Un jeune sur cinq ne condamne pas la décapitation de Samuel Paty. Tout va bien

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Il y a un an, Samuel Paty se faisait décapiter par un terroriste islamiste déclenchant une sorte de consternation de la classe politique et médiatique, la colère du peuple français et la résignation du corps enseignant qui, de PasDeVague en PasDeVague, sentait bien que cela devait arriver un jour ou l’autre.

De façon traditionnelle, des hommages furent donc rendus le vendredi 15 octobre dans les établissement scolaires de la République. Heureuse surprise (c’est en tout cas ainsi qu’elle est présentée par le Ministère de l’Éducation), les exactions en marge de ces commémorations ont été moins virulentes que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Pensez donc : au lieu de quelques voitures cramées, d’une classe ou deux mises à sac, d’un ou deux profs tabassés, d’émeutes ici ou là, « il n’y a eu que quelques incidents, on en a recensé 98. C’est beaucoup moins que ce qu’il y a eu quand il y a eu des attentats précédemment », comme l’explique de façon biscornue Jean-Michel Touvabien, ministre de l’Édulcoration nationale et formidable athlète de l’euphémisme olympique.

Et franchement, on aurait tort de s’inquiéter de ces petits mouvements d’humeur d’une certaine catégorie de population lors des hommages pour commémorer, je vous le rappelle, la décapitation par un islamiste d’un enseignant qui avait eu l’outrecuidance de proposer un cours sur les caricatures de Charlie Hebdo, journal qui a lui-même été la cible d’un attentat meurtrier. Le fait que 23% des jeunes de 18 à 30 ans ne condamnent pas cet attentat odieux en toute décontraction youplaboum ne doit pas faire oublier les 77% qui, eux, condamnent, voyez-vous.

Un cinquième de ces jeunes qui sont indifférents, trouvent normal voire nécessaire ce que Samuel Paty a subi, voilà qui ne doit pas du tout inquiéter. Près d’une centaine d’exactions dont 7 graves au moment de ces commémorations, voilà qui doit même rassurer sur la bonne santé et la vitalité de la liberté d’expression de nos chérubins en zones tendues et dans ces quartiers émotifs qui font la particularité pittoresque de certaines banlieues françaises : dans un pays qui irait mal, ces chiffres seraient plus haut, n’est-ce pas, mmhvoyez, voilà voilà.

En pratique, chaque commémoration qui s’émaille d’incidents honteux minimisés par les sombres fanfarons au pouvoir, chaque exaction lamentable démontrant une nouvelle lâcheté républicaine, chaque attentat islamiste qu’on enrobera d’un « Surtout Padamalgam ! » bruyant donne de nouvelles cartouches à ce chroniqueur devenu quasi-candidat qu’on voit partout dans les journaux actuellement.

Alors, certes, oui, de façon évidente et inquiétante, le discours de Zemmour oblitère par sa tonitruance les atteintes actuelles, lourdes, délétères et catastrophiques, à toutes nos libertés : le pass sanitaire n’est plus un sujet, l’hystérie sanitaire virant à la dictature non plus…

Malheureusement, on ne peut lui donner tort de dénoncer la minimisation des actes les plus graves dans le discours dominant : au prétexte de politiquement correct, d’ouverture d’esprit, de modernité ouverte à toutes les cultures et toutes les références, on transforme des comportements scandaleux en petits dérapages innocents avec lesquels il faut bien composer.

Il arrive un moment où, malgré tout, l’euphémisation forcenée ne parvient plus à rejoindre la dure réalité, complexe, qui exhibe alors quelques traits saillants.

D’une part, on ne peut que noter la scission de plus en plus claire de certains quartiers, voire de certaines villes avec le reste du territoire français. C’est évidemment vrai de ces quartiers où la police ne peut plus rentrer, mais de façon plus large, les établissements scolaires donnent aussi une excellente illustration de ce phénomène avec absence grandissante de discipline, des exactions maintenant courantes sur les enseignants dans les classes et en dehors des classes, et le niveau général qui s’effondre.

Au motif politiquement correct qui consiste à ne surtout pas froisser les habitants de ces quartiers, on a raboté les exigences scolaires au point que l’ensemble de l’instruction dispensée en France n’est plus que l’ombre lointaine de ce qu’elle fut il y a quarante ou cinquante ans. L’Édulcoration Nationale, incapable de gérer ces cas sociologiques, a choisi de s’aplatir (à coup de #pasDeVague) et de transiger partout où elle le pouvait ; ce n’est plus qu’un bateau ivre, prenant eau de toutes parts pendant que l’actuel ministre court, un sparadrap à la main pour faire mine de boucher l’un ou l’autre petit trou jouxtant les brèches énormes du navire qui s’enfonce dans la pire des médiocrités et de la soumission au politiquement correct.

D’autre part, cet abaissement, cet aplatissement voire cet aplaventrisme total de l’institution scolaire française n’est pas un hasard et n’est que la reproduction de ce qu’on observe partout ailleurs dans les médias et chez les politiciens.

Ainsi, pendant trop longtemps, il n’a pas été possible de dénoncer les dérives présentées comme religieuses ou culturelles d’une part malheureusement croissante de la population, sans déclencher immédiatement des réactions outrées de toutes les classes jacassantes ; l’anesthésie du discours politique et médiatique qui a pris place depuis plus de vingt ans n’a finalement fait que nourrir et grossir les frustrations de toute une partie de la population française confrontée directement aux effets indésirables graves de ce politiquement correct délétère, à savoir en premier lieu le délitement de toute autorité dans la police et la justice puis dans l’instruction et bientôt partout ailleurs.

Dans ce contexte, il n’était ni étonnant de voir les scores du FN (puis du RN) grimper depuis les années 2000, ni surprenant de voir le succès de Zemmour au moment où il reprend ces sujets à mesure que Marine Le Pen les délaisse dans une manœuvre politiquement suicidaire visant à rejoindre par « dédiabolisation » la classe jacassante toujours aussi profondément opposée à ces thèmes.

Comme il n’est plus possible de parler de l’immigration, de l’assimilation (ou de son échec en France), du communautarisme, de l’importance d’une société d’ordre et de justice, de l’importance du patrimoine, de la culture et de sa transmission, sans déclencher des réflexes pavloviens des jacassants qui n’ont alors que le mot « fasciste » à la bouche, le premier candidat qui le fait ouvertement et sans s’en défendre ni faire mine de s’excuser récupère immédiatement l’attention de tous ceux qui subissent justement les débordements quotidiens des politiques menées jusqu’à présent.

Et au vu du périplaquisme confondant de toute la classe politique sur ces thèmes devenus essentiels à force d’être tus, on se dit qu’il va avoir de beaux jours devant lui.

La liberté, quant à elle, devra attendre.

Un jeune sur cinq ne condamne pas le meurtre de Samuel Paty. Tout va bien.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © H16. Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur (son site)

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