Marceline Loridan-Ivens : certains auraient préféré oublier

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Marceline Loridan-Ivens, survivante d’Auschwitz: « Des membres de ma famille auraient préféré oublier »

Écrivaine, cinéaste et ancienne déportée, Marceline Loridan-Ivens s’est éteinte
Amie de Simone Veil, rencontrée à Auschwitz-Birkenau, Marceline Loridan-Ivens n’a jamais cessé de témoigner de l’horreur des camps. Retour sur une vie de combat contre l’oubli.

DISPARITION – La cinéaste, toujours tournée vers l’avenir, avait mis longtemps à écrire un livre sur les camps de la mort où elle avait perdu son père. En 2015, elle avait publié Et tu n’es pas revenu, un livre d’une rare intensité. Un grand témoignage. Elle est décédée à l’âge de 90 ans ce mardi. Le Figaro l’avait rencontrée.

Il fallait la voir. Chez elle, rue des Saints-Pères où elle habitait juste au-dessus des éditions Grasset, ou à La Maison de la Poésie répondant aux questions du public, c’était une femme d’un âge certes avancé mais extraordinairement pétillante. Une jeunesse de près de 90 ans, quand elle reçoit Le Figaro au moment de la publication de Et tu n’es pas revenu, un récit, édité par Grasset, d’une rare intensité où elle s’adresse à son père mort à Auschwitz. Comme cela arrive parfois, elle culpabilisait d’en être sortie vivante. Elle avait quinze ans quand elle fut déportée en avril 1944 dans le même convoi que celui de Simone Veil.

Écrit avec la complicité de la journaliste et romancière Judith Perrignon, son livre était devenu d’utilité publique. Cette année-là, en 2015, le jury du Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro avait voulu marquer le coup. Il avait distingué cette grande dame. Magnifique texte de Marceline, l’une des rares rescapées des camps de concentration. Et tu n’es pas revenu est donc une longue lettre adressée à son père, qui, lui, n’a pas échappé aux bourreaux nazis d’Auschwitz-Birkenau. Marceline était infatigable et combative: son esprit libre et sa verve avaient séduit le jury et le public. Son témoignage est d’une force extraordinaire, et aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Elle est partie, mais ses mots, d’une force extraordinaire, resteront à jamais.

Voilà ce qu’elle disait au Figaro.

● Sur la nécessité de témoigner

«Quand je témoigne dans les écoles, notamment, je demande que l’on montre un film. Pour que les enfants voient de quoi il s’agit et qu’ils ne restent pas que dans le langage, dans l’abstraction. L’image a une force que la parole n’a pas forcément. Il faut toujours témoigner, et c’est pour cela que j’écris et je fais des films. Parfois, je n’ai pas toujours été bien comprise, notamment par des membres de ma famille qui auraient préféré oublier. Vous savez, nous sommes moins de 200 qui vivent encore sur les 2500 qui sont revenus des camps. Nous étions 76.500 Juifs de France partis pour Auschwitz-Birkenau. Tant qu’on est là, il faut témoigner…

«Je voyais des enfants qu’on emmenait dans les chambres à gaz, on leur disait : accrochez bien vos vêtements pour que vous puissiez les récupérer après»

Marceline Loridan-Ivens

Je me souviens d’une femme qui s’appelait Marta, qui hurlait aux plus jeunes filles, en français, «Tenez le coup, vous devez raconter ce qui s’est passé ici…». Je voyais des enfants qu’on emmenait dans les chambres à gaz, on leur disait «Accrochez bien vos vêtements pour que vous puissiez les récupérer après». Je me souviens très bien d’une petite fille qui ne voulait pas lâcher sa poupée. Les bébés et les vieillards étaient envoyés en premiers…»

● Sur son père, mort à Auschwitz

«Je pensais à mon père. Et à ce moment incroyable à Drancy où il m’avait dit «toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas». Après, je n’ai plus eu de nouvelles même si nous étions à moins de trois kilomètres l’un de l’autre. Un jour, par hasard ou par chance, je l’ai croisé dans le camp. Chacun est sorti de son rang. On s’est jetés dans les bras l’un de l’autre. Un SS m’a traitée de putain, puis il m’a frappée. Mon père m’avait laissé une tomate et un oignon. Je ne l’ai plus jamais revu, mais il avait réussi à m’envoyer une lettre. J’étais totalement ahurie de recevoir ce morceau de papier de sa part, je ne me souviens que des premiers mots «Ma chère petite fille…».

«Ce qui s’est passé récemment m’effraie, l’assassinat d’Ilan Halimi, Mohamed Merah, Charlie Hebdo, l’épicerie Hyper Cacher…Ce sont les événements qui vous renvoient à votre judéité»

Marceline Loridan-Ivens

● Sur l’actualité et sur l’antisémitisme

«J’écoute tout ce qui se passe depuis longtemps. Je suis inquiète. Je suis très inquiète depuis 2001 et la chute des Twin Towers. Cet événement a été un tournant radical dans ma façon de penser. Ça a joué un rôle fondamental dans la mesure où j’avais été impliquée dans de nombreux événements du XXe siècle – la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie (j’en ai fait un film), celle du Vietnam… Ce qui s’est passé récemment m’effraie, l’assassinat d’Ilan Halimi, Mohamed Merah, Charlie Hebdo, l’épicerie Hyper Cacher… Ce qui est fou c’est qu’avant je ne me sentais pas juive – je me suis mariée deux fois, et deux fois avec un non-Juif. Ce sont les événements qui vous renvoient à votre judéité. Cette résurgence m’effraie. Quand j’ai entendu Mort aux Juifs lors de certaines manifestations, je me suis dit qu’est-ce que je fais, je saute par la fenêtre? Je m’en vais? Dans quel pays je suis? Qu’est-ce qui se passe? Cela va aller jusqu’à quand? Est-ce trop tard aujourd’hui? J’espère que non.»

● L’amour après Auschwitz

Après Et tu n’es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens avait publié en ce début d’année un autre livre, L’Amour après(Grasset), avec un sujet rarement traité: l’amour après Auschwitz. Ou la rescapée racontait la difficulté d’aimer après les camps.

Elle disait combien il est difficile d’aimer et de se laisser aimer, comment désirer, s’abandonner dans les bras d’un homme, prendre du plaisir quand on a été déportée à quinze ans? Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, en parlait sans tabou. Tout démarre quand elle retrouve ce qu’elle appelle sa «Valise d’amour». Une valise bien chargée. Elle contient des lettres, des dessins, des documents échangés avec les hommes qui ont accompagné sa vie, ceux d’un jour, ceux pour toujours.

«Je ne sais pas lâcher prise, je n’aime pas qu’on me touche, je n’aime pas me déshabiller»

Marceline Loridan-Ivens

Elle racontait cette impossibilité à nouer une relation normale, «après…». Quand l’esprit veut oublier, continuer à vivre, passer à autre chose, le corps, lui, résiste. Comme pour pouvoir tout raconter (et en cela le livre est d’une incroyable précision), Marceline ne cherche pas à cacher quoi que ce soit: la rescapée a tenté à deux reprises de mettre fin à ses jours. Elle écrit avoir découvert son corps en même temps qu’elle le savait condamné. «Il m’a fallu du temps pour comprendre que le plaisir vient du fantasme, puis de l’abandon. […] Je ne sais pas lâcher prise, je n’aime pas qu’on me touche, je n’aime pas me déshabiller.»

De ces pages denses, il faudrait surligner chaque ligne, citer chaque phrase. Marceline, ou la force du témoignage.

lefigaro.fr

Marceline Loridan-Ivens : certains auraient préféré oublier

(Source : JForum)

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Une réponse à “Marceline Loridan-Ivens : certains auraient préféré oublier

  1. Nick les Cons d'aRabes

    Crise identitaire du Clip de rap «  »Pendez les blancs » du rappeur « Nick les Cons d’aRabes »

    https://www.sudouest.fr/2018/09/26/pendez-les-blancs-le-clip-d-un-rappeur-fait-scandale-le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-5425639-4697.php

    Et le gauchiste Eric Coquerelle qui tente de minimiser comme un petit COLLABO de la GESTAPO! Qu’il reflechit bien dans quel camp il s’est mis, finira t-il pendu par ceux qu’il vient de défendre ce soir!

    En guise de pretexte, ils tentent de motiver l’explcation de la colonisation, mais se rendent-ils compte que c’est l’ISLAM qui colonnise depuis 1400 ans !!!

    Voilà ce qui d’accueillir l’explosiondémographique Africaine!!!

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