Pourquoi j’ai rendu hommage à Jeanne Moreau, sans partager ses positions sociétales

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L’actrice et chanteuse et réalisatrice Jeanne Moreau, 89 ans, est retrouvée sans vie par sa femme de ménage au matin du 31 juillet 2017, dans son appartement parisien, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, où elle vivait seule. louyehi ______________________________________________________

A lire aussi : Jeanne Moreau « peut-être que je suis juive »

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À l’heure où j’écris ces lignes, je viens de lire les commentaires de mon article récemment paru ici-même, concernant la mort de Jeanne Moreau. Et le moins que je puisse dire c’est que les bras m’en tombent lorsque je découvre le contenu de certains d’entre eux.

http://ripostelaique.com/jeanne-moreau-une-certaine-idee-de-la-femme-francaise.html

En effet, que faisons-nous à Riposte laïque et, pour ma part, à Boulevard Voltaire, sinon défendre une certaine idée du bonheur de vivre en France en nous dressant contre son pire ennemi – l’islam ?

Or, Jeanne Moreau représentait cette France créatrice, libre et vivante. Que ses convictions politiques et sociétales nous aient fortement déplu – moi le premier – n’autorise pas, selon moi, à la traîner dans la boue comme le font certains commentateurs, avec un style assez discutable : je rappelle que nous appartenons au pays qui a vu naître et grandir Ronsard, Racine, Diderot, Chateaubriand, Stendhal, Flaubert, Baudelaire, Mallarmé, Barrès, Mauriac, Giono, etc.

Ce manichéisme qui consiste à dire « Tu n’es pas d’accord avec moi, donc tu es nul » est aussi infantile qu’improductif car non seulement il nie cette diversité intellectuelle – pourvu que ladite diversité se plie à certaines règles de savoir-vivre élémentaires ! – si chère à notre nation, mais encore il nous discrédite aux yeux de ceux-là mêmes que nous combattons, lesquels se gaussent alors de notre – prétendue – ignorance.

Sans oublier bien entendu à qui l’on a affaire, il faut savoir regarder le travail d’un artiste pour ce qu’il est et non strictement à travers le prisme de sa pensée.

Autrement, moi qui suis résolument adversaire de l’antisémitisme, j’aurais banni de mes lectures le génial Louis-Ferdinand Céline à cause de ses pamphlets. Idem, puisque je refuse le Mariage pour tous – et suis donc catalogué homophobe par la bien-pensance ! –, je devrais me couvrir les yeux dans un musée à l’approche d’un tableau du Caravage, peintre italien connu pour son homosexualité. Vous voyez qu’à l’énoncé de ces deux exemples tout ceci devient ridicule. Et je n’ai pas évoqué un personnage politique pour qui j’ai une indéniable admiration, connu par ailleurs pour sa tendance à l’anticléricalisme – je rappelle que je suis catholique ! –, à savoir Georges Clemenceau.
Josiane Filio, dans ces colonnes, a écrit un jour, à propos de Michel Delpech, qui venait de décéder : « Cet élégant troubadour des temps modernes, témoin éclairé de son époque, avait pourtant chanté en hommage à des personnalités et entités politiques détestables, tellement éloignées de son univers romantique ; reprendre « que Marianne était jolie » dédiée à Ségolène Royal lors d’un concert de 2007, ou participer à un hommage à SOS Racisme en 2011, ne pouvaient que me donner de l’urticaire …

Néanmoins comment en vouloir à celui chez qui, via des chansons aux textes cousus-mains sur de jolies mélodies faciles à chantonner, je trouvais des clins d’œil à certains épisodes personnels, tels « Chez Laurette » me renvoyant à « L’Envol » sympathique café de la petite ville où je retrouvais ma bande de copains d’alors … ou encore « Les divorcés » que même aujourd’hui je ne peux écouter sans émotion. »

(https://ripostelaique.com/meme-sil-chantait-traitres-collabos-michel-delpech-restait-vrai-gentil.html)

Ce qui résume parfaitement ma pensée car l’art – quel qu’il soit, pourvu qu’il ne soit pas juste un instrument de propagande grossière – a beaucoup à voir avec l’émotion, ce mot galvaudé et si mal employé de nos jours.
Ne nous fourvoyons donc pas dans ce rejet systématique d’une œuvre au prétexte que son auteur ne correspondrait pas exactement à nos convictions, voire les détesterait ouvertement : je conspue le communisme mais j’adore la poésie d’Eluard, c’est ainsi.

La richesse de la France c’est d’avoir absorbé les talents venus du monde entier pour toujours en offrir une vision personnelle : voyez ce que nous avons fait de la Renaissance italienne, des splendeurs originales que la Terre entière nous envie. Ne soyons pas aussi restrictifs, et s’il faut accabler un artiste pour ses opinions, faisons-le mais reconnaissons-lui son talent… s’il en a, bien entendu !

Lorsque je vois une bande d’imbéciles exiger le retrait des ventes de l’album Tintin au Congo je m’insurge, tant la demande est absurde. Aussi, j’aimerais que ceux de mon camp ne cèdent pas aux mêmes sirènes simplistes.

Cela dit en comprenant la légitime colère de certains patriotes, accablés par un système sans pitié pour leurs convictions profondes et sincères.

Bien à vous.

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