Elections – Macron – Le Pen : choisir de ne pas choisir

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« Et maintenant, que vais-je faire ? », chantait Gilbert Bécaud. L’avantage des chansons de variété, c’est qu’elles posent toujours les vrais problèmes, comme la littérature. Au premier tour, comme plus de sept millions d’électeurs, j’ai voté avec enthousiasme pour le programme de Jean-Luc Mélenchon, un peu moins pour celui qui le portait. Son attitude césariste, la personnalisation excessive de sa campagne, la façon dont les militants de France insoumise venaient à l’occasion dire aux militants communistes qui distribuaient des tracts pour lui qu’ils n’avaient rien à faire là, qu’ils gênaient même, m’a déplu. C’est peut-être d’ailleurs cette attitude qui a fait manquer à Mélenchon le second tour à un petit million de voix.

Et maintenant, donc, le choix entre Macron et Le Pen. Je pense que Mélenchon n’a pas eu tort, le soir du premier tour, de dire que c’était là le duel rêvé par l’oligarchie, rêvé et, d’une certaine manière, provoqué. La preuve la plus emblématique en est François Hollande qui n’est sorti de sa réserve dans les derniers jours de la campagne que pour s’inquiéter de la « remontada » de Mélenchon. Son dernier cadeau à la gauche de rupture, ça… Le président n’était pas gêné plus que ça par une Marine Le Pen donnée en tête du premier tour pendant des mois. En revanche, quand Mélenchon a commencé à tutoyer les sommets, il a distillé ses remarques insidieuses sur ce populisme de gauche qui lui semblait, de fait, plus détestable que celui de l’extrême-droite. Comme d’habitude, serait-on tenté de dire… Il y a aussi, dans le même genre de beauté, la façon dont les marchés ont réagi avec un soulagement qui frisait l’obscénité en saluant par une hausse de 4,1% de la Bourse dans les heures qui ont suivi.

Retour en 1984

Me voilà donc dans une situation proprement orwellienne. Rappelons que dans 1984, pour assurer la puissance de Big Brother, il y a un méchant, Goldstein, dont on ne sait pas trop s’il est encore vivant, d’ailleurs, ou même s’il a existé. Ce méchant est un des éléments qui permet à Big Brother d’exercer son pouvoir totalitaire sur la population, notamment par le biais des Semaines de la Haine où l’on se doit de cracher en groupe sur la figure abjecte du traître quand elle apparaît sur des télécrans.

Le Pen, le père en son temps et la fille aujourd’hui, c’est Goldstein. Face à Goldstein, un candidat qui représente un néo-libéralisme aussi sauvage que celui de Fillon mais avec un lexique plus sucré, qui va enfin selon le souhait pluri-décennal du MEDEF liquider ce qui restait de l’Etat-Providence et des acquis du CNR, un candidat qui vous dit, comme Big Brother, « la liberté, c’est l’esclavage; la paix, c’est la guerre (de tous contre tous) », ce candidat-là, en plus, il va falloir que vous le preniez pour un héros de l’antifascisme. On aura rarement poussé aussi loin notre servitude volontaire en nous imposant un faux clivage : celui qui opposerait « patriotisme » de Marine Le Pen contre le « mondialisme » d’Emmanuel Macron comme si l’amour de son pays excluait nécessairement une société ouverte, comme si être Français, au moins depuis la Révolution, ne supposait pas une articulation entre la nation et l’universel.

Jérôme Leroy

Macron – Le Pen : choisir de ne pas choisir

(Source : Causeur)

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