Israël n’est pas né « à cause de la Shoah »©

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Néga-Sionisme, Négation du Sionisme

Le Président américain Obama voulait prendre une position ferme contre la négation de la Shoah dans la capitale du monde arabe. Il ne comprenait pas qu’en réaffirmant la dangereuse équation que la légitimité mondiale d’Israël est enracinée dans la Shoah, il attisait la motivation à alimenter la négation de la Shoah, pour ceux qui continuent à croire , comme ils l’ont toujours fait, qu’Israël n’est pas un Etat légitime.

La négation de la Shoah, la minimisation de la Shoah (« 6 millions est un chiffre exagéré »), la banalisation de la Shoah (« Il y a eu d’autres génocides et d’autres nettoyages ethniques, la Shoah n’a rien de différent »), l’inversion de la Shoah (« Ce que les Nazis ont fait aux Juifs, c’est que les Juifs font aux Palestiniens »), la marginalisation de la Shoah (« C’est un détail de l’histoire ») et la Shoah par association (« Les Palestiniens sont les victimes secondaires de la Shoah ») sont autant de différentes facettes du même effort : retirer à Israël ce qui semble être comme une source puissante et incontestable de légitimité.

Alors qu’Israël vient de marquer sa Journée Nationale de la Mémoire de la Shoah, beaucoup, autour du monde, feront secrètement les gros yeux. « Là, ils recommencent, les Sionistes, en manipulant leur précieuse Shoah afin de justifier l’existence de leur Etat, leur puissance, leurs fautes, réduisant un monde culpabilisé au silence ».

Il y a ceux, trop nombreux, qui croient que sans la Shoah, il n’ aurait pas eu d’Israël. Beaucoup d’entre eux formulent cette hypothèse de bonne foi. Le Président américain Obama lui-même, dans sont discours du 4 juin 2009 au Caire, a parlé de la « reconnaissance que l’aspiration à une patrie juive s’enracine dans l’histoire tragique que personne ne peut nier ».

Mais quand autant d’individus pensent que sans la Shoah il n’existerait pas d’Israël, ceux qui veulent radier Israël de la carte et de la mémoire, ou l’isoler en tant qu’Etat illégitime manifestent leur ressentiment à l’encontre de l’évocation de la Shoah, ou au moins son association avec l’existence d’Israël.

Le mensonge trompeusement séduisant disant que « Les Palestiniens sont les victimes secondaires des crimes de l’Europe » est l’un des pires d’entre tous, puisque, pour l’oreille non entraînée cela semble logique. Dans cette fable, après la Seconde Guerre Mondiale, quand il est devenu évident que la Solution finale n’était pas parvenu à l’être et qu’on pouvait s’attendre à ce que les survivants juifs ne soient pas les bienvenus à rester en Europe, les Européens ont décidé de « déverser » leurs Juifs survivants sur les Arabes au-dessus de tout soupçon, qui vivaient dans une zone que contrôlait l’Europe coloniale.

Cette solution commode pour l’Europe aurait eu pour conséquence le déplacement de centaines de milliers de Palestiniens qui se seraient retrouvés sans domicile et occupés depuis lors. Par conséquent, les Palestiniens seraient « donc » les victimes secondaires et toujours sans compensation des crimes de l’Europe contre les Juifs.

Israël existe, non pas parce que les Européens auraient déversé les Juifs survivants au Moyen-Orient contrôlé comme une colonie. Israël existe parce que les Juifs ont voulu le faire exister. L’Etat moderne d’Israël existe parce que les Juifs qui l’ont créé pensaient être les descendants des Israélites et Judéens qui étaient souverains à cet endroit dans les temps antiques et qui ont payé un prix élevé afin de préserver leur existence distincte en tant que peuple. L’Etat moderne d’Israël existe parce que, durant des siècles et des millénaires les Juifs n’ont cessé de cultiver la nostalgie d’Israël, en terminant le Seder de la Pâque juive par ces mots : « L’an prochain à Jérusalem ».

L’Etat moderne d’Israël existe grâce aux penseurs et aux dirigeants visionnaires juifs, qui ont réalisé que les temps en train de changer offrait une occasion de transformer l’espoir messianique de retour en Israël en un programme politique et qui ont été capables de mobiliser de la sympathie et du soutien à des carrefours difficiles pour leur projet. Le Président Obama a, en définitive, eu raison, quand, lors de son discours du 4 mars 2012, devant l’AIPAC, il a parlé de Shimon Peres comme « ayant toujours eu le cœur en Israël, la patrie historique du peuple juif ».

En fait, s’il n’y avait pas eu l’hostilité arabe ni la trahison des Anglais et leur soumission aux pressions arabes, la Shoah en tant que telle et à cette échelle n’aurait pas eu lieu. Les Juifs auraient été en mesure, pour beaucoup de s’enfuir d’Europe vers leur antique patrie, où se trouvait déjà un Etat embryonnaire bénéficiant d’un vaste soutien. Ils auraient bénéficié d’un pas de destination où immigrer librement à l’époque où Hitler était encore enclin à laisser le peuple juif partir.

Israël a pu revenir à la vie après la Seconde Guerre Mondiale, non pas « grâce à la Shoah, mais grâce à la dissolution de l’Empire britannique. Tout comme l’Inde et le Pakistan n’ont pas eu besoin d’une Shoah pour parvenir à leur indépendance et exister,il en va de même pour Israël. Penser que seule l’action du Mal absolu contre les Juifs pourrait légitimer la notion d’un Etat pour les Juifs consiste à dénier aux Juifs ce qui est pris pour argent comptant pour les autres. Le peuple juif aurait, tôt ou tard, réalisé son Etat, comme partie intégrante de la vague de libération des peuples autour de la terre. Sa vision, sa détermination, sa volonté industrieuse de combattre pour son Etat l’auraient, de toutes façons assuré.

Décrire Israël comme le résultat de la Shoah, c’est s’engager dans la Négation du Sionisme. Cela spolie les Juifs de leur rôle d’acteurs de leur propre histoire,de leur connexion historique à la Terre d’Israël et leur nostalgie du retour. Cela efface tout ce qui a été rêvé, écrit, fait et réalisé par les Sionistes avant la Seconde Guerre Mondiale. Cela vise à transformer Israël en un projet colonial des Européens coupables, plutôt qu’en un projet de libération nationale d’un peuple indigène réclamant sa liberté dans sa patrie. En commémorant la Shoah, Israël fait le deuil, non seulement  de tous ceux qui ont été perdus, mais de la plus grande tragédie et de la plus grande faille du Sionisme.

Les Israéliens ne se « délectent » pas de la Shoah comme d’une source de légitimité pour leur Etat. Ils pleurent la vision d’un Etat qui aurait pu être le refuge de tant d’autres. Le Sionisme cherchait un Etat pour les Juifs, pas moins que ne l’exprime ce slogan du « Plus Jamais ça! ». Le Sionisme cherchait un Etat pour les Juifs, afin que cela ne leur arrive « Jamais » (tout court).

Einat Wilf

thedailybeast.com

Adaptation : Marc Brzustowski

Israël n’est pas né « à cause de la Shoah »©

(Source : JForum)

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