Éric Zemmour, fils de l’immense Soljenitsyne

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Éric Zemmour, fils de l’immense Soljenitsyne______________________________________________________

La lucidité d’Éric Zemmour sur l’état de la France est de la même veine que celle d’Alexandre Soljenitsyne sur celle du monde, une génération auparavant. Il faut y voir une incontestable filiation. Les deux hommes ont ceci de commun qu’ils sont tourmentés par la dégénérescence, par cette propension qui anime l’histoire et qui pousse l’humanité vers une animalité primitive. Alors qu’à travers leur fatuité hors-norme résultant de leur triomphe sur le communisme bolchevique, les chantres de la bien-pensance s’attendaient dans une impatience quasi jouissive à ce que le survivant de « L’archipel du goulag » entreprenne un éloge passionné et marqué de leur soi-disant « monde libre » quels ne furent pas leur surprise et leur désenchantement de l’entendre dire dans un discours à Harvard le 8 juin 1978 :  » … si l’on me demandait si, en retour,  je pourrais proposer l’Ouest en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative ». Mais alors pourquoi ? parce que « le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest… et semble aller ici et là jusqu’à la perte de toute trace de virilité… leurs mains (celles des dirigeants occidentaux) se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur ».

Éric Zemmour ne dit pas autre chose : « En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s’interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression ». Bref, ils ne sont plus en force pour lutter contre la liquéfaction de leur société et contre l’introduction microbienne multiforme qui participe à sa dissolution. L’islam s’est immiscé, timide au départ, puis de plus en plus déterminé parce que nourri uniquement par la faiblesse de l’assailli, finissant par transformer une société auparavant unie par une seule identité, en un multiculturalisme déstructurant. Mais la critique du modèle occidental par Soljenitsyne ne s’arrête pas là, loin s’en faut : « Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l’accumulation de biens matériels, tous les autres besoins humains, caractéristiques d’une nature subtile et élevée, furent rejetés hors du champ d’intérêt de l’État et du système social, comme si la vie n’avait pas un sens plus élevé… Les États devinrent sans cesse plus matérialistes ». Éric Zemmour parle de « l’angoisse existentielle, la solitude, le désarroi et le déracinement » mais aussi de « dissolution » et de « destructuration ». Pour Soljenitsyne, le désir permanent de posséder toujours plus et d’avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé à l’Ouest les marques de l’inquiétude et même de la dépression ».

Avec cette course effrénée, cette danse de Saint-Guy de consommation, on en arrive très vite à la mondialisation dans laquelle « les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent » comme l’ affirme Éric Zemmour qui a parfaitement compris que l’objectif final du capitalisme est la disparition de la nation par annihilation de ce qui fait sa propre identité, en vue de n’avoir devant lui qu’un consommateur, un bovin brouteur de ses produits et qui ne se pose surtout pas de questions. Tout se tient finalement : l’Ouest a poussé le bouchon beaucoup trop loin et a fini par provoquer « l’irruption de cet individualisme arrogant et nihiliste » comme le précise Éric Zemmour. « L’homme a vu complètement s’étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société » affirme avant lui Soljenitsyne.

Naturellement – c’est une évidence – devant la dégénérescence générale, les deux hommes sont profondément inquiets. Éric Zemmour se risque à dire : « Je redoute la disparition de la France ». Quant à Soljenitsyne, il lève les bras au ciel : « Si le monde ne touche pas à sa fin… cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite… mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera plus piétiné… Nous n’avons pas d’autre choix que de monter… toujours plus haut ». La porte malgré tout est donc ouverte finalement sur un certain espoir. Si Éric Zemmour reste plus terre à terre, moins attaché à ce besoin d’élévation spirituel propre à Soljenitsyne, c’est à une virilité retrouvée qui ressemble à une nouvelle Bataille de la Marne à laquelle il fait appel. Cela ressemble malgré tout à du Soljenitsyne, seulement sous une autre forme : « Mon livre (Destin français) est un appel à un nouveau sursaut. Nous devons réagir à notre colonisation culturelle par l’islamisme d’un côté et par la mondialisation d’inspiration américaine de l’autre ».

La seule chose qu’on peut reprocher à Éric Zemmour (et qui l’éloigne ainsi de Soljenitsyne) ou plutôt le seul regret qu’on puisse avoir en le lisant, c’est que son amour passionné, trop passionné pour la France, lui fait négliger le monde. Or la France est une toute petite partie du monde. On ne peut donc aborder sa dégénérescence sans faire référence à celle du monde qui l’entoure. Mais peut-être cette lacune sera-t-elle le thème central de son prochain essai. Ce serait une très heureuse surprise, qui pourrait se traduire, qui sait, par l’ attribution, comme pour Soljénitsine, du prix Nobel de Littérature…

Philippe Arnon

Éric Zemmour, fils de l’immense Soljenitsyne

(Source : Riposte laïque)

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