La vacancière japonnaise Choko, 20 ans, a trouvé la mort à Paris…

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Vous n’entendrez certainement pas évoquer par nos média les vacances de Choko (enfant du papillon en japonais) à Paris cet été.

Choko, avait 20 ans. Unique fille d’une grande famille de diplomates japonais originaires de la ville d’Hakodate au Nord du Japon sur l’île d’Hokkaido côté Pacifique. Sa famille cultivait un amour immodéré de la vieille Europe et de la France depuis qu’un trisaïeul y fût ambassadeur peu après l’ère Meiji (1868-1912) et la guerre russo-japonaise (8 février 1904-5 septembre 1905). Sous la contrainte des Etats-Unis et sous l’impulsion de l’empereur Mutsuhito, le Japon était passé au cours de cette période de l’isolement, du système féodal des shoguns, celui des seigneurs de guerre ou samouraïs, à l’ouverture, à l’industrialisation et à l’organisation militaro-bureaucratique suivant des normes occidentales.

La famille Nakamura dont Choko était l’enfant prodigue entretenait ces histoires, ces gloires aussi fortement qu’elle vénérait comme il sied au Japon les esprits des ancêtres. Ainsi dans les deux autels familiaux (butsudan et kamidana) et dans une tradition qui tient à la fois du bouddhisme et du shintoïsme (religion officielle à partir de Meiji), on honorait à la fois l’empereur et les âmes des défunts.

Très jeune Choko avait aimé notre pays, collectionnant tout ce qui pouvait s’y rapporter. Ses parents francophiles et francophones l’avaient très jeune familiarisée avec les contes de Perrault, les fables de La Fontaine, et même « Le Tour de France par deux enfants, 1877 » d’Augustine Tuillerie. Elle n’ignorait rien de nos arts ni de nos lettres… Choko avait ainsi développé une tendresse particulière pour la « Belle Epoque » et Paris et notre Renaissance, les bords du Loir et Chenonceau… Elle ne se lassait pas non plus de regarder le film de Jean-Pierre Jeunet « Amélie Poulain », et pleurait sur « Un long dimanche de fiançailles » mais riait sur « L’homme de Rio ». Elle admirait plus que tout Pagnol… Bref elle aimait la France, son histoire, sa religion, la catholique et notre panthéon, la « Tout Saint » et le jour des morts lui faisaient dire que le Japon et la France puisaient aux mêmes sources de la tradition, nos anciens rois renvoyaient à ses empereurs, et nos saints, bienheureux, nos anges et tous nos personnages de légendes, ceux de l’antique mythologie étaient peut-être aussi nombreux que les 8 millions de Kamis japonais. Nos innombrables églises étaient des temples et nos cathédrales étaient pour elle l’expression la plus aboutie qu’une civilisation puisse offrir « aux esprits défunts ou à naître et aux rois ». Choko avait développé une tendresse particulière pour la vierge de Nagasaki miraculeusement préservée du bombardement atomique américain (holocauste qui fit 80 000 morts le 9 août 1945) visible en la cathédrale d’Urakami.

Il était tout naturel que Choko voulut fouler notre sol et réaliser son rêve, visiter notre capitale, voir Notre-Dame et la Tour Eiffel, flâner le long de la Seine, à la recherche du temps perdu, un ouvrage de Marcel Proust en main en quête de nos paradis passés et sous l’emprise d’une douce nostalgie, pousser jusqu’à Nogent sur la Marne ou Chatou sur la Seine, écouter Debussy, Fauré ou Ravel, et bien-sûr à Giverny contempler Monnet. Elle irait aussi à Reims embrasser du regard le temple des Sacres et la Basilique Saint-Remi et marier le joyau gothique martyrisé à la chapelle romane des années 60 conçue et décorée par son compatriote, le peintre Foujita. Une amie de la famille connaissant un des rares Français installés au Japon avait répercuté peut-être maladroitement un conseil de ce dernier « Si elle va en France, mieux vaudrait qu’elle restât autour de Plougastel ». Ce Français se présentant comme membre d’une ethnie particulière « les Bretons » était Boris Le Lay. Il était apparu pourtant à l’amie de la famille baroque, d’autant qu’il revendiquait un statut de réfugié politique fuyant le « pays des droits de l’homme et des libertés ». Choko ignorait que ces droits ne concernaient plus en réalité depuis longtemps déjà la population indigène.

Choko bien qu’intéressée aussi par la Grande-Bretagne après sa lecture des aventures de Kipling avait délaissé une escale et un séjour à Londres après qu’elle ait appris avec une certaine stupeur et incrédulité l’élection d’un Pakistanais comme maire de Londres. Si elle entretenait un certain déni sur la situation récente en France, elle savait davantage (notamment en raison du succès mondial du parler de Shakespeare, et bien que les Japonais méconnaissent les langues étrangères) que l’Angleterre était en voie d’être une colonie de ses colonies. Elle mettait cet état sur le compte de l’esprit libéral anglais et sa très grande singularité géographique et culturelle.

Concernant la fin tragique de Choko qui correspond à son arrivée sur notre sol, nous avons quelques éléments rapportés de sources certaines. Il est sûr que Choko a été victime d’une forme extrême de cette affection psychologique qui touche nos hôtes en provenance du pays du soleil levant « le syndrome japonais ». Ce syndrome résulte de la distorsion ou décalage ou fossé entre l’image qu’ils se font de la France et de Paris et notre triste réalité. Arrivée au mois d’août 2017, dans une capitale désertée par ses autochtones devenus minoritaires, Choko a trouvé un décor auquel elle s’attendait, sauf les détritus jonchant son sol, mais des acteurs auxquels elle ne s’attendait pas. Rompue à une grande civilité et politesse, Choko a souffert du manque de « romantisme » des nouveaux occupants. Déstabilisée, nous savons que Choko a dans le langage de la psychiatrie « décompensé ».

Errant dans un Paris métamorphosé et métastasé, à demi-affamée, Choko n’a pas non plus découvert dans la capitale notre patrimoine immatériel que constitue notre cuisine, autre reflet de notre culture. N’ayant d’autre choix pour se nourrir que le kebab et le fallafel, délaissant par principe la chinoise (elle aurait dû rétrospectivement y consentir) et d’autres curiosités, coincée entre Tarik Ramadan et Jacques Attali, entre Ali Ramadan et Alain Jakubowicz, entre le CCIF et la Licra, entre les Frères et le Crif, on a retrouvé au final Choko dans une chambre d’hôtel, inanimée, une boulette aux légumes à côté, près de son chevet. On sait d’autre part que des témoins assurent l’avoir vue juste avant sa tragique fin, chercher désespérément la direction de… Plougastel. Transférée en urgence à l’hôpital de Bobigny, Avicenne, elle n’a pu être ranimée. Ses derniers mots furent des vers d’Anna de Noailles (1876-1933), poétesse issue par son père de la noblesse roumaine (Boyards) expatriée à Paris. Ces mêmes vers furent l’épitaphe sur la tombe d’Henri Lagrange (1893-1915), un des plus grands espoirs des lettres françaises militant nationaliste, Camelot, tombé à vingt ans. Devant un aréopage de médecins allogènes médusés et incrédules, nous entendons Choko clamer dans un dernier souffle ces vers qui tiennent de Ronsard et de Nerval.

Parfumés de trèfle et d’armoise, Serrant leurs vifs ruisseaux étroits, Les pays de l’Aisne & de l’Oise, Ont encore les pavés du Roi…

D’aucuns voient dans cette fin le panache dans la mort d’une figure féminine antique ou l’héroïne d’une tragédie de Racine. D’aucuns y voient aussi une mort volontaire (seppuku) propre à la culture japonaise quand l’honneur est bafoué ou que tout est perdu. Nous savons que Choko se plaisait et excellait à faire converger les deux traditions.

François-Xavier Laisne

La vacancière japonaise Choko, 20 ans, a trouvé la mort à Paris…

(Source : Riposte laïque)

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