C’est donc officiel, la France n’a plus de ministère de la Défense !

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L’évolution de l’intitulé est évidemment logique compte tenu de l’évolution de la fonction. Cela fait vingt ans qu’on le dit, la France n’a plus de défense depuis longtemps. Au niveau de la doctrine, l’abandon de la défense date de la stratégie de dissuasion anti-cités, l’absence de défense (militaire et civile) devant assurer tout agresseur potentiel que le gouvernement français n’aurait pas d’autre choix, faute de d’outil de défense, que de vitrifier une partie de la population de l’ennemi en représailles à toute agression majeure. Au niveau des moyens, l’abandon de la défense date, plus tardivement, du démantèlement du dispositif de Défense Opérationnelle du Territoire. Au niveau du discours, l’absence de posture défensive apparaît clairement à travers les six scénarios d’utilisation des forces armées présentés dans le Livre blanc de 1994. Dans les années quatre-vingt-dix, le régime a engagé la France et ses forces armées dans des opérations offensives sur le territoire d’autres pays (en clair des agressions), et dans les années deux-mille, il a officialisé cette nouvelle posture, tant par des modifications de la constitution que par des traités internationaux, comme on l’a plus largement exposé dans le Septième Scénario (pages 34 à 43). En fait une véritable glasnost aurait consisté à passer d’un ministère de la Défense à un ministère de l’Offense, ou du moins de la Guerre.

En matière de stratégie, avant d’être élu, Emmanuel Macron avait bien dit qu’à ses yeux les forces armées doivent être capables de défendre l’existence même de la nation, et que c’est la raison d’être de l’armement nucléaire. S’il pense ce qu’il dit, c’est un sérieux rétrécissement stratégique par rapport à son prédécesseur Jacques Chirac qui, préparant le retour de la France dans l’OTAN, avait élargi non seulement les intérêts vitaux de la France (en y ajoutant en particulier la sécurité des approvisionnements et la solidarité avec les alliés) mais aussi la doctrine d’emploi du nucléaire, tant en termes de seuil que de cibles, en contravention d’ailleurs au droit international. Si, à partir de 2017, la mission des forces armées, réduites aux capacités nucléaires, est circonscrite à la défense de l’existence de la nation, on peut certainement s’interroger sur toutes les circonstances qui, sans remettre en cause cette existence, étaient autrefois justifiables d’une réaction armée (y compris nucléaire) de la France. On peut penser en particulier aux anciennes missions traditionnelles, et fonctions essentielles de l’Etat, comme la souveraineté, l’intégrité du territoire, l’indépendance du gouvernement, la sécurité de la population et des ressortissants, tous devoirs régaliens dont l’Etat n’a été libéré par aucun référendum (qui n’en aurait d’ailleurs pas la légitimité).

Par ailleurs le titre de ministre des Armées reste encore exagéré. Certes il reste une armée de l’air et une armée de terre, mais en terme, d’organisation la France n’a plus d’armées (même au singulier comme dans les années quatre-vingt), ni de corps d’armée, ni de divisions, et ses brigades résiduelles maigrissent à vue de budget, et ne se sont d’ailleurs pas vraiment relevées de la philosophie des « réservoirs de forces », c’est-à-dire des regroupements administratifs au nom martial mais sans réelle vocation à être engagées comme unités organiques constituées. En fait, c’est depuis au moins 1995 (voire quelques années plus tôt) que le ministère en charge de réduire les moyens militaires, et de les mettre à la disposition du ministère des Affaires Etrangères, n’est dans les faits plus qu’un secrétariat d’état subordonné au ministère en charge de la diplomatie, et que les véritables hommes d’état à stature internationale se comptent plutôt parmi les ministres des Affaires Etrangères que parmi les ministres de la Défense, en dépit du qualificatif de « ministre d’Etat » encore laissé à ces derniers.

En réalité, le profil de la personne choisie pour administrer ce qui reste de forces armées peut laisser entrevoir sa mission. Sans écarter la mission de réduction permanente assignée à ses prédécesseurs depuis un quart de siècle (comme à ceux de la précédente avant-guerre), le choix d’une politicienne uni-européenne, experte des institutions supranationales et fermement acquise au fédéralisme, indique que ce n’est pas nécessairement au ministère des Affaires Etrangères français que sera subordonné ce sous-ministère (de facto secrétariat d’état) des moyens militaires. Au passage, la diplomatie est désormais confiée à un ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères, retournement de priorités significatif surtout quand on sait que la pratique tend à raccourcir les intitulés de ministères à rallonge, la presse, le café du commerce et les commentateurs étrangers ne retenant souvent que le premier terme.

Emmanuel Macron n’a jamais caché ses intentions ni ménagé ses efforts, tant au ministère de l’Economie que dans ses prises de position personnelles, en vue de la constitution d’un ministère de l’Economie commun aux pays de la zone euro, en contradiction d’ailleurs avec la doctrine libérale contemporaine, enseignée par les agents d’influence des Etats-Unis d’Amérique dans les facultés d’économie du monde entier, selon laquelle la monnaie doit être indépendante du gouvernement, la banque centrale doit être séparée de l’Etat et ce dernier ne doit avoir aucune prise sur la politique monétaire. Le capitalisme socialiste qui domine l’Europe depuis plus de trente ans n’est peut-être pas nationaliste mais il reste indubitablement étatiste, à l’échelon supranational. La constitution de ce gouvernement annonce donc une nouvelle vague de transferts de compétences et de moyens, c’est-à-dire d’abandons de souveraineté, touchant en l’occurrence la diplomatie et les moyens militaires, ces derniers n’ayant d’ailleurs plus ni vocation ni capacité défensive, comme on l’a montré dans le Septième Scénario.

Les ministères sont assurément bien nommés.

Stratediplo

www.stratediplo.blogspot.com

C’est donc officiel, la France n’a plus de ministère de la Défense

(Source : Riposte laïque)

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