Claude Brasseur vient de nous quitter. C’était un homme qui aimait jouer et ça se voyait

https://statics.lesinrocks.com/content/thumbs/uploads/2020/12/23/1462188/width-1125-height-612-quality-10/0080e7f6b228145cbce0126fd806e64a.jpg.webp       Claude Brasseur dans « Un éléphant ça trompe énormément »

C’est l’histoire d’un fils qui avait un père, Pierre Brasseur, comédien gigantesque de talent et qui servit ceux que l’on pourrait appeler les pères fondateurs du cinéma français : Marcel Carné – notamment dans le sublime Les Enfants du paradis –, Henri Decoin, Marcel Pagnol, Jean Renoir et j’en passe. Claude Brasseur s’en est donc allé rejoindre son père et sa mère, Odette Joyeux, comédienne elle aussi de ce temps des géants…

Claude Brasseur, c’était un homme comme tout le monde et qui ressemblait à tout le monde ; enfin, ce monde d’avant. C’était surtout un excellent acteur, ne se résumant pas aux trois films Camping, de Fabien Onteniente, potaches à souhait et qui, s’ils ne marqueront pas le cinéma d’une empreinte profonde, demeurent des divertissements dont nous avons tous à l’occasion besoin.

Il faut avoir vu Claude Brasseur dans le rôle de Sganarelle et donnant la réplique à un Don Juan froid à souhait, interprété par Michel Piccoli, dans l’exceptionnelle adaptation télévisée de la pièce de Molière par Marcel Bluwal – Dom Juan ou le Festin de pierre.

Claude Brasseur, en digne enfant d’une longue lignée de comédiens, passera inévitablement par le théâtre, notamment sous la direction de Roger Planchon qui le dirigera plusieurs fois sur les planches. On se souviendra aussi du Souper, de l’écrivain Jean-Claude Brisville, où Claude Brasseur interprète le ténébreux Joseph Fouché face à un Claude Rich en Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. En 1992, Édouard Molinaro adaptera la pièce avec les deux comédiens et ce sera une rencontre cinématographique au sommet. De manière plus légère, Claude Brasseur campera un Pierre Brochant savoureux sur les planches face à Jacques Villeret, dans Le Dîner de cons, de Francis Veber, rôle interprété plus tard au cinéma par Thierry Lhermitte.

https://www.youtube.com/watch?v=0-B0s91WWo4

Le cinéma, Claude Brasseur le fréquentera aussi très tôt, notamment sous la houlette de certains réalisateurs qui avaient déjà dirigé son père, comme un passage de témoin d’un père absent dans la vraie vie – Jean Renoir avec Le Caporal épinglé, Marcel Carné avec Le Pays d’où je viens –, jouant même un petit rôle dans un film où le paternel montrait toute l’ampleur de son génie : Les Yeux sans visage, de Georges Franju. Quelques années plus tard, ils joueront à nouveau ensemble dans Lucky Jo, de Michel Deville.

Entre comédies et drames, Claude Brasseur aura montré toute la palette de son talent : Une belle fille comme moi, de François Truffaut ; Une histoire simple, de Claude Sautet et face à Romy Schneider – qu’il retrouvera dans La Banquière, de Francis Girod –, et bien entendu le diptyque inoubliable Un éléphant ça trompe énormément / Nous irons tous au Paradis, d’Yves Robert, et dont il était le dernier survivant de la bande de copains…

On retiendra Josepha, de Christopher Frank – autre histoire simple d’un couple de comédiens qui se sépare. Citons aussi L’Argent des autres, de Christian de Chalonge ; Une robe noire pour un tueur, de José Giovanni ; La Guerre des polices, de Robin Davis et le très sombre et non moins sobre La Crime, de Philippe Labro.

Claude Brasseur demeure évidemment pour beaucoup le père de Vic/ Sophie Marceau dans La Boum et La Boum 2, de Claude Pinoteau. Il retrouvera Sophie Marceau dans un film autrement plus noir : Descente aux enfers. Autre jolie jeune actrice notable des années 1980 dans ses bras : Valérie Kapriski dans La Gitane, de Philippe de Broca.

Mais l’un des rôles les plus marquants de sa carrière concernera le petit écran avec Les Nouvelles aventures de Vidocq, de Marcel Bluwal, racontant les exploits de ce bagnard devenu policier et plus tard détective, inspirant à Balzac le personnage de Vautrin. Son chapeau haut-de-forme restera dans les mémoires.

Ce fut une carrière longue et dense, récompensée par plusieurs Molières et Césars, et qu’il est impossible d’embrasser dans son ensemble ici. Et, quelles que furent ses opinions politiques – il soutint effectivement François Mitterrand –, la mort de Claude Brasseur enterre encore un peu plus ce temps où, adolescent, j’allais voir ses films dans les cinémas de Paris. Temps révolu qui me laisse toujours un goût amer lorsque le détestable présent se rappelle à moi…

Charles Demassieux

Claude Brasseur, un homme qui aimait jouer et ça se voyait

(Source : Riposte laïque)

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