Salman Rushdie : « le gouvernement britannique voulait que je me taise »

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Ahmed Salman Rushdie. L’écrivain britannique d’origine indienne est né en 1947 à Bombay. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de rréalisme magique. Objet d’une fatwa de l’ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication de son roman Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et contre l’obscurantisme religieux  mu- sulman (dans les médias occidentaux principalement, la personnalité étant critiquée dans de nombreux pays). _______________________________________________

Extraits d’un article du Nouvel Observateur de 2002 où Salman Rushdie a publié une autobiographie sur ses dix années terribles de clandestinité. Il parle de l’islamisme et de ses combats contre le fanatisme religieux.

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Salman Rushdie : « Lancer une campagne politique contre la fatwa (qui avait été lancée contre moi) représentait une tentative de ma part pour reprendre le contrôle, retrouver un rôle actif et non plus subir passivement la situation. Pendant longtemps, le gouvernement britannique a été hostile à cette idée : ils voulaient que je me taise. »

Les islamistes d’aujourd’hui prennent la posture de perpétuels outragés criant sans cesse au blasphème et dénoncent une islamophobie agressive. Salman Rushdie dénonce la montée d’une nouvelle intolérance, dont personne ne voulait convenir, et il écrit que « le mot d’islamophobie a été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles« .

Salman Rushdie : « Cette attitude repose sur l’idée que tout système de pensée est respectable et devrait donc échapper à la critique, considérée comme négative. Or, si je ne suis pas d’accord avec vos idées, je dois avoir le droit de les critiquer – même si j’ai tort ! On ne peut pas exempter de toute critique un système de pensée en invoquant un quelconque racisme.

Une idée n’est pas une race, une religion n’est pas un groupe ethnique. Il faut protéger les individus de la violence. Mais on n’a pas à protéger des idées. Elles sont sujettes à critique. On peut se montrer féroce envers des idées, tant que la critique intellectuelle ne se transforme pas en attaque personnelle, ad hominem. Le désaccord intellectuel est un droit. Si on estime que la religion est nuisible, ou que telle religion est plus problématique qu’une autre, on doit avoir le droit de le dire sans être étiqueté comme islamophobe.

Je n’ai pas le droit de tabasser quelqu’un à cause de ses idées, mais j’ai le droit de tabasser ses idées. Je crains d’assister à un renversement des valeurs : au lieu de défendre le droit à la liberté d’expression, on attaque ceux qui usent de ce droit. C’est le monde à l’envers.

Je n’aurais jamais cru qu’il nous faudrait de nouveau livrer ce combat des Lumières qui paraissait gagné ! C’est pourtant le cas, face à une autre Eglise. Mais nous avons ce précédent, et le souvenir d’une première victoire. C’est un combat et une conscience que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre. Sinon Voltaire nous en voudrait, il se retournerait dans sa tombe ! »

Les islamistes sont à l’affût du moindre outrage, comme s’ils avaient besoin de se sentir offensés…

« On a affaire à une culture de l’outrage, toujours sur la défensive. Ces gens se définissent non par l’amour mais par la colère, non par ce qu’ils aiment, mais par ce qu’ils détestent et qui les offense. Une identité définie par la haine constitue une force négative terrifiante. Et pourtant elle a gagné en puissance. Traquer le blasphème équivaut tout simplement à légitimer la violence. C’est peut-être l’attrait d’une telle attitude, au fond : la violence y trouve une légitimation. Les manifestants hostiles aux « Versets sataniques », par exemple, éprouvaient du plaisir à leur propre colère, la théâtralisant pour les caméras. La colère leur permet de montrer au monde qu’ils existent, et ce qu’ils sont. Il y a une jouissance, une véritable libido de la colère. C’est un exutoire, une libération : on peut se livrer à des excès en public et en même temps se sentir vertueux ! Et cette folie est contagieuse...

L’affaire des Versets sataniques n’a pas été un événement isolé, mais plutôt le point de départ d’une longue chaîne d’événements. Le problème des gauches occidentales, c’est leur volonté de se montrer solidaires et compatissantes envers des communautés qu’elles perçoivent comme politiquement opprimées et économiquement désavantagées. Le préjugé de la gauche, c’est que le peuple a toujours raison. Si une masse de gens s’élève pour critiquer un auteur, c’est forcément le groupe qui a raison et l’individu qui a tort. Ce désir de défendre un groupe pauvre et « opprimé » mène à s’aveugler sur un comportement collectif qu’on ne tolérerait de personne d’autre.

La gauche est censée condamner l’homophobie, la misogynie, l’antisémitisme. Et pourtant, certains gauchistes restent régulièrement sourds aux discours homophobes, misogynes et antisémites propagés par des islamistes. Et si l’on dénonce cet état de fait, on est taxé d’islamophobie. »

Salman Rushdie a écrit : « pour que le terrorisme soit vaincu, il faut que le monde de l’islam adopte les principes laïques et humanistes sur lesquels est basé le monde moderne et sans lesquels la liberté de ce pays demeurera un rêve lointain. »

« … Les groupes islamistes sont les mieux organisés. … Pour que les forces progressistes et démocratiques s’imposent dans le monde musulman, il faut qu’elles pratiquent un travail de terrain, à l’échelon local, en établissant des réseaux, en étant attentives à ce que veulent les gens. Les progressistes du monde musulman devraient … montrer leur présence, leur solidarité, leur efficacité pratique. »

(Source : Le Nouvel Observateur)

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