignées de mains et mensonges, reniements et ralliements, coups tordus et autres combines? Laissez-moi rire. Cependant, il faut reconnaître qu’il a bravé l’interdit de l’apostasie politique qui régnait dans son camp et obligeait tout reniement à se parer des habits de la fidélité. Plus besoin de faire semblant d’être «de gauche». L’idée qu’un bout de gauche pourrait s’entendre avec un bout de droite dynamite le premier article de la foi qui affirmait que la gauche, c’est le bien.

Dans ce numéro, vous accusez les médias. Ont-ils volé l’élection présidentielle en mettant le projecteur sur les affaires?

Le spectacle de journalistes déplorant que l’affaire Fillon les avait empêchés de parler du fond était franchement cocasse. On tremble en imaginant les pressions qu’ils ont subies pour noircir autant de pages et occuper autant d’heures avec ces vulgaires histoires d’argent au détriment du fond qui les passionnait tant. Plus sérieusement, les journalistes adorent se présenter comme des remparts de la démocratie. Et il ne leur traverse pas l’idée qu’en piétinant les principes les plus élémentaires de notre Etat de droit – secret de l’instruction, présomption d’innocence et plus que tout, procès contradictoire¬ -, ce sont eux qui contribuent à l’affaiblir, cette démocratie? Le problème n’est évidemment pas que les médias aient parlé des affaires Fillon, mais qu’ils l’aient jugé et condamné à l’unanimité et sans procès. Ce n’est pas pour rien que le Talmud prescrit, en cas de condamnation à mort unanime, que l’accusé soit relâché. Mais comme l’a martelé Christine Angot, dans L’Émission politique du 23 mars, sous le regard, ébahi ou ravi on ne sait, de David Pujadas, avec de tels salauds on ne dialogue pas, on cogne. Et on se lève en ricanant de leurs prétendues souffrances: pour souffrir, il faudrait qu’il ait une âme. Ce permis de haïr, délivré par un (mauvais) écrivain de renom avec la complicité du service public de l’audiovisuel à moins que ce ne soit l’inverse, avait de quoi glacer les âmes les mieux trempées. Comme l’écrit Alain Finkielkraut dans Causeur, Christine Angot n’a pas pété un câble: «Christine Angot n’a pas de câble. C’est même ce qui la définit. Rien ne l’arrête, rien ne la retient, elle ne connaît ni hésitation ni inhibition. Poussée par le sentiment, l’émotion, ou l’idée fixe qui l’habitent, elle fonce tête baissée sans le moindre égard pour tout ce qu’elle supprime et brise.» Or, avec Jean-Michel Aphatie, un bonne partie de la profession s’est pâmée. Si c’est cela la démocratie, je ne suis pas sûre d’être démocrate.

Mais vous admettez que la presse devait parler des affaires…

Une écrasante majorité des journalistes qui ont couvert cette affaire étaient sincèrement indignés et, n’écoutant que cette indignation et rien d’autre, ils s’indignent encore quand on suggère qu’elle n’est pas sortie par hasard et qu’on leur met sous le nez les coïncidences troublantes qui émaillent la procédure judiciaire ou encore les liens entre le Parquet financier, l’Elysée et certains journalistes. Secret des sources! Soudainement, les grands investigateurs, les adeptes de la transparence pour tous sauf pour eux ont des pudeurs de jeunes filles d’avant. Quiconque prétend qu’il y a un cuisinier derrière cette drôle de tambouille suscite les ricanements de ceux à qui, habituellement, on ne la fait pas. Complotiste! Populiste! Au passage, ce vocable, déjà fort utile pour disqualifier le populo, permettra désormais d’interdire toute question sur le travail des juges et des journalistes. Il serait populiste, donc, de se demander si des magistrats ont placé le candidat de la première force d’opposition sur écoutes. Populiste, encore, de s’interroger sur la provenance des informations de la presse ou ses méthodes d’investigation. Et c’est pour ne pas nourrir l’hydre populiste que les trois auteurs de Bienvenue place Beauvau ont sabordé leur livre en expliquant qu’ils n’avaient pas écrit ce qu’ils avaient écrit, à savoir que de nombreux fils menaient des affaires qui ont empoisonné la vie de Nicolas Sarkozy jusqu’à l’Élysée. Certes, il n’est pas question de l’affaire Fillon qui a éclaté après l’impression de l’ouvrage mais on voit mal pourquoi les canaux qui ont fonctionné jusque-là auraient été soudainement fermés.

Cela ne traduit-il pas une demande légitime de probité des Français? A défaut d’être efficace les politiques sont-ils désormais obligés d’être honnête?

Arrêtons de voir l’existence en blanc et noir et de nous croire plus vertueux que tout le monde. Arrêtons, d’ailleurs, cet incessant et stérile concours de vertu. L’indélicatesse, l’inconscience, la désinvolture, sont certes fort répréhensibles, mais nous nous en rendons tous coupables à un moment où à un autre. Je crois que c’est André Comte-Sponville qui a dit dans vos colonnes que la morale, c’est ce qu’on s’applique d’abord à soi-même. Mes confrères devraient méditer cette belle idée. De plus, même en morale, il y a des degrés, des manquements plus ou moins graves et je le répète au risque d’énerver nombre de lecteurs: ceux que l’on reproche à Fillon ne m’empêchent pas de dormir. Ce qui me parait bien plus détestable, et qui d’ailleurs constitue une forme chimiquement pure de populisme, c’est d’entretenir le ressentiment des gens en leur répétant toute la journée: vous êtes dans la mouise? C’est à cause des ces salauds – ou plutôt de ce salaud – qui s’en mettent plein les poches pendant que vous trimez. Désolée mais la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem aura fait bien plus de mal à la France que les salaires de madame Fillon.

Reconnaissez que Fillon a commis une erreur en prenant une posture morale …

Une bourde magistrale doublée d’une faute à l’égard de Nicolas Sarkozy. Est-ce pendable? C’est aux électeurs de le dire, pas aux journalistes, ni aux juges!

Que pensez-vous de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, qui évoque la nation et même «la patrie» sans pour autant cliver sur les questions d’islam et d’immigration …

Evidemment, puisqu’il n’en parle pas, sinon pour dénoncer l’islamophobie et les méchants populistes! Cela dit, Jean-Luc Mélenchon a une relation avec l’histoire de France, avec une histoire certes un peu hémiplégique, mais qui reste charnelle. Pour tout vous dire, quand j’entends ces discours, j’ai envie d’être de gauche et de rejoindre, moi aussi, le camp des insoumis. Mais je me rappelle le slogan qu’il affectionnait hier: qu’ils en aillent tous! Je n’aime pas ce dégagisme revendiqué et par ailleurs, sur les questions identitaires, je crains que le discours républicain soit l’emballage de l’abandon. Après le ralliement de Valls à Macron, la gauche républicaine, que Le Point avait baptisée la gauche Finkielkraut, n’existe plus. C’est bien regrettable.

Pour ce numéro, vous avez interrogé quatre des principaux candidats à l’élection présidentielle? Qu’en retenez-vous? Quelles ont les différentes visions qui s’affrontent dans cette élection?

D’abord, nous en avons interrogé six, mais Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ne nous ont pas répondu. Nous publions donc les réponses de Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Et, sauf pour le premier, ce sont des entretiens réalisés par écrit ce qui interdit d’asticoter l’interlocuteur et de pointer ses contradictions, les lecteurs les pointeront. Bien sûr, chacun tente de rassurer le lecteur/électeur sur ses points faibles: le terranovisme pour Macron, la mondialisation pour Fillon et l’autoritarisme pour Le Pen. C’est de bonne guerre. Ce qui m’a frappée, ce ne sont pas les différences mais les convergences: tous parlent de la fierté d’être français, qu’il faut retrouver, de la langue française qu’il faut défendre, et même Emmanuel Macron, qui a répondu personnellement, ce dont je le remercie, «fait du Causeur» en proclamant que «la France n’est pas et ne sera jamais une nation multicuturelle». Fort bien mais alors pourquoi diable est-il allé, à Marseille, draguer les communautés? Alors ne mentons pas: on reste sur sa faim. Mais au moins nous avons pris date et nous aurons des engagements à leur opposer.

Vous notez que tous en appellent à la fierté nationale … Est-ce le signe, malgré tout, d’un basculement idéologique?

Je crois plutôt qu’il n’y a jamais eu de basculement dans l’autre sens et qu’une majorité de Français de toutes origines et opinions n’ont jamais cessé d’être fiers de leur pays en dépit du fait qu’une partie de ses élites se plait à le dénigrer et à énumérer sans cesse la litanie de ses crimes. Alors, on peut tirer deux conclusions de cette campagne très tricolore. Soit ceux qui aspirent à nous gouverner ont pris bonne note de cette aspiration à rester un peuple, de notre besoin de continuité historique et ils veulent essayer d’y répondre, auquel cas Marine Le Pen a du souci à se faire ; soit ils font semblant, et nous jouent l’air qu’on veut entendre le temps des festivités électorales. En ce cas, même si on est bon public et même bonnes poires, le «bluff républicain», comme disait le regretté Philippe Cohen, finira par ne plus marcher. Et le vote, c’est encore pire que les manifs étudiantes. Une fois que le coup est parti, il n’y a vraiment pas moyen de remettre le dentifrice dans le tube!

FigaroVox

« Les Français veulent qu’on leur parle de la France! »

(Source : JForum)

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