Archives de Catégorie: CULTURE JUDAÏSME, infos et vie juive – LA PARACHA DE LA SEMAINE – EVENEMENTS

CULTURE JUDAÏSME – La paracha de la semaine – Mois de Iyar 5774 (mai 2014)

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Actualité, nouvelle paracha, fêtes, avec Modia

A l’approche de la visite du Pape en Israël, une minuscule minorité d’extrémistes a placé des graphitis (tags) hostiles sur des bâtiments chrétiens. L’ensemble des responsables les condamnent. Une autre minorité de gauche essaie de saisir cette affaire pour attaquer Israël dans les médias internationaux en diffusant l’idée fausse que le gouvernement et les autorités ne font rien contre ces actions.

Rav Yehoshua Rahamim Dufour, rédacteur du site Modia

1.   PARACHA DE LA SEMAINE – Behoukotaï: Selon mes lois Vayiqra 26, 3 – 27, 34
La terre d’Israël, dispositif réel et nécessaire de l’amour et de la paix. Cette paracha termine le livre de Vayiqra qui nous transmet tout le dispositif prévu par le Créateur. C’est le coeur de la Torah. Et la dernière paracha montre que la terre d’Israël en est un élément essentiel. Cette paracha exige de nous que nous fassions un effort important pour sortir d’une vision politique de la terre d’Israël et pour adopter le regard de la Torah.

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2 – Nous sommes encore dans le mois de Iyar. Pour assimiler toute la puissance de ce mois, voyez encore ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.  CLIQUEZ ICI

3 – Et voici le sens du Ômer que l’on dit dès la fin du premier jour de Pessa’h, après le coucher du soleil

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Comment compter le Ômér chaque soir et quel développement personnel y réaliser en chaque jour (cette page sera mise à jour).

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Le 12 au soir on allume pour ouvrir le 28e jour du Omer
Le 13 au soir on allume pour ouvrir le 29e jour du Omer
Le 14 mai au soir on allume pour ouvrir le 30e jour du Omer
Le 15 au soir on allume pour ouvrir le 31e jour du Omer

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33e paracha – Be’houqotaï: Selon mes lois Vayiqra 26, 3 – 27, 34

La paracha Be’houqotaï est celle qui clôt le livre de Vayiqra (Lévitique). Sur le site Lamed, on nous dit que nous apprenons l’histoire juive non seulement pour éviter les erreurs du passé, mais aussi parce que nous nous dirigeons tous vers une certaine destination. Le livre de Vayikra se termine avec la paracha Be’houqotaï, par un passage particulièrement sévère dans lequel D.ieu
nous fait connaître tous les châtiments qui s’abattront sur nous au cas où nous ne serions pas fidèles à l’alliance que nous avons contractée avec lui au Sinaï. Les détails de ces punitions sont nombreux et, hélas, plusieurs fois au cours de notre longue histoire, nous avons eu l’occasion de sentir effectivement la main de Dieu et de voir se réaliser le châtiment divin.Mais, en même temps, nous avons vu aussi l’Eternel tenir scrupuleusement sa promesse, telle qu’elle se trouve exprimée dans la paracha à la fin des châtiments, à savoir que, malgré son courroux et malgré notre mauvaise conduite répétée, jamais l’Eternel ne nous rejettera pour toujours, jamais il ne permettra que nous soyons complètement anéantis, car, pour lui, l’alliance contractée avec nous est éternelle, Et cette alliance, si elle nous impose certaines obligations, exige également de la part de Dieu une protection sans laquelle nous ne pourrions subsister.

Aussi, comme disent nos Sages, Dieu est-il toujours venu avec nous en exil, tout comme au début de notre histoire il se trouvait à nos côtés en Egypte. Il a, pour ainsi dire, partagé les souffrances causées par les châtiments qu’il s’est vu obligé de nous infliger; car, en père aimant, il souffre du mal qu’il lui faut faire subir à ses enfants. Ce qui est vrai pour le peuple d’Israël dans son ensemble, l’est également pour chacun de nous individuellement. Il peut nous arriver de sentir s’abattre sur nous cruellement la main de Dieu, de souffrir de maux, de deuils, de maladies pénibles. jamais il ne nous faut cependant douter de la bonté divine, du fait qu’il est le père de chacun de nous individuellement et que le sort de chacun de nous lui tient à cœur. Les souffrances constituent souvent un châtiment; mais elles peuvent aussi être totalement inexplicables, et leur raison nous échapper complètement. N’oublions pas, dans tous les cas, que l’Eternel est notre Dieu, dans les mauvais comme dans les bons moments de l’existence.

On appelle tokhe‘hoth (« avertissements »), ou kelaloth (« malédictions » dans le langage de la Michna [Meguila 3, 6]), les passages dans lesquels Moïse a mis en garde les enfants d’Israël en leur annonçant les malheurs auxquels ils s’exposeront s’ils n’observent pas scrupuleusement la Tora. Ces passages, contenus tant dans la parachath Be‘houqothaï (Wayiqra 26, 14 à 46) que dans la parachath Ki thavo (Devarim 28, 15, 69), ont souvent créé chez les fidèles dans les synagogues un sentiment de frayeur et d’appréhension, tant et si bien que certains répugnent à être appelés pour en suivre la lecture devant le rouleau de la Tora. On en est réduit à appeler le bedeau, attitude blessante consistant à « sacrifier » l’un des membres les plus modestes de la communauté au profit supposé de celle-ci, ou bien à y appeler « quiconque en voudra », procédé moins inélégant mais que l’on pourrait qualifier d’irrévérencieux envers un texte inscrit dans la Tora ; Dans certaines communautés, ce sont les rabbins eux-mêmes qui se font alors appeler à la Tora. Peut-être se souviennent-ils alors que ces « avertissements » sont considérés, dans beaucoup de milieux hassidiques, comme de véritables bénédictions. Ils s’appuient sur un texte du Zohar dans lequel le prophète Elie indique que ce que nous tenons pour des oracles de malheur est constitué en réalité de promesses et de consolations, comme lorsqu’un roi qui aime son fils le morigène, sans pourtant lui retirer son amour.

En Israël, l’année 5775 qui vient sera une année où on devra observer la chemita (jachère qui a lieu toutes les 7èmes années. Le site Chabbad.org nous dit que les fermiers en Israël sont requis, par la loi juive, de respecter la Chemita laissant leurs champs reposer une année entière, une fois tous les sept ans (Vayikra 25, 1-7). Nous travaillons la terre six années consécutives bien que la sagesse conventionnelle indique que ce n’est pas sain pour le sol. En fait, le sol garde sa force et produit une récolte plus importante la sixième année, en vue de l’année de la Chemita. Et puis nous nous interrompons la septième année, en dépit de nos doutes et de nos soucis bien naturels sur la façon dont nous allons pourvoir aux besoins de nos familles. Ce type de comportement pourrait apparaître comme la meilleure manière d’aller au désastre. Et pourtant, pour les Juifs en Israël, cela produit des résultats extraordinaires. Cela renforce notre foi dans le fait que la terre appartient à D.ieu, que notre succès découle directement de Sa bénédiction et que nous devons Lui être reconnaissants pour tout ce que nous possédons.

Il est aisé de partager avec les autres quand nous pouvons nous permettre de partager, quand nous avons un revenu stable et quand nous savons comment nous paierons les dépenses du lendemain. Mais il est beaucoup plus difficile d’être charitable quand nous ne sommes pas sûrs de quoi seront faits les lendemains. Les propriétaires n’avaient aucun revenu pendant la Chemita et pourtant ils abandonnaient les récoltes qui poussaient spontanément pendant cette année-là. C’est ainsi que se trouvaient resserrés les liens qui unissaient la communauté. En dehors d’Israël, ce phénomène est mis en évidence par les contributions aux caisses de rétablissement de la justice, que d’autres appellent « charité ». La sagesse conventionnelle dicte que plus nous donnons, moins nous avons ! Mais de la perspective divine, il en va autrement : plus nous donnons, plus nous pouvons nous permettre de donner. La charité renforce donc notre foi et notre unité.

La chemita est en quelque sorte le Chabbat de la terre, que l’on doit laisser en repos pendant une année entière). Comment se fait-il, qu’aujourd’hui, après tout ce qui est arrivé au peuple juif, et un peu plus de 60 ans après la Choah, il soit le seul peuple sur terre à qui on refuse le droit d’exister ? Les autres peuples après s’être battus pour leur terre l’on conquise par la force : ils se sont battus et ils ont gagné, peu importe de quelle façon (le Rav Dynovisz nous rappelle ici le génocide des Indiens d’Amérique, et il y en a eu tant d’autres dans le monde…) Ainsi, selon les lois de l’histoire des hommes, celui qui a conquis une terre y reste jusqu’à ce que plus fort que lui vienne et l’en chasse. Mais les Juifs sont le seul peuple sur terre que l’Eternel n’autorise pas à être le vrai propriétaire de la terre d’Israël car elle est Sa terre. C’est pourquoi le peuple juif doit se considérer comme le locataire d’Hachem. L’Eternel est donc le vrai propriétaire de cette terre d’Israël ; il autorise Son peuple à l’habiter, pourvu qu’il s’y comporte selon Ses préceptes et qu’il y étudie Sa Torah. Le Rav nous explique que les Juifs n’ont pas le droit de céder la moindre parcelle de cette terre à un autre peuple, sous peine de voir s’accomplir les menaces contenues dans Sa Torah.

L’Eternel veut faire entendre Son message à Son peuple et leur signifie qu’ils doivent reconnaitre que cette terre est à l’Eternel, sinon les peuples les accuseront d’occuper une terre qui ne leur appartient pas. De nombreux Juifs n’ont pas encore pris conscience de cela. Et en effet, la Torah rejoint ici précisément le cœur de l´actualite brulante concernant le processus de paix, le partage de la terre et le fameux concept de la « paix » contre les territoires. Les peuples disent à Israël : « cette terre n’est pas à vous ! » C’est pour cela que la paracha Be’houkotaï dit « Vous serez dispersés au milieu des nations, vous partirez en exil et il vous arrivera toutes sortes de catastrophes si vous oubliez que cette terre (d’Israël) est à Moi. » Le rav nous apprend encore que certains maîtres disent que c’est la raison cachée pour laquelle les explorateurs n’ont pas voulu y entrer. Là est toute la difficulté du peuple juif de vivre sur cette terre. C’est pourquoi la loi de la chemita est extrêmement importante. Le message fondamental concernant le peuple juif est donc bien que si le peuple juif reconnaît que la terre d’Israël est à Hachem, alors, il y restera pour l’éternité. La Torah a été donnée au peuple juif pour arriver aussi à la signification de la chemita, un peuple qui vit complètement investi dans sa relation avec ce monde en ayant intégré que la terre est à D.ieu. D.ieu, qu’il doit vivre, et peu importent les pressions qu’exercent les nations sur Israël pour le faire céder.

La croyance que le monde appartient à D.ieu et que notre succès dépend de Lui est une notion libératrice, nous enseigne le rav Lazer Gurkov. Elle nous permet de poser le fardeau que nous traînons. Nous continuons à travailler, mais nous respirons plus facilement. Nous savons que D.ieu guide nos pas et que tout arrive pour une bonne raison. Nous apprenons à voir la main de D.ieu dans tout ce que nous faisons et Sa présence dans tout ce que nous voyons. Cela nous conduit à l’ultime raison pour la Chemita que nous proposent les commentateurs bibliques. Le Talmud nous indique que dans le Temple, les Lévites chantaient chaque jour des louanges à D.ieu. Le Chabbat, le septième jour, leurs chants évoquaient le jour du repos éternel, l’âge messianique.

Le Talmud nous enseigne que notre monde durera six millénaires. Les deux premiers ont été consacrés à la création, les deux suivants à la Torah et les deux derniers seront consacrés à Machia’h. En fait, nos Sages affirment qu’au cours du septième millénaire, le monde comme nous le connaissons cessera d’exister. Il deviendra un monde de liberté et de Divinité.La Chemita, la septième année, comme le Chabbat, le septième jour, représentent l’époque messianique. Notre foi en D.ieu est renforcée durant la Chemita, tout comme elle le sera à l’ère messianique. Notre unité est renforcée durant la Chemita tout comme à l’ère où Machia’h introduira un âge de paix. La sixième année est une année d’abondance tout comme l’ère qu’introduira Machia’h : une ère de prospérité. Mais c’est par la liberté qui régnera que l’époque de Machia’h sera la plus remarquable. En fait, la Chemita est une année d’émancipation. Les esclaves sont libérés et toutes les dettes exonérées.

La mitsva de la Chemita ne se résume pas à s’abstenir de tout travail et à respecter des commandements restrictifs. À l’instar du Chabbat hebdomadaire, la Chemita est en effet porteuse d’un message positif de sainteté que la Torah accorde aux hommes fidèles à son esprit. Les grands ouvrages de la littérature juive remarquent en effet que de la même manière que le Chabbat constitue une « source de bénédictions » à partir de laquelle tous les jours de la semaine sont sanctifiés tant aux plans spirituel que matériel, ainsi en est-il de la Chemita : c’est d’elle qu’émane un souffle de bienfaits à la fois spirituel et matériel pour toutes les autres années  » Car la terre est à Moi !  » Outre les lois agricoles, l’année sabbatique de la Chemita voit également l’annulation des dettes : le prêteur n’a plus le droit de réclamer à l’emprunteur le remboursement d’un prêt (l’emprunteur peut néanmoins s’en acquitter de son plein gré).

Cette loi risquait de se retourner contre les pauvres qu’elle était supposée protéger d’un endettement excessif, car les prêteurs éventuels pouvaient refuser de prêter de l’argent ; Hillel l’Ancien institua donc la procédure du « Prouzboul », par laquelle le prêteur transfère au tribunal rabbinique le droit de récupérer ses dettes : en effet, il n’y a pas d’annulation des dettes envers le tribunal rabbinique. Concrètement, il est d’usage de prononcer devant trois Juifs, qui forment pour la circonstance un Beth Din, un « tribunal rabbinique » la formule suivante : « Je vous transmets tous les prêts que j’ai concédés, pour que je puisse les réclamer quand je le voudrai. » Il est également possible de procéder au Prozboul en remplissant un formulaire que l’on remet à un Beth Din. Dans la mesure où l’annulation des dettes se fait dans les derniers instants de l’année de Chemita, il est recommandé de procéder au Prouzboul lundi 13 septembre 2015, veille de Roch Hachana, en même temps que Hatarat Nedarim, l’annulation des vœux. Même si on a fait le Prozboul l’année dernière, on doit le refaire cette année si on a prêté de l’argent au cours de l’année.

La Torah nous dit que la Terre d’Israël a été choisie par Hachem comme Sa résidence parfaite, ainsi que de Son chalom, nous explique le Rav Dufour. Certes, il nous laisse libre de nous boucher le coeur, et de continuer à poser le problème de la paix et de la terre d’Israël dans les termes qui ne sont pas la Torah, et ce sont des idéologies étrangères qui ne prennent nullement en compte la nature de la terre d’Israël et son chalom divin donné. Nous sommes placés devant un choix: plaire à ces idéologies qui nous apprécieront apparemment de les flatter au lieu de nous placer en Juif avec notre représentation de la terre d’Israël et du chalom. En fait, à juste titre, ces non-Juifs méprisent ces Juifs qui veulent les copier et se déguisant en ce qu’ils ne sont pas. Les Juifs qui se prosternent devant les idéologies non juives devraient comprendre que les peuples, quand ils font cette guerre continuelle à Israël pour le dépouiller, c’est qu’ils reconnaissent implicitement sa grandeur, nous dit le Rav Dufour. Ils veulent dévaliser la joaillerie spirituelle qui détient les vraies clefs de la vie; ils le pressentent. L’erreur est simplement de penser qu’on peut les acquérir en tuant et volant. Vous me direz aussi: « mais on est quand même libre de ne pas adhérer à la Torah! ». Dites à vos enfant: « mais je suis quand même libre de ne pas vous aimer! ». Il y a une phase de ce rejet apparent de ce à quoi on doit le plus: c’est l’adolescence où on pense que l’on n’arrivera pas à se trouver soi-même sans casser la coquille. Mais l’amour n’est pas une coquille, c’est l’union et la vie.
On ne peut pas trier dans la Torah ni dans Rachi. Ses mots sont impressionnants, clairs et précis.

Voici le commentaire sur ce Rachi dans Le Pentateuque de la Fondation Lévy (Exode) page 277, note 32, poursuit le Rav : « Rachi, ici sui le Sifra qui dit « celui qui sort hors de la terre d’Israël; » tandis que le Talmud Kétouvote 110b indique (celui qui habite hors d’Israël). Tous deux avancent comme preuve supplémentaire de leur assertion les paroles de David (I Samuel 26,19) « cat ils m’empêchent aujourd’hui de demeurer dans l’héritage de Hachém, disant: va servir d’autres dieux ». Mais, objectent-ils, quelqu’un a-t-il jamais ordonné à David de servir d’autres dieux ? Qu’il dût vivre hors d’Erets Israël (ou qu’il dût la quitter), c’était comme si on lui ordonnait d’adorer les idoles ». Et me rav conclut : Que le Créateur veuille révéler à nos dirigeants, et au peuple, la grandeur et la fonction de la terre d’Israël et de notre peuple. Que, après Lag ba Omér puis en la 6e semaine consacrée à l’amélioration de la relation sexuelle, tout le plan d’union se réalise pour chaque être afin que chacun puisse vivre dans le bonheur l’être unique dans lequel il a été créé. Que le Créateur nous donne des Sages qui instruisent le peuple ignorant, et qu’ils lui fassent découvrir que la vie est la Torah.

Le commentaire de Rachi sur un verset de la paracha Béhar, si proche (Vayiqra 25,38) dit : « Je suis Hachém votre D.ieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte pour vous donner le pays de Kanaâne, pour être votre D.ieu ». Saisissons bien l’intentsité d’union affective de ces mots « donner… être votre ». Rachi dit: – « Je vous ai fait sortir mais la condition en était que vous acceptiez Mes commandements même s’ils vous pèsent. – Je vous ai donné ce pays, mais comme récompense de ce que vous acceptiez mes commandements. (et on arrive au plus important) – « pour être votre D.ieu ». Pour quiconque habite la terre d’Israël, Je suis D.ieu, mais pour celui qui sort de cette terre, c’est comme s’il adorait des idoles ». On ne peut pas trier dans la Torah ni dans Rachi. Ses mots sont impressionnants et clairs et précis.

La paracha de Béhar débute avec ces versets : « Quand vous serez entrés dans le pays que Je vous donne, la terre sera soumise à un chômage en l’honneur de l’Éternel ». Yonathan Bendennnoune nous dit que dans les explications du Sfat Emet sur ce sujet, on retient l’idée que la venue et le maintien de notre peuple en Eretz-Israël sont soumis à la condition du respect de la Chemita. Autrement dit, on ne peut donner un sens véritable à la promesse et à l’héritage de la  » Terre sainte  » que pour autant que le peuple d’Israël y respecte en tous points cette éminente mitsva ! Pour mieux saisir le fond de sa pensée, il convient de formuler ici une remarque importante : en effet, on relève dans les versets de la Torah une contradiction apparente concernant l’héritage d’Eretz-Israël. D’une part, nous savons que chaque Juif, dans l’essence profonde de son âme, possède en propre une part en Eretz-Israël. Car, de la même façon que chaque âme juive détient une part personnelle dans l’étude de la Torah – comme nous l’affirmons dans nos prières : « Donne-nous notre part dans la Torah » -, ainsi en est-il de la terre de nos ancêtres. Le Sfat Emet l’énonce pour ainsi dire explicitement : « Chaque parcelle de terre d’Eretz-Israël est en relation avec des âmes spécifiques du peuple juif ».

À cet égard, on serait enclin à voir tout simplement dans cet héritage l’accomplissement du verset des Psaumes : « Quant à la terre, Il la céda à l’homme »… Pourtant, d’autres versets semblent suivre avec un sens tout à fait opposé ! Par exemple, lorsque la Torah énonce la mitsva de restituer – lors du yovel (le Jubilé, qui est la 50e année suivant sept années de Chemita) – les terres à leurs propriétaires initiaux, elle s’exprime en ces termes : « Nulle terre ne sera vendue irrévocablement, car la terre est à Moi ! », (Vayikra, 25, 23). Verset que le Sforno commente ainsi : « La terre – c’est-à-dire le territoire – est la terre de D.ieu. ‘ Vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez Moi ’ dans ce même territoire, car il ne s’inscrit pas dans le principe initial : ‘ La terre, Il la céda à l’homme ’ ». Alors comment peut-on résoudre cette apparente contradiction ? En remettant justement cet « héritage de la terre » dans son juste contexte.

Certes, tout terrain qu’un homme achète dans n’importe quel endroit du globe devient sien en vertu de l’énoncé « La terre, Il la céda à l’homme ». Cependant, cette acquisition reste superficielle. Mais pour ce qui est d’Eretz-Israël, les choses prennent un tout autre aspect : le rapport entre l’homme et la terre y est essentiellement spirituel, et c’est pourquoi une relation profonde existe entre ce pays et les âmes du peuple juif. Or, en vertu de cette relation spirituelle profonde, les principes de « l’acquisition » y sont régis par des règles radicalement différentes. Ainsi, du fait que la conquête d’Eretz-Israël par le peuple hébreu n’avait aucune commune mesure avec les autres conquêtes territoriales de toute l’histoire humaine, le privilège d’y séjourner a d’emblée été conditionné exclusivement par son respect de la Chemita. C’est cette mitsva qui accordait au peuple d’Israël son « droit de séjour » sur sa terre, et c’est elle qui décida, lorsque vint ce sinistre jour, de l’en expulser… Car l’exil vient précisément rappeler aux membres du peuple d’Israël que la terre de leurs ancêtres ne leur fut pas donnée dans le seul but d’une prospérité agricole…

À propos de la Terre  » sainte « . De fait, l’exil de notre peuple chassé de sa terre est justement le  » prix  » à payer pour avoir transgressé le « chômage » de cette même terre : voilà pourquoi l’exil babylonien consécutif à la destruction du Premier Temple eut une durée exacte de 70 ans, correspondant au nombre de Chemitot que le peuple hébreu avait manqué de respecter comme il convient.
À de nombreuses reprises, nous remarquons ainsi que la Torah considère la Terre d’Israël comme une entité vivante et nullement comme un simple agglomérat de terre et de pierres…  De ce fait, les versets parlent souvent d’elle comme d’un être animé et lui attribue des réactions propres aux êtres vivants. « La terre ne vous vomira pas (…) comme elle a vomi le peuple qui vous a précédés », (Vayikra, 18, 28) en est un exemple probant, car aux yeux de la Torah, de la même manière qu’un organisme vivant rejette tout aliment nocif, ainsi la terre d’Israël ne peut-elle supporter la présence de peuples dont les mœurs et la conduite ne correspondent pas à sa dimension et à sa haute valeur. Ainsi, nous pouvons retenir que si nous aspirons bel et bien à atteindre sur la terre de nos ancêtres la sérénité qui nous a fait tant défaut jusque-là, nous devons tout d’abord nous atteler à respecter ses propres exigences. Et Yonathan Bendenmoune conclue que c’est en observant très rigoureusement le « repos » de la terre d’Israël que nous pourrons espérer voir émerger l’ère de notre « repos » à nous… avec la construction du Troisième Temple à Jérusalem.

(Sources : Lamed – Jacques Kohn, Chiourim.com – Chabbad.org – Rav Dynovisz – Rav Lazer Gurkov Chabbad.org – Rav Dufour, Modia – Yonathan Bendenmoune)

 

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Les études du site Modia pour la semaine :

1.   1ère PARACHA DE LA SEMAINE – 32e Paracha – Behar: Au mont Vayiqra 25, 1 – 26, 2
Elle vous donnera la conception de ce qu’est pour le judaisme Aimer en principes et aimer en faits.

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2ème PARACHA DE LA SEMAINE – 33e Paracha – Be’houqotaï: Selon mes lois Vayiqra 26, 3 – 27, 34
Cette paracha termine le livre de Vayiqra qui nous transmet tout le dispositif prévu par le Créateur. C’est le coeur de la Torah. Et la dernière paracha montre que la terre d’Israël en est un élément essentiel. Cette paracha exige de nous que nous fassions un effort important pour sortir d’une vision politique de la terre d’Israël et pour adopter le regard de la Torah.

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2 – Nous sommes encore dans le mois de Iyar. Pour assimiler toute la puissance de ce mois, voyez encore ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.  CLIQUEZ ICI

3 – Et voici le sens du Ômer que l’on dit dès la fin du premier jour de Pessa’h, après le coucher du soleil

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Le 5 mai au soir on allume pour ouvrir le 21e jour du Omer
Le 6 au soir on allume pour ouvrir le 22e jour du Omer
Le 7 au soir on allume pour ouvrir le 23e jour du Omer

Rav  Yehoshua Rahamim Dufour

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32ème paracha « Behar » « Au mont » Vayiqra 25, 1 – 26, 2


Reprise louyehi 2011 remaniée – Au Mont Sinaï, D.ieu prescrit à Moïse le repos septénaire de la terre et institue le jubilée, tous les 50 ans, lors duquel les terrains et les habitations hors des villes fortifiées reviennent à leur propriétaire initial. Le jubilée est également marqué par l’affranchissement des ‘esclaves’, occasion pour le texte de préciser les conditions générales dans lesquelles un Israélite peut tomber en servitude, les dispositions légales qui encadrent celle-ci et les moyens par lesquels ils peut racheter sa liberté. « Je suis Hachem votre D.ieu qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte, pour vous donner le pays de Canaan, pour être votre D.ieu. » (Lévitique 25, 38) A propos de ce verset, le Talmud cite la beraïta suivante : Nos maîres ont enseigné : En règle générale, l’homme doit habiter le pays d’Israël, même dans une ville dont la majorité des habitants est idolâtre et ne doit pas habiter hors du pays, même dans une ville dont la majorité des habitants est membre d’Israël. Car quiconque habite Erets Israel ressemble à quelqu’un qui a un D.ieu, et quiconque habite hors d’Eretz Israel ressemble à quelqu’un qui n’a pas de D.ieu, puisqu’il est dit : « Pour vous donner le pays de Canaan, pour être votre D.ieu ». (On objecte : cela signifie-t-il qui habitent hors d’Eretz Israel n’auraient pas de D.ieu ? C’est donc pour dire que quiconque habite hors du pays d’Israël est comme s’il était idolâtre.


Ce texte n’est en général pas considéré comme ayant force de loi. Cependant, Rabbi Yecha’ya di Trani signale dans son commentaire sur le traité de « Ketoubot » que telle était la règle « Lorsqu’Israël était sur sa terre », c’est-à-dire en un temps de souveraineté politique hébraïque sur Eretz Israel. Le verset qui sert de base à cet enseignement se trouve en fait à la suite d’un ensemble de prescriptions concernant le caractère inaliénable d’Eretz Israël. L’ensemble de ces prescriptions se trouve défini comme ayant été transmis à Moïse sur le Mont Sinaï. « Et D.ieu s’adressa à Moïse sur le mont Sinaï, en disant… » (Lévitique 25, 1) D’où la question de Rachi : « Toute la Torah a été donnée au Sinaï ; pourquoi le rappeler de façon spécifique à propos des mitsvote concernant la relation d’Israël à sa terre : chemita, yovel (jubilée), etc… ? La réponse, dont la source est dans le Midrach Torat Cohanim est que la Torah a tenu à donner ces mitsvote de la vie quotidienne en Eretz Israël, révélée au Sinaï dans tous leurs détails, en modèle au reste des commandements dont seuls les principes généraux sont donnés explicitement dans la Torah écrite.


La question de savoir quel est le rapport entre la chemita et le Sinaï prend une ampleur renouvelée dans notre temps, où une partie du peuple juif contemporain se définissant comme fidèle à la Torah du Sinaï, considère cependant que celle-ci ne postule pas forcément la vie en Eretz Israel. On peut penser que le traité Kétoubot a tenu à employer des termes aussi durs que « comme s’il était idolâtre » pour stigmatiser une belle doctrine , selon laquelle la Torah du Sinaï serait une « religion » indépendante théoriquement de « Sion ». Or, on sait ce qui risque d’advenir de « religions » issues d’Israël, mais coupées d’Eretz Israel considérée uniquement comme « terre sainte ». Toutefois, il faut préciser que cette condamnation des Juifs habitant hors du Pays d’Israël ne concerne pas forcément tous les Juifs de diaspora. Il ya en effet dans le terme employé par le Talmud et que nous avons traduit par « habiter » le sens de habiter de façon principale, définitive. Ce mot « ladour » s’oppose à un autre mot « lagour », qui signifie « séjourner de façon provisoire » (Genèse 47, 4) « C’est pour séjourner « lagour » au pays (d’Egypte) que nous sommes venus », ainsi que le commentaire de la Haggada de Pessa’h : « et non pour s’y installer ». En d’autres termes, les Juifs qui se savent en exil hors d’Eretz Israel , mais sont empêchés d’y vivre pour des raisons de force majeure , ne sont pas dans un cas visé par la beraïta. Cela pose le problème de la définition de la « diaspora ». S’agit-il de la diaspora de l’Etat d’Israël contamporain, ou bien de la diaspora du deuxième Royaume de Juda détruit par Rome il y a 2 000 ans et qui se trouve – sans l’assumer réellement – contemporaine de l’Etat d’Israël actuel ? Cette question est, dans l’état des choses renvoyée à la conscience individuelle de chacun et à sa sincérité. Mais il est un secteur de la population juive de diaspora où l’interpellation de notre beraïta ne peut être entendue que de façon très inconfortable. Il s’agit de ceux des Juifs qui cherchent dans la « religion » un alibi pour ne pas vivre à Sion.


Dans la paracha Behar, il est écrit: « Ne vous lésez point l’un l’autre, mais redoute ton D ieu ! Car je suis l’Eternel votre D.ieu ». (Vayikra 25:17). En d’autres termes, on doit arriver à éprouver le même sentiment de sainte crainte et de trépidation s’il nous vient à vouloir léser autrui, que lorsqu’on se trouve face à D.ieu. Et bien que la chose est difficile, nous sommes néanmoins ordonnés de faire ainsi. Et de plus, les transgressions entre l’homme et son prochain prennent préséance sur celles entre l’homme et D.ieu. Nos Sages ont expliqué que ce verset interdit les paroles frauduleuses. Cela inclut l’avertissement de ne pas diminuer une autre personne par des paroles blessantes, de ne pas lui donner de conseils qui ne sont pas réellement bénéfiques pour lui, mais bénéfiques pour le conseilleur. Il ne devra pas utiliser le pouvoir de sa parole pour causer de la peine ou pour embarrasser autrui. Il ne devra même pas examiner de la marchandise qui est en vente s’il n’a pas d’argent avec lui ou s’il n’a pas l’intention de l’acheter. Même un mot qui fait allusion à quelque propos blessant pour son prochain rentre la catégorie de cette interdiction.


Cependant, la société dans laquelle nous vivons est caractérisée par le contraire de tout ce qui est interdit dans cette mitsva. Il est courant de dénigrer son prochain ou de se moquer de lui par qu’il souffre d’une certaine déficience. Nous disons que nous plaisantons simplement, alors qu’en fait nous ne plaisantons pas du tout mais nous faisons de lui un sujet de moquerie. La racine de cette impudence est la déficience dans notre attitude envers les mitsvote entre l’homme et son prochain. De même que nous n’estimons pas cette catégorie de mitsvote, nous ne considérons pas les gens selon leur vraie valeur. Cet comportement superficiel nous mène directement à une attitude indulgente qui peut nous permettre des comportements impudents. En contraste avec cela, il semble que nous comprenions mieux les commandements entre l’homme et D.ieu. Nous savons que les lois ont la même valeur indépendamment de la grandeur ou de la grosseur du sujet de la mitsva et qu’il n’y a donc pas de sens à les observer partiellement. Nous savons qu’un animal n’est pas cachère si l’on découvre un trou dans ses poumons après l’abattage, que le trou soit petit ou grand. Il n’y pas de différence si une personne moissonne entièrement son champ le Chabbat ou s’il arrache quelques plantes du sol. Cependant, si nous réalisons que le propre comportement envers les autres êtres humains est obligatoirement parce que cela est ordonné par D.ieu, alors il devient plus évident que même la plus petite « piqûre » qui puisse causer de la peine à autrui est une transgression majeure de l’interdiction de ne pas blesser autrui par nos paroles. Que soit béni celui qui parvient à accomplir tout cela.


La paracha Behar interdit de prêter de l’argent et d’en tirer le moindre profit : « N’accepte de sa part ni intérêt ni usure, mais crains ton D.ieu, et que ton frère vive avec toi ! » (Vayikra, 25, 36) Le Kli Yakar explique que la raison de cette interdiction réside dans le fait que la Torah proscrit de se livrer à une profession « oisive » et non productive dont le gain est assuré sans nul risque, car cela pourrait générer chez l’homme une confiance absolue dans l’argent – au détriment de la confiance en l’aide divine. La parabole suivante illustre comment les tsaddikim ont été à toutes les époques le symbole vivant du déni de toute dépendance vis-à-vis de l’argent, allant même souvent jusqu’à l’abandonner sans le moindre scrupule… Chargé de ses livres d’étude qu’il transportait toujours de ville en ville, le ‘Hafetz ‘Haïm se retrouva un vendredi après-midi forcé de passer le Chabbat dans un hameau. C’est au rav de la localité que revint donc l’honneur d’héberger l’illustre maître de Radine. Or, peu avant l’entrée du Chabbat, le ‘Hafetz ‘Haïm se souvint qu’il avait en sa possession une grande somme d’argent, qu’il confia donc avec son portefeuille à son hôte. Pendant le Chabbat, le rav fut fort tracassé par le fait que son prestigieux invité avait déposé chez lui tout son argent sans témoins, acte en fait prohibé par la Hala’ha (voir ‘Hochen Michpat, 70, 1) : en effet, cela peut inciter un dépositaire malhonnête à nier ensuite l’existence de ce dépôt. Mais sachant pertinemment que son invité respectait scrupuleusement la Hala’ha, le rav décida d’attendre la sortie du Chabbat pour lui demander des explications. Après la cérémonie de la havdala, le ‘Hafetz ‘Haïm prit sa valise, s’empara de ses livres et après avoir remercié le maître de maison pour son hospitalité, il se dirigea vers la porte… Le rav lui rappela alors qu’il ne lui avait pas encore restitué son portefeuille. « Je le sais bien, mais comme nous étions seuls lorsque je vous l’ai confié et qu’il n’y avait alors personne d’autre présent pour que je le prenne en témoin, je n’ai pas voulu enfreindre un interdit de notre Hala’ha… si bien que je vous l’ai finalement donné en cadeau ! ». Le rav essaya ensuite de rendre l’argent à son propriétaire, mais ce dernier argua que depuis vendredi soir, ce n’était déjà plus son argent. Le rav décida alors d’ouvrir une brèche contre cette argumentation sur un tout autre terrain : il pria le ‘Hafetz ‘Haïm d’accepter l’argent comme cadeau… Mais il essuya de sa part un refus catégorique : « (…) Celui qui hait les présents vivra ! » (Proverbes 15, 27). Sans le moindre regret, le maître de Radine s’engouffra dans la carriole qui l’attendait, laissant derrière lui un portefeuille plein et un hôte stupéfait.


« Si tu fais une vente à ton prochain ou si tu acquiers de sa main quelque chose… » (Vayiqra 25:14) S’il existe bien des endroits où il est difficile de sentir auprès de nous la Chekhina (Présence divine), il s’agit de ceux où nous achetons ou vendons les biens dont nous avons besoin. De fait, le supermarché, l’épicerie de notre quartier ou la boulangerie de notre village ne sont pas les lieux où nous allons en pensant à D.ieu, pour Le rencontrer ou pour nous en rapprocher. Pourtant, la terre est remplie de la gloire d’Hachem et peu importe ce que nous faisons et l’endroit où nous nous trouvons, le Créateur est à nos côtés et Il n’attend qu’une chose : que nous fassions appel à Lui, que nous Le prions et que nous tenions compte de Sa volonté. Notre Créateur désire à chaque instant de notre vie que nous pensions à Lui, même lors des moments où tout nous incite à L’oublier. Lorsque nous plaçons sincèrement Hachem en notre cœur et que nous Le mettons en avant lors de nos échanges commerciaux avec nos semblables, nous avançons à grands pas vers le but ultime de notre passage ici-bas : le rapprochement avec le Divin. Le judaïsme ne prône pas l’égalité. La Torah vit dans le concret : elle sait très bien qu’il y aura jusqu’à la fin des temps des riches et des pauvres. Mais pour chacun, elle donne la possibilité de fuir les risques que sa situation peut lui faire encourir. Pour le riche et pour le pauvre, elle montre une voie permettant d’accéder à une vie spirituelle, en tenant compte des caractéristiques de chacun. Le pauvre en évitant de se laisser entraîner dans une vie uniquement matérielle. Le riche, en lui donnant la possibilité de considérer que le prêt d’argent sans intérêt est un moyen de réfréner ses pulsions de désir matériel et de jeter un œil vers une vie plus tournée vers la ‘ réparation du monde ‘. Telle est la justice idéale selon la Torah.


La Torah fut donnée aux Hébreux voici plus de 3 300 ans, un jour de Chabbat Kodech, au sixième jour du mois de Sivan, plus exactement en l’an 2448 depuis la création du monde. C’est au plus fort d’un tumulte et d’un ébranlement que le Créateur du monde se manifeste sur le Mont Sinaï avant d’offrir la Torah à Son Peuple Israël. Cet événement est inscrit depuis lors dans la conscience de la nation juive, non pas comme un simple fait historique impressionnant, héritage d’un lointain passé, mais bien plus comme l’événement majeur sur lequel repose toute notre vie, passée, présente et future. C’est ainsi que le Créateur du monde déclare dans la Sainte Torah (Devarim, 4: 9- 10) : «Seulement, garde-toi et évite avec soin, pour ton salut, d’oublier les événe- ments dont tes yeux ont été témoins, de les laisser échapper de ta pensée, à aucun moment de ton existence. Fais les connaître à tes enfants et aux enfants de tes enfants. N’oublie pas ce jour où tu te tenais en présence de l’Eternel ton D.ieu, au Horev, lorsque l’Eternel me dit : «Convoque ce peuple de Ma part, Je veux leur faire entendre Mes paroles afin qu’ils apprennent à Me révérer tant qu’ils vivront sur la terre, et qu’ils l’enseignent à leurs enfants»

La Torah est un trésor précieusement conservé par les Juifs au fil des millénaires. Les Sages nous affirment que 974 générations avant la création du monde, D.ieu siégeait : consultant, étudiant, examinant et concevant la Torah toute entière. Et pour chacun des détails et des paroles de la Torah, D.ieu s’employa à les analyser profondément, à 248 reprises – à l’image des 248 membres de l’homme – avant de les faire jaillir de Sa parole et de les inscrire définitivement dans la Torah. D.ieu ne créa le monde que pour la Torah, afin que le peuple d’Israël l’accepte, l’étudie et l’accomplisse. C’est ainsi que D.ieu mit en place tous les détails de la création, de telle sorte qu’ils permettent la mise en pratique de la Torah. Ainsi par exemple, sommes-nous enjoints à pratiquer la circoncision sur un nouveau-né de 8 jours. C’est pour cette raison que l’Eternel a créé en ce monde une règle naturelle, celle de la coagulation du sang chez un bébé, qui n’est totale qu’au terme de huit jours. De même sommes-nous soumis à l’abstention de tout travail le septiè- me jour, le Chabbath. En l’occurrence, D.ieu a créé des forces de l’âme et du corps humain telles, que celui-ci est naturellement dépendant d’un jour de repos hebdomadaire. Ainsi en va-t-il de toute la nature créée par rapport à la Torah.

La Torah représente donc le «plan architectural» à l’origine du monde, comme le rappelle le Zohar : «D.ieu a contemplé la Torah afin de créer le monde», c’est-à-dire qu’il s’est inspiré de la Torah, comme d’un plan, pour créer le monde. Pourtant, D.ieu n’a pas donné la Torah immédiatement après la création du monde, mais a «patienté» pendant plus de 26 générations (Celles de Adam le premier homme, Shet, Enosh, Keinan, Mahalalel, Ye- red, Hanoh, Métoushélah, Lémeh, Noah, Shem, Arpahshad, Shélah, Ever, Peleg, Réou, Séroug, Nahor, Térah, Avraham, Itshak, Yaacov, Lévi, Kéhat, Amram et Moché notre maître) avant de trouver la génération la plus adéquate pour cela. Une génération sortie d’Egypte, après y avoir connu de grandes remises en question en matière de foi, contemplé des miracles, et soumise à de nombreuses épreuves. Celle qui a vu aussi, face à face, la Providence du Créateur du monde, les dix plaies, la sortie d’Egypte, l’ouverture de la Mer Rouge, etc. … C’est donc cette génération qui a semblé la plus à même de recevoir la Torah au regard de D.ieu.


Il semble qu’au bout du compte, D.ieu ait attendu l’espace de 1000 générations avant de donner Sa Torah, à Son peuple d’Israël, comme il est écrit : « Rappelez-vous éternellement son alliance, le pacte qu’il a promulgué pour mille générations» (Divré Hayamim 1, 16 :1.). Feu et nuage D.ieu illumina le Mont Sinaï tout entier par un feu tout particulier : un feu de Kédoucha, et la rosée qui tomba alors ne l’éteint pas. Rabbi Shimon Ben Lakish : «Lors du Matan Torah, tout était de feu, la Torah elle-même fut écrite en lettres de feu noir sur feu blanc. Moché Rabbénou était tel une flamme incandescente que les Bné Israël craignaient d’approcher. Tous les anges étaient en feu et le Mont Sinaï brillait lui aussi d’un grand feu. Et Hachem descendit vers le peuple au cœur de ce grand feu, et Ses Paroles y furent entendues. Il s’agissait d’un spectacle impressionnant. Mais pourquoi la Torah fut-elle donnée au milieu du feu et de l’obscurité ? Afin de nous enseigner que tous ceux qui étudient la Torah et la mettent en pratique seront préservés du feu du guéhinom (enfer) et de l’obscurité de laGalout (exil). Une nuée recouvrait le Mont Sinaï tout entier, mais le miracle fut que cette fumée ne se distinguait, ni du feu ni de la montagne. Tous les vents les plus doux du Gan Eden se purent sentir, à même d’apaiser les âmes. Chlomo HaMélèkh (le Roi Salomon) dit à propos de cette nuée, dans Chir haChirim (le Cantique des Cantiques) : «Embaumée de myrrhe et d’encens».


La montagne trembla alors bien plus que lors d’un tremblement de terre, en même temps que toutes les montagnes du monde, du haut vers le bas. Les eaux des océans et des fleuves s’agitèrent tout autant, le Jourdain inversant même son flux, tous les arbres et tous les rochers grondèrent. Une Bat Kol (voix céleste) se fit soudain entendre : «Qu’as- tu, oh mer, pour t’enfuir ? Jourdain, pour retourner en arrière ? Montagnes, pourquoi bondissez-vous comme des béliers, et vous, collines, comme des agneaux ?» (Téhilim, 114 , 6). Ils répondirent : «A l’aspect du Seigneur, tremble, ô terre, à l’aspect du D.ieu de Yaacov !» (Téhilim 114, 8) Nos‘Hakhamim (Sages) enseignent à ce propos : «Au moment ou Da- vid haMélèkh entreprit de procéder aux excavations préalables aux fondations du Beth Hamikdach, il parvint à une profondeur de .0 amote (2. mètres) et trouva un bloc d’argile bloqué, qu’il tenta d’extraire et de jeter. Ce bloc lui dit : «Tu ne peux rien contre moi, car je bouche l’abîme». Le Roi David lui demanda : «Depuis combien de temps es-tu ici ?». «Depuis le moment où D.ieu a fait entendre Sa voix sur le Mont Sinaï, disant : «Je Suis l’Eternel Ton D.ieu». La terre en a tremblé, sur le point de s’effondrer. Hachem m’a alors envoyé ici me chargeant de boucher ce gouffre, lui évitant de croître et d’anéantir ainsi toute la ter- re. Et lorsque les eaux m’aperçoivent, le Chem Haméforach (Nom divin immémorial) inscrit sur moi, elles s’en détournent immédiatement».


Le Mont Sinaï était éclairé grâce à une pierre précieuse, le «Bedolah» (cristal ou quartz) que D.ieu déplaça pour la placer au-dessus des Bné Israël. Ainsi, la montagne fut suspendue dans les airs pendant cet événement, à l’image d’une‘Houpa (dais nuptial) dressée pour des mariés : Hachem et Son peuple. Les témoins attendus pour cette cérémonie furent les cieux et la terre, la Kétouba (acte de mariage) fut la Torah elle-même. Et D.ieu prononça cette mise en garde : «Si vous acceptez Ma Torah, rien de mieux, sinon, ce lieu sera votre sépulture car le monde n’a de raison d’être que pour la Torah». Cependant, les Bné Israël avaient promis : «Naassé Vé Nichma» (nous accomplirons puis nous comprendrons), prêts à recevoir la Torah de leur plein gré. Mais pour ce qui concerne la Torah orale, constituée de multiples détails, craignant de ne pouvoir respecter leur engagement, se montrèrent alors réticents. C’est pour cela qu’Hachem retourna la montagne au-dessus de leurs têtes, à l’image d’un toit. Mais au bout du compte, ils acceptèrent également la Torah orale, de plein gré. Cette résolution se déroula bien plus tard, au temps de Mordéchaï et Esther, lorsqu’ils furent délivrés de la menace planifiée par le vil Haman.


Tous se tenaient au pied de la montagne, définitivement prêts, et résolus à recevoir la Torah. Au moment où D.ieu souhaita se manifester afin de donner la Torah aux Bné Israël, le monde tout entier se tut : nul oiseau ne s’envola, nulle vache ne se mit à meugler et aucun autre animal n’émit le moindre son. Les anges eux-mêmes interrompirent leur service et restèrent silencieux. Le monde dans son ensemble donnait l’impression d’être vide de toute vie. Des cieux au-dessus du Mont Sinaï, Hachem se révéla à Israël, comme il est dit : «Vous avez vu que des cieux Je vous ai parlé». Lorsque la Voix retentit d’un bout à l’autre de la terre, ébranlant le monde tout entier, un grand tremblement s’empara de tous les dirigeants de toutes les royautés de la planète, chacun dans son palais. Ils se réunirent et se dirigèrent vers Bilam (le prophète des nations) qui était leur prophète. Ils lui dirent : «Quelle est donc ce tumulte que nous avons entendu ? D.ieu souhaite t-il envoyer un déluge et détruire le monde ?». Bilam répondit : «Stupides que vous êtes ! D.ieu a déjà juré de ne plus envoyer de déluge sur le monde ! Il s’agit en vérité d’un trésor préservé par D.ieu dans les cieux, et il vient à présent l’offrir à Ses enfants». Aussitôt, tous acceptèrent et s’écrièrent : «Hachem offrira Sa puissance à Son peuple, Hachem bénira Son peuple dans la paix». Au même moment, Hachem offrit la possibilité à toutes les idoles du monde de venir se prosterner devant la Chehina (le force divine). Un miracle se produisit alors : chaque bouche s’emplit d’eau, que chaque idole recracha sur les idolâtres, les ridiculisant, leur disant : «Vous avez abandonné le Maître du monde, Créateur des cieux et de la terre, pour venir nous servir, nous les statues, qui «ont une bouche, mais ne parlent pas» (Téhilim). Les Bnei Israel, qui avaient entendu la Voix directement ne furent cependant pas en mesure de pouvoir supporter une telle intensité de sainteté.


3 catégories se distinguèrent alors : Première catégorie : La majorité du peuple vit son âme quitter le corps à chaque Parole prononcée par D.ieu, comme il est écrit : «Mon âme m’a quitté par sa parole», s’élevant jusqu’au Trône divin. La Torah de- manda à D.ieu : «Maître du monde, M’as-tu créé pour rien, 974 générations avant même la création du monde ?! Et existe-t-il donc un roi qui, au moment même où il marie sa fille (la Torah), tue ses enfants ?! Aussitôt, la Torah restitua à chacun des Bné Israël son âme, comme il est écrit : «La Torah d’Hachem est intègre, restitue l’âme». Seconde catégorie : Elle concerne ceux qui se trouvaient à un stade plus élevé encore, capables de supporter une telle Kédoucha : leur âme ne les quitta pas. Pourtant, dans le même temps, à chaque Parole divine, ils s’en trouvaient ébranlés, du fait de sa puissance redoutable, à tel point qu’ils ne purent rester à leurs places et furent projetés en arrière, à plus de 12 mil (environ 12 kilomètres), comme il est dit : «Et le peuple vit, tressaillit et se tint au loin». Hachem dit alors aux anges du service de descendre et de leur venir en aide. Ce qu’ils firent immédiatement, comme on le ferait en tenant la main d’un nourrisson, pour lui apprendre à marcher seul. Troisième catégorie : Il s’agit des plus élevés parmi le peuple. Ils restèrent à leur place mais furent très affaiblis en entendant la Parole divine. Que fit alors Hachem ? A chaque parole prononcée, il embauma le monde entier d’encens, afin de renforcer les âmes ébranlées par cette expérience. Après chaque parole, le vent se levait et dispersait ce baume ambiant jusqu’au Gan Eden (paradis), avant de revenir dans ce monde pour chaque nouvelle parole.


(sources : Rav Léon Askénazi, Leçons sur la Torah – Dr Michaël Aboulafia, Machon Meir – Torah.net – Hamodia – Rabbi Na’hman, La Pause Café – la toile scoute – Extrait de Lois et Récits de Chavouôt – Torah Box)

 

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Voici l’étude de la paracha de la semaine, avec le site Modia, ici :

1.   PARACHA DE LA SEMAINE – 31e Paracha – Emor: Dis Vayiqra (Lévitique) 21, 1 – 24, 22
Elle vous donnera la conception de ce qu’est l’humanisme du Juif et sa mission, une sainteté très personnelle au nom : qédoucha. Elle concrétise de façon personnelle et vitale et concrète ainsi la paracha précédente.

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Le nouveau mois de Iyar(généralement en mai)

La particularité du mois de Iyar

Il est appelé aussi mois de Ziv, ce qui veut dire « mois du rayonnement ».  Cela veut dire que la merveille de la  la sortie d’Egypte,  qui est une re-Création du monde comme on le rappelle dans le qiddouche du soir de Chabbate, va atteindre son objectif en ce mois.

On passe du potentiel à la réalisation  …

Cliquez ici : Calendrier juif du mois de Iyar

Rav  Yehoshua Rahamim Dufour

 

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31e Paracha : Emor « Dis » – Vayiqra (Lévitique) 21, 1 – 24, 22 (2013)


En quoi est-il étonnant qu’Hachem ait demandé qu’on Lui construise un Michkane et un Bet Hamikdach ? En quoi cette injonction est-elle importante ? Comment comprendre que si les goyim (nations) avaient conscience de l’importance du Bet Hamikdach, ils en pleureraient la destruction, tous les 9 av, (tichabéav) comme le pleurent les Juifs ? Le Rav Raphaël Sadin nous demande encore : qu’est-ce que le Temple ? Un temple est a priori antijudaïque, car D.ieu est absolu, au-delà de l’être. D.ieu se réduire D.ieu dans un si petit espace ? Ramban (Na’hmanide) et les Richonim expliquent que le Temple est l’endroit qui est préservé, un endroit préservé de la folie du monde, un endroit complètement pur. Il faut qu’un endroit reste pur comme avant la faute d’Adam Harichon et la faute du Veau d’Or et que celle-ci n’ait pas de prise. Quand on dit que c’est la maison de D.ieu, on signifie que c’est l’endroit où la Divinité peut se révéler sans les filtres, sans les « klipote » écorces. Là-bas, on peut voir la manifestation absolue de la Vérité. La faute métaphysique du veau d’or a détruit l’accès à la Vérité à partir du monde, à partir de la nature, de l’espace profane. C’est pourquoi D.ieu a créé un espace complètement pur, préservé de la faute, où on a la possibilité de rencontrer le visage de la Divinité en toute pureté.

Dans le Temple, il fallait que l’espace où se trouvait l’arche d’alliance ne prenne pas de place. C’est une manifestation de D.ieu qui n’obéit pas aux règles naturelles physiques du monde. A cet endroit, on voyait clairement la Divinité. Le Temple est l’endroit où la Vérité s’éclaire, s’illumine. Ainsi, 10 miracles s’accomplissaient quotidiennement dans le Temple et à Jérusalem : • Aucune femme n’avorta jamais à cause de l’odeur de la viande des sacrifices; • La viande provenant des sacrifices ne se décomposait point; • On ne voyait aucune mouche dans l’abattoir du temple; • Jamais une impureté accidentelle ne souilla le Kohen HaGadol le jour de Yom Kippour • La pluie n’éteignait pas le feu qui brûlait sur l’Autel ; • Le vent ne parvenait pas à déranger la colonne de fumée qui s’élevait des sacrifices ; • Jamais on ne trouva une disqualification dans l’Omer; ni dans les deux pains de Chavouote ou dans les pains de la proposition; • Le peuple, quoique serré à cause du grand nombre de personnes qui se trouvaient dans le temple, pouvait cependant se prosterner aisément; • Jamais serpent ni scorpion ne blessa quelqu’un à Jérusalem; • Enfin, personne ne se plaignit jamais d’être trop à l’étroit dans Jérusalem.

La seconde fonction du Temple c’est une relation avec D.ieu. Le Temple est un escalier mystique et spirituel où s’opère un double mouvement : de bas en haut et de haut en bas. Toutes les bénédictions du monde passaient par le Temple de Jérusalem. C’est pourquoi, quand on prie, on doit toujours le faire tournés vers Jérusalem et le mont du Temple, où que nous soyons dans le monde. Ainsi, la prière passe par le Temple ainsi que la réponse de D.ieu. Le Gaon de Vilna dit que le Icar de la guéoula va passer par le fait d’habiter la veille ville de Jérusalem.Il dit que l’étude de la Cabala et la capacité d’investir la veille ville de Jérusalem pour que le présence de la Torah y brille pour que puisse se faire un lien entre D.ieu est les hommes en un double mouvement (est primordial.) Le Texte dit que si les non juifs connaissaient l’importance du Temple de Jérusalem, ils pleureraient tous sa destruction et sa perte le jour anniversaire de sa destruction, le 9 av (Tichabéav). Le Temple concerne donc l’humanité tout entière.

Les offrandes au Temple (le pain, le vin, l’eau, les fruits, la viande rôtie, les encens…) représentaient en quelque sorte la manière de nourrir D.ieu. Mais, demanderez-vous, en quoi D.ieu a-t-Il besoin qu’on lui apporte toutes ces choses ? Il est certain que D.ieu n’a besoin de rien, mais s’Il nous demande une faveur, cela ne dépend que de nous. La notion d’offrir à D.ieu des corbanote est la notion d’avoir à cœur de penser que dans chaque acte : manger, boire, respirer, etc… se loge le secret le plus ultime de la Vérité, de la spiritualité, de la sainteté et du lien avec D.ieu. C’est à travers un rapport sanctifié, un rapport à la nourriture qui se déroule au Temple que la Vie elle-même est le lieu le plus profond du rapport à D.ieu.

« L’Eternel dit à Moïse : « Parle aux Cohanim, fils d’Aaron et dis-leur : Nul ne doit se souiller par le cadavre d’un de ses concitoyens. » (Lévitique, 21, 1) Comment comprendre ce verset de la Paracha Emor ? Le Maharal de Prague nous enseigne une chose extraordinaire : la spiritualité est au-dedans de la vie de chaque homme. La spiritualité est la vie. La vie est spirituelle en essence, simplement comme toute chose, la vie se dégrade si on passe à côté des secrets de l’existence et de la vie. L’âme et le corps ne font qu’un. Or, les Cohanim dans le travail au Temple sont collés à la vie dans son secret le plus profont et ne peuvent donc pas toucher à la mort. Toute existence collée à D.ieu est immortelle. Est mortel celui qui est le résultat des causes qui l’entourent. Est immortel celui qui est en connexion avec la pureté, avec D.ieu.

Voici le discours de la dédicace du sanctuaire (I Rois chapitre 8, 12 – 8,53) : Alors Salomon dit : « L’Eternel a promis de réisider dans cette brume ; c’est donc bien pour Toi, Eternel, que j’ai bâti cette demeure ; elle sera à jamais le siège de Ta résidence ». Puis, le roi tourna sa face et bénit toute l’assemblée d’Israël, celle-ci restant debout, et il dit : « Loué soit l’Eternel, D.ieu d’Israël, qui a dit de Sa propre bouche à David, mon père, et réalisé de sa propre main cette parole : « Depuis le jour où J’ai fait sortir Mon peuple Israël de l’Egypte, Je n’avais choisi aucune ville entre les tribus d’Israël, pour l’édification du Temple où devait régner Mon nom. Et maintenant J’ai adopté David comme chef de Mon peuple Israël. » Or, David, mon père, eut la pensée d’édifier un Temple en l’honneur de l’Eternel, D.ieu d’Israël. Mais l’Eternel dit à David, mon père : « La pensée que tu as conçue d’édifier un Temple en Mon honneur est une bonne pensée. Toutefois, ce n’est pas toi qui bâtiras ce Temple ; c’est ton fils, celui qui doit naître de toi, qui bâtira ce Temple en Mon honneur. » L’Eternel a réalisé Sa parole ; j’ai remplacé David, mon père, sur le trône d’Israël, selon la parole du Seigneur ; j’ai construit ce Temple sous l’invocation de l’Eternel, D.ieu d’Israël, et j’y ai assigné une place à l’arche où repose l’alliance de l’Eternel, celle qu’Il fit avec nos pères lorsqu’Il les eut tirés du pays d’Egypte. »

Puis, Salomon alla se placer devant l’autel du Seingeur en présence deet oute l’assemblée d’Israël, étendit les mains vers le ciel et dit : « Eternel D.ieu d’Israël ! Nulle puissance ne T’égale, ni là-haut dans le ciel, ni sur la terre ici-bas, Toi qui maintiens ton pacte de bienveillance à tes serviteurs, lorsqu’ils marchent de tout leur cœur dans Ta voie ; Toi qui as observé à l’égard de Ton serviteur David, mon père, ce que Tu lui avais promis… Ta bouche l’avait proclamé, Ta main l’a accompli en ce jour. Et maintenant, Seigneur, D.ieu d’Israël, garde à Ton serviteur David, mon père, la promesse que Tu lui a faite en ces termes : « Aucun des tiens ne sera exclu par Moi du trône d’Israël, pour que que tes fils persévèrent dans leur voie, marchant devant Moi comme tu as marché toi-même. » Maintenant donc, D.ieu d’Israël, daigne réaliser la promesse que Tu as faite à Ton serviteur, à David, mon père. Mais est-ce qu’en vérité, D.ieu résiderait sur la terre ? Alors que le ciel et tous les cieux ne sauraient Te contenir, combien moins cette maison que je viens d’édifier ! Tu accueilleras cependant, Eternel mon D.ieu, la prière et les supplications de Ton serviteur, Tu exauceras la prière fervente qu’il t’adresse en ce jour : que Tes yeux soient ouverts nuit et jour sur cette maison, sur ce lieu dont Tu as dit : « Mon nom y règnera, » et que Tu entends les prières que Ton serviteu t’y adressera. Oui, Tu entendras les supplications de Ton serviteur et de Ton peuple Israël, proférées en ce lieu ; du haut du ciel ou Tu résides, Tu les écouteras et Tu pardonneras.

Si un homme faute envers son prochain, et qu’on lui défère le serment, et qu’il vienne le prononcer ici, devant Ton autel, Toi, Tu l’entendras dans le ciel, Tu agiras, Tu feras justice à Tes serviteurs, punissant le coupable et faisant en faisant retomber son méfait sur sa tête, favorisant l’innocent en raison de sa droiture. Si Ton peuple Israël est battu par un ennemi pour T’avoir offensé, mais qu’ensuite ils reviennent Toi, rendent hommage à Ton nom, te prient et T’implorent dans cette maison, Toi, Tu les entendras dans le ciel, Tu pardonneras l’offense de Ton peuple Israël, et Tu le ramèneras dans le pays que Tu as donné à ses pères. Si le ciel se ferme et refuse la pluie, parce qu’ils auront fauté devant Toi, mais qu’ils prient dans ce lieu, rendent hommage à Ton nom et reviennent à leur faute parce que Tu les auras châtiés, Toi, Tu les entendras dans le ciel, Tu pardonneras la faute de Tes serviteurs, de Ton peuple Israël, en leur montrant le bon chemin où ils doivent marcher, et Tu enverras la pluie à ce pays que Tu as donné en possession à Ton peuple. Si une famine survient dans le pays, s’il y sévit une épidémie, une maladie des blés, une calamité ou un fléau quelconques ; si quelque membre de Ton peuple Israël Te supplie et T’implore, chacun connaissant la plaie de son cœur et étendant les mains vers cette maison, Toi, Tu l’entendras du ciel, Ton auguste résidence, et Tu agiras avec clémence, traitant chacun selon sa conduite, selon que Tu connais son cœur, car seul Tu connais le cœur de tous les humains.De la sorte, ils Te révèreront tout le temps qu’ils vivront sur cette terre que Tu as donnée à nos aïeux.

Je t’implore aussi pour l’étranger qui ne fait pas partie de Ton peuple Israël et qui viendrait de loin pour honorer Ton nom. Car ils entendront parler de Ton grand nom, de Ta main puissante et de Ton bras étendu, et ils viendront prier dans cette maison ; Toi, Tu l’entendras du ciel, Ton auguste résidence, et Tu exauceras les vœux que T’adressera l’étranger, afin que tous les peuples du monde connaissent Ton nom, qu’ils Te révèrent comme Ton peuple Israël, et qu’ils sachent qu’elle est sous l’invocation de Ton nom, cette maison que j’ai bâtie. Quand Ton peuple ira en guerre contre l’ennemi, là où Tu l’enverras, et qu’ils T’adresseront leur prière, Seigneur, tournés vers la ville que Tu as élue et vers la maison que j’ai bâtie en Ton honneur, Tu entendras du ciel leur voix, leurs supplications, et Tu leur feras justice. Que s’ils fautent envers Toi – car il n’est point d’homme qui ne faute – et qu’irrité contre eux, tu les abandonnes à l’ennemi, pour qu’il les conduise captifs dans son pays éloigné ou voisin et que, venant à résipiscence dans le pays de leur exil, ils s’amendent et T’implorent en disant : « nous avons fauté, nous avons mal agi, nous sommes coupables » ; s’ils reviennent à Toi de tout leur cœur et de toute leur âme dans le pays où leurs ennemis les détiennent et qu’ils T’adressent leur prière dans la direction du pays que Tu as donné à leurs pères, de la ville que Tu as élue et de la maison que j’ai bâtie en Ton honneur, du haut du ciel, Ton auguste demeure, Tu entendras, Tu écouteras leur prière suppliante, et Tu leur feras justice.

Tu pardonneras à Ton peuple ses fautes, ses offenses à Ton égard, et Tu inspireras compassion pour lui à ses vainqueurs, afin qu’ils aient pitié de lui. Car il est Ton peuple et Ton héritage, que Tu as fait sortir de l’Egypte, du milieu de ce creuset de fer. Que Te yeux restent ouverts aux supplications de Ton serviteur. Et à celles de Ton peuple Israël, pour les exaucer toutes les fois qu’ils T’invoqueront. Car Toi-Même Tu Te les es réservés comme Ton héritage entre tous les peuples de la terre, comme Tu l’as déclaré par l’organe de Moïse, Ton serviteur, alors que Tu fis sortir nos pères de l’Egypte, ô Seigneur – Elohim ! » Alors que Salomon termine sa prière devant l’autel en présence de tout le peuple, un prodige se produit : D.ieu répond à sa prière. Le feu descend du ciel et consume l’holocauste et les sacrifices, la gloire de D.ieu remplit le Temple au point que personne ne peut y entrer. Le peuple se réjouit.

Nous apprenons, dit le Rav Philippe Haddad, l’histoire juive non seulement pour éviter les erreurs du passé, mais aussi parce que nous nous dirigeons tous vers une certaine destination. Le livre de Vayikra se termine par un passage particulièrement sévère dans lequel Dieu nous fait connaître tous les châtiments qui s’abattront sur nous au cas où nous ne serions pas fidèles à l’alliance que nous avons contractée avec lui au Sinaï. Les détails de ces punitions sont nombreux et, hélas, plusieurs fois au cours de notre longue histoire, nous avons eu l’occasion de sentir effectivement la main de Dieu et de voir se réaliser le châtiment divin. Mais, en même temps, nous avons vu aussi l’Eternel tenir scrupuleusement sa promesse, telle qu’elle se trouve exprimée dans notre paracha à la fin des châtiments, à savoir que, malgré son courroux et malgré notre mauvaise conduite répétée, jamais l’Eternel ne nous rejettera pour toujours, jamais il ne permettra que nous soyons complètement anéantis, car, pour lui, l’alliance contractée avec nous est éternelle, Et cette alliance, si elle nous impose certaines obligations, exige également de la part de Dieu une protection sans laquelle nous ne pourrions subsister. Aussi, comme disent nos Sages, Dieu est-il toujours venu avec nous en exil, tout comme au début de notre histoire il se trouvait à nos côtés en Egypte. Il a, pour ainsi dire, partagé les souffrances causées par les châtiments qu’il s’est vu obligé de nous infliger; car, en père aimant, il souffre du mal qu’il lui faut faire subir à ses enfants. Ce qui est vrai pour le peuple d’Israël dans son ensemble, l’est également pour chacun de nous individuellement. Il peut nous arriver de sentir s’abattre sur nous cruellement la main de Dieu, de souffrir de maux, de deuils, de maladies pénibles. jamais il ne nous faut cependant douter de la bonté divine, du fait qu’il est le père de chacun de nous individuellement et que le sort de chacun de nous lui tient à cœur. Les souffrances constituent souvent un châtiment; mais elles peuvent aussi être totalement inexplicables, et leur raison nous échapper complètement . N’oublions pas, dans tous les cas, que l’Eternel est notre Dieu, dans les mauvais comme dans les bons moments de l’existence.

Nos Sages associent le commandement Emor avec l’obligation du ‘Hinou’h, l’éducation des enfants, commentant : Il est écrit : « Parle » et il est écrit « dis-leur ». Pourquoi la répétition dans le même verset ? Pour mettre en garde les parents concernant leurs enfants… Lehazhir, le mot hébreu traduit par « mettre en garde » partage la même racine que le mot Zohar, qui signifie « rayonnement ». Cela nous enseigne une leçon fondamentale concernant l’éducation : elle doit se caractériser par une lumière rayonnante. En général, deux approches sont tentées pour persuader les enfants de rejeter un comportement indésirable : mettre l’accent sur sa bassesse ou montrer une alternative positive. Lehazhir souligne l’importance de répandre la lumière, car « une petite lumière repousse beaucoup d’obscurité » et en répandant la lumière, on allume la lumière intérieure que possède chacun. Ce concept possède aussi une signification plus profonde. Dans son sens complet, le ‘Hinou’h de nos enfants, et par extension de tous ceux que l’on influence, ne doit pas être considéré comme une obligation qui dépasse notre propre service divin, comme une autre tâche à accomplir, mais comme une émanation naturelle de ce service. Quand le service divin de l’individu atteint un sommet parfait, et en s’attachant à Ahavat Israël et A’hdout Israël (l’amour et l’unité du Peuple Juif) il se joint aux autres, son contact avec eux permet et accélère leurs progrès personnels. La lumière qui émane de sa conduite illuminera et éduquera tous ceux avec lesquels il entrera en contact. Et cet allumage de lumière par la lumière nous conduira à l’ère où « le Sage brillera comme la splendeur du firmament » et « Israël… quittera son exil avec miséricorde ». Adapté de Likoutei Si’hot vol. 27, p. 159 et suiv. et Sefer HaSi’hot 5750 p. 443 et suiv.

Il est classique depuis Rabbi Yéhouda Halévi de dire que le D.ieu d’Israël est celui de l’histoire. La révélation et la providence se manifestent à travers la réalité historique plus qu’à travers une prise de conscience spéculative. Le Rav Oury Cherky explique qu’on peut affirmer que le Saint béni-soit-il rencontre l’homme dans le temps, car le temps est la manière de l’homme de vivre le monde. Un verset à la fin de la liste des fêtes, laisse à penser qu’il est possible de continuer l’œuvre de sanctification du temps dans la suite de l’histoire, après la sortie d’Egypte. C’est: « Moïse enseigna les fêtes de D.ieu aux enfants d’Israël » (23,44). On peut comprendre ce verset comme signifiant que Moise a enseigné aux enfants d’Israël la faculté de créer des fêtes nouvelles au cours de l’histoire. Or, juste après cette phrase le texte rappelle deux commandements relatifs au service du Temple: l’allumage du candélabre et les douze pains de proposition. Il est aisé de reconnaître là des allusions aux fêtes ultérieures de Hanoucca et Pourim, célébrées respectivement par des lumières et un repas (le douzième mois). Il est plus ardu de déchiffrer l’allusion contenue dans l’épisode du blasphémateur qui apparaît immédiatement après. Il s’agissait d’un semi-hébreu semi-égyptien, que sa condition ambiguë a poussé à la détérioration de la parole. Le texte dit que Moise et les enfants d’Israël ne savaient pas comment le juger. Il semble que Moise, lui-même Hébreu de naissance et Egyptien de culture, ayant lui-même des difficultés à parler, ait été intrigué par un personnage lui ressemblant par ses données de départ, et qu’il se serait demandé si le personnage n’était qu’un vil blasphémateur ou si son effronterie ne portait pas en germe celle du libérateur des temps messianiques là où, selon le Talmud, l’effronterie sera abondante. Le blasphémateur du temps de Moise a été lapidé, mais le récit porte en lui l’allusion à une fête des temps du Retour où l’on fête la sortie du dernier exil, réalisée grâce à l’effronterie des juifs, initiée par un produit de la culture européenne, qui décida de revenir à son peuple et à sa terre.

Le mois de Iyar : Le rav Salomon Malka nous explique que le second mois selon le décompte scripturaire s’intitule Iyar. Dans le livre des Rois on le nomme ziv en allusion à la splendeur du soleil qui réchauffe sans atteindre les chaleurs caniculaires de l’été. Il est connu comme un mois ayant des qualités thérapeutiques, probablement grâce à la manne bienfaitrice qui a commencé à se répandre chaque matin dès le début de ce mois. L’anagramme de Iyar semble aller dans le même sens Je suis D. ton guérisseur (Ani Hachem Rofékha). Ce mois est riche en événements que nous aurons à expliquer en détail. Le recensement de la population des hébreux sortis d’Egypte a commencé le premier Iyar. C’est aussi ce jour que débuta la construction du premier Temple par le Roi Salomon. Le quatorze de ce mois, est annoncé par la Thora Pessah Chéni, le second Pessah, qui permettait aux hommes impurs à Nissan de se rattraper en célébrant Pessah à Iyar. En ce jour est mort Rabbi Meïr Baal Haness. On l’appelle Hilloula de Rabbi Meïr. Le 18 Iyar c’est la grande Hilloula appelée Hilloula de Rabbi Chimon Bar Yohaï. Elle porte aussi le nom de Lag Baomer. Elle met fin à la période de deuil le 33ème jour du décompte du Omer.
L’histoire récente a marqué ce mois par la plus formidable et inespérée nouvelle. La résurrection de l’état d’Israël après presque deux mille ans d’exil. Aucun peuple au monde n’est revenu sur le sol des ancêtres après une si longue absence. Le 5 Iyar 5708, l’O.N.U. reconnaît le droit au peuple juif d’avoir un état indépendant. Elle admet cet état dans le concert des nations. Le lendemain sept pays arabes, voisins, l’attaquent pour essayer de le rayer de la carte comme vouloir étouffer un bébé à peine sorti du ventre de la mère. Le courage des nouveaux israéliens vient à bout de ses armées belliqueuses. Le prix que le jeune état a payé pour sa survie a été très lourd. La veille de cet anniversaire, l’état d’Israël se souvient de ses héros comme des milliers d’autres qui sont tombés sur le champ d’honneur, un champ qui a la superficie de tout le pays. Dans ce jour du souvenir, les citoyens israéliens se rendent aux cimetières pour prier sur les tombes des jeunes soldats et des habitants victimes d’attentats qui sont morts pour la défense de leur état. Le soixantième anniversaire d’Israël n’a pas réglé les problèmes avec ses voisins notamment la guerre larvée imposée par les palestiniens. C’est pourquoi nous continuerons à prier pour que D. qui nous a permis de retrouver la terre ancestrale, contribuera à ramener la paix dans cette région.

Le sens du nom du mois d’Iyar est très profond, et le rav Dynovisz nous apprend que ce nom est une superposition de lettres : youd, youd, alef, rech, qui ne veut rien dire ni en hébreu, ni en araméen. C’est un mot composé des lettres initiales des 3 patriarches et d’une des matriarches : youd pour Itz’hak, youd pour Yaacov, alef pour Avraham et rech pour Ra’hel. Mais qu’ont vu nos Maîtres dans ce mois qui corresponde à ces patriarches et matriarche ? Les 4 roues du char divin sont : Avraham, Itz’hak, Yaacov et David. Pour ce qui est du nom du mois de Iyar, c’est Rachel qui remplace David pour la représentation de la 4ème roue du char divin. Il y a a ici quelques chose d’important : la Torah nous révèle, au sujet du mois de Iyar que Pessa’h chéni offre la possibilité pour ceux qui n’ont pas pu faire Pessa’h à la bonne date ont la possibilité de se rattraper en faisant Pessa’h chéni. Il y a donc toujours une téchouva possible. Avec alef, youd, rech, cela donne Ani Hachem rofé’ha : Je suis HM ton guérisseur, verset qui fait allusion à la téchouva. La racine du mois de Iyar est lié à Pessa’h chéni. Le mois de Yiar est donc le retour possible de tout celui qui le désire. Il y a des fois où l’homme soit impuissant devant la maladie, il ne reste qu’à se tourner vers Hachem. Le mois de Yiar fait allusion au fait que le Âm Yisrael est complètement malade et qu’il se tourne vers Hachem et fait un retour vers D.ieu. Le Rambam (Maïmonide) disait que de la même manière qu’il y a le médecin du corps, il y a le médecin de l’âme. Les médecins du corps et les médecins de l’âme sont les maîtres d’Israël, qui aident chacun d’entre nous à revenir vers HM et à se guérir. Dans cette perspective, le verset « Ani Hachem rofé’ha » signifierait que si le le peuple d’Israël s’est tellement éloigné que les rabanim et même les tsadiqim ne peuvent plus rien faire pour lui, tellement il s’est éloigné, alors, seul Hachem peut ramener Son peuple vers Lui.

Le rav Dynovisz ajoute que rien n’est gratuit ici-bas; D.ieu veut des hommes et non des parasites. Rachel a été capable de payer en quelque sorte son tribu à Hachem en faisant du bien à celui qui les avait fait souffrir, elle et son fils Yossef en le vendant à des Egyptiens. Au moment de la délivrance, Hachem réunira les tsadiqim de tous les temps, se demandant par le mérite de qui cette délivrance se fera, et Hachem dira que ce sera par le mérite de Ra’hel. Le mérite de la délivrance se rattache ainsi au mois de Iyar. Avraham, il a prié pour sauver Sodome et Lot, son neveu, malgré son ingratitude. Itz’hak a vu qu’il sortirait de son fils Essav la lumière de Rabbi Méir et ne l’adandonna pas. Quant à Yaakov, il a su sortir de la klippa (l’écorce) de Lavan les mères d’Israël. Ainsi, le mois de Iyar est le signe que le trésor se cache là où l’on croit qu’il n’y a plus rien à trouver. C’est dans le désespoir que l’on trouve le trésor. Après le désespoir de la guerre et de la Choah, en 1948, c’est le 5 du mois de Iyar que le peuple juif a retrouvé sa terre et qu’est né l’Etat d’Israël. Or, ceux qui ont déclaré cette naissance étaient les moins concernés pas la Torah et les plus malades d´Israël ; ceux dont on s´était désespéré ! Ils voulaient faire d´Israël un pays comme les autres, sans Torah. Mais Hachem dit : Je vais vous soigner, et c´est ce qu´Il a fait. Aujourd´hui, en Israël, la Torah est étudiée partout. Nous ne misons pas sur les malades, mais Hachem les guérit et Il réussit ! C´est le secret du mois de Iyar, Et cela est lié à la paracha Emor, où Moché doit transmettre aux cohanim qu´ils sont la tribu responsable des autres. Etre choisi est une responsabilité. Il faut être à la hauteur morale et spirituelle d´Israël ! Nous ne devons pas critiquer le pays, mais prier et agir pour lui. Il faut respecter chaque Juif, et l´étincelle divine qui est en lui. Il faut le ramener à Hachem, au lieu de le critiquer. C´est seulement ainsi que le Machia’h se dévoilera. Le mois de Iyar est le symbole du fait qu´Hachem ne rejette personne. Lui-même s´occupe de son peuple. Que nous ayons le mérite d´être à la hauteur de ce mois !!

(Sources : Rav Raphaël Sadin – Rav Philippe Haddad – Grand Rabbin Alain Goldman, Communauté online – Rav Oury Cherky – Rav Salomon Malka – Rav Dynovisz)

CULTURE JUDAÏSME – La paracha de la semaine – Mois de nissan 5774 (avril 2014)

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La vie, par Marc Chagall  ________________________________________________________

1.   PARACHA DE LA SEMAINE – 30e Paracha – Qéddochim: Soyez saints Vayiqra (Lévitique) 19, 1 – 29, 27
Elle vous donnera la conception de ce qu’est l’humanisme du Juif et sa mission, une sainteté au nom : qédoucha. Les formes de sainteté, le vocabulaire de la sainteté.

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2 – Nous sommes encore dans le mois de Nissane, c’est celui de Pessah. Pour assimiler toute la puissance de cette fête, voyez encore ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.  CLIQUEZ ICI

3 –  Si nous voulons méditer encore sur la Fête de Pessa’h pour en faire une vraie réussite intérieure  :

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La semaine après le premier jour de Pessa’h est appelée ‘Hol ha moed. Qu’est-ce que cela signifie ? CLIQUEZ ICI

Et voici le sens du Ômer que l’on dit dès la fin du premier jour de Pessa’h, après le coucher du soleil

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Comment compter le Ômér chaque soir et quel développement personnel y réaliser en chaque jour (cette page sera mise à jour).

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Le 20 au soir on allume pour ouvrir le 6e jour du Omer
Le 21 au soir on allume pour ouvrir le 7e jour du Omer
Le 22 au soir on allume pour ouvrir le 8e jour du Omer

Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de Chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)
Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

30e Paracha – Qéddochim : Soyez saints Vayiqra (Lévitique) 19, 1 – 29, 27

La paracha Kedochim commence par cette injonction : « Soyez saints, car Je suis saint, Moi, l’Eternel votre D.ieu. » A sa suite sont énoncées de nombreuses mitsvot (commandements) par l’accomplissement desquelles le Juif se sanctifie et établit un lien avec la sainteté de D.ieu. Ces mitsvote incluent la prohibition de l’idolâtrie, la mistva de tsédaka (charité), le principe de l’égalité de tous devant la justice, le Chabbat, la moralité sexuelle, l’honnêteté en affaires, l’honneur et la crainte des parents, le caractère sacré de la vie. C’est aussi dans la paracha Kedochim qu’est exprimé le principe que Rabbi Akiva qualifie de cardinal et dont Hillel dit « c’est là toute la Torah, le reste en est le commentaire » : aime ton prochain comme toi-même.

Le rav Benchettrit nous rappelle que la paracha Kedochim commence par cette injonction : « Soyez saints, car Je suis saint, Moi, l’Eternel votre D.ieu. » A sa suite sont énoncées de nombreuses mitsvote (commandements) par l’accomplissement desquelles le Juif se sanctifie et établit un lien avec la sainteté de D.ieu .Ces mitsvote incluent la prohibition de l’idolâtrie, la mistva de tsédaka (rétablir la justice en donnant de l’argent aux pauvres), le principe de l’égalité de tous devant la justice, le Chabbat, la moralité sexuelle, l’honnêteté en affaires, l’honneur et la crainte des parents, le caractère sacré de la vie. C’est aussi dans la paracha Kedochim qu’est exprimé le principe que Rabbi Akiva qualifie de cardinal et dont Hillel dit « c’est là toute la Torah, le reste en est le commentaire » : aime ton prochain comme toi-même.» ravbenchettrit.com La sainteté est-elle ringarde ? Nous demande quant à lui Philippe Haddad. Parler de sainteté aujourd’hui, c’est parler d’un monde inconnu, utiliser un vocabulaire d’un autre temps, d’une autre époque. Il est possible que le terme paraisse ringard, et pourtant, il nous semble présenter des thèmes toujours d’actualité.

Avec le Rav Philippe Haddad, nous voyons par exemple que la crainte des parents, qui n’a rien à voir avec la peur, ou la « trouille » du gendarme, mais qui signifie assumer une filiation, même si le conflit des générations obligera le jeune à trouver sa voie personnelle. Les crises de sociétés naissent souvent de malentendus entre les géniteurs et leurs progénitures. « Ne pas médire, ne pas colporter », le fameux « lachon hara ». Quelle est donc cette fameuse thérapie sociale qui consiste à dire du mal de son voisin ? Quelle part de meurtre symbolique sous-tendent ces paroles accablantes, voire, accusatrices ? L’autre fameux « tu aimeras ton prochain comme toi-même » ! Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’un rapport amoureux, mais bien d’une responsabilité envers autrui, d’une attention par rapport à ses manques. Bref, la sainteté, ce serait autre chose que la fuite du monde ou un rejet de la société des hommes ; ce serait une vigilance quotidienenne envers ceux qui nous sont le plus proches : nos parents, nos collègues, nos voisins, D.ieu… On peut peut-être lire les livres du Bon D.ieu sans tomber dans les bondieuseries !

Sur ce verset “Soyez saints” (Lévitique 19, 2), le rav David Hanania Pinto nous explique que les Sages disent : “Éloignez-vous de l’impudicité et des transgressions” (Vayiqra Raba 24:6, Rachi Ibid.). Il faut se demander quel est le lien entre les parachiyote A’haré Mote et Qedochim, qui sont le plus souvent lues ensemble (..). Le Ba’al Hatourim écrit à ce propos : « Il est écrit ci-dessus : respectez mes barrières, et tout de suite après : soyez saints, car si l’on se garde de la faute on ne rencontre plus la tentation du péché » (Yoma 38b) et on est sanctifié d’en haut (Ibid. 39a)” (Lévitique 19, 2). Comme dans beaucoup d’autres endroits, la Torah nous met ici en garde sur la sainteté et la pureté des benei Israel, en leur enjoignant de s’écarter des coutumes et des cultures des autres peuples. Le Rambam écrit à ce propos (Hilkhoth ‘Aqoum, I, ch. 11) : “On n’observe pas les coutumes des non-juifs et on ne cherche à leur ressembler ni par le vêtement ni par la coiffure, ainsi qu’il est écrit : “Vous n’adopterez pas les lois de ce peuple” (Lévitique 20, 23), “Ne vous conformez pas à leurs lois” (Ibid. 18, 3), ou encore “Prends garde de te fourvoyer sur leurs traces” (Deutéronome 12, 30).

Tout cela traite du même sujet, qui est de se garder de leur ressembler : le juif doit être différent d’eux.” La Torah nous a particulièrement mis en garde contre le fait de se mélanger à eux (par le mariage) : “Ne te marie pas avec eux, ne donne pas ta fille à son fils et ne prends pas sa fille pour ton fils” (Deutéronome 7, 3) et le Rambam enseigne que cette interdiction s’applique à tous les peuples (Hilkhoth Issouré Bia, ch. 2 hal. 1). Elle a pour but de nous empêcher d’apprendre de leurs actes et de leur mauvaise conduite, en particulier dans le domaine des mœurs, comme l’ont dit les Sages : “Dix mesures d’immoralité sont descendues dans le monde… [et neuf ont été prises par certains peuples]” (Qidouchin 49b). On entend pourtant souvent des gens qui demandent pourquoi la Torah est tellement opposée aux mariages mixtes, sans manifester la moindre pitié pour deux personnes qui voudraient se marier.

On demande aussi fréquemment pourquoi les choses sont rendues si difficiles à un non-juif qui souhaite se convertir : on le fait revenir sans cesse (“On repousse le prosélyte trois fois”, et s’il insiste, à partir de là on l’accepte (Ruth Raba 2, 17). Les Sages ont dit que de nos jours, il faut demander à un prosélyte : “Pourquoi veux-tu te convertir, ne sais-tu pas que les juifs sont persécutés et accablés de malheurs ?” (Yébamoth 47a). De plus, on l’informe que ce qui lui était permis jusqu’à présent lui devient interdit et on lui signale qu’il ne doit pas venir se plaindre ensuite sous prétexte qu’il y a beaucoup de juifs qui n’observent pas la Torah et les mitsvote sans que cela change rien à leur statut de juif, alors qu’on l’oblige pour sa part à prendre entièrement sur lui le joug de la Torah et des mitsvote. Cela paraît injuste !

Pour l’expliquer, il faut commencer par la dernière question : pourquoi les juifs qui n’observent rien restent-ils néanmoins juifs (“les benei Israel, même s’ils fautent, se repentent et sont des juifs” (Chemoth Raba 23:11), alors qu’un non-juif qui veut se convertir doit accepter le joug de la Torah et des mitsvote ? C’est qu’un juif de naissance le restera jusqu’au jour de sa mort, parce qu’il naît avec une étincelle qui le prédispose à se repentir, fût-ce au dernier instant de sa vie, fût-ce dans une autre incarnation où il devra réparer ses fautes (Zohar II 91b, 76b). Si rien de tout cela ne se réalise, il recevra son châtiment dans le Guéhénom, où il sera purifié et sanctifié afin qu’il ne reste en lui aucune scorie (II Samuel 14:14).

Le Or Ha’haïm traite également de ce point à propos du verset : “Le nom de l’homme d’Israël frappé était Zimri fils de Salou” (Nombres 25:14). La raison pour laquelle il est dit “l’homme d’Israël” avant de dire “frappé” peut se comprendre à la lumière de l’enseignement des kabbalistes selon lequel rien ne se perd des étincelles de sainteté, toutes méritant en fin de compte de retourner à l’endroit d’où elles étaient venues. Même si un homme d’Israël se conduit mal et s’attaque à son âme, il finira tout de même par revenir à sa source, c’est pourquoi il est dit “le nom de l’homme d’Israël” : il continue à porter le nom d’Israël même après son acte, pour nous enseigner qu’il n’est pas arraché de sa racine.” Ce n’est pas le cas du non-juif, qui est né sans la moindre étincelle de retour à D.ieu. En outre, rien ni personne ne l’oblige à se convertir au judaïsme, bien au contraire le judaïsme voit souvent d’un mauvais œil la présence des prosélytes (Yébamoth 47b).

Par conséquent s’il décide de faire ce pas pour diverses raisons, il doit observer la Torah et les mitswote dans leur intégralité, et ne peut pas demander pourquoi tel autre juif ne les observe pas sans cesser pour autant d’être juif, alors que si lui négligeait ses engagements, il jetterait un doute sur la valeur de sa conversion, sans compter que s’il a la nostalgie de sa vie antérieure, il risque de se détériorer encore davantage et de revenir à sa situation initiale (Qidouchin 17b). En effet, si les Sages ont interdit au juif de naissance de s’approcher de tous les endroits qu’il fréquentait avant de se repentir (Chabath 13a), comme le nazir à qui l’on dit de faire tout le tour du vignoble pour ne pas y rentrer, ou encore, dans le langage du Rambam : “Au point que celui qui connaît tout ce qui est caché puisse témoigner sur lui qu’il ne retombera plus jamais dans cette faute” (Hilkhote Techouva ch. 2 halakha 2), à plus forte raison un converti doit-il prendre garde à se tenir soigneusement écarté de son passé sans y rester lié fût-ce par un seul élément. S’il accepte tout à l’exception d’une seule chose, on ne le reçoit pas (Tan’houma Vayiqra 2), parce ce que cette chose unique entraînerait une nostalgie du tout et sa conversion ne serait pas parfaite. Ce n’est pas pour rien que nos Sages ont interdit de rappeler ses antécédents à un converti (Baba Metsia 58b) : cela créerait en lui une nostalgie et une envie de faire marche arrière.

Mais aujourd’hui, à cause de nos nombreuses fautes, on trouve beaucoup de gens qui se convertissent en divers endroits en cachant la vérité aux dayanim, (juges rabbiniques), à savoir, qu’ils n’ont pas d’autre intention que de se marier avec un conjoint juif. Ils doivent savoir que ce ne sont pas les dayanim qu’ils trompent, mais eux-mêmes, car un doute très sérieux plane sur leur conversion. Quant à tous ces juifs et juives qui les épousent, et trompent le beith din en connivence avec eux, ils encourent un très grand châtiment et devront rendre compte de leurs actes. Les enfants de ce couple tourneront mal, renieront la Torah et les mitsvote, et se révolteront contre tout le peuple d’Israël dans son ensemble. Le cas d’un converti sincère qui veut être un juif observant de la Torah et des mitsvote, par amour et respect pour D-ieu, est bien différent. Celui-là méritera qu’il y ait dans sa descendance des justes et des hommes pieux, et que sortent de ses fils des fils qui seront saints, et des filles qui épouseront des cohanim (Bamidbar Raba 8, 10). Il s’appelle guer tsédeq (“converti selon la justice”) (Sanhédrin 96b), car il souhaite véritablement s’associer à l’héritage d’Israël.

Tout ce que nous venons de dire nous aidera aussi à comprendre l’interdiction des mariages mixtes (qui va encore plus loin que le cas des convertis hypocrites), ainsi que celle d’observer les lois des autres peuples (“Ne vous conformez pas à leurs lois” (Lévitique. 18, 3)). Quelles sont ces lois ? Rachi dit qu’il s’agit de leurs conventions sociales et culturelles, leurs théâtres, leurs stades et choses du même ordre. Pourquoi donc avons-nous reçu l’ordre de fuir ces comportements, quel mal y a-t-il ? On sait qu’au début, les autres peuples se présentent avec leur culture qui paraît pleine d’idées bonnes et sages, mais quand on se laisse séduire, on ne peut plus s’échapper, on tombe dans le piège des théâtres, des cafés, des stades et ainsi de suite, toutes choses parfaitement interdites, et on finit par en arriver aux trois fautes les plus graves (idolâtrie, relations interdites et meurtre). La Tora met en garde contre ce qui risque de se passer à la fin, et défend de se conduire comme les autres peuples pour ne pas tomber complètement entre leurs mains.

On peut illustrer cette idée par l’histoire des enfants de Jacob, quand ils sont descendus en Égypte. Au début, les égyptiens leur ont donné ce que le pays avait de mieux, la terre de Gochen (Genèse 47, 6, 11). Il n’y a pas de plus grands égards que d’installer ses invités à un endroit beau et bon… mais les résultats ont été mauvais : “Ils conçurent de l’aversion pour les benei Israel ” (Yalqout Chimoni Chemoth 1 sur Exode 1:12), car ceux-ci se sont laissés tenter par les égyptiens et leurs théâtres au point que les autochtones en ont eu assez ; or une faute en entraîne une autre (Avoth 4:2), si bien qu’ils en sont arrivés à ne plus tenir aucun compte de la Torah et ont atteint la quarante-neuvième porte de l’impureté (Zohar Yitro 39a). C’est pourquoi la Torah met en garde : “Les pratiques du pays d’Égypte où vous avez demeuré, ne les imitez pas” (Lévitique 18, 3). Les benei Israel devaient effacer de leur mémoire tout ce qu’ils avaient fait en Égypte, pour cesser d’en subir l’influence et ne plus être vulnérable dans l’avenir. On apprend de ce verset qu’il suffit parfois d’apercevoir quelque chose d’interdit pour que cela ait des répercussions dans l’avenir, principe qui s’applique également à l’impure télévision, qui peut faire beaucoup de mal à l’homme pour le restant de ses jours.

En effet, pendant les 210 ans où les benei Israel ont vécu en Égypte, non seulement ils n’ont pas pris du bon temps mais ils ont été réduits à un esclavage terrible. Il est donc bien évident qu’ils n’avaient pas le temps de se livrer aux mêmes plaisirs que les égyptiens. Pourtant, les voir se comporter de façon interdite à un moment où ils étaient esclaves leur a causé du tort pour l’avenir, au point que la Torah nous a enjoint de ne pas y revenir. À plus forte raison cela est-il vrai d’un spectacle ou d’un acte interdit à un moment où l’on n’est pas esclave… on risque alors de tomber totalement sous l’influence empoisonnée des non-juifs. Les véritables conventions socioculturelles que tout juif doit s’efforcer d’observer sont celles dont il est écrit : “Tiens-toi fermement aux préceptes sans jamais faiblir, sois-leur fidèle, car ils sont ta vie” (Proverbes 4:13). Les préceptes, c’est la Torah, comme l’écrit Rachi sur ce verset. C’est aussi la crainte d’Hachem, ainsi qu’il est écrit : “La crainte d’Hachem est la leçon de la sagesse” (Ibid. 15:33) et ce n’est que par l’étude de la Torah et par la foi que l’homme acquiert une véritable fidélité et mérite une vie digne de ce nom.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même, je suis l’Eternel.  » (Lévitique, 19, 18) Il est écrit réellement « comme toi-même ». C’est a dire, bien sur, ne pas faire a l’autre ce que l’on ne désire pas que l’on nous fasse, mais également rechercher pour l’autre autant de bien que ce l’on en voudrait pour soi-même, ressentir pour l’autre la même peine que l’on ressent pour soi-même, excuser les erreurs de l’autre de la même facon que l’on excuse les siennes … Et tout ceci doit s’appliquer a chaque juif quel qu’il soit: à nos proches bien sur, mais aussi bien à celui qui nous a fait du tort, ou à celui que l’on n’a jamais vu. Comment mettre en pratique ce commandement de façon concrète ? Nous demande Chlomo. Un exemple : Un commercant ne reste pas chez lui de façon passive, en attendant qu’un client éventuel s’y présente. Il ouvre des magasins, organise des campagnes publicitaires, prospecte de nouveaux clients, car il s’agit de son propre argent. Et bien c’est avec le même engouement que devons aider l’autre : sortir à la rencontre de celui qui a besoin d’aide, et ne pas attendre qu’il se présente.

Il peut s’agir, selon Harrissa.com, de personnes malades qui ont besoin de reconfort, de pauvres qui ont besoin d’aide financière, de familles qui ont besoin d’un prêt passager, de mères de familles à qui on peut donner le moyen de se reposer … On peut trouver ainsi de nombreux exemples. Et de même que nous devons aider les autres de facon matérielle, nous devons les aider de façon spirituelle. Que ce soit dans le domaine des connaissances en Torah et de sa compréhension, ou que ce soit dans le domaine des bons comportements et des bons sentiments, nous avons le devoir de faire profiter les autres de ce que nous avons et de les aider ainsi à progresser. Bien entendu, ceci concerne chacun d’entre nous, y compris ceux qui se considèrent eux-même comme des « pauvres spirituellement », de même que le pauvre financièrement a lui aussi le devoir de donner de l’argent pour aider d’autres pauvres. Et tout ceci doit être fait dans la mesure de « comme toi-même », c’est-à-dire avec la volonté de transmettre réellement à l’autre tout ce que l’on possède dans ce domaine, et afin que lui-même puisse le transmettre à son tour.

Parmi les lois de la Torah, il ne nous est pas permis de faire un classement, de considérer l’accomplissement de telle mitsva, plus important que de telle autre nous informe le rav Jean Schwarz. Cependant, plus d’une fois, nos Sages se sont posé la question : Quelle loi de la Torah est-elle à même de résumer le but qu’a recherché l’Eternel en nous faisant connaître les règles de vie que contient son message ? Rabbi Akiba, se faisant le porte-parole de nos Sages, répond : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même « , voilà le grand principe de la Torah toute entière. Dans toute notre vie nous ne devons pas avoir d’autre but que l’observance de cette mitsva. Les autres commandements ne sont là que pour nous aider et nous entraîner à mieux accomplir ce grand devoir d’amour ». Toutes nos actions, en effet, doivent avoir en vue le bien-être des hommes. Tous nos efforts, notre propre perfectionnement même, doivent tendre à augmenter en nous la dose d’amour que nous pouvons distribuer autour de nous. Tous les jours de notre existence, nous nous devons de semer autour de nous, du matin au soir, des graines de bonheur et de les arroser d’amour pour qu’elles germent et produisent à leur tour des fruits.

Aimer le prochain c’est respecter sa personne, sa vie, ses biens, ses convictions, sa personnalité. Aimer son prochain, c’est l’encourager, l’aider, le soutenir. L’aimer comme soi-même, c’est tendre à obtenir pour lui tout ce que nous désirerions obtenir pour nous-mêmes; c’est le considérer comme un autre soi-même qui a les mêmes désirs, les mêmes besoins que nous; qui a droit au même respect, à la même justice, au même amour que nous, quelles que soient sa couleur, sa foi, ses opinions. Tout cela uniquement parce qu’en tant qu’homme il est indubitablement notre frère, égal à nous en tous points. Et s’il arrivait que nous, de notre côté, nous nous contentions de peu et acceptions que l’on ne nous respecte pas, nous n’aurions pas pour autant le droit d’exiger de notre prochain qu’il sacrifie, lui aussi, comme nous le faisons, les droits imprescriptibles de la personne humaine. II nous faudrait, dans ce cas-là, lutter pour qu’il obtienne lui, ce que nous méprisons nous. Oui, l’amour peut être capable de telles exigences pour le bonheur de l’autre.


La paracha constitue la suite logique d’A’harè mote, nous rappelle le Grand Rabbinat du Québec. En effet après que la Torah eut prescrit toutes les règles concernant les ârayot, impudicités et liaisons interdites, Qédochim recommande aux Bené Yisrael d’être saints. Il ne suffit point de s’éloigner de toutes les pratiques abominables connues en Égypte et réprouvées par D.ieu, il faut en plus se sanctifier, autrement dit aller jusqu’à s’interdire même ce qui est permis. L’importance de cette paracha se trouve soulignée puisqu’elle est enseignée en présence de tout le peuple, comme pour Mattane Torah, le don de la Torah. En effet, en plus de s’adresser à toute la communauté d’Israël comme ce fut le cas de la Révélation divine au Mont Sinaï, prescrit-elle des commandements qui correspondent aux dix paroles du décalogue. Cependant, quand bien même une telle correspondance serait-elle établie, pour quelle raison la Tora procède-t-elle à cette répétition ? Une différence majeure existe, nous semble-t-il, entre les deux textes. Celui du décalogue est au singulier. Sans doute, ne fut-il transmis qu’à Moché. En revanche, ce texte étant au pluriel signifie que toute la communauté d’Israël est aussi concernée par ces prescriptions tant par le texte du décalogue que par sa reprise dans la paracha Qédochim.


La sainteté parfaite est du domaine de D.ieu ; néanmoins les hommes ont le devoir de Lui ressembler. Pour ‘Hatam Sofèr, il existe chez les peuples des saints qui ne le sont que par répulsion pour le monde et leurs appétits physiques et matériels qui s’y rattachent. En revanche, concernant Israël, les saints tendent véritablement à ressembler à leur Créateur conformément au texte car Je suis saint et non par répulsion pour le monde. « Révérez chacun votre mère et votre père, et observez Mes Chabbat : je suis l’Ét’ernel, votre D’ieu. Révérez chacun, votre mère et votre père et observez Mes Chabbat. » Quel lien logique relie les deux versets, soyez saints et révérez chacun, votre mère et votre père? De même quel est le lien entre révérez les parents et observez Mes Chabbat? Or ha’Hayim établit ainsi ce lien : le non respect de l’interdit de la débauche et des impudicités entraîne le non respect des parents. Le Talmud Sanhedrin 52a. enseigne : « Quiconque s’adonne à la débauche, et par conséquent, s’éloigne de la voie qui mène à la sainteté attire sur ses parents le mépris de tous et les créatures maudissent ceux qui lui ont donné naissance. »


Yossèf s’apprêtait à fauter avec la femme de Potifar n’était l’apparition du portrait de son père qui l’en empêcha à la toute dernière minute (Voir Sota 36b). Ainsi grâce au respect dû à son père, Yossèf put garder sa sainteté. Le Zohar III 301b attribue le jour du Chabbat à Yossef, chaque jour de la semaine revenant à un tsaddiq, un Juste. Et Yossef, s’écartant de la âvèra chèl ârayot, la faute de l’impudicité, mérite d’être le patron d’un jour aussi saint. De plus, le texte précise : « observez Mes Chabbat ». Le pluriel fait allusion tant au Chabbat, jour saint de la semaine, qu’au bérit mila, l’alliance de la circoncision, car quiconque respecte cette alliance mérite d’être appelé saint comme le Chabbat. Mais Rav Alchèkh souligne que la sainteté conduit la personne à la vie du Ôlam ha-ba, le monde à venir. En revanche, les parents lui procurent la vie dans ce monde. Et sans la vie de ce monde, l’homme ne saurait prétendre au monde futur. Aussi faut-il autant craindre et respecter les parents que viser la sainteté.


Mais malgré la prescription de respecter ses parents, l’homme est tenu d’observer les chabbat : « Si ton père te dit : profane le Chabbat ! Ne l’écoute pas. De même pour toutes les autres prescriptions car Je suis l’Ét’ernel votre D’ieu, toi et ton père, vous devez m’honorer. C’est pourquoi tu ne dois pas lui obéir pour annuler Mes paroles » cf. Rachi. Cependant pourquoi la Torah a-t-elle choisi la mitsva du Chabbat pour enseigner que le respect des parents s’arrête là où intervient le respect dû au Créateur? C’est que l’homme, bien que redevable à ses parents de son existence, doit toujours penser que, sans D.ieu, ses parents eux-mêmes n’auraient jamais existé. Aussi le Chabbat est-il cité en preuve de la création du monde par D.ieu.


«Ne vous adressez point aux idoles et ne vous fabriquez point des dieux de métal ». S’agissant d’établir un lien avec ce qui précède, Kéli Yaqar enseigne qu’il est naturel, après avoir recommandé la crainte et le respect des parents, que le texte passe à l’interdiction de l’idolâtrie. Un idolâtre a, certes, tendance à considérer sa divinité et son idole comme des parents ainsi qu’il est dit (Yirmiya 2, 27) : « Ils disent au bois : Tu es mon père! à la pierre : C’est toi qui m’a donné la vie ! » Le texte exclut donc du respect tout autre intervenant. La naissance d’un être humain est le fait de l’association du père, de la mère et de D.ieu. « Ne vous adressez point aux idoles » S’adresser aux idoles, même en pensée, est interdit car la pensée en matière d’idolâtrie équivaut à l’acte. C’est pourquoi de la péniya, la pensée, le texte passe aussitôt à l’interdit de fabriquer des dieux qui est l’acte. Rav Alchèkh, quant à lui, trouve qu’en recommandant la crainte et le respect des parents qui lui procurent la vie de ce monde, l’homme serait enclin à penser que les astres, les étoiles et les êtres célestes, parce qu’ils contribuent à la vie de ce monde, méritent de retenir sa considération au point de les vénérer et les adorer. C’est pourquoi le texte interdit de s’adresser à ces divinités et de fabriquer des dieux en métal.


« Et quand vous sacrifierez une victime rémunératoire à l’Ét’ernel sacrifiez-la de manière à être agréés.» Le qorbane chélamim, sacrifice rémunératoire, est appelé ainsi parce qu’il n’est point sacrifié pour réparer une faute. Chélamim, dérive de, chalom, parce qu’il ramène la paix entre l’homme et son Créateur. Ainsi l’homme qui satisfait aux exigences de sainteté, respectant père et mère, observant les Chabbat et n’adorant point les idoles, n’aura à sacrifier que des chélamim. Il ne se rend point coupable de quelque faute nécessitant une réparation. C’est le meilleur sacrifice aux yeux de l’Ét’ernel. Il est offert de manière à être agréé. Toutes les lois énoncées dans cette paracha montrent combien la Torah vise essentiellement l’unité du peuple d’Israël afin de le conduire à la délivrance totale. « Parle à toute la communauté des enfants d’Israël » afin de la maintenir solidaire et unie. L’unité est cette particularité qui fait d’Israël un peuple élu. Aussi pour cette raison la paracha s’achève-t-elle sur l’élection du peuple d’Israël qui, parce qu’il doit se comporter selon les lois de sainteté, à été choisi d’entre tous les peuples. Ainsi dira-t-elle (Vayiqra 20, 26) : « Soyez saints pour Moi, car Je suis saint, Moi l’Éternel, et Je vous ai séparés d’avec les peuples pour que vous soyez à Moi. »


Les maîtres d’Israël, nous explique « L’Essence de la Torah », ont dit que le corps de la Torah dépendait de la paracha de Kédochim. Pour atteindre la sainteté, il ne faut pas se détacher de la matérialité, mais au contraire le sanctifier par un travail incessant sur sa pensée, sa parole et ses actes. Cette sanctification sera possible après un long travail de séparation et de maîtrise de ses désirs, pour ensuite les réintégrer dans un double mouvement qui ira du haut en bas, puis de bas en haut. C’est ainsi que le Ramhal décrit l’homme saitn dans le dernier chapitre de Messilat Yecharim, après qu’il ait gravi tous les échelons des valeurs morales que la Torah demande de lui : « L’homme qui se sanctifie par la sainteté de son Créateur élève ses actes les plus matériels au niveau dinvin. » Le Talmud enseigne d’ailleurs que la consommation des aliments sacrés provenant des sacrifices est un commandement positif de la Torah : « Les Cohanim mangent les viandes des sacrifices, et les fauteurs expient ainsi leurs fautes. » (Pessa’him 59b)… Ainsi l’homme saint est considéré comme un sanctuaire, un Temple, un autel… La nourriture et les boissons que l’homme saint consomme s’élèvent, comme si elles étaient offertes réellement sur l’autel. » (Messilat Yécharim.chap. 26)


(Sources : Chabbad.org – ravbenchettrit.com – Rav Philippe Haddad, J15.village.over-blog.com – Rav David Hanania Pinto Breslev.co.il – Chlomo – Harissa.com – Rabbin Jean Scwharz, Lamed – Grand Rabbinat du Québec – Rav Mordekhaaï Chriqui, Dr Avraham-Gilles Morali, L’Essence de la Torah)

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Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de Chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)
Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

29e Paracha – A’haré Mote: Après la mort… Vayiqra (Lévitique) 16, 1 – 18, 30

Le nom de la paracha de cette semaine fait référence à la mort des 2 fils d’Ahraon, Nadab et Avihou. Elle fait la transition entre tout ce qui concerne le rôle du Grand Prêtre (le Cohen Gadol réparant les préjudices causés par Adam), et les prescriptions de sainteté concernant chacun des membres du peuple d’Israël. Après la mort des fils d’Aaron, D.ieu prescrit à ce dernier, par l’intermédiaire de Moïse, la liturgie du korbane (rapprochement) de Yom Kippour, avec ses korbanote (pluriel de korbane) spécifiques, les rites à effectuer dans le Saint des Saints – lieu du sanctuaire le plus intérieur, où se trouve l’Arche sur laquelle réside la Présence divine – et l’envoi du bouc émissaire. Il interdit d’apporter des korbanote hors de l’enceinte sacrée et insiste sur la valeur absolutrice du sang, ainsi que l’interdit de sa consommation. La paracha se clôt sur l’énumération des interdits sexuels : les divers cas d’inceste, les rapports avec une femme en menstrues, l’adultère, les rapports homosexuels, la bestialité. Elle interdit également de consacrer ses enfants au Moloch et précise que c’est parce que les Cananéens se sont ainsi complus dans ces abominations que la terre de Canaan les vomit. « Vous observerez Mes lois et Mes statuts, parce que l’homme (ha-adam) qui les pratique obtient, par eux, la vie Je suis l’Eternel ». (Lévitique 18,5) L’exposé des prescriptions en vue de la sainteté – commencé dans cette paracha A’haré mot – va se poursuivre dans les parachas suivantes ; il s’adressera à tous les enfants d’Israël dans la paracha Kédochim, puis plus spécifiquement aux prêtres dans la paracha Emor ; dans Béhar, il sera question de la sainteté du temps (chabbat, fêtes…), et des relations sociales et professionnelles.


Cette paracha, nous dit le rav Jacques Kohn, commence par un verset qui semble totalement étranger au sujet qui en fait la substance : « Hachem parla à Moïse après la mort des deux fils d’Aaron qui, en s’approchant devant Hachem, étaient morts » (Vayiqra 16, 1). Pourquoi ce rapprochement entre la mort des fils d’Aaron et le service de Yom kippour, rapprochement d’autant plus insolite que celle-ci a eu lieu le jour de Roch ‘hodèch nissan, alors que Yom kippour tombe en tichri, soit six mois plus tard, demande le rav Jacques Kohn ? Une première façon de comprendre ce rapprochement nous est proposée par la Guemara Yerouchalmi Yoma 1, 1, ainsi que par Vayiqra rabba 20, 12 : « De même que Yom kippour procure propitiation des péchés (kappara), de même la mort des tsaddiqim procure-t-elle propitiation des péchés. » En d’autres termes, il existe une parenté étroite entre la mort des fils d’Aaron et le jour de Kippour : Ils contribuent l’un comme l’autre à la rémission de nos fautes. Essayant d’approfondir ce principe, nous pouvons constater que, très souvent dans notre histoire, des événements bénéfiques exceptionnels ont été précédés par des tragédies. Il en a été ainsi de la mort de Nadav et Avihou, survenue en pleine inauguration du Tabernacle.


Il en a été ainsi également de l’incident survenu à Pérets-‘ouzza lorsque, tandis que l’Arche sainte était transportée à Jérusalem depuis Qiryath-Ye‘arim où elle avait été déposée après avoir été reprise aux Philistins qui l’avaient capturée. Un homme nommé ‘Ouzza fut foudroyé par Hachem parce que, dans l’allégresse de son retour, il l’avait touchée (II Samuel 6, 1 et suivants) alors que, n’appartenant pas à la tribu de Lévi, il n’avait pas le droit de le faire. Il en a été pareillement (II Samuel 24, 1 et suivant) lorsque périrent 70 000 hommes juste avant que David ait acquis l’aire d’Arauna sur laquelle son fils Salomon allait construire plus tard le Temple de Jérusalem. Selon une opinion très répandue, la création de l’Etat d’Israël a eu un rapport de causalité étroit avec la Choah qui l’a précédée de quelques années. Une situation tout aussi paradoxale, où l’on voit de l’impureté surgir la pureté, peut être observée lorsque l’on introduit dans un miqvé (bain rituel de purification) de « l’eau puisée » (mayyim cheouvim). Celle-ci était impure, mais elle va participer désormais de la pureté de l’eau du miqvé et contribuer à la purification de ce que l’on y trempera. Il en est de même, enfin, des cendres de la vache rousse : Celui qui les manipule devient impur, alors que ces mêmes cendres vont rendre pur celui qui était impur (metamei tehorim, metahèr temèïm).


« L’Eternel parla à Moché, après la mort des deux fils de Aaron, qui, s’étant approchés de D-ieu, avaient péri. » (Lévitique 16 – 1) D’après nos sages, les enfants d’Aaron, Nadav et Avihou, étaient des Tsadikim, des justes. Leur faute était qu’ils se soient tant approchés de D.ieu de sorte que leur corps n’a pu résister devant l’intense sainteté. Le désir de Nadav et d’Avihou était de s’approcher de D.ieu, jusqu’à se fondre en Lui. Cette volonté était si grande que leur âme les quitta. Cela s’appelle « mourir d’aimer ». Cet état d’esprit est en contradiction avec le projet Divin qui souhaite que l’âme réside dans le corps pour effectuer un changement dans le monde physique par l’accomplissement de la Torah et des mitsvote. Les fils d’Aaron symbolisent un aspect négatif de la volonté d’abnégation. L’homme doit ne jamais essayer de s’approcher de Hachem aux dépens de sa mission personnelle dans ce monde, et peu importe les motivations qui l’habitent. Le Talmud nous relate que « quatre personnes sont entrées dans le Pardess, le Verger : Ben Azaï jeta un coup d’œil et mourut… Rabbi Akiva entra en paix et en sortit en paix. »


« Entrer dans le Pardess », exprime la tentative d’atteindre les plus hauts niveaux dans l’union avec D.ieu et cela en se plongeant dans les dimensions ésotériques de la Torah. L’entreprise de Ben Azaï est restée sans succès, car comme chez Nadav et Avihou, sa soif extrême de sainteté le poussa à traverser des frontières interdites. C’est ce qui causa sa disparition. Rabbi Akiva, cependant, « entra en paix et sortit en paix. » La cause qui permit à Rabbi Akiva de « sortir en paix » est qu’il soit « entré en paix. » La motivation qui le poussait à s’approcher de D.ieu était le désir de mieux connaître D.ieu pour mieux accomplir Sa volonté ici-bas. Ainsi, il fut capable de traverser les dimensions les plus élevées en étant confronté à des choix difficiles et dangereux pour arriver, enfin, à un aboutissement positif. Néanmoins, Rabbi Akiva ne représente pas, encore, le niveau absolu du désir d’un Juif à accomplir la volonté de D.ieu en remplissant sa mission ici-bas. Cette position s’est concrétisée en la personne d’Avraham, le premier Juif.


Bien que sa motivation première ait été d’obéir à D.ieu, Rabbi Akiva désirait donner sa vie pour la sanctification du Nom de D.ieu. D’ailleurs, ce souhait s’accomplit, plus tard, lorsque qu’il fut torturé à mort par les romains. Juste avant de mourir, Rabbi Akiva déclara qu’il avait passé sa vie entière à espérer pouvoir vivre cet instant. Avraham, par contre, n’a jamais recherché cela. Il ne pensait qu’à D.ieu et sa vie entière fut consacrée à faire connaître Son Nom dans le monde. Si le sacrifice personnel s’était présenté, il aurait donné, volontiers sa vie, mais ceci ne représentait pas chez Avraham une fin en soi. Nous devons apprendre d’Avraham que notre souci primordial doit être d’accomplir la volonté de Hachem, sans y impliquer nos intérêts personnels, même si ceux-ci sont spirituels. Si toutes nos actions sont faites Lechem Chamayim – à l’égard du Ciel -, nous sommes assurés que notre « entrée dans le Pardess » et que « notre sortie » seront paisibles. Alors, notre service de D.ieu sera complet car il aura apporté la paix entre le spirituel et le matériel. (Likouté Si’hoth Vol III) –


« Il revêtira la tunique de lin de sainteté » (Lev. 16,4). D’après Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow dans « Le commentaire de la Torah », le verset dit que le prêtre porte quatre habits pour Yom Kippour dont la tunique en lin. Il y avait 8 vêtements que le grand prêtre avait l’habitude de revêtir tout le reste de l’année (Lev. R. 21,10). Mais pendant Yom Kipour, le grand prêtre se trouvait à l’intérieur du Saint des Saints ; il ne devait pas porter d’habit en or, métal qui se trouvait dans l’idole faite par le peuple d’Israël dans le désert. Il fallait éviter que le prêtre ne rappelle ce péché en arborant un habit doré dans le Saint qui contenait l’Arche et le propitiatoire. Les 4 habits correspondent aux 4 groupes d’anges qui entouraient le trône divin. Les habits étaient en lin, afin que le grand prêtre s’humilie et se rabaisse, car le lin pousse dans la terre et le prêtre doit se souvenir qu’il vient de la terre et qu’il y retournera. Par contre, la laine des moutons est tirée d’un animal, donc d’une créature vivante. Les vêtements portés par le grand prêtre àYom Kippour aux 3 mondes dont l’homme est formé. Il mettait une culotte de lin sur la partie inférieure du corps, référence au monde inférieur qui sera entièrement détruit et décomposé, tout comme les aliments et les boissons absorbés qui sont digérés et expulsés. Ensuite, il mettait une ceinture de lin, correspondant au cœur de l’homme, c’est-à-dire au monde intermédiaire, espace où gravitent les astres. Ils ne cessent jamais leur rotation éternelle tout comme le cœur humain qui bat continuellement. Il portait également une tiare de lin sur la tête, allusion au monde des anges qui sont pure intelligence ; or, on sait que la tête de l’homme est le siège de l’intelligence et de la sagesse.


Le Talmud (traité Makot 23b) nous enseigne qu’il y a, dans toute la Torah, 613 commandements ; 248 Commandements Positifs (« fais ») et 365 Commandements Négatifs (« ne fais pas »). Toutefois, le Talmud ne donne pas la liste de ces commandements. Plusieurs grands sages du Judaïsme ont compilé une liste complète de ces commandements. La liste ci-après, qui concerne spécifiquement la paracha A’harémote, suit l’opinion de Maïmonide, tel qu’il les dénombre dans son œuvre maîtresse, le Michné Torah. Il est à noter que beaucoup de ces commandements (tels que ceux liés aux sacrifices) ne sont pas applicables tant qu’il n’y a pas de Temple à Jérusalem.


184. Pour les Cohanim, entrer à l’intérieur du Sanctuaire uniquement pour accomplir le service au Temple (3:16:2)
185. Servir au Temple le jour du Grand Pardon (3:16:3)
186. Ne pas tuer rituellement un sacrifice en dehors du Sanctuaire (3:17:3)
187. Couvrir le sang d’un animal tué rituellement (3:17:13)
188. Ne pas avoir de plaisir avec une femme ayant le statut de ‘ervah (3:18:6)
189. Ne pas découvrir la nudité de son père (3:18:7)
190. Ne pas découvrir la nudité de sa mère (3:18:7)
191. Ne pas avoir de rapport conjugal avec la femme de son père, même si elle n’est pas sa mère (3:18:8)
192. Ne pas découvrir la nudité de sa soeur, du côté de son père ou de sa mère (3:18:9)
193. Ne pas avoir de relations intimes avec la fille de son fils (3:18:10)
194. Ne pas avoir de relations intimes avec la fille de sa fille (3:18:10)
195. Ne pas avoir de relations intimes avec sa fille (3:18:10)
196. Ne pas avoir de relations intimes avec une soeur du côté de son père qui est la fille de la femme de son père (3:18:11)
197. Ne pas avoir de relations intimes avec la soeur de son père (3:18:12)
198. Ne pas avoir de relations intimes avec la soeur de sa mère (3:18:13)
199. Ne pas avoir de relations sexuelles avec le frère de son père (3:18:14)
200. Ne pas avoir de relations intimes avec la femme d’un frère de son père (3:18:14)
201. Ne pas avoir de relations intimes avec la femme de son fils (3:18:15)
202. Ne pas avoir de relations intimes avec la femme de son frère (3:18:16)
203. Ne pas avoir de relations intimes avec une femme et sa fille (3:18:17)
204. Ne pas avoir de relations intimes avec une femme et la fille de son fils (3:18:17)
205. Ne pas avoir de relations intimes avec une femme et la fille de sa fille (3:18:17)
206. Ne pas avoir de relations intimes avec deux soeurs en vie (3:18:18)
207. Ne pas avoir de relations intimes avec une femme dans la période de ses règles (3:18:19)
208. Ne pas donner nos enfants à l’idole Molech (3:18:21)
209. Pour un homme, ne pas avoir de relations sexuelles avec un homme (3:18:22)
210. Ne pas avoir de relations sexuelles avec un animal (3:18:23)
211. Pour une femme, ne pas avoir de relations sexuelles avec un animal (3:18:23)


« Car quiconque fera l’une de ces horreurs, les personnes qui les feront seront retranchées du sein de leur peuple. (Lév. 18,29) » Il existe 3 sortes de retranchement « karète) : le corps seul peut être retranché, d’autres fois, c’est l’âme ou bien ce sont l’âme et le corps qui le sont (Na’hmanide : Chaar ha gemoul, sur Lev. 18,29) Le premier cas concerne le grand juste qui commet une faute, comme par exemple un savant (en Torah) qui s’unit à sa femme après les 7 jours d’impureté rituelle, mais avant qu’elle ne se soit immergée dans un bain rituel. Ils s’allongent tous les deux dans le lit, lui dans ses habits et elle dans les siens. Ce savant meurt à mi-parcours dans le cycle de la vie, soit 35 ans. C’est un retranchement des ans et des jours. Il en est de même avec un vieillard qui commet une faute : il aura les ans retranchés, mais, comme il est très vieux, c’est impossible. Il a en effet déjà presque vécu la totalité de sa vie. Dans ce cas, le Saint, béni soit-Il, lui retranche des jours. Si son destin est scellé de telle sorte qu’il doit vivre 70 ans, il ne vivra pas jusqu’au terme normal de sa vie.


La Guemara dit (M.K. 28a, J. Bik. 2.1) : « Quand Rabbi Joseph eut 70 ans, il célébra une fête en se disant : « J’ai vécu jusqu’à maintenant, je ne peux plus être frappé par un châtiment divin, je sui devenu vraiment trop vieux. » Rabba lui demanda : « Certes, tu as échappé au retranchement des ans, mais qui te dit que tu as échappé au châtiment de la mort soudaine ? Peut-être as-tu commis une faute, si bien que tu ne vivras pas jusqu’au dernier des jours qui t’étaient normalement assignés par le destin. » Rabbi Joseph répondit : « Quoi qu’il arive, j’ai largement dépassé la moitié de mon existence. Il est devenu impossible de reconnaître ce châtiment de la mort soudaine ; comment savoir si la mort est due à une faute ou pas ? La mort par châtiment divin se reconnaît très bien quand un homme ne vit pas plus de 35 ans ; cela prouve immanquablement qu’il est coupable. Toutefois, en ce qui me concerne, je suis devenu trop vieux pour que l’on sache si je mourrai ou non frappé par ce châtiment. » Nos sages disent : Le Saint, béni soit-Il avertit la personne qui subit cette punition : si un vieillard meurt après 3 jours de maladie, c’est qu’il s’est rendu coupable. Le Talmud de Jérusalem explique : Comment sait-on qu’un vieillard qui mange de la graisse ou profane le Chabbat est coupable d’une mort par châtiment divin ? L’explication est : s’il meurt en un jour, il s’agit forcément d’une mort provoquée par le courroux de D.ieu. S’il meurt le 2ème jour, c’est une mort soudaine causée par l’effroi. Mais s’il meurt au bout de 3 jours, c’est une mort par châtiment divin. Toutes ces morts sont appelées extirpation du corps par châtiment divin.


Le verset dit à ce sujet : « Les personnes qui le feront seront retranchées du sein de leur peuple. » (Lévitique 18,29) Sur terre, le corps est retranché du peuple, mais l’âme gagne aussitôt le Gan Eden dans le monde avenir et elle se relèvera au moment de la résurrection des morts. L’autre extirpation, celle de l’âme, intervient lorsqu’une personne mange du levain à Pessa’h, ne jeûne pas à Yom Kippour, travaille pendant les jours redoutables ou couche avec une femme mariée. Dans tous ces cas, l’âme n’atteint pas le Gan Eden où demeurent d’autres âmes. Le verset dit : « Cette personne-là, son âme sera retranchée d’Israël. » (Ex. 12,15) Par contre, le corps ne sera pas retranché du monde. L’homme pourra vivre très longtemps en paix, acquérir des richesses, mais son âme disparaîtra dans le monde à venir. La 3ème extirpation est celle du corps et de l’âme ; celle-ci intervient lorsque quelqu’un adore une idole ou, D.ieu nous en préserve, profane le Nom béni. Dans ce cas, il est dit : « Cette personne est retranchée, retranchée de son peuple. » (Nombres 15,31) Le mot « retranché » est employé 2 fois, car son âme et son corps sont tous deux détruits ; le corps dans ce monde-ci et l’âme dans le monde à venir. Non seulement l’âme périra dans le monde à venir, mais elle devra également endurer pendant très longtemps les tortures de l’enfer. Ensuite, elle retrouvera l’apaisement, goûtera aux plaisirs et aux trésors d’équité du Gan Eden. Toutefois, cette âme ne pourra jamais trouver une place qui lui revienne en propre, comme c’est le cas pour les autres âmes.


Le B’ehayé écrit : « L’âme brille d’une lumière très pure, même dans le ventre de la mère où une lueur scintille au-dessus de la tête de l’enfant, comme l’indique la Guemara » (Nid. 16a et 30b, BHM 1,153-155) : « Une lumière brille dans la matrice maternelle, si bien que l’enfant voit d’un bout de la terre à l’autre ; au moment de naître, un ange apparaît : il frappe l’enfant sur la bouche et alors le bébé oublie aussitôt toute la Torah qu’il a étudiée dans le ventre de sa mère. Le lendemain matin, l’ange le conduit au Gan Eden pour lui montrer les justes qui y demeurent, leurs couronnes sur la tête. L’ange s’adresse à l’enfant : « Tous ceux qui sont assis là ont été créés sur la terre ; c’est à ton tour de t’y rendre. Tous ont étudié la Torah et respecté les commandements d’Hachem. C’est la raison pour laquelle ils ont mérité autant de prestige et d’honneur. Après ta naissance, fais de même et ainsi, tu deviendras digne d’une semblable gloire. Mais si tu ne respectes ni la Torah, ni les commandements, il te faudra demeurer ailleurs. » Le soir venu, l’ange conduit le bébé dans le Guehinom. L’enfant y aperçoit les impies en train d’être copieusement battus et de brûler en hurlant de douleur. L’ange dit : « Tous ceux-là n’ont pas respecté la Torah et les commandements ; ils sont condamnés à souffrir au Gehinom. Fais donc bien attention à toujours étudier la Torah et à respecter les commandements, afin de ne pas connaître à ton tour pareille humiliation. » Au moment de la naissance de l’enfant, l’ange frappait sa bouche et il oubliait instantanément tout ce qu’il avait vu ou appris. Cela nous explique pourquoi l’enfant pleure quand il vient au monde. Le Be’hayé ajoute : « Cela nous apprend que l’homme dans le ventre de la mère est prêt à recevoir la sagesse et l’intelligence, mais l’ange lui fait tout oublier. »


La Torah insiste sur le lien entre la possession de la Terre d’Israël et le respect des interdits sexuels. Mais quel rapport existe-t-il entre ces deux concepts ? Sortis depuis peu du pays d’Egypte et se rendant en Canaan, les Hébreux non seulement se trouvaient à mi-chemin, au sens propre du terme, entre deux pays différents, mais allaient aussi se sentir tiraillés entre deux modes de vie. Ils avaient certes peu profité de la civilisation égyptienne ; ils en avaient été plutôt les esclaves. Elle gardait cependant à leurs yeux un certain éclat, ne serait-ce que par le fait qu’elle leur fut jusqu’alors inaccessible. Ils pouvaient donc être tentés de vouloir l’adopter à leur tour maintenant qu’ils étaient libres. D’un autre côté, ils partaient pour Canaan, un pays dont ils connaissaient bien peu de chose. Cette terre leur était promise par Dieu: ils allaient bientôt en devenir les maîtres après en avoir dépossédé les habitants. En prenant possession des demeures cananéennes, de leurs édifices publics comme de leurs terres, ne seront-ils pas tentés d’hériter en même temps de leurs usages, de leurs lois, et pourquoi pas de leurs dieux ? Aussi, l’Eternel tient-il à les mettre en garde – pendant qu’ils se trouvent être entre l’Egypte et Canaan – contre cette double tentation.


Le peuple d’Israël venait de recevoir au Sinaï sa propre constitution. II avait dorénavant ses lois distinctives, édictées par D.ieu lui-même. II se devait d’avoir sa manière propre de vivre, ne pas chercher à droite et à gauche – ni en Egypte ni en Canaan – des règles de vie qui ne pouvaient être qu’inférieures aux siennes. Ce même genre de tentation existe pour tous ceux qui vivent parmi des non-juifs. II peut arriver que, par ignorance de sa propre valeur, on soit ébloui par la manière de vivre des autres; il se peut aussi que, plus simplement, on ne désire pas se faire remarquer en vivant différemment des autres. Et, petit à petit, on en arrive ainsi à remplacer son propre patrimoine, ses propres lois, son mode de vie, toute son identité, par des lois empruntées, qui ne nous sont pas adaptées et qui nous font perdre notre personnalité.C’est pourquoi l’Eternel ajoute – pour nous comme pour nos ancêtres – « Ce sont Mes lois et Mes statuts que vous devez observer: grâce à elles seules vous vivrez votre propre vie » (18, 10). « Les pratiques du pays d’Egypte où vous avez demeuré, ne les imitez pas; n’agissez pas non plus selon les pratiques du pays de Canaan où je vous amène, et ne suivez pas leurs lois.  » (Lévitique, 18, 3)


Si Hachem a estimé qu’il était bon et nécessaire de nous transmettre toutes ces lumières, même si elles sont trop fortes pour nos petites tailles en raison de nos fragilités et de nos défauts, ce n’est pas à nous de juger ni de décréter qu’elles ne sont pas notre voie, ni que nous n’en sommes pas dignes. C’est cela l’humilité : accepter l’extraordinaire Torah, simplement telle qu’elle est et parce qu’elle nous est donnée ; c’est le premier mot du Juif chaque matin : « Modé ani », je reconnais, j’accepte. Le Créateur nous a donné Sa Torah ainsi que ce maître-lumière qu’est Moïse ; à nous de l’accepter, nous devons même accepter d’oser dire le grandiose qaddiche et nous associer à ce que disent les anges (Baroukh kévod-Hachém miméqomo), bénédiction la gloire de Hachem depuis Son lieu). Lui Seul est capable de lier toutes les questions contradictoires de la lumière et de la médiocrité, voilà pourquoi on doit encore le reconnaître à l’heure où la mort est rencontrée, dans les petites morts ou dans la grande mort, et alors on le bénit encore en disant que, Seul, Il sait en cela où est la vérité que l’on ne peut comprendre, Lui qui est bénédiction (« Baroukh dayane haéméte », Béni est le juge de vérité). C’est par l’effet de Sa bonté qu’Hachem nous a faits à Son image et à Sa ressemblance. Il nous a fait connaître Son Nom et Sa Torah, Son peuple et Sa terre, ainsi que les secrets de la vie et de la mort, nous mettant devant l’épreuve pour que nous puissions nous dépasser. Si nous l’ignorons, Lui sait pourquoi, et ce n’est pas le lot de quelques individus éprouvés, c’est le lot de chacun d’entre nous, pour vivre plus, dans la vérité. Ainsi, le moins que nous puissions faire est de Lui témoigner un peu de reconnaissance, sans jugement, mais dans une confiance affectueuse.


Avec le rav Léon Askénazi, nous allons voir l’universalisme de la Torah qu’induit ce verset, le Torah Temima cite laberaïta suivante : Tania (on enseigne) : Rabbi Méir (Rabbi Baroukh Halévi Epstein) a dit (Baba Qama 38a) : « D’où savons-nous que même un idolâtre qui s’occupe de Torah équivaut à un grand prêtre ? C’est parce que le verset dit : « l’homme qui les pratique ». Il n’est pas dit : prêtres, lévites et fils d’Israël, mais « homme ». On serait tenté d’objecter à cela l’enseignement bien connu de la Guemara (Yébamot 61a) sur le verset du prophète Ezéchiel (Ezéchiel 34,31) : « Et vous, Mes brebis, brebis que Je fais paître, vous êtes (des) hommes (adam), Moi Je suis votre D.ieu, dit le Seigneur D.ieu. » Ce qui mène le Talmud à dire : « Vous êtes nommés adam, et les nations du monde (idolâtres) ne sont pas nommées adam ! »


Dans bien des milieux piétistes, on en conclut de façon fautive que seuls les Juifs seraient des hommes et que les goyim (les nations) ne le seraient pas ! Cela dénote de la part de ces milieux une ignorance extrême de la foi monothéiste d’Israël, qui n’est pas une « monolâtrie », ainsi que de la précision des textes qu’ils ne citent que très approximativement. On consultera avec profit la note des Tossafistes sur le sujet (Sanhédrin 59a) : « Il y a une différence entre adam et ha-adam. » Adam, sans l’article, désigne une lignée messianique qui va du premier Adam au fils de l’Homme, seule soumise à l’ensemble des commandements de la Torah, Ha-adam, l’Homme en général, désigne tous les hommes qui peuvent, a priori, être tous des justes selon la loi de Noé. Or, le verset d’Ezéchiel porte le mom « adam » et non « ha-adam ».


On comprendra donc que la traduction citée par nous (Traduction de la Bible du Rabbinat) est imprécise en français et c’est pourquoi nous l’avons citée sous cette forme : « vous êtes (des) hommes ». Le mot « des » est en trop, car il renvoie fautivement à l’article ha-adam. D’autre part, le verset d’Ezéchiel est interprété pour Israël seul, en ce qui concerne l’impureté contractée au contact du cadavre (Yébamot 61 a, sur Nombres 19,14). Du Torah Temima nous apprenons 2 choses essentielles : a) Un homme, de quelque peuple qu’il soit été qui s’occupe de Torah équivaut au Cohen Gadol. En effet, notre verset porte le mot ha-adam, qui signifie bien tout homme, même idolâtre ! La question de savoir si les goyim doivent être considérés comme idolâtres, fût-ce à leur insu, est un autre problème. Cette référence se retrouve aussi sous « Nations du monde ». b) Dans cette « occupation de la Torah », il ne s’agit pas d’étude comme l’indique habituellement le terme employé « la’assoq ba-Torah », mais bien de pratique, puisque le verset porte le terme « acher ya’assé otam » (qui les pratique).


Le Rav Eskenazi nous enseigne encore que Kéter Torah, la « couronne » de la Torah concerne d’une part Israël soumis aux 613 commandements de la loi de Moïse, et d’autre part les non-Juifs qui acceptent comme Torah les 7 commandements de la loi de Noé. En effet, on indique que la valeur numérique du mot « kéter » est 620, c’est-à-dire l’ensemble des 613 et 7. D’autres ajoutent que l’on compte 620 lettres dans le texte des 10 commandements du Sinaï. Cet enseignement universaliste est à méditer profondément, à l’heure où un particularisme exacerbé semble envahir les milieux piétistes de la communauté juive, tant à l’étranger qu’en Israël même.


(Sources : Editions Bakish – Rabbin Jacques Kohn, Chiourim.com – Chabbad.org – Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow dans « Le commentaire de la Torah » – Talmud.blogspot.com – Rabbin Jean Schwarz, Lamed – Rav Léon Eskenazi « Leçons sur la Torah »)

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1. PARACHA DE LA SEMAINE –
D’abord, si vous ne l’avez pas lu, le commentaire de Modia sur la paracha Tazria, allez le lire absolument car vous y trouverez la conception juive de la femme, c’est indispensable à connaître.

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Puis nous sommes en cette nouvelle semaine vers ce futur Chabbate dans la 27e paracha de la Torah et la 5e paracha du 3e livre de la Torah, Vayiqra (Le Lévitique). Elle se nomme : Métsorâ: et nous éclaire sur la médisance. Mais aussi nous révèle la splendeur de MYRIAM.

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Nous sommes entrés dans le mois de Nissane, c’est celui de Pessah. Pour assimiler toute la puissance de cette fête, voyez ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de Chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)
Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

28e paracha – Metsorâ : Lèpre Vayiqra 14, 1 – 15, 33

La paracha Metsora fait partie du Lévitique, la traduction littérale est « atteint d’impureté». Elle fait suite à la paraxha Tazria « sur la conception » et précède la Paraxha A’Haré’Mote. Ce passage évoque la pureté et l’impureté, il évoque aussi le conseil de l’Eternel à Moïse. Il lui indique avec beaucoup de détails les étapes du processus de retour à la purification d’une personne ateinte de métsora. L’Eternel donne des indications en matière de lieu, de délais et des sacrifices nécessaires. Toutes ces étapes nécessitent le recours au pontife « prêtre » et non à un médecin. De même, il prévoit un processus similaire en cas de pauvreté du lépreux. Puis l’Eternel s’adresse aussi à Aaron, frère de Moïse et Myriam, grand-prêtre, et évoque le cas de l’altération des murs dans une maison, puis élargit le débat sur la l’atteinte au pur et à l’impur. Enfin, l’Eternel évoque le cas de la gonorrhée, infection sexuellement transmissible, des pertes de matière séminale pour l’homme et de la période des règles pour la femme, tout en précisant les étapes pour le retour à la pureté, à savoir principalement le bain et l’attente du soir.

Le mot metsora est l’acrostiche de motsi chem ra, le diffamateur. Les fautes à l’origine de la tsaraat, sont au nombre de 11 ou sept suivant les sources : L’idolâtrie, le blasphème, l’impureté, le vol, la médisance, le faux témoignage, le jugement injuste, le sermenet vain, le vol, profoquer des querelles, le « mauvais œil » apparenté à l’avarice. La lachone hara, littéralement «mauvaise langue », est le péché le plus grave de tous ceux concernés par cette plaie qui revêtait la forme la plus maligne, car celui qui pratique la médisance ou la calomnie renie la Torah. Lorsqu’une personne critique une autre, trois personnes au minimum sont touchées et sont ou se meurtrissent elles-mêmes : la personne qui diffame, la personne ou les personnes qui écoutent et croient les ragots vrais ou faux, et la victime. Le metsora était soumis à des lois d’isolation particulières. Parce qu’il avait calomnié une personne, provoquant son « isolation » dans l’esprit de plusieurs, il était donc corrigé de la même façon et était coupé de la société afin de bien mesurer les conséquences de son acte vis à vis d’un membre de son peuple. Beaucoup de ces mesures étaient semblables à celles observées pour un deuil : Le metsora était exclu du camp, comme dans le cas de Myriam. Il devait déchirer son vêtement comme dans le cas d’un deuil. Il devait laisser pousser ses cheveux. Il devait se couvrir la bouche pour avoir diffamé son prochain et porter un voile sur la tête comme pour un mort. Il criait devant lui « impur, impur, tamé, tamé » afin que ceux qui le croisent puissent prier pour sa guérison.

Selon « Ashdod Café », la Tradition juive nous donne une interprétation très intéressante du processus de l’évolution de la plaie de tsaraat destinée à corriger celui qui commet ce péché. Les lettres de l’alphabet hébreu peuvent se regrouper en sept groupes de trois lettres qui peuvent se permuter six fois entre elles et former des racines de mots. Suivant ce principe, la racine du mot tsaraat, tsara se permute comme suit et décrit l’évolution de la maladie destinée à ramener le pécheur dans le droit chemin :
1. tsara, צרע la plaie en elle-même
2. tsaar, צער douleur, attrister
3. raats, רעץ briser
4. ratsa, רצע frapper, fouetter,
5. atsar, עצר stopper et maîtriser, régner
6. arats, ערץ rendre l’honneur à une personne que l’on craint et révère.

D.ieu frappe, la douleur est forte et provoque un brisement. Des souffrances sont occasionnées par la correction. La correction produit son effet et le fauteur se repent. Il va essayer de maîtriser et de contrôler sa langue pour finalement plier le genou en reconnaissance au Créateur Qui corrige celui qu’Il aime. Avec la maladie, D.ieu prévoit toujours le remède. Il est la Source de la guérison, et le verset suivant nous le dévoile : Si un homme a dans la peau de sa chair une tumeur, ou une dartre, ou une tache blanchâtre, et qu’elle soit devenue, dans la peau de sa chair, une plaie comme de lèpre, on l’amènera à Aaron, le Cohen, ou à l’un de ses fils. (Lévitique 13:2).

Qui est le pontife ? Il s’agit du « Cohen Gadol». Dans le Lévitique, il s’agit d’Aaron ou l’un de ses fils. Il est l’intermédiaire entre l’Eternel et l’ensemble de la communauté. Le nom de la paracha, Metsora, signifie : « une personne atteinte de tsaraat ». La tsaraat, que nous avons rencontrée dans la paracha précédente, Tazria, était une affection par laquelle une personne contractait une impureté rituelle qui lui interdisait de pénétrer dans le Temple, de participer à ses divers rituels ainsi qu’à la vie sociale de la communauté. Ainsi séparé du Temple – lieu de vie et de divinité (qui est la source de vie) – et de la vie sociale, le metsora est, selon les paroles de nos Sages, une métaphore de la mort. Bien que le mot metsora soit effectivement l’un des premiers de la paracha, le sujet du premier tiers de celle-ci évoque le processus par lequel le metsora est guéri de la tsaraat, c’est-à-dire de la négation de la situation d’être un metsora. Le sujet du second tiers de la paracha est la tsaraat qui affecte une maison et de quelle manière une maison peut en être purifiée. La troisième partie de la paracha traite de deux autres formes d’impureté, non liées à la tsaraat, et de leur purification.

Compte tenu de la nature dégradante de la tsaraat, il semble étonnant qu’une paracha consacrée aux moyens de guérir une personne de cette affliction porte le nom de celui qui en est affecté. Toutefois, l’explication qui est donnée du nom de la paracha précédente, Tazria, peut servir à expliquer le nom de cette paracha-ci. Tazria désigne l’acte « d’ensemencement », le fait de s’engager de façon optimiste dans un processus qui mène à une nouvelle vie et à une nouvelle croissance, bien que l’essentiel de la paracha traite des détails de la maladie de la tsaraat, l’antithèse de la vie, car celle-ci n’est pas conçue comme un châtiment, mais un nouveau départ, une incitation à réaffirmer la vie. En tant que telle, elle peut et doit être perçue comme l’« ensemencement » d’un degré plus élevé d’existence. De la même manière, la paracha de metsora est appelée du nom d’une personne atteinte de cette maladie, bien qu’elle traite essentiellement de la manière d’en délivrer celui qui en souffre, parce que le processus de purification est en soi un prolongement de l’affection elle-même. Ce n’est que l’étape suivante du processus de réhabilitation qui a commencé en contractant la maladie.

L’un des termes par lesquels les Prophètes décrivent le processus messianique, et même le Machia’h lui-même, est celui de « germination ». « Car, de même que la terre fait jaillir ses pousses, de même qu’un jardin fait germer ses semences, ainsi D.ieu fera pousser la justice et la louange devant toutes les nations. » (Isaïe 61, 11) « Voici que des jours viennent, dit D.ieu, où Je ferai s’élever un juste plant de David, un roi qui régnera et prospérera et qui exercera le droit et la justice dans le pays. » (Jérémie 23, 5 ; voir aussi ibid. 33,15) En outre, les Sages du Talmud disent que le qualificatif du Machia’h est « le Metsora de la Maison de Rabbi Yéhouda le Prince », citant le verset (Isaïe 53,4) : « En vérité, ce fut nos maladies qu’il endurait et nos souffrances qu’il portait, mais nous le considérions comme un metsora, frappé par D.ieu et affligé. » (Sanhédrin 98b ; Rachi ad loc)
Le Talmud relate même un épisode dans lequel le Machia’h apparut sous l’aspect d’un metsora : Rabbi Yéhouda ben Lévi rencontra le prophète Élie qui se tenait à l’entrée de la grotte de Rabbi Chimone bar Yo’haï. Il demanda à Élie : « Quand le Machia’h viendra-t-il ? » Élie répondit : « Va et demande-lui toi-même. » – Où se trouve-t-il ? – À l’entrée de la ville. – Et par quel signe pourrais-je le reconnaître ? – Il est assis parmi les pauvres affligés de tsaraat. Mais, alors que les autres défont tous leurs bandages puis [après avoir soigné leurs plaies] les rattachent tous, il défait et refait ses bandages un par un, en se disant : « Peut-être serai-je appelé [pour me révéler comme le Machia’h et, s’il en est ainsi,] je ne peux être retardé [en ayant à refaire de nombreux bandages.] » (Sanhédrin 98a ; Rachi ad loc. Voir l’analyse et les sources citées dans Kol Yisrael, pp 449-455)

Dans ce contexte, il est possible d’interpréter les noms des deux parachiote traitant de la tsaraat comme exprimant le processus messianique : Tazria, qui signifie « ensemencer », désigne les efforts que nous faisons pour que la Rédemption « germe ». Metsora désigne le Machia’h lui-même. C’est ainsi que la phrase Tazria-Metsora signifie : « Sème les graines de la Rédemption messianique. » La plupart des années, les deux parachiote de Tazria et Metsora sont lues ensemble. Dans le contexte allégorique que nous venons de mentionner, cela nous enseigne que nous devons considérer nos efforts pour raffiner le monde à travers l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot, non uniquement comme une fin en soi – ce qu’ils sont, eu égard à notre obligation d’accomplir les commandements divins par soumission absolue –, mais également comme les moyens de hâter la venue du Machia’h. Nous ne devons pas dissocier notre Tazria, notre ensemencement, de Metsora, son but messianique. Plus encore, nous devrions considérer nos efforts et leur finalité, c’est-à-dire le fait de vivre notre vie en accord avec les commandements de la Torah d’une part et la Rédemption messianique d’autre part, non pas comme deux entités distinctes, mais comme une continuité.

D’une part, vivre une vie de Torah conduit naturellement à la rédemption, et d’autre part la rédemption n’est rien d’autre que la pleine éclosion de la Torah et des commandements que nous aurons connus au cours de notre exil. La Torah des temps messianiques sera la même Torah que celle que nous avons actuellement à la différence près que ses dimensions les plus profondes nous seront entièrement révélées. De même que nous continuerons à observer les commandements de la Torah, mais de la manière la plus complète qui puisse être, aussi bien quantitativement, tels que les commandements qui ne peuvent être accomplis que le Temple existe et que l’ensemble de la nation juive se trouve sur sa terre, que qualitativement, lorsque la réalité se défera du matérialisme grossier qui occulte actuellement la plupart des révélations divines qui résultent de notre pratique des mitsvote, ainsi que de l’orientation matérialiste naturelle de notre conscience, qui cèdera la place à une conscience élevée de D.ieu. En lisant dans la Torah l’odyssée du metsora et le processus de sa rédemption de l’ostracisme, de son « exil » social, nous lisons en même temps l’odyssée de nos crises et de nos rédemptions spirituelles personnelles ainsi que notre odyssée collective à travers l’exil, qui nous mène vers notre Rédemption finale. (Likoutei Si’hot, vol. 22, pp 70-80).

« Le Cohen ordonnera qu’on vide la maison avant qu’il n’entre pour examiner la plaie. » (Lévitique, 14, 3) Le Rabbin Jean Schwarz nous dit que l’atteinte d’impureté peut, entre autres, s’attaquer aux murs des maisons. Elle entraîne, dans certains cas, la démolition totale de la demeure en question. Aussi, avant que le Cohen, qui est appelé à prendre éventuellement une telle décision, ne vienne se prononcer, on est tenu de vider complètement la maison, de disposer tout son contenu dans la rue, à la vue de tout le monde… Cette réglementation a pour but, selon nos Sages, de nous forcer à étaler au grand jour tout ce que nous possédons, à ouvrir par la force des choses toute grande notre maison que nous tenions fermée jusqu’ici. Car là aussi, la lèpre est la punition d’une faute morale, qui, cette fois-ci, a pour nom l’égoïsme.

L’égoïsme nous pousse à fermer nos maisons, à conserver pour nous seuls les biens que nous possédons, à ne pas recevoir chez nous le pauvre qui est dans le besoin, à refuser de prêter un objet qu’on nous demande, à mentir en disant qu’on ne possède pas un tel objet, etc. Aussi, quand l’homme se referme ainsi sur lui-même, l’atteinte d’impureté vient-elle ouvrir de force la porte qu’il tenait si bien fermée. Tous ses biens sont maintenant exposés en plein soleil à la vue de tout un chacun. Tout le monde pourra voir, entre autres, qu’il avait en sa possession l’objet qu’il ne voulait pas prêter. Chacun pourra se rendre compte qu’il est plus riche qu’il ne veut le paraître et qu’il conserve pour son usage exclusif tous les biens que l’Eternel a bien voulu lui accorder. L’égoïsme peut ronger nos cœurs comme une véritable impureté, nous rendre totalement insensibles aux malheurs du prochain, nous faire penser à notre seul bonheur, à notre seul bien-être. Tout peut s’écrouler autour de l’égoïste. Que lui importe puisqu’il a son chez soi où il se sent bien au chaud et à l’abri. Mais attention ! Une telle impureté est capable d’avoir pour conséquence qu’il ne puisse plus, lui non plus, profiter des richesses qu’il possède, car elle aura entraîné la démolition de la maison où il croyait pourtant pouvoir être heureux en parfait égoïste.

« Quand tu pénétreras dans la terre de Canaan que Je te donne en possession et que J’infligerai un cas de Tsaraat dans une maison… » (Lévitique 14, 34) Dans le Livre du Lévitique, la Torah parle de la maladie de la Tsaraat qui existait à l’époque biblique. Cette affection n’apparaissait pas uniquement sur les personnes, mais aussi sur les objets inanimés, y compris les murs de la maison. Lorsque ce cas se présentait, toute la partie atteinte devait être enlevée, ce qui impliquait de grosses dépenses pour le propriétaire.Cette maladie étrange n’était pas une maladie physique, mais plutôt la manifestation physique d’une maladie spirituelle. Quand une personne était spirituellement malade, D.ieu l’alertait de son état en touchant d’abord ses biens, puis son corps, pour qu’elle soit incitée à se repentir comme il convient et à améliorer son comportement. Il arriva souvent, cependant, qu’un homme qui n’avait rien fait de mal découvrait que les murs de sa maison étaient affectés. Pourquoi les innocents souffraient-ils également ? Ce qui avait paru être un coup du sort était en fait une grande bénédiction La réponse est que de nombreux Israélites vivaient dans des maisons qui avaient été construites par les Cananéens, qui avaient précédemment occupé la terre. De nombreux Cananéens avaient caché leurs trésors dans les murs de leurs maisons, si bien que, lorsque la maison d’un Israélite se trouvait affectée, il était forcé de démolir les murs et il trouvait le trésor caché. Ainsi, ce qui avait paru être un coup du sort ou une punition injustifiée d’En Haut s’avérait être une grande bénédiction.

Quand nous nous retournons sur tous les soucis qui se sont présentés dans notre vie, il n’est pas difficile d’accepter les problèmes qui se sont résolus. Nous réalisons que D.ieu nous avait envoyé des signes visibles pour nous forcer à prendre conscience de nos véritables manquements d’alors. Mais qu’en est-il lorsque la vie nous frappe en pleine face, alors même que nous nous pensons innocents, alors même que nous faisons ce qui est bon ? Quand cela arrive, nous crions à l’injustice : « Qu’ai-je fait de mal maintenant pour mériter de tels problèmes ? » Ce dont nous prenons conscience est que les trésors cachés de la vie ne sont parfois découverts qu’à travers des difficultés et des pertes.

Ces difficultés que nous jugeons si vite comme le signe que « D.ieu nous donne du fil à retordre » peuvent être, en fait, Sa manière de nous donner des cadeaux qui dépassent nos rêves. Nous pouvons réagir en maudissant nos soucis et ignorer totalement le trésor qui a été prévu pour nous, bien plus abondant que le montant de notre perte. Bien sûr, si seulement nous savions ce qui se cache derrière ce mur, nous serions heureux de le démolir. Mais nous ne le savons pas. C’est à cela que sert la foi : à se sentir serein, en sécurité, reconnaissant et heureux même quand nous ne comprenons pas ce qui se passe. Quand nous craignons les difficultés et les changements, non seulement nous manifestons un manque de foi, mais nous renonçons inconsciemment aux grands bienfaits qui nous attendent juste de l’autre côté de nos ennuis.

D’après les « Leçons sur la Torah » de Léon Askénazy, le terme de  »metsora » peut être traduit par « atteint d’impureté :  »metsora » est  »motsi – ra »,  »celui qui fait sortir (de lui) le mal » ». Le rôle du pontife va être d’aider l’individu guéri à se purifier. Après avoir constaté la guérison de celui qui est atteint d’impureté, de métsora, le pontife procède à un sacrifice pour purifier l’individu atteint. La symbolique associée est expliquée par Rachi dans son commentaire sur la Torah : les taches viennent de la médisance (symbolique du pépiement des oiseaux) et de l’orgueil (symbolique du cèdre de grande hauteur). Le remède est de s’abaisser de son orgueil comme le ver (autre traduction du mot qui signifie aussi  »laine écarlate ») et l’hysope qui est une herbe basse. L’étape suivante concerne la purification physique de l’individu : laver ses vêtements, raser tous ses cheveux, prendre un bain. Il réintègre le campement, mais reste isolé sept jours, au bout desquels il procède à nouveau à une purification physique.

C’est seulement ensuite qu’a lieu la purification morale par un sacrifice de faute (reconnaître sa faute) et un sacrifice d’expiation (fait de devenir plus pieux), où le pontife purificateur présente « l’homme à purifier devant l’Eternel à l’entrée de la Tente d’assignation. Le Pontife est le lien entre l’homme qui se purifie et le Seigneur : le pontife fait expiation pour lui devant l’Eternel. Ainsi l’individu redevient pur. » Le processus de purification est également décrit pour l’individu pauvre, car les règles de la Torah s’appliquent indépendamment de la richesse de l’individu. La paracha Metsora évoque aussi deux autres situations d’impureté : – l’une concernant les vêtements et habitations, – l’autre concernant la souillure par les écoulements du corps. Là encore le pontife a un rôle purificateur.

Le rabbin Jean Schwarz commente ainsi la phrase concernant la personne atteinte de « metsora » : « Il sera présenté au pontife. Mais aussi on lui présentera le pontife comme modèle à suivre dorénavant. Le Pontife qui mène dans la société une vie active et se fait aimer et respecter du fait qu’il cherche, en toute circonstance, à établir la paix entre les individus et dans la société toute entière ». En reprenant les « Leçons sur la Torah » de Léon Askénazi, dans les parachyote Tazria et Metsora, la Torah développe les lois portant sur la distinction entre l’état de pureté et celui d’impureté, déjà introduites dans les chapitres précédents du Lévitique : – dans les premiers chapitres la « mise à part des prêtres de toute situation menant à l’impureté » ; – dans la paracha Chemini, l’ensemble des règles concernant la nourriture ; – dans Tazria – Metsora, les situations d’impureté qui concernent le corps lui-même, impureté aussi qui peut s’attacher aux vêtements et même aux habitations ; – enfin dans les parachiote suivantes, les règles touchant à l’impureté fondamentales qui résulte du contact avec la mort.

Plus l’homme est capable de sainteté et plus il devient vulnérable au risque d’impureté. On pourrait en effet considérer comme paradoxal, le fait que ce soit précisément dans le Lévitique que se trouvent développées avec une telle minutie, et élaborées avec une telle précision, les définitions de situations d’impureté. Le Lévitique, désigné par l’expression Torat Cohanim, peut être lu tout entier comme une invitation à réaliser en soi, à tous les niveaux d’être, l’être de sainteté. Et l’on pourrait supposer qu’une telle invitation ne concernerait que ceux sur qui aucune situation d’impureté n’aurait déjà plus de prise. Or, le principe enseigné ici par la Torah est absolument opposé. Non seulement l’être de sainteté est encore plus exposé que d’autre au risque de l’impureté ; mais plus encore, c’est chez lui que l’impureté se dévoile, est effective. Elle se dévoile précisément dans l’effort d’élévation qui mène à la sainteté ; car cet effort consiste à évacuer, « mettre en dehors » la part de mort qui est mêlée à toute vie dans la condition terrestre.

« Voici quelle sera la loi du « metsora » (torat ha-metsora) au jour de sa purification : il sera présenté au Cohen » (Vayiqra 4,2). Rabbi Yehochoua ben Lévi a enseigné : Le rabbin Jacques Konh za’l nous apprend que le mot torat (« loi de ») est employé à cinq reprises dans la Tora à propos d’une personne « metsora ». C’est pour nous apprendre que celui qui profère du lachone hara’ (« propos médisants ») transgresse chacun des cinq livres de la Torah (Vayiqra rabba 15, 6). Quel est le rapport entre le lachone hara’ et les cinq livres de la Torah. Dans Berechit 3, 5, le serpent encourage Eve, en employant du lachone hara’, à manger le fruit de l’arbre de la connaissance. Il lui déclare : « Tout artisan déteste ceux qui font le même travail que lui. Hachem a mangé du fruit de l’arbre, puis Il a créé le monde. [Si donc vous en mangez à votre tour, vous serez comme Lui] » (Rachi ad loc. et Beréchith rabba 19, 4). Dans Chemot (4, 6), Hachem demande à Moïse de mettre sa main en son sein, et « voici que sa main était comme la neige ». Cela est arrivé, explique Rachi au nom du Midrach ta’houma 23, parce qu’il avait calomnié les enfants d’Israël en suggérant qu’ils pourraient ne pas le croire (Chemot 4, 1), raison pour laquelle, explique le Midrach tan’houma, il a été frappé de « metsora ». Dans Vayiqra (19, 16), la Torah prohibe explicitement le lachone hara’ en interdisant de « colporter dans nos peuples ». Le livre de Bamidbar nous apprend que Myriam a été frappée par la « metsora » pour avoir émis du lachone hara’ à l’encontre de son frère Moïse. Et dans Devarim (24, 8 et 9) la Torah nous met en garde contre la plaie de la « metsora » et rappelle celle qui a frappé Myriam. Voilà pourquoi, étant donné que le lachone hara’ est mentionné, soit explicitement soit implicitement, dans chacun des livres de la Torah, celui qui en répand est considéré comme les ayant transgressés tous les cinq.

La haftara attachée à la paracha Metsora’ (II Rois 7, 3 et suivants) raconte un épisode survenu à l’époque du prophète Elisée, tandis que le Royaume du Nord était engagé dans une guerre contre la Syrie, dont les troupes assiégeaient Samarie. 4 « hommes atteints de métsora » se trouvaient alors bannis, comme l’exige la Torah (Vayiqra 13, 46), hors de la ville. Une remarque s’impose d’emblée : Le royaume d’Israël connaissait alors une profonde déchéance religieuse, que le siège de sa capitale ne pouvait qu’accentuer. Cependant, malgré l’impiété généralisée de la population, encouragée et entretenue par ses rois, les lois sur la « metsora » continuaient d’être respectées avec minutie. Ce respect des halakhote est d’autant plus remarquable que ces 4 hommes n’étaient autres que Guéhazi, le serviteur d’Elisée, et ses trois fils (Sota 47a), et nous savons par ailleurs que Guéhazi fait partie de ceux qui n’ont pas droit au monde à venir (Sanhédrin 100a).

Le siège de leur ville inquiétait grandement ces quatre personnes: S’ils retournaient dans celle-ci, ils y mourraient de faim, et s’ils restaient sur place ils mourraient également. Ils décidèrent donc de chercher asile dans le camp des Syriens, se disant qu’ils y trouveraient peut-être une chance de survie. Mais arrivés dans le camp ennemi, une surprise totalement inattendue les y attendait : Hachem y avait suscité une terreur panique. Les soldats s’étaient enfuis, abandonnant sur place leurs équipements, leur nourriture et ce qu’ils avaient de plus précieux. Nos quatre hommes, ravis de l’aubaine, entrèrent dans une tente pour y manger et boire, puis ils emportèrent l’argent, l’or et les vêtements ainsi abandonnés. Après quoi ils annoncèrent la bonne nouvelle aux assiégés, et ceux-ci se précipitèrent à leur tour hors des murs de la ville pour enfin s’alimenter et se désaltérer. Cet épisode nous apprend que même celui qui a fauté ne devient pas nécessairement mauvais : Ce sont les personnes atteintes de métsora, et eux seuls, qui ont permis aux habitants de la ville, en leur annonçant que le siège était levé, d’échapper à la mort.

Toutes les mitsvote peuvent être vues dans l’optique d’élever la matière vers le spirituel pour reconnaître que tout n’a qu’une source, le D.ieu Qui donne la vie. D’après tous les commentateurs classiques, comme par exemple Rabbi Judah Halévy dans son Kouzari, tous les éléments créés se subdivisent en 4 catégories : le minéral, le végétal, l’animal et l’homme (ou l’être parlant). Ainsi, toutes les actions de l’homme dans ce monde n’auront pas d’autre but que d’élever en permanence la matérialité vers le spirituel, et de le hisser lui aussi plus près de son Créateur. Il s’agit de sanctifier le monde dans toutes les actions, même les plus prosaïques. Dans le quotidien, que ce soit dans le domaine familial ou social, nos actions doivent en permanence être empreintes de cette aspiration à un monde toujours plus riche en spiritualité. Les exemples sont aussi nombreux que toutes les situations possibles et imaginables dans lesquelles évoluent les hommes. Il s’agit d’une éthique de tous les instants, fondée sur un rapport fait de crainte et d’amour pour Celui Qui insuffle la vie et son ordonnancement selon une morale trans-historique. Cette morale atteint tous les échelons de la vie quotidienne, que ce soit dans les rapports sociaux entre employeurs et employés, ou au sein du cadre familial, où parents et enfants ont chacun des droits et des devoirs. (par exemple, chapitre 11 du Messilat Yécharim – La Voie des Justes.) Là est la fonction de cette âme que D.ieu a déposée, « ensemencée » en nous.
(Sources : Chabbad.org – MJLF- Ashdod Café – Rav Jean Schwarz, Lamed – Rav Léon Askénazi, « Leçons sur la Torah » – Rabbin Jacques Kohn za’l, Chiourim.com – Rav Mordékhaï Chriqui et Dr Avraham-Gilles Morali, « L’essence de la Torah)

CULTURE JUDAÏSME – La paracha de la semaine – Mois de adar II – 5774 (mars 2014)

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Les études hebdomadaires avec Modia :

1. PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 26e paracha de la Torah et la 4e paracha du 3e livre de la Torah, Vayiqra (Le Lévitique). Elle se nomme : Tazriâ: « Elle ensemencera » Vayiqra (Lévitique) 12, 1 – 13, 59.
En cette étude de la paracha Tazriâ, on découvrira la splendeur juive de la femme et la beauté d’une vie de pureté interne et externe.
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les thèmes principaux de la paracha à y étudier :
Premier niveau :
– Conception juive du pur, du non-pur, et de la purification
– Sexe et pureté Rabbéinou Bé’hayé : l’ordre juste Le Chla : la lumière surgit des ténèbres Conclusion
– Le vêtement.

Deuxième niveau :
– L’être de la femme, selon la Torah (En hommage à celles qui mettent au monde le monde, avec nous les hommes, de mois en mois et d’âges en âges).
–  Le cycle du temps de la femme La femme et le sanctuaire
– Beauté de la conception juive de la femme Le désir (ratsone) dans le lien de la femme et de l’homme Les trente-trois jours de pureté Autre exemple : la légèreté L’imparfait et la sainteté Enseignements de ces orientations et nuances Une question pertinente sur le rapport de la femme au temps Le risque.
– Le rapport sexuel et la sainteté
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– etc
Et cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones): CLIQUEZ ICI
2 – Nous allons bientôt terminer le merveilleux mois de Adar 2. Voyez ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce double mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.  CLIQUEZ ICI
3 – Dès maintenant, préparons la Fête de Pessa’h pour en faire une vraie réussite intérieure (c’est encore bien plus important que le nettoyage des saletés externes) :
en 2014-5774, Pessah se déroule le soir du 14 avril, 14 Nissane
CLIQUEZ ICI
Rav Yehosua Rahamim Dufour

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J´suis ta reine, pas ta boniche !!  Tazria- Un cours époustouflant du rav Dynovisz – 24 Mars 2014

Rien n´est plus difficile que de savoir parler, s´exprimer, communiquer. Toute l´histoire humaine est celle de la communication et toutes les frustrations, déceptions, peines et colères découlent de notre incapacité a nous faire comprendre. Mais pourquoi l´autre n´écoute t-il pas? Peut être ne savons nous pas lui parler. Mais au lieu de voir le problème chez nous, nous préférons accuser le monde entier. Ce cours révèle le secret de la maladie qui ronge l´humanité toute entière et propose la solution messianique de la délivrance finale….. écoutez !

La suite de la paracha ici :

J´suis le meilleur, j´vais gagner !  Tazria – 26 Mars 2014

Tous les blocages, les bouchons, les frustrations et les refoulements que nous sentons en nous sont la conséquence de notre manque de confiance en nous. Et la matrice de ce manque de confiance est notre bouche, notre « sale bouche ». Nos paroles pessimistes, découragées et décourageantes, nos « c´est perdu d´avance », nos « j´y crois », « je n´y arriverai pas »…et a plus fortes raisons, nos paroles accusatrices qui rendent tout le monde responsable de mes échecs sauf moi….. notre bouche est notre tombe, et d´ailleurs c´est notre bouche qui nous bouche ! Le Machia’h apprendra aux hommes a être des vainqueurs, des gagnants, parce que fondamentalement, l´homme est le meilleur !

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de Chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.

(Reprise de 2011)

27e Paracha : Tazriâ – « Elle ensemencera » Vayiqra (Lévitique) 12, 1 – 13, 59 – Année 5771

La paracha Tazriâ contient 5 commandements positifs et 2 interdictions (de 166 à 172) : Prescriptions concernant la femme en couches. Offrande de la femme après son accouchement. Impureté de la lèpre. Prescriptions sur le comportement du lépreux. La lèpre des vêtements. Interdiction à une personne impure de consommer des choses sanctifiées. Interdiction de raser la partie teigneuse de la chevelure.

Dans les versets qui se trouvent au début de la paracha, il s’agit des lois concernant la femme qui vient d’accoucher. Si celle-ci accouche d’un garçon, elle reste impure pendant 40 jours, tandis que si elle accouche d’une fille, elle reste impure pendant 80 jours, soit deux fois plus longtemps. Quelle est la signification de cette loi ? Dans le judaïsme, l’impureté n’est pas un terme péjoratif ; c’ est d’abord un état spirituel lié au religieux : on parle d’impureté rituelle. Une personne en état d’impureté ne peut pas participer au culte. Cet état d’impureté est provisoire, il prend fin par un rituel qui permet de redevenir pur. La plus grande source d’impureté est la mort. Tout contact, même symbolique, avec la mort engendre l’impureté. Autrement dit, la pureté correspond à la vie tandis que l’impureté est liée à la mort.

Il existe un rapport très important entre le judaïsme et la sainteté de la vie, le respect et le choix de la vie, comme nous l’explique le verset où Moïse recommande aux enfants d’Israël de choisir la vie et non la mort et de donner un sens à la vie : « J’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et le malheur. Choisis la vie ! » – Deutéronome 30, 19 – Par ce commandement, nous ne devons pas nous contenter juste de vivre mais nous devons faire consciemment le choix de la vie. On peut d’ailleurs faire un rapprochement entre la définition par la Torah de « l’impureté » et l’état de « déprime » de la femme après l’accouchement, défini par les psychologues d’aujourd’hui, ou dans les cas les plus graves de l’état de « dépression », c’est-à-dire la perte du goût de vivre, à un degré ou à un autre. En effet la période d’impureté correspond au temps nécessaire à la personne qui a eu contact avec la mort de se reconstruire et de faire à nouveau le choix de la vie. Les règles sont la source la plus fréquente d’impureté de la femme. Le sang menstruel représente la vie, donc lorsqu’il est perdu, on suppose qu’il y a perte de la vie et l’on devient impur. Mais cet état d’impureté n’est pas définitif, d’ailleurs le rituel du Mikvé, accompli par la femme à la fin de ses règles, lui permet une renaissance symbolique et donc le retour à la vie.

Le miracle de la vie est une source éternelle d’émerveillement et de reconnaissance à D.ieu  Pour les rabbins, chaque vie est un miracle du ciel. L’enfant dans le ventre d’une mère souligne déjà le miracle puisqu’il ne tombe pas sous l’effet de son poids. En Lévitique Rabba (Ed. Vilna) chapitre 14 , il est dit au sujet d’une femme qui enfantera : « Tu m’as octroyé vie et bonté, et Tes soins vigilants ont préservé mon souffle » (Job 10, 12). Rabi Aba bar Kahana dit : en général si un homme prend un sac de pièces et qu’il retourne le sac, n’est-ce pas que les pièces vont se répandre ? Et voilà que l’enfant reste dans le giron de sa mère, et le Saint, béni soit-Il, fait qu’il ne tombe pas et qu’il meurt. N’est-ce pas une louange exprimée par « Tu m’as octroyé vie et bonté… «  ? Lévitique chapitre 12 1-« L’Éternel parla à moïse en ces termes :  Parle ainsi aux enfants d’Israël : lorsqu’une femme, ayant conçu, enfantera un mâle, elle sera impure durant sept jours, comme lorsqu’elle est isolée à cause de sa souffrance. Au huitième jour, on circoncira l’excroissance de l’enfant. Puis, trente-trois jours durant, la femme restera dans le sang de purification : elle ne touchera à rien de consacré, elle n’entrera point dans le saint lieu, que les jours de sa purification ne soient accomplis. Si c’est une fille qu’elle met au monde, elle sera impure deux semaines, comme lors de son isolement; puis, durant soixante-six jours, elle restera dans le sang de purification. Quand sera accompli le temps de sa purification, pour un garçon ou pour une fille, elle apportera un agneau d’un an comme holocauste, et une jeune colombe ou une tourterelle comme expiatoire, à l’entrée de la Tente d’assignation, et les remettra au pontife.Celui-ci les offrira devant le Seigneur, fera expiation pour elle, et elle sera purifiée du flux de son sang. Telle est la règle de la femme qui enfante, qu’il s’agisse d’un garçon ou qu’il s’agisse d’une fille. Si ses moyens ne lui permettent pas d’offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes colombes, l’une pour holocauste, l’autre pour expiatoire; et le pontife fera expiation pour elle, et elle sera purifiée. »

Abraham Ibn Ezra dit : Lorsqu’une femme, ayant conçu, après avoir terminé les lois de pureté et d’impuretéconcernant la nourriture, la Torah mentionne les lois de l’impureté de l’homme; et ellecommence par la femme qui accouche, car la naissance constitue le début (de la vie). Lévitique Rabba chapitre 14 « Certes, j’ai été enfanté dans l’iniquité, et c’est dans le péché que ma mère m’a conçu » (Ps 51, 7). Rav Aha remarque que le mot Avon(iniquité) est écrit plein (avec deux vav) pour t’enseigner que le plus pieux des pieux ne peut concevoir sans un désir. David a dit au Saint, béni soit-Il : « Maître du monde, est-ce que mon père a voulu me faire naître ou a-t-il voulu se satisfaire lui (dans l’acte intime) ? (Réponse) : Sache qu’il en est ainsi : au moment de la relation chacun tourne son visage vers un côté et Toi tu fais rentrer chaque semence (les parents sont pris par leur désir, mais D.ieu s’occupe de la semence qui donnera la vie de l’enfant).Et c’est ce qu’a dit David : « car mon père et ma mère m’ont abandonné, mais D.ieu m’a rassemblé« .La conception d’un enfant est un acte d’amour entre un homme et une femme. Le mariage commence d’abord par l’amour réciproque entre un homme et une femme, puis l’enfant naîtra de cet amour. Sans le désir minimal de l’un vers l’autre, aucune relation intime, ni aucune conception ne pourrait avoir lieu (dans de bonnes conditions). Ce thème se trouve exprimé dans le Midrach. Le Talmud affirme que lorsqu’une femme est enceinte, l’enfant à naître reçoit l’enseignement de toute la Torah. Quand il naît, « un ange frappe l’enfant sur sa lèvre supérieure » et il ou elle oublie tout. Cela signifie néanmoins que, profondément enfouie en l’enfant, demeure la conscience de toute la Torah. Chaque Juif, homme ou femme, possède ce niveau profond de savoir et de reconnaissance. La vie est un processus de remémoration et les schémas imposés d’en haut, qui nous font intégrer « de force » des schémas de vie juive, ne font en réalité que susciter notre reconnaissance profonde, notre propre choix d’être un Juif vivant.

La naissance est un mystère extraordinaire que l’homme malgré les progrès scientifiques, n’arrive pas à égaler.Penchons nous sur la question de savoir pourquoi D.ieu a créé l’homme, pourquoi D.ieu a créé le monde et pourquoi, le monde une fois créé, D.ieu ne l’a t-il pas créé parfait sans mal et sans souffrance ? La Michna répond à cette question dans le Traité Avot.  » Le monde a été créé par dix paroles. Mais D.ieu n’aurait-il pas pu créer le monde en une seule parole ? Certainement, mais c’est pour donner un salaire aux justes qui font exister et subsister un monde créé par une parole« . Notre monde a été créé graduellement, étape par étape, et dans cet univers, l’homme a une mission très importante.Hachem lui a confié la tâche de croître, de se multiplier, de conquérir le monde et de protéger la nature. Nous pouvons donc en déduire que l’être humain est associé à l’oeuvre de la création. Un Midrach raconte:  » Un Romain avait posé la question à un sage d’Israël: qu’est ce qui est plus beau, l’oeuvre divine ou l’oeuvre humaine ? Le sage répondit:  » l’oeuvre humaine » Comment est-ce possible ? Le Rabbin prit du lin brut et un vêtement. Lequel des 2 est le meilleur ? Le vêtement, bien sûr, répliqua le Romain.

Ce que l’Eternel a fait doit être perfectionné par l’homme, comme il est écrit dans la prière du Kiddouch:          »D.ieu a créé pour que nous fassions« . L’homme continue l’oeuvre du Créateur: nous sommes associés à D.ieu dans l’oeuvre de la création du monde. On peut aisément admettre que l’homme n’aurait pas été heureux dans un monde parfait. Le Talmud de Jérusalem affirme ainsi qu’un être humain a honte de manger de la nourriture qu’il n’a pas méritée par son labeur. Rabbi Yossef Caro appelle cette nourriture le pain de la honte. Car travailler et gagner son pain à la sueur de son front est justement ce qui donne au pain sa véritable saveur.Ce n’est que grâce à notre apport que la perfection pourrait être atteinte. Le mal et le désordre existent sur terre. D.ieu, qui a créé le monde , nous a accordé le plus grand des mérites : lui donner la dernière touche, celle de la perfection. Ramhal explique que le monde a été créé à un niveau très bas afin qu’il nous soit possible de l’améliorer. En fait, le summum de la Création n’est autre que le libre arbitre. Cela consiste à faire le bien, non pas comme une contrainte qui nous serait imposée, mais comme une décision volontaire mue par une profonde réflexion. L’homme a été créé avec cet instinct du mal afin qu’il puisse le détruire et le sublimer. Ce n’est donc que l’existence du mal qui permet d’atteindre un bien supérieur. Et c’est là le plus grand des bonheurs.

Qu’en est-il de notre communion avec D.ieu ? Dans la Gemara Massekhèth Sanhédrine (22a) (notamment) il est dit : »Celui qui prie doit se voir lui-même comme étant tout proche de la Présence divine.  » selon qu’il est écrit : » Chivithi Hachem leNegdi Tamid « ). (Je me représente en permanence Hachem devant moi…) (Tehimim 16. 8) Cette phrase est si importante qu’il nous est recommandés de la placer à tous les endroits possibles pour nous rappeler cela. La note en français dans le Pata’h Eliahou (pour les sefarades), à la page 107 concernant l’après Chaharit va dans ce sens. Est-ce que nous sentons Hachem proche de nous, ou est-ce que nous nous sentons comme en nidda ? Nul besoin d’être un grand mystique, et c’est là le but de tout Juif. Ne nous donnons aucun repos jusqu’à ce que nous ayons trouvé cette communion véritable avec Hachem. Ce n’est qu’à travers la lutte qu’elle mène ici-bas que l’âme peut s’élever plus haut De la même façon qu’une femme se renouvelle chaque mois, le peuple juif se renouvellera au temps de sa rédemption, qui verra l’apogée de son union suprême avec D.ieu. Quel que soit le haut degré spirituel qu’une personne puisse atteindre, elle n’est pas purifiée tant qu’elle n’est pas “sortie”, tant qu’elle n’agit pas sur “l’extérieur”. Selon la Torah,cependant, on est purifié au moment où on sort du mikvé et non lorsque l’on s’y trouve immergé. Ainsi, le but ultime de notre élévation spirituelle, nos « montées », n’est pas de se retirer du monde, c’est la création  « faire une demeure pour D.ieu dans les mondes inféreurs », c’est-à-dire agir sur « l’extérieur », en amenant la sainteté dans les niveaux les plus bas de la réalité. Malgré le haut degré spirituel qu’une personne puisse atteindre, elle n’est pas purifiée tant qu’elle n’est pas «sortie », tant qu’elle n’agit pas sur « l’extérieur ».

En pratique, cela signifie que « l’essentiel est dans l’action » : l’action dans le monde, dans le raffinement de son propre être intérieur, et aussi de sa propre part du monde, pour faire « une demeure pour D.ieu ». Tout comme l’état d’élévation du Chabbat est appelé la « source de bénédiction » pour la semaine, et Roch ‘Hodech l’est pour le mois, la purification de la personne au mikvé doit imprégner ses pensées, ses paroles et ses actions après qu’elle sera sortie du mikvé. L’accomplissement des mitsvote procure les  « vêtements » de l’âme. Le moment de la conception est crucial, la disposition d’esprit et la pureté des parents déterminent, dans une grande mesure, les « vêtements » que l’âme de l’enfant conçu portera. En somme, non seulement les lois de la Pureté Familiale ont-elles une signification profonde, mais, comme l’explique le Rabbi de Loubavitch, l’accomplissement de cette mitsva a une influence directe et profonde sur la santé spirituelle et physique de nos enfants et, par extension, sur toutes les générations du peuple juif pour l’éternité.

La purification similaire à la touma de la nidda (impureté menstruelle de la femme) est l’occasion d’aborder la question selon des sens élevés et abordables à la fois. Sans aborder le coté technique (ôna, comment le calculer …etc., ce reporter au Choul’hane Aroukh), cela donne toujours une autre dimension à l’accomplissement de la mitsva, quand on comprend un peu du sens profond qu’elle véhicule. Pour la nidda, nous trouvons un principe commun avec roch ‘Hodèch (ce Chabbat ce sera d’ailleurs Roch ‘Hodèch), un temps d’éloignement entre l’homme et la femme. Dans Chir HaChirim, Hachem est le » ‘Hatane » et son peuple est la « Kala« , comme dans le couple, dans l’histoire du peuple Juif, il y a eu des périodes de proximité et d’éloignement. Nos prophètes nous ont parlé de cela, par exemple, Isaïe (chapitre  59: 1-9) « Voici, la main d Hachem n’est pas devenue trop courte pour délivrer, ni son oreille trop appesantie pour entendre; mais vos iniquités ont fait séparation entre vous et votre Eloqim, et vos péchés ont fait qu’il a caché de vous sa face, pour ne pas écouter. Car vos mains sont souillées de sang, et vos doigts, d’iniquité; vos lèvres ont dit des mensonges,   votre langue a murmuré l’iniquité ;  il n’y a personne qui invoque la justice, et personne qui plaide en jugement avec intégrité; on se confie dans le néant, et on parle avec fausseté ; on conçoit l’oppression, et     on enfante l’iniquité. Ils font éclore des oeufs de serpent, et ils tissent des toiles d’araignées, celui qui mange de leurs oeufs mourra, et si l’on en écrase un, il en éclot une vipère. Leurs toiles ne deviendront pas des vêtements, et ils ne se couvriront point de leurs oeuvres ; leurs oeuvres sont des oeuvres d’iniquité, et des  actes de violence sont dans leurs mains. Leurs pieds courent au mal, et se hâtent pour verser le sang innocent; leurs pensées sont des pensées d’iniquité; la destruction et la ruine sont dans leurs sentiers; le chemin de la paix, ils ne le connaissent pas, et il n’y a pas de rectitude dans leurs voies ; ils ont perverti leurs sentiers ; quiconque y marche ne connaît pas la paix. C’est pourquoi le juste jugement est loin de   nous, et la justice ne nous atteint pas ; nous attendons la lumière, et voici les ténèbres ! la clarté, et nous marchons dans l’obscurité« .Voilà des paroles (que l’on peu juger dures) de nos prophètes. Que diraient-ils aujourd’hui ? Parlons de la Kala et   de son ‘Hatane. Donc des temps d’éloignement ou Hachem nous considéra comme Nidda, puis des temps   de proximité. De même, à Roch ‘Hodèch, il y a cet aspect croissant et décroissant et surtout « renouvellement » et ce renouvellement passe par la téchouva qui change le mazal (destin). Mais le qahal (le rassemblement) passe par chacun d’entre nous  et nous n’avons pas à attendre que cela change du coté du rassemblement pour changer de notre côté. Le tiqqoune ôlame (réparation du monde) commence par nous-mêmes, et nous ne devons pas attendre les autres qui attendent après nous, à nous de commencer sans attendre.

Dans le livre de l’Ecclésiaste (I, 9), nous lisons le jugement que porte son auteur en disant « il n’y a rien de nouveau sous le soleil »..On n’arrive à une telle conclusion que si l’on ne prend pas en compte l’idéal d’une vie future. Or, les prophètes nous assurent toujours que l’avenir sera meilleur.. Chacun des trois grands prophètes, Isaïe, Jerémie et Ezechiel savait faire ressortir le renouveau qui interviendra dans la perspective du futur et les promesses se complétant les unes les autres. Il en ressort, que l’ère messianique n’apportera pas seulement des modifications externes : la cessation de la haine contre Israël, le règne de la paix à travers le monde et l’honneur rétabli au bénéfice d’Israël. La révolution messianique ne consistera pas uniquement dans le changement des circonstances, par rapport à la société et à l’histoire. Même l’individu vivant dans la société, subira des changements, et au lieu d’un coeur de pierre, à la place de l’indifférence envers autrui et même envers D.ieu, sera créé un coeur nouveau, un coeur sensible, naîtra un « coeur de chair ». C’est à partir de là que débute l’espérance d’une réussite différente pour la vie future. Il ne suffira pas de modifier les conditions de vie du peuple. Il s’agira d’un changement radical et profond dans l’âme humaine. Par ce moyen, il sera possible d’assurer que le mauvais penchant de l’homme habitué à faire le mal contre ses semblables et à trahir D.ieu, cessera d’exister.

Ezéchiel, dans son livre, revient à trois reprises sur cette idée. 1° Le prophète s’adresse à ceux que l’on appelle « les habitants de Jérusalem, dont il dit qu’ils se sont éloignés de D.ieu, alors que c’est à eux que fut donné le pays en héritage. Il console les exilés qui seront les seuls à mériter la terre d’Israël et il leur dit : « Ils y viendront et ils enlèveront toutes les abominations et toutes les horreurs. Et je leur donnerai un seul (un autre coeur) cœur, et je mettrai parmi vous un esprit nouveau ; j’ôterai le coeur de pierre de leur corps et je leur donnerai un coeur de chair, afin qu’ils suivent mes lois, qu’ils observent mes prescriptions et les accomplissent, et ils seront pour moi un peuple et je serai pour eux un D.ieu » (Ezéchiel 11, 18-20). 2° Dans le recueil de consolations débutant au chapitre 34 de son livre, Ezéchiel parle de purification par des eaux pures versées sur le peuple, et il vise par là le renouveau par la pureté. Parlant d’un coeur nouveau, il veut mettre l’accent sur un renouveau religieux général et fondamental, ne concernant pas uniquement l’abandon de l’idolâtrie. mais également le renouveau du coeur et de l’esprit, permettant d’insuffler l’esprit de D.ieu dans le peuple. 3° Mais ce qui apparaît dans ces deux passages en tant que promesse, comme étant le changement que D.ieu fournira comme un don d’amour pour la fin des temps, ressort mieux dans le chapitre consacré à la rétribution, question ayant beaucoup préoccupé la génération du prophète. Il s’agit du chapitre 18, verset 31, où en parlant du présent, il demande non seulement l’abandon des pratiques idolâtres, mais formule une demande plus générale en disant : « Rejetez loin de vous tous les péchés que vous avez commis, faites-vous un coeur nouveau et une âme nouvelle, et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël ? » En parlant du coeur nouveau demandé à l’homme, s’agit-il d’une demande faite à l’homme sans que celui-ci puisse changer quoi que ce soit ou au contraire a-t-il un pouvoir sur lui-même ? A cela répond très nettement un texte de la TORAH. Il est écrit en effet : « Et l’Eternel, ton D.ieu, circoncira ton coeur, et celui de ta postérité, pour que tu aimes l’Eternel ton D.ieu, de tout ton coeur et de toute ton âme, et assures ton existence. » (Deut. 30,  6).

Moïse lui-même avait déjà annoncé pareille transformation en disant : »Supprimez donc l’impureté de votre coeur, et cessez de raidir votre cou. » (Deut. 10 16) Nous voyons ainsi que la plupart des promesses annoncées par les prophètes, tant matérielles que spirituelles et psychologiques, ne concernent pas uniquement des annonces et des assurances solennelles pour un avenir lointain, mais elles engagent le peuple à faire des efforts personnels en vue d’atteindre ces objectifs. Pour ce qui est du coeur et de l’esprit nouveau, nous avons l’exemple de David. Il pourrait servir de modèle permanent pour toutes les générations, pour ce qui est de la pénitence. Il a demandé la même faveur à D.ieu en disant après avoir reconnu sa faute (mort d’Urie, époux de Bethsabée qu’il convoitait) : « O D.ieu, crée en moi un coeur pur, et fais renaître dans mon sein un esprit droit. Ne me rejette pas de devant ta face, ne me retire pas ta sainte inspiration. » (Psaumes 60, 12-13). Ainsi, à partir de l’indication de la Torah, le Roi David avait compris la nécessité de faire un effort personnel, mais la promesse biblique vient nous enseigner qu’il nous faut aussi l’aide céleste pour avoir la force de dominer le penchant qui nous entraîne au péché. La Agada, à propos de ce renouveau du coeur, compris dans un sens plus limité par Ezechiel relatif aux péchés que l’homme commet envers D.ieu, voit un aspect élargi au mauvais penchant en général. Les maîtres du Midrach rattachent l’expression « coeur nouveau » exigé par la Torah au renouveau des coeurs tel que le voit Ezechiel et tel qu’il ressort de la prière de David.

Voici ce que nous dit le Yalkout Chimoni sur Ezéchiel, (rèmèz 375) : « Rabbi Avira, et selon certains, Rabbi Jozué, fils de Levi disent : Il existe 7 noms pour définir le mauvais penchant : D.ieu l’a intitulé RA = mauvais, car il est écrit : car les conceptions du coeur de l’homme sont mauvaises dès son enfance. (Genèse 8, 20). Moïse l’a surnommé « le prépuce », « supprimez donc le prépuce, l’impureté de votre cœur » (Deut. 10, 16). David l’a nommé « l’impur » en disant : « crée en moi un coeur pur » (Psaumes 60, 12), ce qui laisse entendre qu’il peut être impur. Le Roi Salomon l’a considéré comme un « ennemi », en disant : « Si ton ennemi a faim, donne lui à manger » (Proverbes 25, 21). Sur ce verset, Rachi souligne « si le mauvais penchant te tente, va étudier la Torah et t’abreuver à elle. » Isaïel’appelle « l’obstacle« car dit-il : « Enlevez tout obstacle de la voie de mon peuple » (Isaïe 67, 14). Ezechiel le surnomme « pierre », en disant : « j’ôterai le coeur de pierre de votre chair » (Ezechiel 36, 26). Enfin Joël l’appelle « le fléau du Nord » en disant : « et ce ( fléau) du Nord je l’éloignerai de vous ». Chez Jerémie, nous trouvons un changement radical. Il annonce que dans le futur, le rapport à la Torah et à D.ieu va se modifier, comme si l’ancienne alliance allait faire place à une nouvelle alliance.

Ce n’est en aucun cas le contenu de la Torah qui va changer, mais le rapport à elle de la part de ceux qui vont l’accomplir. La foi sera désormais d’une autre nature. Les commandements de la Torah feront l’objet d’une demande constante émanant de D.ieu, adressée à Son peuple, et c’est aussi ce qui se produira dans le futur.   Elle deviendra également une exigence de la part de l’homme, comme si elle était spontanée. C’est ce qui ressort du texte suivant : « Voici des jours vont venir, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison  d’IsraëlL et la maison de Juda une alliance nouvelle, qui ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue   avec leurs pères le jour où je les ai pris par la main pour les tirer du pays d’Egyte,  alliance qu’il ont  rompue, eux, alors que Je les avais étroitement unis à Moi, dit le Seigneur, mais voici quelle alliance je conclurai avec la maison d’Israël, au terme de cette époque, dit l’Eternel : je ferai pénétrer ma foi en eux, c’est dans leur coeur que je l’inscrirai : je serai leur D.ieu et ils seront Mon peuple.(Jerémie 31, 31-33). Selon Abrabanel, il ne s’agit pas d’une « nouvelle alliance », mais d’une alliance inscrite dans les coeurs pour qu’elle ne les quitte plus, s’agissant bien entendu de la Torah telle qu’elle fut donnée par Moïse. C’est ce que souligne le Yerouchalmi sur Meguila, chapitre I, hala’ha 1 en disant que même si les livresprophétiques venaient à disparaître à la fin des temps, la Torah resterait toujours la même. Mais Abrabanel veut mettre l’accent sur le fait que cette notion d’alliance nouvelle pourrait poser beaucoup de questions. Il considère qu’à l’avenir, D.ieu donnera une nouvelle alliance à Son peuple, ce qui irait à l’encontre de l’idée traditionnelle selon laquelle la Torah qui nous fut donnée au Sinaï est immuable, aussi bien dans son expression que dans le temps. Et d’ajouter : « nos ennemis n’ont jamais cessé de nous combattre à ce sujet. » En se référant à un commentaire sur cette notion de nouvelle alliance que suggère Jerémie, nous devons nous souvenir de cette interpellation de Malakie 3, 22,disant : «Souvenez- vous de la Loi de Moïse, Mon serviteur que je lui ai ordonnée au Horeb, à tout Israël, en lui donnant des décrets et des lois. »

Sur ce passage, Radak est formel en déclarant : « le renouveau de la loi ne signifie pas changement mais accomplissement. » Les changements que prévoient les trois grands prophètes, seront des changements intervenant dans le coeur et dans l’esprit des hommes. Pour Ezéchiel, il s’agira d’un changement radical dans les rapports entre le peuple élu et D.ieu, d’une sorte de spontanéité. Pour Jerémie, la Torah sera perçue comme une Loi du coeur, autonome et non imposée. Pour Isaïe enfin, le sort du peuple d’Israël passera du malheur à la joie, et de plus, le peuple trouvera la force d’amener les justes des nations à la connaissance du Créateur. A cette idée classique de délivrance viennent s’ajouter d’autres points importants, concernant les changements qui interviendront à la fin des temps. Dans l’ère messianique, tout se renouvellera. Ainsi, on trouvera des noms nouveaux pour la Terre d’Israël et pour Sion. Ils auront pour motifs les modifications intervenues entre la période de l’exil et ses souffrances et celle qui entraînera le bonheur de la délivrance. Ainsi, lisons-nous : « et on t’appellera d’un nom nouveau, qu’aura désigné la bouche de l’Eternel. Et tu seras une couronne glorieuse aux mains de l’Eternel, et un diadème royal dans la paume de ton D.ieu. Tu ne seras plus nommée la Délaissée et la terre ne s’appellera plus Solitude ; toi, tu auras nom Celle que j’aime, et ta terre se nommera l’Epousée ; parce que tu seras la bien-aimée de l’Eternel, et parce que ta terre connaîtra les épousailles ». (Isaïe 62, 2-4). Mais nous savons que rien dans la Torah ne sera modifié. La seule chose que nous devons modifier, c’est notre comportement pour tenter par là même d’influencer nos contemporains, pour préparer avec eux les jours meilleurs annoncés par nos prophètes.

Chaque détail appartenant à notre monde humain a son parallèle au niveau spirituel. L’apogée des relations humaines se trouve dans celle qui unit l’homme et la femme dans le mariage. Avec l’aide de D.ieu, le mariage conduit à la naissance des enfants.Dans divers passages de la Torah, l’image du mariage est utilisée pour décrire la relation qui unit le Peuple Juif à D.ieu. La plus célèbre d’entre elles se lit dans le Cantique des Cantiques du Roi Salomon. La «  bien aimée  » qu’on y trouve est le Peuple Juif qui entretient une relation complexe avec D.ieu : parfois, il s’éloigne de Lui, parfois il s’en rapproche. Le Prophète Isaïe utilise également une métaphore similaire : La femme qui donne naissance à un enfant mâle : « Quand une femme conçoit et porte un fils ». Habituellement ce passage par son sens littéral. Si c’est un garçon, l’enfant doit être circoncis, et garçon ou fille, la mère se doit d’apporter une offrande au Temple, en général deux colombes. Elle apporte son don 40 jours après la naissance, si c’est un garçon et 80 jours plus tard, si c’est une fille. Ces colombes constituaient les offrandes les plus populaires apportées au Temple de Jérusalem.

Le grand Sage marocain, Rabbi ‘Haïm ben Attar (auteur du commentaire Ohr Ha’haïm sur la Torah, 1696-1743) suggère une autre manière de lire ce texte. Tout comme dans le Cantique des Cantiques ou dans Isaïe, la femme représente le Peuple Juif : à travers une relation accomplie entre le Peuple Juif et D.ieu, naît un enfant. Rabbi ‘Haïm explique que la naissance symbolise la Rédemption. Le sens de plénitude et d’accomplissement que ressent un couple lorsqu’il a un enfant reflète la très grande réalité spirituelle dont un Peuple Juif, libre et indépendant, fait l’expérience lorsqu’il est enfin capable de servir D.ieu d’une façon complète. Notre histoire nous présente un certain nombre d’exemples de rédemptions. Il y a plus de 3 300 ans, il y eut la rédemption d’Egypte. Alors que nous vivions en Terre d’Israël, nous avons souvent subi les attaques et les persécutions de nos voisins et D.ieu nous en délivrait. A l’époque de Pourim, nous avons miraculeusement échappé à une menace d’extermination. Nous avons été libérés de Babylone et sommes revenus en Terre d’Israël où nous avons construit le Second Temple. Quelques siècles plus tard, nous avons été sauvés de l’oppression grecque, à l’époque de ‘Hanoucca , etc…

Le problème était , à chacun de ces moments de rédemption, qu’ils étaient suivis d’une nouvelle phase d’exil. Notre espoir et notre foi sont dans la Rédemption ultime, qui sera permanente et totale. Cela mettra fin à tout conflit, pour nous, le Peuple Juif, mais aussi à l’échelle du monde entier. Rabbi ‘Haïm explique que cette rédemption permanente est symbolisée par la naissance d’un garçon décrite au début de la paracha. Le mâle est physiquement plus fort et cette force dénote la permanence de la Rédemption. Comment y parvenir ? Quand la femme, le Peuple Juif, « conçoit ». La graine est semée dans le sol et cette ensemencement représente notre service de D.ieu dans notre monde matériel. En fait, il existe des idées merveilleuses, des sentiments et des états de conscience auxquels nous devrions aspirer, mais la base réelle de toute chose est la réalité pratique de l’observance des commandements de la Torah dans notre vie quotidienne, comme manger des aliments cachers, donner la charité ou observer le Chabbat. Ces réalités concrètes créent le lien tangible avec D.ieu qui mène à la naissance et comme conséquence de la naissance, à l’expérience merveilleuse d’apporter des offrandes au Temple, et pour l’humanité dans son ensemble, à l’accomplissement du but de la Création.(Adaptation libre de Likoutei Si’hot, vol. I, p. 236-9)

Les cérémonies qui entourent le grand moment de la naissance et l’idée de la Brith Milah, l’Alliance de la Circoncision, qui crée un lien particulier entre D.ieu et l’enfant mâle nous sont expliquées dans la paracha.. Les Sages nous disent qu’une fille est considérée comme née avec la circoncision. C’est pourquoi chaque Juif entre dans le monde avec un lien tout particulier avec D.ieu. Il est courant que cette Paracha soit lue pendant le mois de Nissan, un mois joyeux, inextricablement lié avec Pessa’h et la Rédemption d’Égypte. Cet événement constitua en fait, la naissance du Peuple Juif. L’Exode est décrit en ces termes par le Prophète Ezéchiel. Il utilise l’allégorie de la naissance pour décrire toute l’expérience du Peuple Juif quittant l’Égypte, errant dans le désert tout en mettant sa foi exclusivement en D.ieu, et finalement son développement en une nation mûre servant D.ieu par la Torah et ses commandements. Nous trouvons également des enseignements comparant notre expérience ultérieure d’exil à un état de grossesse. L’enfant pas encore né, est entièrement formé, mais il ne fonctionne pas encore comme un être humain normal. Il possède des yeux et des oreilles, mais il ne peut ni voir ni entendre. De la même façon, le Peuple Juif, ne peut fonctionner convenablement, en utilisant pleinement sa stature et sa sensibilité spirituelles. Alors qu’ils sont toujours en exil, ils accomplissent les mitsvote, mais ils ne sont pas véritablement conscients de leur importance. C’est pour cette raison que de nombreuses personnes n’ont pas encore pris la mesure de l’importance de les observer. Si nous avions la conscience d’une personne mûre, c’est avec allégresse que chacun d’entre nous s’y livrerait de plein cœur ! Comme dans le cas d’une mère qui attend un bébé devant naître de façon imminente, nous aussi attendons avec impatience la renaissance et le renouvellement du Peuple Juif et du monde, avec la venue de Machia’h. L’attitude adéquate pendant ces derniers instants est l’accomplissement des mitsvote, l’étude de la Torah et tout particulièrement l’amour de chacun. C’est ainsi que nous parviendrons à la naissance et la renaissance, pour le bien de l’humanité toute entière.

Le trésor atteint une nouvelle fois est celui-ci : le talmud utilise à nouveau la règle de « sémikhoute happarachiyote » et constate que cette paracha Tazriâ qui traite de la relation sexuelle et de la pureté se trouve à proximité immédiate du verset précédent qui demande de « distinguer » (lehavdil) entre l’impur et le pur, entre la bête cachère que l’on peut mangeret la bête non cachère que l’on ne doit pas manger. Ce qui veut nous signifier que ceux qui se comporteront dans la relation sexuelle selon ces enseignements de la Torah qui « distinguent » les périodes et qui « distinguent » ce qui estdu domaine de la qédoucha (sainteté) et ce qui ne l’est pas et vivent ainsi la relation sexuelle et le couple selon l’enseignement ci-dessus, auront des enfants qui leur ressembleront dans la sainteté et qui seront des maîtres véritables capables de « distinguer » dans l’étude de la Torah, de l’analyser, de la comprendre jusqu’à la halakha, et d’enseigner. Il ne s’agissait donc pas en réalité du sexe des enfants mis au monde. Ribbi Yehoshua ben Lévi le dit explicitement dans le Talmud. Ribbi Yo’hanane dit que celui qui fait la « havdala » à la sortie du Chabbat sera dans le même cas, car c’est le même mot et, donc, il parle de la même réalité. Le Tour ne parlait pas là de « morale » au sens étroit, mais il nous indique la nature de l’être et du moment; c’est seulement à cause de cela que découle une morale, une façon de se comporter que l’on appelle moussar, en hébreu). Le Tour fait l’observation suivante : le premier enseignement de la paracha Tazriâ (Vayiqra 12, 1) est mis à proximité du paragraphe (Vayiqra 11, 44) qui traite de la sainteté que Hachém va transmettre à l’homme. (Note – on appelle cela des « parachiyote sémoukhote » ou la règle de « sémikhoute happarachiyote« , jonction de deux parachoyote que décrit Rachi en Dévarim 21, 22. Cela veut dire qu’il faut interpréter le second passage d’après le sens du premier). – le Tour en conclut qu’il faut se sanctifier, se faire qadoche, être dans la qédoucha à l’heure de la relation sexuelle. On comprend alors pourquoi le Cantique des Cantiques utilise ces images sexuelles; ce n’est pas du symbolisme, ni de l’anthropomorphisme; il est parlé en ces termes parce que c’est l’expression la plus juste et la plus reliée à la qéddoucha (sainteté) dont il est traité alors. Et c’est pour ce motif que le Cantique des Cantiques est, en sa brièveté, central ; il porte, disent nos Sages, tous les secrets de la Torah.

(Sources : CISU Belgique – iquebec.ifrance.com/beit-shalom/613.htm – Susan Handelman Tali Löwenthal, Chabad.org, Massorti – Grand Rabbin Alain Goldman, Communauté online – Akadem – Rav Dufour, Modia)

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Les différentes études et la paracha de la semaine avec Modia :

1. PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 26e paracha de la Torah et la 3e paracha du 3e livre de la Torah, Vayiqra (Le Lévitique). Elle se nomme : Chémini: Au huitième jour Vayiqra (Lévitique) 9, 1 – 11, 47

La méthode d’étude par le coeur
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Sens global de la paracha à travers les thèmes principaux et les mitsvotes. La paracha Chémini continue à mettre en oeuvre la restauration de l’univers et des humains à travers l’ordonnancement de la vie du Temple. C’est bien notre préoccupation à tous, à l’époque que nous traversons où les peuples veulent réorganiser le monde pour ce qu’ils croyent être le bien (hier les bienfaits de la « civilisation occidentale » par le colonialisme, puis le communisme, puis l’existentialisme, puis le tiers-mondisme, pour aujourd’hui le mondialisme, puis l’islamisme, etc.)
et toujours par un moyen: la domination, l’intolérance, la cruauté des armes et de l’extermination économique. La Torah assume ce besoin de l’homme d’atteindre « le grand soir » (le Zohar en parle de ce mythe pour en déjouer l’illusion) et parvenir, au delà de la semaine, au 8e jour du bonheur absolu. Le judaïsme a sa réponse aussi, mais non pas par la force des armées ni par la corruption en politique qui jubile dans de nombreux pays occidentaux ou autres. Mais il s’agira bien, cependant, d’assumer nos pulsions sanguinaires car elles existent chez tous les humains sans exception.
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Et cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones): CLIQUEZ ICI

 

2 – Nous sommes dans le merveilleux mois de Adar 2. Voyez ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce double mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.  CLIQUEZ ICI

3 Dès maintenant, préparons la Fête de Pessa’h pour en faire une vraie réussite intérieure (c’est encore bien plus important que le nettoyage des saletés externes) :
en 2014-5774, Pessah se déroule le soir du 14 avril, 14 Nissane
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4 – NOUS NE SOMMES PAS DES TÉMOINS EXTERNES AU DUO D’AMOUR DIVIN. LISEZ DONC AUSSI LES POÈMES DE « NOTRE PARTICIP ATION DIRECTE DANS CE DUO D’AMOUR ».
Et 3 nouveaux poèmes sont insérés ; les voici :
Ton silence cliquez ici
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Toutes les religions cliquez ici

5 – Prières nécessaires pour la réussite qui tarde encore des recherches sur la maladie extrêmement douloureuse (avec accroissement continu des douleurs et troubles) de Nadra que les lecteurs de Modia soutiennent avec fidélité. En équipe avec plusieurs bénévoles de grand coeur et fidèles à cette action, nous luttons avec elle pour sa subsistance et le paiement des nombreux soins et aides dont elle a besoin. Et tous les envois de dons par les lecteurs de Modia lui sont intégralement versés sans aucun prélèvement.
Elle touchait de l’Etat seulement 1 600 chékels par mois et on vient de réduire à 1100 (soit 229 euros par mois, un scandale).
Donc, seule l’aide externe que nous organisons peut l’aider à survivre. Hélas, après notre dernier appel nous n’avons reçu pour lui transmettre que 2 petits dons, ce fut un choc pour nous et en contradiction avec les multiples et incessantes lettres de remerciement que nous recevons pour ce que Modia apporte aux lecteurs. Finalement, je renouvelle donc cet appel, merci pour elle et pour cela, dans la générosité, nous devons imaginer ce que serait notre vie dans ces conditions que seuls des bénévoles peuvent sauver, et la bénédiction vous en reviendra.
Lisez le lien ci-dessous:

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Rav Yehoshua Ra’hamim Dufour

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.

Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

26e Paracha : Chémini – « Au huitième jour » Vayiqra (Lévitique) 9, 1 – 11, 47 (Chabbat Para)

Au 8ème  jour (suivant les 7 jours d’inauguration), Aaron ainsi que ses fils commencent leur office de Cohanim, de prêtres. Après que les différentes offrandes ont été présentées, un feu sort de devant l’Eternel et les consume sur l’Autel. Dès lors, la Présence Divine réside dans le Sanctuaire. Les deux premiers fils d’Aaron, Nadav et Avihou, offrent « un feu étranger que D.ieu ne leur avait pas commandé » et meurent devant D.ieu. Aaron demeure silencieux devant ce drame. Suite à cela, Moïse et Aaron sont en désaccord sur un détail de la loi concernant les sacrifices, et Moïse reconnaît qu’Aaron a raison… D.ieu ordonne les lois de la cacherout, désignant les espèces permises à la consommation et celles qui sont interdites. Les animaux terrestres ne sont autorisés que s’ils sont à la fois ruminants et ont le sabot fendu. Les poissons doivent avoir des écailles et des nageoires. Une liste d’oiseaux non cachères est donnée, ainsi qu’une liste d’insectes cachères (quatre espèces de sauterelles). La paracha de Chemini contient également certaines lois relatives à la pureté rituelle qui incluent le pouvoir purifiant du Mikvé (un bassin répondant à des critères spécifiques) et d’une source. Le peuple juif est enjoint de « distinguer entre le pur et l’impur ».

Ce Chabbat porte le nom de « Para », nous dit Samuel Mimoun, nous lirons donc la haftara de la vache rousse. Elle précède toujours Chabbat Hahodech, chabbat précédant roch hodech Nissan. Pourquoi cette lecture, avant roch hodech Nissan ? A l’époque du Temple, chacun avait l’obligation de se purifier de l’impureté venant d’un mort, avant l’arrivée du 14 Nissan, jour du sacrifice pascal. Seules les eaux lustrales (cendres de vache rousse mélangées à de l’eau vive) pouvaient servir à cette purification. C’est pour rappeler à la communauté ceci, que fut instauré Chabbat Para. De nos jours, bien que le Temple soit malheureusement détruit, cette paracha est tout de même lue. L’étude des lois de la vache rousse nous sera comptée comme si nous avons fait l’effort de nous purifier, afin d’accomplir le pèlerinage de Pessa’h. Le rite de purification grâce à la vache rousse est un rite très minutieux, même s’il demeure incompréhensible. Ceci démontre bien l’attachement d’Israël à la Torah. Nous bénéficierons alors d’une protection divine spéciale, Hachem nous purifiant, et nous aidant à nous perfectionner et à nous approcher de lui ! Par ailleurs, la vache rousse vient quelque part expier la faute du veau d’or (la vache étant la mère du veau). La haftara associée à la paracha Para (Ezéchiel 36, 16 et suivants) annonce le processus de purification qui sera restauré lorsque viendra le Messie. Le prophète promet que Hachem « répandra alors des eaux pures [sur les enfants d’Israël], et qu’Il les purifiera de toutes leurs impuretés et de toutes leurs idoles » (36, 25). On remarquera que la purification, selon ce verset, ne sera pas effectuée au moyen d’une immersion dans les eaux d’un miqvé, comme il aurait été naturel, mais au moyen d’une aspersion qui ressemblera à celle que l’on doit employer avec l’eau lustrale contenant les cendres de la vache rousse.

La haftara associée à la paracha Para (Ezéchiel 36, 16 et suivants) annonce le processus de purification qui sera restauré lorsque viendra le Messie. Le prophète promet qu’ Hachem « répandra alors des eaux pures [sur les enfants d’Israël], et qu’Il les purifiera de toutes leurs impuretés et de toutes leurs idoles » (36, 25). Selon ce verset, la purification ne sera pas effectuée au moyen d’une immersion dans les eaux d’un miqvé, comme il aurait été naturel, mais au moyen d’une aspersion qui ressemblera à celle que l’on doit employer avec l’eau lustrale contenant les cendres de la vache rousse. Cette analogie suggère un lien étroit entre la faute et la mort : Le processus de purification des péchés sera semblable à celui par lequel est rétablie la pureté de celui qui a eu un contact avec un mort. Ainsi que l’explique Rachi (Bamidbar 19, 22), la vache rousse est destinée à réparer la faute du veau d’or. Or, nous apprend la Guemara (Avoda zara  5a), lorsque les enfants d’Israël ont reçu la Torah, celle-ci leur a conféré l’immortalité. C’est la faute du veau d’or qui les en a déchus.

 

Le Rav Dufour nous explique que la paracha Chémini continue à mettre en oeuvre la restauration de l’univers et des humains à travers l’ordonnancement de la vie du Temple. C’est bien notre préoccupation à tous, à l’époque que nous traversons où les peuples veulent réorganiser le monde pour ce qu’ils pensent être le bien (hier les bienfaits de la « civilisation occidentale » par le colonialisme, puis le communisme, puis l’existentialisme, puis le tiers-mondisme, pour aujourd’hui le mondialisme, puis l’islamisme, etc…) et toujours par le moyen de la domination, l’intolérance, la cruauté des armes et de l’extermination économique. La Torah assume ce besoin de l’homme d’atteindre « le grand soir » (le Zohar en parle de ce mythe pour en déjouer l’illusion) et parvenir, au delà de la semaine, au 8e jour du bonheur absolu. Le judaïsme a sa réponse aussi, mais non pas par la force des armées. Il s’agira bien, cependant, d’assumer nos pulsions sanguinaires car elles existent chez tous les humains sans exception. Pour cela, la paracha comporte les mitsvotes 150 à 166 qui concernent la réglementation des Cohanim dans le sanctuaire : nous savons que le Cohen est, parmi les Juifs  – le prototype de l’homme rénové – celui qui meut le service désintéressé de la rénovation du monde dans l’ordre bénéfique de la bénédiction. Ainsi est, à son image, le peuple juif au milieu des nations, comme une lumière et comme un Cohen. Que le Ciel nous rende vite ce lieu et sa fonction, comme Il nous l’a promis, pour le bonheur d’Israël et de toutes les nations.

 

Selon le Séfèr ha-hinoukh (mitsva  263),  nous indique le Rav Jacques Kohn, on peut expliquer l’impureté du cadavre humain de la façon suivante : La mort consiste en ce que l’âme se détache du corps, de sorte que celui-ci se trouve désormais privé de toute spiritualité. Entrer en contact avec un mort crée un dommage à la spiritualité de celui qui le touche. L’impureté qui en résulte est là pour nous rappeler que notre corps est destiné à s’unir à l’âme et qu’il doit tendre alors à refuser les tentations terrestres. De la même façon, lors de l’épisode du veau d’or, les enfants d’Israël ont troqué leur relation intime avec Hachem contre un matérialisme avilissant. Cependant, leur brève expérience du mont Sinaï leur a fait prendre conscience qu’il est possible de se libérer de ses pulsions matérielles et tendre à un contact avec Lui. Ezéchiel fait la comparaison entre la purification desfautes et les cendres de la vache rousse. Le prophète nous annonce : « Je vous donnerai un coeur nouveau, et Je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau ; et J’ôterai de votre chair le coeur de pierre, et Je vous donnerai un coeur de chair » (36, 26). Ce verset traduit, nous explique Ramban (Nahmanide), le désir de notre peuple d’accomplir la volonté de Hachem. Un jour viendra où le corps et ses pulsions retrouveront leur véritable place : leur effacement au profit de la perfection qu’a connue Adam avant sa faute. C’est alors qu’ils se détacheront complètement des passions physiques.

 

C’était le 1er Nissan 2449 depuis la Création (1312 avant l’ère commune), deux semaines avant le premier anniversaire de l’Exode, le jour où le Sanctuaire devait être érigé et inauguré. En réalité, le Sanctuaire fonctionnait déjà depuis sept jours, mais il s’agissait d’une période d’« entraînement » au cours de laquelle Aharon et ses fils furent initiés à la prêtrise. C’était donc en ce 8ème jour qu’Aharon allait prendre son rôle de Cohen Gadol et que la Présence Divine (la Chekhina) allait résider dans le Sanctuaire. C’est alors que la tragédie frappa. Les deux fils aînés d’Aharon, Nadav et Avihou « offrirent un feu étranger devant D.ieu, que D.ieu n’avait pas ordonné. Un feu jaillit de devant D.ieu qui les consuma et ils moururent devant D.ieu » (Lévitique 10, 1-2) D.ieu ordonna que l’inauguration du Sanctuaire ne soit pas interrompue. Bien qu’Aharon et les deux fils qui lui restaient eussent le statut d’endeuillés du premier jour (onanim), à qui il est d’ordinaire interdit de consommer la viande sainte des sacrifices, ils reçurent l’ordre formel de prendre part à ces offrandes particulières, apportées ce jour en l’honneur de l’inauguration du Sanctuaire. C’est ce que firent Aharon, Eléazar et Itamar.

 

Mais en ce jour, il y avait également une autre offrande, sans relation avec l’inauguration. Il s’agissait de la chèvre apportée le premier jour de chaque mois comme sacrifice expiatoire. Et c’est au sujet de ce sacrifice que se souleva le désaccord entre Moïse et Aharon. Moïse constata que la chair de la chèvre avait été brûlée, comme le requerrait la loi pour une offrande qui, pour quelque raison que ce soit, ne pouvait être consommée. Il demanda avec colère pourquoi ce sacrifice n’avait pas été mangé comme D.ieu l’avait ordonné concernant les autres sacrifices. Aharon expliqua qu’il avait fait une distinction entre Kodchei Chaah, les offrandes ponctuelles commandées par D.ieu pour une occasion exceptionnelle, et Kodchei Dorot, les sacrifices réguliers qui s’appliquent de la même façon pour toutes les générations. Si D.ieu avait ordonné quelque chose concernant l’offrande unique à l’occasion de l’inauguration, argumenta Aharon, il ne fallait pas en déduire qu’il en allait de même pour le sacrifice mensuel. Dans ce cas-là, il convenait d’appliquer les lois ordinaires, qui en interdisent la consommation à un endeuillé. Moïse écouta l’argumentaire d’Aharon et reconnut qu’il avait raison. Il admit que cette distinction lui avait échappé et que la conclusion d’Aharon était juste.

 

« La bienveillance et la vérité se rencontrent ; la droiture et la paix se sont embrassées. »  (Psaumes 85, 11) « La bienveillance », c’est Aharon ; « La vérité », c’est Moïse. « La droiture », c’est Moïse ; « la paix », c’est Aharon. » (Midrache Rabba). Le Grand Rabbin Lord Jonathan Sacks nous explque que tout cela se passait le 1er Nissan 2449 depuis la Création (1312 avant l’ère commune), deux semaines avant le premier anniversaire de l’Exode, le jour où le Sanctuaire devait être érigé et inauguré. Les Sages disent qu’au Ciel, c’était le jour le plus joyeux depuis la création. (Megilla 10b) Chabbad.org  continue l’explication : En réalité, le Sanctuaire fonctionnait déjà depuis sept jours, mais il s’agissait d’une période d’’entraînement ‘  au cours de laquelle Aharon et ses fils furent initiés à la prêtrise. C’était donc en ce jour qu’Aharon allait prendre son rôle de Cohen Gadol et que la Force Divine (la Chekhina) allait résider dans le Sanctuaire.

 

Nous voilà devant une confrontation entre la vérité et la bienveillance, entre la droiture d’un côté, et la paix de l’autre. Moïse, chargé de transmettre la Torah – la vérité par excellence – ne voyait aucune raison de faire la distinction entre Kodchei Chaah et Kodchei Dorot, entre quelque chose qui est justifié par l’occasion unique du moment et quelque chose qui constitue une routine dans le service de D.ieu. Ce qui est vrai et juste est toujours vrai et juste, quelles que soient les circonstances. Aharon, d’un autre côté, était le Grand Prêtre d’Israël, l’incarnation de l’aspiration du peuple à se rapprocher de D.ieu et à Le servir. Il comprenait que le service de D.ieu est l’offrande de tout ce que l’homme possède, le don du meilleur que recèle sa personne subjective. Il était conscient qu’il existe des hauts et des bas dans la vie de l’homme et que ce qui est attendu de lui dans ses moments les meilleurs, les plus inspirés, ne s’applique pas nécessairement à la personne qu’il est dans la vie quotidienne.

 

De là jaillit le conflit. D’un côté se tient Moïse, transmettant la vérité et la volonté divines. Une vérité et une volonté aussi immuables que leur Concepteur. De l’autre côté se tient Aharon, conduisant l’effort du peuple pour s’approcher de cette même vérité et de cette même volonté avec leurs moyens humains : un esprit subjectif pour chercher, un cœur inconstant pour ressentir et des actions soumises aux aléas des circonstances. Et qu’arrive-t-il ? Moïse est d’accord avec Aharon ! La vérité absolue donne la légitimité aux « sous-vérités » d’un monde relatif. Que s’est-il réellement passé ? Comment cette contradiction apparemment insoluble put-elle être résolue ? Ce qui se passa fut que Moïse gagna une compréhension plus profonde de la nature de la vérité. Quand nous observons et discutons de notre propre réalité, résolument subjective, nous utilisons avec facilité l’adjectif « vrai ».

 

Nous parlons de nos « véritables sentiments » et de nos « vrais désirs ». Nous prétendons « vraiment comprendre » quelque chose ou avoir découvert des « faits véridiques » concernant certaines circonstances. Mais si nous définissons « la vérité » comme une réalité absolue et objective, il semblerait que ce terme ne puisse être appliqué qu’à la vérité absolue du Divin. Son emploi dans notre réalité subjective n’est-il qu’un leurre ? Nous mentons-nous à nous-mêmes ? La ‘Hassidout répond par la négative. Le prophète (Jérémie 10, 10) déclare : « D.ieu est la vérité », mais les Maîtres de la ‘Hassidout comprennent ces paroles comme signifiant que non seulement D.ieu est l’essence de la vérité, mais qu’Il est également la source de tout ce qui est défini comme « vrai » dans notre monde. Sa vérité est absolue ; toutes les autres « vérités » sont relatives et n’ont de réalité que celle qu’Il a choisi de leur attribuer. Mais c’est Lui qui crée ces réalités subjectives et, ce faisant, a conféré à leur existence vérité et légitimité. Ainsi, lorsque nous observons des vérités relatives dans Sa création, celles-ci sont des expressions (quoiqu’imparfaites) de Sa vérité universelle, telle qu’elle se manifeste au sein des limites des nombreux « mondes » et réalités qu’Il a créés.

 

En d’autres termes, quand une personne « se donne entièrement », fait son maximum, elle atteint un absolu personnel, quelque chose qui, dans le contexte de son monde subjectif, personnel est vrai. Et toutes les vérités, y compris de telles vérités subjectives, sont l’expression d’une vérité plus profonde qui est la source de leur existence et de leur validité : la vérité de leur Créateur. C’est ainsi que sa vérité personnelle entre en contact avec la vérité de D.ieu. C’est là l’héritage conjoint de Moïse et d’Aharon : nous devons tendre à la vérité, guidés par les directives de la Torah, en utilisant les talents et les ressources dont nous avons été dotés. Nous ne devons pas être dissuadés, dans notre quête, par les limites de notre compréhension, la subjectivité de nos sentiments et la relativité de nos actions. Si nos efforts sont véritables, même « véritables » seulement dans le contexte de notre existence relative, alors « Moïse » concèdera à « Aharon » que sa vérité est une parcelle de la Vérité Absolue à laquelle nous aspirons.

 

L’Écriture appelle l’âme de l’homme « une lampe de D.ieu ». (Proverbes 20,27) La flamme d’une lampe s’élance vers le haut, comme pour se libérer de la mèche et se perdre dans les océans d’énergie qui parcourent les cieux. Mais, alors même qu’elle s’étire vers le haut, la flamme se retient également, resserrant son attache à la mèche et s’abreuvant avec avidité de l’huile de la lampe qui entretient son existence en tant que flamme individuelle. Et c’est cette tension induite par deux énergies contraires, ce vacillement entre l’existence et la dissolution, qui produit sa lumière.Le « feu divin » qui consuma les âmes de Nadav et Avihou est-il ce même feu qui est présent au cœur de chaque âme : le désir ardent de l’âme de se libérer des oripeaux matériels qui l’éloignent de sa Source. Nadav et Avihou « s’approchèrent de D.ieu » et cédèrent à la tentation d’alimenter le ratso de leurs âmes au point que celui-ci submergea leur chov et qu’ils se dégagèrent alors du « cycle » de la vie. Ainsi leurs âmes brisèrent-elles littéralement leur lien avec leur corps et furent totalement consumées dans une union extatique avec D.ieu. C’était là cependant un « feu étranger », un feu que « D.ieu n’avait pas ordonné ». L’homme n’a en effet pas été créé pour consumer son être physique dans un feu d’extase spirituelle. Bien qu’Il ait doté notre âme d’un désir pour la transcendance de soi, D.ieu désire que nous ancrions notre ferveur dans la réalité. Il veut que nous « installions » cette aspiration dans notre être physique, que nous l’absorbions et en faisions une partie de notre expérience quotidienne.

 

L’un des fondements de l’identité juive authentique est le fait que le judaïsme refuse de concevoir une relation spirituelle authentique avec D.ieu qui ne puisse se confronter à la réalité concrète de ce monde, le transformer et faire de la matière et de la matérialité des réceptacles à la présence de D.ieu dans ce monde, à savoir : au dévoilement de Son action concrète à  l’intérieur de l’histoire humaine. L’idée, aussi noble soit-elle, n’a de valeur réelle que si elle réussit sans violence, sans fanatisme et sans intolérance, à convaincre ce monde de l’accepter et de s’adapter à elle.  L’union, ou le mariage entre l’idéal et la réalité, l’espoir et le pragmatisme est le couple sacré fondateur d’une spiritualité vivante et authentique. Or, le rav Dynovisz  nous explique que Nadav et Avihou n’étaient pas mariés et que c’est précisément pour cela qu’ils furent foudroyés, pour ne pas, en quelque sorte, qu’ils servent d’exemple erronné au monde. Car le judaïsme considère comme une aberration l’idée de pouvoir être un représentant de D.ieu sans être marié. L’épouse authentique, en effet, est l’incarnation de la force qui réalise concrètement dans ce monde les aspirations, parfois trop abstraites, de l’homme. Une religion céleste, un royaume qui n’est pas de ce monde, sont les affres d’une religion masculine, célibataire et destructive.  L’Essence de la Torah conclue que ce tragique événement vient nous apporter un enseignement pour toutes les générations : on ne peut se targuer de faire advenir le tikoun (réparation) final si la génération n’est pas mûre pour cela, même si on a la dimension d’un grand sage. Il faut d’abord opérer en soi et vis-à-vis des autres les changements nécessaires, pour pouvoir ensuite faire progresser la génération. Et alors peut-être pourra-t-on tenter, comme Nadav et Avihou, l’arrangement final…

 

Pour compléter le récit de la paracha qui décrit l’inauguration du sanctuaire dans le désert, la haftara décrit la façon dont le roi David apporta l’Arche à Jérusalem, pour préparer la construction du Temple. Accompagnant l’arche, le roi David était au comble de la joie : la présence de D.ieu résiderait dans la ville qu’il avait construite. Et donc, « Le roi David dansait passionnément et caracolait devant D.ieu. » Sa femme Mi’hal, fille du roi Chaoul, regarda par la fenêtre et fut horrifiée de la conduite de son mari. Quand il rentra, elle lui en fit le reproche : « Où est la gloire du roi d’Israël qui s’est découvert aujourd’hui comme se découvre le plus bas des hommes. » David lui répondit sèchement : « En présence de D.ieu Qui m’a choisi plutôt que ton père… je me tiendrai en plus basse estime encore que cela. » Pourquoi le texte se réfère-t-il à Mi’hal comme à la fille du roi Chaoul et pourquoi David mentionne la préséance que D.ieu lui accorda sur Chaoul ? Parce que là est le coeur du problème. David disait à Mi’hal, sans mâcher ses mots, que son attitude à se laisser aller, à se donner entièrement à D.ieu, sans aucune retenue, était la raison pour laquelle D.ieu l’avait préféré à Chaoul. Chaoul avait suivi sa logique. Bien sûr, il était soumis à la volonté de D.ieu, mais seulement dans les limites de sa compréhension. Il ne pouvait s’abandonner totalement. Alors que pour David, cette aptitude à se donner complètement était le fondement de sa relation avec D.ieu. Il ne connaissait aucune contrainte et se dévouait à Lui de tout son être.

 

Et cela le mettait dans un état de joie illimitée. Il ne dansait pas pour une joie personnelle. Son allégresse n’était pas causée par la réalisation de la grandeur de ce qu’il avait accompli. En fait, il était en présence de D.ieu et le célébrait sans limites. Car tout comme D.ieu est illimité et infini, le service humain doit-il ne connaître aucune restriction. Il était bien loin de réfléchir à ce que signifiait un « comportement respectable et approprié ». Son « moi » était totalement annulé, il formait un avec la Divinité, devant laquelle il n’existe aucune possibilité pour un mortel de se considérer comme ayant quelque grandeur que ce soit. Maïmonide l’exprime succinctement : « Celui qui s’enorgueillit, recherchant son propre honneur… en telles situations est considéré comme un fauteur et un fou« . Il avertit : « Ne recherche pas la gloire devant le Roi. (Par contre) celui qui s’abaisse et pense peu de bien de sa personne… est véritablement quelqu’un de grand, méritant qu’on l’honore. »

 

L’Eternel nous a fait connaître, parmi les mitsvote (commandements) qu’il nous a énoncées dans la Torah, la manière dont nous devons nous alimenter nous rappelle le Rabbin Jean Schwarz. Il nous a, pour ainsi dire, prescrit un régime alimentaire particulier. Une telle minutie peut sembler étonnante. Pourquoi Dieu s’est-il abaissé jusqu’à régler notre alimentation ? Notre nourriture a-t-elle donc une si grande importance à Ses yeux ? Qu’importe ce que l’on mange pourvu que l’on pense et agisse convenablement, n’est-ce pas ? Effectivement, c’est notre manière de penser et notre façon d’agir qui sont les éléments les plus nobles de chacun de nous. Et si l’Eternel s’est donné la peine de nous prescrire des règles alimentaires strictes, s’il nous a interdit certaines nourritures, c’est justement pour nous permettre d’améliorer et de perfectionner notre manière d’agir et de nous comporter.

 

Par instinct, en effet, l’homme est porté à s’alimenter, à consommer ce qui lui semble agréable, à ses yeux ou à son goût, sans s’imposer aucune limitation, si ce n’est – et encore ! – celle de son appétit. C’est tout juste s’il accepte de s’abstenir de certains aliments qui peuvent l’empoisonner : mais souvent il ne veut même pas se passer de certains plats qui, il le sait, lui sont pourtant nocifs. Tellement puissant est en lui l’instinct qui le pousse à manger. En nous demandant de limiter les aliments que nous consommons, de nous abstenir même de mets qui, à première vue, n’ont rien de nocif et sont même très appétissants, D.ieu veut nous imposer une discipline. Il désire que nous devenions assez forts pour pouvoir nous opposer, même à cet instinct si puissant qui nous pousse à manger tout ce que bon nous semble. En apprenant à dire non à cet instinct, nous nous habituerons à dire non également à d’autres désirs répréhensibles qui, bien souvent, s’éveillent dans notre cœur.

 

« Sanctifiez-vous et restez saints, parce que je suis saint et ne souillez pas vos âmes par tous ces reptiles qui se meuvent sur la terre. » (Lévitique, II, 44) Dans cette paracha il est également question de la nourriture cachère. A ce propos, les animaux cachères doivent être des mammifères ruminants avec le sabot fendu et les poissons doivent avoir également deux signes, des écailles et des nageoires, nous explique le Rav Joseph ‘Haïm Sitruk. Les oiseaux n’ont pas de signe distinctif,  mais la Torah établit une liste de ceux qui sont interdits, qui semblent tous être des rapaces qui capturent leurs proies en vol. Le Maharal de Prague indique que la Torah a donné la liste des 4 animaux qui ne présentent qu’un seul des deux signes (le chameau, le lièvre, la « gerboise » et le porc) pour établir un parallèle avec les civilisations qui, dans la tradition orale, sont appelées les 4 royautés : Babel – la Babylonie, Paras – la Perse, Yavan – la Grèce et Edom – la civilisation de Rome (l’occident contemporain). La dernière civilisation (Edom-Rome) est comparée au porc car, selon le Midrach, c’est cette civilisation qui sera contemporaine du retour du peuple d’Israël sur sa terre et vers la Torah. Choses que nous constatons bien sûr aujourd’hui…  D’ailleurs le mot « ‘Hazir » (porc) vient de la même racine que le mot « ‘Hazar », revenir.Le Maharal ajoute une idée très intéressante : Les signes de cacherout nous révèlent de grands enseignements.

 

Les sabots (qui ont trait à la démarche de l’animal) et l’appareil digestif (qui consiste à ruminer) incarnent les deux grandes civilisations du monde : l’occident et l’orient. L’occident représente les pates de l’animal et l’orient son estomac. Ainsi l’orient, tel l’estomac qui rumine, est une civilisation toujours tournée vers son passé. Son slogan pourrait être : « C’était mieux avant »… En d’autres termes, l’orient parle toujours de son passé prestigieux. Pour les Juifs d’Afrique du nord qui nous lisent, l’expression « ya Hasserra » marque bien cette nostalgie du passé. L’occident, lui, est le lieu de toutes les révolutions qui se projettent toujours dans le futur, leur slogan étant : « Demain, ce sera bien ». Entre un orient nostalgique et un occident révolutionnaire, la Torah n’a pas choisi. Elle estime que le vrai temps de l’action de l’homme, c’est le présent. En d’autres termes : être Juif, vivre la Torah, c’est se souvenir de notre passé prestigieux et préparer notre avenir glorieux. C’est entre ces deux temps que se situe la vie d’un Juif conclue le Rav.

 

(Sources : Chiourim.com – Rav Dufour – Samuel Mimoun,  La minute d’étude – Jacques Kohn, Chiourim.com – Grand Rabbin et Lord Jonathan Sacks, JForum – Chabbad.org – Rav Dynovisz – Rav Mordékhaï Chriqui et Dr Avraham-Gilles Morali, L’Essence de la Torah – Rabbin Jean Schwarz, Lamed  – Rav Joseph ‘Haïm Sitruk.)

 

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Les études de la semaine avec Modia :

PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 25e paracha de la Torah et la 2e paracha du 3e livre de la Torah, Vayiqra (Le Lévitique). Elle se nomme : TSAV (Lévitique 6, 1 – 8, 35).
Elle nous semble l’une des plus importantes au point qu’on l’enseigne aux jeunes enfants. Pourquoi? L’essentiel de la création et de la constitution du peuple juif ont été exposés dans les deux premiers livres de la Torah. Et maintenant on reprend ces thèmes exposés en les expliquant CAR notre tendance est toujours de falsifier la Torah pour déplacer l’essentiel en y mettant au premier plan une lecture qui porte sur les points secondaires. Plus encore, en créant à la place de la relation directe au Créateur une relation d’esclavage mental à des humains, à leurs théories et promesses et en méprisant ceux qui ne partagent pas ces nouvelles croyances. Nos Sages appellent crument cela : l’idolatrie. Cette actualité est encore très puissante de nos jours. C’est pourquoi, il est nécessaire d’étudier attentivement cette paracha avec les enseignements des Grands Sages authentiques et d’y revenir sans cesse. C’est urgent : savoir comment se rapprocher en rapprochant chacune des dynamiques de notre être vers le niveau de Hachém, c’est le sens du sacrifice: rapprochement, montée.
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Et cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones): CLIQUEZ ICI

3 Dès maintenant, préparons la fête de Pourim,
– Jeûne d’Esther, 13 mars et
– Pourim 15 au soir et 16 mars ! CLIQUEZ ICI

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25e Paracha – Tsav : Ordonne, d’urgence Vayiqra (Le Lévitique) 6, 1 – 8, 3

D.ieu demande à Moïse qu’il ordonne à Aaron et à ses fils les lois qu’il leur appartient d’observer, en tant que cohanim, au cours de leur service dans le Tabernacle. Un feu constant doit brûler sur l’Autel. Sur ce feu sont entièrement consumés les holocaustes, les graisses des sacrifices de Paix (Chelamim), d’Expiation (’Hatat) et de Faute (Acham). Sera également consumée la poignée de la fleur de farine prélevée de l’oblation (Min’ha) et de son huile. Les cohanim consomment la viande des sacrifices d’Expiation et de Faute ainsi que les restes de l’oblation. Le sacrifice de Paix est consommé par celui qui l’a offert sauf pour certaines portions qui reviennent aux prêtres. La viande sainte des offrandes ne peut être consommée que par des personnes rituellement pures, en lieu saint et en un temps précisément défini. Aaron ainsi que ses fils demeurent sept jours dans le Tabernacle pendant lesquels Moïse les initie à la prêtrise.

« Ordonne à Aaron et à ses fils (Lévitique 6,1). Le roi Salomon dit : « Mets rarement le pied dans la maison de ton prochain, de peur qu’il n’ait assez de toi et qu’il ne te haïsse. » (Proverbes 25,17) Ce verset nous apprend que l’homme doit veiller à avoir des amis et à les rencontrer, mais il ne doit se rendre que de temps en temps dans leurs maisons, sans en abuser, même si se réunir entre amis est une excellente chose. C’est la meilleure manière pour que la paix règne entre eux. Personne n’ignore que celui qui veut se faire de bons amis doit posséder deux vertus : (a) Être humble et jamais arrogant, car si la personne se montre fière, les gens s’en éloignent et finissent par le prendre en grippe. (b) N’avoir peur de personne. Bien qu’il soit excellent d’avoir de nombreux amis, le roi Salomon met en garde les gens afin qu’ils n’aillent pas trop souvent dans la maison de ceux qu’ils aiment. On finit par ressentir de l’aversion pour l’ami qui vient trop souvent chez soi. Le miel est doux, mais si on en mange en très grande quantité, cela devient malsain.

En général, l’excès dans n’importe quel domaine s’avère néfaste. Il en est ainsi par exemple de la pluie dont dépend la vie du monde, nous dit Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow, toutefois, si elle tombe trop abondamment, c’est une mauvaise chose qui provoque de multiples dégâts. Le verset dit : « Dans la maison de ton prochain ». S’il ne faut pas aller trop souvent dans la maison de ton ami, même le plus cher, alors, à plus forte raison, évite de pénétrer à tout moment dans la demeure d’une personne quelconque. Il faut s’abstenir de pénétrer chez le gens à des heures bien précises : lorsqu’on mange, on boit, on dort ou on travaille. Le Midrach dit à ce sujet : (Mid. Prov. 25, 17, Hag. 7a) Ne vas pas trop souvent dans le Temple. Ici se pose une question : il est pourtant bien dit dans les psaumes : « J’entrerai dans Ta maison, avec des holocaustes » (Psaume 66, 13), ce qui signifie : je viendrai souvent dans le Temple pour offrir des sacrifices. L’explication est qu’un holocauste est offert lorsqu’un homme a fauté en pensée, ce qui n’est pas aisément contrôlable. Il est donc bien d’offrir à chaque fois des holocaustes. L’avertissement contre de fréquentes visites au Temple réfère aux offrandes données après une faute, non plus commis en pensée, mais en acte. D.ieu préfère que l’on ne faute pas, plutôt que de faire une offrande d’expiation après avoir commis une faute. (Il s’agit de 2 offrandes différentes : qorban olot, holocauste, et qorban ‘hattat, offrande d’expiation.)

On sait que la plupart des mauvaises pensées viennent la nuit. C’est pourquoi la Torah dit : Ordonne à Aaron et à ses fils en disant : « Voici la loi de l’holocauste : l’holocaust sera sur le brasier, sur l’autel, toute la nuit jusqu’au matin et le feu de l’autel y brûlera. » (Lév. 6, 2) Il faut offrir un holocauste la nuit pour les mauvaises pensées qui germent à ce moment-là. Il est évident que l’holocauste est plus important que toutes les autres offrandes. On ne rétrocède donc rien de ce type de sacrifice, y compris pour le cohen. De plus, alors que les autres offrandes sont mangées, l’holocauste n’est touché par personne. On le brûlerait alors intégralement sur l’autel en expiation. Le corps ne devait obtenir aucun plaisir de ce type de sacrifice. L’homme doit se conduire humblement pour servir D.ieu, grâce aux prières et aux commandements. Il mettra tout honneur personnel de côté afin d’honorer D.ieu et Lui seul. Même si le cohen devait se baisser au moment d’ôter les cendres de l’autel, il devait toutefois porter les beaux habits réservés à l’exécution des autres tâches saintes dans le Temple. Cela nous apprend que, lorsqu’un homme prie ou accomplit de bonnes actions, il doit toujours être bien habillé et se purifier. Ramasser les cendres ne constituait pas un des plus nobles devoirs saints ; il fallait tout de même revêtir ses plus beaux habits. Nos sages disent : « Celui qui honore convenablement le Saint, béni soit-Il, sera à son tour honoré ; par contre, celui qui veut minimiser la gloire de D.ieu sera sévèrement puni par le Saint, béni soit-Il. »  

Chabad.org nous demande comment se rapprocher d’Hachem ? En rapprochant chacune des dynamiques de notre être vers le niveau de Hachem. C’est le sens du mot « corbane », qui signifie, qui sifnifie rapprochement. Le rav Dufour nous rappelle que depuis des années, les nations accusent mensongèrement Israël de forfaits, de tuer des innocents sans jugement (vieux truc antisémite), de sacrifier l’existence et le territoire d’autrui. Pourtant, il s’agit de son propre territoire, c’est Israël qui est attaquée et se défend, et elle n’applique aucune de ces règles immorales qu’on lui reproche. De même qu’autrefois on tuait les Juifs, sois-disant au nom de leur Torah, pour leur reprocher de l’avoir, l’absurdité des antisémites n’ayant aucune pudeur, aujourd’hui encore, les nations dénient le Juif et Israël. Il est important de détecter la continuité des attitudes, et de rester soi-même sans courir après les appréciations auxquelles il faudrait aboutir par concessions. Mais le plus cynique étant encore que les accusateurs, eux, exterminent à des milliers de kilomètres des populations civiles sans vergogne pour atteindre leur but, et y refusent toute présence d’observateurs. Et, en notre génération, ils ont exercé des massacres nombreux sur des populations qu’ils colonisaient sur des territoires externes au leur.

La pression sur Israël est immense, portée par des coalitions hétéroclites sur le plan culturel ou politique, au point que cela ne relève plus du rationnel.  La Choa n’a rien appris à ces peuples qui se disent civilisés et sont des barbares infâmes dans des bas de soie, comme disait Napoléon de son ministre. 6 000 000 de victimes auxquelles certains de ces peuples ont collaboré n’entraînent chez eux aucun scrupule ni culpabilité. Et des siècles de bûchers de Juifs ne leur suscitent aucun remords ni scrupules.  Et ces peuples trouvent même en Israël quelques collaborateurs empressés (politiciens, dits intellectuels, groupes dits pacifistes) qui parcourent les capitales pour faciliter la destruction d’Israël en promouvant la politique de ses adversaires. Et les chefs politiques eux-mêmes ne manifestent pas de force morale suffisante pour résister aux pressions qui veulent les faire capituler

Alors, les angoisses montent, les souvenirs macabres se ravivent avec l’inquiétude que cette fois encore il n’y aurait pas d’arrêt de la machine de mort. Quelle prière adresser en ce cas ? Y aura-t’il un espoir de réponse ? La paracha Tsav arrive à temps pour nous dire que la solution ne tient que dans notre rapprochement réel et sincère à la Torah et à sa morale qui nous relient au D.ieu de la bénédiction vitale. Le mot Tsav signifie qu’il faut le dire d’urgence au peuple, pour qu’il agisse avec empressement en se rapprochant vers D.ieu dans la pureté de ses actes. Les lettres finales des mots qui commencent la paracha (Moché llémor tsav éte) forment le mot Torah,  pour nous indiquer que c’est cela la Torah de vie.

La Torah est le livre de lois  juives, mais que sont ces lois ? De simples ordres adressés par un D.ieu infini et omniscient à un homme insignifiant et ignorant ? Certes. Mais à un autre niveau, elles sont plus que cela. C’est quelque chose qui est mis en évidence par les deux significations du nom de la partie de la Torah dans laquelle elles apparaissent : Tsav. Tsav signifie « commander ». Ce mot exprime ici un commandement de D.ieu concernant le don d’offrandes au Sanctuaire, lié à la notion générale de bienfaisance. Mais Tsav a aussi comme signification « connecter », exprimant l’idée que les lois divines établissent un lien entre l’individu et D.ieu. La mystique juive fait valoir que cette connexion ne peut être tenue pour acquise. D.ieu est infini, au-delà de toutes définitions et catégories. Comparé à D.ieu, l’univers tout entier est plus insignifiant qu’un grain de poussière ; il est comme nul. Et si le vaste univers est lui-même insignifiant par rapport à D.ieu, quelle peut être l’importance d’un frêle petit être humain, homme ou femme ? Pourtant, D.ieu donne les lois de la Torah à de frêles êtres humains. Le fait même que D.ieu adresse un commandement à une personne confère un sens et une importance à la vie de cette personne. Il ou elle est désormais en relation avec D.ieu, relié avec Lui par une instruction divine.

Le Rabbi de Loubavitch souligne que cette connexion existe, même si la personne n’accomplit pas concrètement cette instruction. Comme les Sages l’ont dit : « Même s’il a fauté, il est un Juif. » Le fait que les 613 commandements de la Torah soient adressés à l’individu lui attribue un rôle et un but importants. Bien sûr, ce rôle est correctement rempli par le respect des commandements. Toutefois, la personne qui ne les observe pas encore n’a pas perdu son rôle dans le système : elle a une connexion, même si elle est négative. La prochaine étape, bien sûr, est de transformer le négatif en positif. Et de fait, quand il s’agit d’un commandement tel que la charité, dans lequel il faut se démunir de donner quelque chose, nous avons tous besoin d’encouragement. Les Sages nous disent que telle est la puissance du mot « Tsav » au début de cette paracha : nous encourager, à travers les générations. L’encouragement réside dans la conscience que, grâce à ce commandement de la Torah, nous sommes vraiment en relation avec D.ieu.

Le mot tsav, commente Rachi, implique toujours une idée de zèle. Cela signifie que Aharon a été exhorté à agir immédiatement. Dans un autre contexte, observe le ‘Hanoukat ha-Bayit, le Talmud (Qiddouchin 31a) nous enseigne : « Celui qui accomplit une mitsva pour en avoir reçu l’ordre est plus digne que celui qui l’effectue sans y être astreint. » Cette affirmation est ainsi expliquée par les Tossafoth : « Celui qui a l’obligation de réaliser une mitsva est plus anxieux et tourmenté à l’idée de l’enfreindre ou de ne pas l’exécuter correctement. En revanche, celui qui n’a pas d’obligation a toujours la possibilité de ne pas l’accomplir s’il le décide. » Sous cet éclairage, nous comprenons mieux le commentaire susmentionné de Rachi. Puisque Aharon était astreint à tous les commandements que Moché allait lui communiquer, il fallait l’exhorter au zèle et à la promptitude. Car, de son côté, le yétsèr ha-ra’ (« penchant au mal ») accomplit assidûment sa tâche consistant à dresser des obstacles devant l’homme pour l’empêcher d’assumer ses devoirs. Celui qui ne prend pas soin d’agir rapidement et sans délai ne pourra maîtriser son inclination.

Le Talmud (Sanhédrin 56b) interprète le verbe tsav – « ordonne » – comme ayant une connotation d’idolâtrie, selon le verset (Hoché‘a 5, 11) : « Efraïm est oppressé, rompu, à juste titre, puisqu’il a suivi le tsav (le commandement des prophètes de Ba‘al). » Pourquoi n’a-t-il pas été enjoint à Moché : « dis (émor) à Aharon et à ses fils », selon la formule habituelle ? s’étonne le Chakh. Et si ce terme – tsav – évoque l’idolâtrie, ne valait-il pas mieux l’éviter ? Dans ses « Lois sur l’entrée dans le Sanctuaire » (9, 13), le Rambam stipule : « Un cohen qui s’est livré à l’idolâtrie, délibérément ou involontairement, même s’il s’en est repenti par une techouva sincère et complète, ne pourra plus jamais accomplir le service dans le Temple, comme il est écrit (Ye‘hezqel 44, 13) : “Ils ne s’approcheront pas de moi pour exercer Mon sacerdoce.” » Ayant prêté – involontairement – sa collaboration à la confection du veau d’or (cf. Chemot32), Aharon aurait pu penser qu’il avait le statut de « cohen ayant pratiqué l’idolâtrie ». Ainsi, la Torah emploie précisément le verbe : tsav – « ordonne », pour faire allusion au culte des dieux étrangers, afin de bien souligner qu’Aharon, en réalité, n’a pris aucune part à cet acte. Il était totalement innocent. Il n’avait agi alors que pour sanctifier le Nom d’Hachem, espérant faire traîner les choses en longueur afin que les enfants d’Israël ne sombrent pas dans l’idolâtrie. Chiourim.com

« La communauté se rassembla à l’entrée de la tente de rendez- vous » (Lévitique 8,4). Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow dit qu’un grand miracle se produisit : tout le peuple d’Israël, soit 600 000 Juifs, se tenait devant la porte du sanctuaire. Comment fut-il possible, alors que la porte d’entrée était si petite ? Moïse, stupéfait, s’adressa à D.ieu : « Comment faire tenir autant de Juifs à la porte du sanctuaire ; sans compter les 60 000 jeunes hommes de moins de 20 ans. » Le Saint, bénit soit-Il répondit : « Pour Moi, il n’y a rien d’étonnant à cela. J’ai déployé le ciel et Je l’ai fait s’étendre extrêment loi à partir d’un simple filament. » Il en fut de même au mont Sinaï où se trouvaienet des centaines de milliers d’anges et de Juifs. Comment ont-ils pu tenir tous ensemble ? D.ieu dit à la montagne : « Etends-toi et élargis-toi ». Et le miracle se produisit. Même chose pour la porte du sanctuaire : D.ieu dit : « Elargis-toi afin que tout le peuple d’Israël puisse être reçu. » Quand le Messie viendra, tous les morts ressusciteront, depuis Adam jusqu’à la dernière personne décédée. Ils se réuniront tous à Jérusalem. Si le Saint, béni soit-Il, n’agrandit pas la ville sainte, il ne sera pas possible d’y accueillir tout le monde.

Tsav explique le passage de la temporalité à l’éternité. L’homme qui récite le kiddouch du Chabbat est le partenaire de D.ieu dans l’acte de création, car, nous dit la Guémara, « le verbe est créateur ». (Chabbat 119b) Mais si le Chabbat vient signifier la création, le début du monde, il est aussi porteur du signe de la finalité, du projet divin pour le monde et l’homme. C’est là la seconde dimension du Chabbat : il est « comme le monde qui vient » (méen olam haba). Le olam haba signifie littéralement « le monde qui vient », c’est-à-dire la monde que l’homme doit faire advenir dans la réalité par ses actes et sa foi. La conception juive du monde à venir ou plus précisément « le monde qui vient » n’est pas un monde sans matérialité, où seules les âmes justes bénéficieraient de la grâce et de la félicité divines. Il s’agit au contraire de notre monde qui’on aura réussi à transformer en paradis terrestre, à savoir, un monde qui reconnaîtra la Souveraineté de D.ieu sur tous les actes de notre vie, sur notre passé et sur notre devenir. La Force divine sera ainsi presque « tangible », car « la terre entière sera remplie de la connaissence de D.ieu ». (Isaïe 9,11).

Ce degré de proximité avec D.ieu nous en avons chaque semaine une ébauche, avec le Chabbat. Nous nous détachons de la matérialité pour vivre dans un monde empreint de spiritualité, fait de prières, d’étude et aussi de délectations culinaires, celles-ci représentant l’union réussie du matériel et du spirituel. Ainsi, le vin avec lequel nous célébrons le kiddouch, le pain que nous mangeons, deviennent les instruments de la sanctification du monde matériel et de son élévation vers un idéal de sainteté. En effet, le Ari zal nous a révélé que le Chabbat tous les mondes s’élèvent vers leur Créateur. Dans cet espace sanctifié, qui se trouve déployé et démultiplié dans chaque foyer juif par le respect du Chabbat, nous goûtons à l’éternité. Par notre détachement d’avec les contraintes d’ordre matériel, nous faisons effraction dans le temps, tout simplement nous l’oublions. Celui-ci n’est plus qu’un simple instrument créé par D.ieu pour nous structurer les différentes étapes du Chabbat et il ne joue pas un rôle déterminant dans notre relation qui s’établit avec D.ieu pendant le Chabbat.

Ce que nous cherchons (et pouvons trouver) c’est la proximité avec D.ieu, la dévékout (adhésion) en proclamant Son Unité. Et D.ieu, en parallèle, affirme l’unité du peuple juif. Comme nous le disons à la prière de Min’ha : « Tu es Un et Ton Nom Un » ; et qui est comme Ton peuple Israël, nation une sur la terre ». Cette proclamation de l’unicité de D.ieu, qui renvoie à l’unicité du peuple juif, est une invite à une relation d’une très grande proximité entre le Créateur et Son peuple, niveau atteint en particulier lors de la prière de Min’ha du Chabbat, point culminant de ce jour. En reconnaissant D.ieu comme créateur du monde le Chabbat, puis en reconnaissant D.ieu comme intervenant directement dans l’histoire des hommes, on s’inscrit dans un espace qui transcende le temps et nous projette dans le monde de l’éternité, du  Bien éternel. Dans ce monde, le mal se sera transformé en Bien, les êtres ayant tous reconnu la souveraineté de D.ieu sur leur création, leur liberté et leur devenir. Ils auront fait ainsi effraction dans le temps, valeur relative car créée, pour amener le monde à la rédemption, au-delà du temps.

Le Chabbat précédant Pourim, les sages ont institué la lecture du passage de la Torah nous ordonnant de  nous souvenir de ce qu’a fait Amaleq au peuple juif sortant d’Egypte : « Souviens-toi de ce que t’a fait Amaleq sur le chemin , à votre sortie d’Egypte. Il te rencontra en chemin, démembra tous les gens affaiblis sur tes arrières ; toi, tu étais las et épuisé, et lui ne craignait pas D.ieu. Ce sera lorsque le Seigneur ton D.ieu t’aura donné le repos de tous tes ennemis alentour, dans le pays que le Seigneur ton D.ieu te donne en héritage pour l’occuper, tu effaceras le souvenir d’Amaleq de dessous les cieux, ne l’oublie point. » (Dévarim 25, 17-19) Le Sefer Ha’hinoukh énumère à partir de ces versets 3 commandements : se souvenir de ce que nous a fait Amaleq, effacer ses descendants, hommes comme femmes, et ne pas oublier ce qu’il nous a fait (mitsvote 603 à 605) La différence entre se souvenir et ne pas oublier est expliquée par le Midrach : « Se souvenir par des paroles et ne pas oublier dans son cœur. », d’où l’obligation pour chaque Juif de venir entendre ce passage de la Torah le Chabbat précédant Pourim (les paroles) à et de méditer sur le rôle d’Amaleq et du mal.

Mais qui est donc cet Amaleq pour que la Torah y consacre 3 de ses mitsvote ? Amaleq est le petit-fils d’Esaü. Son nom apparaît pour la 1ère fois dans la Torah au chapitre 36, verset 12 du livre de Béréchit : « Timna était concubine d’Elifaz, fils d’Esaü ; elle lui enfanta Amaleq ». Il apparaît de nouveau dans le livre de Chémot, où il livre bataille au peuple juif fraîchement sorti d’Egypte : « Amaleq vint et attaqua Israël à Réfidim… L’Eternel dit à Moïse : « Ecris cela en souvenir, dans le Livre et place-le aux oreilles de Josué : que j’effacerai le souvenir d’Amaleq de dessous les cieux. » (Chémot 27, 8 et 14). Amalek représente dans la typologie billique le mal personnifié.  Une question persiste : quelle est la motivation profonde de la haine d’Amaleq contre Israël ? A travers Israël, c’est D.ieu Lui-même que vise Amaleq. Dans Devarim 25,18, à propos de la guerre entre Israël et Amaleq, il est dit : « Il te rencontrera (karékha) en chemin. » L’analyse étymologique de ce mot « kara » renvoie à mikré, le hasard. Ainsi, est subtilement définie par le Midrach la caractéristique intrinsèque de ce peuple : pour Amaleq, tout ce qui arrive dans le monde est le fruit du hasard, du mikré. Mais la guerre entre Israël et Amaleq n’est pas la manifestation d’une simple querelle familiale qui aurait dégénéré.

Ce que vise en fait Amaleq, c’est le Trône même de D.ieu tel que l’indique le verset clôturant la guerre entre ces deux peuples : Car la main est sur le trône de l’Eternel, le trône de l’Eternel, guerre à Amaleq par l’Eternel, de génération en génération. » (Chémot 17,16) Si les Sages ont décrété que Pourim serait la seule fête qui persisterait à la fin des temps, c’est pour bien souligner que c’est la dimension de la direction divine qui se dévoile à l’intérieur de la nature qui sera le fondement même de la rédemption finale. Ce qui vient remettre fondamentalement en question Amaleq, c’est la Providence divine, c’est le fait que l’histoire humaine a un sens, dans la double acception du terme : elle est le produit de la volonté divine, et elle se dirige vers un but que D.ieu lui a assignée, à savoir, la rédemption, la guéoula finale avec la venue du Messie, la disparition du mal et la résurrection des morts, pour qu’apparaisse la Gloire de Son Unicité, c’est-à-dire, qu’Il est le seul à décider de tous les événements qui se produisent sur terre.

(Sources : Chabad.org – Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow, Le Commentaire sur la Torah – Rav Mordékhaï Chriqui et Dr Avraham-Gilles Morali, « L’essence de la Torah »

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Voici l’étude de la paracha de la semaine et autres annonces à lire sur le site Modia :

1. PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 24e paracha de la Torah et la 1e paracha du 3e livre de la Torah, Vayiqra (Le Lévitique). Elle se nomme : 24e Paracha – Vayiqra: « il appela » Vayiqra 1, 1 – 6, 26.

1. PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 24e paracha de la Torah et la 1e paracha du 3e livre de la Torah, Vayiqra (Le Lévitique). Elle se nomme : 24e Paracha – Vayiqra: « il appela » Vayiqra 1, 1 – 6, 26.

En voici l’axe et les nombreux thèmes étudiés: L’actualité et la paracha. Les mitsvotes et les thèmes de la paracha. Le sens global. Un signe d’appel pour bien comprendre tout le livre. L’interpellation amoureuse de Hachém dans l’enseignement. Le respect de tendresse dans l’éducation. Ahava ou kavod ? Donner à l’autre le temps de réfléchir. Les principes d’une pédagogie juive. Être rosée sur la terre de l’autre. Le vide dans l’amour . Aider l’autre à entendre. La pauvreté de D.ieu selon Ribbi Yaâqov Abou’hatséra. Le pouvoir de l’homme de répondre et reconstruire. La modestie de Moché. Aller au rythme de l’autre. La patience de D.ieu. Etude d’un commentaire bref de Rachi, avant Pessa’h. Le terme hébraïque : léchém. Applications pédagogiques. Hébreu à mémoriser Les petites lettres dans la Torah.
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Et cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones): CLIQUEZ ICI

2 – Dès maintenant, nous sommes dans le merveilleux mois de Adar 2. Voyez ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce double mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.  CLIQUEZ ICI

3 Dès maintenant, préparons la fête de Pourim,
– Jeûne d’Esther, 13 mars et
– Pourim 15 au soir et 16 mars ! 

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5 – Prières nécessaires pour la réussite qui tarde encore des recherches sur la maladie extrêmement douloureuse (avec accroissement continu des douleurs et troubles) de Nadra que les lecteurs de Modia soutiennent avec fidélité. Nous luttons avec elle pour sa subsistance et le paiement des nombreux soins et aides dont elle a besoin. Elle touchait pour cela seulement 1600 chékels par mois et on vient de réduire à 1100 (soit 229 euros par mois, un scandale). Donc, seule l’aide externe que nous organisons peut l’aider à survivre. Hélas, après notre appel nous n’avons reçu pour lui transmettre que 2 petits dons, ce fut un choc pour nous et en contradiction avec les multiples et incessantes lettres de remerciement que nous recevons pour ce que Modia apporte aux lecteurs. Finalement, je renouvelle donc cet appel, merci pour elle et pour cela, dans la générosité, nous devons imaginer ce que serait notre vie dans ces conditions que seuls des bénévoles peuvent sauver, voyez le lien ci-dessous:

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Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.

Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

24e Paracha : Vayiqra –  »  Il appela  » Vayiqra (Le Lévitique) 1, 1 – 6, 26

Cette paracha ouvre le 3e livre de la Torah, le plus court : « Torat Kohanim » (la loi des Cohanim), centre de la Torah.Un célèbre adage de la tradition juive, nous dit le Rav Joseph ‘Haïm Sitruk,  invite à entreprendre l’étude des Cinq Livres de la Torah pour un petit enfant lorsqu’il approche de l’âge de 5 ans, en commençant par le livre de Vayikra. Mais la question qu’on peut légitimement poser est de savoir si c’était bien là la partie de notre Torah la plus attirante pour un enfant : la longue série de tous ces sacrifices du Temple, avec la relative « violence » des effusions de sang des animaux apportés en offrandes ? Les Sages du Talmud expliquent : « Que ceux qui sont purs viennent étudier les choses pures ! » C’est là une optique plus intéressante : car dans la conscience d’un enfant, il est tout simplement fondamental de savoir que l’on peut réparer une bêtise ou une faute. En fait, la Torah va indiquer à la conscience de l’enfant le principe fondamental voulant qu’il existe toujours « une 2e chance ». Or, cette expérience de la réparation pour un jeune être qui se construit est tout simplement vitale : rien – même pas l’échec – n’est irrémédiable ou définitif, tout est en mutation !

Quant aux « images de violence », consultez les bandes dessinées proposées aujourd’hui aux enfants de cet âge là : vous y verrez les visages terrifiants des pseudo-héros dessinés au fil des pages et les histoires hallucinantes dans lesquelles on les entraîne…l’angoisse de l’enfant n’est pas provoquée par le spectacle qu’il contemple, mais par son imagination qui travaille… Or dans la paracha Vayikra, on confronte l’enfant à une situation de « réalité » en lui enseignant que le but de la Torah est d’aider à le construire en tant que personne véhiculant un concept et une dimension qui s’appelle « la pureté » pour lui donner espoir en l’avenir. Voilà pourquoi aujourd’hui, face à toutes les théories modernes, notre « vieille Torah » présente dans ce domaine un aspect tellement novateur et révolutionnaire.

La Torah enseigne, nous rappelle le Rav Dufour, que chaque matin, le Juif doit se rendre compte que tout appartient à Hachem, vers Lequel toutes ses actions doivent s’orienter, dans le seul but de Le servir, afin d’élever tous les éléments qui composent le monde vers le Créateur. Ainsi, le sacrifice relie-t-il le monde à Sa source. Cependant, la bonne réussite du but voulu à travers le sacrifice implique la pureté d’intention de celui qui l’apporte. Na’hmanide dit que quand on sacrifie l’offrande, on doit penser au fait qu’en réalité on aurait dû appliquer ces actions sur soi-même, ce qui doit générer un sentiment d’humilité et d’abnégation indispensables à l’élévation des éléments (Psaume 51) : «  Le sacrifice à D.ieu, c’est un esprit brisé. Un cœur humble, l’Eternel ne le méprise pas ». Peut-être est-ce pour cela que la présente paracha commence par « Vayiqra »  « Il appela Moché » (lev. 1-1) et que ce terme se termine par la lettre « Alef » diminuée par rapport aux autres lettres, symbole de la modestie de Moché sur laquelle nous devrions tous prendre modèle. Le commentateur Beer Moché explique que c’est une invitation à faire techouva (retour vers D.ieu).  

Beer Moché cite le texte des Pirke Avot, chap. 6, Michna 2 qui dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : « Tous les jours une voix céleste proclame cette parole du haut du Mt Horeb : Malheur à ceux qui infligent la honte à la Torah, car celui qui ne s’occupe pas de la Loi est un homme méprisable. »  Le Baal Chem Tov explique « qu’il s’agit là de la voix de la conscience qui s’éveille quotidiennement parmi les hommes. L’homme comprend grâce à son intelligence qu’il doit changer d’attitude en tentant de réparer le mal qu’il a pu causer, alors on peut dire qu’il a réellement entendu cette voix céleste. »Ce sentiment de faute nous invitant à réparation, nous l’éprouvons de nos jours dans nos maisons d’études, nos synagogues, et autrefois la Tente d’assignation, partout où règne la Chekhina, (la force divine). Nos Maîtres nous enseignent que D.ieu est présent partout, il nous attend, mais nous ne sommes pas toujours présents, ainsi que l’exprime le prophète Isaïe (L, 8) en disant : « « Pourquoi suis-je venu et n’ai-je trouvé personne, Pourquoi ai-je appelé et nul n’a répondu ? »«  L’appel divin à la pénitence est en fait un cri de révolte, de souffrance et si l’homme en comprend le sens, alors il peut trouver la voie du repentir.

En ce qui concerne le motif de l’appel lancé par Hachem à Moché, dans la paracha il est écrit : « Si quelqu’un d’entre vous veut présenter au Seigneur une offrande de bétail » (Lévitique I, 2). Or, quelle que soit la nature de l’offrande apportée, l’essentiel est que cela se fasse « au seuil de la Tente d’assignation,  pour  être agréable au Seigneur. » (Lévitique I, 3). Dans ces passages qui font appel à notre sens de la « techouva » et où il est question de sacrifices, il s’agit de l’homme acceptant librement de faire une offrande. Si tel est le cas, c’est alors la preuve qu’il a compris la nécessité de réaliser une telle action. Ainsi fallait-il d’abord que Moché entende la voix céleste. C’est alors seulement qu’Hachem a pu lui confier les ordonnances relatives aux sacrifices qu’auraient à apporter les fidèles lorsque ceux-ci auraient compris qu’il ne s’agissait pas d’actes purement formels, mais qu’ils seraient la conséquence d’une volonté consciente de réparer des fautes.

Aujourd’hui, le Temple n’existe plus et les sacrifices sont suspendus. Mais nous sommes toujours semblables aux Hébreux qui ont entendu le message divin au pied du Mt Sinaï. Même s’il n’apporte plus de sacrifices, l’homme est toujours invité à faire « techouva » et à réparer ses fautes, répondant ainsi à la voix céleste qui se fait entendre à travers notre conscience. Ce que le peuple d’Israël a le plus de difficulté à vivre est le passage des ténèbres à la lumière. En effet, ce n’est pas une évolution progressive et prévisible qui caractérise ce passage mais un retournement soudain et inattendu qu’il faut être capable de supporter. Ce processus est expliqué dans la Torah, quand l’homme et la femme (jusque-là côte à côte, se retrouvent séparés et face à face.) « et D.ieu endormit l’homme » (Berechit 2,21). De la même manière avant d’accéder à la première construction du Temple, il sera obligatoire de passer par l’étape du « sommeil » durant laquelle la Chekhina ne sera pas visible, comme l’explique Rabbi Eliezer à Rabbi Hiya dans la vallée d’Arbel (Traité brakhot du Talmud de Jérusalem et Midrach Chorer Tov) : « Comme la pénombre du crépuscule sera la délivrance d’Israël ». La pénombre  représente l’absence de la Chékhina (force divine).  Ainsi chaque fois qu’Israël s’apprête à reconstruire le Temple, la pénombre précède cette construction. Ce fut le cas au temps d’Amalek (1er Temple), qui avait attaqué les Hébreux au sortir d’Egypte pour les anéantir et au temps d’Amane, (2e Temple) qui, lui aussi, voulait anéantir ce peuple. Ainsi peut-on sans doute penser avec raison que l’action d’Hitler, qui voulait, avec la choah, anéantir la totalité des Juifs, (il a vécu juste avant la création de l’Etat d’Israël) a précédé la construction du troisième Temple.

A l’approche de Pourim, nous allons lire le récit du Livre d’Esther, quand les Enfants d’Israël faillirent être exterminés par le décret obtenu par Amane et quand Esther dit à Mordekhaï : « Va rassembler tous les Juifs. »(Esther 4, 16) C’était la réponse aux propos pervers d’Amane : « Il y a un peuple répandu, dispersé parmi les autres » (Esther 3,8). Ainsi la violence et la terreur qui sévissent aujourd’hui contre les Juifs est la continuité de ce qui s’est souvent passé depuis des millénaires. Le peuple sait qu’il doit accomplir la volonté d’Hachem en renforçant ses racines, en retournant en masse non seulement à la Torah, mais aussi vers Eretz Yisrael s’il veut sauver sa terre et sa propre existence, préservant ainsi la source de bienfait et de bonheur pour l’humanité, comme l’a demandé Hachem. Dans la Meguilat Esther, un verset évoque le sommeil du Roi : « Durant  cette nuit le sommeil du Roi était perturbé » (Méguila 6,1). Or dans le Traité Méguila (15b) il est dit que « le Roi » fait allusion à D.ieu et la déclaration d’Amane : « Il y a un peuple dispersé et  désuni… » fait allusion au « sommeil » de D.ieu (la Chekhina qui protège Israël n’est plus active.) Le moment est ainsi choisi par les ennemis d’Israël  pour détruire le peuple juif. « Le sommeil du Roi est perturbé » signifie que la Chekhina entre à nouveau en action pour libérer Israël. (Dans le récit de Pourim, c’est par le biais de Mordekhaï et d’Esther, les seuls à ne s’être pas prosternés devant Amane pendant la période de pré-délivrance du peuple juif que cela se produit.)

Le Rav Shaül Botschko donne l’explication de Rachi, qui a su nous dévoiler le véritable caractère d’Amalek. Ainsi l’expression « karkha » (t’a attaqué) exprime la méchanceté d’Amalek et correspond à l’une des 3 fautes cardinales que sont le meurtre, la perversion sexuelle et l’idolâtrie. Il ne reste rien de la dignité humaine quand ces 3 registres de valeur morale sont foulés aux pieds, ceux qui s’en rendent coupables étant voués à la destruction. Rachi donne donc 3 significations correspondant à ces fautes : 1- « karkha » a la même racine que (hasard) – Amalek a rencontré Israël sur son chemin comme par hasard, l’attaquant sans raison. 2- « kéri » est lié à l’émission de sperme hors rapport, qui rend l’homme impur et l’empêche d’entrer dans le Sanctuaire. Selon se sens, l’attaque des Amalécites a consisté à rendre les Hébreux impurs en les entraînant à l’homosexualité. 3 – le sens du mot établit un lien avec la notion de froid (kor). Après la sortie d’Egypte et les miracles qui l’ont accompagnée, les peuples restaient à l’écart d’Israël par crainte des conséquences s’ils se montraient hostiles. En les attaquant, Amalek a montré qu’Israël pouvait être vulnérable. « Il a refroidi Israël » dit Rachi, il a porté atteinte à sa « force de dissuasion », dirait-on aujourd’hui.

Le Rav Mordehaï  Elyahou  nous fait part, sur ce point, de ce que dit Maïmonide : La Torah nous donne la mitsva « d’effacer le souvenir d’Amalek » chaque jour, chaque heure, selon l’opinion de Maïmonide. Nos sages expliquent « acher kara’h badere » (comme il t’a surpris chemin faisant) dans le sens d’une rencontre fortuite. D’autres commentateurs disent que la manière d’agir d’Amalek est en rapport avec le mot « froid ». Amalek « refroidit » l’envie d’étudier la Torah et d’accomplir les mitsvote. Or, nous ne devons pas nous laisser détourner de la Torah, sous quelque prétexte que ce soit, ce qui mettrait le peuple en danger. Quoiqu’il en soit, les 3 sens expliqués par Rachi donnent les dimensions de la méchanceté d’Amalek, peuple de vils assassins, qui surprend le faible, le vulnérable, l’agresse et l’élimine gratuitement. Mais être vicieux ne suffit pas à Amalek. Il lui faut encore entraîner autrui, et plus sa victime est pure, plus sa joie est grande.  De plus, Israël a été choisi par Hachem pour être le véhicule de Sa Présence dans le monde. Or, Amalek ne craint pas le Maître du Monde et voudrait prouver qu’Il ne veille pas sur le peuple qui se prétend Son peuple et que celui-ci est aussi vulnérable que n’importe quel autre peuple. Mais nous savons que ce 13ème mois dans lequel , « Adar chéni », ou Adar II se trouve sous le signe de l’unité,  puisque le chiffre 13 a la valeur numérique du mot « E’had » (Un). Nous devons le vivre avec la certitude que le peuple d’Israël est au dessus du Mazal* (le 13e mois) et que le déterminisme de l’histoire des peuples ne nous concerne pas. L’unité n’est possible qu’au dessus du mazal, c’est-à-dire, lorsque l’homme cesse d’avoir peur du monde qui l’entoure, s’affranchit de son esclavage mental et physique aux seules règles de la réalité matérielle et reste fidèle à la Torah et aux mitsvote.

* (Les 12 signes du zodiaque de l’année sont connus depuis les temps les plus anciens. Au cours de l’année, le soleil les traverse successivement, passant un mois avec chacun d’eux. On dit qu’un Mazal (signe zodiacal) spécial domine chaque mois ; c’est la constellation qui est traversée ce moi-là. Le Créateur envoie Ses bénédictions par leur intermédiaire. Ainsi le mot « mazal » est devenu synonyme de bénédiction. Nos Sages disent toutefois qu’il n’y a pas de signe zodiacal réservé à Israël parce que les Juifs se situent au-dessus du mazal (destin) et bénéficient, grâce à leur observance de la Torah et des mitsvote, directement de la protection et des bénéfiques décisions d’Haqqadoch Baroukh Hou.) Mais quand nos Sages disent : « Le peuple d’Israël n’est pas soumis au destin », c’est en pensant aux étoiles et aux constellations qui répandent l’abondance ou la pauvreté dans le monde. A l’aide de l’étude de la Torah et des prières, le peuple d’Israël est capable de retourner la situation favorablement, car il n’est pas soumis à l’influence des étoiles et des constellations.

A l’approche de la fête de Pourim,  nous allons parler d’Amane, qui incarne la ¨dictature¨ qu’exerce le monde sur l’homme, tout comme Amalek d’ailleurs. Ainsi perdons-nous l’unité et tout se déchire. Nos maîtres disent : Amalek déchire le Nom de D’Hachem en deux ! A l’intérieur du peuple juif plane aussi l’esprit de la Déchirure. Nous savons que la fin de son long exil sera caractérisée plus que tout par la déchirure. Dans son essence, Israël est tout le contraire : Avraham est celui qui a commencé à réparer la déchirure disent nos Maîtres dans le Midrach. Le peuple juif est aussi celui qui proclame depuis des millénaires : « En ce Jour D.ieu Sera Un et Son Nom Un ». Mais toutes les forces de la nuit se renforcent avant la levée du matin. Plus ce peuple revient sur sa terre, plus les forces de la déchirure tentent de la morceler et de la fragmenter. Mais l’unité, qui est le signe de cette année, empêchera sans aucun doute que se réalise la déchirure du peuple et de la Terre. Ainsi le mois de Pourim, qui a failli être le plus triste de l’année est-il devenu le plus joyeux de tous. Nous savons que tout peut changer en un clin d’œil !

Alors, même si nous ne savons plus qui est Amalek, envoyé par Essav et que nous savons que la menace sera toujours présente, Hachem considère notre lecture à ce sujet comme si on avait effectivement effacé le nom d’Amalek, Il  nous épargne pour la grandeur du Nom Divin et nous assure la délivrance prochaine et entière. Précisément, nous dit Izhak Attia, Israël traverse actuellement à nouveau une période sombre et douloureuse. Cependant, il nous reste encore à espérer qu’Hachem plie nos ennemis à Sa volonté et que ceux qui haïssent les Juifs soient couverts de honte. Ainsi passerons nous des ténèbres à la lumière. Alors, il faut montrer à Amalek que Mordekhaï est plus fort que lui et qu’en dépit des apparences, tous les espoirs sont permis pour le peuple juif. Celui-ci revient, en toute conscience, en Eretz Yisrael, la Terre sur laquelle Haqqadoch Baroukh Hou lui a demandé de vivre. Il s’y trouve maintenant non seulement par la volonté d’Hachem, mais aussi par la volonté des nations, pour les nations et malgré les nations et ce n’est pas un « hasard », mais simplement sur Son ordre « Vayikra » (Il appela) et par Sa volonté. Ainsi en dépit de tout et de tous, il y restera !

Dès le premier mot, qui donne son nom au Livre lui-même, nous est révélée l’identité et le rôle, à la fois de cette paracha et du Livre entier : il y est parlé du rapprochement et la manière d’y parvenir. Cependant, nous explique le rav Dynovisz, le contenu semble bien loin de cette vision des choses, car bien qu’il soit expliqué comment nous devons servir Hachem… en apportant des animaux ! La Torah ne construit pas le même modèle que les religions qui sacrifient des animaux devant les divinités idolâtres, pour les calmer le courroux et se faire pardonner.  Mais le travail autour du Temple, qu’on appelle improprement en français « sacrifices », connotent de manière injustifiée une idée très négative de massacre d’animaux avec des bains de sang. Mais dans la Torah, les offrandes n’ont pas pour but l’expiation de fautes, d’ailleurs, celui qui faute consciemment et volontairement ne peut apporter d’offrandes au Temple ! La Torah prévoit, pour cela, d’autres modes de réparation. En effet, ne peuvent être apportées au Temple que des offrandes spontanées, ou pour la réparation de fautes non intentionnelles, faites par inadvertance. Cependant, comment une personne peut-elle fauter par oubli ou inadvertance, car si nous aimons vraiment quelqu’un, nous ne pouvons l’offenser sans faire exprès ! Si nous offensons Hachem par oubli, cela prouve que nous ne sommes pas vraiment connectés à Lui. C’est lorsque l’on est loin que l’on fait des erreurs et que l’on porte atteinte à l’autre. C’est pourquoi, dans le Temple, nous venons réparer l’éloignement.

La paracha Vayikra nous parle des korbanote. La Torah nous dit « voilà ce qui se passera quand un homme voudra se rapprocher d’Hachem. » Le mot « korban » vient de la racine « karov » qui signifie proche. Jamais il n’est parlé de « sacrifices ». Le « korban » n’est donc pas un « sacrifice  pour se faire pardonner », mais bien un moyen de rapprochement d’Hachem. Ce mot n’existe même pas, en hébreu, car il est totalement étranger à la pensée juive ! Les prophètes parlent d’une « Maison de prière pour tous les peuples ».  Ils savaient donc qu’il y aurait le Temple de la Délivrance, puisque les deux premiers n’ont jamais réuni toutes les nations.  Certains de nos Maîtres, en quittant ce monde, ont pleuré, non la mort, mais la passivité, l’immobilisme et l’inaction qui y sont inhérents. C’est aussi pourquoi « les méchants sont appelés morts, même de leur vivant », car ils n’ont aucune possibilité de connecter ce monde matériel à Hachem. Quel est le critère pour savoir si je suis ou non rapproché d’Hachem ? Il est appelé « Vie » ! Il est la Source de Vie. Il ne suffit pas de savoir qu’il faut changer le monde, il faut le faire, et c’est bien là, la faute d’Adam : Hachem voulait qu’il choisisse l’arbre de la Vie, mais il a préféré l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Celui qui sait, qui connaît la vérité sans l’accomplir et sans rien réaliser, est mort. De même qu’une civilisation qui fonde tout sur le savoir est morte, tandis que le juif s’implique dans la réalité pour la changer, et c’est la vie. Hachem a créé le monde « laassot« , pour que l’homme le parachève. Ainsi, pour m’approcher de D.ieu, je dois me demander où est mon projet de transformer l’animalité de ce monde. C’est le vrai débat entre les deux dimensions de notre peuple, dans toutes les générations : le conflit, déjà, entre Yossef qui incarne le Juif investi dans le monde matériel, et Yehuda et David, hommes de la connexion. Tout Juif sait que le monde ne peut se passer de la Torah ; mais elle doit former les soldats de la construction de ce monde, avec tous les efforts et implications que cela comporte. Pour nous rapprocher d’Hachem, nous venons naturellement avec nos prières et notre étude de la Torah. Mais il nous est dit aussi : venez avec des animaux et montrez-Moi votre degré d’implication dans ce monde animal ! Que faisons-nous concrètement et matériellement pour le transformer et l’édifier ?

Ainsi, pour approfondir les choses, le rav Mordékhaï Chriqui et le Dr Avraham-Gilles Morali nous apprennent que le Korban apporté au Temple s’inscrit dans un plan encore plus large, puisqu’il est chargé de dispenser le flux divin au monde entier. Le Temple est en effet le point de jonction entre les mondes supérieurs et le monde terrestre. C’est à partir du Temple et du travail des Cohanim que va s’opérer le passage du spirituel au matériel. Chaque élément du Temple va ainsi avoir un rôle quasi-cosmique, puisque c’est à partir de lui que l’abondance divine pourra se déverser dans le monde. Ainsi, les Pains de Proposition  déposés sur la table du sanctuaire seront les vecteurs de l’abondance alimentaire dans le monde, et empêcheront toute famine. L’encens, travail hautement sipirituel, assurera la paix dans le monde, valeur également très élevée.

Le travail de sélection (des différents animaux amenés au Temple) s’avère central dans le Temple, puisque c’est par et pour les Korbanote que le Temple fonctionne. Même si le Temple Lui-même a une sainteté intrinsèque indépendante des korbanote qu’on y pratique. Si la Torah y a consacré un livre entier (Vayikra), c’est que les korbanote sont essentiels à qui veut répondre à l’appel (vayikra) lancé par D.ieu pour tenter de se rapprocher de Lui, pour tenter la grande expérience de la Dévékout. Car les Korbanote nous offrent la possibilité unique de trier en nous le Bien et le mal, et ainsi de nous élever vers le Haut, vers le spirituel. Quand les korbanote ne purent plus être pratiqués après la destruction du Temple, les Sages les ont remplacés par la prière, qui est devenue le vecteur de communication entre nous et Hachem, ainsi que le dit le prophète Osée : « Nous complèterons les sacrifices des taureaux par nos prières ». (14,3)

Mais ce rapprochement entre Hachem et nous va plus loin. Par ce travail des korbanote, on ne fait rien de moins qu’atteindre le but que D.ieu avait assigné au monde en le créant : rassembler tous les éléments disparates de la création et les faire remonter vers leur origine divine. Dans le langage de la Cabale, réunion des éléments séparés (nifradim) à la Source (chorech) pour atteindre l’adhésion (dévékout) à Hachem. Le Ram’hal décrit ce principe comme la perfection et le but ultime de tout homme : « Et lorsque tu approfondiras le sujet, tu verras que la véritable perfection est uniquement l’adhésion à D.ieu ». (Mésilat Yécharim, La voie des Justes, chapitre 1). Le Korban n’est pas cette image fausse et dévoyée d’animaux sacrifiés pour un D.ieu affamé de sang, mais qu contraire le vecteur d’une plus grande spiritualité, le moyen d’atteindre des sommets destinés à l’union de êtres créés avec leur Créateur, et ainsi d’amener sur terre une plus grande fraternité, car tous les hommes se retrouveront unis par l’image du divin inscrit en eux et qui s’exprimera en plein après le travail préliminaire des korbanote.

(Sources :  Rav Dufour, Modia – Dror Meshulam – Michaël Mouyal, Lamed – Rav Moshé Assis, Rav  Mordehaï  Elyahou, Rav Dov Bigon, Izhak Attia, Rav Shaül Botschko, Rav Joseph ‘Haïm Sitruk, Torah Box – Rav ‘Haïm Dinoviszrav Mordékhaï Chriqui et le Dr Avraham-Gilles Morali, L’essence de la Torah)

CULTURE JUDAÏSME – La paracha de la semaine – Mois de adar I – 5774 (février 2014)

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Avec Modia, voici l’étude de la semaine :

1. PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 23e paracha de la Torah et la 10e paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : Paracha – Péqoudé : Voici les fonctions dans le Sanctuaire Chémote (Exode) 35, 1 – 40, 38
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2 – Nous sommes dans le merveilleux mois de Adar qui cette année EST DOUBLÉ. Voyez ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce double mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.  CLIQUEZ ICI

3 Dès maintenant, préparons la fête de Pourim,
– Jeûne d’Esther, 13 mars et
– Pourim
15 au soir et 16 mars ! CLIQUEZ ICI

– Dès maintenant, préparez aussi tout sur la Fête de Pessa’h pour en faire une vraie réussite intérieure (c’est encore bien plus important que le nettoyage des saletés externes) :
en 2014-5774, Pessah se déroule le soir du 14 avril, 14 Nissane
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RAV YEHOSHUA RAHAMIM DUFOUR

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.

Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

23e Paracha : Péqoudé – « Voici les fonctions dans le Sanctuaire »Chémote (Exode) 35, 1 – 40, 38

Avec le Rav Attali, nous voyons que la construction du Tabernacle (Michkan) y est décrite jusque dans les moindres détails – valeur et quantité d’or et d’argent utilisés, la couleur des étoffes, les pierres utilisées portant les noms de chacune des tribus, les ustensiles, les huiles, le candélabre d’or pur, la plaque d’or (diadème), les vêtements sacrés… La disposition des objets est minutieuse et en conformité avec les prescriptions de l’Eternel. D.ieu expliqua à Moché comment procéder : Quand utiliser le Tabernacle, où l’installer, comment vêtir et oindre Aaron et ses fils… Le tabernacle fut érigé le 1er jour du mois de la deuxième année. Moché y installa les « objets » et procéda au rituel ordonné par l’Eternel. Il offrit l’holocauste/le sacrifice et l’oblation. Une nuée divine couvrait le Tabernacle durant le jour et le feu y brillait la nuit.

Zoltan Berkovits nous rappelle que les deux parachiyotes Vayaqhel et Péqoudé sont indissociables, et sont généralement lues ensemble le même Chabbat. Mais quand on est dans une année comportant un mois supplémentaire, celui d’Adar II, ce qui est le cas cette année, on sépare la paracha Péqoudé. Mais, en fait, elle ne fait que préciser l’énumération (c’est le sens du mot péqoudé, comme le dit Rachi dans son commentaire du premier verset) des ustensiles du michkane ou tabernacle. On peut voir toute cette paracha comme un « rapport financier » d’une minutie exemplaire concernant les frais de la construction du Tabernacle. Moïse, en terminant dans tous ses détails le « petit sanctuaire portatif’,  a vérifié chaque dépense et l’utilisation de tous les dons en faveur du Tabernacle. Nous sommes émerveillés par le « bilan » de Moïse, où les comptes sont établis avec une probité difficilement concevable de nos jours, où les « notes de complaisance » et les factures « préfabriquées » sont si répandues. La Torah, par ailleurs si discrète, qui condense en quelques phrases des lois fondamentales, consacre une paracha entière à la « comptabilité » de Moïse. La Bible tient ainsi à souligner l’importance de l’honnêteté la plus scrupuleuse dans les affaires, et surtout dans la gestion des « fonds publics ».

Cette paracha Péqoudé continue  donc Vayaqhel et termine le livre de la sortie d’Egypte, nous dit le Rav Dufour, et le peuple acquiert le dispositif de sainteté par le sanctuaire afin qu’il reste au niveau de qahal (l’assemblée ‘des enfants d’Israël’) comme nous l’avons vu dans la paracha précédente.  Notre paracha dit : « ce sont là les énumérations du sanctuaire, sanctuaire » Ce sont des articulations nécessaires de la relation d’amour et du don entre le Créateur et le peuple qu’Il  s’est choisi. Le texte comporte deux fois le mot michkane, montrant par là que cette union est à deux niveaux en haut et en bas, et cela de même. En bas, ce n’est pas du « matériel », mais c’est la présence divine dans le concret, ce que l’on appelle la Chékhina  (la force divine) ou la malkhoute, la royauté divine se réalisant, aussi réelle et importante, mais dans l’état de pauvreté qui nous caractérise, et pourtant en immense beauté

« Voici les comptes du Tabernacle – le Tabernacle du témoignage -tels qu’ils furent établis sur l’ordre de Moïse. »  (Exode, 38, 21) Avec le Rabbin Jean Schwarz, nous voyons que le Tabernacle est édifié et que grâce à la générosité de tout le peuple, les matériaux offerts ont excédé largement les besoins et Moïse s’est même trouvé dans l’obligation, à un moment donné, de demander aux enfants d’Israël de cesser leurs offrandes. C’est avec joie et de bon cœur que nos ancêtres s’étaient dessaisis de leurs trésors pour que le Tabernacle fût digne de l’Eternel qui devait y demeurer et qu’ils voulaient ainsi honorer de tout leur être. Au moment où s’achèvent les travaux, nous voyons Moïse faire ici, en détail, les comptes de l’or, l’argent, le cuivre, les étoffes précieuses, etc., utilisés aussi bien pour le Tabernacle que pour les ustensiles et les ornements sacrés. Ces comptes, personne ne les lui avait demandés, ni Dieu, ni les enfants d’Israël. On lui faisait toute confiance pour l’administration de ces dons. Et pourtant Moïse a tenu à ce que tout un chacun sache comment les matériaux précieux avaient été utilisés et que personne ne puisse avoir le moindre soupçon à son égard. Aussi n’a-t-il d’ailleurs pas fait les comptes lui-même mais il a chargé Itamar, le fils d’Aaron, d’en effectuer le contrôle et d’en publier les résultats.

En agissant de la sorte, Moïse voulait, selon une expression de nos Sages, être quitte envers Dieu et envers les hommes Non seulement envers D.ieu qui sait tout et n’a donc pas besoin qu’on lui fasse des comptes ; mais encore envers tout le peuple, qui, lui, avait besoin de connaître clairement et sans hésitation aucune l’utilisation des dons qu’il avait offerts à l’Eternel. C’est seulement après avoir obtenu le  » quitus  » de la part du peuple tout comme il l’avait déjà de la part de Dieu que Moïse pouvait juger avoir honnêtement géré les fonds publics.Trop souvent on a tendance à considérer que, Dieu étant témoin de notre honnêteté, on peut traiter par le mépris les soupçons qui pourraient s’élever dans l’esprit des hommes concernant notre gestion. En réalité, il est indispensable que nous fassions, tout comme Moïse, le nécessaire pour que notre prochain puisse, à l’instar de Dieu, approuver sans hésitation notre action.

« Voici les comptes du Tabernacle, le Tabernacle du Témoignage, tels qu’ils ont été établis selon la parole de Moïse » (Chemot 38 : 21). Le rav Attali nous dit que le Baal Hatourim précise que le mot pikoudé est écrit avec un Vav supplémentaire pour signifier le fait que Moïse présenta un compte précis et détaillé de chaque centime reçu pour la construction du Tabernacle, à tous les 600 000 membres (Vav = 6) de la nation afin que nul ne puisse le soupçonner d’avoir détourné la moindre somme à son profit.  Pourquoi Moïse a-t-il tant insisté pour dévoiler l’état des comptes à toute la nation ? Après tout, D .ieu Lui-même se porta garant de l’intégrité de Moïse disant « Dans toute Ma maison, il est le plus fiable ». Alors, que recherchait Moïse de plus ?

Le Midrach explique que Moïse avait entendu certaines personnes mal intentionnées murmurer, derrière son dos, qu’il s’appropriait une partie de l’argent récolté « partout où il allait, ils le poursuivaient de leurs accusations (Chemot/Ki tissa 33 :8) disant, par exemple « Il n’est pas étonnant que cet homme, seul dépositaire de tout l’or et l’argent, soit si riche… Il ne doit de comptes à personne ! » Moché avait surpris des remarques parmi le peuple. Certains commentaient: « Ces derniers temps, le cou du fils d’Amram est bien gras !« . Et il entendit la réponse: « Cela n’est pas étonnant! Il est responsable de tout l’argent du Michkan! Moché surpris, s’etait alors promis: « Dès que la construction du Michkan sera achevée, je rendrai un compte exact de la manière dont j’ai utilisé l’argent !« 

(Comme D.ieu avait permis à Moché de garder le saphir qui restait après avoir gravé les tables de la loi, certains s’étonnèrent de sa richesse soudaine).  Aussi, lorsque le Tabernacle fut terminé, Moïse tint aussitôt à réagir à ces accusations en ouvrant ses livres de comptes à tous afin qu’ils puissent les examiner, à leur gré et, au besoin, les discuter. « De cela, nous apprenons » écrit le Chlah Hakadoch « que toute personne dont la réputation est mise en cause se doit de prouver son innocence en public ». On ne peut se contenter de sa bonne renommée pour s’exempter du devoir de prouver son intégrité. Moïse fut une nouvelle fois attaqué au motif qu’il accumulait jalousement pouvoir et honneurs, par Korah et ses adeptes, qui prétendaient qu’il n’était pas, sans conteste, l’envoyé de D.ieu, tentant de le discréditer aux yeux des enfants d’Israël; en réponse, Moïse précisa « Je ne leur ai pas pris le moindre âne et je n’ai jamais fauté envers l’un d’entre eux » (Korah 16 : 15). Raphaël Shimshon Hirsh explique que Moïse s’efforça de justifier auprès du Peuple qu’il avait été désigné par D.ieu en qualité de messager, prouvant qu’il ne tirait aucun avantage de sa position de dirigeant, justifiant que personne ne pouvait être exempté de la mitsva « Vous devez vous justifier devant D.ieu et devant le Peuple d’Israël ». C’est la responsabilité de tout dirigeant de s’assurer qu’il n’est l’objet d’aucune suspicion !

La paracha Peqoudé présente, entre autres particularités, celle de revenir sur la contribution d’un demi-chéqel que devait offrir chacun des membres de la communauté d’Israël nous explique le Rav Jacques Kohn : « Un bèqa’ par tête, un demi-chéqel selon le chéqel du sanctuaire, pour quiconque se soumet au dénombrement, depuis celui qui est âgé de vingt ans et plus, pour 603 550 » (Chemot 38, 26).  Le Midrach Tan‘houma (Ki Tissa) est admiratif : Admirez Israël, à qui même ses péchés procurent de bonnes choses ! Les frères de Joseph ont vendu celui-ci en esclavage, ce qui a procuré au monde de quoi se nourrir pendant sept années de famine. Ici aussi, les enfants d’Israël ont péché avec le veau d’or, ce qui leur a procuré la mitsva du demi-chéqel.  Etonnant Midrach que celui-là ! Il est vrai que le péché des frères de Joseph a permis un développement positif dans le plan divin. Mais attribuer à la faute du veau d’or un mérite quelconque paraît abusif.  En fait, si les enfants d’Israël ont réuni, pour la fabrication du Tabernacle, 603 550 demi-Chéqels, comme indiqué plus haut, cela veut dire à l’évidence que le erev rav (ramassis) qui les a accompagnés, et dont la Mekhilta évalue l’importance à plus d’un million d’hommes, n’y a pas participé.  Or, c’est ce « ramassis » qui a porté la responsabilité première de la confection du veau d’or, et il est ainsi démontré qu’il a été tenu à l’écart de la fabrication du Tabernacle.  Sa disparition a ainsi marqué un moment décisif dans le destin du peuple d’Israël, qui a ainsi trouvé, grâce au veau d’or, si l’on peut dire, l’unité qui lui faisait défaut.

 « Et Dieu a parlé à Moïse et il a dit : Au premier mois, le premier jour du mois, tu érigeras le Tabernacle de la Tente d’Assignation » (Exode 40, 1-2) Avec la Yéchiva des étudiants, nous voyons qu’ « Au premier mois », c’’est le mois de Nis san. (Targoum Yonathan ben Ouziel) La paracha – qui énumère tous les détails de la construction du Michkan – nous informe donc que l’inauguration de celui-ci eut lieu Roch Hodech Nis san. Or, le Midrach Rabba (Bamidbar Rabba 13, 2) nous dit que le Michkan fut terminé le 25 Kislev […] du fait que le travail de construction du Tabernacle fut terminé le 25 Kislev et qu’il resta démonté jusqu’au 1er Nis san, Israël dirent : Voilà, nous avons achevé le Tabernacle ! Quand la présence divine viendra-t-elle et résidera-t-elle dans l’œuvre de nos mains ? […] Ainsi, D.ieu donna l’ordre à Moïse d’ériger et d’inaugurer le Michkan plus de trois mois après que sa construction fut menée à son terme. Tous les éléments étaient prêts, il ne restait plus qu’à les assembler. Alors pourquoi, malgré la frustration du peuple, imposer une telle attente ?

Le Talmud [Chabbat 87b] met l’accent sur la coïncidence voulue et recherchée entre le jour de l’érection et celui qui se distingua de tous les autres par les dix couronnes qui lui furent décernées :
Ce premier  Nissan de la seconde année de la sortie d’Egypte fut un dimanche, premier jour de la création du monde ; il fut le premier jour où les phylarques des tribus offrirent leurs présents pour l’inauguration du Tabernacle ; où les Cohanim commencèrent leurs sacerdoces ; où le culte des sacrifices quotidiens débuta ; où le feu du ciel descendit pour consumer les sacrifices ; où l’on commença la consommation de la viande sacrée à l’intérieur du Sanctuaire ; où la Chékhina vint résider au-dessus de l’arche sainte ; où les Cohanim commencèrent à adresser leurs bénédictions au peuple ; où les hauts-lieux furent défendus et où commença le compte des mois. (Traduction commentée empruntée au rabbin Elie Munk)

Rav Shimshon Raphaël Hirsch, sur ce verset, explique cette volonté de D.ieu de voir l’inauguration du Tabernacle coïncider avec ce jour particulier dont parle la Guemara, ce Roch Hodech Nissan 2448 (Rachi sur A.Z. 9a) : [Le sujet] se clarifie si nous considérons – comme nous l’avons déjà expliqué plus haut, chapitre 12, verset 2 – le fait que la signification de nos nouvelles lunes réside essentiellement dans l’idée qu’elles ne constituent pas une célébration de l’événement astronomique en soi, mais qu’elles font figure, dans leur processus naturel, de modèle et d’avertissement pour l’établissement et la réalisation de « nouvelles lunes » sociales humaines, de renouvellements sociaux-humains. En effet, dans la paracha Bo, Hirsch développe longuement l’idée que Roch Hodech ne consiste pas à établir les débuts de mois du calendrier juif. Il est la consécration, par les représentants attitrés du peuple juif, d’un moment voué à la rencontre avec Dieu. Roch Hodech est aussi appelé « Mo’èd » qui signifie « Réunion », un moment convenu ou Dieu souhaite que son peuple vienne le rencontrer. Une idée dont Henri Meschonnic (in Les Noms, traduction de l’Exode, Desclée de Brouwer 2003, p201) rend admirablement compte dans sa traduction des mots  « la demeure de la tente du lieu de rencontre ».

Et Rav Shimshon Raphaël Hirsch de poursuivre : L’érection du Tabernacle, qui devait marquer le retour de la majesté divine dans la sphère terrestre juive – et inaugurer ainsi le « Mo’èd » d’Israël, la conjonction d’Israël avec son « soleil », son illumination par la lumière de son Dieu -, cette érection devait avoir lieu le jour de la première nouvelle lune, c’est-à-dire le jour de la nouvelle lune avec lequel commençaient les années d’Israël. […] Ainsi, la conjoncture de ce jour était idéale. Au confluent de l’inauguration du palais terrestre où Dieu allait résider – où l’on pourrait aller le rencontrer, et de la première des néoménies – jour premier parmi les premiers. Cela valait la peine de patienter trois mois ! Et Hirsch de conclure : La nouvelle lune de la renaissance nationale devait également être la nouvelle lune du retour de la Chékhina, de la réalisation de la promesse (et je résiderai parmi eux) dans laquelle la délivrance nationale trouve son aboutissement.  Le début de la nouvelle ère nationale du peuple juif, récemment affranchi, devait être couronné par l’avènement de la Chékhina  (la force divine) venant résider au milieu de son peuple. Pour Israël, en effet, la renaissance nationale n’acquiert toute sa signification que grâce à la présence de la Chékhina. Elle est un préalable indispensable à toute autre revendication, de quelque nature que ce soit.

Le dévoilement surnaturel de la présence de D.ieu dans le monde est le but de la Torah, nous explique le site Chiour Avigès, mais ce dévoilement n’est pas adressé à l’homme. Dans la révélation sinaïque comme dans la révélation du buisson ardent il y a toujours un double jeu dans la révélation, d’un côté D.ieu dit  » Ne regardez pas ! Ne montez pas sur la montagne ! », Moïse se couvre la face au moment de la révélation devant le buisson ardent, mais par ailleurs, D.ieu se révèle par des prodiges incroyables. En fait cette révélation est une révélation dans la nature et pour le monde, mais devant cette révélation l’homme doit continuer à évoluer dans la rationalité, cette révélation qui est la finalité de la création du monde ne lui est pas adressée spécifiquement, pour l’homme ce n’est qu’un effet secondaire du fait qu’il s’élève par l’étude ou la prière.

La rationalité permet a l’homme d’exister malgré D.ieu, ou plutôt la rationalité donne l’homme l’illusion d’exister malgré D.ieu, et c’est dans cette rationalité du « nous ferons et nous comprendrons » que l’homme doit évoluer, mais l’homme doit aussi savoir que lorsqu’il fait le bien à travers cette rationalité,  il crée un dévoilement divin dans la création, qui a pour but la finalisation de la création du monde. Il y a dans ce dévoilement qui n’est pas adressé à l’homme un message d’humilité et de modestie pour lui, l’homme n’est pas le centre du monde, il n’est qu’un canal qui contribue a la création du monde, il doit savoir qu’il est responsable face au monde et que si il faute, il n’est pas la seule victime de ses erreurs il détruit aussi l’univers.

Une autre idée que l’on peut dégager du Talmud dans sa manière de gérer le surnaturel peut être déduite de la Gemara dans Chabat que l’on a citée plus haut, et qui conclue « qu’à l’époque d’A’hasveroch, les juifs ont reçu la Torah à nouveau avec amour et de bon cœur », selon Tosfot, cela veut dire que les juifs ont accepté de bon coeur la révélation surnaturelle qu’il y a dans la Torah. Ce qui veut dire que les juifs à Pourim ont su intégrer le miracle dans une rationalité pour en tirer une morale. Comme Moïse, qui se détourne pour voir le buisson ardent, par ce qu’il se dit que D.ieu veut lui montrer quelque chose par ce miracle, les juifs ont compris que, par l’histoire de la reine Esther et d’A’hasveroch, D.ieu voulait montrer quelque chose. Mais ils ont inscrit le miracle dans un discours rationnel, comme un récit, pour qu’il ne soit pas traumatisant, mais qu’au contraire qu’il soit une source de force et de courage. La Paracha de cette semaine, Pékoudé, dernière Paracha du livre de Chemot, nous rappelle le site « la minute d’étude », est suivie par la Paracha Vayikra, première paracha du livre du Lévitique. Selon nos sages, nous devons trouver un rapport entre ces deux passages. La fin de Pékoudé nous raconte qu’une nuée est descendue sur le sanctuaire. Le but de ce nuage était de dissimuler. La nuée empêchait Moché d’entrer dans le Temple.  Le thème de Vayikra, à l’opposé, est la révélation, « D.ieu appela Moché » pour se révéler à lui. Ainsi, la révélation de Vayikra suit le voilement de Pékoudé. Mais une révélation qui vient à la suite d’une dissimulation est bien plus accentuée que celle qui surviendrait sans voilement antérieur. La téchouva (repentir – retour) représente, dans le service de D.ieu, une révélation qui suit une période de dissimulation. Avant la Téchouva, l’homme était éloigné d’Hachem et écarté de la Torah et des mitsvote. Il était donc dans un état de voile. Sa téchouva, son retour vers D.ieu constitue la révélation. En effet, nos sages nous enseignent que le Juif qui se repent des méfaits passés (Baal Téchouva) jouit d’une expérience de la Divinité plus haute que celle dont jouit celui qui était toujours vertueux. C’est avec exaltation qu’il fuit le voile vers la révélation.

Quand une personne fait téchouva, « ses péchés intentionnels sont considérés comme des mérites. » Nos sages déclarent, d’ailleurs, que « dans l’endroit où se trouve le Baal Téchouva, même le plus vertueux ne peut se tenir. » Le tsadik, le juste, a banni complètement le mal. Alors que le Baal Téchouva, en retournant vers Hachem de tout son cœur, transforme le mal en bien. Si bien que ses péchés intentionnels sont à présent considérés comme de bonnes actions. En faisant téchouva, il transforme l’obscurité en lumière. La révélation est donc le produit d’une dissimulation passagère. L’enseignement est clair : Quelle que soit notre situation spirituelle, nous ne devons jamais désespérer ! Nous ne devons jamais penser que notre état spirituel est tellement bas qu’aucun espoir n’existe. Au contraire, c’est précisément après une période de voile que la révélation la plus haute devient possible. Les générations passées étaient certainement d’un niveau spirituel supérieur au notre, cependant ils ont été privés de la guéoula (délivrance). Notre génération est celle de la venue de Machia’h. Puisque la plus haute révélation vient à la suite de la descente la plus basse, nous devons prendre conscience et nous renforcer dans la propagation de la lumière en avançant toujours plus loin. C’est ainsi que nous mériterons la délivrance complète – cette révélation suivra la dissimulation de l’exil – alors, « la nuit éclairera comme le jour. » (Likouté Si’hoth vol XVI)

Péqoudé conclut le livre de Chemote (Exode) sur la nuée qui enveloppe Tente d’assignation ; c’est le couronnement du « Michkan » (Tabernacle) qui n’était jusqu’alors qu’un « corps » matériel. Des lors, cet édifice reçoit son âme « La Chekhina » (force divine) (Ex.15:34) Le « Michkan » (tout ce qui est dit à ce propos est aussi valable pour le « Bet HaMikdach« ) n’est qu’une sorte d’instrument spirituel construit selon les instructions de la Torah, afin d’enraciner la sainteté dans le monde matériel; c’est-à-dire, pour servir de point de contact entre la sainteté suprême inaccessible et le monde fini. La forme d’ensemble du « Michkan » ainsi que les moindres détails sont une sorte de projection du monde supérieur sur notre monde. En fait, il est comme une fenêtre ouverte entre le monde physique et les mondes d’En Haut. Le « Saint des Saints » est donc un lieu situe à la fois dans notre monde et dans les autres mondes. Il faut respecter des règles rigoureuses pour l’édification de ce lieu, afin que celui-ci soit pleinement saint Le « Michkan » est une image symbolique de l’ensemble du système des mondes. Chacune des pièces ou parvis était séparée du « Saint des Saints » par un rideau, qui constituait comme une représentation archétypale de ce que les cabalistes appellent « l’écran »; c’est à dire une sorte de barrière qui a pour fonction d’empêcher le flux divin de s’épancher dans toute sa pureté. Cet écran provoque un obscurcissement et modifie la lumière drainée par ce flux. Un faisceau lumineux, tant qu’il ne heurte aucun objet opaque, reste essentiellement lumière; Quand au contraire il heurte un écran, ce faisceau crée une image: celle-ci n’est que l’image, résultant de la projection du monde de « l’Ein-Sof« . (l’émanation)

L’écran lui-même n’est qu’une image; dans la source divine ces barrières n’existent pas: l’unité y est parfaite. Son essence ne subit aucun changement; comme on le voit avec l’astre solaire: le rayon qui en provient ne provoque aucun changement en lui. Ce flux, pour D-ieu, ne procède pas vraiment de son être essentiel, mais est comme un rayon qui se propage à partir de la source, appelée « Chekhina ». Quant a la « Chekhina« , les mondes ne peuvent ni recevoir, ni supporter sa lumière, si ce n’est dissimulée dans un vêtement, masquée par des écrans, qui voilent ainsi la lumière de « l’Ein-Sof » pour que ces mondes ne se dissolvent pas. La différence entre les mondes supérieurs et les mondes inferieurs, est dans le degré de dévoilement de ce flux de vitalité appelé au sens figure « lumière ». En ce monde, toute chose pour exister contient de cette lumière, même les pierres ont au dedans d’elles cette lumière, mais très contractée, très dissimulée: la vitalité d’une pierre est si réduite qu’elle n’a même pas la force de végéter. Dans les plantes, l’illumination a subi une contraction moindre; enfin cette lumière est plus largement dévoilée dans le règne animal et encore plus dans l’humain. Ce processus de contraction s’appelle « Tsimtsoum »: D-ieu se cache lui-même, faisant abstraction de son essence infinie et comprimant sa lumière dans l’exacte mesure nécessaire au monde pour exister. Au sein de la lumière totale et infinie, rien ne pouvait exister; l’existence du monde ne devient possible que par l’acte spécial que constitue le retrait de D-ieu ou la contraction divine. Un tel voilement, est donc la condition élémentaire de l’existence du fini.

Les éléments de ce processus se retrouvent au cinéma: Avant le commencement de la projection, la salle était remplie de lumière; cette situation ne permettait pas au film d’être projeté, car les images y auraient été dissoutes. Pour pouvoir projeter le film, il faut au préalable supprimer la lumière ambiante, et créer ainsi une obscurité artificielle. C’est ce qui est indique dans le livre de « Berechit » (la Genèse) « des ténèbres couvraient la face de l’abime » (Gen.1:2) De même, lorsque l’on raconte un film: nous commençons généralement notre récit âpres l’extinction des lumières. Ce qui c’est passe avant, lorsque la lumière était encore dans la salle, n’a pas de rapport avec l’histoire; et n’a donc pas besoin d’être conté, c’est pourquoi la Thora ne parle pas de ce qui était avant les ténèbres. Un film a avant tout été conçu et réalise par un réalisateur: « et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. » le résultat de sa création est mis sur une fine pellicule. La projection commence par un faisceau lumineux qui traverse l’obscurité « D-ieu dit que la lumière soit ! Et la lumière fut. » Silence dans la salle. L’écran est « vide » puis apparaissent des images « informes ». « Dieu vit que la lumière était bonne. » Notre projectionniste a règle son objectif et le faisceau lumineux crée une image claire. « et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres ». devant ce faisceau on a placé la pellicule qui filtre la lumière; en la dissimulant ou en la dévoilant, sans pour autant altérer la source lumineuse.

Nous en sommes les acteurs. Un bon acteur se doit de suivre les directives du metteur en scène; car lui seul a une vue d’ensemble de ce qu’il veut créer. Un acteur qui jouerait un rôle qui ne lui est pas demandé et qui ne serait pas en harmonie avec l’ensemble, serait « viré » sur le champ. Notre metteur en scène « qui a les moyens », laisse ces mauvais acteurs sur le plateau de tournage « faire les pitres », ils reçoivent malgré tout un salaire. Mais ils ne figureront pas dans la projection du film qui est le but ultime de cette œuvre monumentale. (déjà six millénaires de tournage !) Tout comme dans un film, il y a les acteurs de chair et de sang, et les acteurs de lumière projetée sur l’écran. Il y a le monde d’en bas qui a son homologue dans le monde d’en haut, et tous deux, sans vivre la même histoire, sont intrinsèquement lies. On a la chance d’avoir été engagés pour « jouer le premier rôle, » c’est pourquoi il n’est pas de jour ou les medias ne se préoccupent pas de nous: c’est le prix à payer par les vedettes. Mais ce qui compte pour nous c’est de bien assimiler le script (la Torah) et de bien jouer notre rôle, en appliquant du mieux que l’on peut les « mitsvote« .

« Au premier mois de la deuxième année, au premier mois, fut érigée la demeure » (Ex. 40,17) Le Midrach écrit (Ex R. 52, 2-3, Tanh. Peqoudé II, Tanh (B) II. 132-133)  Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow nous explique que Moïse érigea trois fois le sanctuaire. Il le dressa une première fois quand on apporta un sacrifice le matin de bonne heure ; ensuite, on le démonta. La deuxième fois, ce fut lorsqu’on offrit le sacrifice d’inauguration. La troisième fois, ce fut au moment du sacrifice du soir. Les sages qui travaillaient à sa construction ne réussirent pas à l’assembler ; ils apportèrent donc les différentes parties à Moïse qui se plaignait de n’avoir pas pu travailler à la construction du sanctuaire. Le Saint, béni soit-Il, dit : « Personne au monde ne pourra monter les multiples parties du sanctuaire ; toi seul, Moïse, tu y arriveras ; le peuple d’Israël pourra ainsi constater que c’est bien toi qui l’as assemblé. » Le Yalkout écrit (Yalk. I. 386) : De nombreux miracles se produisirent lors de l’érection du sanctuaire. La cour ne mesurait pas plus de 50 coudées de large ; toutefois, 600 000 personnes pouvaient y tenir, ce qui constituait un véritable prodige. On vit du feu descendre du ciel jusque dans la cour, rentrer à l’intérieur de la tente du rendezvous puis monter sur l’autel consumer les sacrifices et finalement y rester. Lorsqu’on se prosternait dans le sanctuaire, une distance de 4 coudées séparait chaque fidèle. Le Behayé écrit : « Le Saint, béni soit-Il, dit : « J’ai laissé la Chekhina (force divine) demeurer parmi vous, mais si vous péchez, elle se retirera. Dans l’avenir, elle restera parmi vous pour toujours. A présent, vous la voyez à travers le feu ; après la venue du Messie, vous la verrez très clairement, comme le dit le versetCar face à face, ils voient YH et VH revenir à Sion’. » (Is. 52,8).

(Sources : Zoltan Berkovits, Lamed – Rav Dufour, Modia- Rabbin Jean Schwarz, Lamed  – Rav Attali, Orisrael.org – Rabbin Jacques Kohn  – La Yéchiva des Etudiants  – Chabbad.org – Chiour Avigès – La minute d’étude – Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow, Le commentaire sur la Torah)

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Chavoua tov, Bonne semaine à chacun.

Rav Yehoshua Rahamim Dufour ________________________________________________________

Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.

Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

22e Paracha Vayaqhel « Il fit assembler, Moché, tout… « Chémote (Exode) 35, 1 – 40, 38

Cette paracha nous enseigne, nous dit le Rav Dufour, l’ordre de l’univers, l’ordonnancement de ce qui se passe dans le temps, notre tâche dans ce contexte : nous « rassembler ». Cela veut dire : – être ensemble à un certain niveau de très grande qualité, – agir avec cette qualité dans l’espace (vivre comme sanctuaire)  – dans le temps (vivre dans le Chabbat)  – selon le modèle donné par Hachém, – et cela dans une attitude relationnelle (la réciproque du don maximum qu’Il nous fait). Il n’est pas étonnant que cette paracha nous soit donnée à l’approche de la fête de Pourim qui, malgré toutes les difficultés de notre histoire et toutes les difficultés personnelles de chacun, nous a révélé que l’ordre du monde est mené par la bonté du Créateur. Dans ce contexte, où nous avons compris que nous n’habitons pas chez les autres qui seraient les acteurs puissants de l’histoire, la paracha vient nous apprendre comment vivre chez nous, dans un lieu magnifique qui est nommé michkane ou mikddache (lieu de résidence et de sainteté). D.ieu dit : Je serai « miqddaché«  par eux, Je résiderai en eux ; traduction non élégante mais qui exprime exactement la phrase hébraïque.

La fonction du sanctuaire est de rétablir la relation de bonheur qui a existé entre D.ieu et l’homme créé : ainsi, le Chabbat lui-même nous rend participants de ce « monde à venir » qui reprend et réalise le plan initial, il préfigure un monde qui sera totalement Chabbat ; chaque membre du peuple d’Israël en est déjà une part. Aujourd’hui, le Chabbat nous le fait vivre et sentir dans l’organisation du temps et dans l’organisation de l’espace, et dans l’organisation des relations et de notre propre être. La maison particulière devient ainsi un miqddache qatane, un petit sanctuaire.  La paracha nous demande tout de suite de protéger cet état de qualité si haute et ce collectif de qualité en n’y faisant pas de feu, qui réfère à la brutalité de la production concrète. On comprend maintenant pourquoi la Torah et nos Sages ont organisé de façon très concrète la protection du Chabbat, par quelques interdictions supplémentaires, car on ne peut vivre cet état de bonheur ici sans l’organiser concrètement ; la sortie des automatismes de travail et d’agitation et de préoccupations ne se réalise pas sans une protection.  On ne reçoit pas sans préparation des amis, de même pour le Chabbat qui est de cet ordre de ce qui nous est précieux, et bien au-delà.

Avec Michaël Mouyal , nous voyons la spiritualisation des matériaux physiques du Tabernacle qui permettait la révélation de D.ieu dans ce sanctuaire. Il en est de même pour la prière. Après que l’homme se soit élevé et raffiné à travers sa prière, D.ieu se dévoile dans la réalisation des demandes formulées. La Paracha s’ouvre par le verset :  » Voici les comptes du Tabernacle, Tabernacle de témoignage  » (Ex. 38 : 21). Mais pourquoi la Torah répète-t-elle le mot Tabernacle ? Certains répondent en disant qu’en fait, il y avait deux Tabernacles, celui énoncé dans la section de Térouma et celui évoqué dans les sections de Vayakhel et Pékoudé. Le Tabernacle évoqué dans Terouma est celui qui se trouve au Ciel, lorsque D.ieu le décrit à Moïse pour que les Juifs le construisent, alors que le Tabernacle énoncé dans les deux autres sections est le Tabernacle matérialisé, lorsque les Juifs procèdent à sa fabrication. Ce deuxième Tabernacle est celui que décrit la Torah comme  » Tabernacle de témoignage  ». Mais on ne trouve pas cette mention à propos du Tabernacle céleste. C’est bien que le Tabernacle matériel a un avantage que n’a pas le Tabernacle spirituel. Lequel ?

Le Talmud fait remarquer que dans la paracha de Pékoudé, il est écrit 18 fois la mention  » Il fit comme D.ieu a ordonné à Moïse  » ou autre mention de ce style. Cela correspond aux 18 bénédictions  de la Amida (prière que l’on récite debout). Lorsque Betsalel et Aholiav étaient tous deux réunis, cette phrase est écrite 18 fois ce qui fait bien référence aux 18 bénédictions. Mais la Guemara objecte qu’en réalité, cette mention se retrouve 19 fois, ce à quoi elle répond que la première fois (chap. 38, vers. 22), seul Betsalel a été évoqué et non Aholiav. Mais lorsque Betsalel et Aholiav étaient tous deux réunis, cette phrase est écrite 18 fois ce qui fait bien référence aux 18 bénédictions. Betsalel et Aholiav étaient les deux sculpteurs, qui ont formés les ustensiles du Tabernacle. Ils étaient très intelligents et D.ieu les a dotés d’une sagesse particulière. Betsalel était de la tribu de Juda et Aholiav était de la tribu de Dan. Alors que Juda était la tribu la plus élevée et prestigieuse, Dan était une tribu assez modeste. Malgré cela, le décompte ne peut commencer que lorsque Betsalel et Aholiav sont tous les deux réunis, et non lorsque Betsalel est seul, et même s’il vient de la tribu la plus importante. Il doit s’associer et élever même une tribu très modeste. C’est de cette manière que l’on obtient dix-huit fois la phrase  » comme ordonna à Moïse « , correspondant aux dix-huit bénédictions de la Amida.

La Amida sert à élever la personne, aussi basse soit-elle. La prière doit consister à élever le niveau le plus bas, et doit donc se faire en présence d’un  »Aholiav »pour l’élever. C’est d’ailleurs pour cela que la prière est comparée à une échelle plantée à terre dont le sommet atteint le ciel. C’est à dire que la prière arrive à lier la terre avec le ciel, et parvint à apporter l’élévation à une situation très modeste. Une personne qui se sent éloignée et spirituellement basse pourra s’élever et atteindre des hauteurs spirituelles si elle se concentre dans la prière et dirige son cœur vers son Créateur, avec sincérité et authenticité. Mais en quoi consiste cette intention particulière au moment de la prière, capable de l’élever considérablement ? Lorsque l’homme constate ce qu’il a, il risque de le détacher de D.ieu; la prière vient permettre de rectifier cela. La réponse se trouve dans le contenu des mots :  » Comme D.ieu a ordonné à Moïse « .

Lors de la prière, un homme demande à D.ieu de réaliser ses désirs, de lui donner de la Sagesse, guérison, subsistance… Apparemment, tous ces points semblent être naturels. Une personne peut croire qu’il est intelligent par nature, que s’il est riche c’est parce qu’il travaille beaucoup, ou s’il a guéri c’est parce qu’il a été voir un bon médecin. Lorsque l’homme constate ce qu’il a, il risque de le détacher de D.ieu. Et la prière vient permettre de rectifier cela. Il s’agit de s’en remettre totalement à son Créateur et de croire avec sincérité que c’est Lui qui est à l’origine de tout le bien. C’est à Lui qu’il convient d’adresser nos requêtes. Tout provient de D.ieu. C’est cette idée qui ressort aussi de la mention :  » Il fit comme D.ieu a ordonné à Moïse « , qui laisse entendre que Seul l’Eternel est à l’origine de tout. C’est cette conscience de rattachement à D.ieu qui permet à l’homme de s’élever à travers la prière,  »Aholiav » peut ainsi s’élever.

Cette idée se retrouve particulièrement à travers la construction du Tabernacle. D.ieu se dévoilait justement dans ce Tabernacle terrestre, formé par des objets et des ustensiles matériels. La matière pouvait recevoir l’élévation pour que D.ieu puisse y résider. Cela, à l’image de la prière qui permet à un homme qui se sent complètement matériel et éloigné de la spiritualité, de s’élever et se rapprocher de D.ieu. De plus, c’est cette spiritualisation des matériaux physiques du Tabernacle qui a permis la Révélation de D.ieu dans ce sanctuaire. Et il en est de même pour la prière. Après que l’homme se soit élevé et raffiné à travers sa prière, cela peut engendrer le dévoilement de D.ieu, qui s’exprime par la réalisation des demandes formulées. Mais seulement, tout ceci n’est valable que pour un Tabernacle matériel et concret. C’est un tel Tabernacle qui peut recevoir le dévoilement de la divinité par l’intermédiaire de l’élévation de la matière. En revanche, le Tabernacle céleste, celui évoqué dans la Paracha de Terouma, n’étant que spirituel, est dépourvu de cette propriété. C’est pour cela que ce Tabernacle matériel construit par les Juifs, put recevoir le qualificatif de  »Tabernacle de témoignage », car c’est lui qui peut témoigner du dévoilement de la présence divine. Lorsqu’il y a élévation de la matière, il y a aussi dévoilement de D.ieu. Que D.ieu fasse qu’Il se dévoile de nouveau parmi Son peuple dans le Troisième Temple, par le mérite de nos prières, Amen.

« Que tous les sages de cœur viennent et accomplissent » (Exode 35, 10) Le rav Shlomo Yaffe nous explique que Moïse appela chaque membre du peuple d’Israël à mettre ses talents particuliers (sa « sagesse ») au service de l’édification du Michkane, le Tabernacle du désert. Le Michkane fut une merveille d’art et d’ingénierie, qui nécessita une grande sagesse et la mise en œuvre de nombreux talents. Mais pourquoi en a-t-il appelé aux « sages de cœur » ? Cette notion n’est-elle pas contradictoire en elle-même ? Car, après tout, la sagesse relève de l’esprit, et les émotions du cœur ! La Torah nous enseigne ici une puissante leçon, que nous pouvons mettre à profit pour l’édification de notre Michkane personnel. Le talent en lui-même est stérile, et l’émotion seule est imprévisible.

Il se peut qu’un sage possède une certaine connaissance, mais que celle-ci n’ait pourtant aucun impact sur sa vie. Elle demeure dans la vitrine de son esprit, sans jamais être employée à diriger son comportement. Une autre personne peut faire l’expérience d’une profonde émotion religieuse, dont l’expression est si forte qu’elle atteint un point où elle perd de vue d’autres choses importantes et positives dans lesquelles elle devrait également s’investir, ou bien elle devient exagérément critique de ceux qui semblent ne pas partager son degré de ferveur. Pour parer à ces travers, D.ieu ordonne à Moïse de dire au peuple juif : alors que chacun et chacune d’entre vous s’emploie à construire un Michkane personnel – un Sanctuaire pour D.ieu fait des matériaux de votre vie – veillez à être « sages de cœur ». « Sage » : laissez la sagesse divine diriger vos sentiments d’une manière constructive, équilibrée et intégrale. « De cœur » : laissez cette sagesse créer un flux d’enthousiasme et de passion pour le bien et le divin qui remplissent votre être et changent le monde

Avec le Grand Rabbin Jacques Ouaknin , nous voyons que de même que le Sanctuaire est capable d’expier la faute du Veau d’Or, le Chabbat peut procurer le pardon de tout péché, fut-il celui de l’idolâtrie. Afin de calmer leurs appréhensions quant à l’avenir, Moïse s’adresse à toute la communauté des enfants d’Israël et leur fit comprendre que le jour de Kippour a pu expier la faute du Veau d’Or, mais que le Chabbat sera toujours présent, pour procurer le pardon pour les autres fautes, même l’idolâtrie, allusion aux fautes comparables à celle du Veau d’Or. Le texte emploie une expression particulière pour désigner la communauté d’Israël: « Vayaqhel Moché êt kol adat bené Israël » Moise rassembla toute la communauté des enfants d’Israël. Le mot « adat » laisse entendre que Moïse n’a rassemblé que les notables, les grands personnages de la communauté. Le devoir de réprimande doit être exercé par les dignitaires et les autorités morales de la communauté. Personne n’accède à une dignité si le Ciel ne l’a pas décidé ainsi.

Moise pensait donc s’appuyer sur les dignitaires pour faire passer le message. Nous retrouvons d’ailleurs cette méthode des cercles concentriques chaque fois qu’il s’agit de la transmission de la Torah. Rambam ne nous dit-il pas qu’il faut répéter 4 fois une halakha pour la retenir ! Nous l’apprenons de Moïse lui-même qui donnait une première leçon à son frère Aaron, puis répétait la même leçon devant Aaron et ses fils. Ensuite, les Anciens se joignaient à eux et Moïse répétait la même leçon. Et enfin, avant de se retirer pour laisser la place à Aaron, Moïse exposait la même leçon devant tout le peuple réuni. Après l’avoir reçue de l’Eternel, Moise a répété 4 fois la Torah. Le Chabbat constitue l’aboutissement des 6 jours de la création. Sans création, il n’y a pas de Chabbat. C’est pourquoi la Torah parle des 6 jours de la semaine pendant lesquels l’homme doit travailler et s’adonner à toutes ses occupations. De cette formulation de la Torah, deux déductions sont évidentes. La première est que le travail est nécessaire, le travail est noble. La seconde est que le travail n’a de sens et n’est sanctifié que par l’institution du Chabbat.

Les jours de la semaine ne sont considérés que comme des moments de préparation pour le Chabbat qui ne saurait exister ici bas, sans les 6 jours de travail, et ces 6 jours n’ont aucun sens sans le Chabbat. D’autre part, la semaine et le Chabbat sont en opposition : ils sont différents dans toutes leurs manifestations: « Que tu tiennes le Chabbat en honneur » (Isaïe 58,13) signifie: que tes vêtements du Chabbat ne soient pas les mêmes que ceux de la semaine. Que ta démarche du Chabbat ne soit pas celle de la semaine. Le jour du Chabbat, tes préoccupations ne doivent pas être les mêmes que celles de la semaine. Le Chabbat est sanctifié, c’est-à-dire, séparé, différent, distingué des autres jours. C’est pourquoi nous devons éviter d’aborder tout sujet pouvant créer des dissensions, des crispations ou des irritations. C’est le sens que donne les Hassidim à « l’interdiction de faire du feu » mise en exergue par rapport à tous les autres travaux interdits.

Ne mettez pas le feu de la discorde dans vos demeures en abordant des sujets pouvant susciter la colère, la mauvaise humeur, la dispute. Le fait que la Torah parle de « demeures » au pluriel « Vous n’allumerez pas de feu dans vos demeures » fait allusion, selon le Maguid, à la demeure en Israël et celle de l’exil, insistant ainsi sur l’observance du Chabbath obligatoire quelle que soit la situation du peuple d’Israël. Ainsi, le Chabbat possède un caractère miraculeux et régénérateur, qui a permis au peuple juif de survivre malgré les vicissitudes qu’il a connues durant 2 000 ans et qu’il permet aujourd’hui à tous ceux qui l’observent, de connaître un moment de lumière et de vrai bonheur au milieu d’un flot de grisaille. Le Chabbat a un pouvoir tel qu’il est capable de redonner à l’homme toute sa dignité et tout son éclat.

En compagnie du rav Léon Askénazi, nous étudions l’un des thèmes qu’enseigne la tradition (sans donner de réfèrences trop précises) vient d’un des commentateurs du Zohar qui est le Chla’h : toute l’histoire du grand 7ème jour, toute l’histoire du monde depuis la fin du 6ème jour du commencement, jusqu’à l’achèvement de l’histoire du 7ème jour, lorsqu’on arrivera à la fin du 6ème millénaire, au 8ème jour peut être considérée comme la construction du Beit Hamiqdach. La diffèrence qu’il y a entre le monde des 6 jours et le monde du 7ème jour c’est que dans le monde des 6 jours, D.ieu est présent. Lorsque l’on lit attentivement le récit des 6 jours du commencement on voit que c’est un monde où D.ieu est présent, Sa présence est dévoilée, le fait qu’il agit pour modifier le monde pour l’agencer nous est formulé par le texte de manière directe, immédiate, « expérimentable », mais il n’y a pas d’homme, l’homme arrive à la fin du 6ème jour.  Et dès que l’homme arrive dans le monde selon le récit, D.ieu se cache. Donc la différence entre le monde des 6 jours et le 7ème jour est la suivante : dans le monde des 6 jours c’est la présence de D.ieu et l’absence de l’homme, dans le monde du 7ème jour c’est l’homme qui est le maître de l’histoire mais D.ieu est caché. Nous avons le problème d’une impossiblité de présence réciproque de D.ieu et de l’homme. Précisèment la définition du Beit Hamiqdash ou du Mishkane c’est d’être la maison où Dieu et l’homme peuvent être simultanément en présence.

Le Zohar explique cela de la manière suivante : Dans le monde de D.ieu il n’y a pas de place pour l’homme. Il donne alors l’image qui est plus qu’une image : dans le soleil, il n’y a pas de place pour la lumière d’une bougie, et inversèment dans le monde de l’homme, pour la même raison, il n’y a pas de place pour D.ieu : dans le monde de la bougie, il n’y a pas de place pour le soleil. Par conséquent, il y a une impossibilité à priori de la construction du monde lui-même. C’est dire qu’un monde où D.ieu et l’homme seraient présents est impossible ! Le secret de la Torah c’est qu’il y a une alliance entre le Créateur et la créature pour tenter de dépasser cette impossibilité et de construire quand même un monde où Dieu et l’homme seraient présents l’un à l’autre : c’est cela le Beit Hamiqdach. Alors, le secret de la Torah pour que la présence de l’homme et de D.ieu soit possible sans danger pour l’homme pour les deux raisons vues précèdemment (dans le monde de la bougie pas de place pour le soleil et dans le monde du soleil pas de place pour la bougie) c’est la sainteté.

C’est pourquoi le Beit Hamiqdach s’appelle la « maison de sainteté ». S’il y a sainteté, la présence réciproque de l’homme et de D.ieu est possible. S’il n’y a pas sainteté, elle est impossible. Il y a là un thème qui explique l’ensemble du récit de la bible. Plus il y a sainteté, plus  la Chekhina se dévoile. Moins il y a de sainteté, plus la Chekhina est cachée. L’objectif de la construction du monde c’est donc de construire le Beit Hamiqdach. Le Beit Hamiqdach dont la Torah parle est d’une certaine manière, le modèle, la préfiguration de ce que doit être le monde pour que l’homme et D.ieu, D.ieu et l’homme, soient présents l’un à l’autre dans le même monde, ce qui est le monde du 8ème jour. Par conséquent, toute l’histoire du monde est vue de ce point de vue–là comme la construction du Beit Hamiqdach. On comprend donc le lien entre le 7ème jour et le Beit Hamiqdach. C’est pourquoi la Halakha va déduire des travaux nécessaires pour la construction du Michkane, ce qu’on appelle un travail interdit le jour du Chabat. On voit pourquoi c’est directement de cet exemple que la Halakha va déduire la définition des travaux interdits le jour du Chabat. Parce qu’en fin de compte, le travail, quelque soit le travail, la Avoda, c’est la construction du monde comme Beit Hamiqdach.

«Heureux  ceux qui habitent ta maison Ils disent constamment ta louange » Le Pchat (premier niveau d’explication) pour ‘Ta maison’ c’est le Temple. Mais on peut bien comprendre qu’il s’agit du monde.  Dans le mot Berechit, la dernière lettre est Tav, au milieu c’est Youd : Bayit (maison)

C’est-à–dire que tout l’objectif du monde est de construire une maison. Une maison qui pourra être commune à D.ieu et à l’homme. Ainsi, pendant les 6 jours cette maison est vide de l’homme : ce n’est donc pas la maison que D.ieu voulait. Le 7ème jour c’est apparemment vide de D.ieu et ce n’est donc pas la maison que l’homme veut. Enseignement de Rabbi Na’hman de Braslav dans la formulation ’hassidique : On parle de Olam Hazeh (ce monde-ci) et de Olam Haba (le monde futur) Olam haba, on comprend, mais Olam Hazeh, où est-il ? Ici c’est le Guéhinam !

L’objectif est de construire un Olam Hazé qui serait vivable. C’est cela Olam Haba. [Ne pas traduire par « au-delà » le « Olam là-bas » mais c’est le Olam Haba, le monde qui est en train de venir, en train de se faire. C’est le Olam Hazé qui deviendra le Olam Haba.] L’idée importante : Tant D.ieu de sa part, ce qu’il a exprimé à travers la parole des prophètes, que l’homme pour la sienne, ne sont pas satisfaits du monde parce que c’est soit le monde de D.ieu sans l’homme, soit le monde de l’homme sans D.ieu. Le Talmud (Sanhédrin 97b) formule la certitude de l’avènement messianique de la manière suivante : Celui qui est en deuil finira par saturer (de son deuil) Inévitablement le deuil prendra fin. Un deuil permanent n’existe pas. Une religion qui serait une religion de deuil, ce n’est pas juif.

Toutes les communautés qui basculent dans ce profil de la religion triste de la cérémonie de deuil où la cérémonie religieuse se passe entièrement dans des prières de deuils, finissent par disparaître. Moi, explique encore le rav Askénazi, de tradition séfarade, j’ai été impressionné par cette tendance du judaïsme séfardi originel, espagnol et portugais, parce que c’est la définition même de la religiosité de l’âme espagnole et portugaise pour laquelle l’expérience religieuse est l’expérience du deuil. Un deuil inouï dans cette religion vécue en tant que deuil. La formule la plus directe est de dire cela : il y a une espèce de prise de conscience qu’exister c’est un mal. Et par conséquent la vie revient à expier le fait d’exister. C’est la culpabilité d’être… Méfiez-vous ! La névrose religieuse, même de ce genre guette même les juifs. C’est contre cela que la ’Hassidout a voulu réagir en basculant du côté de Torat Mosheh (la Torah de Moïse) par le chant, la danse, la joie, le rire, l’étude heureuse.

Concernant le erev rav, le Rav Shmouel Fischel nous dit :.Rachi explique qu’il s’agit d’un mélange de peuples qui se sont joints au peuple d’Israël au moment de la sortie d’Egypte et que Moïse a convertis sans l’approbation divine, et qui n’étaient pas sincères. Iben Ezra explique qu’il s’agit d’égyptiens qui seraient le « Assafsouf » cité dans Bamidbar 11,4. Le Rav Léon Askenazi poursuit : A la fin de la paracha, D.ieu dit à Moïse : « va dire à Israël méfiez-vous maintenant vous êtes devenus Am Qashe Oref » (un peuple à la nuque raide). Mais la Quashout Oref vient du Erev Rav. Israël a pris sur lui d’être cela pour pouvoir être Israël. Dit très rapidement au niveau sociologique : Lorsque les Juifs reviennent d’exil, ils ramènent avec eux toutes les manières d’être Goy, avec les qualités et les défauts. Et c’est tout cela ensemble mis dans le même creuset qui devient la société d’Israël. Or, je vous suppose très préoccupés des événements contemporains. Je distribue une feuille de références dont je vous ai fait des copies en hébreu où tout ces événements qui se passent aujourd’hui sont indiqués dans des réfèrences qui vous sont données, en particulier du  Zohar et du Talmud mais surtout du Rav Kook qui décrivent et expliquent ce qui se passe actuellement, et tout cela est indexé au Erev Rav. Je vous en lis une phrase : « Qui sont ceux-là qui persécutent le reste de leur frères, les enfants d’Israël, qui rendent leur vie amère et qui mettent en danger leur existence ? Déjà nos maîtres ont défini les malheurs des hommes de la génération précédant la Guéoula. » Et on nous donne toute une série de références. Une phrase est très frappante: « C’est ceux qui présentent une apparence extérieure israélienne alors que l’intérieur de leur identité n’est plus juive »

(Sources : Rav Dufour, Modia  – Michaël Mouyal, Lamed – Rav Shlomo Yaffe – Grand Rabbin Jacques Ouaknin, Vie Juive – Rav Léon Askenazi – Rav Shmouel Fischel)

_______________________________________________________ _______________________________________________________ Etudier la paracha de la semaine avec Modia : PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 21e paracha de la Torah et la 8e paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : « KI TISSA, Quand tu recevras le compte. Chémote (Exode) 30, 11 – 34, 35 En voici l’axe: Comment sauver Israël? Par une longue étude de la Torah sur le coeur, avec le coeur. Qui compte en Israël? Quel peuple être ? CLIQUEZ ICI Et cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones): CLIQUEZ ICI Et ici, les liens vers toutes les études, articles, photos, etc  : http://www.modia.org Rav Yehoshua Rahamim Dufour ________________________________________________________

Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.

Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

21e Paracha: Ki Tissa –  » Quand tu recevras le compte » Chémote (Exode) 30, 11 – 34, 35

Hachem prescrit à Moïse de recenser les Hébreux indirectement, en mettant en place un don obligatoire d’un ½ sicle par tête. Il lui décrit ensuite la vasque de bronze pour les ablutions sacerdotales ainsi que l’huile dont seront oints le sanctuaire et ses desservants, et enfin la composition de l’encens. Après avoir désigné Betsalel et Aholiav pour accomplir ces divers travaux, et avoir renouvelé l’exigence du Chabbat comme signe exclusif entre D.ieu et Son peuple, Il confie les Tables à Moïse. Pendant ce temps, le peuple s’impatiente et demande à Aaron de leur façonner une idole qui remplacera Moïse. La clameur impie parvient jusqu’au Sinaï : D.ieu fait descendre Moïse. Ce dernier, prenant connaissance de la faute du Veau d’Or, brise les tables. Sous ses ordres, ceux qui sont restés fidèles à Hachem, principalement la tribu de Lévi, passent au fil de l’épée les rebelles. D.ieu décrète qu’Il ne résidera plus parmi eux, mais les guidera par un intermédiaire. Moïse prie pour le pardon des fautes et est exaucé. D.ieu lui révèleSa gloire et Ses 13 attributs de miséricorde, puis réitère les commandements prescrits lors de la première montée. Quand Moïse redescend enfin avec une copie des Tables de la Loi, son visage rayonne tant qu’il doit porter un voile.

Ki Tissa débute par la suite de la préparation du Sanctuaire et du culte. Dans « la minute d’étude », on nous apprend que la collecte du demi-chékel a été prise comme rachat et donnée pour le culte. Les bnei Israël reçoivent l’ordre de faire la bassine pour les ablutions, l’huile et l’encens pour embaumer et oindre, nommer celui qui doit superviser les travaux et mettre en garde: il s’agit de Betsalel et de la mise en garde sur l’observance du Chabat. Quand Moché a tardé à redescendre de la montagne, les bnei Israël ont concrétisé la présence de Hachem par la statue d’un Veau en or et non par le Sanctuaire. A la suite de cela, Hachem a dit «Je ne monterai pas au milieu de vous». Malgré tout, Il s’est révélé à Moché dans le creux du rocher, car «tu as trouvé grâce à Mes yeux», et pour remplacer les Tables qu’il avait brisées, Il lui a donné les deuxièmes Tables et a conclu une alliance par l’annonce des lois qui concernent le public. Dans ce contexte, il est question de l’éclat du visage de Moché.

La paracha décrit la fabrication du Veau d’Or nous rappelle Aish.fr. La question évidente qui se pose est la suivante : comment les Juifs ont-ils pu commettre une telle faute? Après tout, ils venaient tout juste d’être témoins des Dix Plaies orchestrées par D.ieu et de la séparation miraculeuse de la Mer Rouge. Qui dans le camp israélite avait l’audace de se tourner si promptement vers l’idolâtrie? Voici ce qui se passa : durant des centaines d’années, les Juifs furent de vulgaires esclaves en Egypte, maltraités et ridiculisés. Et puis avec les Dix Plaies, la roue tourna et 3 millions d’entre eux sortirent d’Egypte au nez et à la barbe de l’ennemi ! Lorsque les Juifs quittèrent le pays, un petit groupe d’Egyptiens « sauta dans le train en marche » et se rattacha au camp juif. Ce groupe est connu sous le nom de « multitude mélangée », Erev Rav en hébreu. Etant donné qu’ils ne s’étaient pas intégrés au Peuple Juif, le Veau d’Or fut l’occasion pour eux de lancer une révolution – aussi autodestructive qu’elle ait pu se révéler.

Les cabbalistes expliquent que l’énergie de cette multitude mélangée trouve son écho dans l’inclinaison qui pousse chacun d’entre nous à nous éloigner de D.ieu. Il nous arrive d’être frustrés parce que les choses ne vont pas exactement comme nous l’aurions souhaité. Alors nous nous mettons en colère et nous nous rebellons. Or c’est bien la pire des erreurs. Car en réalité, le degré suprême de notre expression humaine consiste à utiliser notre libre-arbitre pour découvrir Dieu – au sein même des épreuves et tribulations de la vie quotidienne. Quelle est donc la clé pour combattre cette tendance autodestructrice ? Reconnaître qu’il s’agit d’une entité étrangère à nous, au même titre que cette multitude séparée. Parce qu’à la base, notre désir ultime est de servir D.ieu… par tous les moyens.

Dans la malheureuse histoire du Veau d’Or, seule une tribu n’a pas fauté: la Tribu de Lévy (ou Levi, Levi Strauss, Lewis, Loewi, Levis 501, etc…). C’est d’ailleurs cette tribu qui a répondu à l’appel de Moché: passer par le fil de l’épée tous ceux qui fautèrent en faisant le veau d’or. C’est d’ailleurs à cette occasion, que D-ieu retira la responsabilité du service dans le temple aux Bechorot, aux premiers-nés. A partir du veau d’or, ce ne sont plus les aînés qui exerceront le service dans le Temple, mais les Levy (et les Cohen, qui sont une branche de la famille Levy). A ce propos, le Rav Schwab raconte donc une histoire. Il était invité un jour chez le « Nassi Hador », le plus grand de la génération: le Hafetz Haïm. Et pendant ce Shabbat, le Hafetz Haïm posa une question bizarre au Rav Schwab: – « Es-tu Cohen ? » – « Non » – « Ah, dommage…et es-tu Levy ? » – « Non plus » – « Ah c’est vraiment bête car lorsque Machiah viendra, seuls les Cohen ou les Levy pourront servir dans le temple. Et comme je suis Cohen (le Hafetz Haïm était effectivement Cohen : Rabbi Israël Meïr Kagan, Kagan étant la transcription polonaise de Cohen), je pourrais servir. Et pas toi. Et au fait, pourquoi n’es-tu pas Cohen ? »  Alors là, le Rav Schwab tombe des nues. Qu’est-ce que c’est que cette question ? C’est évident ! Parce que mon père n’est pas Cohen ! « Et pourquoi ton père n’est pas Cohen ? »

Le Rav Schwab ne comprend vraiment pas: qu’est ce que j’y peux moi si mon père n’était pas Cohen ? Alors le Hafetz Haïm lui expliqua: « loin de moi l’idée de te narguer en disant « t’as les boules Coco, moi je suis Cohen et pas toi. C’est bête, hein ? « Non, ce que je veux te montrer c’est que si tu n’es pas Cohen ou Levy, c’est qu’à un moment de l’histoire de l’humanité, il fallait répondre à un appel. Il fallait répondre à l’appel de Moïse qui demandait d’aller avec lui pour punir la faute du Veau d’Or. Mes ancêtres y ont répondu : pas les tiens.Ce que je veux te montrer, ce sont les conséquences énormes que peuvent engendrer un choix de l’homme ». Nous sommes tous chaque jour confrontés à des appels: faut-il prendre telle ou telle responsabilité ? Faut-il agir tel que l’on me le conseille…ou faut-il désobéir ? Chacune des réponses que nous apportons aura évidemment une conséquence pour nous, mais aussi pour notre entourage, et pire encore: pour nos enfants et nos petits-enfants ! Nous devons tous répondre à des appels et des défis en matière d’éducation juive, de transmission de la tradition juive ou de refus de l’assimilation. Il faut y répondre ! Pour notre bien, mais aussi pour nos enfants ! Voilà la vraie leçon du Hafetz Haïm.

Raphaël Bloch, de la yéchiva des étudiants,  nous enseigne que la Guemara Berakhot 55a explique : « Rabbi Shmouel fils de Na’hmani dit au nom de Rabbi Yonathan : Betsalel se prénomme ainsi par sa sagesse. Lorsque le Saint Béni Soit-Il dit à Moshé : va et parle à Betsalel, qu’il fasse le Tabernacle, l’arche et les ustensiles, Moshé alla dire à Betsalel dans l’ordre in verse, qu’il fasse l’arche, les ustensiles et le Tabernacle. Betsalel lui répondit : Moshé, notre maître, depuis toujours l’homme construit sa maison, et seulement ensuite y fait entrer ses ustensiles, et tu me dis de faire l’arche et les ustensiles avant le Tabernacle, mais où les ferai-je entrer ? Peut-être le Saint Béni Soit-Il t’a-t-il dit : le Tabernacle, l’arche et les ustensiles ? Moshé lui répondit : (c’est juste) étais-tu à l’ombre de D.ieu pour que tu le saches ?

Rav Yehouda au nom de Rav dit : Betsalel savait associer les lettres avec lesquelles ont été créés le ciel et la terre (…) » A maintes reprises, nos Sages ont enseigné que la parole divine devait être traduite par le prophète en fonction de la réalité humaine. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner du fait que Moshé ait « traduit » l’ordre dans lequel devaient être fabriqués le Tabernacle et les ustensiles. Pour autant, il est étonnant que Moshé ait compris un ordre inversé, alors que la remarque de Betsalel relève du bon sens le plus élémentaire. Et malgré cette apparente évidence, Moshé trouve la réplique de Betsalel si extraordinaire qu’il ne voit pas comment ce dernier a pu deviner la parole divine, si ce n’est en se trouvant à l’ombre de D.ieu (c’est précisément le sens du mot Betsalel, composé de deux parties : Betsel, « à l’ombre », El, « D.ieu »). Il semble donc que Moshé et Betsalel avaient deux conceptions totalement différentes du rôle du Tabernacle et de ses ustensiles.

Au début de la parasha suivante, Vayakhel, Moshé rassemble toute la communauté et leur enseigne la Mitsva de Shabbat et celle de la mise en œuvre du Tabernacle. Rashi nous précise que cela eut lieu dès le lendemain de Yom Kippour, jour du don des deuxièmes tables de la Loi (on se rappelle que les premières avaient été brisées suite à la faute du veau d’or). Le Ramban explique le lien entre ces deux événements : c’est justement maintenant, lorsque D.ieu a pardonné au peuple juif, qu’Il leur a donné de nouvelles tables, qu’Il a conclu une nouvelle alliance, qu’Il réside de nouveau parmi eux, c’est alors que Moshé leur enjoint de construire le Tabernacle, ordre que D.ieu lui avait donné avant qu’il ne brise les premières tables. Nous sommes donc à l’aube d’une reconstruction, une nouvelle réalité s’impose : tout est à refaire. Par quoi commencer ? Dans l’esprit de Moshé, le Tabernacle représentait l’espace dans lequel s’effectue le service de D.ieu, et les ustensiles l’ouvrage humain. Or la faute du veau d’or correspond à un échec dans la manière de se servir des moyens mis à notre disposition pour servir D.ieu [[Pour beaucoup de commentateurs, le veau d’or n’était pas réellement de l’idolâtrie]]. Il fallait donc commencer à réparer en fabriquant de nouveaux ustensiles. Betsalel, quant à lui, avait une autre vision de la teshouva. Lorsque D.ieu révèle à Moshé les treize attributs de miséricorde, il dit : Hashem, Hashem, D.ieu compatissant, miséricordieux, lent à la colère, plein de générosité etc. Les deux premiers attributs sont donc le Nom divin répété deux fois. Rashi commente : « Je suis D.ieu avant que l’homme ne faute, Je suis D.ieu après que l’homme a fauté. » Il ressort donc que le deuxième nom est celui qui s’applique à la teshouva, et reste de manière étonnante identique au premier. Rav Yitz’hak Hutner explique de la manière suivante : « D’ici nous voyons que la force de la teshouva ne peut s’exprimer par des mots ou une association de mots qui ont une traduction ou un sens dans d’autres circonstances, ainsi qu’il en est pour les autres attributs. La force de la teshouva s’exprime seulement par le nom de D.ieu, ‘Hashem’, qui ne peut être traduit, et ne peut s’associer qu’à D.ieu. D’ici nous apprenons que la force de la teshouva n’est pas une force comme les autres forces qui dirigent le monde. C’est l’expression même d’une réalité nouvelle, car le sens le plus simple du nom ‘Hashem’ est le suivant : ‘Celui qui donne naissance (fait naître) la réalité, et qui à chaque instant la renouvelle ex nihilo.’ Puisqu’il n’y a pas d’autre expression pour la teshouva, c’est donc que la teshouva est une deuxième création. » C’est ainsi peut-être que Betsalel concevait la réalité du peuple juif au lendemain de Yom Kippour, jour de pardon, jour du don des deuxièmes tables. Une nouvelle réalité n’est pas une reconstruction, elle est identique à la première, de même que le nom de D.ieu est identique avant que l’homme ne faute et après qu’il a fauté. Il faut donc commencer comme pour la première création du monde par constituer l’espace qu’est le Tabernacle, et ensuite seulement les ustensiles.[[On doit néanmoins garder à l’esprit que ce nom, « Hashem », est celui réservé à une teshouva complète. Le Maharal enseigne que l’attribut « vénaké » est celui qui correspond à une teshouva partielle. Dans ce dernier cas, il n’y a pas de réalité nouvelle.]] Il est possible que cette capacité qu’a démontrée Betsalel de cerner jusqu’où peut aller la force de la teshouva en tant que nouvelle création ait fait dire à nos Sages : « Betsalel savait associer les lettres avec lesquelles ont été créés le ciel et la terre. »

Mais qui étaient donc Betsalel et Aholiav ? Le Rav Dufour nous explique que Betsalel ben Ouri, de la tribu de Judah, prénom qui signifie « dans l’ombre de D.ieu »et Aholiav ben Ahisamakh de celle de Dan, Aholiav signifie « tente du père » étaient deux artisans orfèvres chargés d’embellir l’arche Sainte et ses ustensiles, deux hommes au cœur rempli de sagesse qu’Hachem avait chargés de la construction de Son sanctuaire. Le Rav Dufour nous explique  que l’œuvre de Betsalel et d’Aholiav est l’œuvre et la présence de ceux que la Torah nomme, « ‘hakham lév« , (sage de cœur) – (Torah. Exode, Chémote 31,6 – 35,10 – et surtout Chémote 36,1) qui mandate de tels hommes  d’agir pour le bien du peuple: « Donc Bétsalel et Oholiav et tout homme Sage de Coeur à qui Hachém a donné la sagesse et la compréhension pour connaître, faire tout le travail saint vers tout ce que Hachém a ordonné« . Et c’est ainsi, comme il est dit en Chémote 36,8 : »tout Sage de coeur accomplirent le travail du Sanctuaire, fabrique des tapis de lin et d’azur, de pourpre et d’écarlate, décorés de deux chérubins, oeuvre de création attentive et réussie (‘hochév) les a réalisés« ). Cela est si important que les Proverbes (Michlé 10,8) disent que ce Sage de coeur, dans sa sagesse « prend » la mistva de cela.

David Touboul nous dit que les Sages du Midrach se posent des questions sur  la personnalité de Betsalel et d’Oholiav, puisque la Torah ne raconte aucun détail sur leur personne. D’où Betsalel tenait-il ses dons ? A-t-il bénéficié d’une prophétie particulière ? Etait-il prédestiné depuis l’enfance pour cette mission particulière, ou bien a-t-il été choisi et s’est ensuite débrouillé pour faire ce qu’on lui demandait le mieux possible ? Un midrach célèbre s’intéresse à sa désignation, car la formule utilisée par la Torah est assez inhabituelle (D.ieu le désigne par son nom) Pour Rabbi Itzhak, on ne doit pas désigner de Parnass, c’est-à-dire de personne chargée d’une mission pour la communauté, de dirigeant public, si cette personne ne réunit pas tous les suffrages, n’obtient pas l’assentiment de tous. Autrement dit, il ne s’agit pas d’une désignation autoritaire et imposée d’en haut, mais D.ieu propose, Moïse et le peuple acceptent. Personne ne sera étonné que les rabbins du Talmud voient en Betsalel un des leurs avant de voir en lui un artiste particulièrement génial et doué. Pour Rabbi Yohanan, D.ieu ne donne de don particulier qu’à ceux qui possèdent déjà une certaine sagesse, et le mot Hokhma renvoie à l’érudition rabbinique. Betsalel est et restera dans la tradition juive l’artiste par excellence, l’archétype de quelqu’un de doué qui possède tous les talents, tous les dons pour assembler, créer et façonner.

Sur Machia’h arrive, on nous dit que chaque Juif doit savoir qu’il a la force d’accomplir tout ce qui est nécessaire, de « Aleph » jusqu’à « Tav » (de A à Z). Et ceci s’exprime en premier lieu dans sa vie quotidienne. Dès qu’il se réveille le matin, il dit la prière de « Modé ani » à travers laquelle il reconnaît D-ieu, s’annule devant Lui et s’unit à Lui au point où sa première expression est « Modé – reconnaissant » et seulement dans un deuxième temps exprime-t-il sa propre existence : « ani – je suis ». Cela constitue le « Aleph » de sa journée. « Beth » : au cours de la journée, il s’affaire au contact du monde, il travaille honnêtement et sanctifie le monde. « Guimel » : arrivent la conclusion et le bilan de son labeur lors de la prière de Arvit et de la lecture du Chéma qui précède le coucher. La vie tout entière suit aussi cette répartition : d’abord le début de sa mission dans la vie, puis le milieu de sa mission et la conclusion de celle-ci dans la perfection, en particulier dans notre génération où l’accent est mis sur la nécessité de conclure le travail et d’amener concrètement la Délivrance messianique ! Cette force vient à chaque Juif de Moïse et du « Moïse » de chaque génération grâce à qui il peut recevoir la lumière du rayonnement de gloire. Plus encore : chaque Juif possède son propre rayonnement de gloire de par l’étincelle de Moïse qu’il a en lui. C’est encore plus perceptible chez les chefs de toutes les générations, jusqu’à mon beau-père, le Rabbi, comme préparation au temps où D.ieu rétablira « Tes juges comme autrefois, tes conseillers, comme à l’origine » (Isaïe 1, 26), en premier lieu desquels sera le Machia’h.

Pour en revenir au « Erev rav », sur Terredisraël, on approfondit la question en expliquant  que c’est un groupe d’étrangers dont Moïse a accepté la conversion contre l’avis divin et qui se sont joints aux Hébreux lors de la sortie d’Egypte. La tradition juive en fait des convertis non sincères qui furent responsables, notamment de la faute du veau d’or, comportements indignes se manifestant parmi les Juifs. Et le Rav Shmouel Fischel du site Sheela nous dit que le Iben Ezra explique qu’il s’agit d’égyptiens qui seraient le « Assafsouf » cité dans Bamidbar {11,4). Ils auraient été les catalyseurs de certaines révoltes contre Moshé Rabénou pendant les 40 ans de traversée du désert. Le « Erev Rav » s’est donc greffé au peuple d’Israël et il n’est plus possible a priori de définir d’une façon précise qui en fait partie. Par contre nous trouvons dans la Guemara et dans d’autres sources de nos sages que la notion de « Erev Rav » fait aussi allusion à de mauvaises vertus qui pourraient se trouver dans chacun d’entre nous. Israel613 explique que la poussée principale du érev rav consiste en fait à unifier Essav et Ichmaël et à séparer les  deux Mashia’h. Par conséquent, notre plus grand service et plus grande bataille est de rompre et d’éliminer la force du érev rav, la klipa  (l’écorce) du sein d’Israël, car c’est notre plus grand ennemi. La klipa  du érev rav fonctionne au moyen du mensonge et par des chemins épineux, donc la guerre contre le érev rav est la plus difficile et la plus amère de toutes les guerres. Nous devons donc nous renforcer pour cette guerre et quiconque ne participe pas à la bataille contre devient, en fait, un allié de la klipa du érev rav. Kol ha Tor, chapitre 2, section 2, lettre beit.

Le Rav Elie Kahn ajoute que le Kol ha Tor est un livre qui a été écrit par Rabbi Hillel de Schlauw, élève du Gaon de Vilna, sur le déroulement de la rédemption, selon les enseignements de son maitre. Il a été édité par le Rav Cacher dans un ouvrage qui s’appelle « Hatekoufa Haguedola » et qui se trouve dans le commerce. Le Rav Cacher y a rajouté une introduction.  Citons un exemple contemporain du Erev Rav. De la même façon, De nos jours, quand les nations se rendent compte qu’elles ne peuvent empêcher le retour d’Israël sur sa terre, elles votent la création de l’Etat hébreu, mais en infiltrant des ennemis qui font tout pour le détruire. Le rav Dynovicz nous dit que ce sont, en particulier, toutes les idéologies qui, de l’intérieur, essaient de faire douter les Juifs de leurs droits. Ces ennemis de l’intérieur sont presque toujours des Juifs, mais cette paracha nous révèle que les moteurs en sont le Erev Rav (exemple : le noyau dirigeant des dangereux « Naturé Karta » sont, à la base, des non-Juifs infiltrés par les nations pour détruire l’Etat d’Israël de l’intérieur et tenter de mettre fin à son projet sioniste. Le Zohar enseigne que notre délivrance ne dépend que de notre force pour nous nettoyer ! Et c’est ce qu’avait annoncé Hachem par Son prophète : « Un jour, Je prendrai la Terre et Je la secouerai pour en faire tomber toutes les saletés. » Le Zohar dévoile que ce sera le dernier grand combat d’Israël : discerner qui sont les vrais, et qui sont les faux et ceux qui les manipulent. Ainsi, comme on le voit tous les jours, les faux messianismes de Edom et d’Ichmaël sont actuellement très actifs au sein d’Israël, aussi bien sur le plan politique que religieux.

(Sources : La minute d’étude – Aish.com – Raphaël Bloch , la Yechiva des Etudiants – Rav Dufour – Blog de David Boutboul – Machia’h arrive – Terredisiraël.com  – Rav Shmouel Fishel, Sheela -Israel613 – Rav Elie Kahn z’al – Rav Dynovisz)

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La paracha de la semaine et les nouvelles sur Modia :

Paracha de la semaine et nouvelles dramatiques

– Allez au centre de la page d’accueil de Modia 

http://www.modia.org

et vous trouverez les liens et la présentation détaillée de

1 – la paracha de la semaine :

PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 20e paracha de la Torah et la 7e paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : « TETSAVÉ, Tu ordonneras ». Chémote (L’Exode) 27, 20 – 30, 10.
En voici l’axe: La beauté de l’homme idéal et son vêtement Construire le moi juif . Les sens et l’attention. La beauté de participation (nature d’Israël). La beauté de participation (nature d’Israël reliant le bas et le haut). La beauté de participation de notre être. Le vêtement de Moché. Le vêtement du Cohen. Le vêtement du Juif. etc
2 – Dès maintenant, nous sommes dans le merveilleux mois de Adar. Voyez ici  tout ce qui se passe chaque jour de ce mois et le sens de cela dans l’histoire, dans les textes et dans les vies, chez les Sages de vos traditions, le tout avec références, lien à la vie et photos.  CLIQUEZ ICI

3 – Voici la principale nouvelle en deux points:

L’offensive mondiale dramatique de John Kerry contre IsraËL qu’il menace sans fard. Et derrière lui, bien entendu, son patron qui le mandate pour cela: Obama. Voici les faits à lire ci-dessous.  Les conséquences sont dramatiques parce qu’elles signent au niveau mondial l’autorisation du monde occidental de continuer les multiples menaces et agressions antisémites et antiisraéliennes concrètes qui s’élèvent dans les différents pays européens autour de l’Allemagne experte, jusqu’aux tentatives juridiques européennes d’interdire la circoncision.

La tactique Kerry/Obama est la suivante:  (suite de cette analyse au centre de la page d’accueil de Modia)
– Bonne semaine, Chavoua tov  et Bon nouveau mois de Adar 1, ‘Hoddesh tov !

Yehoshua Rahamim Dufour ________________________________________________________

Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

20e Paracha: Tétsavé – « Tu ordonneras » Chémote (L’Exode) 27, 20 – 30, 10

Hachem prescrit à Moïse d’ordonner aux Hébreux de préparer de l’huile d’olive pure afin que le chandelier soit perpétuellement allumé. Il lui détaill ensuite la confection des habits sacerdotaux, ceux du Cohen Gadol Aaron et ceux des cohanim des fils. Il lui prescrit également la liturgie sacrificielle de l’initriation des Cohanim eet de l’inauguration du sanctuaire, ainsi que le sacrifice perpétuel de 2 moutons quotidiens. La paracha s’achève par la description de l’autel d’or sur lequel est offert l’encens et son rapport avec la liturgie de Yom Kippour.

Depuis la naissance du guide d’Israël, le nom de Moïse apparaît dans toutes les parachiyote, sauf dans celles de Tétsavé. Curieuse coïncidence, la paracha Tétsavé est toujours lue dans la semaine de l’anniversaire de Moïse, comme pour nous dire, bien que son nom ne soit pas mentionné, Moïse est toujours omniprésent. C’est dans la semaine où est lue la paracha de Tetsavé qu’est commémorée la mort de Moïse. C’est en effet le 7 adar que se situent à la fois la naissance et le décès de Moïse, nous dit le rav Léon Askénazi. Or, il est frappant de remarquer que c’est précisément dans cette paracha que le nom de Moïse n’apparaît pas. On explique habituellement ce fait de la manière suivante : lorsque Moïse a intercédé en faveur d’Israël à propos de l’épisode de la faute du Veau d’Or, il a demandé expressément ceci (Exode 32, 32-33) : « Et maintenant, veuille suspendre leur faute, sinon efface-moi de Ton livre que Tu as écrit. D.ieu répondit : « C’est celui qui aura fauté envers Moi que j’effacerai de mon livre. » Cependant, selon l’adage traditionnel (Zohar ‘Hadach, Midrach Hané’élam, P. 60b) : « La malédiction d’un sage, même si elle n’a pas d’objet, se réalise en quoi que ce soit ». L’effacement du nom de Moïse aura lieu précisément dans cette paracha. Il faut certes comprendre qu’un sage ne profère jamais de paroles vaines. Il y a toujours ne serait-ce que dans la marge de subconscience qui accompagne tout événement, une raison cachée qui rend compte de ce qui aura été proféré.

La parole d’un sage est vérité, même si dans les apparences elle dépasse notre propre perception de la réalité. Or, dans le dialogue entre Moïse et D.ieu, concernant la faute du Veau d’Or, il est évidente que la culpabilité, et donc la punition éventuelle, ne pouvait être imputée à Moïse ; Pourquoi ? En ce cas, se met-il en jeu de manière aussi directe ? « Efface-moi de Ton livre que Tu as écrit ! » Rachi, citant le traité Berakhot (Berakhot 32a) indique qu’il s’agit du livre de la Torah : « Qu’on ne dise pas de moi que je n’ai pas été capable de prier pour eux. » C’est la Loi que Moïse transmet à Israël qui les rend passibles de faute en cas de transgression ; il doit donc, lui-même, pouvoir intercéder pour eux en cas de faute qui mettrait leur existence en jeu. Plus profondément encore, Moïse prend acte par là même d’une certaine responsabilité de la faute du peuple, comme si elle le concernait malgré lui et à son insu.

On étudiera à ce sujet la manière dont Rachi interprète l’interpellation de D.ieu à Moïse au moment de la faute du Veau d’Or (Exode 32,7) : Et D.ieu dit à Moïse : « Va, descends, car ton peuple s’est mal conduit, celui que tu as fait monter du pays d’Egypte. » Rachi : Il n’est pas écrit « le peuple » s’est mal conduit ; mais « ton peuple ». Il s’agit du « grand mélange » (le ‘erev rav) que tu as accepté de convertir de ta propre initiative. (Récit de l’adjonction du ‘erev rav aux tribus d’Israël au chapitre 12, verset 38 de l’Exode). D’une certaine manière, donc, Moïse serait, en quoi que ce soit, impliqué malgré lui dans cette faute. C’est lui, Moïse, eet non D.ieu Lui-même que « le peuple » voulait remplacer par l’idole du Veau d’Or (Exode 32,1). « Fais-nous des die »ux qui marcheront devant nous, car cet homme, Moïse, qui nous a fait monter d’Egypte, nous ne savons pas ce qu’il en est advenu. » Ainsi, ce qu’il fallait éviter essentiellement, c’est le culte de Moïse, en tant que médiateur. C’est pourquoi, essentiellement, le nom de Moïse disparaît de la paracha qui concerne, centralement, le culte du Tabernacle. Il est donc important de comprendre comment la Torah formule le rôle de Moïse comme médiateur de la Loi. Son génie pédagogique consiste dans le fait que la conformité à la Loi doit procéder de façon spontanée et autonome de la part de celui qui reçoit son enseignement, beaucoup plus que d’une obéissance à un ordre. En effet, le verset dit expressément : « Quant à toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël. Et ils t’apporteront… »

Le rav poursuit : Le fait que les enfants d’Israël t’apportent l’huile pure sera la conséquence de l’enseignement que tu leur auras donné. On le voit bien, pour le comprendre clairement, il faut lire l’expression employée dans sa signification hébraïque. Le verbe traduit par « tu ordonneras » (tetsavé) possède 2 constructions grammaticales : il signifie soit « donner des instructions » lorsqu’on emploie la forme verbale du datif (tsav el) ; soit « donner une instruction » lorsqu’on emploie la forme du complément d’objet direct, ce qui est le cas ici (tsav et). Moïse ne doit pas se borner à donner des ordres. Cela impliquerait l’erreur de croire que c’est à lui que l’on obéit quand on se conforme à la Loi. Tout autrement, il donne une instruction, une formation, un enseignement, dont le résultat doit être que, de façon spontanée et autonome, celui qui en a été l’objet décide par lui-même d’agir conformément à la Loi qu’il reçoit. Moïse réussit comme parte-parole de la Loi, lorsqu’il s’efface totalement devant la Loi qu’il transmet. Il était important de comprendre que c’est précisément à propos du culte du Temple que cela devait être enseigné.

Moïse est cependant présent dès le premier mot « et toi tu ordonneras aux enfants d’Israël qu’ils prennent de l’huile d’olive pure concassée pour le luminaire », et toi (ata) désigne bien sûr Moché, mais son nom n’est jamais mentionné, nous dit le rav Philippe Haddad. Celui dont la mission est de redonner la valeur du nom dans une société égyptienne anonyme, lui qui se révèle dans le livre de Chémote, le livre des noms, lui dans la première question à D.ieu est « quel est ton nom ? », lui dont le nom lu à l’envers (de gauche à droite) donne Hachem = le Nom, brille ici par son absence. Moïse a gagné, il est un bon avocat, il en ressort grandi. Mais dans cette histoire qui dit « grandeur » dit « risque de fascination ». Moïse ne fut-il pas idolâtré par une certaine frange du peuple qui voyait en lui un dieu, un « ich haélokim » que l’on peut traduire soit « homme de D.ieu » soit dans son sens idolâtre « homme Dieu », une sorte de pharaon d’Egypte ? N’était-il pas pour certains un « pharaon » fils de Bytia la princesse ? Moïse a sauvé Israël de la mort en Egypte, il le sauve de la destruction au Sinaï. Quelle stratégie adopter pour que de nouveau Moïse ne soit pas auréolé des oripeaux divins ? Effacer son nom, pour la gloire de Celui qui est source de vie. « Et maintenant suspend leur faute, et si c’est pour ton nom ineffable (ayin, le transcendant) alors efface-moi de ton livre ». Le pardon divin va de pair avec l’effacement du nom de Moïse, afin que les croyants reconnaissent la grandeur du Créateur. La lumière du candélabre qui brillera à partir de l’huile offerte par l’ensemble des enfants d’Israël ne doit briller que de la lumière divine, sans l’ombre de l’homme, fût-il Moïse lui-même. La grandeur d’un maître reste sa transparence !

« Tu ordonneras aux bnei Israël et ils prendront pour toi de l’huile d’olive concassée pour le luminaire pour faire monter la lumière perpétuelle. » Le rav David Pinto nous explique que l’on pourrait expliquer cette phrase comme une allusion. En effet, la menora fait allusion au Chabbat : les 6 branches font allusion aux 6 jours  de la semaine, et les 3 branches d’un côté et les 3 branches de l’autre font allusion aux 3 jours de la semaine suivant le Chabbat, qui se nourrissent de la sainteté du Chabbat précédent, et aux 3 jours précédant le Chabbat, qui se nourrissent de la sainteté du Chabbat suivant. Les 7 lampes qui brillent vis-à-vis de la face de la menora sont une allusion au fait que les 6 jours sont bénis en lui. C’est ce que dit le verset « Et toi, ordonne aux bnei Israël », c’est-à-dire toi Moché, qui es monté au ciel et y est resté pendant 40 jours et 40 nuits, qui as contemplé l’immense bonheur de jouir de l’éclat de la Chekhina, « toi », tu pourras enseigner aux bnei Israël ce qu’est le plaisir infini du jour du Chabat, qui est vraiment « un peu du monde à venir ». Dans la phrase « qu’ils prennent pour toi de l’huile d’olive pure… » il y a une allusion à l’âme supplémentaire que l’homme reçoit pendant  le Chabbat. En effet, les lettres de « hachemen » (l’huile) sont les  mêmes que celles de « nechama » (l’âme). « Pour alimenter les lampes  en permanence » nous dit que l’âme supplémentaire brillera en eux  toujours, tous les Chabbatote, et illuminera les 6 jours.

La Yéchiva des Etudiants nous explique que le Maharal dans Netiv haTorah au chapitre 12 nous explique le poids que prennent les paroles d’un Sage : « La malédiction [en général, pas spécifiquement pour un Sage] existe du fait du ‘manque’ attaché au récipiendaire. C’est en cela que l’atteint la malédiction, parce qu’il agit envers l’autre de manière inconvenante. Faire du mal à autrui s’appelle un ‘manque’, ce qui entraîne vers lui la malédiction. » En d’autres termes, si quelqu’un se comporte mal envers son prochain et que ce dernier le maudit, l’acte négatif a créé un ‘manque’ qui fait que la malédiction pourra avoir un effet. « Mais la malédiction du Sage, même gratuitement, peut prendre effet, car les gens ordinaires sont considérés en situation de ‘manque’ par rapport aux Sages. » Il existe un décalage entre le Sage et une personne ordinaire. Ce décalage est assimilé par le Maharal à un ‘manque’, ce qui fait que même sans raison particulière, ou si elle assortie d’une condition qui n’est pas remplie, la malédiction d’un Sage à l’encontre de quelqu’un d’autre a la possibilité de se concrétiser.

Cette explication du Maharal ne semble pas résoudre le problème posé par le cas de Moché, qui s’était maudit lui-même au cas où D.ieu ne pardonnerait pas aux enfants d’Israël. Peut-on parler, à ce propos, de situation de ‘manque’ par rapport à lui-même ? Dans les nouvelles éditions du Baal haTourim, une deuxième réponse est proposée quant à l’absence du nom de Moché dans notre paracha : « De plus, cette paracha parle de la prêtrise, et Moché aurait dû devenir Grand Prêtre, mais comme il refusa d’aller accomplir la mission que D.ieu voulait lui confier, cette charge lui fut ôtée pour être donnée à Aharon (traité Zeva’him 102a). C’est pourquoi le nom de Moché n’est pas mentionné ici, en relation avec la tristesse qu’il ressentait. » Cette explication est étonnante : pourquoi Moché aurait-il été triste de voir son frère élevé au rang de Grand Prêtre à sa place ? Mais peut-être pouvons-nous utiliser cette Guemara pour mieux comprendre la première explication du Baal haTourim. Le destin de Moché était de devenir Grand Prêtre. Lorsqu’il échoue, parce qu’il refuse d’assumer le rôle que D.ieu envisage pour lui, il établit un ‘manque’ par rapport à son potentiel, par rapport à lui-même. Et malgré le fait que D.ieu pardonne aux enfants d’Israël, la malédiction proférée par Moché, « efface moi de Ton livre », s’accomplit. Le décalage de Moché par rapport à son destin initial crée l’espace dans lequel la malédiction va se réaliser. Ce décalage se trouve être à propos de la prêtrise, le nom de Moché sera donc absent de notre paracha qui traite de la prêtrise.

 «Observez le Tabernacle et faites-en un modèle pour votre vie spirituelle», nous disent les cabalistes. En étudiant sa structure et son mobilier, nous pouvons en tirer de nombreux enseignements en ce qui concerne la «structure et le mobilier» de notre propre vie. Attardons-nous sur la menorah, le Candélabre à sept branches qui illuminait le Tabernacle (michkan). Le Talmud établit que l’éclat de la menorah rayonnait même à l’extérieur du Sanctuaire. En fait, elle avait pour but d’éclairer le monde entier. Dans le Tabernacle humain, la menorah représente le rayonnement intérieur de chaque individu, la lumière de son âme. Cultiver notre lumière intérieure est le travail d’une vie, dont le processus est décrit dans les instructions données par D.ieu pour allumer la menorah. L’une des clés que nous possédons pour décoder les secrets de la Torah consiste à être sensible aux emplois grammaticaux inhabituels ou irréguliers dans son langage.  Chaque fois que la Torah dévie de sa structure linguistique habituelle, cela nous incite à nous plonger plus profondément dans le verset. Moins la terminologie est courante et plus nombreux sont les secrets qu’elle révèle.

Quand D.ieu commence à donner les instructions concernant la menorah, Il dit à Moché : «Et tu commanderas aux Enfants d’Israël qu’ils t’apportent de l’huile d’olive pure, concassée pour le lu minaire, pour allumer les lampes» (Exode 27 : 20) La formulation semble assez simple. Mais en y jetant un regard attentif, ce dialogue livre de nombreux secrets. Tout d’abord, quand D.ieu donne des instructions à Moché, Il le fait en ces termes : «Parle (ou «commande») aux Enfants d’Israël…». Or, ici Il dit : «Et tu commanderas aux Enfants d’Israël…» Cette légère modification n’est pas simplement un changement technique mais comporte une implication philosophique. D.ieu désire-t-Il simplement que Moché transmette un message ou veut-Il qu’il endosse un rôle plus actif et plus visible en relayant Ses instructions ? Quel type d’intermédiaire D.ieu attend-Il de la part de Moché ? D’autre part, que signifient les mots «concassée pour le luminaire» ? Ne se serait-on pas attendu que D.ieu s’exprime ainsi «concassée pour illuminer» ? Après tout, l’huile était utilisée pour illuminer le Tabernacle et pas seulement pour être versée en haut de la menorah, le luminaire? Ces deux détails singuliers fonctionnent comme des drapeaux rouges qui nous signalent que nous devons nous interroger. La signification de la ménorah Le luminaire représente les profondeurs de l’âme, sa source essentielle de lumière, d’où émergent toutes ses forces et tous ses dons. Tout comme l’adrénaline, cette puissante et essentielle source de lumière est réservée pour les moments de grand besoin et nous n’y avons habituellement pas accès. Mais «concassée pour le luminaire», quand nous sommes dans l’urgence, confrontés à un défi que nous devons surmonter, elle surgit et nous octroie des forces extraordinaires.

C’est ainsi que tout au long de leur histoire, les Juifs ont pu conserver leur engagement à la Torah, malgré les terribles dangers que cela impliquait. On peut évoquer, par exemple, le fait que malgré la menace d’Haman d’annihiler la nation juive dans son ensemble, les Juifs ne renoncèrent pas à leur identité, ils ne tentèrent pas même de la cacher. Bien au contraire, ils se réunirent publiquement dans la prière et l’étude de la Torah. Un autre exemple nous est fourni par le grand nombre de ceux qui bravèrent le régime communiste, qui s’accrochèrent à leur identité juive, malgré tous les risques mortels encourus. D.ieu demanda de l’huile d’olive «concassée pour le luminaire». Il décréta des situations écrasantes parce qu’elles sont des opportunités pour développer l’endurance et la croissance, une lumière qui illumine l’environnement. «Et tu commanderas aux Enfants d’Israël» Le mot Tetsavé, «commanderas», possède un autre sens : «attacher». Dans cette acception, le verset se lit : «Et tu (Moché) attacheras les Enfants d’Israël (à D.ieu), et ils t’apporteront de l’huile d’olive».

Le «travail» de Moché consistait à rapprocher le peuple de D.ieu. Moché, nous explique la Cabale, est un expert pour cultiver et nourrir la foi en D.ieu. Cela ne signifie pas que, sans lui, nous n’aurions pas foi en D.ieu ! La foi fait partie de la constitution de notre âme. Mais il s’agit plutôt du fait que notre foi a tendance à rester abstraite et ne pas avoir d’impact sur notre vie quotidienne. Le travail de Moché concrétise notre foi, pour qu’elle touche notre conscience et nous fasse agir. Et c’est tout particulièrement vrai lorsque, parlant de l’huile de la menorah, D.ieu désigne Moché du doigt et dit : «Tu attacheras…» : ton rôle est vital pour attacher la conscience du peuple à son Créateur. Parce que plus notre foi en D.ieu est tangible, plus nous sommes capables de transformer les défis que nous rencontrons en opportunité pour nous développer. Tel est le travail d’un dirigeant juif : nous inspirer pour que nous transformions nos difficultés et leur donnions une réponse extraordinaire. Moché nous attire par la vision d’une vie meilleure, une vie tournée vers D.ieu au point que nous ressentons une profonde insatisfaction, voire un «écrasement» devant ce statu quo. Et puis l’huile commence à s’écouler. L’huile est la plus précieuse, la plus puissante.

« Tu feras confectionner, pour Aaron ton frère, des vêtements sacrés, insignes d’honneur et de majesté« . (Exode, 28, 2) Le rabbin Jean Schwarz nous rappelle que Aaron avait été le fidèle compagnon de Moïse pendant toute la période où celui-ci était en pourparlers avec Pharaon pour      obtenir l’affranchissement des Hébreux. Dorénavant, il sera chargé plus spécialement du culte de l’Eternel dans le Tabernacle, lui et ses descendants après lui. Et pour permettre à Aaron d’accomplir convenablement ce service divin, l’Eternel demande à Moise de lui confectionner des vêtements et des ornements spéciaux, qu’il revêtira quand il se présentera devant Dieu. En lisant tous les détails que nous fournit la Torah sur ces habits, on peut se demander pourquoi Aaron n’aurait pas, tout aussi bien, pu exercer son ministère dans ses vêtements de tous les jours. Qu’ajoutent à un tel service les habits particuliers Effectivement, nous savons que le vêtement que nous portons n’est pas d’une grande importance. On ne peut juger quelqu’un d’après ses habits. Ni l’intelligence, ni le cœur, ni aucun des nobles sentiments ne se manifestent dans ce que nous revêtons. Par contre, nous avons la possibilité de nous rendre compte si notre interlocuteur est un homme soigné et bien élevé d’après la manière dont il est vêtu, que ses vêtements soient riches ou non.

Par ailleurs, si nous avons du respect ou de la considération pour une personne, nous avons à cœur de nous présenter devant elle avec une mise plus soignée que devant n’importe qui. En agissant ainsi, nous lui montrons que nous avons fait un effort pour elle, que nous l’aimons et que nous lui sommes tout dévoués. II en est de même envers Dieu. Certes l’Eternel connaît les sentiments profonds de notre cœur et n’a pas besoin, lui, de marques extérieures de respect et d’amour. II n’en faut pas moins que nous, de notre côté, pour nous-mêmes plus que pour Dieu, nous fassions un effort pour nous présenter devant lui convenablement et soigneusement vêtus. Dans une certaine mesure, chacun de nous est au service de Dieu, tout comme le grand prêtre l’était au Tabernacle. Chacun se doit donc de soigner sa mise en toute occasion et plus particulièrement quand il est reçu en audience par l’Eternel au moment de la prière.

Tali Loewenthal nous explique que le Temple, point de convergence entre le D.ieu et le monde, fut de tout temps un thème majeur de la conscience juive. La Torah décrit avec force détails le prototype du Temple, le Sanctuaire portatif que Moïse et le peuple juif construisirent dans le désert du Sinaï. La paracha de la semaine dernière décrivit de quelle manière le Sanctuaire devait être construit. Il y avait la Cour, avec l’Autel de cuivre pour les sacrifices. Puis, à l’ouest, il y avait le Sanctuaire intérieur, avec des murs de bois de cèdre recouvert d’or et un toit formé de délicate tapisserie. Cette paracha décrivit aussi la plupart des objets sacrés qui devaient y être placés : l’Arche d’or contenant les Tables de la Loi ; la Table d’or et la Ménorah, candélabre à huile en or à sept branches. Mais l’élément principal ne fut pas mentionné, comme nous allons le voir. Tetsavé (Exode 27,30-30,10), décrit les vêtements des « prêtres » qui officiaient dans le Sanctuaire : Aharon et ses fils. Elle relate ensuite la manière dont ceux-ci devaient être sanctifiés avec de l’huile d’onction, et comment le service dans le Sanctuaire devait débuter. Tout à fait à la fin de la paracha de cette semaine, un dernier élément est décrit : c’est l’Autel d’Or sur lequel le prêtre offrait l’encens deux fois par jour, chaque matin et chaque après-midi. Il était placé dans le Sanctuaire intérieur, près de la Menorah en or.

Nos Sages s’interrogent sur le fait qu’une partie si importante du Sanctuaire soit évoquée en dernier. Pourquoi ne fait-elle pas partie de la paracha de la semaine passée dans laquelle étaient décrits tous les autres composants du Sanctuaire ? L’une des réponses à cela est : L’Autel d’Or est réservé pour la fin parce qu’il exprime la raison d’être du Sanctuaire tout entier. C’est son apogée. Ceci parce que le service de l’Autel d’Or était accompli de façon solitaire. Tous les autres services du Temple étaient publics. Le Talmud de Jérusalem (Yoma 5:2) déclare que lorsque que le prêtre pénétrait dans le Sanctuaire pour offrir l’encens sur l’Autel d’Or, il était seul avec D.ieu. Ceci souligne la dimension personnelle et intime de toute l’observance juive. À cause de la chaleur sociale de la vie juive, nous oublions parfois la joie et le sentiment d’accomplissement que le Judaïsme peut nous apporter en tant qu’individus. Chaque mitsva (commandement divin) constitue un lien personnel avec D.ieu. Que l’on accomplisse une mitsva seul ou avec un groupe de gens, celle-ci comporte toujours une dimension personnelle et intime. L’accent mis sur l’Autel d’Or dans la paracha nous rappelle que par la pratique juive dans notre vie quotidienne, chacun peut pénétrer l’atmosphère parfumée du Sanctuaire et offrir des encens à D.ieu. (Basé sur le Likoutei Si’hot du Rabbi de Loubavitch, vol. 1 p.171-2)

Le Temple est le microcosme de l’univers, au même titre que l’homme. Il contient en lui tous les éléments de la nature, et leur donne leur valeur et leur sainteté. Il y a en quelque sorte « transfert » de la sainteté du Temple vers la nature, celui-ci dispensant la sainteté concentrée à l’extrême en son sein vers le monde entier. Le Temple vit du travail et des sacrifices qu’y font les Cohanim, mais Il prodigue à l’extérieur, au monde entier, toute l’Influence que D.ieu désire déverser dans Son monde. La table des Pains de Proposition sera le canal de l’abondance alimentaire dans le monde ; l’encens apportera la paix ; le Candélabre dispensera l’intelligence et la sagesse à tous les peuples, etc… Nous pouvons  comparer le Temple à une sorte d’immense « salle des machines » qui dirige le monde dans son ensemble. Comme le dit le Midrach « Si les peuples savaient combien le Temple leur prodigue  leur bien-être, ils le construiraient en or » (Bamidbar Rabba 1, 3). Espérons que le message universel inscrit dans le Temple se révèlera aux peuples, et qu’ainsi Israël et les nations oeuvreront de pair pour faire advenir la révélation de l’Unité à toutes les familles de la terre.

(Sources : Rav Léon Askénazi, leçons sur la Torah – Rabbin Philippe Haddad – Rabbi Davdi Pinto- La Yéchiva des Etudiants – Loubavitch.fr – Rabbin Jean Schwartz, Lamed – Rav Tali Loewenthal, Chabad.org – Rav Mordékhaï Chriqui, Dr Avraham-Gilles Morali, l’Essence de la Torah)

________________________________________________________ ______________________________________________________ Voici les liens pour étudier la paracha et le nouveau mois juif de Adar sur Modia: Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 19e paracha de la Torah et la 6e paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : « Térouma, Prélèvement de l’offrance dans le sanctuaire ». Chémote (L’Exode) 25, 1 – 27, 19. En voici l’axe: Ce qu’est le sanctuaire. Comment s’y comporter. Comment être des sanctuaires de La présence. Beaucoup le sont et ne le savent pas. Beaucoup le savent et l’oublient. Peu savent qu’ils sont ensemble un seul sanctuaire de La présence. ». . CLIQUEZ ICI Et cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones): CLIQUEZ ICI Le nouveau mois juif de Adar commence : Mois de Adar – Modia ______________________________________________________

Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.

Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

19e Paracha – Térouma : Prélèvement d’offrande Chémote (L’Exode) 25, 1 – 27, 19

Il est demandé au peuple d’Israël de faire don de 15 matériaux – or, argent, cuivre ; laine teinte de bleu, de pourpre et de rouge ; lin, poils de chèvre, peaux d’animaux, bois, huile d’olive, épices et gemmes – desquels D.ieu dit à Moïse « Ils Me feront un sanctuaire et Je résiderai parmi eux. » Au sommet du mont Sinaï, Moïse reçoit des instructions détaillées sur la façon de construire cette demeure pour D.ieu afin qu’elle puisse être facilement démontée, transportée et réassemblée lors du voyage du peuple dans le désert. Dans la pièce la plus intérieure du sanctuaire, derrière un rideau artistiquement tressé, se trouvait l’arche contenant les tables du témoignage sur lesquelles étaient gravés les Dix Commandements ; sur le couvercle de l’arche, se tenaient deux chérubins ailés, taillés dans un bloc d’or pur. Dans la pièce extérieure se dressait la Ménorah à sept branches et la table sur laquelle les « pains de proposition » étaient disposés. Les trois murs du sanctuaire étaient composés de l’assemblage de 48 planches de bois qui étaient chacune recouverte d’or et tenue par une paire de socles en argent. Le toit était constitué de trois couches de couvertures : a. des tapisseries multicolores de laine et de lin, b. une couverture de poil de chèvre, c. une couverture en peau de bélier et de ta’hach. Face à l’entrée du sanctuaire, une tenture brodée était tenue par cinq poteaux. Entourant le sanctuaire et l’autel recouvert de plaques de cuivre, il y avait une clôture de tentures de lin soutenues par 60 poteaux en bois comportant des crochets et des ornements en argent et renforcées par des pieux de cuivre.

Beith Loubavitch nous pose la question suivante : pourquoi sommes-nous là ? Cette question maîtresse a été posée par des courants de pensée de Torah variés, Talmud, Moussar, Zohar, chacun à leur tour, chacun selon sa propre optique. L’enseignement ‘hassidique explique que toutes ces visions, ainsi que celles que l’on trouve dans d’autres ouvrages cabbalistiques et philosophiques sont toutes des facettes variées d’un désir divin unique dans la création, comme il s’exprime dans les différents « mondes », ou royaumes de la création de D.ieu. Le ‘hassidisme offre également sa propre formulation de ce désir divin : pour que nous fassions « une demeure pour D.ieu dans le monde matériel. » Qu’est-ce que cela signifie ? Une des pierres angulaires de notre foi est que « le monde entier est rempli de Sa présence » et qu’ « il n’y a pas un endroit vide de Lui ». Ainsi il ne nous revient pas de faire venir D.ieu dans le monde matériel : il s’y trouve déjà. Mais D.ieu peut se trouver dans le monde sans y avoir de résidence. Être « à la maison » implique être dans un lieu qui accueille votre présence, un un lieu  où l’on va s’affairer à accomplir vos désirs et satisfaire vos besoins. Cela veut dire être dans un lieu où vous pouvez être vraiment vous-mêmes contrairement à l’attitude que vous empruntez en public ou ailleurs.

Le monde matériel, dans son état naturel, n’est pas un environnement hospitalier pour D.ieu. Il n’y a qu’un point commun entre toutes les créatures matérielles, c’est leur égocentrisme intrinsèque, le fait que le fondement et le but de leur existence soient fondés sur l’ego. Avec chaque iota de sa masse, la pierre proclame : « je suis ». L’arbre et l’animal, dans chacun de leurs accomplissements, n’aspirent qu’à la préservation et la reproduction. Et qui plus que l’homme possède une ambition démesurée pour se mettre en avant, ambition qui deveient en lui bien souvent, un idéal qui le consume ? Le seul problème de cet égocentrisme n’est pas une caractéristique incidente ou secondaire de notre monde, mais son trait dominant. Ainsi pour faire de notre monde une « résidence » pour D.ieu, devons-nous en transformer sa nature elle-même. Nous devons reconstruire les fondements de son idenetité et faire de cette entité tournée vers elle-même quelque chose qui existe pour un dessein plus grand qu’elle. Chaque fois que nous saisissons un objet matériel ou que nous utilisons une aptitude et que nous les engageons dans le service de .Dieu, nous opérons une telle transformation. Quand nous prenons un morceau de cuir et en faisons une paire de «tefilines », que nous prenons une pièce de monnaie et la donnons à un nécessiteux, que nous employons notre esprit à l’étude d’un chapitre de Torah, nous opérons une telle transformation.

Deux pas sont nécessaires dans l’entreprise de faire de notre monde une résidence pour D.ieu. Le premier pas implique de faire des ressources matérielles « un réceptacle pour la Divinité » : façonner le cuir en tefilines, donner l’argent à un nécessiteux, programmer du temps pour l’étude de la Torah. Le second pas consiste à utiliser effectivement ces « réceptacles » pour qu’ils servent la volonté divine : attacher les tefilines sur le bras et sur la tête, utiliser l’argent donné à nourrir ceux qui en ont besoin, étudier la Torah, etc… Le morceau de cuir qui disait à l’origine « J’existe », dit maintenant « J’existe pour servir mon Créateur ». Une pièce dans une poche dit « J’aime l’argent » ; dans une boite de tsédaqa, elle dit « Le but de la vie n’est pas de recevoir, mais de donner. » Le cerveau humain dit « Enrichis-toi » ; le cerveau qui étudie la Torah dit « Connais ton Créateur. »

Une partie importante du livre de l’Exode est dédiée à la construction du Sanctuaire érigé par les enfants d’Israël dans le désert. Le Sanctuaire qui fut édifié dans le désert constitue une formidable innovation dans l’histoire du monde et dans les réalisations de l’humanité : une « maison » matérielle dans laquelle la Ché’hina – la Présence Divine – allait s’incarner et résider. En fait, l’idée parait si extraordinaire qu’elle interpella le Roi Salomon – le plus sages des hommes (Rois I 8 – 27) : «Le Ciel et tous les Cieux ne sauraient Te contenir, combien moins cette maison que je viens d’édifier ? » Comment, alors, comprendre qu’une chose aussi extraordinaire puisse être réalisée par les hommes, et que ce commandement incombe à chaque individu ? En réalité, seuls quelques privilégiés – tels que Betsalel et son équipe – furent engagés de manière effective dans l’édification du Temple et furent, pour cela, inspirés du souffle de D.ieu. Néanmoins, la Torah affirme clairement que cette œuvre dépendait des efforts et des dons de tous. Comment avons-nous – en tant qu’individu – le pouvoir d’inviter la Présence Divine à résider dans une structure physique et limitée ?

Au sujet du sanctuaire construit dans le désert par les enfants d’Israël, la Torah, généralement économe de ses mots au point que de nombreuses lois sont parfois contenues dans un seul mot, voire une seule lettre, est inhabituellement prolixe. Les 15 matériaux employés à la construction du Sanctuaire sont énumérés à trois reprises ; ses éléments et ses ustensiles, 8 fois ; et chaque détail de l’édification du Sanctuaire, depuis les dimensions de chaque panneau de bois, de chaque pilier, jusqu’à la couleur de chaque tapisserie, est explicité non pas une, mais deux fois, d’abord dans le récit du commandement de D.ieu à Moïse, puis de nouveau dans le récit de la construction du Sanctuaire. En tout, ce sont 13 chapitres qui décrivent comment certains matériaux appartenant au monde physique furent façonnés en un édifice consacré au service de D.ieu, ainsi que la formation des Cohanim (prêtres) qui devaient y officier. (Par contraste, la Torah ne consacre qu’un unique chapitre au récit de la création de l’univers, 3chapitres à la description de sa révélation au mont Sinaï et 11 chapitres à l’histoire de l’Exode.)

Le Sanctuaire est le modèle et le prototype de toutes les demeures ultérieures de D.ieu, construites sur le sol terrestre. Ainsi, la considérable importance attribuée à l’étape de sa « construction » (contrairement à l’étape de la « mise en œuvre ») implique que, dans notre vie également, transformer nos ressources personnelles en éléments ayant le potentiel de servir D.ieu est quelque chose de fondamental. Faire de nous-mêmes des « réceptacles  » pour la Divinité est, en un certain sens, plus important que d’apporter effectivement la Divinité dans notre vie. Car là est le véritable enjeu de la transformation : le passage d’un être centré sur lui-même à un être dévoué à quelque chose de plus grand que lui. Si D.ieu avait seulement désiré un environnement hospitalier, Il n’avait pas besoin d’un monde matériel ; un monde spirituel aurait pu tout aussi bien Le servir. Ce que D.ieu désirait était la transformation elle-même : le défi et l’accomplissement de la transcendance du moi et de la redéfinition de la matérialité. Cette transformation et cette redéfinition s’effectuent lors de la première étape, lorsque l’objet matériel est fait instrument du divin. La seconde étape consiste seulement à réaliser un potentiel déjà établi, en donnant à l’objet ce qui est désormais son usage naturel..

Hachem nous a donné des yeux pour voir et un coeur pour aimer. Ainsi, sachons reconnaître que le monde qu’Il a créé pour nous est d’une très grande beauté. Un aspect de cette beauté est la couleur : le bleu du ciel et le bleu plus profond de la mer, le brun et le vert des collines, le rougeoiement des couchers du soleil, l’arc-en-ciel multicolore et les myriades d’autres couleurs qui nous entourent à chaque instant de notre vie. Les couleurs possèdent également une signification spirituelle. Une expression de cette idée est à trouver dans la façon dont elles apparaissent dans la paracha Terouma, dans la description qui nous est donnée de la construction du Sanctuaire. (Exode, chapitres 25 à 27) Le Sanctuaire, construit avec soin par Moïse et le peuple juif après qu’ils aient reçu la Torah au mont Sinaï, était donc le prototype du Temple. Comme dans le Temple de Jérusalem, il créait un espace sacré, avec des niveaux croissants de sainteté : la cour extérieure, puis une pièce intérieure où se tenait la Ménorah en or, puis la pièce la plus intérieure, le Saint des Saints, où se trouvait l’Arche sainte qui contenait deux blocs de saphir, gravés des Dix Commandements, que Moïse avait rapportés du Sinaï. Les murs du Sanctuaire étaient faits de planches de bois recouvertes d’or, tenues fermement par de lourds socles d’argent. Ces murs étaient presque entièrement recouverts d’une tenture faite d’étoffes spécialement tissées. Il y avait aussi les vêtements des Prêtres. La Torah énumère au début de la paracha les diverses matières constituant ces tissus : de la laine bleue, de la laine violette, de la laine écarlate, du lin blanc…

La ‘hassidout explique que le Sanctuaire n’est pas seulement un édifice matériel destiné à être construit sous la forme plus pérenne du Temple à Jérusalem. Le Sanctuaire existe aussi dans le cœur de chacun. Ainsi D.ieu déclare-t-Il dans la Torah : « Ils me feront un Sanctuaire, et Je résiderai en eux » (Exode 25, 8) Le verset ne dit pas « Je résiderai en lui », dans le Sanctuaire, mais « Je résiderai en eux », dans le cœur de chaque Juif. Nous en venons donc à la question : que signifient les couleurs dans le sanctuaire du cœur ? Voici comment Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, le 6ème Rabbi de Loubavitch, les explique. (Ce qui suit est basé sur un discours de Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, 5708, pp. 141-145) : Le bleu exprime notre crainte devant l’infinie grandeur du Divin. Toute l’immensité de notre univers décrite par les astronomes n’est rien comparée à D.ieu dont l’infinitude absolue dépasse le monde. Cette idée fait naître un sentiment de crainte : le bleu. Et pourtant les Kabbalistes nous disent que la même idée peut induire un sentiment différent, une soif passionnée de se lier avec D.ieu, au-delà du monde, au-delà de la vie elle-même, un amour enflammé pour D.ieu: l’écarlate.

La combinaison de ces deux sentiments, la crainte et l’amour enflammé, conduit à la perception de notre propre petitesse, une conscience de notre pitoyable insignifiance par rapport à la grandeur infinie de D.ieu. De cette perspective, on considère sa propre personne avec compassion, comme en observant de très haut : pauvre petit moi, si perdu à penser exclusivement à moi-même… Ce mélange de bleu et de rouge écarlate donne le violet. Mais il existe aussi une autre forme d’amour de D.ieu. Non pas l’amour enflammé qui transcende l’univers, mais un amour qui coule comme de l’eau pure, conscient de la proximité intime et bienveillante de D.ieu et de l’amour de D.ieu pour nous. Ce chaleureux sentiment d’amour et de bienveillance est le blanc. Ce sont là les couleurs de l’âme, les émotions avec lesquelles nous nous lions à D.ieu dans notre propre Sanctuaire intérieur : le bleu, l’écarlate, le violet, le blanc…

Dans le commentaire sur la Torah de Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow, on peu lire que le verset suivant se réfère au Messie « De l’huile pour l’éclairage » (Ex. 25,6), qui nous éclairera comme une bonne huile, afin de nous délivrer des ténèbres de la diaspora. Au sujet du Messie, il est écrit : « Je disposerai une lampe pour Mon oint. » (Psaume 132, 17) J’ai préparé une lumière pour le Messie qui nous illuminera. Cela nous apprend que durant l’exil, les enfants d’Israël devront donner des offrandes et faire la tsédaka afin d’être délivrés de la servitude. Rachi dit qu’il fallait aussi des aromates comme l’évoque la paracha Ki Tissa (Ex. 30,23) La Torah explique qu’il faut faire du commerce en utilisant des poids justes, afin de ne jamais effectuer de fausses pesées. (Siphra. Lév. 19, 35-36, B.B. 89b, Deut. 25, 13-15.) Tout de suite après, on raconte l’histoire d’Amalec qui tua beaucoup de Juifs. (Ex. 17,8-16) En effet, lorsqu’on ne paie pas correctement et qu’on se sert de poids truqués, les ennemis, D.ieu nous en préserve, risquent de s’abattre sur le peuple d’Israël, de tuer des Juifs et de prendre leur argent. Le Midrach (B.B. 9a) nous apprend ceci : Tant que le sanctuaire, et plus tard, le Temple, existaient, ils protégeaient Israël de la captivité ; mais quand ils furent détruits, ce futr alors la tsédaka qui préserva de l’exil ; c’est pourquoi la Torah énumère les différents exils dans les versets se rapportant au tabernacle.

 « Tu feras une Ménora d’or pur. » (Exode 25-31)Maïmonide dessina en détail la Ménorah. Son schéma nous aide à mieux comprendre les formes du chandelier. En effet, il y décrit avec précision : les branches, les fleurs, les calices et bien d’autres détails. Maïmonide traça les verres de la Ménorah en forme de triangle. Cependant, il les dessina à l’envers, c’est-à-dire la pointe vers le haut. Tous les 22 verres de la Ménorah sont représentés par des triangles inversés qui ont le côté le plus large vers le bas et la pointe vers le haut. Donc, selon Maïmonide les verres de la Ménorah donnent l’impression de transvaser leur contenu à l’extérieur. Quel message peut-on apprendre de cela ? En fait, les verres symbolisent ici, le but et la fonction de la Ménorah en particulier et du Temple en général.  De façon générale, une Ménorah ou un chandelier ont pour but d’illuminer l’intérieur de la maison. La Ménorah du sanctuaire, elle, devait servir à éclairer l’extérieur, car ni Hachem, ni le Temple n’avaient besoin de la lumière de la Ménorah. Elle se trouvait là pour illuminer le monde et montrer que la Divinité résidait parmi Israël. C’est pourquoi, selon nos sages, les fenêtres du Beth-Hamikdach étaient construites de manière à ne pas laisser pénétrer la lumière de l’extérieur ; elles faisaient jaillir les rayons de la Ménorah à l’extérieur, en direction de tout l’univers.  Ainsi, les gobelets de la Ménorah étaient inversés comme des verres prêts à déverser le liquide qu’ils contiennent à ceux qui ont soif. La leçon est claire : à l’instar du Temple qui éclairait le monde et ne retenait rien de sa lumière, nous devons nous aussi utiliser la lumière de la Torah et des mitsvote pour éclairer notre entourage et le monde dans son ensemble par la sainteté qu’elles produisent. Likouté Si’hoth

Le Rav M. Chriqui et le Dr A.G. Morali nous expliquent que le Temple est le point de jonction entre le monde supérieur, entièrement saint, et le monde terrestre, composé de forces duelles, spirituelles et matérielles. L’existence du Temple vient signer une accession possible de toutes ces forces matérielles vers un idéal de sainteté. Le but de D.ieu en créant le monde n’était rien d’autre que cela : pouvoir entraîner les forces empruntes de matérialité vers un monde fait de spiritualité. Par son édification, et surtout par le travail sacrificiel que font les prêtres au Temple, le monde matériel s’élève vers le divin. Et là est le souhait le plus profond de D.ieu, comme l’exprime le Midrach : avoir une résidence parmi les êtres terrestres.

Le Temple est en fait la possibilité qu’a donnée D.ieu à l’homme de sanctifier l’espace, qui est une des 3 dimensions de la sainteté. Le Sefer Hayetsira explique en effet que tout ce qui a été créé par D.ieu peut se diviser en une des 3 catégories suivantes : l’espace, le temps et l’être ; ou, dans le langage du Sefer Hayetsira, le monde, l’année et l’être, ôlam, chana, néfech ; (chapitre 2, Michna 6). Le but de la création est d’élever ces 3 dimensions vers la sainteté. L’élévation du temps se fait par le Chabbat et les fêtes, celle de l’espace par le Temple et celle de l’homme par le travail des mitsvote.

Dans Israël Actualité, Yvan Lellouche met l’accent sur le fait que le tabernacle était appelé Michkane, ce mot hébreu signifie résidence, de la racine  chakhane, habiter, mais aussi machkone, un gage. Le gage qu’Hachem donne aux enfants d’Israël, s’ils se conduisent dignement, ceux-ci mériteront que la Majesté divine demeure parmi eux, dans le cas contraire, la Chékhina leur est retirée. D.ieu a effectivement ordonné à Israël la construction d’un sanctuaire pour résider parmi eux… Bien sûr il ne faut pas comprendre ce concept littéralement, écrit le rav Chalom Messas zal dans son livre « Ham Achémech », car le verset dit : « Mala arets kévodo » (le monde entier est rempli de la Gloire de l’Eternel. Et à ce propos le prophète Yhéchaya diet : « Quel lieu pourrait être celui de mon repos ? » et dans le Cantique des Cantique, il est écrit : « Le Roi Salomon s’est construit un sanctuaire en bois du Liban… Les piliers, il les a faits d’argent, d’or et de carmin. L’intérieur est dallé de « l’amour des filles de Jérusalem »…

Le Roi s’est-il vraiment construit un sanctuaire ? Est-il possible que D.ieu fasse résider Sa Majesté en un lieu construit par des êtres humains, s’interroge Rabbénou Be’hayé ? Un tel endroit a-t-il pu être construit en bois du Liban avec des piliers d’argent ? Le but ultime du Tabernacle est de démontrer l’Amour de D.ieu pour le peuple d’Israël. Quand D.ieu dit à Moïse : « Qu’ils apportent pour Moi une offrande élevée », Il employa le mot « li » pour Moi, qui peut signifier également  « pour le Yod ». Pour nous apprendre qu’un individu donnant la tsédaka doit penser au Tétragramme (Yod Ké, et Vav Ké). En effet, l’argent donné représente le Yod. La main représente le . La main comporte 5 doigts et la valeur numérique de est 5. Le bras étendu pour donner la tsédaka à l’indigent représente le Vav. Enfin, la main ouverte tendue par le pauvre est symbolisée par le (final). Cette configuration nous apprend qu’Hachem est avec les pauvres et Il nous montre ainsi l’importance de la tsédaka.

Le Rambam explique qu’en réalité, quand on donne une pièce à un pauvre, en réalité, on prend ! Ce que le donateur « donne » au pauvre est limité et temporaire. Par contre, la récompense du donateur est infinie et se poursuit même dans le monde futur. De plus, le Talmud affirme que lorsqu’une personne donne la tsédaka dans un but désintéressé, elle crée un ange par le mérite de sa bonne action. Si cela est vrai d’un don consenti à un simple mortel, combien alors l’est encore davantage une contribution pour la construction du Tabernacle ou d’un centre d’étude pour la Torah ! Cela ressemble à un homme qui apporterait un cadeau à un roi puissant. Si ce présent est accepté, le donateur est plus heureux que s’il avait lui-même reçu du roi une importante récompense ! Offrir un présent au Roi constitue d’avantage un cadeau reçu qu’un don. Par conséquent, si Hachem désire accepter un présent des enfants d’Israël pour construire le Tabernacle, ils ne donnent pas, mais au contraire, prennent ; ils retirent de leur contribution la bénédiction et la protection divines. Puissions-nous avoir le mérite d’assister à la reconstruction du 3ème Temple de Jérusalem ! Amen.

(Source : Beith Loubavitch – Yanki Tauber – Tali Loewenthal, Chabbad.com – Yvan Lellouche, Israël Actualité – Jacob ben Isaac Achkenazi de Janow, Commentaire sur la Torah – Rav M. Chriqui et le Dr A.G. Morali, l’Essence de la Torah)

CULTURE JUDAÏSME – La paracha de la semaine du mois de chevate 5774 (janvier 2014)

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POUR L’AMOUR DE SION

Je suis devenue Juive – Reviens vers ton Peuple

Voici la dernière vidéo du Rav Dynovisz. Celle-ci est exceptionnelle, puisqu’elle présente une juive du nom de Tsipora Odaya, une amie très chère, que beaucoup d’entre vous connaissaient depuis quelques années sous un autre nom. En effet, elle rédigeait des articles sur différents sites juifs. Certains d’entre vous l’ont peut-être déjà vue sur le petit écran voici quelques années, elle avait alors  été interviewée à plusieurs reprises à la regrettée télévision juive française TFJ.

Il y a 9 ans, cette femme non juive qui vivait en France, a eu le courage de quitter sa Corse natale et de tout laisser derrière elle pour monter en Israël pour se mettre au service du peuple juif, d’abord en tant que bénévole chez Tsahal, puis, plus tard, dans les maisons de retraite, où elle aidait les personnes âgées, dont beaucoup étaient des rescapées de la Shoah. Elle y apportait chaleur humaine et optimisme à des gens devenus physiquement dépendants. Après de nombreuses et longues épreuves, son courage a été récompensé et elle est enfin revenue vers son peuple. Regardez, c’est très émouvant…

Voir la vidéo : http://bneadam.tv/video.php?video_id=9941

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La paracha hebdomadaire avec Modia :

PARACHA DE LA SEMAINE 
Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 18e paracha de la Torah et la 5e paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : « Michpatim, les statuts de l’amour réel ». Chémote (L’Exode) 21, 1 – 24, 18. 

En voici l’axe: La cohérence du religieux et de l’acte – Une initiation de base au judaïsme, jusqu’au sommet. Ch. 19, 5 : « Et maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous serez pour moi un trésor choisi parmi tous les peuples, car à moi est toute la terre ». .
* Thèmes que vous pouvez ici étudier :
Le sens de cette unité de la vie divine et de nos actes sociaux. CLIQUEZ ICIEt cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones): CLIQUEZ ICI
NOUVELLES
Liberman, le ministre des Affaires étrangères d’Israël convoque les ambassadeurs européens pour protester devant eux au sujet de la campagne de déligitimation que leurs pays mènent contre Israël.
A contrario, le Premier ministre du Canada agit ostensiblement dans le monde pour rectifier et il valorise constamment les droits d’Israël; il sera reçu pendant 4 jours en Israël. Les Etats européens sont pourtant les plus mal placés pour mener cette campagne anti-israélienne en raison de leur histoire récente qu’on ne peut oublier et qu’ils ravivent sans pudeur dans leur agression.
Rav Yehoshua Rahamim Dufour
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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre.

Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

18e Paracha – Michpatim : Les lois – Chémote (L’Exode) 21, 1 – 24, 18

Les points principaux de la paracha : Les ordonnances divines qui régissent la conduite du juif envers son prochain : le serviteur et la servante juifs, le meurtrier et celui qui tue accidentellement. Lois concernant les juges. Lois concernant le respect des parents, des juges, d’Hachem, de la veuve, de l’orphelin ainsi que de l’étranger. L’interdit concernant le mélange de la viande et du lait La mitsva des sacrifices lors des fêtes L’interdiction de travailler le chabbat ainsi que la septième année : la chémita. Hachem annonce à Moché que dorénavant un ange conduira les enfants d’Israël. Moché monte au ciel pour recevoir les lou’hote, (tables de la loi) A la suite de la révélation du Sinaï, D.ieu promulgue une série de lois à l’adresse du peuple d’Israël. Elles incluent les lois relatives au serviteur contractuel, aux peines sanctionnant le meurtre, le rapt, l’agression et le vol, les lois civiles relatives aux réparations des dommages, aux prêts financiers, et à la responsabilité des quatre catégories de gardiens, ainsi que les lois régissant le procédé judiciaire mené par les tribunaux. Sont également enseignées les lois mettant en garde contre le fait de maltraiter les étrangers. L’observance des fêtes saisonnières et des offrandes agricoles qui devaient être apportées au Saint Temple à Jérusalem. L’interdiction de cuire de la viande avec du lait et la mitsva de prier. D.ieu promet de mener le peuple d’Israël à la Terre Sainte et les prévient de ne pas adopter les comportements païens de ses habitants actuels. Le peuple juif proclame  « Nous ferons puis nous comprendrons » tout ce que D.ieu nous commande. Laissant Aaron et Hour en charge du camp israélite, Moïse gravit le mont Sinaï et y demeure pendant quarante jours et quarante nuits pour recevoir la Torah de D.ieu.

 Sepharad.org aborde la loi du talion dont nous parle la Torah cette semaine : « oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, contusion pour contusion » . (Ex. XXI 24,25)  Le principe de base de la justice pénale repose sur la peine proportionnée au délit. C’est ainsi que s’énonce la justice pure dans le cadre du droit mosaïque. Son mode d’application fixé par la loi orale se traduit par la réparation du préjudice, sous forme de dommages et intérêts. La loi orale s’inspire de l’esprit de la loi écrite qui a pour vocation de proclamer les principes fondamentaux dans leur pureté originelle, de manière stricte et intransigeante. La règle du talion a fait l’objet de critiques ; elle fut ramenée à un niveau de civilisation primitive, contraire à une conscience juridique évoluée. Mais ces objections ne sont pas fondées, car dans son application la doctrine juive est d’une grande humanité. L’indication nous est fournie à travers l’exemple du premier précepte moral adressé à l’homme. En effet, la défense d’Adam et Eve de ne point manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tout au début de l’histoire universelle, renferme en elle la reconnaissance par l’homme de ce qu’il doit considérer comme bien, et ce qu’il doit rejeter comme mal.

Chimchon Raphaël Hirsch écrit : « C’est par la maîtrise des tentations des sens que l’homme devient homme, et cet acte d’auto-discipline se situe perpétuellement au commencement de l’oeuvre de l’éducation morale. Encore aujourd’hui toute exigence de la loi divine place chacun de nous devant l’arbre de la connaissance, et appelle sa décision, soit pour obéir à la voix de nos sens, de notre fantaisie impure, de notre instinct animal, soit pour obéir, conscients de notre mission supérieure à la voix de l’Eternel. » Le Zohar dit : « C’est en vertu de la grâce de l’Eternel qu’Il commua la peine de mort prévue dans le plan initial suite à la faute, en celle du bannissement du paradis, et de la vie en exil. Cette attitude donne aux hommes l’exemple à suivre dans tous les temps. » La forme spécifique que le droit mosaïque a donnée à la règle du talion, bien que d’une rigueur certaine, d’une quête de l’absolu, n’est en fait que plus objective.

Le Grand Rabbin Elie Munk écrit à ce propos : « La loi du talion est la négation du juridisme empirique ou politique d’une cité ou d’un empire, des économies de grâces des religions, des équilibres approximatifs des systèmes humains ; il est l’affirmation que tout se pèse et se paie en métaphysique comme en psychologie, en morale comme en sociologie, et dès le présente autant que dans l’avenir, individuellement et collectivement. Aucun des systèmes de rechange si souvent proposés n’atteint le même degré de logique, de justice et aussi d’efficacité morale et pédagogique. » Rappelons que toute atteinte au prochain, à l’instar de ce qui est rapporté dans les versets précités, occasionne un double préjudice. Et c’est en rapport avec cela que s’effectue la réparation.

Le dommage présente un aspect matériel, financier ; l’auteur du délit est condamné au 5 exigences suivantes : 1) la réparation du dommage en lui-même ; celui de la valeur vénale d’un oeil, d’une dent, etc… 2) le dédommagement de la souffrance infligée 3) le versement du coût de la médication et des soins à la lésion causée 4) l’indemnité de chômage 5) l’assistance morale pour la gêne endurée. Hormis cela, l’auteur du délit ayant provoqué chez la victime un désagrément moral et une épreuve psychologique pour lesquels ceux-ci n’ont nulle autre forme et moyen de réparation que la demande du pardon auprès de la victime. Précisons enfin que si la Torah avait usé d’un langage clairement évident en ce qui concerne la réparation matérielle, nous en aurions conclu que c’est là l’élément essentiel. L’expression controversée et néanmoins divine « oeil pour oeil » a le mérite de souligner que la personne rendue coupable doit réaliser la dimension du mal causé comme si elle devait l’éprouver ; car c’est ainsi seulement qu’elle peut accéder au pardon. Mais la Torah a fait preuve de compassion et ne réclame que la réparation matérielle et morale. A signaler enfin que le rabbin Elie Munk rapporte que le « jus talionis » a été affirmé par Kant comme par les fondateurs du droit international, comme fondement universellement valable de la justice pénale.

Dans la paracha on nous présente le début d’un code civil exemplaire, celui de la société hébraïque et évoque notamment le cas de ce qui, en français est mal traduit par l’ « esclavage » au temps des Hébreux. En effet, le mot « eved«  chez les hébreux signifiait« serviteur attaché à une maison », ce qui n’a rien à voir avec le concept de l’esclave tel que l’ont compris à leur avantage les autres peuples en exploitant à outrance l’être humain sans aucun égard pour sa personne.. Chez les hébreux, le serviteur avait un statut privilégié ; certes il devait travailler, mais les gens trop pauvres pour subvenir eux-mêmes à leurs besoins avaient à leur disposition ce moyen de survivre grâce au gîte et au couvert contre leur travail et les individus qui avaient commis un vol par exemple devenaient  le serviteur de la famille qu’ils ‘avaient volée et qui pouvaient l’acquérir pour une durée limitée dans le temps. Le but de cet servitude était pédagogique.

La Bible ne vient pas prôner l’esclavagisme, mais plutôt humaniser la relation entre les hommes, en ayant pour objectif de construire une société où la justice leur permettra de vivre dans le respect mutuel et la paix, car dans la société antique le maître n’a que des droits sur son serviteur, droit de vie ou de mort alors que le sujet n’a que des devoirs vis-à-vis de son souverain. Il est certain que le fait de se retrouver serviteur attaché à une maison de celui à qui il a volé donnera au voleur une leçon, mais il faut bien comprendre que la vente du voleur en tant que serviteur n’est pas une sorte de vengeance ou une simple punition. En réalité, cela a une vraie valeur éducative et pédagogique. Il s’agit de faire prendre conscience au voleur qu’il est néfaste de voler, de sorte qu’il ne récidive pas. La Torah punit toujours avec équité et le judaïsme est un système de pensée intelligent, qui tente de remédier à un problème par sa racine. Ainsi, le voleur ayant pris quelque chose qui ne lui appartenait pas, la Torah le dépossèdera de ce qui lui appartient afin qu’il ressente ce que perdre ses biens signifie, ce qui l’immunisera probablement contre toute récidive de vol. Car c’est en vivant la condition de serviteur que le voleur s’écartera du vol. C’est en se voyant éloigné de sa femme et de ses enfants qu’il ressentira la peine qu’a pu connaître la personne qu’il a volée. La Torah sait cela.

Mais cette paracha vient également nous enseigner que le maître a aussi des devoirs vis-à-vis de son serviteur. Si, par exemple le propriétaire blesse son domestique, il doit immédiatement le  libérer, car le serviteur possède également des droits. Nahmanide nous enseigne : « Si cette paracha commence par le cas du serviteur attaché à une maison, c’est pour t’apprendre qu’il doit être libéré la 7ème année.» Il sera donc libre une fois sa peine accomplie et jusque-là il doit recevoir nourriture, habillement et logement. Mais la Torah nous enseigne qu il a également droit au respect et qu’on doit apprendre à l’encourager, le respecter, en un mot le considérer comme soi-même (une étincelle divine ne réside-t-elle pas en tout homme ? C’est là un très bel enseignement de la Torah dont les nations feraient bien de s’inspirer ! Précisons, comme nous le dit le Rav Dov Lumbroso Roth, que si l’on est attentif à ces lois de société, on peut comprendre comment se comporter dans la vie quotidienne. Il rappelle aussi très justement que la Torah est au fondement même de toutes les valeurs et lois civiles qui régissent aujourd’hui le monde démocratique et sans que les nations prennent elles-mêmes conscience qu’elles sont puisées dans la Torah.

L’état de serviteur hébreu attaché à une maison est plus un incident de parcours qu’une fatalité et le serviteur  étranger garde sa dimension humaine : De ce fait, le sort du serviteur dans la législation juive est meilleur que celui de l’esclave du monde gréco-romain. Le Kéli Yaqar (Chlomo Èfrayim de Lunchits – né en Pologne, mort à Prague en 1619) souligne que ce serviteur, vendu pour vol commis qu’il ne peut rembourser, est coupable de 3 fautes principales : 1/ voler les biens de son prochain; 2/ tromper le propriétaire du bien volé; 3/ trahir la Providence. Pour chacune de ces fautes, il mérite une année de servitude. Néanmoins devant s’acquitter, en raison de l’amende qui le frappe, du double paiement, il servira son maître pendant 6 ans.

Le serviteur hébreu attaché à une maison est donc en quelque sorte en « stage de réinsertion » à l’issue duquel il devra reprendre sa place au sein de la société. Il travaille donc au service de son maître pour une durée limitée à 6 années, mais la 7ème année, il sera libéré. (Exode 21, 1) Le maître a pour devoir de le traiter aussi bien que lui-même. Pendant toute la période où le serviteur est sous son toit, son maître a l’obligation de le nourrir, des mêmes mets que ceux qu’il consomme lui-même, de le loger et de le blanchir en échange de son travail. Il n’a pas le droit de l’humilier, comme il est écrit dans (Job 31, 13) « Si j’ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante quand ils contestaient avec moi… » (Rambam/Maïmonide, Hilkhoth’avadim 9,12) Il arrive même que le serviteur ne veuille plus s’en aller, son temps de servage terminé, pour ga gner sa vie par lui-même, s’étant attaché à ses maîtres, qui prennent toutes les décisions pour lui.

Dans ce cas, « si le serviteur dit : J’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas être affranchi, son maître l’amènera par-devant le tribunal, on le placera près d’une porte ou d’un poteau et son maître lui percera l’oreille avec un poinçon et il servira indéfiniment » (Chemote 21,1-6). Dans la Torah orale, l’expression en hébreu (indéfiniment, ou à jamais) « ôlam » signifie en réalité jusqu’au jubilée de la 50èmeannée. Le maître approchera alors le serviteur du linteau de la porte et lui poinçonnera l’oreille droite à l’endroit où on appose généralement la mézouza (sur le côté droit du montant de la porte). Hatam Sofèr dit que le maître, en achetant un serviteur sait qu’en réalité il s’est acquis un maître (cf. Ârakhine 30a). Mais à la fin des 6 années de service en ne reprenant pas sa liberté, il dévoile qu’il a une nature de serviteur. Pour vouloir demeurer le serviteur de l’homme et non celui d’Hachem, il doit être poinçonné.

Le Talmud traduit la symbolique de l’oreille et de la porte en insistant sur 2 évènements majeurs auxquels le serviteur n’a pas prêté oreille : la sortie d’Egypte et le don de la Torah au Sinaï, qui font de l’homme un être vraiment libre. Rabbi Chimon, fils de Rabbi, expliquait : en quoi la porte ou son poteau diffèrent-ils de tout autre objet de la maison ? L’Eternel dit «  la porte et son poteau furent témoins en Egypte Au moment où je passais par-dessus le linteau et les deux poteaux (à Pessa’h, où les Hébreux avaient peint leurs linteaux avec le sang de l’agneau pascal pour qu’Haqadoch Baroukh Hou repère facilement les maisons des hébreux pour épargner leurs premiers nés) Quand je dis « Les enfants d’Israël sont mes serviteurs » et non pas des serviteurs  des serviteurs. Et je les délivrai de l’esclavage vers la liberté, et celui-ci va à présent s’acheter un maître ? Qu’il soit marqué d’un poinçon en leur présence ! » En effet, le message divin du « Chema Israel  » Hachem Elohénou, Hachem E’had » (écoute Israël, l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est Un (Deut. 6,4), qui demande aux Enfants d’Israël de n’avoir que D.ieu pour Maître et non un être humain, semble ici mal compris par cet homme qui accepte d’aliéner sa liberté à un autre homme. (Exode 21, 5-6)

Quant au serviteur non juif attaché à une maison, il a le statut d’un converti. Il doit pratiquer toutes les mitsvote de la Torah à l’exception des mitsvote actives qui dépendent du temps. Son maître doit affranchir son serviteur non juif s’il le prive de l’usage d’un de ses membres (Chemote 21, 23). S’il le tue, il est condamné à mort (Chemote 21, 20 ; Sanhédrin 71b). Il est interdit de livrer à son maître un serviteur fugitif (Devarim 23, 16). Le peuple hébreu apprend ainsi que celui qui se met au service d’une tierce personne doit être respecté et ne subir aucune humiliation. On vient ainsi nous enseigner que dans le cas du serviteur d’origine étrangère, il s’agissait d’une première étape en vue de son intégration (sa conversion en termes religieux) dans la communauté juive. Dans ce cas, il pouvait acquérir pleinement les droits réservés à tout autre fidèle de la communauté, sans aucune forme d’exclusion. Tout cela nous enseigne que l’Eternel manifeste sa compassion envers toutes Ses créatures. La Torah illustre ici le principe énoncé dans Avot 6, 2. que l’homme n’est véritablement libre que s’il se met au service de D.ieu. Bien sûr, la Torah contraint l’homme à l’obéissance, mais le fait même d’obéir à D.ieu est déjà le premier acte de la liberté de l’homme.

Le nom de la paracha de cette semaine est « Michpatim » (lois). Il existe plusieurs mots pour dire « lois » en hébreu. Tous ont une signification semblable, mais légèrement nuancée. Michpatim ou « jugements » fait référence à des lois qui peuvent être aisément comprises par l’intellect humain, comme ne pas voler ou ne pas tuer. De fait, la plupart des ldois contenues dans la paracha sont de cette nature. Un autre terme – Houkim ou « statuts » – évoque les lois qui ne sont pas ordinairement accessibles à l’entendement humain. Un exemple de ces lois est fourni par l’interdiction de mélanger le lait et la viande, également présente dans la paracha. À bon nombre de reprises dans notre histoire, des lois de cette catégorie nous ont présenté un défi. À certaines époques, les non-juifs se sont moqués de notre ferme adhésion à ces lois. Et à notre époque, gouvernée par la rationalité, de nombreux Juifs se demandent pourquoi elles sont nécessaires. Néanmoins les ‘Houkim constituent un aspect important de notre lien avec D.ieu. Une troisième catégorie de lois est appelée Edout, « témoignage ». Le commandement d’observer la fête de Pessa’h en fait partie. Nous observons cette fête en témoignage et comme signe du fait que D.ieu nous a sortis d’Égypte. Sans la Torah, nous n’aurions pas pensé à ce commandement. Mais comme nous le possédons, il prend tout son sens.

Il est intéressant d’observer que l’atmosphère totalement miraculeuse de la paracha de la semaine dernière, dans laquelle D.ieu s’adresse à toute la nation, depuis le Mont Sinaï, est suivie des lois apparemment ordinaires et très terre-à-terre, paracha dont le nom est précisément Michpatim. Nous aurions pu nous attendre à ce que nous soit demandé un aspect plus intense de notre relation avec D.ieu, comme il peut s’exprimer, par exemple, dans les « statuts » irrationnels ou tout au moins dans les « témoignages ». Pourquoi l’accent est-il plutôt mis cette semaine sur de simples lois de justice entre un homme et son prochain ?  La réponse à cela est que ce fait en lui-même nous aide à saisir un aspect essentiel de la Torah et de son dessein. Il existe une dimension physique à la vie : le monde matériel de la vie de tous les jours. Mais il y a aussi une dimension spirituelle et divine, un royaume de pureté et de sainteté infinies.

Le but de la Torah est de réunir ces deux dimensions. Par notre adhésion aux lois de la Torah, notre vie quotidienne, dans sa « normalité », devient une expression du divin. Cette notion est soulignée par la juxtaposition de ces deux parachas. La semaine passée, nous avons lu la paracha qui racontait la révélation de D.ieu. Cette semaine, nous lisons celle qui traite de la vie de tous les jours, des lois simples, que chacun peut comprendre. La force de la Torah est telle que l’inspiration du Sinaï devient compréhensible et significative au niveau de notre vie quotidienne. Par la Torah, ces deux dimensions se trouvent réunies. Dans les détails de la vie pratique, vécue conformément à la Torah, nous découvrons la Présence du divin. (Librement adapté du Likoutei Si’hot du Rabbi de Loubavitch, vol. 16, p. 247)

Après la révélation au Mont Sinaï, D.ieu transmet au peuple juif une série de lois. Une première partie est constituée de comman­dements d’ordre social (interdiction du meurtre, du kidnapping, du vol, les lois sur les dommages corporels ou financiers, les règles régissant les tri­bunaux, etc.. Il transmet aussi le devoir de respecter l’étranger, ainsi que les commandements liés aux trois fêtes de pèlerinage (Pessa’h, Chavouot et Souccot) et les prélèvements agricoles qu’il convient d’offrir à cette occasion à Jérusalem. Nous trouvons enfin l’interdiction de mélanger du lait et de la viande ainsi que le devoir de la prière. D.ieu renouvelle la promesse de donner au peuple juif la Terre Promise et l’enjoint de se garder d’adopter les comportements païens de ceux qui y habitent encore. Le peuple juif s’engage dans les termes : « Nous ferons et nous écouterons »ce que D.ieu leur de­mande. Laissant la charge du camp à Aharon et ‘Hour (le fils de Myriam), Moché monte sur le Mont Sinaï pour une période de 40 jours et 40 nuits afin d’y recevoir la Torah…

Dans la paracha, sont juxtaposés deux thèmes n’ayant à priori aucun rapport apparent. Ainsi, on parle d’abord du séducteur, puis des sor cières (qu’on doit empêcher de vivre) ! Ces deux thèmes ne semblent pas avoir de rapport ! Comment expliquer leur juxtaposition ? En fait, Hachem créa dans le monde, des forces distinctes pouvant agir dans n’importe quel cadre, qu’il soit bon ou mauvais. A nous de diriger ces forces dans le bon sens ! Ainsi, la sorcière utilise de l’énergie (créée aussi par Hachem) pour supprimer certaines choses qu’elle n’est pas prête à accepter, ou bien pour créer les objets de son désir.

On retrouve cette même problématique chez le séducteur. En effet, le séducteur se sert de la force de la parole, pour transformer la réalité telle qu’il la désire pour lui : il va convaincre une jeune fille de le suivre, prétendant que c’est pour son bien à elle. Il veut concrétiser ses fantasmes, avec cette force créée par Hachem ; d’où la juxtaposition de ces deux personnages. En effet, ils utilisent les forces et énergies créées par Hachem dans un mauvais cadre. Dans notre histoire, le précurseur de la séduction fut le serpent qui séduit Hava afin qu’elle goûte l’arbre de la connaissance. Le serpent donna alors l’impression à ‘Hava de la beauté de l’extérieur, de l’inaccessible. Ce mode de pensée rejoint bien celui du séducteur et de la sorcière désirant tous deux rendre accessible l’inaccessible. Pour éviter de tomber dans ce piège, il faut confronter sa vie à la Torah qui nous donne des exigences afin de bien vivre dans la réalité. Ceci nous permettra d’utiliser les forces de la création à bon escient. A ce propos, il existe une guémara disant : « Si pendant la amida apparaît un serpent, ne bouge pas, ce qui n’est pas le cas s’il s’agit d’un scorpion ! »

En fait, lors de la prière, le divin et les plaisirs extérieurs (imagés ici par le serpent) se confrontent. Il nous arrive parfois d’être très proche du divin avec tout de même certaines incohérences et paradoxes dans notre existence quotidienne. Le conseil ici est de conti nuer à prier, et de toujours rester en contact avec notre créateur. En revanche, si un scorpion, est là, il faut s’arrêter de prier. En fait, le scorpion « akrav », a la même racine que « Ikar », l’essentiel. Le scorpion, symbolise ici l’absence d’un élément essentiel dans notre foi, et sans cela la prière n’a pas de sens. Pour cette raison, on s’arrêtera de prier s’il y a un scorpion. En effet, il symbolise l’hérésie, c’est-à-dire un refus de relation avec Hachem. Prier n’a donc plus de sens. La Torah et l’hérésie sont incompatibles. L’hérésie se retrouve chez Amalec qui introduit la notion de hasard et de doute. Nous avons le devoir de supprimer la source de l’hérésie. Ainsi, Hachem sera UN comme il est écrit dans le Chéma. Aussi, Amalec, qui n’accepte rien au dessus de lui, renie Hachem. Il prétend être au dessus de tout et avoir accès à tout ; même démarche que le séducteur et la sorcière. Soyons conscients de notre dépendance en Hachem ! Utilisons les forces de la nature comme il se doit, comme la Torah nous le prescrit ! (D’après le Gaon de Vilna)

(Sources : Chabbad.org – Sepharad.org – Rav Attoun – Rav Dov Lombroso Roth – Rabbinat du Québec – Jacques Kohn, Sheela – Communauté Online – Tali Löwenthal –  ACIBE (Association Culturelle Israélite de Brevannes et Environs)

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Site « Beyond Love »
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La paracha de la semaine avec Modia :
PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 17e paracha de la Torah et la 4e paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : Yitro Viens. Chémote (L’Exode) 18, 1 – 20, 23. En voici l’axe: Ch. 19, 5 : « Et maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous serez pour moi un trésor choisi parmi tous les peuples, car à moi est toute la terre« . Un peuple qui écoute et respecte, face au don de la Torah .

* Thèmes que vous pouvez ici étudier :
L’écoute, les conversions, les répartitions des rôles dans le judaïsme et dans la Création, les mitsvotes positives et négatives.
Et la fête de Yitro chez les Juifs de Tunisie, les Tunes! Et entendre le chant de la paracha. Et le cours d’hébreu, etc. CLIQUEZ ICI
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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

17e Paracha : Yitro Chémote (L’Exode) 18, 1 – 20, 23

Le beau-père de Moïse, Yitro, a eu connaissance des grands miracles accomplis par D.ieu pour les enfants d’Israël. Il quitte Midiane pour rejoindre le camp des Hébreux, accompagné de l’épouse de Moïse et de ses deux fils. Yitro conseille à son gendre d’établir une hiérarchie de magistrats et de juges qui l’assisteront dans sa tâche d’administrer le peuple et de rendre la justice. Le peuple campe face au mont Sinaï. Moïse monte vers D.ieu et rapporte Sa parole : « Vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte ». Et le peuple répond « Tout ce que l’É-ternel a dit nous le ferons ». Le sixième jour du troisième mois (le mois de sivan), sept semaines après la Sortie d’Egypte, le peuple d’Israël est tout entier rassemblé au pied du Mont Sinaï sur lequel D.ieu descend au milieu du tonnerre, des éclairs, d’une lourde nuée, au son du chofar, la corne de bélier. D.ieu appelle Moïse au sommet de la montagne. Il proclame les Dix Commandements : croire en D.ieu, rejeter l’idolâtrie, ne pas invoquer le nom de l’É-ternel à l’appui du mensonge, sanctifier le jour du Chabbat, honorer son père et sa mère, ne pas commettre d’homicide, ne pas commettre d’adultère, ne pas commettre de vol, ne pas porter un faux témoignage, ne pas convoiter ce qui appartient à son prochain. Les Israélites s’écrient à Moïse que l’intensité de la révélation est trop intense pour eux et lui demandent de recevoir la Torah de D.ieu et de la leur transmettre.

« Et il advint, le 3ème jour, quand vint le matin, qu’il eut des tonnerres et des éclairs, un épais nuage sur la montagne, et le son du Choffar extrêmement fort ; et le peuple tout entier dans le camp trembla. Et Moïse fit sortir le peuple du camp pour rencontrer D.ieu et ils se tinrent au pied de la montagne… Et D.ieu descendit sur le mont Sinaï, en haut de la montagne. Et D.ieu appela Moïse en haut de la montagne, et Moïse monta. » (Exode 19, 16-20) – L’événement le plus considérable de l’histoire du monde se tint le Chabbat, au 6ème  jour du mois de Sivan de l’an 2448 depuis la Création (1313 avant l’ère commune). Chabbad.org nous nous explique ce merveilleux moment de l’histoire qu’est le don de la Torah à tout un peuple. En ce jour, tout le peuple d’Israël – plus de 2 millions d’hommes, femmes et enfants (Un recensement tenu 11 mois plus tard dénombra 603 550 hommes âgés de 20 à 60 ans, ainsi que les âmes de toutes les générations futures – se rassemblèrent au pied du mont Sinaï pour recevoir la Torah de D.ieu. Depuis ce jour, cet événement fut consigné dans notre calendrier sous le nom de fête de Chavouôt, « le temps du Don de notre Torah ». Mais la Torah que nous reçûmes au Sinaï était déjà en notre possession depuis de nombreuses générations. Nos ancêtres avaient étudié et accompli toute la Torah avant même qu’elle fut donnée, observant chacune de ses lois et dispositions, y compris l’obligation de faire un érouv tavchiline (Procédé permettant de préparer des aliments le jour d’une fête pour le Chabbat qui suit immédiatement)quand une fête tombe la veille de Chabbat. (Talmud, Yoma 28b) Aucun document nou veau ne fut dévoilé au Sinaï et aucun code de comportement précédemment inconnu n’y fut révélé. Qu’est-ce donc qui nous fut donné lors du « Don de notre Torah » ?

Le Midrach explique la signification de cet événement par la parabole suivante : « Un jour, un roi décréta que le peuple de Rome avait l’interdiction de descendre en Syrie et le peuple de Syrie avait l’interdiction de monter à Rome. De la même façon, lorsque D.ieu créa le monde, Il décréta que « Les cieux appartiennent à D.ieu et la terre a été donnée à l’homme. » (Talmud, Yoma 28b)  Mais quand Il voulut donner la Torah à Israël, Il abrogea Son premier décret et déclara : Les règnes inférieurs peuvent monter vers les règnes supérieurs et les règnes supérieurs peuvent descendre dans les règnes inférieurs. Et Moi-même Je commencerai, comme il est écrit : « Et D.ieu descendit sur le Mont Sinaï » (Exode 19,20) et puis, « Et à Moïse, Il dit : monte vers D.ieu. » (Ibid.24, 19) (Midrach Tan’houma, Vaéra 15 ; Midrach Rabbah, Chemot 12,4).    

Pendant les 25 premiers siècles de l’histoire, il existait une gzérah – un décret et un schisme – qui séparait la réalité en deux mondes hermétiques : le spirituel et le matériel. Le spirituel ne pouvait pas être réellement introduit ici-bas, sa réalité même s’opposant à toute concrétisation, et le matériel ne pouvait être rendu transcendant et divin, sa nature le maintenant confiné dans la finitude et l’éphémère des règnes inférieurs. Dès lors, la Torah, qui est la sagesse et la volonté divines, ne pouvait avoir aucun effet réel sur le monde matériel. C’était un manifeste purement spirituel, ne relevant que de l’âme de l’homme et de la réalité spirituelle des cieux. Bien que ses concepts pussent être – et furent effectivement – appliqués à la vie physique, celle-ci ne pouvait pas être élevée. Elle pouvait certes être améliorée et perfectionnée jusqu’à atteindre les limites de son potentiel, mais elle ne pouvait pas transcender sa grossièreté et sa subjectivité inhérentes. Au Sinaï, D.ieu révoqua le décret qui séparait la matière et l’esprit en deux domaines distincts. D.ieu descendit sur le mont Sinaï, apportant la spiritualité des cieux à la terre. Il convoqua Moïse au sommet de la montagne, donnant à l’être humain la capacité d’élever son être physique et le monde matériel à un degré d’existence supérieur. La Torah pouvait désormais sanctifier la vie matérielle. Cette rencontre entre D.ieu et l’homme au Sinaï introduisit un nou veau phénomène : le heftsa chel kedouchah ou objet saint.

Après l’épisode du Sinaï, quand un homme matériel prend une pièce d’argent matérielle, gagnée par son labeur et ses talents matériels, et la donne à la charité, ou quand il cuit de la farine et de l’eau et en fait du pain azyme (matsa) et la consomme la première nuit de Pessa’h, ou quand il donne à un morceau de cuir une forme et des mesures spécifiques, y insère des parchemins sur lesquels sont écrits certains versets et les lie à sa tête et à son bras en tant que tefiline, l’objet avec lequel il a accompli la mitsva (commandement divin) est transformé. Une chose limitée et matérielle devient sainte et sa substance, car sa substance et sa forme incarnent désormais la réalisation d’un désir et d’un commandement divins. Les mitsvote pouvaient être – et furent effectivement – observées avant la révélation du Sinaï. Mais, parce qu’elles n’avaient pas encore été commandées par D.ieu, elles n’avaient pas le pouvoir de combler le fossé qui séparait la matière de l’esprit. Ce n’est que lorsqu’elle fut ordonnée par D.ieu, Créateur et concepteur à la fois du matériel et du spirituel, qu’une mitsva put dépasser les définitions naturelles de ces deux royaumes. Ce n’est qu’après le Sinaï qu’une mitsva put concrétiser le spirituel et sanctifier le matériel.

Un détail curieux relaté par nos Sages à propos de la révélation au Sinaï. La Torah nous dit que D.ieu prononça les 10 Commandements d’une « grande voix, qui ne cessa pas » (Deutéronome 5,19) Le Midrach donne plusieurs interprétations quant à cette description de la voix divine. L’une de ces interprétations est que le divin ne se limita pas à la langue sainte, mais résonna dans les 70 langues de l’humanité. Une autre signification est que la voix ne cessa pas ce Chabbat matin il y a quelque 3 300 ans : à travers les générations, tous les prophètes et les sages qui ont prophétisé, enseigné et approfondi la sagesse de la Torah furent la prolongation de cette voix divine, car ils n’ajoutèrent rien qui n’était déjà inhérent aux 10 Commandements. Finalement, le Midrach offre une troisième explication de cette nature « incessante » et continuelle de la voix : la voix divine au Sinaï avait ceci d’unique qu’elle ne produisait pas d’écho. Les deux premières interprétations soulignent à l’évidence l’universalité et l’éternité de la Torah. Mais qu’y a-t-il « de grand et d’incessant » dans une voix qui ne donne pas d’écho ? Pourquoi la voix divine au Sinaï devait-elle se distinguer de cette manière de tous les autres sons ? En réalité, c’est bien cette nature particulière de la communication divine – l’absence d’écho – qui exprime l’essence même de ce qui s’est passé au Sinaï. Un écho est créé lorsqu’un son rencontre une substance qui lui résiste : au lieu d’absorber ses ondes, la substance les repousse et les renvoie ainsi dans l’espace. Avant le Sinaï, la voix de la Torah avait un écho. Relevant de la spiritualité des cieux, elle ne pouvait pas véritablement pénétrer la matérialité de la terre. Certes, le monde pouvait entendre parler de la Torah et en être affecté, mais il restait un certain degré de résistance, car la Torah et le monde matériel demeuraient définis par leurs natures propres, l’une « supérieure » et l’autre « inférieure ». Au Sinaï cependant, D.ieu annula le décret qui séparait le ciel de la terre. Le monde pouvait désormais absorber complètement la voix divine. Un objet matériel pouvait dorénavant être unifié avec son rôle et sa mission. Il y a ici une importante leçon à tirer pour nous, dont la mission dans la vie est de mettre en pratique le système de valeurs et les idéaux de la Torah.

Au Sinaï, les Hébreux furent chargés de servir de « lumière pour les nations », c’est-à-dire de personnifier dans leurs propres vies et d’enseigner à toute l’humanité l’idée que, quelles que soient les conditions du moment, du lieu ou de la société, il existe une vérité et un code moral absolus, sans équivoque et divinement prescrits auxquels les Juifs doivent adhérer. Il se peut que, parfois, nous soyons confrontés à un monde apparemment indifférent, voire résistant. Il se peut que l’un ou l’autre des préceptes de la Torah paraisse ne pas s’appliquer à la réalité d’aujourd’hui. C’est pourquoi la Torah nous relate que la voix qui transmettait le message de D.ieu n’avait pas d’écho. La voix des 10 Commandements pénétra chaque objet et chaque réalité dans l’univers. De sorte que quelle que soit la résistance que nous puissions rencontrer lorsque nous les mettons en application, celle-ci n’est que superficielle et temporaire. Car au Sinaï, l’essence de chaque être créé fut rendue compatible avec, et totalement réceptive à la bonté et la perfection que D.ieu désire dans cet être.

Pourquoi la paracha du don de la Torah porte-t-elle le nom d’un ancien idolâtre ? Seules quelques Parachyiote sont nommées du nom d’individus et, quand le fait se produit, il réclame une attention toute particulière. Si cela est vrai concernant toutes les sections de la Torah, ça l’est d’autant plus dans notre Paracha, qui relate le don de la Torah. Le fait qu’elle porte le nom de « Yitro » indique qu’il existe un lien entre le personnage et cet événement. Qui était Yitro ? La Torah le décrit (Exode 18,1) comme le Cohen de Midian. Nos Sages donnent deux définitions du mot Cohen (Mekhilta sur ce verset) : a) « Gouverneur » : en effet, Yitro gouvernait la terre de Midian. b) « Prêtre ». Il conduisait le peuple de Midian dans son culte. Et de fait, nos Sages relatent (Mekhilta sur Exode 18,1 ; Zohar vol. II p. 69a ; Rachi, Exode 18,9) que Yitro avait reconnu toutes les fausses divinités du monde. Le lien entre la première interprétation et le don de la Torah est évident car il reflète la portée de l’engagement de Yitro : bien qu’il ait vécu dans la richesse et le confort, il se trouva prêt à voyager dans le désert pour écouter les paroles de la Torah. (Rachi, Exode 18,5) Mais la seconde interprétation est problématique. Nos Sages enseignent (Talmud Baba Metsia 58b, cité dans le Michné Torah, Hilkhot Mekhira 14,13) en effet qu’il est interdit de dire à un converti : « Rappelle-toi tes actes antérieurs. »

L’insigne honneur que la Torah accorde à cet homme est très significatif. Il  indique en premier que la Torah n’est pas le seul apanage du peuple juif. Cette loi universelle s’adresse à toutes les nations et Yitro représente l’exemple par excellence du païen militant qui, après avoir reconnu la futilité des cultes polythéistes dont il fut le grand-prêtre, vient adhérer corps et âme, à la Loi d’Israël. Lors de la fête de Chavouoth qui célèbre l’anniversaire de cet événement grandiose de la théophanie et du don de la Torah au Sinaï, c’est traditionnellement l’histoire de Ruth la Moabite qui est mise à l’honneur, et dont la lecture est réservée à cette occasion. De nouveau, le caractère universaliste de la Torah est mis en évidence. La Mekhilta, texte midrachique sur le livre de l’Exode, rapporte différents avis à propos des événements qui incitèrent Yitro à venir vers le peuple d’Israël. 

Avec le Grand Rabbin Chalom Benizri, nous allons voir la ou les motivations qui a ou ont conduit Yitro à la conversion.Trois Maîtres de la Michna (Rabbi Yehochoua, Rabbi Eliezer et Rabbi Eleazar Ha Modaï) s’entendent pour dire que c’est la guerre d’Amalek qui a pris à cœur Yithro, mais ce qui l’a décidé en définitive, c’est pour l’un le passage de la mer rouge, et pour l’autre, le don de la Torah. C’est là le sens de l’expression ‘vayichma Yithro’ – il a entendu, dans le sens de comprendre, d’intérioriser les choses, et non une écoute extérieure, telles les nations à l’entour qui, bien qu’ils aient entendu, ne sont pas venus. Comme il est écrit ‘des peuples apprennent et ils tremblent’ ; ‘un frisson s’empare des habitants de Philistie’. Les autres nations se sont contentées des sept lois noa’hides et n’ont pas cherché à intégrer le peuple juif, mais Yithro ne s’est pas limité à cela.

Le Rav Dufour nous enseigne ici que le bon usage de la parole nous a été donné par Avraham Avinou : c’est cela, cette « perle » dont on nous dit qu’Avraham la portait à son cou, et qui guérissait tous les malades qui la voyait : c’est cette science du bon usage de la parole. il diffusait la connaissance de D.ieu par la parole et confirmait les gens dans cette voie (Sota 10 b). Rabbénou Bé’hayé parle d’une « thérapie de la parole » (réfouate hallachone) chez Avraham envers son entourage et qui faisait que nombre d’entre eux « entraient sous les ailes de la Chékhina » (se convertissaient) et cela était pour eux un arbre de vie. C’est sur ce modèle d’Avraham que Moché parla à Yitro, avant même le Sinaï (opinion du Rambane), et c’est dans l’écoute de ce que lui dit Moché qu’il se convertit. Tout cela est l’introduction de Rabbénou Bé’hayé à la paracha.Les convertis étaient au Sinaï, et Rabbénou Bé’hayé explique les 5 premiers versets de la paracha qui montrent Yitro allant porter sa découverte aux membres de son clan pour les ramener à la conversion, puis allant avec tout le peuple au mont Sinaï. De là, par sa présence, on comprend le verset qui parle de la présence de tous les convertis à venir au Sinaï, à travers cette représentation symbolique, par cette néchama, où il est dit: « nous et tous ceux qui sont avec nous« . Le terme employé par Rabbénou Bé’hayé est, avec précision, légayére (convertir).  

Combien de fois, sinon presque toujours, les conversions sont des retours après de nombreuses générations ; ou des « néchamotes juives authentiques égarées » dans la Création pour une certaine fonction ; le travail laborieux qu’elles feront est ainsi intégré dans la gestation globale. Rabbénou Bé’hayé le montre en dévoilant cette question chez Yitro : Yitro est la 10e génération depuis… Mitsrayim (nom de l »Egypte !), fils de ‘Ham, fils de Noa’h (Noé) – Noé eut un fils, Chém, dont descend Avraham, également à la 10e génération ! – il y a également 10 générations de ‘Ham à Midiane, dont vient Yitro. Midiane est le fils qu’Avraham eut avec Qétoura, la femme qu’il épousa après la mort de Sara. Cette histoire de famille (avec le chiffre 10 qui hante cette paracha) peut sembler à la fois compliquée et curieusement très précise ; mais cela nous montre que cette « histoire » est un grand projet familial où les enjeux se jouent sur de nombreuses générations. Un point revient fréquemment sous la plume du Chla et des Sages : Yitro fait également la réparation (le tiqqoune) de l’étape de Caïn qui a été le premier meurtrier fraternel envers Abel. Quand il aborde Moché (Chémote 18, 6), Yitro lui dit : ani ‘hoténékha Yitro ba élékha (moi, ton beau-père, Yitro,  je viens vers toi) ; Moché comprend le message car il connait les règles et codes du texte et il voit que les initiales forment le mot a’hi (mon frère) et il comprend que c’est la réconciliation du meurtrier et de la victime dont ils sont chacun le rebondissement dans l’histoire, ce que la tradition appelle « le guilgoul ».

L’un des commandements donnés au Sinaï, nous dit le Rav Ygal Pizem, a des résonances qui ne peuvent aujourd’hui nous laisser indifférents. C’est le dernier. Il nous ordonne de ne pas désirer le bien d’autrui, une injonction dont la pertinence étonnera nos commentateurs : peut-on contraindre le cœur, à l’origine du désir ? Il est, aujourd’hui, un fait indéniable : ce commandement s’avère plus difficile à mettre en pratique qu’il y a encore cinquante ans. Durant des siècles, la condition humaine évolua sous le poids de la pauvreté, de la maladie et des dangers de toutes sortes. Dans de telles conditions d’existence, le désir n’avait qu’une place réduite etcela pour deux raisons : le champ d’objets et de situations « désirables » était limité. D’un autre côté, les individus pensaient plus à survivre qu’à vivre. A la différence des siècles précédents, on peut dire que notre monde se singularise par trois paramètres nouveaux : quantitativement, il est plus riche, il fonctionne par la dynamique du désir qu’il suscite chez l’autre et il est accessible à n’importe qui. La problématique de ce commandement est donc à repenser radicalement puisque la société, dans ses moindres recoins, m’incite en permanence à convoiter, qu’il s’agisse d’objets ou de situations permis ou interdits. Comment puis-je imposer un contrôle sur les sentiments et les pulsions du cœur ? Il est facile de faire comprendre à un homme l’importance du respect des parents ou la gravité de l’idolâtrie. Même une réflexion sommaire pourra l’amener à prendre conscience du poids de ces deux commandements. Mais comment cet homme pourra t-il contrôler son cœur pour ne pas convoiter la maison, la femme ou la maison de son prochain ?

La réponse à cette question se trouve à la fois dans l’architecture des 10 commandements et dans celle du corps humain : l’interdit de la convoi-tise se trouve à l’issue des dix commandements, c’est-à-dire sous les neuf autres, comme le cœur qui se situe sous la tête. A comprendre de la sorte : si D.ieu a construit le corps humain en plaçant la tête au dessus du cœur, c’est pournous faire comprendre que l’intellect doit im-poser une domination sur le cœur, en d’autres termes que les idées doivent (et peuvent) imposer une autorité sur les sentiments. Pour cela l’homme doit donner, dans sa vie quotidienne, la priorité à la réflexion et placer les sentiments après cette réflexion. C’est ainsi qu’il pourra contrôler son impulsivité. C’est ce qui peut expliquer que le premier commandement est celui de la foi. L’une des nombreuses ramifications de ce commandement consiste en la conviction que tout ce que D.ieu a donné à chacun est bien à sa place. Si par l’étude de la Thora (régulière et profonde) j’arrive à comprendre ce principe, j’aurai la force d’imprimer cette conviction dans mon cœur. Et de ce fait, je ne pourrai plus convoiter le moindre élément appartenant à mon prochain ! Mais le désir n’est plus seulement une caractéristique de la nature humaine. Il est devenu le moteur psychologique notre société. Dès lors pour réduire sa force, chacun d’entre nous se doit de consacrer dans sa vie, une part à l’étude de la Torah plus importance que celle des hommes simples des générations précédentes. Ce rajout est possible car nous disposons de plus detemps et de confort matériel. Il nous suffit d’ouvrir les livres.

Pour admettre la supérmatie de D.ieu, il est nécessaire de comprendre la source de l’idolâtrie. Le Rambam écrit (Michné Torah, Hilkhot Avodat Kokhavim 1,1) : « A l’époque d’Enoch, les hommes commirent une grave erreur… Ils dirent que D.ieu avait créé les étoiles et les sphères à travers lesquelles Il contrôlerait le monde. Il les avait placées dans les cieux et les traitait avec honneur… En conséquence, ils estimaient correct [pour l’homme] de louer et glorifier [ces entités] et de les traiter avec honneur. » Ainsi, l’adoration de fausses divinités prend-elle ses racines dans une mauvaise compréhension du fait que D.ieu influence ce monde à travers des intermédiaires. Nos Sages commentent (Midrach Béréchit Rabba 10,6 ; Zohar vol. 1 p. 251a) : « Il n’existe pas un brin d’herbe dans ce domaine [matériel] qui n’ait pas une force spirituelle l’obligeant à pousser. » Cependant, les idolâtres confèrent une autorité indépendante à ces intermédiaires, pensant qu’ils contrôlent l’influence qu’ils dispensent. En réalité, ces « dieux » ne sont rien d’autre qu’une « hache entre les mains du bûcheron » (Voir Isaïe 10,15 ; Maamar Véyadaata 5657 où ce concept est largement développé), ne possédant aucune importance ou volonté propres et c’est pourquoi il est incorrect et interdit de les servir. (5ème des 13 principes de la Foi de Maïmonidecommentaire sur la Michna, introduction au 10e chapitre de Sanhédrine.) Lorsque nos Sages ont déclaré que Yitro avait reconnu toutes les fausses divinités du monde, cela signifie qu’il connaissait tous les vecteurs par lesquels D.ieu achemine Son énergie dans le monde. Malgré sa conscience de ces forces spirituelles, il rejeta leur culte et déclara (Exode 18, 10-11) : « Béni soit D.ieu… Maintenant je sais que D.ieu est plus grand que toutes les divinités. »

Revenant à Chabbad.org, on apprent que la reconnaissance de D.ieu par Yitro ne constitua pas seulement un événement personnel. Ses mots de louange suscitèrent « la révélation de D.ieu dans Sa gloire, dans les royaumes supérieurs et inférieurs. Après cela, Il donna la Torah, dans une parfaite [confirmation de] Sa domination sur toute existence. » (Zohar vol. II p. 67b) La reconnaissance individuelle de D.ieu par Yitro exprimait le but du don de la Torah. Elle prépara le macrocosme, soit le monde entier, pour une telle révélation. Le Rambam statue : (Rambam, Michné Torah,  conclusion de Hilkhot ‘Hanouccah. La source du Rambam est sujette à débat. Le Tsema’h Tsedek (Ohr HaTorah Mishlei p. 553) cite Guittin 59b. Voir Likoutei Si’hot vol. 8 p. 349ff ) « La Torah n’a été donnée que pour faire la paix dans le monde. » Et pourtant, la paix n’est pas la raison de l’existence de la Torah. Celle-ci existait avant même la création du monde. (Midrache Téhilim 90:4, Béréchit Rabbah 88:2) Elle constitue la sagesse de D.ieu, (Tanya chap. 3) qui est Une avec Lui. (Zohar vol. I p. 24a) Et tout comme D.ieu transcende la notion de finalité, ainsi en est-t-il de la Torah. Cependant, le Rambam insiste non sur le but de la Torah elle-même, mais sur celui du don de la Torah : pourquoi celle-ci fut donnée aux mortels. Il explique que la Torah a été donnée, non seulement pour disséminer la Lumière divine, mais aussi pour cultiver la paix. Ce mot signifie l’harmonie entre des opposés. À un niveau absolu, il désigne la résolution de la dichotomie entre le physique et le spirituel, le mouvement qui permet à un monde, dans lequel la présence de D.ieu n’est pas extérieurement manifeste, de reconnaître la vérité de Son Être et d’en être imprégné.

A propos du verset : « Les cieux sont les cieux de D.ieu, mais la terre Il l’a donnée aux enfants de l’homme », (Psaumes 115, 16) nos Sages expliquent (Midrach Chemot Rabba 12:3) qu’à l’origine un décret divin séparait le physique du spirituel, c’est-à-dire que la nature de l’existence matérielle empêchait quiconque de réellement apprécier la réalité spirituelle. En effet, le mot hébraïque pour “monde”, olam, partage la même racine que le mot helèm qui signifie “dissimulation”. Mais au moment du don de la Torah, D.ieu « annula ce décret » et permit que l’unité de ces deux dimensions puisse s’opérer. Qui plus est, la paix véritable implique davantage que la simple négation de l’opposition. Le but en est que des forces, qui étaient auparavant en opposition, se reconnaissent un territoire commun et se rejoignent dans une activité positive. De même, la paix qui émane de la Torah ne consiste pas tant en une révélation divine si intense que le monde matériel est obligé de la reconnaître, qu’en une prise de conscience de D.ieu dans le contexte du monde lui-même.

D.ieu est présent dans chaque élément de l’existence. A chaque instant, la Création est renouvelée. Si la divine énergie créatrice venait à manquer, le monde retournerait au néant absolu. (Tanya, Shaar HaYi’houd VehaEmounah, ch. 1). La Torah nous permet d’apprécier cette divinité intérieure et nous permet de vivre en harmonie avec elle. Au niveau individuel, la reconnaissance de Yitro de la suprématie de D.ieu accomplit cela. Depuis le culte de « toutes les fausses divinités du monde », il en arriva à une profonde reconnaissance de la souveraineté de D.ieu. (La transformation de Yitro rendit possible le don de la Torah qui, à son tour, transforme le monde. Le Zohar (vol. III p. 47b) relie la transformation de l’existence matérielle au verset : (Ecclésiaste 2,17 ) « J’ai vu un avantage de la lumière sur l’obscurité. » Le mot Yitaron (יתרון, qui a la même racine que le nom Yitro, יתרו) signifiant « avantage » peut aussi être traduit par « qualité supérieure ». Ainsi ce verset peut être interprété comme indiquant que la lumière qui provient de la transformation de l’obscurité possède une qualité supérieure.

Deux idées découlent de cela. D’abord, que la transformation de l’obscurité résulte en une lumière supérieure à celle qui se révèlerait naturellement, et ensuite, que cette lumière supérieure n’est pas opposée au monde matériel. Au contraire, c’est l’obscurité du monde qui est sa source. Le Tanya (Chapitre 36) décrit le don de la Torah comme un avant goût de l’ère messianique. Car lorsque la Torah fut donnée, toute existence se tint dans un état d’unité absolue avec D.ieu. Pourtant, lors du don de la Torah, la révélation fut à l’initiative de D.ieu. Comme le monde n’avait pas encore été raffiné, sa nature était en opposition avec la manifestation de la Divinité,  et c’est pourquoi la révélation miraculeuse ne perdura pas. Mais, dans les siècles qui suivirent, l’observance de la Torah et de ses mitsvote par l’homme a doucement fait pénétrer la divinité dans le tissu du monde. A l’ère de la rédemption, la dichotomie sera définitivement dissoute et nous prendrons conscience que notre monde est la résidence de D.ieu. (Cf. Midrache Tan’houma, parachat Be’houkotaï, sec. 3) Adapté de : Likoutei Si’hot Vol. 11 p.74ff ; Vol. 15, p.379ff ; Vol.16, p.198

La Torah ne doit pas se lire seulement comme un livre délivrant des concepts et des notions écrits, nous disent Rav M. Chriqui et A-G. Morali, mais aussi comme la Parole du D.ieu Vivant, c’est-à-dire un enseignement oral qui se renouvelle chaque jour, par l’interprétation qu’en font les sages de chaque génération en fonction de la façon dont la Bible interpelle chaque homme à travers sa problèmatique propre. L’étude désintéressée est le moyen indispensable pour tenter de s’approcher du but le plus profond que D.ieu nous a assigné : adhérer à Lui (dévékout). L’adhésion est en effet le but ultime, comme le dit la Torah : « C’est le Seigneur ton D.ieu quer vous suivrez et que vous craindrez, vous garderez Ses prescriptions, vous écouterez Sa voix, c’est Lui que vous servirez, c’est à Lui que vous vous attacherez. » (Dévarim 13, 5) Le Talmud dit : « Comme le Seigneur est miséricordieux, toi aussi sois miséricordieux. » D.ieu ensevelit les morts, rend visite aux malades ; toi aussi, pratique ces mitsvote pour Lui ressmebler. » (Chabbat 133 b, et Rachi sur Dévarim 13,5). Le Sefer Ha’hinoukh 98a a fait de cet enseignement talmudique le 611ème commandement. Le Ramhal enseigne également que le but ultime de la Torah est d’adhérer à D.ieu, afin que l’homme puisse se rapprocher de la Racine qui lui a donné la vie. Ainsi, le lien entre le Dispensateur de la vie et le récipiendaire de celle-ci, l’homme, sera indissoluble. Et la Torah est le moyen incontournable de faire arriver ce flux de vie divin jusqu’à l’homme. Comme le dit le Zohar, la Torah est le principe géniteur de la vie.

(Sources : Chabbad.org – CISU – Grand Rabbin Chalom Benizri – Rav Dufour, Modia – Rav Ygal Pizem, Nefech ‘Haya – Rav Mordekhaï Chriqui, Dr Avraham-Gilles Morali, L’Essence de la Torah)

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                                           Image Univers Torah
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La paracha avec le site Modia :
1. PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 4e paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : Béchallah’, Il envoya . Chémote (L’Exode) 13, 17 – 17, 16. On la nomme Chabbate Chira .
* Thèmes que vous pouvez ici étudier :
Où vivre, Vers quoi vivre? Un peuple qui apprend à vivre en parfait état de marche, ayant écouté Hachém et Myriam avec confiance! CLIQUEZ ICIEt cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones): CLIQUEZ ICI

2- 

La situation médicale de Ariel Sharon (ancien Premier ministre historique, dans le coma depuis 8 ans et qui vient de subir deux attaques cérébrales nouvelles) continue à se dégrader progressivement et rapidement. Les médecins disent qu’il se bat comme un lion. Chacun sait ce qu’il y a à faire dans ces circonstances.
Netanyahou serait prêt à des concessions territoriales réciproques avec les Palestiniens.
3 – 
 
Le sens de la fête de Tou Bi Chevate
le nouvel an de la nature
avec très nombreuses splendides photos de l’auteur de ces pages. 
Voyez les différentes pages de préparation et d’étude sur la page d’accueil du site Modia : 

Bonne semaine

Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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Un magnifique cours du rav Dynovisz A NE PAS MANQUER sur la paracha Bechalla’h ci-dessous !

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

16e Paracha – Béchalla’h : Il envoya Chémote (L’Exode) 13, 17 – 17, 16 – Chabbate Chir

En résumé,  dans cette paracha, nous dit Netiv David, nous voyons le peuple qui se trouve rapidement acculé à la mer, menacé par les armées égyptiennes que Pharaon a lancées à sa poursuite. Moïse se fait l’interprète de L’anxiété du peuple auprès de D. Les rangs des armées du Pharaon sont saisis de confusion et sous la protection d’un épais nuage, Israël traverse la mer Bouge qui s’ouvre à son passage. Dans leur aveugle précipitation, les chars et les cavaliers du Pharaon prennent le chemin de la mer qui soudain se referme sur eux, engloutissant hommes et bêtes. Sur l’autre rive s’élève le chant triomphant du peuple. Myriam, à la tête des femmes juives, entonne à son tour l’hymne de la joie. Le peuple manque d’eau, des sources amères sont adoucies par l’ordre divin. Le peuple manque de viande et des cailles en grand nombre s’abattent autour du camp. Le peuple manque de pain, et la manne commence à couvrir tous les matins les alentours des tentes. Cependant, le Sabbat, institué dans son expression collective, se manifeste aussitôt, par l’arrêt de la manne en cette journée. Un incident, de nouveau dû au manque d’eau oppose Moïse au peuple. Amalek attaque Israël et, dans une courte bataille, est défait. Ordre est donné d’effacer le souvenir d’Amalek de la terre des hommes. .

Rabbi David Hanania Pinto nous dit que les Sages nous expliquent que lorsque la Mer s’est fendue pour laisser passer les bnei Israël, elle s’est fendue en 12 sentiers correspondant aux douze tribus. (La preuve scientifique vient d’en être faite à l’aide de photographies qui montrent 12 voies à l’endroit où les Enfants d’Israël sont sensés avoir traversé lors de leur sortie d’Egypte.) Dans chaque sentier, il y avait une tribu, avec entre elles une muraille d’eau. Mais pour qu’elles puissent tout de même se voir, ces murailles étaient transparentes comme du verre et des fenêtres y étaient ouvertes. Apparemment il y a lieu de s’étonner. Pourquoi tous ces miracles ont-ils été faits ? Ne suffisait-il pas d’une seule route à l’intérieur de la mer pour tous les bnei Israël, puisque le but de tout le monde était de traverser la mer ! De plus, pourquoi seraient-elles transparentes comme du verre avec des fenêtres ?

Au moment où nous sommes sortis d’Egypte, Hachem a voulu nous enseigner la voie à suivre, et les actions à faire. Chaque tribu avait ses coutumes et ses habitudes, différentes de celles des autres, c’est pourquoi Hachem leur a préparé dans la mer un sentier pour chacune. Mais même à l’intérieur de sa propre voie, l’un ne doit pas oublier l’autre, ni faire abstraction de lui, c’est pourquoi nous avons eu besoin du miracle que ces murailles soient transparentes comme du verre. Malgré tout, cela ne suffit pas, de seulement voir l’autre sans essayer de l’aider dans son épreuve, ou de se réjouir de sa joie, ce n’est pas cela la volonté du Saint béni soit-Il. C’est pourquoi Il leur a construit des fenêtres dans ces murailles, par lesquelles on pouvait se parler. De même, c’est la voie de Hachem qu’il faut suivre pour toutes les générations, comme un seul homme avec un seul cœur.

On raconte qu’un jour, on a demandé au ‘Hafets ‘Haïm : «Pourquoi les bnei Israël sont-ils divisés en toutes sortes de communautés, les sépharadim, les achkénazim, les ‘hassidim et les mitnagdim ? Pourquoi n’avons-nous pas une voie unique pour servir Hachem ?» Il l’a expliqué par une parabole. Toute armée au monde, bien que son but soit de lutter contre le même ennemi, est composée de plusieurs forces, l’aviation, la marine, les fantassins… chacun a son rôle, chacun a un travail différent de celui du voisin, mais le dénominateur commun entre eux est que tous luttent contre le même ennemi et pour le même but. De même, a expliqué le ‘Hafets ‘Haïm, le peuple d’Israël est un seul peuple, son but est de lutter contre le grand ennemi, le mauvais penchant, et c’est cela le dénominateur commun à nous tous, ainsi que le fait que nous cherchions tous à servir Hachem. Mais chacun appartient à un bataillon différent, et personne n’est meilleur que l’autre, nous sommes tous comme un seul homme avec un seul cœur.

(Exode Chapitre 17, 7-8) « 7. Il appela  ce lieu « Massa (« Provocation ») et Mériba (« Querelle »), parce que les Israélites avaient cherché querelle, et parce qu’ils avaient provoqué le Seigneur, en disant : le Seigneur est-il parmi nous ou non ? 8. Et Amalek vint à Rephidim pour faire la guerre contre Israël. » (Exode 17-13 – 17-14) «  Et Josué vainquit Amalek et son peuple, au tranchant de l’épée. L’Eternel dit à Moïse : Ecris cela dans le livre pour que le souvenir s’en conserve, et déclare à Josué que j’effacerai la mémoire d’Amalek de dessous les cieux. » (Exode 17 – 16) « Il dit : Parce que la main a été levée sur le trône de l’Eternel, il y aura guerre de l’Eternel contre Amalek, de génération en génération. (Deutéronome 25, 17- 19) « Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek, sur le chemin, à votre sortie d’Egypte. Il te rencontra en chemin, démembra tous les gens affaiblis sur tes arrières ; toi, tu étais las et épuisé, et lui ne craignait pas Dieu. Ce sera lorsque le Seigneur ton Dieu t’aura donné le repos de tous tes ennemis alentour, dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage pour l’occuper, tu effaceras le souvenir d’Amalek de dessous les cieux, ne l’oublie point.» (1 Samuel 15, 2 – 3) « Ainsi parle l’Eternel des armées : Je me souviens de ce qu’Amalek fit à Israël, lorsqu’il lui ferma le chemin à sa sortie d’Egypte. Va maintenant, frappe Amalek et dévouez par interdit tout ce qui lui appartient ; tu ne l’épargneras point, et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et brebis, chameaux et ânes. »

Raphaël Bloch, sur le site letalmud.blogspot.com cite Rachi, qui explique : « Amalek ne craignait pas D.ieu, ce qui aurait pu le retenir de vous nuire. » Après sa victoire sur Amalek , Moïse construit un autel qu’il nomme : « D.ieu m’a fait un miracle ! ». . Puis dans le verset suivant : « Il dit : car une main est sur le trône de D.ieu, il y aura une guerre de D.ieu contre Amalek de génération en génération. » On remarque dans ce verset que le mot « trône » et le nom de D.ieu sont transcrits de manière partielle. Rachi commente : « La main de D.ieu s’est levée pour prêter serment sur son trône que cette guerre et cette haine qu’Il déclare à Amalek seront éternelles. Et pourquoi le mot ‘trône’ est-il incomplet, ainsi que le nom de D.ieu ? Parce que D.ieu a juré que son nom et son trône ne seraient pas achevés tant que Amalek survivra. » Raphaël Bloch : Nous allons tenter d’avancer une explication à cette opposition clairement définie par Rachi entre le trône et le nom de D.ieu d’une part, et l’existence d’Amalek d’autre part. Nos Sages enseignent dans le Midrach : les Patriarches sont la « Merkava » (littéralement le char divin). La « Merkava » signifie la réalisation concrète de la Présence Divine. Le travail qu’ils ont accompli a permis de constituer le peuple juif, dont la mission est d’attester l’unité et le règne de D.ieu. Comme nous le savons, il y a trois Patriarches. Ce qui implique que le trône divin n’aurait que trois pieds. Le quatrième pied sera, prochainement nous l’espérons, celui que constituera le roi David en la personne de son descendant le Machia’h. C’est donc à ce moment-là que sonnera le glas pour Amalek.

Dans le traité Pessa’him 50a est citée la prophétie de Zacharie : « Et D.ieu sera Roi sur toute la terre, ce jour-là D.ieu sera un et son nom sera un. » La Guemara demande : aujourd’hui, n’est-Il pas un ? Rabbi A’ha fils de ‘Hanina répond : le monde futur n’est pas comme ce monde-ci. Dans ce monde-ci, pour de bonnes nouvelles on dit la bénédiction suivante : Béni sois-Tu qui est bon et qui fait le bien, et pour les mauvaises nouvelles, on dit : Béni sois-Tu qui est le juge de la vérité. Alors que dans le monde futur, il n’y aura que : Béni sois-Tu qui est bon et qui fait le bien. « Son nom sera un ». La Guemara demande : aujourd’hui, Son nom n’est-il pas un ? Rav Na’hman fils de Rabbi Yitz’hak répond : aujourd’hui, son nom ne se lit pas comme il s’écrit, alors que dans les temps futurs il se lira comme il s’écrit. Le nom que nous donnons à D.ieu reflète la perception que nous pouvons avoir de Lui. Grâce aux Patriarches, nous concevons que nous devons bénir D.ieu pour les mauvaises nouvelles comme pour les bonnes. Mais cela demande un effort spirituel et intellectuel qui nous permet d’affirmer : tout ce que fait D.ieu est pour le bien ! Ce décalage est l’espace d’Amalek. Il faut se souvenir qu’avant l’attaque d’Amalek, le monde entier était subjugué par les miracles de la sortie d’Egypte et de la Mer Rouge. C’est Amalek qui va se sacrifier pour semer le doute. Il va, au péril de sa vie, dévaloriser la révélation divine. Mais n’oublions pas que le véritable Amalek se situe en notre propre cœur. Luttons pour mettre fin à ce décalage entre ce que nous savons et ce que nous vivons. Alors le trône sera achevé et son nom sera un. Le peuple d’Amalek croit parfaitement en Hakadoch Baroukh Hou, mais d’après lui la résidence d’Hachem n’est qu’en haut, dans les sphères célestes, et n’a pas sa place dans le monde, si bas, de la matière. Ainsi Amalek se bat pour que la Torah, les mitsvote et donc la présence d’Hachem reste du domaine du Ciel et n’ait pas sa place sur terre.

D’où vient Amalek ? Reb Meir Schuster nous explique que la progéniture d’Amalek est l’archétype de l’ennemi du peuple juif. Son existence même est diamétralement opposée à la Torah. Les Sages décrivent le peuple d’Amalek comme étant l’essence de tout le mal dans le monde.  De nos jours, nous ne connaissons pas les descendants d’Amalek. Le concept d’ « Amalek » nous aide donc depuis la nuit des temps à comprendre le phénomène déroutant de l’anti-sémitisme, qui n’a sociologiquement aucun équivalent. Le nom même « anti-sémitisme » est unique. Il décrit la haine d’un peuple contre un groupe bien spécifique, les Juifs. Nous sommes le seul peuple au monde contre lequel il existe une telle haine. Et cela porte sur la prédiction de la Torah, qui dit que jusqu’aux temps messianiques il y aura une nation, Amalek, qui fera preuve d’une haine innée, viscérale et inexplicable envers le peuple juif.

Qui est Amalek ? Raphaël Bloch nous dit qu’il était le fils illégitime d’Elifaz et petit-fils d’Essav. En tant que tel, il est chef d’une tribu Edomite (Gen. 36, 16), les Amalécites. Sa mère, Timna, sœur de Lotan, provenait de la tribu des Horrites, dont le territoire avait été annexé à Edom. La grand-mère d’Amalek était la fille illégitime du père d’Amalek. (Genèse, 26, 12). «Timna devint concubine d’Élifaz, fils d’Ésaü ; elle lui enfanta Amalek. Tels sont les enfants de Ada, épouse d’Ésaü. » L’attaque d’Amalek contre Israël, suit exactement le moment où Israël se pose la question de la présence de D.ieu en son sein. Les rabbins remarquent que la valeur numérique de safek (doute) est égale à celle d’Amalek. Dans la tradition juive, Amalek va symboliser l’anti-Israël, celui qui veut détruire le peuple juif, au nom d’une haine viscérale. Dans la Méguila d’Esther le descendant d’Amalek n’est autre que Haman. (Exode Chapitre 17)

Aron Moss, de Chabbad.org  nous rappelle qu’Amalek était le chef des Amalécites, une tribu de nomades. Mais après avoir exterminé tous les Amalécites, le roi Saül avait épargné Agag. Ce geste allait à l’encontre de l’ordre divin transmis par le prophète Samuel. Cette erreur valut son trône à Saül. Par la suite, ainsi que le raconte le livre d’Esther, les exilés du premier Temple auront à pâtir des volontés génocidaires d’Haman, fils de Hamedata, descendant d’ Agag, roi des Amalécites. Pour les Juifs, Amalek représente donc l’archétype de l’ennemi d’Israël et des Juifs.

Il n’y a qu’une réponse aux attaques d’Amalek nous dit Aron Moss : l’annihilation. Rien ne sert d’argumenter, cela ne marche pas avec lui. Le pouvoir de ce cynisme est irrationnel. Le moment le plus intense, le plus édifiant et le plus profond de l’éveil spirituel peut être balayé en un instant par les railleries d’Amalek. L’argument le plus logique peut être détourné avec ce raccourci : « revient à la réalité ! » « Ne charrie pas ! » ou bien « Est-ce que tu te prendrais pour un saint ? » Il n’existe aucune réponse à ce genre de pique de bas étage. On ne peut combattre le cynisme de façon raisonnée. On ne peut que l’éradiquer. La prochaine fois qu’un cynique amalek se dresse contre toi, écrase-le, bats-le à son propre jeu en accomplissant des mitsvote. Sois aimable sans explication, aime ton prochain de manière irrationnelle. Deviens un héros dans ta propre bataille intérieure et libère ton âme emprisonnée. C’est ainsi que tu tueras l’amalécite.

Yanki Tauber, lui, nous apprend qu’un adage talmudique dit que « Paix » n’est pas un simple mot, c’est le nom de D.ieu. En effet, « la Torah ne fut donnée que pour établir la paix dans le monde ». Pour citer encore le Talmud : « Trois traits caractérisent les Israélites : ils sont miséricordieux, humbles et charitables ». Si quelqu’un ne possède pas ces qualités, nous sommes conduits à douter de sa judéité. Même lorsque nous sommes obligés, en tant que société, de punir les criminels ou de livrer des guerres, nous le faisons à contrecœur, sans passion, et sans haine. L’amour est la marque du Judaïsme. Certains parmi nous avancent même que c’est nous qui l’avons enseigné au monde. Aimer son prochain comme soi-même, nous dit le Talmud, est la Torah tout entière. Le reste en est le commentaire. « Il n’est pas de service de D.ieu aussi grand que le service du cœur », déclare le Zohar.

Yanki Tauber nous explique aussi que l’amour est la marque du Judaïsme. Certains parmi nous avancent même que c’est nous qui l’avons enseigné au monde. Une fois par an, cependant, dans les synagogues, on écoute la lecture de la Torah qui nous demande de haïr. Amalek ne fut pas la seule nation à nous avoir agressés. Au cours de nos 4 000 ans d’histoire, il y en eut beaucoup d’autres qui firent de même, parfois pire. Mais Amalek est particulier en ce qu’il est l’essence du mal. Il n’avait aucune raison rationnelle de nous attaquer. Il n’avait rien à y ga gner. Amalek déteste simplement le bien et cherche à le détruire partout où il s’épanouit dans le monde. Il nous est enjoint d’aimer toutes les créatures et les créations de D.ieu, y compris les moins aimables d’entre elles. Mais lorsque la haine à l’état pur se déchaine, elle doit être détruite. Parce que si vous aimez le monde de D.ieu, vous ne ressentez pas d’amour envers les forces qui cherchent à le détruire. Dans les paroles de nos Sages : « Celui qui est compatissant envers les cruels finira par être cruel envers les compatissants. »

Avec Chlomo, sur Harissa.com, nous voyons que c’est à la suite de la traversée de la mer Rouge que tous les juifs ont chanté la célèbre « Chirat Hayam » (« Az Yachir Moshe« ). La Torah distingue à ce sujet le chant des hommes de celui des femmes. Les femmes ont en effet marque une joie beaucoup plus grande lors de cette evenement, puisqu’elles ont accompagne leurs chants avec le son des tambourins et avec des danses. Ceci explique le choix de nos sages, de lire ce Chabbat comme haftarah un passage dans lequel le chant de la femme est indiqué avant celui de l’homme (« Vatachar Devora »). Le Midrach nous dit que que les anges attachés au service divin voulaient également chanter la Chira, mais que D.ieu les en a empêché, et les a retenus jusqu’à ce que les juifs aient fini de chanter. Et l’un des avis considère que c’est jusqu’à ce que les femmes, précisément, aient fini de chanter.

Pourquoi la joie des femmes fut-elle à ce point beaucoup plus intense que celle des hommes ? Tout simplement parce que leur souffrance en Egypte était supérieure à celle des hommes. Parmi les décrets imposés par Pharaon, le plus menacant de tous fut le suivant : »Tout enfant mâle qui naitra, vous le jetterez dans le fleuve« . Le coeur d’une mère est incapable de supporter une telle chose, et de tout évidence, leur douleur devait être sans comparaison avec celle des pères. Ceci explique que lors de la délivrance, leur joie était également plus profonde que celle de leurs époux. Les récits de la Torah ont nécessairement une composante éternelle, un enseignement valable pour toutes les générations. C’est à dire que les décrets de Pharaon sont bien présents dans chaque génération, mais prennent simplement des aspects différents selon les époques. Pharaon, à son époque, avait ordonne la mort physique des enfants juifs, en les noyant dans le Nil. Quant au « Pharaon » des autres générations, il aspire à l’élimination des enfants par d’autres moyens, moins cruels mais tout aussi dangereux.

A notre époque, les « décrets de Pharaon » se traduisent sur un plan spirituel. Le Pharaon de notre époque, c’est l’esprit qui règne dans le monde occidental, de considérer que l’éducation juive authentique peut être sacrifiée au profit d’autres valeurs. En obéissance à ce principe,  les enfants sont coupés de la source réelle qui nous fait vivre, qui les fait vivre, et qui est la Torah, l’élément naturel du juif. Un enfant juif, pour se développer normalement sur un plan matériel comme spirituel, en harmonie avec sa nature profonde, a besoin d’une foi forte, de l’étude de la Torah et d’une éducation vraie et profonde. Les « décrets de Pharaon » de notre époque mettent en danger l’existence du peuple juif, comme le faisaient les décrets de Pharaon de l’époque, à la différence près qu’ils prennent aujourd’hui une apparence bien plus sournoise. De même qu’en Egypte ce sont les femmes qui ont le plus souffert des décrets de Pharaon, de même à notre époque leur rôle est de se mobiliser afin d’apporter à leurs enfants l’éducation juive authentique dont ils ont besoin. Chaque femme juive doit être consciente de sa capacité à réaliser ceci, et du grand mérite qui lui est donné de donner naissance à une génération juive authentique. Par le fait qu’elles assureront à leurs enfants une véritable éducation juive, ceci aura une incidence positive sur le monde en général et elles auront elles-mêmes une réelle satisfaction de leurs enfants, et elles pourront ainsi chanter la « Chira » avec enthousiasme lors de la délivrance complète et définitive.

L’Essence de la Torah nous apprend que dans la déchirure de la mer des Joncs, la Hagada voit le plus grand de tous les miracles que D.ieu ait jamais accompli jusqu’à ce jour. Les sages de la Hagada abondent en exégèses pour prouver que les plaies qui se sont abattues sur les Egyptiens lors de cet évènement étaient 5 fois supérieures aux célèbres10 plaies d’Egypte réunies. Mais ce que vient nous enseigner ici Rabbi Yossé le Galiléen, ce n’est pas de « mesurer » les miracles, mais plutôt de nous faire saisir le message divin qui se cache derrière cette « main » de D.ieu qui délivre comme elle n’a jamais délivré jusqu’alors. Il y a là une dimension cosmique qui permettra au peuple d’Israël de conserver la foi jusqu’à l’arrivée du Messie. A partir de cette vision gigantesque de la déchirure de la mer et de l’engloutissement de tous les Egyptiens, la foi d’Israël en D.ieu et en Son prophète Moïse deviendra scellée et inébranlable. Mais que représente cette main divine pour que la foi d’Israël soit aussi solidement ancrée ? Qu’ont-ils vu au bord de cette mer des Joncs ?

Le Ramhal nous révèle que non seulement la mer s’est ouverte, mais aussi l’échelle du temps. D.ieu leur  permis de voir toute l’histoire de l’humanité, depuis les exils successifs jusqu’à la rédemption finale. Le temps n’est en effet qu’une composante de l’univers créé par D.ieu. Il peut moduler celle-ci à Son gré, et la faire disparaître ou se contracter en fonction de chaque situation. Cet événement de la déchirure de la mer Rouge est pour D.ieu le moment adéquat pour « déchirer » devant Son peuple toute la dimension de la temporalité et leur faire voir l’évolution de l’humanité à travers l’histoire. (Otsrot Ramhal, paracha Bechala’h). « Yam souf » peut aussi se lire « sof » (la fin). D.ieu choisit pour cela le lieu de la plus haute révélation divine dans l’histoire qui ait jamais eu lieu. Car à ce moment, même le mal, Pharaon  reconnaît que c’est D.ieu Qui dirige le monde, en déclarant « Qui est comme Toi, parmi les dieux, ô Eternel, qui est comme Toi, merveilleux de sainteté » : le but de la sainteté est alors atteint. Cette révélation massive n’est rien d’autre que la Chékhina (Présence divine) elle-même. Bien entendu, il est clair, pour éliminer d’emblée tout anthropomorphisme, que D.ieu ne possède pas de main, ni aucun organe susceptible de ressembler au corps humain. Mai comme le dit le Rav Isaac ‘Haver, la main de D.ieu dont parle le texte biblique correspond à une force supérieure, céleste, qui fait intervenir toutes les mains du monde de tous les êtres. (Rav Isaac ‘Haver, Pit’hé Chéarim, Netiv Igoulim veyocher, peta’h 1). « Tous les détails de toutes les forces du monde entier sont représentés par le microcosme humain, et ces forces sont appelées des noms des organes humains. Car ces noms (des organes humains) Car ces noms sont empruntés au registre des forces supérieures qui agissent sur ces organes pour leur donner la vitalité. »

La main de D.ieu, en l’occurrence, est la force supérieure qui créé l’action dans le monde (de la même façon que la main humaine est ce qui va traduire notre volonté en acte). Et cette action de D.ieu dans le monde s’appelle Chékhina, la Présence divine qui se révèle ici-bas, point de rencontre entre D.ieu et les créatures et passage obligatoire pour toutes ces créatures vers la compréhension divine. Elle est le lien qu’assure D.ieu avec le monde, et c’est par elle que le monde physique peut atteindre son tikoun, sa réparation. A savoir, que tous nos efforts, toute notre étude, toutes nos mitsvote ne doivent tendre que vers un seul et même but : réparer la Chékhina pour qu’elle s’élève et qu’elle nous élève vers les plus hauts sommets du Divin, décrits par les cabalistes comme le Keter (la couronne), idée fondamentale dans la Cabale : on ne peut accéder aux plus hauts degrés que si on a intégré en soi les degrés inférieurs. Et grâce à cette intégration, on peut transformer ces degrés inférieurs en degrés supérieurs. Ainsi, la royauté peut s’élever jusqu’à la couronne et ne faire plus qu’un avec elle. C’est le secret de la restauration de la Présence divine. Ce miracle est donc vraiment le plus grand : il transcende le temps et l’espace pour nous projeter dans l’idéal messianique de la fin des temps et de la révélation divine sur terre. Et ceci apparaît justement dans la Chira, qui vient signifier la chute du mal par D.ieu Lui-même. Les dernières forces du mal succombent dans la mer, Pharaon lui-même reconnaît que D.ieu est le Maître du monde, alors peut advenir la rédemption finale.

Il en ira de même pour la rédemption de la fin des temps, nous dit le Ramhal dans Daat Tévounot. Avant l’arrivée du Messie, il y aura une recrudescence du mal pour permettre au Bien de mieux faire éclater a contrario sa lumière : « La cause essentielle de l’existence du mal dans la direction du monde est la révélation de l’Unité, qui nécessite dans un premier temps de dévoiler le mal et de le laisser faire tout ce qui est dans sa nature afin de démontrer ensuite l’unité de Son gouvernement par la transformation du mal en Bien. Pour cette raison, le Souverain se cache et voile Sa Face et laisse le mal s’amplifier jusqu’à la dernière limite possible, c’est-à-dire jusqu’à la quasi-destruction du monde. Cette situation donnera alors un sens extrême à la révélation de Son unité dévoilée. En réparant les détériorations du mal par Sa souveraineté, la lumière sera dévoilée à partir de l’obscurité. » ((Rabbi Moché ‘Hayim Luzzatto (Ramhal) Daat Ténouvot, Les voies de la Direction divine. Traduction M. CHriqui et D. Cohen, Ed. Ramhal, 2002, P. 383))

 (Sources : Akadem – Netiv David – Rabbi David Hanania Pinto, Hevrat Pinto – Raphaël Bloch, letalmud.blogspot.com – Reb Meir Schuster, Ohr Somayach  Raphaël Bloch – Aron Moss, Chabbad.org – Yanki Tauber – Chlomo, Harissa.com – Rav Mordekhaï Chriqui, Dr A.G. Morali, L’Essence de la Torah)

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115014
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Jeudi 16 janvier sera la fête de Tou Bichvat. Retrouvez ici les différentes études sur ce thème du site Modia :

Ouvrez ces pages :

1.

 Le sens de la fête de Tou Bi Chevate, le nouvel an de la nature.

Photos de l’auteur. Copyright.

2.
L’enseignement de chaque jour du mois de Chevate.

Photos de l’auteur. Copyright.

3.

La beauté intime de Jérusalem dans le mois de Chevate et à Tou bi Chevate Ma yadidote michkénotéikha,(Psaume 84,2) Quelles sont aimables Tes  
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4.
La beauté intime de Jérusalem en Chevate et à Tou bi Chevate (suite)

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Notre pureté et notre sensibilité en Chevate et àTou bi Chevate

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6.
Nous sommes la preuve de la présence du Créateur.

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7. NOUS NE SOMMES PAS SEULEMENT LES TÉMOINS EXTERNES DE CE DUO D’AMOUR. LISEZ DONC AUSSI LES POÈMES DE « NOTRE insertion et PARTICIPATION DIRECTE DANS CE DUO D’AMOUR ». LISEZ pour cela PLUS DE 32 POÈMES QUI SONT AINSI NOS BATTEMENTS DE COEUR (32 est la guématria de coeur, lev, en hébreu). Cliquez pour cela sur chaque des noms des poèmes de la rubrique « Amour d’Esther et du Roi » sur cette page :
http://www.modia.org/poeme/multilingues/amour-ester.htm

La paracha avec le site Modia :

1.

PARACHA DE LA SEMAINE – Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la 3e paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : Bo, Viens Chémote (L’Exode) 10, 1 – 13, 7 .
* Thèmes que vous pouvez ici étudier : 
Comment re-créer et renouveler le mois et le couple! 
Comment ne pas vivre dans les ténèbres d’Egypte!

LIEN    http://www.modia.org/tora/chemote/bo.php

Et cette étude en anglais de la paracha (pour vos amis anglophones):

LIEN    http://www.modia.org/modia-english/shemot/bo.htm

2.

Nouvelles significatives très délicates: suivez-les chaque jour sur ce lien; vous apprendrez la réalité vécue par Israël:

Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

15e Paracha – Bo : Viens Chémote (L’Exode) 10, 1 – 13, 7

Les trois dernières plaies s’abattent sur l’Égypte : un immense nuage de sauterelles dévore toutes les plantations ; une obscurité épaisse et palpable enveloppe le pays et tous les premiers-nés de l’Égypte sont tués à minuit du 15ème jour du mois de nis sane. D.ieu ordonne la première mitsva (commandement) au peuple d’Israël : établir un calendrier basé sur la renaissance périodique de la lune. Les Israélites doivent également offrir à D.ieu un « sacrifice pascal » : un agneau ou un chevreau doit être égorgé et son sang doit être aspergé sur les montants et le linteau de la porte de chaque foyer juif afin que D.ieu « saute par-dessus » ces maisons lorsqu’Il ira tuer les premiers-nés égyptiens. La viande grillée du sacrifice devra être consommée ce soir-là avec de la matsa (du pain azyme – non levé) et des herbes amères. La mort des premiers-nés finit par briser la résistance de Pharaon et il renvoie les Enfants d’Israël de sa terre. Ils partent en telle hâte que leur pâte n’a pas le temps de lever et le seul pain qu’ils peuvent emporter est de la matsa. Avant de partir, ils demandent à leurs voisins égyptiens de l’or, de l’argent et des vêtements, vidant l’Égypte de ses richesses. Les Enfants d’Israël reçoivent le commandement de consacrer tous leurs premiers-nés et de célébrer l’anniversaire de l’Exode chaque année en éliminant tout levain de leurs possessions pendant sept jours, en mangeant de la matsa et en racontant l’histoire de leur délivrance à leurs enfants. Il leur est aussi commandé de porter des téfilines sur le bras et la tête chaque jour (sauf le Chabbat et les jours de fête) pour se rappeler l’Exode et leur engagement envers D.ieu qui en a découlé.

« Tu le raconteras à ton fils et à ton petit fils… » Qui n’a pas été intrigué, depuis son enfance, par ce rite étrange et fascinant, nous demande  Shmouel Darmon ? Des ingrédients spéciaux, un plateau qu’on couvre et qu’on découvre, qu’on retire de la table  puis qu’on ramène ? Un morceau de matsa caché puis dévoilé et consommé en fin de repas… Beaucoup d’interrogations… L’éducation dans la Torah commence par le questionnement : ma zé ? Qu’est-ce que c’est ? Et les Sages nous disent que les lettres du mot Adam, l’homme, ont la même valeur numérique (45), que le mot Ma, quoi ? Clin d’oeil pour nous dire que l’homme est avant tout une question. Question très difficile, tellement difficile que de nombreuses lunes sont déjà passées, et qu’il y en a encore qui y réfléchissent… Mais l’homme-question se construit lui-même par les interrogations qu’il ose se poser sur le monde environnant, et sur lui-même, son monde intérieur, si riche et pourtant si méconnu. La Torah agit comme miroir du questionnement, tout en donnant un semblant de réponse,  qui renvoie et réfléchit une autre question, et encore une autre, à l’infini. A l’image d’un rayon lumineux qui irait frapper un prisme, et qui se réfléchirait, à l’infini. Il n’existerait alors qu’une seule question, un peu comme la lumière qui contient bien des nuances colorées, les fameuses 7 couleurs de l’arc en ciel. Une seule question, mais des centaines de nuances…

En manière d’éducation, il n’existe pas hélas de recette miracle. La Torah nous dit simplement d’éduquer l’enfant selon sa voie. La sienne, pas la nôtre. Pas ce que nous imaginons être le meilleur pour lui. Je connais des personnes qui se sont pleinement épanouies dans le domaine de la Torah. La Yéchiva les a aidé à structurer leurs pensées, leur appris à partager aussi. Elle leur a permis, pour ceux qui l’ont quitté ensuite, d’affronter la vie en mettant le maximum  de chance de leur côté. Par contre, d’autres personnes ont eu moins de chance. Elles n’ont pas supporté le rythme effréné, la force de l’étude quotidienne. Elles auraient pu  s’en sortir, si elles avaient eu un enseignement plus adapté, plus sensible à leurs vrais besoins. Car la Torah est le remède de l’âme, mais comme tout remède, il faut faire attention  aux quantités. Il y en a qui supportent avec joie, mishnayote sur mishnayote, daf sur daf de guémara ! Mais il y en a d’autres qui n’ont pas la même sim’ha et les mêmes capacités dans l’étude.

Le danger est donc que ces néchamote (âmes) finissent par tout rejeter. Comme le dit le roi Salomon : « si tu as trouvé du miel, consomme-en modérément, de peur que ton coeur ne finisse par le rejeter. » Car quel drame si d’un côté, on assiste à une jeunesse en perdition, à la recherche de repères  que la société ambiante est bien incapable de leur transmettre, et si de l’autre, des âmes plus fragiles prennent le prétexte de la Yéchiva pour tout rejeter par la suite ! Dans les deux cas, quel héritage leurs enfants de la génération suivante recevront-ils ? Il est donc clair qu’il est impossible de brader totalement un enfant, et en même temps impossible de le laisser gâcher sa vie dans un laxisme absolu. Dans cette génération proche de la venue du Mashia’h, tous les Sages de la génération étant formels, il devient urgent de sensibiliser les parents sur l’importance des valeurs de la Torah, seule garante de la survie d’Israël en gola (exil). La Torah, oui ! Mais pas dans l’angoisse ! La Torah, oui ! Mais pas dans la peur ! Réussir à transmettre à ses enfants l’enthousiasme et la sim’ha (joie) de la Torah, c’est avoir remporté la moitié de la victoire !

Aux parents qui n’ont pas eu la chance de recevoir une transmission, sachez qu’il n’est pas trop tard ! Chaque juif, chaque juive, a une part dans la Torah. Et même si le dialogue parent-enfant a été jonché d’incompréhensions et de rancune, il n’est jamais trop tard, pour une fois de plus, recommencer. Commencer une nouvelle fois autour d’une question. Et petit à petit, parvenir à injecter la émouna, (la foi) et le retour à la Torah. Sachez qu’aucun effort n’est vraiment vain. De toutes nos tentatives, il reste toujours quelque chose. Un petit point lumineux qui brille, et qu’il ne tient qu’à nous de raviver. A ceux qui sont loin de la Torah,  qu’ils se souviennent de leur Créateur ! Et à ceux qui sont penchés sur leur guémara, du matin au soir qu’ils n’oublient pas leurs frères et soeurs dans les ténèbres qui n’ont pas eu cette chance de se connecter à l’héritage si riche du Sinaï !

La sortie d’Egypte fut précédée par les 10 plaies qui révélèrent la toute puissance de D.ieu sur les forces de la nature. Le mot Ness possède plusieurs sens en hébreu : il désigne le miracle, mais aussi l’étendard et l’épreuve. Si la langue hébraïque est pauvre en vocabulaire, elle est riche par les sens qu’elle véhicule. Quel lien peut-il donc exister entre tous ses termes ? L’épreuve, quelle soit morale, spirituelle, intellectuelle ou physique, représente le dépassement de ses propres limites. L’épreuve ne consiste pas tant à réaliser l’impossible qu’à accomplir l’extraordinaire. Un examen réussie signifie que nous avions plus de force que nous l’imaginions. Cette victoire sur nous-mêmes deviendra notre étendard. C’est là le miracle que l’homme peut réaliser. De la même manière que Dieu dépasse sa transcendance pour agir dans le monde immanent, ainsi l’individu est-il capable de quitter sa propre nature limitée pour réaliser l’exploit moral, intellectuel ou physique. Chaque fois que Dieu fait des miracles c’est pour rappeler que l’homme peut lui aussi réaliser l’acte surnaturel par excellence : le respect et l’amour du prochain. Mais le pharaon resta sourd à la leçon.

Elisha Greenbaum nous apprend que le Rabbi de Loubavitch s’interrogeait sur la raison pour laquelle D.ieu a tant insisté sur le fait de tout faire Lui-même. Pourquoi n’a-t-Il pas laissé quelque chose à faire aux anges ?Pourquoi fallait-il absolument relever que D.ieu a agi seul ? Dans un commentaire, le Rabbi a expliqué que D.ieu nous enseigne ici ce qu’il faut faire face à des personnes en détresse. De temps en temps nous croisons des gens qui ont besoin de notre aide et il est de notre devoir de répondre à leur appel. Cela peut parfois être pénible, voire éprouvant, mais nous devons être prêts à sacrifier notre confort pour sauver un autre Juif, à « descendre en Égypte », à quitter notre position de confort et de facilité pour s’engager dans un bourbier parsemé d’embûches et de dangers. Aucun sacrifice n’est trop grand. Il a tout fait Lui-même sans attendre que des anges jouent un rôle.

Il serait tellement facile de se détendre et de laisser le gros du travail aux autres. « Évidemment que je remplirai mon rôle. J’entends bien participer à l’effort commun. Toutefois, il est clair que sauver le monde doit être une action collective. Je me satisfais parfaitement de ma petite part de gloire. Personne ne m’en voudra si j’attends d’être rejoint par d’autres avant de faire un pas en avant. » Mais ce n’est pas la leçon que nous apprenons de D.ieu. Il a tout fait Lui-même sans attendre que des anges ou d’autres protagonistes jouent leur rôle. Quand vous voyez quelqu’un qui attend d’être sauvé, ne restez pas en arrière avec la foule des spectateurs. Joignez-vous aux efforts de secours. Les personnes en danger n’ont pas le temps d’attendre que vous ayez terminé d’ergoter sur la chaîne de commandement ; elles attendent que vous les sauviez. Si nous voyons un problème, il nous revient de lui apporter une solution. Si nous apprenons que quelqu’un subit un tort, nous devons nous battre pour lui. Sa cause est notre cause, ses besoins sont notre responsabilité. Nous n’attendons pas que d’autres nous relayent. Nous acceptons avec reconnaissance notre mission de sauver le monde et de forger l’avenir.

Yehuda-Israël Rück nous dit que dans son commentaire sur la Torah (Chémot 13, 16), le Ramban écrit : « Après avoir pris connaissance des miracles éclatants et dévoilés, l’homme doit ensuite accéder à la prise de conscience de la réalité des miracles cachés, car ils qui constituent le fondement sur lequel repose toute la Torah. Et aucun homme ne saurait avoir part à la Torah de Moché rabbénou tant qu’il n’est pas d’abord persuadé que tous les évènements que nous vivons (mikréinou) et toutes les choses du monde qui nous arrivent (devaréinou) – en tant qu’individu ou comme collectivité – relèvent tous du miracle proprement dit, puisque rien au monde ne comporte de dimension normative (téva), quelle qu’elle soit, ni aucune forme de régularité (minhago chel olam) »… Contemporains de la sortie d’Egypte, les miracles nous révèlent en effet que les lois du monde sont en dernière instance l’expression du dévoilement de D.ieu dans la nature et dans l’Histoire. Que la Création toute entière est intimement liée au régime d’une première nécessité : celle du « séder Eloki ». Les miracles n’ont donc de sens que pour autant où ils sont vécus comme une sorte de surdétermination métaphysique qui, en se déployant à partir des injonctions divines les plus hautes jusque dans l’épaisseur du réel, pousse l’homme de cette révélation à y inscrire sa propre existence présente. Et tel serait l’enseignement qu’ont gravés en nous les « plaies d’Egypte » : Israël ne devient qui il est que lorsqu’il assume sa qualité de peuple de D.ieu, c’est-à-dire lorsqu’il engage son être dans la révélation d’une autre modalité du réel.

D’après le Ramban, l’une des fonctions primordiales du miracle serait ainsi de rappeler à l’homme que tous les phénomènes de la nature qui l’entoure et ceux de sa propre identité sont tous révélateurs du rapport qu’il entretient avec la révélation divine, un rapport qui n’est autre que l’expression de sa responsabilité. Car, de même que la nature ou les principes qui sous-tendent la compréhension du monde sont la manifestation ici-bas des dispositions par lesquelles D.ieu se dévoile, exprimant de la sorte Sa conduite du monde (hachga’ha – Sa providence), en vertu d’un véritable mouvement de va-et-vient entre le Créateur et ses créatures, ils sont aussi autant de dimensions matérielles du monde données à l’homme comme moyens d’accès au divin. Autant de marques laissées au cœur du réel, qui nous permettent de nous lier à Sa réalité, d’entrer en dialogue avec Lui. Cette surdétermination métaphysique dont les miracles sont le signe nous révèlerait alors que la création toute entière est dans son essence même, dans ses lois et dans ses phénomènes, convocation de l’existence humaine dans son rapport au dévoilement de la transcendance. L’existence juive n’est pas neutre. Elle est le lieu où s’exprime la parole de D.ieu. Elle ce lien, ce nœud dont parle le Maharal de Prague à propos du miracle : « Kécher vé’Hibour, une véritable unité entre le monde tel qu’il nous est donné à voir et la transcendance ». Un lien qui répond « à une rationalité qui lui est propre » (Gvourot haChem, deuxième préface, p.7).

La sortie d’Egypte et avant elle, l’alliance contractée avec les Avote, (les Pères) sont inexorablement liées au projet divin, plaçant Israël face à la terrible responsabilité d’expérimenter le monde comme le déroulement d’un processus gouverné par une intention et menant vers un but. Problème existentiel s’il en est, puisqu’il place au centre de la providence et donc de la direction divine du monde, non pas D.ieu seul, mais l’homme Israël. L’expérience des miracles aura pour toujours jeté notre peuple au cœur d’une odyssée où il doit désormais faire tout ce qui est en son pouvoir afin d’exprimer de manière la plus authentique possible la volonté divine présidant à son dévoilement dans le réel, c’est-à-dire dans l’Histoire. Car, comme l’enseigne le « Netsiv », si ce n’est pas lui qui s’en charge, l’Eternel le fera à sa place. A telle enseigne qu’à l’heure de la sortie d’Egypte, en même temps qu’apparaît le peuple de D.ieu (l’effet), est rendue visible dans le monde, sous le mode de l’universel, sa cause métaphysique : l’existence de D.ieu elle-même. Et, s’élevant alors au-dessus de la nature, le peuple juif fait alors l’expérience de sa propre dimension surnaturelle et miraculeuse, un goût à l’existence qui ne le quittera plus. Etant liée en son essence même aux miracles de la sortie d’Egypte et de la révélation sinaïtique, la subjectivité d’Israël a montré qu’il existe une dimension du sensé foudroyant le cadre de la nature et de l’Histoire, pour y laisser s’exprimer le dévoilement de la transcendance, la vraie place de la créature.

Sommes-nous vraiment conscients de notre liberté ? nous demande Madame Hassoun, de la synagogue de la rue Henri Murger à Paris/En Egypte, les Juifs ont exprimé leur liberté en refusant de se soumettre aux mœurs des Egyptiens. Grâce à 3 choses ils ont été libérés, alors qu’ils étaient plongés dans les 49 degrés d’impureté, tel un embryon baignant dans les eaux de sa mère : ils n’ont pas changé leur nom, leur vêtement (les femmes juives s’habillaient de manière décente et comme des princesses), et leur langue (l’hébreu). La sortie d’Egypte est comparée à la naissance d’un bébé… C’est un véritable miracle engendré par de nombreuses souffrances. On peut se demander pourquoi Hachem est descendu lui-même en Egypte et n’a pas envoyé des anges pour délivrer les bnei Israel ? Car l’impureté des juifs à cette époque était tellement élevée que les anges accusaient les juifs! Hachem n’a donc pas voulu les envoyer car il savait qu’ils ne les sauveraient pas. Les femmes ont eu leur mot à dire. Qui a dit qu’une femme juive devait s’effacer ? Bien au contraire… Les hommes, déprimés par l’esclavage, se sont séparés d’elles. Elles ont gémi, pleuré, se sont plaint à Hachem… et Il les a écouté. Le Zohar Hakadoch nous révèle que les larmes d’une femme qui souffre de l’indifférence que son mari lui porte montent directement chez Hachem… et ainsi la délivrance est enclenchée… Si les femmes n’avaient pas été là pour dire à leur mari : « Je ne suis pas d’accord que tu te laisses décourager par les décrets de Pharaon, j’aurai des enfants, en exil, et avec toi… (et leur redonner confiance en eux… et en Hachem) », nous ne serions pas là aujourd’hui.

La liberté dans le Judaisme, c’est être maître de ses pulsions, de ses instincts, mais surtout la liberté est de se soumettre à un Roi Eternel, Miséricordieux, qui nous offre ce cadeau, cet épanouissement qu’est la Torah. Qui a dit que la Torah était contraignante ?… Pharaon lui-même. Lorsque Moïse lui redemande à sortir d’Egypte, ce dernier lui répond : « A quoi cela sert il ? Vous allez sortir de mon pays pour être contraint à servir votre D.ieu.  Quelle corvée ! Restez ici ! ». Mais Moïse parle au nom du peuple juif « Ce que tu appelles contrainte pour nous c’est une Joie, une fête ». Ce Pharaon peut être camouflé dans nos maisons. Soupirer lorsqu’un pauvre nous tend la main, être de mauvaise humeur et stressé avant l’entrée de Chabat, traîner la patte lorsqu’il s’agit de cuisiner les préparatifs de chabat, tout cela est susceptible d’être remarqué et assimilé par nos enfants, ou par nos invités. Ils comprendront bien vite, à tort, que Chabat est une corvée, un stress… et ainsi reprendront en quelque sorte les idées que Pharaon diffusait il y a 3 000 ans. Que nous méritions d’être libérés de cet exil dans la joie.

On peut se poser la question : Pourquoi 10 plaies successives, et pas une seule énorme ? On peut trouver la comparaison suivante : un homme qui marche dans le désert et qui trouve un énorme lingot d’or sur son chemin ressentira une joie immense d’un coup, mais après ça, plus rien. Tandis que ce même homme qui marche dans le désert et trouve un petit lingot d’or sera très heureux, puis quelques minutes après trouve un autre lingot, il sera encore plus heureux et prendre encore plus conscience de la notion de miracle. Ainsi le but des 10 plaies étaient d’augmenter la simh’a des juifs. Pour finir, rappelez vous toujours de votre valeur, ayez la satisfaction dès que vous faites une bonne action. Essayer d’élever un maximum de matériel (une table, en étudiant dessus, un frigidaire en mettant de la nourriture casher dedans…).

« Tu le raconteras à ton fils et à ton petit fils… » Qui n’a pas été intrigué, depuis son enfance, par ce rite étrange et fascinant, nous demande  Shmouel Darmon ? Des ingrédients spéciaux, un plateau qu’on couvre et qu’on découvre, qu’on retire de la table  puis qu’on ramène ? Un morceau de matsa caché puis dévoilé et consommé en fin de repas… Beaucoup d’interrogations… L’éducation dans la Torah commence par le questionnement : ma zé ? Qu’est-ce que c’est ? Et les Sages nous disent que les lettres du mot Adam, l’homme, ont la même valeur numérique (45), que le mot Ma, quoi ? Clin d’oeil pour nous dire que l’homme est avant tout une question. Question très difficile, tellement difficile que de nombreuses lunes sont déjà passées, et qu’il y en a encore qui y réfléchissent… Mais l’homme-question se construit lui-même par les interrogations qu’il ose se poser sur le monde environnant, et sur lui-même, son monde intérieur, si riche et pourtant si méconnu. La Torah agit comme miroir du questionnement, tout en donnant un semblant de réponse,  qui renvoie et réfléchit une autre question, et encore une autre, à l’infini. A l’image d’un rayon lumineux qui irait frapper un prisme, et qui se réfléchirait, à l’infini. Il n’existerait alors qu’une seule question, un peu comme la lumière qui contient bien des nuances colorées, les fameuses 7 couleurs de l’arc en ciel. Une seule question, mais des centaines de nuances…

En manière d’éducation, il n’existe pas hélas de recette miracle. La Torah nous dit simplement d’éduquer l’enfant selon sa voie. La sienne, pas la nôtre. Pas ce que nous imaginons être le meilleur pour lui. Je connais des personnes qui se sont pleinement épanouies dans le domaine de la Torah. La Yéchiva les a aidé à structurer leurs pensées, leur appris à partager aussi. Elle leur a permis, pour ceux qui l’ont quitté ensuite, d’affronter la vie en mettant le maximum  de chance de leur côté. Par contre, d’autres personnes ont eu moins de chance. Elles n’ont pas supporté le rythme effréné, la force de l’étude quotidienne. Elles auraient pu  s’en sortir, si elles avaient eu un enseignement plus adapté, plus sensible à leurs vrais besoins. Car la Torah est le remède de l’âme, mais comme tout remède, il faut faire attention  aux quantités. Il y en a qui supportent avec joie, mishnayote sur mishnayote, daf sur daf de guémara ! Mais il y en a d’autres qui n’ont pas la même sim’ha et les mêmes capacités dans l’étude.

Le danger est donc que ces néchamote (âmes) finissent par tout rejeter. Comme le dit le roi Salomon : « si tu as trouvé du miel, consomme-en modérément, de peur que ton coeur ne finisse par le rejeter. » Car quel drame si d’un côté, on assiste à une jeunesse en perdition, à la recherche de repères  que la société ambiante est bien incapable de leur transmettre, et si de l’autre, des âmes plus fragiles prennent le prétexte de la Yéchiva pour tout rejeter par la suite ! Dans les deux cas, quel héritage leurs enfants de la génération suivante recevront-ils ? Il est donc clair qu’il est impossible de brader totalement un enfant, et en même temps impossible de le laisser gâcher sa vie dans un laxisme absolu. Dans cette génération proche de la venue du Mashia’h, tous les Sages de la génération étant formels, il devient urgent de sensibiliser les parents sur l’importance des valeurs de la Torah, seule garante de la survie d’Israël en gola (exil). La Torah, oui ! Mais pas dans l’angoisse ! La Torah, oui ! Mais pas dans la peur ! Réussir à transmettre à ses enfants l’enthousiasme et la sim’ha (joie) de la Torah, c’est avoir remporté la moitié de la victoire !

Aux parents qui n’ont pas eu la chance de recevoir une transmission, sachez qu’il n’est pas trop tard ! Chaque juif, chaque juive, a une part dans la Torah. Et même si le dialogue parent-enfant a été jonché d’incompréhensions et de rancune, il n’est jamais trop tard, pour une fois de plus, recommencer. Commencer une nouvelle fois autour d’une question. Et petit à petit, parvenir à injecter la émouna, (la foi) et le retour à la Torah. Sachez qu’aucun effort n’est vraiment vain. De toutes nos tentatives, il reste toujours quelque chose. Un petit point lumineux qui brille, et qu’il ne tient qu’à nous de raviver. A ceux qui sont loin de la Torah,  qu’ils se souviennent de leur Créateur ! Et à ceux qui sont penchés sur leur guémara, du matin au soir qu’ils n’oublient pas leurs frères et soeurs dans les ténèbres qui n’ont pas eu cette chance de se connecter à l’héritage si riche du Sinaï !

Après les fameuses 10 plaies, la paracha de Bo est très particulière. Eytan Fiszon nous dit qu’elle vient donner le tampon de cachérisation de la sortie d’Egypte. Au début du chapitre 12. D.ieu nous donne la première mitsva en tant que peuple, c’est le fait de changer de calendrier, et ainsi de changer le point de vue de l’Histoire. Commençant par le mois de nis san, par le printemps, l’Histoire devient un vecteur optimiste et non pessimiste comme elle l’était sous le règne égyptien en commençant par tichri, l’automne.Le Philosophe Paul Valery disait : »les civilisations se savent mortelles! ». A cela répond le Maaral de Prague par son livre  »Netzah Israël », l’éternité d’Israël. Il y a donc une mitsva de sanctifier le nouveau mois qui débute, cela se fait lors de la nouvelle lune. Et Rachi d’expliquer que Moché a eu du mal à comprendre comment faire. La raison est apportée dans le Talmud (Baba batra 75a) : »le visage de Moché est semblable au soleil alors que celui de Yeochoua est comme la lune ». Moché est total, perfection faite Homme, il ne peut saisir qu’il y a de la sainteté dans une lune pas encore pleine, il est semblable au soleil, toujours rond ! Rachi nous dit que D.ieu lui a montré la nouvelle lune et pour ce faire il lui a montré le coucher du soleil (seul moment où la lune et le soleil sont visibles) ainsi il lui montre son successeur, Yeochoua, semblable à la lune, capable de dévoiler la sainteté qu’il y a dans le perfectionnement et non juste dans la perfection. L’évolution constante est la valeur de la Terre d’Israël, c’est pourquoi Yeochoua nous y conduira.

L’un des passages peut être les plus étonnants apparaît quelques 5 versets plus haut. Nous racontant la sortie concrète des enfants d’Israël, la Torah vient nous dire que les chiens n’ont pas aboyé. . Certes il y avait des chiens en Egypte, mais pourquoi la Torah nous en parle-t-elle ? La Torah parle d’animaux de temps à autres mais ce n’est pas un livre zoologique, même les chats, divinisés  en Egypte ne sont pas mentionnés. Alors pourquoi le chien ! Selon le Perek Chira, livre écrit par le roi David par esprit prophétique, toutes les créatures chantent la louange du créateur. Et ceux qui viennent clore cet éloge magnifique ne sont autres que les chiens. Mais que disent ces créatures, symbole de  »Houtzpa » : »venez, prosternons nous et soumettons  nous,  et recevons la bénédiction devant l’Eternel notre D.ieu’‘. Le culot provient du fait que la personne se pense être la source des valeurs, mais en réalité, tout ce qu’il demande est un dévoilement réel de LA véritable source de vie. Peut être y-a-t-il également un lien avec le fait que le chien, Anubis, est la divinité représentant le passage de cette vie à l’autre selon la mythologie égyptienne. La momification montre que la conception de l’éternité n’était alors basée que sur la matière, et ici D.ieu dévoile la vraie valeur de l’infini. Si les chiens n’ont donc pas aboyé, c’est que durant la sortie d’Egypte, même le culot a trouvé à qui parler.

Selon le Rachbam la mitsva de tefilin qui se trouve à la fin de la paracha est bien  »deoraita » (de la Torah) bien que n’étant pas inscrite. Elle représente donc la force de la loi orale, la tradition d’Israël. Ceci étant, quel est son rapport avec l’Egypte ? La réponse se trouve au Louvre dans la section égyptologie, ou dans d’autres séries télévisées inspirées de l’Egypte antique, ou nous pouvons voir que les Pharaons et leurs familles portaient eux aussi des Tefilin comme marque de la grandeur de L’Egypte. Un serpent entre les yeux et sur le bras. Nous sortons d’Egypte et prenons sa force avec nous sans oublier de la corriger. Le bijou égyptien qui était circulaire représentant une Egypte dominée par le cycle de la nature est récupéré par le peuple élu qui le transforme en ligne droite représentant un idéal basé sur la morale. La force de la sortie d’Egypte provient de la transmission de la tradition du peuple juif. Cette tradition nous révèle qu’en Egypte, D.ieu s’est dévoilé à  l’humanité et ainsi lui a montré  qu’il était la source de vie et qu’il voulait que le peuple d’Israël soit le vecteur de son dévoilement. C’est pourquoi lorsqu’il sort, même les chiens ne se sentent pas l’envie d’aboyer. Leur appel de révélation est entendu, et ils ne leur reste  plus qu’à accomplir le deuxième stade de leur louange, se prosterner devant celui qui transmet le message divin. Pour que cette réalité de délivrance soit viable, D.ieu nous enseigne la dimension de sainteté qu’il y a dans le perfectionnement, valeur intrinsèque à l’Homme.

Grâce à  tous ces évènements, ceux de l’Egypte qui ont su ouvrir les yeux suffisamment grands ne peuvent que devenir les représentants de l’humanité, ces fameuses armées de D.ieu qui portent sur leur dos les enfants d’Israël,  tel un cortège militaire avançant avec leur drapeau bien brandi,  pour annoncer au monde quel est l’idéal qu’il proclame.  Ce drapeau, antithèse de l’Egypte  et sa grande pyramide ne prônant qu’une dimension de dévoilement du haut vers le bas vient apporter sa réponse, un deuxième triangle dévoilant le lien de bas en haut qui doit exister. Tout ceci bordé de deux lignes montrant le chemin à suivre tel un Talit bordant les 4 coins de la vie de l’homme, et peigné de cette couleur  »tehelet », azur, magnifique qui nous rappelle la source de vie. C’est cela le tampon de cachérisation de la sortie d’Egypte, pas simplement une sortie mais le départ vers l’identité nationale d’Israël en Terre d’Israël, pouvant devenir le réel vecteur du dévoilement divin. Rousseau avait dit que le monde ne saurait ce que les juifs ont réellement à dire que lorsqu’ils auront des universités à eux où  ils pourront parler sans crainte des nations.

Voyons maintenant les dimensions célestes des 10 plaies avec le Rav Mordékhaï Chriqui et le Dr Avraham-Gilles Morali. Cette paracha est celle de la délivrance à proprement parler. On y voit le peuple d’Israël quitter pour toujours l’Egypte, et commencer la marche vers la liberté qui les amènera au pied du mont Sinaï pour recevoir la Torah. Mais pour atteindre ce sommet, il aura fallu d’abord passer par les 10 plaies. Celles-ci se divisent en 2 : les 7 premières contenues dans la paracha Vaéra, et les 3 dernières dans notre paracha. Cette séparation n’est évidemment pas arbitraire (comme tout le reste dans la Torah). Le chiffre 10 est, dans la tradition juive, un élément fondateur : il vient signifier les 10 paroles avec lesquelles D.ieu a créé le monde (les 10 maamarote) et les 10 commandements, le Décalogue révélé au mont Sinaï ; (dans le 1er chapitre de Berechit, on trouve 10 fois « et D.ieu dit », qui font intervenir 10 actes créateurs) dans le monde cabalistique, il renvoie aux 10 sefirote. Il y a entre ces 3 catégories de 10 éléments (les 10 maamarote, les 10 plaies et les 10 commandements) u lien ontologique représenté par les 10 sefirote, qi font passer le monde d’un élément à un autre en vue d’une toujours plus grande révélation de l’Unité divine. En effet, par les 10 paroles créatrices de D.ieu, s’effectue le passage du néant à l’existence du monde de la nature ; puis par les 10 plaies, D.ieu montre qu’Il peut annuler ces mêmes lois qu’Il a créées ; enfin, avec les 10 commandements, le monde accède à un niveau plus élevé de révélation de D.ieu, la Torah.

Dans le Sefer Hayetsira (le Livre de la création), attribué par la tradition au patriarche Abraham lui-même, on peut lire : « Par 32 voies mystérieuses de sagesse, D.ieu a créé le monde… » Ce sont les 10 nombres primordiaux (les séfirote) et les 22 lettres de l’alphabet hébreu. Les séfirote donc dès le début de la création et vont être constituées de deux éléments qui semblent contradictoires l’un avec l’autre, mais qui en fait se complètent pour qu’il y ait conjonction possible entre le spirituel et le matériel, la lumière et le réceptacle « or vékéli ». (Par réceptacle, il ne faut pas entendre un « vase » dans lequel on enfermerait un peu de lumière divine, mais plutôt le principe de limitation qui permettrait d’isoler une parcelle de la lumière divine, un peu comme un écran qui nous permettrait de fixer quelques images d’un film qui tournerait à très grande vitesse. Pour le Ramhal, le kéli se définit comme l’idée de la fonction.) Les séfirote seront donc comme le « patron », la structure première à partir de laquelle tous les existants vont prendre forme, au fur et à mesure de leur apparition, d’abord dans le monde spirituel, puis dans le monde matériel.

Il nous semble qu’on peut établir un parallèle entre les 10 séfirote et les 10 plaies, comme le fait par exemple le « Maguid Mecharim » (du Rav Yosef Karo, qui sont des commentaires sur la paracha Bo.) Tout d’abord, le chiffre en soi est plus qu’une allusion au parallèle entre les 2 concepts. Ensuite, on trouve, à propos des 10 plaies, la racine sfor (de sefira), qui signifie aussi raconter : « J’ai endurci le cœur de Pharaon, afin que je place Mes signes (les plaies) au milieu d’eux, et afin que tu racontes (tesaper) à ton fils, à ton petit-fils, ce que J’ai fait aux Egyptiens… et vous saurez que Je suis l’Eternel ». (Chemote 10, 1-2) Dans ce verset, d’après l’enseignement du Maguid Mecharim, sont associées les notions de plaies et de sefirote, même si ce n’est qu’au niveau allusif (remez). De plus, la subdivision des 10 plaies entre les 7 premières, qui sont rapportées dans la paracha Vaéra et les 3 dernières, insérées dans la paracha Bo, est également suggestive des 10 plaies. Le texte biblique met en exergue un principe fondamental de la Cabale : ce que D.ieu a créé dans le monde du Bien, Il l’a créé en parallèle dans le monde du mal : « D.ieu a fait correspondre l’un à l’autre (zé léoumat zé assa Elokim) » (Ecclésiaste 7, 14). Le Ramhal nous enseigne qu’il existe 2 systèmes que D.ieu a créés dans le monde : celui du Bien et celui du mal. Et la gloire de D.ieu ne se dévoilera dans le monde que lorsque celui-ci, dans sa totalité, aura intégré et admis le principe de l’unicité de D.ieu, c’est-à-dire qu’Il est la Source de tout, du Bien et du mal, et lorsque « l’ange du mal se prosternera devant D.ieu », c’est-à-dire lorsque le mal se transformera en Bien.

(Sources : Chabad.org – Philippe Haddad, Alliance – Elisha Greenbaum – Yehuda-Israël Rück, Chiourim.com – Madame Hassoun, de la synagogue rue Henri Murger Paris, 9èmeShmouel Darmon, overblog.com –Eytan Fiszon, Jerusalem_info – Rav Mordékhaï Chriqui et le Dr Avraham-Gilles Morali, L’Essence de la Torah)

CULTURE JUDAÏSME – La paracha de la semaine du mois de tévète 5774

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1- Voyez tous les liens en page d’accueil de Modia  
2- L’étude de la nouvelle paracha de cette semaine : notre libération et notre réalisation sur tous les plans, sens de la sortie d’Egypte :
Nous sommes vers ce futur Chabbate dans la seconde paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme : Vaéra –  » Je me suis montré  » Chémote (L’Exode) 6, 2 – 9, 35.
* Thèmes que vous pouvez ici étudier :
a) la paracha est de début de l’épopée qui va aboutir à la sortie d’Egypte. Cet épisode est si important que c’est une mitsva de s’en souvenir et de se la rappeler chaque jour (Dévarim 5, 15). Dix événements historiques seulement ont ce statut. La sortie d’Egypte est même évoquée chaque fois que l’on évoque la droiture qui est exigée dans notre comportement (ne pas avoir de faux poids ni de fausses mesures) car D. a été droit et fiable (néémane) envers nous et nous a sauvés comme Il l’avait promis .
b) La paracha va nous enseigner combien il nous est difficile d’avancer vers le bonheur, alors qu’il tient seulement à l’ouverture et à la confiance. Combien l’homme veut constamment saboter ce bonheur offert. Nous devons nous souvenir de ces épisodes comme l’application d’un ordre reçu, une mitsva, et nous souvenir également de Jérusalem comme nous le dit le psaume 137 que nous disons au moment de la cérémonie du mariage. Nous comprendrons en fin d’étude comment ces deux épisodes sont reliés en un seul dans nos défis quotidiens. Nous allons découvrir ce que cela veut dire : nous souvenir de la sortie d’Egypte et quelle est la fonction de ce souvenir.
c) Comment faire réussir le plan divin? Quatre conditions pour le Juif : – connaître la mission de son peuple, – sortir d’une terre et entrer dans l’autre – aider au projet divin – avoir confiance, bita’hone. En cette paracha, vous pourrez réaliser une étude personnelle importante sur le fond, et un grand progrès dans la maîtrise des méthodes d’étude en vous reportant aux références que vous trouverez ici.
d) Et l’étude de la haftara .
  LIEN
3- L’actualité  ou l’actu- alitée
– Grand événement. Des centaines de millions ou quelques milliards de personnes dans le monde entier vont célébrer le 25 décembre la naissance d’un petit bébé juif, mais oui: Juif. Et cela toutes opinions et religions confondues dans beaucoup de pays…
La suite ici, sur la page d’accueil : Modia
Bonne semaine, Chavouâ tov

Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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                             Vidéo de la paracha Vaéra, par le rav  Dynovisz
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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)

Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

14e Paracha – Vaéra : Je me suis montré Chémote (L’Exode) 6, 2 – 9, 35

D.ieu Se révèle à Moïse et lui répond. Il lui promet la délivrance par 4 verbes différents : Il promet de « sortir » les enfants d’Israël d’Egypte, de les « sauver », de les « délivrer », et de les « prendre comme Son Peuple » sur le Mont Sinaï pour les conduire sur la Terre Promise.Moïse et Aharon, à plusieurs reprises, se présentent devant le Pharaon pour exiger, au nom de D.ieu : « Libère Mon Peuple pour qu’il Me serve dans le désert. » A chaque fois, le Pharaon refuse. Le bâton d’Aharon se transforme en serpent. Les sorciers égyptiens en font de même mais le bâton d’Aharon avale les bâtons des sorciers égyptiens. D.ieu envoie une série de plaies sur l’Egypte. Puis, l’Egypte est frappée par une série de plaies dont nous avons le récit des sept premières dans notre Paracha. L’eau se transforme en sang, des armées de grenouilles envahissent les terres, la vermine infeste les hommes et les animaux. Des bêtes sauvages envahissent les villes, la peste tue les animaux domestiques, les ulcères touchent les égyptiens. Lors de la septième plaie, le feu et l’eau s’unissent pour former des grêlons qui, en tombant détruisent et brûlent les récoltes et les animaux. Malgré toutes ces plaies, « le coeur du pharaon était endurci et il ne laissait pas partir les enfants d’Israël, comme D.ieu l’avait annoncé à Moïse. »

C’est dans la paracha Vaéra que commence le récit des 10 plaies d’Egypte. Ce récit se poursuit dans les chapitres suivants dans la paracha Bo, jusqu’à la dernière des plaies, la mort des premiers nés Egyptiens. La Torah nous indique de façon explicite la raison pour laquelle il fallut un nombre aussi grand d’interventions divines pour mener le pharaon à décider de laisser sortir le peuple des Hébreux de cet empire dont la civilisation était devenue totalitaire. (Exode 10, 1 et 2) « Va chez le pharaon, car c’est Moi qui ait appesanti son cœur et celui de ses serviteurs, afin d’imposer ces signes (prodiges) en son sein. Et afin que tu aies à raconter à ton fils et à ton petit-fils ce que J’ai fait à l’Egypte et les signes que Je leur ai imposés. Et vous saurez que Je suis l’Eternel. » Dans ce verset, nous dit le rav Léon Askénazi, il semble que Hachem exhorte Moïse à ne pas perdre patience. Il endurcit le cœur du pharaon jusqu’à ce que lui et ses serviteurs reconnaissent l’intervention de Hachem dans l’histoire de son monde. La Torah emploie le terme Hachem pour indiquer la révélation du Créateur dans Son monde. Son attribut de Providence et de Maître de l’Histoire des hommes. Lorsqu’elle parle du Créateur comme garant des lois qui régissent les phénomènes du monde, elle emploie le terme Eloqim, qui désigne l’attribut de rigueur manifesté à travers les lois de la Création.

Pour ce qui concerne l’Egypte, si l’objectif des plaies avait été uniquement d’obliger le pharaon à laisser partir Israël, il aurait suffi d’une seule, la dernière. Elle a eu effectivement le résultat escompté : impressionner le pharaon pour qu’il comprenne que son intérêt est de laisser sortir le peuple. Mais la finalité de l’intervention divine est d’un autre ordre. Le passage du peuple d’Israël en Egypte aurait dû avoir pour résultat de transmettre le témoignage de la foi des Hébreux depuis le temps des patriarches : D.ieu n’est pas seulement le Créateur du monde et le Garant de l’ordre des lois de la nature. Il intervient dans l’histoire du monde. La « foi » d’Abraham est indiquée par le verset (Genèse 15, 6) : « Et il eut foi en Hachem et Hachem lui en fit un mérite. » Le mérite d’Abraham indiqué en ce verset n’est pas de faire confiance à une promesse de D.ieu, sachant que c’est D.ieu Lui-Même qui s’adresse à lui pour lui promettre un enfant de Sarah. Il avait déjà en effet foi en D.ieu comme Créateur du monde, Eloquim. Mais c’est précisément les lois du monde qui l’empêchent d’enfanter (« Il le fit sortir en dehors ». (Genèse 15,5) Rachi nous explique que selon le sens littéral, Il le fit sortir de sa tente pour lui montrer les étoiles. Selon le Midrach, Il lui dit : « Sors de ton histoire naturelle. Tu as vu dans les astres que tu n’étais pas destiné à  engendrer un fils. Abram n’a pas de fils, mais Abraham aura un fils. »

Croire en la promesse de Hachem en dépit de la foi préalable en Eloqim (D.ieu Créateur), est un surhaussement de la foi qui fait tout le mérite qu’indique ce verset. On aurait dû s’attendre à ce que la « mission » d’Israël en Egypte, inaugurée par Joseph, ait pour résultat ce dévoilement de la foi des Hébreux, initiée par Abraham, au sein de la civilisation égyptienne. Or, cela n’a pas été le cas. C’est pourquoi D.ieu décide d’intervenir par Lui-Même. Il est urgent de sauver Israël de l’Egypte : les 2 causes de l’érosion d’identité qui guettent notre peuple au sein des civilisations étrangères, la persécution et l’assimilation jouent à plein. Mais il ne faut pas que le passage d’Israël en Egypte soit privé de signification. C’est pourquoi les péripéties de l’intervention de D.ieu, dont le résultat doit être le salut d’Israël ont pour objet principal, cependant, d’obtenir la reconnaissance par le pharaon et ses serviteurs, du fait qu’une Volonté libre et souveraine agit à travers les plaies qui frappent l’Egypte. C’est bien ce qu’indique le récit des 7 premières plaies que relate la paracha. Les Egyptiens découvrent dans la progression des événements un principe qui s’oppose radicalement à l’impersonnel des lois de la nature (Cf. en particulier Exode 8,15). La plaie « distingue » entre Egyptiens et Hébreux. Cette découverte culminera au moment de la dernière plaie. Non seulement elle distingue entre Egyptiens et Hébreux, mais plus encore entre les premiers-nés et le reste de la famille. Le principe d’ « individualisation », que Juda Halévy défit comme étant la spécificité de la foi d’Israël, se manifeste à l’évidence : la providence de D.ieu s’attache à la destinée de chaque individu.

Pour ce qui concerne le deuxième objectif de la finalité de ces plaies, il concerne Israël lui-même : « Et afin que tu aies à raconter à ton fils et à ton petit-fils ce que J’ai fait à l’Egypte et les signes que Je leur ai imposés. Et vous saurez que Je suis Hachem ». La fin du verset indique bien qu’il était nécessaire qu’Israël soit convaincu de l’intervention de D.ieu. Et cela, pas seulement par connaissance conceptuelle des termes intellectuels de la foi d’Israël, selon laquelle le Dieu des pères n’est pas uniquement connu comme Créateur, mais aussi comme Providence, mais par expérience concrète de l’évènement qui manifeste la vérité de cette foi dans la réalité de l’expérience. Ce n’est pas « théologiquement » que les Hébreux ont été appelés à cette connaissance, mais « historiquement ». Et de fait, l’écueil que cette génération d’Israël devait éviter consistait à croire que c’était Moïse l’auteur des événements de la délivrance d’Egypte et non D.ieu Lui-Même. Il a fallu sans doute attendre l’époque contemporaine pour comprendre la portée de ce danger. En effet, de nos jours, la même erreur est largement répandue dans les cercles de Juifs croyants dits ’harédim.

Ils refusent de considérer l’évidence de l’intervention de D.ieu dans les événements qui ont permis la libération de notre peuple de l’asservissement du dernier exil. A l’instar des Juifs ignorants de la foi d’Israël, ils imputent au « sionisme » seul le mérite exclusif de cette fin d’exil, alors qu’ils n’en est que le vecteur politique, condition nécessaire mais non suffisante d’un événement aussi massif : le rassemblement des exilés après 2 000 ans d’exil. Au temps de la sortie d’Egypte, ils auraient fait cause commune avec le ‘érev rav qui avait « divinisé » Moïse comme « médiateur-libérateur » (Cf Exode 32,1) « Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’attroupa autour d’Aaron et lui dit : « Allons, fais-nous un dieu qui marche à notre tête, puisque celui-ci, Moïse, l’homme qui nous a fait monter du pays d’Egypte, nous ne savons pas ce qu’il est devenu ».   Comme eux, ils auraient fait partie de la génération perdue du désert. On se souviendra à ce propos de ce qu’enseigne le texte de la Haggada de Pessa’h au sujet du fils racha (mauvais), « celui qui se met hors de la collectivité » : « S’il avait été là-bas (en Egypte), il n’aurait pas été sauvé ». Le rav Tvi Yéhouda Kook ‘zal disait à ce propos : « Là-bas (cham), il n’aurait pas été délivré. Mais ici, maintenant, à la fin du dernier exil, il le sera, malgré lui. 

Le Rav Chlomo Aviner nous apprend que l’assimilation dévore à ce point le peuple Juif que l’on estime que 500 juifs s’assimilent chaque jour en terre d’exil, 150.000 par an, un million en 10 Ans et 6 millions en quarante années. Le Judaïsme est donc appelé à péricliter s’il reste en exil, sauf miracle ; ainsi, le Judaïsme russe reprend racine en Israël. Il est vrai que certains ilots de Torah se développent dans le monde. Mais ils ne constituent qu’une minorité. Ils font penser à ces ponts supérieurs du Titanic où l’on  continuait à danser alors que les flots avaient déjà envahi toutes les parties inférieures de l’immense navire. Le Judaïsme d’exil est appelé à la décomposition. La bulle d’oxygène prise par les juifs avant leur départ en exil a été consommée. Un juif américain interrogea, un jour, le Rav Abraham Isaac Kook (le père du rav mentionné plus haut) : « Comment pouvez-vous favoriser la alya (montée) des juifs en Israël ? Le pays ne connait-il pas une crise spirituelle très grave? » Le Rav lui répondit : « Mais ici, aussi, sévit une grave crise spirituelle, seulement, je vais t’expliquer la différence de nature de ces crises, elles constituent en terre d’Israël les douleurs de l’enfantement alors qu’elles sont les douleurs d’un agonisant en exil ». Les problèmes ne doivent donc pas nous effrayer et l’appel qui parvient à nos oreilles doit nous remplir d’espoir. Cet appel qui dit « Pars pour toi vers ton pays, vers ta nature, vers toi-même« .

Abraham représente le summum de la bonté envers les êtres. Trois jours après sa circoncision, il oublie ses souffrances et sa douleur et court inviter des anges déguisés en idolâtres. Il fait preuve d’hospitalité même envers ce qu’il combat. On raconte qu’un jour, un grand rabbin arriva incognito dans une ville et fût invité par un simple villageois. Quand, le lendemain, la nouvelle de sa visite se répandit dans la ville, les riches habitants de celle-ci offrirent l’hospitalité à ce maître mais ils furent éconduits: « Vous n’invitez chez vous que des anges ! » entendirent ils. « Hier, vous ne m’avez pas adressé la parole ». Ces habitants ne ressemblent pas au patriarche qui aime le monde entier, les hommes de valeur et ceux de moins de valeur. On raconte aussi, à propos du Rav Moche Feinstein que lorsque celui-ci vivait encore en Russie, il s’occupa, une fois, de récolter des fonds pour envoyer un malade atteint de tuberculose à la montagne. Ce malade n’était pas n’importe quel malade puisqu’il n’était pas du tout religieux et totalement éloigné de la Torah. Personne ne voulant s’en occuper, le Rav avait dû personnellement récolter des fonds pour sa guérison. Quelques années plus tard, le gouvernement communiste pratiqua une politique de guerre contre la religion juive et les rabbins en furent une cible privilégiée. Le Rav Feinstein fût convoqué par un responsable communiste.Mais, lorsque celui-ci aperçut le Rav, il ordonna immédiatement qu’on le relâche en s’expliquant: « Cet homme est un véritable communiste il ne fait aucune différence entre les êtres. C’est mon frère qu’il sauva, il y a quelques années, de la tuberculose. Et le fait qu’il n’était pas religieux ne l’a en rien découragé ».

Chifra et Pouah, sont deux sages-femmes aux qualités morales à valeur individuelle et collective.Le Rav Dov Bigon nous enseigne qu’à l’époque de la captivité en Egypte, Chifra et Pouah étaient les sages-femmes en chef, pour ainsi dire Chifra, rapporte Rachi, était le surnom de Yokhéved, mère de Moïse, du fait de sa qualité principale, prodiguer un meilleur bien-être au bébé ; Pouah, celui de Miriam, sœur de Moïse, du fait qu’elle susurrait, à l’instar des femmes qui cherchent à calmer le nourrisson. Elles se complétaient donc, travaillant au bon état physique du bébé, à sa santé, à ce qu’il reçût une alimentation convenable et qu’il fût protégé contre les intempéries. Elle lui procurait chaleur et amour, et le calmait lorsqu’il pleurait, avec calme et doigté pour lui permettre d’épanouir son âme en toute quiétude. Ces deux éminentes personnalités du peuple juif incarnaient des valeurs qui valent, certes, pour les nourrissons, mais aussi pour l’homme, en général. Durant toute sa vie, il a également besoin des qualités qu’elles incarnaient, d’un meilleur bien-être, de chaleur, d’amour  (Chémot I, 15).Tout comme le simple particulier, la nation a aussi besoin de ces qualités spirituelles qu’incarnaient les deux Sages-femmes, pour améliorer son économie, sa subsistance et sa sécurité ; valeurs qui, depuis la création de l’Etat, ont toujours eu la priorité. Mais, peut-être, ce dernier a plus encore besoin de celles qu’incarnait Pouah, renforcer notre unité en multipliant les expressions d’amour, de foi, de tolérance de dialogues et de réconciliation entre les différents courants d’opinions. Ce faisant, nous pourrons progresser ensemble sur le chemin souvent tortueux qui mène à la délivrance pleine et entière que nous espérons voir se concrétiser au plus vite.

D.ieu se révèle à Moïse. Employant les « quatre expressions de délivrance », Il promet de faire sortir les Enfants d’Israël d’Égypte, de les délivrer de leur servitude, de les rédimer et d’en faire Son peuple élu au Mont Sinaï, suite à quoi Il les conduira à la terre qu’il a promise aux Patriarches en héritage éternel. Moïse et Aharon se présentent à plusieurs reprises devant Pharaon pour exiger au nom de D.ieu « Laisse partir Mon peuple, afin qu’il puisse Me servir dans le désert », mais Pharaon refuse à chaque fois. Le bâton de Moïse se transforme en serpent et avale les bâtons magiques des sorciers égyptiens. D.ieu envoie ensuite une série de plaies sur les Égyptiens. Les eaux du Nil se changent en sang, des grenouilles envahissent le pays par millions, une vermine infeste hommes et bêtes. Des hordes d’animaux sauvages envahissent les villes, une maladie mortelle s’abat sur les animaux domestiques, de douloureux furoncles affligent les Égyptiens. Lors de la septième plaie, le feu et la glace se combinent dans des grêlons dévastateurs qui pleuvent du ciel. Toutefois, « le cœur de Pharaon s’endurcit et il ne voulut point laisser partir les enfants d’Israël ; comme D.ieu l’avait dit à Moïse. »

« Et Moïse était âgé de quatre-vingts ans, Aaron de quatre-vingt-trois ans, lorsqu’ils parlèrent au pharaon » (Exode 7, 7) Le Grand Rabbin Alain Goldmann pose la question de savoir pour quelle raison la Torah nous donne l’âge de ces deux personnages lorsqu’ils se présentèrent devant le pharaon ? Qu’est-ce que cela nous apprend ? Nous savons que jusqu’à leur apparition dans l’histoire biblique, nous avions connaissance de l’existence d’un juste cheminant pour accomplir l’œuvre de D.ieu, accomplissant les préceptes et faisant de bonnes actions, servant d’exemple par sa piété, son dévouement et sa crainte de D.ieu. A propos d’Abraham, il est écrit : « Par toi seront bénies les nations de la terre. Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il ordonne à ses enfants et aux siens d’avoir à garder le chemin de D.ieu en pratiquant la vertu et la justice. » (Genèse 18, 18-19). C’est à partir de Moïse et d’Aaron que débute l’exemple-type du libérateur et du guide brisant la tyrannie et les tyrans, soutenant les faibles, cassant les entraves et libérant les enchaînés en les ramenant à la liberté. Ils sont capables de fendre les mers pour les amener au Sinaï, pour y recevoir la Torah. C’est depuis ce temps que s’est ouverte une page nouvelle dans l’Histoire du peuple d’Israël et de toute l’humanité. Le texte biblique tient donc à nous préciser que ce temps remonte à l’époque où s’adressant au pharaon, ils acceptèrent cette mission divine nouvelle. (Selon le Akedath itshak de R. Isaac Arama)

La paracha Vaéra décrit les 7 premières des Dix Plaies, les cataclysmes que D.ieu mis en œuvre pour montrer aux Juifs, aux Égyptiens et au monde entier que Lui seul est le maître de la création et de toutes les forces qui s’y trouvent. Chabbad.org  nous dit que dans ce contexte, le terme Vaéra (« et J’apparus ») s’applique adéquatement à tout le contenu de la paracha : D.ieu « cesse de se cacher », pour ainsi dire, et manifeste Son pouvoir surnaturel et miraculeux aux yeux de toute l’humanité. Rappelons toutefois que les mots qui ouvrent cette paracha font partie de la réponse à la question accusatrice de Moïse à la fin de la paracha précédente : « Ô D.ieu, pourquoi as-Tu maltraité ce peuple ? » Bien que nous ayons vu que, dans une perspective élargie de l’histoire, Moïse ne remit pas en question la justice de D.ieu par ces paroles, le contexte implique que c’est bien ce qu’il fit. Et dans ce contexte, les premiers mots la paracha constituent la réprimande que D.ieu adresse à Moïse. D.ieu reproche à Moïse d’avoir mis Sa justice en question. C’est certainement intéressant, mais cela doit également être utile : la Torah n’aurait en effet pas relevé un incident qui semble rejaillir de manière aussi désobligeante à l’égard de Moïse s’il ne contenait pas une leçon pour nous.

Cette leçon émerge lorsque nous considérons le contexte de la question de Moïse. Moïse fut élevé dans la maison d’Amram, le plus illustre Juif de sa génération, le fils aîné de Kehath, second fils de Lévi, dont la tribu se consacra avec abnégation à préserver les enseignements et les traditions héritées des Patriarches. Aussi Moïse avait-il très certainement été bien édifié dans sa jeunesse au sujet des Patriarches et des Matriarches et de leur foi totale et inconditionnelle en D.ieu, qu’ils conservèrent même lorsqu’elle fut durement mise à l’épreuve. Mais il savait aussi que D.ieu est censé être bon et miséricordieux, que les Juifs sont Son peuple élu et que leur insoutenable souffrance avait dépassé toute justification rationnelle. C’est pourquoi, en toute sincérité, il s’écria et plaida : « Ô D.ieu, pourquoi as-Tu maltraité ce peuple ?! »

Le fait que D.ieu immortalisa cette protestation en l’inscrivant dans la Torah implique que l’erreur de Moïse ne fut pas de se plaindre contre D.ieu en soi, mais plutôt autre chose. D.ieu dit à Moïse ce qu’était cette « autre chose » en commençant Son reproche par les mots : « Je suis D.ieu, et Je suis apparu » ou littéralement « Et J’ai été vu ». Bien sûr, il est impossible de voir D.ieu, car D.ieu ne possède pas de forme physique qui puisse être captée par notre sens de la vision. Mais en énonçant Sa révélation en ces termes, D.ieu signifie qu’il est possible d’être aussi certain de Sa réalité qu’on peut l’être de ce que l’on voit de ses propres yeux. Le fait de voir quelque chose a un profond impact sur nous : nous croyons en la vérité de ce que nous avons vu. Pour cette raison, quelqu’un qui assiste à un incident qui est ensuite porté devant une cour de justice ne peut pas être celui qui jugera ce cas. Sa mémoire de ce qu’il a vu le rend en effet imperméable aux arguments des parties, qui n’auront pas d’influence sur sa version des événements. (Talmud Roch Hachana 26a). (En revanche, quand on entend seulement quelque chose de quelqu’un, un tiers peut contester la véracité de ce que nous avons entendu, voire réussir à nous faire changer d’optique.)

Ainsi, D.ieu dit-Il à Moïse : « Bien sûr, tu crois en Moi. Tu as absorbé les enseignements de ta famille et tu ne doutes pas de Moi. Mais tu dois nourrir ta foi encore davantage, jusqu’à ce qu’elle soit si concrète que tu Me voies pour ainsi dire dans la création, que tu sois si sûr de Ma réalité que rien ne puisse en ébranler ta conviction. Alors, tu ne seras plus troublé par les contradictions entre ta foi et ce qu’affirme ta raison. » Oui, D.ieu désire que nous utilisions nos capacités intellectuelles dans notre rapport avec le monde et avec Lui. Et quand cet intellect affirme que quelque chose ne va pas dans la façon dont D.ieu dirige le monde, nous ne devons pas occulter la vérité telle que nous la voyons. Nous devons nous exclamer vers D.ieu : « Pourquoi as-Tu maltraité ce peuple ? Pourquoi nous laisses-Tu souffrir ? Ne sommes-nous pas Ton peuple élu, Ton aîné ? Où est ta compassion ? Où est ta justice ? »

Mais en même temps, ces questions ne peuvent et ne doivent pas porter la moindre atteinte à notre foi absolue et inébranlable en la réalité et la bonté de D.ieu. Plus précisément, elles ne doivent nullement interférer dans l’accomplissement de toutes nos obligations dans la mise en œuvre de la volonté divine et de notre mission sur terre. Notre plainte, ardente et angoissée, et les accusations que nous lançons à D.ieu doivent coexister avec notre empressement enthousiaste à accomplir Sa volonté et notre profonde gratitude pour avoir la possibilité de l’accomplir.  Il est donc significatif que cette paracha, tout au long de laquelle le peuple juif est plongé dans les profondeurs de l’exil égyptien, s’intitule Vaéra, « J’ai été vu ». La leçon que nous devons en tirer est que nous devons simultanément refuser obstinément de nous résoudre à passer ne serait-ce qu’une minute de plus en exil, tout en refusant obstinément de permettre au fait que nous sommes – pour l’instant – en exil d’interférer avec ce que nous avons à accomplir dans l’instant présent.

D’où devons-nous alors tirer la force de croire en D.ieu si profondément que nous le voyons littéralement, même dans les plus sombres moments de l’exil ? D.ieu répond à cette question à travers ces paroles : « Je suis apparu à Abraham, Isaac et Jacob. » Les Patriarches possédaient cette foi inébranlable et, étant leur descendance, nous en avons hérité. Selon les lois d’héritage de la Torah, l’héritier n’a pas besoin de posséder quelque qualité particulière pour pouvoir hériter. Il hérite pleinement et entièrement par le simple fait qu’il est l’héritier. Notre foi absolue et infinie en D.ieu est l’héritage dont nous devons nous prévaloir. Tout ce que nous avons à faire est de la nourrir – « faire pâturer la foi » (Psaumes 37,3) – et, nous aussi, nous « verrons » D.ieu. Cette foi nous permettra de passer les derniers moments de notre exil en espérant et exigeant sa fin, tout en optimisant notre utilisation des moments restants. Par ce mérite, nous serons témoins de l’accomplissement de la promesse divine : « La gloire de D.ieu sera révélée et toute chair la verra ensemble » (Isaïe 40,5) avec la Rédemption finale. (Hitvaadouyot 5743, vol. 2, pp. 823-830)

(Sources : Thora Digest – rav Léon Askénazi, Leçons sur la Torah – Rav Chlomo Aviner – Rav Dov Bigon – Grand Rabbin Alain Goldmann – Chabbad.org)

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Prière, Paracha de la semaine, Nouvelles… avec Modia

1 –  UNE IMPORTANTE NOUVELLE ETUDE : RÉUSSIR NOTRE RESPIRATION DIVINE : http://www.modia.org/hebreu/corps-suite.php Elle est la suite de la première étude qui nous a transmise ce que nous a enseigné le Roi David sur la respiration http://www.modia.org/hebreu/corps.php et elle nous éclaire sur cela dans l’intimité du Roi de Perse et de la Reine Esther et sur ces autres source

2 -Dernières informations ultrasensibles sur Israël

Israël est souvent vu pour son très haut niveau en sécurité, en technologie, en commerce international, en solidarité des communautés juives internationales MAIS IL EST AUSSI INDISPENSABLE D’ÊTRE INFORMÉS sur la réalité sociale qui exige plus que tout notre conscience et vérité et solidarité : viennent d’être publiés les recherches d’Etat (Bitouah léoumi) sur la pauvreté en Israël définie par la difficulté à se procurer le minimum vital et d’abord en nourriture.

Le nombre de famille ainsi touchées a doublé depuis 1999. Et pourtant 64 pour cent d’entre elles travaillent. Un tiers des enfants en Israël sont dans la pauvreté caractérisée d’abord par le manque de nourriture basique, avec les conduites de pré-délinquance qui s’ensuivent pour s’en procurer. 23 pour cent de la population soit 1.754.700 habitants y vivent dans cette pauvreté, ce qui correspond à 19,4 pour cent des familles. Et 22,7 pour cent des personnes âgées. L’information sioniste doit être la première à diffuser ces informations vraies.

3. Voyez l’ensemble des études de Modia sur la page d’accueil du site Modia avec les liens directs :

http://www.modia.org

Bonne journée.  Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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1- SHMUEL BEN SIMHA, père de famille est en état d’inconscience à la suite d’une opération pratiquée au cerveau et son avenir est incertain.

Priez, lisez des tehilims : le 20, 121, 130 et autres du fond du coeur pour que du ciel ces prières soient écoutées et que cet homme guerisse ! Faire suivre au maximum de personnes autour de vous pour sauver sa vie.

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2- MERVEILLES DE LA NEIGE  A JÉRUSALEM,  32 PHOTOS dont 5 nouvelles,  par le Rav Yehoshua Rahamim Dufour

LIEN 

Plus de 900 personnes ont déjà regardé ces images en quelques heures.

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3- Par milliers, coupures de courant dans le pays et donc problèmes sociaux nombreux très réels. Mais il faut voir la réalité: 0 degré de température n’est pas une catastrophe nationale, ni imprévisible. On se moque du monde et on aime faire un drame pour soi de ce qui arrive constamment aux autres sans qu’ils s’estiment être des victimes mondiales. Aidons-nous les uns les autres et continuons et chantons! C’est si beau la neige ! Mais si vous voulez dire votre désespoir parce qu’il ou elle ne viendra pas ce soir, chantez-le bien comme ceci:

LIEN

4- Nous sommes pendant ce futur Chabbate dans la première paracha du second livre de la Torah, Chémote. Elle se nomme donc : Chémote –  » Les noms ». * Thèmes de la paracha que vous pouvez ici étudier : Un peuple de re-naissants. Toutes les bases pour réussir à ce que notre peuple renaisse en vivant ensemble le judaïsme .

http://www.modia.org/tora/chemote/chemote.php

Nous sommes entrés dans le mois juif de Tévète. Voyez le lien qui vous apprendra beaucoup. LIEN 

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Le jour juif commence la veille au début de la nuit ; il se termine au coucher du soleil.  En tous cas, l’allumage des bougies de chabbate ne doit pas se faire plus tard que 18 minutes avant le coucher du soleil. (Source : Modia)
Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte
13e Paracha – Chémote : Voici les noms Chémote (L’Exode) 1, 1 – 6, 2
Les Enfants d’Israël se multiplient en Égypte. Les services rendus par Joseph au pays sont bien vite oubliés par le pouvoir qui, prenant peur de cette population étrangère sur ses terres au nombre toujours croissant, la réduit en esclavage. Pharaon ordonne aux sages-femmes israélites, Chifrah et Pouah, de tuer tous les garçons dès leur naissance. Constatant que celles-ci ne lui ont pas obéi, il ordonne à ses soldats de jeter les bébés des Hébreux dans le Nil. Un garçon naît à Yo’heved, la fille de Lévi, et son mari Amram, puis est placé dans un panier flottant sur les eaux du fleuve, pendant que sa grande sœur, Myriam, observe de loin. La fille de Pharaon découvre le bébé, l’élève comme son fils et lui donne le nom de Moïse. Jeune homme, Moïse quitte le palais et découvre les difficultés qu’endurent ses frères hébreux. Il voit un Égyptien maltraiter un Hébreu : il tue ce dernier, puis craignant d’être découvert, s’enfuit à Midian auprès de Yitro, dont il épouse la fille, Tsipora et devient berger des troupeaux de son beau-père.  D.ieu se révèle à lui dans un buisson ardent et lui ordonne de faire sortir Son peuple d’gypte. Moïse finit par accepter cette mission. Avec son frère Aaron, qui lui sert de porte-parole, ils exigent de Pharaon qu’il laisse partir les Israélites 3 jours au désert, pour rendre un culte à D.ieu. Pharaon refuse et rend le labeur encore plus pénible. Incompréhension de Moïse, qui a l’impression d’être la cause des souffrances redoublées des siens. D.ieu promet que la délivrance est proche.
Le second livre s’ouvre  donc sur la famille et la naissance  de Moïse, son enfance. Ainsi allons-nous commencer à relater la vie du leader hébreu qu’était Moïse. La paracha Chemote est l’histoire d’une galoute  (exil) : celle de l’exil et de l’asservissement des Enfants d’Israël en Égypte, que nos Sages considèrent comme étant la source et le prototype de tous les exils et de toutes les persécutions dont allait souffrir le peuple juif. Mais elle est aussi l’histoire de comment Moïse devint le leader juif par excellence. Chabbad.org reprend : chaque détail que la Torah relate à propos de Moïse est une leçon en matière de leadership juif. Il est rapporté que la mère de Moïse, Yokheved, était née « à l’intérieur des murailles » de l’Égypte, dès l’arrivée de la famille de Jacob. Ceci, explique le Rabbi de Loubavitch, signifie que Yokheved n’appartenait ni à la « vieille génération » née en Terre Sainte, pour qui la galout resterait toujours un monde étranger et inintelligible, non plus qu’à la génération née en Égypte pour laquelle la situation d’exil était un fait de la vie des plus naturels et des plus évidents. Elle était à cheval sur ces deux mondes, c’est-à-dire qu’elle possédait une connaissance intime des circonstances de l’exil ainsi que la vision transcendante qui permet de les dépasser. C’est pourquoi c’est elle, Yokheved, qui fut à même de porter puis d’éduquer celui qui allait sauver les Enfants d’Israël de leur exil.
Les circonstances de la naissance de Moïse sont, quant à elles, édifiantes sur l’abnégation qui doit caractériser un chef. Yokheved et son époux Amram s’étaient séparés lorsque Pharaon avait décrété que tous les garçons hébreux qui naitraient seraient jetés dans le Nil. Leur fille aînée, Myriam, leur en avait alors fait le reproche : « Votre décret est pire encore que celui de Pharaon : lui a décrété d’exterminer les garçons, mais votre action signifie la fin de tous les enfants juifs. » Amram et Yokheved avaient alors réalisé qu’en tant que chefs dont les actions étaient des modèles pour les autres, ils se devaient de dépasser la menace et l’angoisse liées au fait de mettre au monde des enfants juifs en ces temps terribles. Le résultat de leur remariage fut la naissance de Moïse. Quand Moïse naquit, « la maison se remplit de lumière », attestant de son avenir comme celui qui allait éclairer l’humanité. Mais cette lumière dut immédiatement être dissimulée, car, comme tous les premiers-nés mâles chez les Hébreux, il était en danger constant d’être découvert par les tueurs de bébés à la solde de Pharaon. C’est alors qu’il fut placé dans le Nil, dans l’abri précaire d’un panier en roseaux, partageant ainsi, même si ce n’est que potentiellement, le sort des autres bébés jetés dans les eaux du fleuve.C’est encore là une leçon de leadership : un chef ne peut pas apparaître « d’en haut ». Il doit partager le sort de son peuple. Tel était le message que D.ieu Lui-même lui adressa lorsqu’il lui apparut plus tard au sein du buisson ardent : « Je suis avec eux dans leur malheur. »
Mais le placement de Moïse dans le Nil ne fut pas seulement une manifestation de sympathie à l’égard de la cause d’Israël : ce fut également la première étape de leur délivrance. Nos sages enseignent que Pharaon avait ordonné que tous les nouveau-nés mâles des hébreux soient jetés au Nil parce que ses astrologues lui avaient dit que c’est à travers l’eau que le sauveur d’Israël connaîtrait sa fin (cette prédiction allait s’accomplir bien des années plus tard lorsqu’il fut refusé à Moïse de pénétrer en Terre Sainte à cause de « Eaux de la Rébellion »). Le jour où Moïse fut placé dans le Nil, les astrologues informèrent Pharaon que celui qui était destiné à libérer le peuple d’Israël avait été jeté à l’eau, et le décret fut révoqué. Âgé d’à peine trois mois et, en apparence, un protagoniste passif des événements qui se déroulaient autour de lui, Moïse remplissait déjà son rôle de sauveur de son peuple.Grâce à l’ingénieux stratagème de Myriam, Moïse fut allaité et élevé dans sa petite enfance par sa propre mère. Il fut cependant amené ensuite dans le palais de Pharaon pour y être élevé comme un membre de la famille royale. Moïse dut être à la fois un esclave hébreu et un prince égyptien. Pour guider son peuple, il devait partager son sort ; mais pour vaincre les forces qui l’asservissaient, il devait infiltrer la citadelle de la royauté égyptienne. Il dut « venir à Pharaon » (Exode 10, 1) et acquérir une connaissance profonde de l’essence de son pouvoir et de sa vigueur.
Le premier acte de Moïse à être explicitement relaté dans la Torah définit deux tâches essentielles qui incombent à un chef : défendre son peuple contre la menace extérieure et sauvegarder son intégrité à l’intérieur. Le jour où il parvient à l’âge adulte, Moïse « sort chez ses frères » et « voit leur affliction ». Ses années passées dans le palais de Pharaon ne l’ont pas rendu antipathique à sa tribu d’origine d’esclaves hébreux, ni insensible à leur misère. Il voit un Égyptien frapper à mort un Juif et il se sent contraint d’agir, sacrifiant, par cet unique geste, sa vie privilégiée de membre de la classe régnante et liant désormais son sort à celui de ses frères. Le jour suivant, il agit de nouveau, cette fois-ci en intervenant dans une querelle entre deux Juifs. Devant ce conflit qui opposait deux de ses frères, il comprend soudain que leur asservissement ne découle pas de la puissance de l’Égypte, mais de la désunion en leur sein, et que leur rédemption ne pourra se faire qu’en suscitant chez les membres de cette toute jeune nation un sentiment d’interdépendance et de responsabilité mutuelle. Après ces deux démonstrations de leadership, on aurait pu s’attendre à ce que Moïse endosse immédiatement son rôle de chef d’Israël. Mais ce ne fut pas le cas. Il devait d’abord devenir un berger. Car le rôle d’un chef d’Israël n’est pas seulement de défendre, de sauver, de prêcher et de gouverner, mais, aussi et surtout, de nourrir. Moïse est le sauveur d’Israël, leur guide et leur législateur, mais également leur raaya méhémna – leur « berger fidèle » et « berger de la foi », c’est-à-dire que c’est lui qui pourvoit à leurs besoins, tant matériels que spirituels, nourrissant leurs corps avec la manne et leurs âmes avec la foi.
Moïse n’accepta jamais non plus le décret de galoute. Après avoir accepté, par la force de l’ordre divin, la mission de faire sortir Israël d’Égypte, il se lança dans une lutte permanente pour faire que cette rédemption soit la rédemption finale et ultime. Jusqu’au dernier jour de sa vie, Moïse implora D.ieu de lui permettre de conduire son peuple dans la Terre Sainte ; jusqu’à son dernier jour, il brava la colère de D.ieu dans ses efforts d’éliminer toute autre galoute de l’histoire juive. Selon les propres mots de Moïse : « Je suppliais D.ieu… S’il te plaît, laisse-moi traverser et voir ce bon pays de l’autre côté du Jourdain, la bonne montagne [Jérusalem] et le Levanon [le Saint Temple]. Et D.ieu se mit en colère contre moi à cause de vous… et Il me dit : Assez ! Ne Me parle plus de cette question… » (Deutéronome 3,23-26). Le Rabbi de Loubavitch a dit : D.ieu a dit : « Cela suffit ! » Mais Moïse ne se tut pas. Car la re mise en question par Moïse du plan divin ne s’arrêta pas avec sa disparition de la vie physique. Le Zohar nous explique que chaque âme juive possède au plus profond d’elle-même une étincelle de l’âme de Moïse. Ainsi chaque Juif, qui tempête aux portes du ciel en réclamant la rédemption à cor et à cri poursuit le combat de Moïse contre le décret de la galoute.
Nous sommes probablement, la génération qui peut mieux comprendre cette paracha nous enseigne le Rav Dufour, et ceci pour deux motifs : Comme nous, les Hébreux avaient reçu tous les enseignements des Patriarches et Matriarches, l’éclairage de la Création, de l’histoire, de la morale, des dimensions essentielles de l’être. Et maintenant, il fallait apprendre à vivre tout cela en peuple. De plus, nous sommes parfaitement, comme nos frères d’Egypte alors, menacés d’étranglement progressif et organisé. Voici des décades que les nations ont décrété les « droits légitimes du peuple palestinien », ce qui veut dire clairement pour eux leur droit de prendre notre place dans la géographie et dans l’existence. Et chaque erreur de notre part, ou chaque occasion, ou chaque tentative de négociation ou chaque geste de paix leur redonnent cette même espérance. Et nous ne manquons pas d’erreurs et de non-claivoyance, ni même de collaboration directe avec ceux qui programment et avouent notre perte. Pharaon est aujourd’hui l’ONU, portée par les nations et, en effet, il représentait l’ensemble des nations et leur meilleur. Nous avons aujourd’hui la fragilité du petit Moché menacé de mort : tous les tirs de mortiers contre nos quartiers, nos jeunes décimés, et nos réactions de défense pour survivre sont dénommées « crime contre l’humanité ». Avraham et Yaâqov avaient reçu également la terre de Canaan (livre Béréchite) et ils ont été forcés de la quitter pour se remettre entre ces pinces des belles civilisations d’antan.
Le plus grand « lapsus révélateur » de Freud apparaît dans son dernier livre, « Moïse et le Monothéisme », une œuvre des plus étranges qui parut en 1939, époque à laquelle Freud s’était réfugié en Angleterre. C’est ce que nous révèle le Rav Jonathan Sacks.  Pour une raison inconnue, ses commentateurs (du moins ceux que j’ai lus), dit-il, ne l’ont pas relevé. C’est à cette époque dramatique que Freud écrivit ce livre qu’il qualifia au départ de « nouvelle historique » et dans lequel il s’évertuait à prouver que Moïse était un Égyptien. Au début de son récit, on trouve un épisode très curieux. Freud remarque que de nombreux érudits ont mis en évidence un thème commun dans les histoires traitant de l’enfance des héros : la naissance d’un héros survient systématiquement dans un contexte de grand danger. Puis, étant bébé, il est soumis aux éléments naturels d’une façon qui devrait normalement lui coûter la vie – parfois en étant placé dans une boite qui est ensuite jetée à l’eau. L’enfant est ensuite sauvé puis élevé par des parents adoptifs, mais il finit néanmoins par découvrir sa véritable identité. C’est l’histoire que l’on raconte à propos de Sargon, de Gilgamesh, d’Œdipe, de Romulus et de beaucoup d’autres. C’est également la trame de l’histoire de Moïse.
Mais, à ce point de son exposé, Freud relève que l’histoire de Moïse diffère des autres sur un point. Elle est même l’exact in verse : dans l’histoire classique, les parents adoptifs du héros sont des gens de condition modeste et celui-ci finit par découvrir qu’il est un prince de sang royal. Dans l’histoire de Moïse, c’est le contraire. C’est sa famille adoptive qui est la famille royale. Il est élevé par la fille de Pharaon. Sa véritable identité, telle qu’il la découvrira, est qu’il appartient par sa naissance à une nation d’esclaves. Ayant constaté cette particularité, Freud ne parvint pas à en trouver la signification. Faisant marche arrière, il conclut qu’il s’agissait d’une falsification de l’histoire destinée à cacher le fait que Moïse était véritablement l’enfant de la fille de Pharaon et qu’il était donc réellement un prince d’Égypte. Ce dont Freud ne s’est pas rendu compte est que l’histoire de Moïse n’est pas un mythe, mais un anti-mythe. Une histoire qui se saisit d’un mythe et le renverse.
Son message est simple et révolutionnaire. La vraie royauté, suggère la Bible, relève d’une sagesse à l’opposé de la sagesse conventionnelle. Elle ne se distingue pas par la concentration de privilèges et de richesses, ni par la splendeur ou les palais. Elle réside dans le courage moral. C’est en découvrant qu’il était un fils d’esclaves que Moïse trouva la grandeur. Ce n’était pas le pouvoir qui comptait, mais la lutte pour la justice et la liberté. S’il avait été un prince égyptien, son rôle serait resté anecdotique. Ce n’est qu’en restant fidèle à son peuple et à D.ieu qu’il devint un héros. Freud avait des sentiments mitigés concernant sa propre identité. Il admirait les Juifs mais restait sourd à la musique du Judaïsme. C’est pourquoi, je soupçonne, il ne s’aperçut pas qu’il était face à l’une des plus puissantes vérités morales que la Bible ait jamais enseignées : ceux qui sont méprisés par le monde sont chéris par D.ieu. Un enfant d’esclaves peut être plus grand qu’un prince. Les valeurs de D.ieu ne sont pas affaire de pouvoir ou de privilèges, mais résident dans la capacité à reconnaître l’image de D.ieu chez les faibles, les impuissants, les affligés, les souffrants, et à se battre pour leur cause. Quel message de courage Freud aurait pu adresser à son peuple en cette période si sombre ! Tâchons d’être capables de voir ce qu’il n’a pas distingué : que l’histoire de Moïse est l’un des plus puissants récits d’espoir dans la littérature humaine.
Dans l’Essence de la Torah, nous apprenons que si le second livre de la Torah s’intitule « les noms » c’est que ce mot a une profonde signification liée à la nature même des évènements qui s’y déroulent, de l’exil d’Egypte à la délivrance, en passant par le don de la Torah et l’édification du Tabernacle. Les noms dont il s’agit sont en fait les noms de D.ieu, qui sont la clé de la rédemption et de la sainteté. L’exil d’Egypte fut le plus dur que connurent les enfants d’Israël sous le règne « d’un nouveau pharaon qui ne connaissait pas Joseph » dit la Torah. Celui-ci décida d’arrêter la croissance extraordinaire que connaissaient les femmes d’Israël, puisqu’elles mettaient au monde 6 enfants à chaque accouchement, nous dit le Midrach. Il décréta que chaque nouveau-né mâle devait mourir. Et ce desposte sanguinaire utilisait leur sang pour prendre son bain quotidien, et se servait de leur corps comme briques pour construire ses pyramides. Les tortionnaires modernes des Juifs n’ont rien inventé ! La question qui se pose est évidemment : pourquoi les Hébreux devaient-ils subir, avant même qu’ils ne forment un peuple à part entière, une telle souffrance qui devait malheureusement se répéter à l’infini durant les longs exils qu’ils connurent au cours de leur histoire ? L’homme a besoin de sentir qu’il peut dominer son destin. C’est par ce contrôle qu’il pourra sentir posséder ce qui lui semble le plus cher, sa liberté. Mais les cabalistes, notamment le  Ramhal, nous enseignent que ce besoin fondamental de comprendre et de dominer son destin n’est en fait que le résultat de la faute d’Adam. Ce qu’a voulu le 1er homme lors de la faute, c’est intégrer en lui la capacité de juger, de comprendre, d’analyser les événements de sa vie. Cette voie n’est évidemment pas à rejeter, mais il fallait qu’Adam fasse preuve de patience et surtout d’humilité pour n’entamer cette recherche qu’après l’entrée du Chabbat, moment où il aurait pu goûter du fruit de l’Arbre de Vie, c’est-à-dire de la foi en une souveraineté unique et totale qui dirige absolument tout, et passer ainsi  au second plan les questions qu’il aurait pu avoir concernant ses choix de vie. La finalité des choses étant voilée, Il ne nous reste que les questions sur les problèmes fondamentaux de notre existence, avec rarement des réponses claires et nettes.
Dans la faute du premier homme, la tradition juive décèle l’indice d’une tentative à se dépasser, et à « corriger » cette faute pour réintégrer la voie de l’Arbre de Vie, ou mieux encore, pour associer les 2 Arbres fondamentaux, qui sont les 2 façons d’être homme, celle de la foi et celle de l’investigation, pour qu’elles se conjuguent harmonieusement dans la vie de tout individu. La recherche du pourquoi n’est donc qu’une tentative d’apaiser l’inquiétude qui agite l’homme depuis la faute d’Adam et que nous interprétons comme un moyen d’accéder à la liberté. Concernant le pourquoi de l’exil. Nous trouvons dans le Traité Nédarim (p 32a) 3 explications. La 1ère est celle de Rabbi Elazar qui avance que l’exil serait la conséquence de la faute d’Abraham qui aurait « utilisé les sages de la Torah pour partir en guerre. Cette opinion nous laisse perplexe, puisque l’on voit que de tout temps, y compris à l’époque de David, les soldats étaient choisis justement parmi les plus grands sages de la génération. La 2ème explication est donnée par Chmouel, (le prophète Samuel) qui dit qu’Abraham aurait exagéré quant à la question qu’il a posée à D.ieu en lui demandant comme il saurait qu’il possèderait la terre d’Israël. Cette opinion est aussi difficilement acceptable, puisque le Midrach nous enseigne que D.ieu a fait voir à Abraham tous les exils que le peuple juif endurerait, et qu’il était donc tout à fait légitime de se demander après un si dur et si long exil, les Juifs pourraient un jour réintégrer leur terre. La 12ème opinion est émise par Rabbi Yo’hanan qui affirme que l’exil est dû au fait qu’Abraham n’aurait pas accepté les convertis de Sodome. Lorsque l’on relit le texte biblique où Abraham supplie D.ieu de ne pas détruire Sodome pour les quelques sages qui pourraient s’y trouver, l’explication de Rabbi Yo’hanan ne laisse pas de surprendre. (Bien évidemment, ces géants de la Torah ne se trompaient pas, et derrière ces explications se cachent des notions beaucoup plus profondes qui ne peuvent être développées ici.
Le Ari Zal, dans un texte sur les « Kavanot de Pessa’h », nous enseigne que la génération qui descendit en Egypte et qui en sortit était issue des âmes produites de façon impure par Adam, lorsqu’il se sépara de sa femme pendant 130 ans et émit sa semence en vain. Ces âmes errèrent dans le monde à la recherche d’une réparation qui n’arriva pas. Au contraire, les générations du Déluge, de la Tour de Babel et de Sodome ne firent que reprendre à leur compte la même faute. Il s’ensuivit qu’il fallut une descente dans le lieu où régnait cette pratique, l’Egypte, pour pouvoir rassembler toutes ces âmes et les faire intégrer à des corps qui oeuvreraient dans le sens d’une sanctification, d’une élévation spirituelle. Il faut comprendre ce qui se cache derrière ce langage codé.
Si les cabalistes jugent l’émission de semence comme une des fautes les plus graves qu’un homme puisse commettre face à D.ieu,  c’est parce qu’ils y voient toute la sainteté en potentiel de l’homme. La semence est en effet le principe donateur (géniteur) qui viendra se loger dans le principe récepteur (femelle) pour faire advenir un être à part entière, avec son âme et son corps. Or, le principe donateur premier, qui a fait advenir tous les mondes et tous les êtres, n’est rien d’autre… que D.ieu Lui-Même (ou plus exactement Sa volonté créatrice). L’homme ayant l’obligation (codifiée même par la loi juive) d’imiter son Créateur, gaspiller sa semence équivaudrait à profaner le Nom de D.ieu, puisqu’on ne reconnaîtrait pas à D.ieu le principe de donner la vie, l’homme dispersant ce potentiel de vie qu’il détient en lui, aux 4 vents. Cette interdiction ne provient donc pas d’un discours moralisateur, mais plutôt s’inscrit dans le respect profond et inconditionnel qu’un individu doit avoir pour la vie et pour la possibilité de la donner, à l’instar du D.ieu Créateur.
De par cette émission disparate, au hasard, dira le Midrach, des âmes potentielles se trouvent également dispersées et en quête d’un repos dans un corps. La dira le Midrach, des âmes potentielles se trouvent également dispersées et en quête d’un repos dans un corps. Les générations qui suivirent Adam ne purent fournir ce cadre corporel nécessaire à ces âmes et il s’ensuivit la descente en Egypte, lieu où étaient pratiquées toutes les déviances sexuelles (le Midrach nous dit en effet que l’Egypte est appelée « Ervat haarets », ou la nudité de la terre, pour bien mettre en exergue que les Egyptiens étaient passés maîtres en débauche sexuelle). Nous voyons ici un principe fondamental : c’est en se plongeant dans le lieu où règne l’interdiction à corriger que l’on pourra éliminer celle-ci et la ramener du côté du Bien. L’exil d’Egypte, prototype de tous les exils à venir, nous enseigne que la rédemption ne peut advenir que si l’on « rassemble » toutes les âmes perdues, toutes les fautes commises pour les transformer en actes méritoires.
Ce n’est qu’en se mesurant au mal pour le transformer que la guéoula (rédemption) fera suite à la galoute (l’exil). Ces deux mots viennent de la racine gal (mouvement) ; c’est la roue qui tourne (Maharal, Netsa’h Israël, chap. 1) Comme si l’exil et la rédemption n’étaient que les 2 facettes d’un même mouvement historique ne visant qu’à) une seule chose : faire connaître la gloire de D.ieu au monde. Même si l’exil, la souffrance semble s’opposer au Bien que D.ieu octroie aux individus, il faut voir dans le renversement de l’exil en rédemption la mutation de l’ensemble du monde, y compris la partie qui pratique le mal, vers le Bien Absolu et total. Le livre de l’Exode est en fait le livre des Noms : des Noms de D.ieu qui vont engendrer la rédemption et les âmes d’Israël. Ce sont elles qui rendront la rédemption effective dans les différentes terres d’exil. Elles sont le prolongement de la Présence divine. Le Ramhal explique (Maamar Haguéoula) que l’exil d’Israël va permettre à la Lumière divine qui n’a pas intégré les kélim (le potentiel de la création matérielle), grâce à l’exil des âmes d’Israël – les âmes d’Israël étant un prolongement de la lumière divine – de s’unir au réceptacle d’une manière dissimulée. Et lors de la guéoula, D.ieu fera éclore Sa gloire. Tout ce que nous demande D.ieu, c’est d’adhérer à la croyance que c’est Lui, contre toute logique humaine, qui décide du sort de chacun. La foi ne signifie rien d’autre que cela : faire confiance en D.ieu quels que soient les événements qui traversent notre vie. Ainsi, le Nom de D.ieu sera présent pour toujours et non caché derrière la nature. Tel est le but de la rédemption : faire régner la gloire de D.ieu sur le monde, dans le ciel et sur la terre.
Si la Torah, qui s’exprime généralement d’une façon très concise, a repris ici les noms des enfants d’Israël, c’est pour nous faire comprendre – au moment où allait commencer pour les descendants de Jacob un séjour à l’étranger – l’importance qu’allaient revêtir pendant leur exil les noms hébreux qu’ils avaient. Ces noms, ils se devaient absolument de les maintenir et de les conserver si, le moment venu, quand aura sonné l’heure de la libération prévue et prédite par l’Eternel, ils voulaient qu’on les retrouvât en tant qu’enfants d’Israël au milieu des Egyptiens. II ne fallait pas que, tentés par l’assimilation, les Hébreux, en arrivent à adopter des noms égyptiens, puis la manière de vivre et de se comporter des étrangers au milieu desquels ils séjournaient provisoirement. En conservant leurs noms, ils maintenaient, en même temps, leur propre personnalité et préservaient leur véritable identité. Ils gardaient, dans leur for intérieur, leur liberté malgré l’asservissement; ils conservaient enfin leur foi en un avenir meilleur, leur espoir de se retrouver un jour libres, sur leur propre terre, comme l’Eternel le leur avait assuré. C’est pourquoi la Torah a tenu à signaler aux enfants d’Israël, au moment de leur départ à l’étranger, l’extrême importance de leurs noms. Cette répétition constitue une sorte de mot d’ordre qui continue à garder toute sa valeur aujourd’hui comme alors, pour tous ceux qui vivent en dehors d’Israël : leurs noms hébreux constituent leur sauvegarde et sont les garants de leur identité.
(Sources : Chabad.org – Léon Askénazi, leçons sur la Torah – Rav Dufour, Modia – Rav Jonathan Sacks – Rav Mordekaï Chriqui/Dr Avraham-Gilles Morali, l’Essence de la Torah ) Normal
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File:Guercino Jacob Ephraim and Manasseh.jpg
Jacob, Joseph, Ephraïm et Ménaché – Peinture de Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino (1591 – 1666)
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La paracha de la semaine avec Modia :
1 – Nous sommes pendant ce futur Chabbate dans la dernière et 12e paracha du premier livre de la Torah, nommé Béréchite. 
Cette paracha se nomme : Vayé’hi –  » Il vécut… » Béréchite (La Genèse) 47, 28 – 50, 26 
* Thèmes de cette paracha que vous pouvez ici étudier : S’AIMER. Le « dérékh éréts » et la bonté gratuite et immédiate :
2 – Voyez sur ce lien les merveilles de la pluie en ce moment à Jérusalem (photos de l’auteur): http://www.modia.org/tora/berechite/hessed-vayekhi.php
Chavoua tov

Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

12e Paracha : Vayé’hi –  »   Il vécut »  Béréchite (La Genèse) 47, 28 – 50, 26

En résumé, Jacob, âgé de 147 ans, sent sa fin approcher, et demande à bénir ses successeurs; d’abord les fils de Joseph, en commençant, au grand étonnement de celui-ci, par le cadet Ephraïm; ensuite ses fils dans un langage poétique contenant de nombreuses allusions à leur avenir et à la fin des temps. Il demande ensuite à être enterré avec ses pères à Hébron dans le tombeau des Patriarches au côté de sa femme Léa. Un immense cortège funèbre l’y accompagne, impressionnant les Cananéens. De retour en Égypte, Joseph assure ses frères de l’absence de toute velléité de revanche à leur égard. Joseph meurt, et fait jurer aux fils d’Israël d’emporter sa dépouille avec eux lorsqu’ils retourneront au pays de Canaan.

La paracha Vaye’hi vient clôturer le livre de Béréchite. Le premier livre de la Torah constitue le plan fondamental de tout ce qui arrivera dans la suite de l’histoire. Que ce soit avec les patriarches qui ont posé les fondements inébranlables du peuple juif et de sa foi, ou bien avec les 12 tribus, notamment Joseph et Juda, représentant les 2 formes de messianité qui feront advenir la rédemption. C’est donc dire que tout le programme de l’histoire de l’humanité se trouve présent dans le livre de Béréchite, que ce soit de façon claire ou voilée. Pour utiliser un langage moderne, on pourrait dire que le livre de Béréchite est comme une sorte de molécule d’ADN dans laquelle se trouve inscrit tout le programme qui donnera naissance aux protéines et au corps. Notre rôle, en étudiant ce livre, est donc de décrypter les messages codés qui y sont inscrits pour mieux comprendre notre présent, et travailler pour l’élaboration d’un futur en accord avec les principes et les valeurs toraniques.

Chabbad.org nous enseigne que Jacob connut l’apogée du voyage de sa vie en Égypte. Il y rencontra des épreuves de nature différente de celles qu’il avait connues au préalable, car il y vécut dans une immense richesse au sein d’une société décadente. Mais, comme nous l’avons dit plus haut, même avant de pénétrer en Égypte, Jacob avait résolu ces difficultés en envoyant devant lui Juda pour y établir des Yechivote. Par cet acte, il détermina la tournure de son devenir en Égypte. Qui plus est, non seulement Jacob s’adonna  alors à l’étude de la Torah, mais il y impliqua ses enfants et ses petits-enfants. Plutôt que d’accepter les valeurs de la culture environnante, les descendants de Jacob se joignirent à lui dans l’étude. Pour eux, la descente en Égypte constituait une transition radicale : la plus grande partie de leur vie adulte s’était passée en Terre d’Israël, dans une atmosphère de sainteté. Et pourtant, motivés par l’exemple de Jacob et sous sa direction, ils furent capables d’imprégner l’Égypte de la sainte atmosphère de la Terre Sainte à travers l’étude et le service de D.ieu. Le Rav Davidovicz, de l’école Kehilat Chnéor, nous apprend que la raison pour laquelle l’esclavage en Egypte a commencé pour la famille de Jacob est le fait que malheureusement,  après la disparition de Jacob et de ses enfants, au fil des années, ces yéchivote ont fini par être délaissées et l’étude de la Torah abandonnée. Les Hébreux de Gochen se sont alors mis à oublier que c’était D.ieu Lui-même qui était à l’origine de tous leurs biens et de tout le confort dont ils jouissaient. L’orgueil s’étant installé chez eux, Hachem les a punis en les rendant esclaves des Egyptiens.

L’engagement indéfectible et sans compromis de Jacob pour la Torah dans toutes les circonstances de son existence est l’expression de la vie véritable dont la Torah l’a animé. Sa relation avec D.ieu, englobait toute sa vie et pénétrait dans chaque aspect de son être et de sa personnalité. Ce qui permet de comprendre pourquoi cette Paracha est appelée Vaye’hi, « Et il vécut », bien qu’elle parle de la mort de Jacob. Comme le montrent les événements relatés dans la paracha, la vie de Jacob fut marquée par une relation à D.ieu qui transcendait les limites physiques. Et puisqu’il partagea cette qualité avec ses descendants, elle fut perpétuée dans sa postérité au-delà de sa vie mortelle. Comme le disent nos Sages : « Jacob, notre ancêtre, n’est pas mort. De même que ses descendants sont en vie, il est également vivant. » (Talmud Taanit 5b)Ce concept ne s’applique pas seulement aux descendant directs de Jacob, mais aux Juifs de toutes les époques. La vitalité qui anime un Juif dans son service divin aujourd’hui reflète la vie de Jacob, notre Père. (Ce concept de vie perpétuelle est enseigné en relation avec Jacob et non avec Avraham et Isaac, car la notion de « ses descendants sont vivants » ne concerne que Jacob. En effet, « La couche de Jacob fut parfaite » (Rachi sur Genèse 47,31), ce qui signifie que tous ses fils furent vertueux et leur descendance devint le peuple juif. En revanche, Avraham engendra Ismaël et Isaac engendra Ésaü. (Talmud Pesa’him 56a ; voir ausssi Maharcha sur Taanit ibid.))Et, inversement, le lien avec la Torah que Jacob entretint est une source de vie pour tous ses descendants à travers les générations.

Nos Sages établissent, « Bien qu’un Juif faute, il reste un Juif . » et le Rambam déclare, « Une personne dont le penchant négatif l’oblige à refuser l’observance d’une mitsva ou à commettre un péché … espère [toujours] faire partie du Peuple Juif et désire accomplir toutes les mitsvote et se séparer du péché. C’est seulement son [mauvais] penchant qui la force [à agir autrement]. » (Michné Torah, Hilkhot Guerouchine 2:20.) Quel que soit son comportement, chaque membre de notre peuple reste un Juif et possède un lien avec la Torah dans sa totalité. « La Torah que Moïse nous a ordonnée est un héritage de la maison de Jacob. » (Deutéronome 33, 4) C’est là l’héritage spirituel que Jacob nous a légué, le signe de la perpétuation de sa vie et de notre propre vitalité.

Ce Chabbat est appelé « Chabbat ‘Hazak » de par la coutume (Cf. Choul’hane Aroukh Ora’h ‘Haïm, fin du chap. 139. Voir également Likoutei Si’hot, vol. 25, p. 474)  de proclamer ‘Hazak, ‘Hazak, Venit’hazèk (« Sois fort, sois fort et que nous soyons renforcés ») à la conclusion de la lecture de la Torah, en reconnaissance pour avoir achevé le Livre de Béréchite – la Genèse. La conscience nourrie par la lecture de Vaye’hi génère de la force. Quand un Juif sait qu’on lui a attribué en héritage une vie intrinsèque qui s’exprime dans son lien avec la Torah, et que viendra un temps où cette relation connaîtra une dimension parfaite, il acquiert la force intérieure de relever les défis de son environnement. En mettant en valeur l’expression de ce potentiel dans l’ensemble notre peuple, nous hâtons le temps lors duquel il atteindra son point culminant dans l’Ère de la Rédemption. Adapté de Likoutei Si’hot vol. 10 p. 160 et suiv. et Si’hot Chabbat parachat Vayé’hi 5751. (D’après les enseignements du Rabbi de Loubavitch)

« Et il arriva en ce lieu et il s’y installa car le soleil s’était couché, et il prit quelques pierres de l’endroit et [les] plaça à sa tête, et il s’allongea en ce lieu» Genèse 28, 11 « Jacob appela ses fils et dit, « Rassemblez-vous et je vous dirai ce qu’il adviendra de vous à la fin des jours. Rassemblez-vous et écoutez, fils de Jacob, écoutez Israël, votre père. » (Genèse 49, 1-2) Les 12 individus devinrent une âme unifiée. Chana Kroll nous explique que lorsque Jacob avait quitté Beer Chéva pour ‘Haran, il s’était arrêté en route pour passer la nuit dans un lieu désert qui deviendrait un jour le site du Saint Temple. Ayant rassemblé douze pierres, il les avait placées tout autour de l’endroit où il allait s’allonger. Alors que, s’allongeant, il posait sa tête, les douze pierres avaient fusionnèrent pour n’en former qu’une seule. Des années plus tard, en Égypte, alors que Jacob était sur le point de mourir, il appela à son chevet ses douze fils. Ils se rassemblèrent autour de lui et les douze individus devinrent une âme unifiée. Ils prononcèrent la prière du Chéma devant leur père Jacob, lui assurant ainsi que les principes du service de D.ieu et de la reconnaissance de Son absolue Unicité seraient également vécus et enseignés par eux. Une famille unie, avec un seul cœur et une seule âme.

Quand Jacob avait rassemblé ces douze pierres, sur le chemin de ‘Haran, il l’avait fait dans l’intention de s’attacher les douze fils qu’il devait avoir. De fait, le mot hébreu « évène » (pierre) est constitué de deux mots : « Av » (père) et « Ben » (fils), de sorte que le mot « pierre » contient la liaison du père et du fils. Suivant l’intention Divine, les douze pierres fusionnèrent : non seulement seraient-elles toujours liées à lui, leur origine commune, mais elles seraient également liées les unes avec les autres. L’unité du Peuple d’Israël, nous enseigne-t-on, est le reflet de l’Unité du Créateur. Dans nos prières quotidiennes, nous prenons sur nous la mistva d’Ahavat Israël (aimer son prochain juif avec le même amour que celui que l’on se porte à soi-même) avant même de prononcer le Chema Israël, la proclamation de l’Unité de D.ieu. Plusieurs fois dans la journée, nous implorons D.ieu de « nous bénir tous comme un ».

Que signifie réellement cette fusion de pierres et d’âmes ? Il est clair que pour optimiser notre relation avec D.ieu, nous devons faire de même dans nos relations avec nos prochains. Quand l’unité en bas (c’est-à-dire l’unité entre les Juifs) est la plus complète, cela permet – voire commande – aux bénédictions de se déverser. On nous apprend même que lorsque nos ancêtres furent unis dans l’idolâtrie, l’exil qui en résulta fut moins sévère que ce qui résulta du fait d’être immergés à la fois dans la Torah et dans des conflits internes – quantitativement par plus de 1900 ans, et qualitativement par plusieurs croisades, une Inquisition, la Shoah et malheureusement bien plus encore. Mais comment parvenir à cette unité essentielle ? Que signifie réellement cette fusion de pierres et d’âmes ? Pour comprendre ce qui est attendu de nous, il nous faut contempler Celui auquel nous souhaitons ressembler. La ‘Hassidoute explique que D.ieu créa le monde parce qu’Il désire une résidence ici-bas. Peut-être vous êtes-vous demandé quelle sorte d’intérêt cela peut avoir pour Lui ? L’intérêt, en bref, c’est que lorsque, dans un lieu qui est le siège de tellement de contradictions apparentes et de diversité, on peut reconnaître Son Unité, cette reconnaissance est plus solide et plus réelle que les toutes les louanges qui Lui sont adressées dans les mondes supérieurs.

A un niveau plus profond, l’Unité de D.ieu est en réalité exprimée par l’existence même d’une telle diversité au sein de la Création. Notre unité en tant que peuple a pour objet de refléter ce concept. Son Unité donne naissance à la diversité, le rôle de la nôtre est d’être issue de la diversité et de la soutenir. Car une unité qui naît de la diversité a bien plus de réalité qu’une unité qui s’appuie sur l’uniformité. On peut mieux apprécier cette idée en observant l’un des détails qui présida à la construction du Saint Temple. Il y avait 13 entrées par lesquelles on pouvait pénétrer dans le Temple : une pour chaque tribu et une porte générale, ouverte à tous. Toutes ces portes n’étaient pas superflues : il y avait clairement des avantages à utiliser la porte qui était précisément attribuée à sa tribu et d’autres avantages à utiliser la 13ème porte. Il y a des moments où nous recherchons D.ieu en tant qu’individus et d’autres où nous Le recherchons simplement comme en tant que Juifs.

La force de chaque individu resta intacte .Jacob ne prit pas une grande pierre pour s’y étendre, pas plus qu’il ne donna une bénédiction unique à tous ses 12 fils. Au contraire, il rassembla 12 pierres distinctes et il donna 12 bénédictions particulières « sur mesure » à ses 12 fils et à leurs descendants. Dans les deux situations, il y eut un moment de fusion, de réunion dans une unité absolue. Ce fut une unité d’autant plus solide que la force de chaque individu restait intacte. Immédiatement après avoir prononcé « Chema Israël » comme un seul homme, les fils redevinrent à nouveau des âmes individuelles pour pouvoir recevoir leurs bénédictions respectives de leur père, qui allaient être les outils de leurs démarches individuelles dans ce monde. Il nous appartient d’apprendre à vivre avec les deux approches : les bénédictions individuelles et l’unité solide comme la pierre. Aucune ne pourra être vraie sans l’autre.

Nous trouvons dans cette paracha, nous dit le Rav Dufour, la formule par laquelle les parents bénissent leurs enfants : « Yéssimékha Elo-him ké Ephraïm vékhi Ménaché, Qu’Il te place Elo-him comme Ephraïm et comme Ménaché » et pour les filles on place les noms de matriarches: « Yéssimékhe Elo-him ké Sarah, Rivaka, Ra’hél vé Léa, Qu’Il te place El-ohim comme Sarah, Rivka, Ra’hél et Léa ». Ensuite les parents ajoutent la bénédiction que disent les Cohanim : Yévarékhékha Ado-naï vé yichmérékha. Yaér Ado-naï panav élékha vi’hounékha. Yissa Ado-naï panav élékha véyassém lékha chalom. Que Hachém te bénisse et te garde. Que Hachém éclaire Sa face vers toi et te procure Sa grâce. Que Hachém lève Sa face vers toi et qu’Il place vers Toi la complétude paisible.  Cette bénédiction est dite généralement en plaçant la main ou les deux mains sur la tête de chaque enfant successivement le soir du Chabbat; certains le font à l’arrivée de la synagogue à la maison, d’autres après le Kiddouch. Ou à toute autre occasion. La bénédiction est dite également à l’épouse.

Pour que sa bénédiction soit efficiente, Jacob dit: Hé-assefou, Rassemblez-vous, Hitqabetsou, serrez vos rangs, Vechim’ou, et écoutez…L’Eternel avait dit à Abraham « Ta descendance sera aussi nombreuse que le sable de la terre ». Le Grand Rabbin Jacques Ouaknin nous demande quel est le sens de cette comparaison ? Un grain de sable isolé est vite emporté par les vagues tandis que beaucoup de grains entassés, liés les uns aux autres, deviennent une barrière, capable d’endiguer l’avance de la mer. Tel est le message de Jacob à ses descendants: Un juif isolé peut être considéré comme perdu. La Halakha interdit d’ailleurs aux juifs d’habiter dans une ville où il n’y a pas une communauté d’au moins dix personnes. En effet, comment une famille isolée peut-elle valablement élever ses enfants, célébrer les fêtes, manger cachère et maintenir intégralement son identité ? Les juifs ne se sont maintenus contre vents et marées comme ce sable du bord de mer que dans la mesure où ils étaient liés les uns aux autres, se soutenant et s’encourageant l’un l’autre. Pour demeurer juif on a besoin de cette chaleur humaine au sein la communauté, de ce sentiment de sécurité et de solidarité.

Rassemblez-vous et serrez vos coudes : deux conditions indispensables pour être réceptif au message de Jacob, notre ancêtre. Un juif ne peut pas vivre en ermite. Et si le judaïsme a triomphé des épreuves les plus terribles, il le doit à sa fidélité à la communauté, dans la cohésion et dans l’union des forces, dans la complémentarité des uns et des autres. Israël sans la Torah n’est plus Israël. Tout le monde n’est pas apte à faire de l’étude sa principale occupation. Il faut se tourner alors vers l’association des deux frères Yssakhar et Zevouloun. : l’un s’occupant d’étude de la Torah, l’autre se chargeant de pourvoir à ses besoins, les deux se partageant le mérite de leur survie. Le Midrach donne l’image de ce père qui, avant de mourir, réunit ses enfants et leur présente un fagot de bambous en leur demandant de le briser en deux. Aucun des enfants n’y arrive. Alors le père prend le fagot et en tire tige par tige qu’il brise aisément. Les enfants comprirent la leçon : tant qu’ils sont unis personne ne peut les vaincre.

On l’a vu lors de la destruction du Second Temple de Jérusalem. Pourquoi le Temple a-t-il été détruit ? Nos Sages en voient la cause dans la haine gratuite qui régnait au sein du peuple. La haine entraîne la discorde et la discussion. La discorde entraîne la dislocation de la communauté et la fin du peuple juif. Cette simple expression employée par Jacob « Héassefou, Hitqabetsou Vechim’ou » « rassemblez-­vous, serrez les rangs et écoutez » constitue certainement l’essentiel du testament spirituel que Jacob tenait à transmettre à ses 12 enfants, puisque l’inspiration divine l’ayant quitté, il s’est contenté de bénir chacun selon sa vocation. Jacob rappelle à ses enfants que le caractère universel du peuple d’Israël passe par son particularisme. C’est en étant un juif authentique que le juif atteint la dimension de l’homme universel. C’est pourquoi Jacob précise: écoutez Israël (autre nom de Jacob) votre père. En définitive, aux yeux des peuples, votre sagesse réside dans la Torah et pas dans toute autre doctrine que vous auriez envie d’aller chercher ailleurs, parce qu’elle vous paraît plus attrayante.

Avec Manitou, nous apprenons que dans l’identité Israël, il y a une première dimension de la vocation « Malekhet Kohanim Vegoï Qadosh » qui est de se mettre au service de la civilisation dominante du temps. A tour de rôle chaque nation va devenir la figure de prou de la recherche de l’universel humain et c’est elle qui fonde l’empire.  Il y a alors une tendance messianique d’Israël de se mettre au service de cette civilisation dominante pour la « cashériser », pour la sanctifier. C’est ce qu’a rêvé de faire Joseph en Egypte. Et c’est le modèle de la vocation messianique de type diaspora. Etre au service de la civilisation du temps, celle qui est occupée à faire l’empire en voulant faire l’universel humain.

Le récit de cette descente de Jacob, s’installant dans la civilisation du temps qu’est l’Egypte, par le biais de Joseph qui en est le levier, le véhicule, c’est la dimension Jacob du peuple d’Israël. Dès qu’il s’agit de Jacob, il est normal que Jacob se sente chez lui en exil. Il faut voir à quel point c’est notre carte d’identité historique qui nous est donnée là : Joseph seul est capable d’être dans l’Egypte. On l’apprendra de la Parashah Shémot : VeYosseh Hayah BéMitsraïm.  Joseph seul était capable d’aller dans l’Egypte et de rester hébreu. Jacob lui doit s’installer dans le ghetto de Goshen. Parce que si cette dimension du peuple juif au service de la nation étrangère s’installe au coeur de la civilisation étrangère, elle s’assimile. C’est le problème de l’assimilation.

Joseph seul est le cas particulier. Rachi cite un Midrach qui le met en évidence : Pourquoi au début du livre de l’Exode lors de la descente des enfants de Jacob en Egypte, un verset exceptionnel pour Joseph : VeYosseh hayah BéMitsraïm  Rachi citant le Midrach : ce Joseph vendu du pays de Kenaan comme esclave en Egypte est devenu à la tête du palais de Pharaon et est resté tsadik. Yossef haTsadik c’est le seul à pouvoir rester tsadik dans l’Egypte. Les autres pour rester Israël sont au service de l’Egypte dans le ghetto. Ce sont les bergers des troupeaux des Egyptiens. Les Juifs sont des médiateurs de valeur et en leur qualité d’intermédiaire, on a besoin d’eux…

La communauté juive au service de la civilisation extérieure a le même problème qui nous est raconté des enfants de Jacob en Egypte : lorsque la dimension Israël s’installe en exil elle s’appelle Jacob, et elle s’installe et c’est fini ! Elle a son vocabulaire messianique d’espérance, mais cela reste un vocabulaire messianique d’espérance ! Il faut que Juda prenne le relai pour que cela se concrétise. Joseph c’est la descente en Egypte. Juda c’est la sortie d’Egypte. Tant que c’est le temps de l’exil, c’est Joseph  qui est Israël. Dès que le temps de fin d’exil arrive, parce que cette tentative a échoué –  et il n’y a aucune exception, aucun Joseph de l’histoire du monde n’a jamais réussi à cachériser la civilisation de l’empire du temps, les empires ont pris fin dans l’éclatement et les catastrophes. Jamais

Israël n’a réussi à sauver l’empire. C’est cela la vocation messianique de la diaspora : tenter de sauver l’impérialisme des Goyim. Lorsque Joseph va diagnostiquer que c’est un échec, il leur dit : « le temps arrivera où Dieu vous fera signe et vous sortirez et emporterez ma momie pour éviter qu’elle devienne idole de l’Egypte… ».

Dès que la communauté juive, qui est l’Israël de l’exil, s’installe au service d’une civilisation, il y a tout de suite la différence : Joseph qui est à l’Elysée et les Juifs à la rue Pavée, c’est à dire le palais du Pharaon et Goshen le ghetto. Ce Joseph est souvent économiste, financier, conseiller… de la civilisation en question. C’est tellement simple que cela donne le vertige : une histoire simple qui se fait depuis l’origine et qui recommence. On n’arrive pas à s’en rappeler, à la comprendre et à savoir comment réagir, mais c’est la même histoire. Dès qu’Israël redevient Jacob, il est l’homme de l’exil et s’installe en exil. Il y a un verset de fin de la Paracha Vaye’hi que nous citons dans la Hagadah de Pessa’h, lorsque le dernier verset montre les enfants d’Israël prospérant en Egypte, la Hagadah dit alors : « Melamed Shéhayou metsouyanim sham : ils étaient très bien là-bas metsouyan ».

Jacob est chez lui chez Joseph. Or ‘Ha’hayim pose le problème pour les enfants de Jacob, lorsqu’ils ont ramenés le corps de Jacob à la caverne de Ma’hpelah pourquoi n’y sont-ils pas restés ? Pourquoi sont-ils redescendus ? C’est là que le Or ha’hayim dévoile que c’est cela la catastrophe qui a fait que l’on n’a été que 70 et non pas 80. Si la famille de Jacob avait été 80, alors l’histoire d’Israël aurait été toute autre : elle aurait été une histoire de messianité dans la splendeur et dans la gloire. Lacharnière de cet enseignement est un Midrach difficile cité par Rachi : Joseph est cette tendance d’Israël à rêver d’être au service de la civilisation extérieure pour la sauver.

Le problème n’est pas que Juda a raison et que Joseph a tort. Les deux ont raison, cela dépend simplement du temps dans lequel on est : si on est dans le temps Joseph, c’est Joseph qui a raison, si on est dans le temps de Juda, c’est Juda qui a raison. Le problème contemporain est très clair, on est dans un temps charnière où tous se pose la question : en quel temps sommes-nous ? Le temps de Juda ou le temps de Joseph ? Si c’est le temps de Joseph, alors il faut s’installer en diaspora. Il faut s’installer à Shtarim. Il faut s’installer à Shkhem et c’est Joseph lui-même qui le dit. C’est cet élan messianique pour sauver le monde que Dieu a créé. Or, la révélation de Dieu s’est faite aux pères d’Israël pour que les fils soient au service du salut messianique de l’humanité. C’est à ce niveau-là qu’il faut penser l’inconscient juif. Et par conséquent Joseph rêve cela. Là où c’est déjà la nuit, il faut y être les étoiles, là où le blé pousse, il faut aller y faire les gerbes… C’est cette histoire qui nous est racontée.

Quand on est au temps de Joseph, Jacob se connait comme Jacob et s’installe chez Joseph, mais il y a un danger : la femme de Putifar ! L’Egypte dans la figure de la femme de Putifar a voulu s’annexer la force de Joseph, comme d’ailleurs on le verra, la tendance de l’Egypte est à chaque fois de s’annexer l’identité d’Israël pour féconder l’Egypte. C’est ce que reprochera Juda à Joseph lorsqu’il plaide le dossier d’Israël contre cette usurpation d’identité que l’Egypte veut faire : Ki Kamokha KéFaro : tu veux prendre Benjamin comme l’ancêtre du Pharaon du temps d’Abraham  a voulu prendre Sarah ! Ce qui est la dernière chance des engendrements en Israël, l’Egypte veut se l’approprier pour féconder l’Egypte. Alors l’Egypte est devenue sans progéniture –  le colonialisme est cet aspect de l’impérialisme qui continue avec les enfants des autres  – Juda fait ce reproche à Joseph de vouloir faire comme Pharaon avec Sarah. Pharaon du temps de Moïse veut tuer les garçons et garder les filles qui enfantent… Il veut s’approprier la matrice d’engendrement…

C’est ce que désigne la femme de Putifar. On apprend que Putifar est eunuque ! Sa femme voudrait être fécondée par Joseph parce que son mari égyptien ne peut plus la féconder. Cela se lit à livre ouvert. La femme de Putifar veut Joseph. Joseph ne lui laisse en mains que son déguisement égyptien. C’est la frustration totale. Si elle l’envoie en camps de concentration ce n’est pas pour le punir d’avoir voulu séduire la femme de Putifar, mais il est puni pour ne pas s’être laissé séduire par elle. La femme de Putifar dit à son mari : je le veux, il ne veut pas, venge moi ! C’est ce qui se passe, lisez bien le texte, c’est l’inverse. Joseph arrivant dans une civilisation est le théophore : « porteur de l’idée de Dieu ». Et lorsqu’ils croient par-là être sauvé, Joseph se déclare athée… C’est par exemple la relation entre l’intelligentsia juive et la France. La France attend un message de salut du peuple de Dieu. Et l’intelligentsia juive lui enseigne l’athéisme juif… Pour schématiser un mécanisme qui n’a jamais eu d’exception, c’est la frustration  totale !

Un Midrach cité par Rachi montre à quel point c’est ce qui se passe : Joseph a failli succomber aux charmes de la femme de Putifar. A ce moment-là lui apparait la figure de son père. Les psychologues expliquent par-là l’inhibition… mais le Midrach explique qu’il s’est rendu compte que ses enfants risquaient de ne plus ressembler à son père. C’est le drame d’un judaïsme qui s’installe au service des nations, et qui au moment où il risque de disparaître assimilé se reprend, déclenchant la frustration de la nation en question dont découle l’antisémitisme. Il faut savoir que c’est comme cela que ça se passe et il n’y a malheureusement jamais eu d’exception. Alors le Midrach dit ceci : Quand la femme de Putifar a voulu s’emparer de Joseph, il a planté ses doigts en terre et a perdu 10 gouttes de sperme tombées par ses 10 doigts et correspondant aux 10 tribus qu’il devait enfanter. Il y a une perte d’énergie d’Israël dans cette aventure.

Joseph aurait pu être le père de 12 tribus mais il ne lui en est resté que deux. Ce qui fait qu’Israël au lieu d’être à l’indice 80 a été à l’indice 70. C’est un thème de Kaballah. Le Or Ha’hayim grand commentateur de la Torah, Al Pi Hakaballah, contemporain du Baal Shem Tov, a expliqué cela : c’est un Israël galoutique qui apparait en ce temps-là et qui s’installe en tant qu’Israël galoutique. Un Israël où il y aurait eu les deux forces messianiques, l’autre force aurait déjà pris le relai au moment où ils ont ramené le cercueil de Jacob, et ils seraient restés en Erets Israël. On a laissé femme et enfants, les troupeaux qu’il faut retourner aller chercher… On est retourné les chercher et on y est resté.  On a tardé pour s’installer… La sortie d’Egypte aurait pu se faire tout de suite. Et elle en s’est pas faite, on s’est installé.

Avant sa mort, Jacob rassemble ses enfants pour les bénir. Le rav Haïm Dynovisz nous enseigne qu’au sens premier, le pschat, on dit que Jacob désirait leur révéler la fin des temps, la délivrance. Or, le mot hébreu utilisé dans la Torah est le mot « ketz« . Au niveau du dernier sens, celui du sod, on ne traduit plus « ketz » par délivrance, mais par limite. L’intention de Jacob n’était pas à proprement parler de dévoiler ce qu’il avait vu sur l’histoire jusqu’à la délivrance finale. Non, son intention première était plutôt de transmettre à ses enfants les principes fondamentaux qui permettront à Israël de traverser l’histoire et d’arriver jusqu’à la guéoula (délivrance) finale. Il voulait leur enseigner ce qui est l’essentiel, c’est-à-dire l’essence de toute la Torah, qui est d’apprendre à reconnaître leurs propres limites et c’est d’ailleurs ce qu’il va faire. Dans les bénédictions qu’il donne à chacun il leur est clairement dit qu’ils ne doivent pas s’en écarter, en leur faisant comprendre qu’à chacun d’eux Hachem a donné une mission spécifique. Si on respecte et que l’on utilise à bon escient les dons offerts par Hachem à chacun d’entre nous, en d’autres termes, si on accomplit la mission  spécifique qu’Hachem nous a donnée, et que chacun fait l’effort d’être ce qu’il est réellement, sans tricher, la réussite est alors au bout du chemin.

Le rav Mordékhaï Chriqui et le Dr Avraham-Gilles Morali nous disent qu’à travers l’acceptation volontaire de la Torah, c’est une nouvelle dimension de la rédemption qui s’ouvre dans le paysage historique : celle de faire l’unité entre la volonté divine et celle de l’homme. C’est grâce à cela que la construction du second Temple s’avéra possible, et c’est grâce à cette dimension retrouvée dans les temps modernes que nous pourrons bâtir le 3ème Temple, et ce, pour l’éternité.

(Sources : Wikipedia – Chabbad.org –  Rav Davidovicz, de l’école Kehilat Chnéor – Chana Kroll – Rav Dufour, Modia – Grand Rabbin Jacques Ouaknin, Vie Juive – Manitou – rav Mordékhaï Chriqui et le Dr Avraham-Gilles Morali, L’Essence de la Torah)

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   1 – Voici les études pour vivre de façon supplémentaire cette expérience intérieure de “voir la lumière de Hanouka”, maintenant en ce 5e jour: http://www.modia.org/priere/joie.php

NE MANQUEZ PAS CETTE PAGE ! Pour cette seconde partie de la grande expérience de Hanouka, de la 5e à la 8e lumière, lisez aussi cette page qui vous emmènera très loin dans la beauté de votre           expérience intérieure :

http://www.modia.org/infos/etudes/hanouka-rencontre.html

 
2 –  Nous sommes cette semaine dans la préparation par l’étude de la magnifique 11e Paracha: Vayigash –  » Il rencontra… » Béréchite (La Genèse) 44,18 – 47, 27 

* Thèmes de la paracha que vous pouvez ici étudier : Cette paracha nous apprend 4 démarches essentielles: – comment se ren-contrer dans une écoute véritable, – comment résoudre les conflits en 7 clefs, – combien et comment la Torah nous fournit ces clefs, – nous ne pouvons le découvrir qu’en étudiant la Torah avec nos Sages.

http://www.modia.org/tora/berechite/vayigache..php

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Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

11e Paracha – Vayigache: Il rencontra – Béréchite (La Genèse) 44,18 – 47, 27

Judah s’approche de Joseph pour plaider la libération de Benjamin, s’offrant comme esclave à la place de son jeune frère. Devant cette expression de loyauté l’un envers l’autre, Joseph ne peut davantage se contenir et leur révèle son identité. « Je suis Joseph », dit-il d’une voix chargée de pleurs. « Mon père vit-il encore ? » Ses frères sont accablés de honte et de remords, mais il les réconforte en leur disant « ce n’est pas vous qui m’avez fait venir ici, c’est D.ieu, afin de nous sauver, nous et toute le pays, de la famine. » Il se jette ensuite au cou de Benjamin et pleure.

Les frères, chargés de présents, s’empressent de retourner en Canaan pour y apporter la bonne nouvelle. Jacob descend alors en Égypte avec ses fils et leurs familles, 70âmes en tout, afin d’y retrouver Joseph après 22 ans de séparation. Sur son chemin, il reçoit la promesse de D.ieu « N’hésite point à descendre en Égypte, car Je t’y ferai devenir une grande nation. Moi-même, Je descendrai avec toi en Égypte ; Moi-même Je t’en ferai remonter ». Joseph rassemble les richesses de l’Égypte au profit de Pharaon en vendant nourritures et semences pendant la famine. Pharaon donna à Jacob et à sa famille la région fertile de Gochen, où les enfants d’Israël connurent une prospérité prodigieuse.

Le rav Jean Schwarz, du site Lamed, nous explique qu’après une longue attente, après beaucoup de souffrances, Joseph voit enfin se réaliser les rêves qu’il avait faits dans la maison paternelle. : Ses frères viennent se prosterner devant lui, certes; mais au-delà de ce geste de soumission, qui s’adresse en réalité au monarque, Joseph se rend compte que son absence a recréé l’unité entre les frères – entre tous les frères -et qu’il n’y avait plus place dorénavant pour une différenciation entre les enfants des  » servantes  » et les autres. Or c’est bien là ce qu’il avait rêvé à l’époque.

Cette fraternité, il en a été le témoin ému quand il a entendu avec quelle flamme Juda a plaidé devant lui la cause de Benjamin et s’est même proposé de prendre sa place. Mais il a surtout senti le remords qui brûlait le cœur de ses frères et c’est cet ensemble de faits qui l’a fait éclater en, larmes. Larmes d’émotion, mais aussi larmes de joie. Dorénavant, il en était certain, l’union régnait vraiment entre ses frères, si différents les uns des autres, mais tous liés intimement l’un à l’autre.

S’il avait été si dur envers eux quand ils se sont retrouvés face à face en. Egypte, s’il avait su maîtriser son cœur et leur parler comme un étranger, c’était pour mieux se persuader que cette unité était établie pour de bon et non pas seulement superficiellement, sous la poussée des événements. L’épreuve était maintenant achevée. II ne restait plus à Joseph qu’à faire sortir tous les témoins dont la présence pourrait être gênante pour ses. frères, afin que, à son grand bonheur, puisse s’opérer la réconciliation et les retrouvailles de douze frères dorénavant unis par un même amour.

Sur le site Chabbad.org, nous voyons que dans la paracha Vayigach, nous sommes témoins de la réconciliation entre Joseph et ses frères et des retrouvailles entre Joseph et son père Jacob. La tension dramatique amorcée dans la paracha Vayéchev connaît maintenant son dénouement. La famille élue est de nouveau au complet et Jacob peut enfin espérer consacrer le reste de sa vie à préparer ses descendants à leur destinée, celle de devenir la nation qui méritera de recevoir la Torah, qui sera leur guide et outil pour accomplir le but ultime de la création : transformer le monde en la demeure souhaitée par D.ieu.

De plus, une importante intrigue secondaire trouve est également résolue dans cette paracha : le conflit idéologique entre Joseph, d’une part, et tous ses frères (menés par Judah), de l’autre.

Le conflit spirituel qui opposait Joseph à Judah avait pour objet leurs approches respectives, chacun pensant que la sienne servirait le plus efficacement la cause de la diffusion de la conscience de D.ieu. Joseph était en faveur d’un engagement proactif dans le monde, en exploitant ses institutions, sa culture, sa technologie et son énergie émotionnelle pour la sainteté. Ses frères, sous la direction de Judah, préféraient s’éloigner du monde et de ses tentations et périls, choisissant de consacrer leur existence à l’accroissement de leur propre sainteté, inspirant par ce biais le reste de l’humanité à se joindre à eux et à les suivre sur ce chemin. Ces préférences divergentes de Joseph et de ses frères se reflétaient dans leurs occupations respectives : alors que Joseph était devenu un administrateur et un homme d’État chevronné, considérablement investi dans des préoccupations matérielles, ses frères avaient choisi d’être bergers, n’ayant que de maigres contacts avec la société et disposant de temps considérable pour méditer sur la grandeur de la nature et pour communier avec D.ieu.

Bien que chacune de ces deux approches possédât ses qualités propres, Jacob avait montré qu’il préférait celle de Joseph, comme nous l’avons lu précédemment. Cependant, bien que Jacob eût raison de reconnaître que l’approche de Joseph est plus essentielle dans la lutte contre le parti pris négatif du monde à l’égard de la divinité, celle de Judah est tout aussi essentielle et est, en réalité, complémentaire à celle de Joseph. Le point faible de l’approche de Joseph est qu’elle laisse trop de place à la vanité. Quelle que soit l’ampleur de notre dévouement à D.ieu et de notre engagement à mener à bien la mission qu’Il nous a confié, le fait même que nous devions y employer notre propre intelligence, notre créativité, notre ingéniosité, notre force d’entreprendre et notre courage pour mener à bien notre mission divine peut laisser s’installer en nous un sentiment exacerbé d’autosatisfaction. En dehors de son effet nuisible sur notre propre évolution spirituelle et sur notre relation avec D.ieu, cette autosatisfaction contrecarre également nos efforts dans la sensibilisation de l’humanité au divin, car même la plus infime présence d’orgueil dans notre propre psyché nous empêche de l’identifier dans notre environnement et de l’éradiquer. Ce fut là la raison profonde, la raison spirituelle, pour laquelle Joseph fut incapable d’acquérir les terres des prêtres idolâtres lorsqu’il prit possession de l’ensemble du royaume d’Égypte. (Genèse 47,22)

Judah, de son côté, incarnant l’aspiration désintéressée à se fondre dans la présence de D.ieu. Quand nous adoptons son attitude, nos interactions avec le monde sont alors empreintes de sacrifice de soi, c’est-à-dire de dévouement à la volonté de D.ieu sans aucune arrière-pensée de glorification personnelle ou d’inquiétude au sujet d’éventuelles répercussions. L’alliance du désintéressement de Judah et de la vaillance de Joseph nous permet donc d’exercer tous les talents que D.ieu nous a donnés, sans devenir la proie d’une dangereuse autosatisfaction. C’est la raison pour laquelle cette paracha est nommée Vayigach (« il s’approcha »), se référant à la façon dont Judah s’approcha de Joseph. Pour pouvoir assurer le succès de notre mission, nous autres, les « Joseph », devons permettre aux « Judah » de nous approcher et de nous compléter.

Comme nous l’avons vu, la raison pour laquelle Jacob préférait Joseph et ses qualités à Judah et aux siennes était qu’il avait compris que ce seraient les qualités de Joseph qui permettraient au peuple juif de survivre, de s’épanouir et d’accomplir son destin durant son long voyage vers les temps messianiques. Toutefois, lorsque ce but sera atteint, il ne sera plus nécessaire d’accorder la prééminence à Joseph et à son approche, car le désintéressement de Judah constituera alors notre conscience dominante. C’est la raison pour laquelle Judah est l’ancêtre direct du Machia’h : c’est cette qualité en particulier qui nous fera passer de la mentalité de l’exil à celle de la Rédemption.

En fait, à mesure que nous nous approchons de la Rédemption, la balance penche progressivement en faveur de Judah. D’une part, nous constatons que le monde devient au fil du temps de plus en plus réceptif au message du Judaïsme ; parallèlement, les obstacles qui rendirent la vie juive si difficile dans de si nombreuses parties du monde et pendant si longtemps sont en train de disparaître. D’autre part, plus le mal sent sa fin approcher, plus son opposition à la sainteté devient féroce. C’est pourquoi l’antisémitisme et la hargne antireligieuse sont également en plein essor, sans parler de la séduction croissante exercée par toutes les formes de plaisirs matériels. En une telle époque, notre seule défense possible est une bonne dose de sens du sacrifice de soi de Judah.

Assurément, le sens du sacrifice fut essentiel pour nous durant notre long exil. Sans cette qualité nous n’aurions pu survivre à ses horreurs. Plus encore, le sincère dévouement à l’accomplissement de la volonté de D.ieu par la pratique de Ses commandements est ce qui a graduellement, mais continuellement raffiné la réalité matérielle au point ou le monde est désormais prêt pour l’ordre nouveau qui sera introduit par la Rédemption. En ce sens, l’approche de Judah vers Joseph préfigurait la Rédemption : lorsqu’il approcha Joseph, il ignorait que c’était son frère, mais en exigeant un comportement éthique de celui qu’il pensait être un despote immoral, Judah suscita la révélation de la vérité.

La leçon qu’il convient de tirer de la paracha Vayigach est donc de maintenir l’équilibre adéquat entre la créativité et l’abnégation, en se rappelant toujours que la clé pour surmonter à la fois notre exil personnel et notre exil général est de cultiver l’état d’esprit de la Rédemption. Ne pas fuir notre destinée, mais plutôt assumer notre rôle d’ambassadeurs de la Torah dans le monde nous permet de survivre à l’exil et de hâter la Rédemption, ce qui aura pour conséquence d’apporter l’unité et la paix à toute l’humanité. (Sefer HaSi’hot 5750, vol. 1, pp. 218-220 ; Sefer HaSi’hot 5751, vol. 1, pp. 210-214 ; Sefer HaMaamarim 5746, pp 74-75)

« Et Judah, Jacob  l’envoya devant lui, vers Joseph, pour le guider, pour lui préparer l’entrée à Gochèn. » (Genèse, 46,28) Rachi commente que c’était « Pour lui préparer un centre d’études, une yéchiva, d’où sortira l’enseignement. »  En effet, nous dit le rav Atali, de Tioul.com, l’Egypte avait une culture et un culte inadéquates pour Jacob. Donc Judah partit préparer le terrain pour empêcher une osmose entre les 2 peuples. C’est ainsi qu’il fonda une yéchiva qui contribuera à créer une atmosphère propice où la torah puisse se pratiquer sans que les Hébreux soient atteints par les influences de l’Egypte. Une yéchiva est d’abord une protection de la nature, dans la mesure où le peuple d’Israël à un but et une fonction différente dans le monde, il fallait pour que les tribus puissent s’épanouir dans leur idéal, un moteur pour ce peuple.  Une yéchiva fait naître des enseignants, elle est l’endroit où les idées du Judaïsme se développent et se transmettent. Elle est donc le lieu de prédilection qui, non seulement protège contre les idées extérieures, contre les influences des autres cultures qui poussent les Juifs à se diriger hors de leur idéal, mais qui est aussi l’organe central, le cœur de la réflexion et de l’identité juives. Il semblerait que Jacob ait envoyé Judah chez Joseph pour l’informer que, bien qu’étant le second du roi et un homme très occupé, il n’était pas dispensé de se préoccuper de la fondation d’une yéchiva. Bien qu’étant très absorbé par ses fonctions de dirigeant du pays, Joseph devait quand même se préoccuper du développement de la Torah dans le pays.

A plus forte raison chacun d’entre nous, nous devons veiller à diffuser la pratique de la Torah autour de nous, en nous écartant au préalable des influences néfastes qui pourraient entraver son développement, puis en instaurant un endroit où la Torah puisse se pratiquer convenablement.  Jacob aurait pu s’inquiéter d’abord d’avoir un bel endroit où fixer sa résidence, d’y construire une maison confortable, de vérifier si l’endroit était bien approvisionné en nourriture, etc. Mais, en réalité, il ne se soucia en premier lieu que de la construction d’un endroit où l’on puisse se préoccuper de la Torah en toute quiétude. Maintenant on comprend pourquoi on doit choisir un endroit de Torah avant de déménager. Combien de juifs aurait-on pu sauver avec cette réflexion !

La personnalité profonde, morale et spirituelle de Joseph venait de son intériorité et n’était en rien affectée par la société ni l’environnement dans lesquels il évoluait, pas plus que par ses occupations qui l’accaparaient 24 heures par jour. L’antagonisme entre Joseph et ses frères était celui qui opposait une tradition spirituelle et un nouveau matérialisme, une communauté de bergers et un entrepreneur. Les frères ne pouvaient accepter qu’une personne puisse mener une existence profane sans devenir matérialiste, qu’une personne puisse rester unie avec D.ieu tout en se plongeant dans les affaires de la société la plus dépravée au monde qu’était la société Egyptienne. Et c’est Joseph qui rêvait sortir victorieux de ce conflit. L’ascèse spirituelle qui avait caractérisé les 3 premières générations de l’histoire juive était destinée à prendre fin. Du fait de la famine qui régnait alors sur le pays des Hébreux, Jacob et sa famille déménagèrent en Egypte où le creuset de l’exil allait forger leurs descendants et en faire la nation d’Israël.

Comme Joseph en avait eu la prémonition dans ses rêves, ses frères et son père s’inclinèrent devant lui, indiquant par là la soumission de leur approche à la sienne. Jacob avait compris depuis toujours la signification de ces rêves et avait attendu leur réalisation. Les frères de  Joseph, quant à eux, qui trouvaient plus difficile d’accepter que l’ère des bergers touchait à sa fin, le combattirent pendant 22 ans. Finalement, ils en vinrent eux aussi à accepter le défi historique qu’allait devoir relever Israël, en vivant une vie spirituelle dans un environnement matérialiste. Mais ce fut néanmoins Judah et non Joseph qui fut choisi pour établir cette maison d’étude qui servirait comme source d’enseignement de la Torah pour les Juifs en Egypte.

Les 3 premières générations de la vie juive n’avaient pas constitué un « faux départ ». Bien au contraire, elles étaient les fondements de tout ce qui allait suivre. C’est là que Joseph prit la force de persévérer dans sa foi et sa droiture dans un environnement étranger. C’est sur ces fondements que l’édifice tout entier de l’histoire juive allait être bâti. Le Juif vit dans un monde matériel, mais ses racines sont enfouies dans le sol d’une spiritualité parfaite. Dans sa vie quotidienne, il doit être un Joseph, mais son éducation doit li être donnée par un Judah.

La paix familiale et sociale et l’amour lui-même sont un long parcours laborieux nous dit le rav Dufour, de Modia.La Torah nous a enseigné par là, dans les parachiyote précédentes, que toutes ces souffrances sont des épreuves normales à franchir dans un long parcours pour améliorer le monde où les forces du bien et du mal luttent. Par là, il s’agit aussi de nous améliorer nous-mêmes. Cette conception tonique et courageuse est éloignée des idéologies de bonheur calme et immédiat. Cette paracha nous apprend enfin la clef de la résolution des conflits, des retrouvailles et des réconciliations. Ce n’est pas une simple prescription morale, du type « réconciliez-vous, aimez-vous les uns les autres »; les slogans faciles de « paix immédiate » ne sont que des manipulations mensongères utilisées par des camps agressifs qui y trouvent une nouvelle arme se rapprocher, liquider les contentieux, ne pas humilier l’autre dans le règlement, ne pas raviver les blessures, enfin, retrouver ensemble les véritables bases et les véritables droits de chacun.

Avec Joseph, le juste, nous avons  donc là l’exemple rare d’un personnage qui vit totalement dans la Torah et totalement dans les affaires de la Cité. Le résultat en est que les nations elles-mêmes s’en remettent à un tel Juif. Nous avons besoin de tels leaders en Israël au lieu de seuls politiciens. Etudions pour comprendre quel est ce type d’homme.  Nous apprenons aussi la patience dans la vie sociale. En effet, les frères de Joseph avaient péché lourdement et terriblement et, maintenant, nous découvrons la qualité à laquelle ils sont parvenus, dans chacun de leurs mots face à Joseph et entre eux. Ne désespérons pas les uns des autres, notre néchama (âme) est pure, à tous, et travaillons lentement à l’amélioration commune, ensemble. Pour ces motifs, la paracha est d’une actualité brûlante.

Quant au rav Chlomo Aviner, il nous apprend qu’on estime à tort que la génération de la sortie d’Egypte était plus grande que la nôtre. Dirigée par Moïse, elle a connu de grands miracles. La nôtre traverse une crise en ce qui concerne la Torah et Eretz-Israël, crise  insignifiante comparée à la Faute du Veau d’Or et de celle des Explorateurs, pour ne citer que les plus connues. A maintes reprises, nos Sages ont enseigné que la Délivrance que prépare  notre génération sera plus grande que celle d’Egypte et même, suivant l’opinion de Ben-Zoma, qu’aux temps messianiques on ne la mentionnera  plus (cft. Traité « Bérakhot » 10 b), enseignement fondé sur une prophétie de Jérémie (23, 7-8).

Le miracle du rassemblement des dispersés est plus grand que celui de la  sortie d’Egypte car jadis notre peuple s’était rendu en Israël à partir d’un seul  endroit tandis qu’à la nôtre il revient de toutes les parties du monde dans un  synchronisme qui tient du miracle. Bien plus : en Egypte, nous étions dirigés par Moïse ; actuellement, nous sommes pareils à un « troupeau sans berger » (Sources passim), un manque mais un avantage aussi car le « troupeau » en question a su, seul, accomplir d’immenses réalisations : la réédification du pays, le retour, la création de l’Etat, les victoires militaires, le renouveau de la Torah, etc. En fin de compte, le « berger » reviendra mais il ne devra pas résoudre les problèmes qui dépassent le « troupeau ».

Rappelons brièvement une parabole de Rachi (sur Psaume 70) : celle d’un roi courroucé qui détruit la bergerie, exile le berger et le troupeau. Une fois apaisé, il reconstruit la bergerie, y réintroduit le troupeau mais laisse le berger en exil, ce dernier ne revenant « Qu’à la fin ». Lors de la sortie d’Egypte, nous dépendions totalement du berger ; c’est  pourquoi nous avons commis la Faute du Veau d’Or dès qu’il s’est absenté.  En constant état de dépendance, nous tombions souvent comme un petit  enfant. A présent, nous pouvons prendre seuls les décisions qui s’imposent.

Dans l’Introduction au « Nétsa’h Israël », le « Maharal » de Prague opère une véritable révolution.  La relation, explique-t-il, entre la sortie d’Egypte et la libération de l’esclavage où nous tiennent les nations sont comme la relation  de cause à effet. La grandeur de « l’effet » est sans aucune mesure avec la petitesse de la « cause » ; pourtant, en potentiel, celle-là contient celle-ci, à l’instar du pépin et de l’arbre pleinement épanoui. En d’autres termes, lors de la sortie d’Egypte, nous avions en potentiel de quoi réaliser les grandes entreprises avec le talent que nous connaissons, pareils aux adultes qui mettent en pratique le potentiel de leur enfance.

Un jour, le Rav Kook expliquait en substance à son fils, le Rav Tzvi-Yéhouda, que nous n’étions qu’au tout début de la Délivrance ; pourtant nous avons en potentiel le pouvoir de la mener à bien jusqu’au bout. Par conséquent, chercher à savoir si notre génération est plus grande ou plus petite que celle de la sortie d’Egypte est une fausse interrogation puisque celle-ci est la mise en pratique du potentiel contenu dans celle-là, processus d’une durée plusieurs fois millénaire dont nous avons le privilège d’entrevoir le terme.

(Sources : Chabbad.org – Rav Jean Schwarz – Lamed – RavAtali  – Tioul.com – rav Dufour, Modia – Rav Chlomo Aviner)

CULTURE JUDAISME – La paracha de la semaine du mois de Kislev 5774

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   1 – Voici les études pour vivre de façon supplémentaire cette expérience intérieure de “voir la lumière de Hanouka”, maintenant en ce 5e jour:
http://www.modia.org/priere/joie.php

NE MANQUEZ PAS CETTE PAGE ! Pour cette seconde partie de la grande expérience de Hanouka, de la 5e à la 8e lumière, lisez aussi cette page qui vous emmènera très loin dans la beauté de votre           expérience intérieure :

http://www.modia.org/infos/etudes/hanouka-rencontre.html

 
2 –  Nous sommes cette semaine dans la préparation par l’étude de la magnifique 11e Paracha: Vayigash –  » Il rencontra… » Béréchite (La Genèse) 44,18 – 47, 27 

* Thèmes de la paracha que vous pouvez ici étudier :
Cette paracha nous apprend 4 démarches essentielles:
– comment se ren-contrer dans une écoute véritable,
– comment résoudre les conflits en 7 clefs,
– combien et comment la Torah nous fournit ces clefs,
– nous ne pouvons le découvrir qu’en étudiant la Torah avec nos Sages.

http://www.modia.org/tora/berechite/vayigache..php

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Comme chaque semaine, l’étude de la paracha et des fêtes avec le rav Dufour, sur le site Modia :
  1 –       ‘HANOUKA: SOYONS BIEN INFORMÉS ET LUCIDES… POURQUOI DONC L’ACCORD AVEC L’IRAN a été signé QUAND KHOMEINI, LE SEUL DIRIGEANT, CONFIRME CLAIREMENT SA LIGNE QUAND IL VIENT DE DÉCLARER avec précision QU’ISRAËL EST « CONDAMNÉ À PÉRIR, ÊTRE ANÉANTI ET DISPARAÎTRE,  traduction exacte de MAHKOUM BÉZAVÂL » en parsi ! TOUT SERA EFFECTIF SEULEMENT SI L’OCCIDENT A PRÉVU UN CONTRÔLE RIGOUREUX DANS L’ACCORD ET S’IL L’EXERCE. Lisez aussi cette page que nous avons écrite, basée sur la tradition juive dans la relation à l’Iran. C’est UNE INITIATIVE POUR LA PAIX ENTRE ISRAEL ET L’IRAN. L’union unique entre l’Iran et Israël peut-elle et va t’elle refleurir ?  http://www.modia.org/infos/iran-us-israel.php
2 – TOUT CELA EST HANOUKA. « Il n’y aura plus de méfaits, ni plus de violences sur toute Ma sainte montagne car la terre sera pleine de la connaissance de Hachem, comme l’eau emplit la mer » (Isaïe 11,9). MAIS POUR CELA, ON NE PEUT PAS SEULEMENT S’ENFERMER ENTRE 4 MURS… Mais le SCANDALE LE PLUS CHOQUANT est que  24 heures après le test qu’a réalisé Khomeini sur l’anéantissement d’IsraËL Obama n’a prononcé aucune parole d’opposition à cette déclaration. Là il a osé le pire. Et s’est dévoilé. PRIORITE : En page d’accueil de Modia, préparons d’urgence LA FÊTE DE ‘HANOUCA QUI COMMENCE LE 28 NOVEMBRE…http://www.modia.org
3Nous sommes cette semaine dans la préparation par l’étude de la magnifique 10e Paracha: Miqéts –  » Au bout de… » Béréchite (La Genèse) 41,1 – 44, 17
* Thèmes de la paracha que vous pouvez ici étudier :
• Le rêve (‘halom) de Pharaon: 7 vaches (parote) belles et grasses dévorées par 7 vaches maigres; puis 7 épis (chibolim) pleins dévorés par 7 épis maigres. L’échec des devins (‘hartoumim) pour comprendre le rêve. 
• Yosséf retiré de la prison ; il interprète (potér) le rêve et conseille le Pharaon. Il est nommé second (michné) de Pharaon avec autorité sur toute l’Egypte. 
• La naissance de Ménaché et celle d’Ephraïm. 
• La disette (raâv) en Egypte et dans tous les pays. 

Rabbénou Bé’hayé place toute la paracha Miqéts sous l’égide de ce verset des Proverbes (Michlé 3, 5) : Béta’h él Hachém békhol libékha, véél-binatékha al-tichaêne « Aie confiance vers Hachém de tout ton coeur, et vers la compréhension de ton intelligence ne t’appuie pas » (traduction volontairement littérale). 

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Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

10ème Paracha Miqets  « Au bout de… » Béréchite (La Genèse) 41,1 – 44, 17

(reprise louyehi année 5770)

Après l’interprétation magistrale du rêve de Pharaon par Yossef, celui-ci peut, grâce à cela sortir de prison et même, fait incroyable, d’occuper la plus haute fonction en Egypte, celle de vice-roi pour avoir permis d’éviter la famine au pays et même d’être en mesure de fournir du blé à vendre aux autres pays, donc de leur éviter à eux aussi de subir la famine tout en contribuant à la prospérité de l’Egypte, ce en quoi les Juifs ont de tout temps excellé. Sous l’impulsion de Yossef, on construit en Egypte d’immenses entrepôts et pendant 7 ans, on y engrange tout le blé qui, pendant cette période, pousse en quantité tout à fait exceptionnelle, dépassant très largement les besoins de la population Egyptienne. Ainsi, Yossef sera le premier prototype de ce que l’on nomme aujourd’hui le « Juif de diaspora ». Extérieurement, il se met à ressembler à un Egyptien, le cou paré d’un collier d’or et au doigt la bague de Pharaon comme insigne de pouvoir que ce dernier lui conféré, mais intérieurement, et le récit de la Torah nous le montre clairement, il est et reste en toute circonstance Yossef l’hébreu. Pharaon fait monter Yossef sur un char et commande à tous ses sujets de lui obéir, puis il le marie à une Egyptienne dont il a 2 fils : Menaché et Ephraïm.

Yossef est souvent reconnu comme le spécialiste de l’économie de son temps. Il rêve de faire de ses frères des étoiles de lumière qui éclaireraient le monde aux temps d’obscurité: Il est, comme le dit le Rav Léon Eskénazi, l’idéaliste des humanismes de sincérités successives à tous les « siècles de lumières ». A propos du passage de Genèse 48, 8, Rachi dit « l’aventure qu’inaugure Yossef le voue aux séductions des femmes et ses enfants ne ressemblent plus à ses pères », mais, ajoute le Rav Askénazi, elle le mène aussi au fait de la gloire : il est le conseiller privé des pharaons, des rois, des présidents dont il sait déchiffrer les rêves… Les chrétiens donnèrent même son nom au père nourricier de leur messie chez les nations (Joseph, le charpentier, dont ils ont fait un saint).En dépit de « l’aventure Yossef », à laquelle ses frères restent fidèles, ils craignent cependant que ce rêve ne devienne un cauchemar, et de fait, nous dit encore le Rav Askenazi, la « vocation Yossef » a toujours abouti, sans aucune exception, au terrible échec des catastrophes de fin d’exil.Ainsi, l’Espagne chrétienne et l’Allemagne nazie ne font que reprendre le « final » de l’histoire inaugurée par lui à la sortie d’Egypte. En effet, seul 1/5e des Hébreux du temps de Moïse sortirent d’Egypte, le reste ayant disparu dans la « plaie des ténèbres », comme nous l’indique Rachi sur Exode 13,18.

Il existe un lien entre cette paracha, qui se lit le Chabbat de ‘Hanouca et cette fête elle-même, dont le héros est Juda Maccabi, qui apparaît comme l’un des porte-drapeaux de la fidélité hébraïque et reste modèlede la restauration nationale d’Israël. Rappelons à ce propos que contre toute vraissemblance, une poignée de Juifs a tenu tête pendant des années à l’empire grec, réussissant à réinstaurer une dynastie juive en Israël pendant plus de 200 ans ! Nos Sages disent que le lien réside dans le 1er verset de la paracha, qui parle de la « fin de 2 ans », fin d’un cycle pendant lequel Yossef est en prison et d’où il sort à la faveur de l’interprétation du rêve du Pharaon. « D.ieu mit fin à l’obscurité ». (Parce que Yossef devait sortir de l’obscurité de la prison, Pharaon eut ces rêves.) Or, les maîtres du Midrach (Béréchit Rabba 2,5) disent que la Grèce est l’empire qui a « obscurci les yeux d’Israël » L’exil grec se distingue en effet des autres par le fait que les Grecs voulaient porter atteinte non au corps physique des Juifs, mais à leur intégrité morale et spirituelle. Beaucoup de Juifs se laissèrent d’ailleurs séduire par cette assimilation intellectuelle, comparée par nos Sages aux pires ténèbres qui soient, similaires à ce que connut Yossef dans sa prison égyptienne.

On pourrait se demander si le fait suivant n’est vraiment que pure coiïncidence : On sait en effet que les chrétiens ont donné le nom de Juda à l’antagoniste du « fils de Joseph », dont ils ont fait un traitre à leur messie dans le récit qu’ils nomment «Passion » (et dont il est resté dans le langage populaire l’expression négative, signe de trahison: « le baiser de Juda »). Cela nous renvoit brusquement à l’actualité, et on peut également se poser la question de savoir si nous sommes actuellement au temps de Yossef, à ce celui de Juda, ou encore, à celui de Moïse. Cette question est au combien importante au regard de l’avenir de l’histoire du peuple Juif. (Moïse est lui-même travesti en Egyptien et au service d’un pharaon, mais il sait se défaire du masque de sa vocation échouée pour redevenir l’hébreu qu’il a, comme Yossef, toujours su rester au fond de lui), mettant fin à la vocation « Yossef » en passant le relais « Israël » à Juda. « Quand Israël sortit d’Egypte, la maison de Jacob du milieu d’un peuple à la langue barbare, Juda devint son sanctuaire, Israël le domaine de son empire. »(Psaumes 114, 1 et 2) Cette question est au combien importante au regard de l’avenir de l’histoire du peuple Juif. L’identité juive contemporaine ne serait-elle donc pas un choix entre deux fidélités (Israël ou diaspora), mais bien plutôt une question de diagnostique d’époque, à savoir : Yossef ou Moïse ? Ainsi, les Juifs du paradoxe seraient-ils ceux qui, tout en se disant fidèles à Moïse, continueraient à jouer une répétition de l’histoire de Yossef ?

Le thème de la fraternité est fondamental pour comprendre la nature de l’espérance messianique propre à la prophétie hébraïque. Au temps des rêves de l’adolescent qu’était Yossef lorsqu’il vivait au milieu de ses frères, ceux-ci étaient alors déjà adultes et avaient vécu l’échec de la tentative déjà voulue par Jacob chez Laban. Ils sont les héros du retour à la terre des Hébreux et à l’identité hébraïque.Yossef et Juda sont en profond désaccord quant à la façon d’amener la rédemption au monde. De ce désaccord naîtra la haine entre Yossef et ses frères, qui vont condamner Yossef à sa vocation, à la fois pour le punir de l’irrresponsabilité et de l’insouciance de son rêve d’enfant, mais aussi pour l’obliger à faire la preuve de son « idéal ». Moïse mettra d’ailleurs fin à cette aventure lorsque l’empire du Pharaon, au service duquel Yossef avait attiré tout Israël, se trouvera à saturation quand le mal et la violence arriveront à leur paroxysme avec la mort des premiers nés mâles juifs.La suite de l’histoire n’est que le récit de la recherche de la fraternité perdue entre les 12 tribus d’Israël.

Le texte biblique nous suggère d’ailleurs l’existence d’un dialogue de fraternité depuis Adam (où toute l’histoire du premier homme peut être vue comme une « recherche en fraternité » – Adam étant dans l’attente d’un fils capable d’être aussi un « frère » – jusqu’à Abraham, qui irait d’Abraham à Yossef, passerait par Isaac et Ichmaël, Jacob et Esaü et continuerait par l’histoire de Yossef et de ses frères. Lorsque Yossef voit apparaître ses frères venus chercher des vivres, il se cache d’eux pour les amener à se repentir afin d’obtenir qu’ils fassent tous preuve de fraternité envers le plus jeune d’entre eux, Benjamin, qui fait l’objet d’une recherche vers l’union des 12 tribus et symbolise dans l’histoire d’Israël ce qui unit le ciel et la terrre, c’est-à-dire le Temple, dont Yossef sait pertinemment qu’il est le moteur spirituel de l’histoire, Benjamin étant la clé de voûte de tout l’édiffice Israël. C’est en effet sur le territoire de Benjamin – Jérusalem – que se construira plus tard la Maison de D.ieu, trait d’union, non seulement de tous les membres de la grande famille d’Israël, mais aussi de toutes les familles de la terre. N’oublions pas que c’est à travers le Temple que D.ieu déverse Sa bénédiction sur le monde et que c’est Lui qui fera advenir la libération finale de tous les peuples, quand ceux-ci auront reconnu unanimement ce que le Juif récite plusieurs fois par jour dans la prière du « Chema Yisrael », (écoute Israël), à savoir, que « l’Eternel est Un et que Son Nom est Un ».

(sources : « Leçons sur la Torah », Léon Askénazi – «Beth Israël, par Léo Lévi et Jolanda Luzzatto – « L’essence de la Torah, Rav M. Chriqui & Dr A. G. Morali)

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Cette nouvelle semaine nous présente une paracha pleine de conflits, ce qui va bien nous éclairer dans la vie
pour analyser, comprendre et y découvrir les voies de la Torah. Le lien pour arriver à cette étude en est sur cette page:
http://www.modia.org

Et au centre de cette page d’accueil de Modia également, je partage avec vous
 mon analyse de ce qui semble se passer dans les négociations avec l’Iran,
sur la base des analyses déjà nombreuses réalisées sur Obama et Hollande par des spécialistes bien éclairés.

Bonne semaine, chavoua tov.
Rav Yehoshua Rahamim Dufour 

Au milieu de la page d’accueil de Modia,
en plus de tous les liens d’études et de vie dans la Torah, vous trouverez aussi mon texte sur les
« Dernières informations ultrasensibles dans la presse israélienne » concernant les négociations avec l’Iran et sur les territoires et en particulier des révélations graves de la presse israélienne sur les actes passés anti-israéliens de Kerry.

Bonne journée
Rav Yehoshua Rahamim Dufour

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Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

Reprise de la paracha de la semaine de novembre 2009 sur louyehi

9e Paracha : Vayéchév –  »   Il demeura » Béréchite (La Genèse) 37,1 – 40, 23

Jacob s’installe enfin en Israël. Le périple de plus de 20 ans s’achève. Le bilan est très positif. Il revient chez son père Isaac, marié et entouré de 12 fils et 1 fille. Il peut s’attendre à vivre une retraite paisible. Le Rav S.Malka nous explique que le terme vayechev convient parfaitement au commun des mortels qui veut savourer une fin de vie en attendant de quitter ce monde pour s’éterniser dans un autre, meilleur. Jacob donc s’installe. Mais Joseph, à 17 ans, va lui aussi comme son père, rêver. Par deux fois il raconte ses rêves à ses frères qui ne supportent pas cet enfant gâté à la tunique rayée (offerte à Joseph, le fils aîné de Rachel, par leur père. Le sens de ses rêves est très clair. Le premier rêve se déroule dans un champ. Douze gerbes sont confectionnées par les douze frères. Onze gerbes se prosternent devant la douzième fabriquée par Joseph.  Le second rêve semble encore plus explicite que le premier. Le soleil, la lune et onze étoiles se prosternent devant Joseph. Jacob rappelle à l’ordre son jeune fils, considérant toute cette effervescence comme une imagination débordante d’un enfant oisif. Mais le séjour de Jacob sur la Terre d’Israël va se transformer en cauchemar. Ce jeune fils sera vendu par ses frères. Le père aura une information mensongère. La tunique trempée dans le sang d’une brebis fera croire que Joseph a été dévoré et donc mort et déchiqueté. Pendant 20 ans Jacob refusera toute consolation pour la perte de son fils et ne goûtera pas aux délices d’une retraite méritée. Rachi et d’autres commentateurs expliquent cette situation par un midrash, difficile à sa première lecture. « Non contents de profiter des bienfaits qu’ils auront dans le monde futur, les justes aimeraient tirer profit des bienfaits de ce monde ici-bas. »

Le juste n’a qu’à bien se tenir. S’il vit très confortablement dans ce monde ci, c’est qu’il ne mérite pas la vie idyllique du monde céleste. On ne peut pas obtenir le bénéfice de ses bonnes actions là où on se trouve. C’est un choix qui est posé au futur candidat à la vie juste et honorable. C’est peut-être pour cela que les candidats ne se bousculent pas au por-tillon. Le raisonnement pourtant tient bien la route. Un homme, ici-bas, se fabrique une réputation, un mode de vie voulu. Toute son existence, il vérifie ses moindres gestes pour former un tout. Il s’abstient volontairement de tout abus. Dans son langage, autour de son entourage, avec ses amis, ses collègues il démontre que son choix est inébranlable. Le moindre débordement peut lui être fatal.

Le monde qu’il fréquente lui en voudra d’avoir abusé de sa confiance. S’il se repose sur des lauriers d’hier, il peut être taxé d’hypocrite voire d’escroc. Jacob a gagné ses galons d’homme propre. Avec Lavan, avec Esaü, il est resté fidèle avec lui-même. Il prône l’amour de D. mais sans aucun bénéfice personnel, une sorte de couverture qui serait la raison de son comportement et qui détruirait l’image de l’homme intègre. D.ieu, on le sait, met à l’épreuve ceux qui lui sont proches plus que les autres. C’est la démonstration éclatante que ces hommes, peu nombreux se hissent par ce système au sommet. Ils sont des tsadikim : des justes

« Jacob demeura dans le pays des – Mégouré – pérégrinations de son père, dans le pays de Canaan. » (Genèse 37 – 1) Le Maguid de Mézéritch commente ainsi ce verset : Les mots « Jacob demeura » font allusion à l’investissement de l’homme « dans le pays », le monde matériel. Le mot « mégouré » qui est traduit par « pérégrinations » peut aussi signifier, selon une autre racine hébraïque, « amasser ». La mission de l’homme ici-bas est d’amasser et de rassembler les étincelles Divines qui se trouvent dans le monde matériel. Ce fut l’occupation de Jacob en terre de Canaan ; il s’est investi dans le monde matériel, dans des activités mondaines, afin de raffiner celui-ci et d’en extraire les étincelles Divines qui l’habitent. Ainsi, il ramena la matière vers « son Père »  – D.ieu.

Ce type démarche dans le service de D.ieu demande une certaine abnégation. Le peuple Juif est appelé d’ailleurs dans la Torah « l’armée de D.ieu », car la mission du soldat consiste à accomplir son devoir même si, certaines fois, les ordres dépassent sa compréhension. Il en fut ainsi pour Jacob qui quitta Béer-Chéva pour se rendre chez Lavan. C’est là qu’il entama sa mission de récolte des étincelles. Il venait de prendre conscience qu’il ne pouvait pas cohabiter avec son frère Esaü ; il quitta alors l’ambiance tranquille et l’esprit de Torah qui régnaient chez ses parents. Il ne demanda jamais pourquoi c’était à lui de s’exiler et de quitter sa tour d’ivoire. C’est avec joie et enthousiasme qu’il s’engagea dans sa mission.

Or, nous constatons que cette apparente descente contribua précisément à l’élévation absolue du Patriarche Jacob tant dans la dimension spirituelle que dans la richesse matérielle. Ceci constitue une leçon incontournable : Le service de D.ieu ne consiste pas à chercher des missions héroïques et élevées. Notre rôle est seulement d’utiliser les objets matériels en les sublimant dans le service de D.ieu. Les gestes les plus simples contribuent à la sanctification de ce monde. (Likouté Si’hoth Vol I) (Daf Haguéoula)

« Les frères de Joseph furent jaloux de lui, mais son père attendait la réalisation du rêve« . (Genèse 37, II) C’est au tour de Joseph d’être dorénavant, pendant plusieurs semaines, au centre d’une série de parachiyote. Dès aujourd’hui, la Torah va nous présenter ce jeune homme, nous préciser en quoi il différait de tous ses frères et aussi nous faire saisir pourquoi ceux-ci étaient jaloux de lui, nous dit le site Lamed. Le rav Mevora’h Zerbib, sur Radio RCJ, rapporte que lorsque Joseph avait 7 ans, il a subi un terrible choc psychologique : il a perdu sa maman, Rachel, morte en mettant au monde son petit frère Benjamin. La tradition rapporte que son père Jacob avait offert à son fils préféré une magnifique tunique de consolation bigarrée. Celle-ci avait déjà éveillé la jalousie de ses frères.

Les 12 garçons de Jacob se décomposaient ainsi : 6enfants de Léa, 2 enfants de Rachel (Joseph, et Benjamin qui était encore un bébé) et 4 enfants de Bilha et Zilpa. Ces derniers étaient mal vus par les enfants de Léa et un tant soit peu rejetés du sein de la famille, du fait que leurs mères étaient des servantes. Seul joseph, nous dit la Torah, frayait avec eux et les considérait comme des frères à part entière. Ce sont eux qu’il fréquentait, plus même que ses autres frères, justement parce que ceux-ci les méprisaient et les humiliaient. N’avaient-ils donc pas tous le même père -même nés de mères différentes, n’étaient ils pas tous de vrais frères ?

Fort de sa conviction, persuadé d’être, lui, sur la bonne voie, Joseph se trouve être encouragé dans son opposition à toute discrimination entre ses frères, par son père, Jacob, qui le distingue en lui faisant confectionner un  » vêtement bigarré « . Loin de comprendre qu’ils faisaient fausse route, les frères de Joseph retournent maintenant leur haine contre lui. Mais joseph, non content d’agir sur le moment pour la pleine reconnaissance des droits des enfants de Bilha et de Zilpa, se met à rêver : Un jour viendra, pense-t-il, où  » les gerbes de ses frères se prosterneront devant la sienne « , où ses frères saisiront que lui seul était sur le bon chemin et adopteront sa manière de voir et d’agir. Bien entendu, ces songes ne font qu’accentuer la fureur de ses frères.  » II faut, se disent-ils, que ce  » rêveur  » disparaisse, que ce moralisateur soit empêché de nous faire des reproches, nous voulons tranquillement continuer à appliquer notre discrimination.

C’est une histoire ancienne et nouvelle à la fois, nous dit le Rav Tuvia Bolton, de Loubavitch.fr. Dans la semaine du 19 Kislev, «Roch Hachana de la ‘Hassidout», elle s’impose avec une urgence impérative : «Un jour, le Baal Chem Tov laissa son âme s’élever dans les mondes spirituels. Là, il parvint jusqu’au ‘Palais du Machia’h’. Il posa alors à ce dernier l’éternelle question : ‘Maître, quand viendras-tu ?’ ‘Quand les sources de tes enseignements se seront répandues au dehors’ lui fut-il répondu.» Cette histoire fait partie de ce fonds traditionnel qui a le secret de réapparaître à chaque fois que l’on en a besoin, et toujours de manière opportune. N’est-ce pas, cependant, l’occasion d’en retrouver toutes les implications ? L’image est véritablement vertigineuse : le Baal Chem Tov, fondateur du ‘hassidisme, interrogeant le Machia’h sur le temps de sa venue… Il est vrai que cette question est sur les lèvres de tous depuis que le monde fut créé et qu’elle ne cessera d’être posée que lorsque l’avènement tant attendu se sera enfin concrétisé. Pourtant, un tel dialogue interpelle. Il nous dit que l’attente est constante et partout, que les mondes spirituels eux-mêmes l’expriment. Il nous dit aussi que la réponse est largement entre nos mains.

De fait, Machia’h, interrogé, livre ici une clé : la diffusion des enseignements du Baal Chem Tov, la ‘Hassidout, est le secret de sa venue. Il est loisible de s’interroger sur cette relation. L’étude de la Torah est toujours essentielle, dans toutes ses parties. Pourquoi la ‘Hassidout joue-t-elle particulièrement comme un rôle de catalyseur des efforts millénaires du peuple juif ? Elle est l’essence ultime, que D.ieu révéla parce que la lumière doit toujours l’emporter sur l’obscurité. Elle est cette essence qui pénètre tout et ne se confond avec rien tant elle transcende tous les niveaux qu’elle peut rencontrer. Elle est cette essence qui anime tout ce en quoi elle se revêt. Mais cette «diffusion» doit aller plus loin encore. Elle ne doit pas se contenter de rester limitée à un cercle d’initiés, voire à un large groupe d’érudits enthousiastes. Elle doit atteindre «l’extérieur» : ce domaine où tous les efforts, même les mieux intentionnés, renoncent. Elle doit atteindre aussi «l’extérieur» personnel de chacun, cette zone d’ombre de la personnalité que la lumière ne parvient pas toujours à percer.

Nous poursuivons ce commentaire avec Chiourim.com : « Je suis avec lui même dans l’épreuve » (Berechit 37, 25) : « Leurs chameaux portaient des aromates, du baume et du lotus » Au sujet des Ismaélites qui transportaient Joseph, vendu par ses frères, le commentateur Rachi explique : «Pourquoi la Torah raconte-t-elle ce qu’ils portaient ? Pour annoncer la récompense des Tsadikim, car les Ismaélites n’ont l’habitude de transporter que du pétrole et du goudron dont l’odeur est mauvaise, et pour Joseph ce sont des aromates qui se sont présentées, pour que la mauvaise odeur ne l’incommode pas». Quelle signification ont une bonne ou une mauvaise odeur alors que Joseph est arraché à son père et vendu comme esclave en Egypte ?

Rav Haïm Schmoulevitch zatsal a donné à ce propos une parabole : Un enfant était malade et devait subir une opération. Le jour où il rentra à l’hôpital, sa famille l’accompagna jusqu’à la porte de l’hôpital, en lui donnant une abondance de cadeaux et de friandises. Seuls son père et sa mère rentrèrent avec lui à l’hôpital, et restèrent avec lui jusqu’à l’heure de l’opération. Quand il fut conduit dans la salle d’opération, il était précédé d’un médecin à la mine sombre qui demanda aux parents de sortir de la salle. Les parents embrassèrent l’enfant et le suivirent des yeux jusqu’au moment où la porte se ferma devant eux, et il resta seul. L’enfant regarda autour de lui et vit que tous les présents étaient recouverts de blouses vertes et avaient l’air très sérieux. Sur la table à côté de lui étaient posés tous les instruments nécessaires à l’opération, et une lumière aveuglante provenait d’une grande lampe suspendue au-dessus de lui. Il éclata en pleurs. Tout à coup, il vit par une petite fenêtre dans l’un des coins de la pièce qu’en regardant bien, le visage apaisant de sa chère maman se dessinait. Il se calma immédiatement, arrêta de pleurer et se mit à sourire. En réalité, qu’est-ce qui avait changé ? Tout le spectacle effrayant était encore à sa place. Oui, mais subir une opération, même une opération sérieuse, avec Maman, c’est autre chose !

C’est pour cela que Joseph a été emmené en Egypte par des chameaux qui transportaient des aromates, nous précise le site Chiourim.com. On connaît les paroles du Midrach citées par Rachi (plus haut). La question se pose : après les aventures de Joseph, et après la souffrance et les humiliations qui ont été les siennes au moment de sa vente comme esclave, quelle valeur a cette bonté de Hachem envers lui, de lui envoyer des chameaux qui transportent des aromates ? L’image de l’enfant qui voit sa mère au moment de l’opération l’explique parfaitement. L’odeur des aromates qui est montée aux narines de Joseph quand il est monté sur le chameau destiné à l’emmener en Egypte est un clin d’oeil de Hachem qui regarde par la fenêtre. Certes, l’«opération» est dure, ses frères le vendent comme esclave, mais savoir et sentir que «Je suis avec lui dans la souffrance» (Téhilim 91, 15) donne une image différente. Ton Père est avec toi, tu n’es pas seul, tout ce qu’on peut te faciliter, cela sera certainement fait. Car quand ton Père est avec toi, tout est différent.

Le mot « bonjour » est un mot anodin et banalisé, mais il peut changer une vie et constitue, peut-être une thérapie psychologique des plus efficaces. Le mot «bonjour» qui, avant d’être un salut, est une bénédiction : en saluant quelqu’un nous, lui souhaitons un «bon» jour, un souhait porteur de bénédictions. Sommes-nous conscients de la charge affective qui passe avec un «bonjour», accompagné d’un sourire et prononcé avec enthousiasme ? Pour trouver une réponse à cette question, il suffira de se pencher sur le dernier chapitre de la paracha Vayechev.

Sur une accusation malveillante, Joseph est jeté en prison. Quelques temps plus tard, deux serviteurs du Pharaon, sont eux aussi condamnés à la prison pour avoir commis une faute envers le monarque, et durant un an, ils vont séjourner dans la même prison que Joseph. Une nuit, à l’issue de cette période, chacun des deux a un rêve qu’ils ne parviennent pas à comprendre. Le matin, Joseph les rencontre et s’étonne de voir chez eux un visage tourmenté, triste, dira Rachi. Mais Joseph ne se contente pas de ce constat. Il leur demande pourquoi leur visage traduit une inquiétude. Ils expliquent alors, à Joseph, qu’ils ont eu un rêve qu’ils ne parviennent pas à comprendre. Cet échange étonne plusieurs commentateurs: pourquoi la Torah nous décrit-elle le dialogue entre Joseph et les deux serviteurs. Il aurait été plus simple de nous dire que Joseph écouta le récit des deux rêves et les expliqua ! C’est qu’en fait, répondent nos Maîtres, la Torah veut nous délivrer un message essentiel, d’une portée psychologique extraordinaire.

Le jeune Joseph se trouve séparé de sa famille, en prison, accusé à tort et sans aucune perspective de libération. Rien donc qui le pousserait à prendre  en compte le malheur des autres ! Et pourtant, dans cette situation, il va, non seulement, remarquer la souffrance de deux hommes, mais chercher aussi à comprendre leur détresse et y apporter une solution ! De cette attitude, on peut apprendre combien, doit être importante, à nos yeux, la situation morale et psychologique de notre prochain. Comme nous l’enseignent les Pirké Avote (Chapitre 4, Michna 15), on doit non seulement saluer tout individu, mais être le premier à le faire ! Cette promptitude traduit le respect et l’intérêt que l’on porte à autrui. Mais Joseph va ici au-delà d’un rituel de courtoisie : on peut saluer, formellement, sans aller plus loin, comme une simple mesure de politesse. Ce n’est pas ce que la Torah nous enseigne. Le moindre détail anormal, chez notre prochain doit nous inquiéter, même si notre propre situation est difficile.

Dernier point, et non des moindres. On pourrait penser qu’un simple bonjour ou que la démarche (verbale) de s’enquérir de la situation de notre ami ont peu d’importance.  Pour s’inscrire en faux contre une telle option, on pensera aux conséquences de l’attitude de Joseph : en s’inquiétant de la condition des deux serviteurs de Pharaon, il expliqua leur rêve et connut par la suite, sa libération de prison, pour au final, accéder aux plus hautes fonctions politiques et sauver sa famille, et tout un peuple, de la famine. Cette conduite ne doit pas rester un fait isolé, propre à un grand homme. Chacun peut l’appliquer dans sa vie quotidienne et lutter de la sorte contre la famine morale et la détresse humaine qui règnent dans le monde. Un bonjour chaleureux et attentionné peut parfois sauver une vie au bord du désespoir.

(Sources : Nefech Haya – S. Malka – Daf Haguéoula – Rav Mevora’h Zerbib, Radio RCJ – Lamed – Rav Tuvia Bolton, Loubavitch.fr – Chiourim.com)

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Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

Reprise de la paracha de la semaine de novembre 2009 sur louyehi

8ème Paracha Vayichla’h « Et il envoya » Béréchite (La Genèse) 32,4 – 36, 43 

Vingt ans après avoir fui la colère de son frère Esaü, nous retrouvons Jacob sur le chemin du retour à Canaan, accompagné de toute sa famille, de ses domestique et de ses troupeaux lorsqu’il apprend soudain que son frère vient à sa rencontre avec 400  hommes. Effrayé et se préparant au pire, , il s’apprête à l’affronter et sépare ses biens et sa famille en deux camps, afin d’en préserver une partie en cas d’attaque. Il supplie Dieu de l’aider malgré les bienfaits dont il a déjà bénéficié, envoie à Esaü des présents, et traverse La rivière Jabbok. La nuit, il lutte jusqu’au matin avec « un
homme, » qui le blesse au nerf sciatique et refuse de le laisser partir avant qu’il ne l’ait béni. L’homme en question était en fait un ange envoyé par D.ieu Lui-Même. Il lui annonce que son nom ne sera désormais plus Jacob mais Israël, car il a lutté avec Dieu et les hommes, et l’a emporté.

Les messagers de Jacobs sont chargés de cadeaux constitués de plusieurs espèces de bétail.pour son frère Esaü. Jacob souhaite ainsi apaiser la rancune de son frère pour avoir reçu la bénédiction paternelle que celui-ci espérait obtenir pour lui-même. Au moment de remettre le présents, les messagers sont chargés de dire au nom de Jacob : « J’ai tardé jusqu’à maintenant, car j’ai séjourné chez Laban ». C’était
leur oncle commun dont nous savons combien il était rusé. Par la mention faite
de cet oncle commun, Jacob veut calmer les ressentiments de ce frère qui lui
voue une haine profonde. Il semble vouloir lui dire : « Au fond, tu ne peux m’en vouloir. La bénédiction paternelle ne m’a pas rapporté grand chose. Tout ce que j’ai acquis, ce n’est pas grâce à Laban. Bien au contraire, il n’a pas cessé de m’exploiter. Tout ce que je possède n’est que le produit de mon travail, en étant parti de rien. »

En précisant à son frère qu’il avait « séjourné » chez Laban, Jacob veut surtout souligner le fait qu’il est resté égal à lui-même, sans rien changer de ses qualités
personnelles, faites de désintéressement, et qu’au total, il n’a nullement subi
l’influence perverse de Laban. En effet, faisant un jeu de mots comme le souligne le commentaire de Rachi, en utilisant le terme « garti » pour dire « j’ai séjourné », il veut indiquer par là qu’il n’a malgré tout jamais cessé d’observer les 613 mitzvote, qui se résument par l’expression « tariyag », par inversion des lettres hébraïques. En
insistant sur ce point, il voulait souligner l’importance qu’avaient pour lui,
(bien avant qu’ils ne fussent promulgués au Sinaï), les commandements de la
Torah. C’était pour lui la seule et la véritable richesse et non la possession
de biens matériels résultant de la bénédiction paternelle. Lui transmettant ce
message, Jacob espérait que son frère admettrait que c’était là une raison
suffisante pour effacer le contentieux de leurs jeunes années, avec notamment
l’épisode de la bénédiction détournée sur sa tête.

Mais contrairement à ses craintes,les retrouvailles se passent dans la joie, et chacun fait route de son côté. Esaü s’installe à Séïr, Jacob à Souccot puis à Sichem. À Sichem, sa fille Dina est enlevée et (probablement) violée par le prince de la ville. Ses frères Siméon et Levi, ayant persuadé les Sichémites de se circoncire afin
qu’Israélites et Sichémites s’unissent, les massacrent au troisième jour de
leur convalescence, causant le départ précipité d’un Jacob furieux.Jacob part à
Béthel, où il érige le sanctuaire à Dieu; Dieu se révèle à lui, et lui confirme
son nouveau statut d’Israël. La famille fait route vers Ephrata, mais Rachel
meurt en chemin, en donnant naissance à son second fils, Benjamin. Isaac meurt,
et est enseveli par ses fils à Hébron. La généalogie d’Esaü est établie.

On peut avancer sans se tromper que Jacob savait dans quel monde il vivait et ce monde n’avait rien d’idyllique. Il y a 3 500 ans, les gens sacrifiaient leurs enfants à Molokh, d’autre part, la guerre et les pillages faisaient partie du quotidien. Il savait que la mission particulière de sa vie était de révéler le gigantesque potentiel positif enfermé dans son frère extérieurement malfaisant. Il savait également que dès qu’il y serait parvenu, le monde entier se trouverait transformé pour le bien. chacun d’entre nous a hérité de sa propre « portion du monde » : les ressources matérielles dont nous disposons, les talents et les capacités dont nous avons été gratifiés, le cercle de notre famille, amis et collègues avec lesquels nous interagissons et que nous influençons. Transformer la nature de la réalité dans notre part du monde transformera la nature de la réalité de la Création en bien et fera disparaître le mal de l’univers.Le monde est un et nous vivons dans le monde.

En exposant le fait que malgré les conditions difficiles dans lesquelles il s’était trouvé durant vingt ans, face à son frère, Jacob a surtout à cœur d’exprimer sa confiance dans la protection divine. De même qu’il a surmonté les pièges et la ruse de Laban,  il ne craint pas l’avenir, car il n’a jamais faibli dans sa confiance en Haqadoch Baroukh Hou, ni dans son intégrité. Aussi, devant le caractère dangereux que représente se prochaine rencontre avec Esaü, il affirme bien haut et de façon non équivoque, sa confiance totale en D.ieu, Jacob ne craint pas le combat, mais essaie d’abord la diplomatie. Il y ajoutera également la prière. Ce sont les trois éléments sur lesquels s’appuie le peuple juif, face à toutes les difficultés rencontrées.Ainsi, si Jacob sort victorieux de cette aventure au plan spirituel, c’est bien parce que son destin est entre les mains de D.ieu et sa descendance en est une preuve constante, comme en témoigne la miraculeuse résurrection de l’Etat d’Israël et sa survie, malgré que le monde entier veuille sa perte. Ainsi, les juifs se doivent d’être forts, capables de se défendre et s’il le faut, se tenir prêts au combat. Mais ils ne doivent pas, pour autant, oublier de compter sur leur allié de toujours, l’Eternel, ni négliger tous les moyens possibles d’ « acheter » Esaü. La plus chère des paix est en effet bien plus avantageuse que la guerre la « meilleure marché ».

haftara : pour les Ashkénazes : Osée 11:7–12:12, qui relate la grandeur de Jacob/Israël et ses hauts-faits, dont sa lutte avec l’ange

et pour les Sépharades : Obadia 1:1-21

(sources Wikipédia – Communauté online – Lamed – Loubavitch)

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Message du rav Dufour, qui publie regulierement etudes de la Torah, nouvelles d`Israel, etc… sur son  site Modia :

Paracha – Etudes – Nouvelles – Demande

 – Il y a eu une ENORME panne et il a fallu changer le matériel informatique, transférer, reformater.

–  Voici la reprise. Pour tout cela (Paracha – Etudes – Nouvelles – Demande), voyez la première page de Modia:
– Mais voici un résumé très partiel :
1 – Nous sommes cette semaine dans la préparation par l’étude de la magnifique 7e paracha de la Torah, VAYETSÉ (« Il sortit »), dans le livre de Béréchite (La Genèse) 28,10 – 32, 3. Comment réussir à évoluer et à faire virer l’histoire vers le bonheur. Notre être véritable, en son lieu véritable, voici le soutien de la Torah…

http://www.modia.org/tora/berechite/vayetse.php

2 – A propos du vav, voir ici les notions d’hébreu dans les autres parachiyotes. :
3 — Nous sommes maintenant dans le mois de KISLEV. Ce lien vous apprendra beaucoup sur l’histoire juive ancienne et contemporaine pour déchiffrer le présent. C’est un mois chargé de souvenirs douloureux.
http://www.modia.org/infos/calendrier/kislev.html
4 – Nous sollicitons exceptionnellement votre aide financière pour Modia. J’assume seul et, évidemment, sans aucune rémunération d’aucune sorte tout le travail de préparation et de réalisation continue de Modia. Je lance seulement un appel quand des frais trop importants tombent en plus pour assurer votre bénéfice personnel dans l’étude de la Torah. C’est le cas: comme vous l’avez constaté, les bulletins ne fonctionnaient plus car la panne technique a été générale et totale et il a fallu changer le matériel performant en plus des nombreux frais, donc 3 000 euros sans compter ma participation. Si vous appréciez ce service de Modia dont vous bénéficiez dans votre vie, aidez pour vous et pour les autres en droiture (par chèque à ce nom Dufour, à m’adresser: Dufour, 3 rehov Itshaq ben Dor, 93281 Jérusalem) pour assumer en association les nombreux et considérables frais.
5 – Elections municipales en Israël: le calme est revenu.

6 –  Beaucoup de lecteurs me font part de leur changement de mail pour le bulletin. Je ne peux pas m’occuper de ce service auquel vous avez accès directement sur le site. Faites-le vous-même. En haut au centre de la page d’accueil de Modia puis à droite, il y a la rubrique « s’abonner » sur laquelle vous pouvez vous inscrire, annuler pour ensuite réintroduire un nouveau mail ou annuler totalement.

– la succession du Rav Ovadia Yossef, zal. Les deux dirigeants de son Parti trouvent un compromis entre eux.
– il faut reprendre la vie politique avec des sujets qui peuvent mettre les députés en évidence; beaucoup ont trouvé un nouveau sujet: les mariages sous des formes qui annuleraient la législation actuelle contrôlée entièrement par le Grand Rabbinat. N’entrons pas dans le détail car il y a peu de chance que cela aboutisse rapidement. C’est surtout une opération publicitaire.
Cordialement à chacun…
Rav Yehoshua Rahamim Dufour
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Il est indispensable de lire la traduction en français de chaque paracha avant ce commentaire pour bien le comprendre. Texte de la paracha dans la Bible hébraïque ici : Lire le texte

7e Paracha – Vayétsé: Il sortit Béréchite (La Genèse) 28,10 – 32, 3

Le texte ci-dessous aborde les différents thèmes de la paracha sans suivre l’ordre de la Bible hébraïque. Désormais, nous apprend l’Essence de la Torah, pour Isaac, c’est par Jacob que se fera le double tikoun (réparation) de l’extériorité et de l’intériorité. Il faut donc lire la paracha Vayetsé comme l’apprentissage pour Jacob de la matérialité, du mal et de la fourberie représentée par Lavan, qu’il lui faudra surmonter pour parer le futur peuple d’Israël de toutes les armes nécessaires contre le mal. (Jacob fondera sa famille, qui deviendra les 12 tribus d’Israël.

Signification des brebis rayées : Ce troupeau n’est qu’une parabole du futur peuple d’Israel qui sortira de Jacob et des 12 tribus. Le Zohar établit ici clairement un parallèle entre le troupeau de Jacob et le peuple d’Israël. Le travail de sélection qu’opéra Jacob auprès des brebis vient révéler la différenciation d’Israël par rapport aux autres nations. D’après le Ari Zal, Jacob donne naissance à des animaux rayés, pointillés et mouchetés : en hébreu « akoudim, nekoudim et béroudim (ou télouim) ». Akoudim correspond au monde uni, parfait. Akoud vient du verbe laakod (lier, unifier, comme par exemple ligotage d’Isaac, où Isaac est lié à son père, il ne fait plus qu’un avec lui. La lumière de D.ieu n’e »st pas séparée par des réceptacles différents.

Puis, la 2ème phase, la nécessaire brisure des réceptacles (chvirat hakélim), nécessaire, car il faut une chute pour faire apparaître le mérite de l’homme et son intervention après le retrait de D.ieu (tsimsoum), l’homme imparfait puisque séparé de D.ieu, c’est le monde des nékoudim, (qui signifie « points »), donc séparation. Dans ce monde, les réceptacles ne seront pas organisés entre eux et chacun vouodra maitriser sa lumière, ce qui produira la brisure des réceptacles. Jacob va intervenir dans le tikoun du monde des nékoudim en plaçant les rameaux en face des animaux, c’est-à-dire, en reformant l’union de la lumière avec les réceptacles. Ceci nous montre que l’homme peut et doit agir sur le monde pour tenter de réunr les forces du divin avec celles de la matérialité. Jacob prépare les âmes d’Israël aux graves ennuis qu’elles auront à affronter, il faudra pour cela un peuple à la nuque raide. Puis vient la phase de réparation, le tikoun : dans le langage lourianique, emprunté à notre paracha, les béroudim, animaux mouchetés, habillés de tâches régulières et suivies. Les béroudim représentent donc la phase de récemption qui suivra la phase de brisure.

Avec Tioul.com, abordons maintenant le fameux thème du rêve de Jacob. Dans une situation qui semblait sans issue : Jacob vient de quitter sa famille, fuyant la maison de ses parents et se retrouve sur le chemin vers la maison de son oncle Lavan démuni de tout, car il est  menacé par son frère jumeau Esaü, furieux d’avoir été frustré de la bénédiction qu’Isaac lui destinait. quitte Béer Chéva pour se rendre à ‘Harane. En chemin, il s’arrête dans “Le lieu” dont la Torah ne précise pas le nom et qui correspond au mont Moria (mont du Temple). Il prend des pierres de l’endroit et les place sous sa tête. Il fera un rêve prophétique merveilleux. Quel enseignement veut-elle nous léguer ? Selon le sens simple, admis par le commentateur de Rachi, on peut expliquer que Jacob dispose les pierres comme une barrière autour de sa tête cherchant ainsi à se protéger d’animaux dangereux, tels que les serpents et les scorpions, qui risqueraient de l’attaquer pendant la nuit. Cette explication de Rachi semble déroutante.  En effet, Jacob se coucha en prenant soin d’entourer sa tête de pierres pour se protéger des animaux sauvages. Si les animaux sauvages constituaient un danger, il aurait dû protéger l’ensemble de son corps qui reste vulnérable, en construisant une grande et solide muraille. A quoi servait donc ce muret ? S’interrogent les commentateurs. Très souvent, les hommes sont convaincus que tous leurs biens, leurs acquisitions et leurs réussites matérielles sont les fruits de leurs efforts personnels, de leur perspicacité, finissent à avoir le sentiment inébranlable de leur maîtrise et de leur supériorité.

Par son attitude assez surprenante, Yaacov nous met en garde contre une telle attitude et souhaite, nous enseigner qu’en réalité chaque aspect de la vie, la santé, la subsistance… est régie depuis le Ciel.  Même si évidemment nous sommes obligés de déployer des efforts parfois difficiles, on ne doit jamais perdre de vue le fait que tout provient directement de D.ieu.  D.ieu intervient pour nous à chaque instant. Toutefois, cette intervention divine est très souvent maquillée. Lorsqu’un homme parvient à une foi parfaite et inébranlable, il réalise que ses actes, son talent et ses réussites ne sont en faites que le fruit des mains de D.ieu qui dirige le monde. Nous comprenons maintenant la conduite de Jacob de se contenter de disposer quelques pierres autour de sa tête, ceci afin de se conformer à son obligation de fournir un effort individuel. De toute façon, sa protection viendrait directement de D.ieu.

Dans cette situation précaire, Jacob  a su placer sa confiance en D.ieu. En réponse à sa détermination, il mérita de recevoir un rêve hors du commun : une échelle qui prenait appui sur le sol et qui semblait atteindre le ciel et sur laquelle des anges montaient et descendaient. Chaque ange représentait l’ange protecteur de chaque nation du monde, toutes ont eu leurs heures de gloire, mais au terme de leur ascension, comme les anges prophétiques de Jacob, elles redescendent toutes. La signification de l’échelle donnée par le Zohar est la suivante : « Que signifie cette échelle ? C’est ce degré de l’essence divine de laquelle dépendent les autres : c’est la base du monde. C’est pourquoi le sommet de l’échelle touchait au ciel. Les anges, sont les chefs célestes des autres peuples qui montent, descendent sur cette échelle. Tant qu’Israël reste dans la faute, ce sont les anges des autres peuples qui montent sur cette échelle. Mais quand Israël se corrige, l’échelle est enlevée et le pouvoir des anges, chefs des peuples, prend fin. » (Zohar sur Vayétsé)

Pour Na’hmanide (commentateur du 13ème siècle), le songe qu’il a, permet à Yaacov de comprendre que toute la terre dépendait des forces supérieures émanant de D.ieu, des anges, tandis que lui, Yaacov, était directement soumis à D.ieu, ainsi qu’il est écrit : « Oui, je suis avec toi ; je veillerai sur chacun de tes pas…. ». (Genèse 28, 15). Toujours selon ce même commentateur citant l’opinion de Rabbi Eliezer le Grand, D.ieu fit voir à Yaacov, comme il le fit pour Avraham, dans l’alliance des morceaux dépecés (Genèse 15, 9-10), le règne de 4 empiresl’Egypte, la Perse, la Grèce et Rome.

Jacob vit donc un ange qui montait, gravissant 70 échelons, puis redescendit. Il reconnut l’ange du royaume de Babylone.  Jacob comprit que ses descendants devraient subir 70 années d’exil en Babylonie. Après avoir atteint le 70ème échelon, l’ange tomba et Jacob comprit qu’après 70 ans, les Juifs seraient libérés de l’exil des Babyloniens. Puis l’ange de la Perse tomba après 52 échelons, donc l’exil perse cesserait au bout de 52 ans.  L’ange de la Grèce tomba après 22 échelons, ce qui signifiait que l’occupation grecque durerait 22 ans. Enfin, Jacob vit l’ange d’Edom qui s’élevait toujours plus haut sans jamais redescendre ! Jacob fut saisi de stupeur. L’exil de Rome (celui du peuple juif) durerait-il éternellement ? « Ne t’inquiète pas, lui répondit D.ieu. Même si l’ange monte aussi haut que les étoiles, c’est Moi-mêmequi le ferais tomber quand son temps viendra ! » (Midrach Vayikra-Raa 68-2) Ce ne sera pas un dénouement politique ou militaire, c’est bien D.ieu Lui-Même qui interviendra. Les premiers anges qui montaient, ce sont ceux qui accompagnaient Jacob en Erets Israël (jusqu’à la frontière). Ceux qui descendaient venaient prendre la relève pour l’accompagner eh dehors d’Israël. Autre explication : les anges avaient été créés par les mitsvote (bonnes actions) de Jacob, comme il est dit dans les Pirkei Avote 4,13 : « Celui qui fait une mitsva acquiert une protecteur » (Rav Yéhouda Berdugo). « L’échelle était sur la terre, dressée vers le ciel ». L’homme doit toujours tendre vers des buts spirituels, il doit toujours agir « lechem chamaïm » (pour le Ciel : de manière désintéressée) et réciproquement si l’on veut s’élever très haut. Il ne faut jamais oublier de garder les pieds sur terre.

Et Jacob fit un vœu en disant : « Si D.ieu est avec moi et qu’Il me garde sur ce chemin où je vais, et qu’Il me donne du pain pour manger et un vêtement pour me vêtir ; et je reviendrai en paix à la maison de mon père, et c’est Hachem qui sera pour moi D.ieu. » Le rav Léon Askénazi nous enseigne dans « leçons sur la Torah » que le vœu de Jacob à D.ieu n’était pas une prière de type « marchandage » : « Tu seras mon D.ieu à condition que… » En effet, Jacob part en exil investi d’une double tâche : la sienne propre, la vocation spirituelle pour laquelle il a reçu la bénédiction d’Abraham (Genèse 28, 4) ;  et aussi la bénédiction propre aux tâches matérielles prévues par Isaac pour Esaü (Cf. Paracha Toledot).Mais celle-ci, qui lui fut imposée par sa mère Rivka, Jacob commence par la refuser. Elle lui est trop imcompatible. Il faut donc le vœu de s’en priver. Il ne demande que le pain pour manger et le vêtement pour s’habiller. En cela, il refuse même le commerce : vendre le pain pour acheter le vêtement ou l’inverse. Et il sait que Hachem ne sera vraiment son D.ieu qu’à son retour en Erets Israël. En effet, comme le dit le Talmud : « Quiconque réside de façon principale (ha-dar et non ha-gar) en dehors du pays est comme s’il était idolâtre. »

La rencontre entre Jacob et Rachel, qui inaugure l’histoire des engendrements de la nation d’Israël telle que la Bible la raconte, a pour contexte une scène inattendue. Il s’agit d’un « dialogue » au sujet du « salut » entre Jacob, berger hébreu de la famille d’Abraham et les bergers des troupeaux des nations assemblés à ‘Haran, (qui signifie colère, courroux.) Ces nations, le texte les nomme Fils de Qedem (Genèse 29, 1) : fils de l’Orient u fils de l’antérieur, suivant la double acception de ce terme en hébreu – l’Orient, l’antérieur : lieu et moment d’origine des bergers du monde, selon la prophétie hébraïque. « Dialogue du salut » : Il faudrait plutôt dire dialogue des saluts, au pluriel. En effet, les quelques mots qui y sont échangés – impressionnants de concision et de densité – débutent par « mes frères » et s’achèvent par « paix ». Or, il ne s’agit pas là seulement d’un échange de formules de salutations où se nouerait un dialogue de savoir-vivre, mais de la progression d’une problématique d’affrontement de deux conceptions métaphysiques du salut.

Voici le texte (Genèse 29,1 à 10. Traduction /a Bible du Rabbinat, édition bilingue. Traduction française sous la direction du grand rabbin Zadoc Kahn, Librairie Colbo, Paris, 1978.) : Jacob se remit en chemin et alla vers la terre des enfants de l’Orient. Il vit un puits dans les champs ; et là, 3 troupeaux de menu bétail étaient couchés à l’entour, car ce puits servait à abreuver les troupeaux. Or la pierre, sur la margelle du puits, était grosse. Quand tous les troupeaux y étaient réunis, on faisait glisser la pierre de dessus la margelle du puits et l’on abreuvait le bétail, puis on replaçait la pierre sur la margelle du puits. Jacob leur dit  « Mes frères, d’où êtes-vous ? Ils répondirent : « Nous sommes de ‘Haran. » Il leur dit : « Connaissez-vous Laban (petit-fils de Na’hor ? » Ils répondirent : « Nous le connaissons. » Il leur dit : « Est-il en paix ? » Et ils répondirent : « En paix ; et voici Rachel, sa fille, qui vient avec son troupeau. » « Mais, reprit-il, le jour est encore long, il n’est pas l’heure de faire rentrer le bétail : abreuvez les brebis et les menez paître. » Ils dirent : « Nous ne saurions, jusqu’à ce que tous les troupeaux soient rassemblés : on déplacera alors la pierre qui couvre l’orifice du puits et nous ferons boire les brebis. » « Comme il s’entretenait avec eux, Rachel vint avec le troupeau de son père (car elle était bergère.) Lorsque Jacob vit Rachel, fille de Laban, frère de sa mère, il s’avança, fit glisser la pierre de dessus de la margelle du puits, et fit boire les brebis de Laban, frère de sa mère. »

A la manière du Midrach, nous dit le Rav Askénazi, nous lirons ce texte à 2 niveaux. En premier lieu, celui de l’événement : pourquoi la Bible tient-elle à nous faire savoir que la rencontre entre Jacob le berger et Rachel la bergère (verset 9 : « car elle était bergère ») devait avoir pour circonstance déterminante ce dialogue entre, d’une part les bergers de la tentative de l’universel humain (versets 3 et 8 : « quand tous les troupeaux ») et, de l’autre, Jacob, serviteur du D.ieu Un ? De quel relais de vocation pastorale s’agit-il, auprès du puits dont la margelle était couverte par une grosse pierre ? En second lieu, nous lirons l’avènement de la théologie morale inaugurée par Israël, en interpellation ce celle, souvent religieuse mais toujours privée d’espérance morale, malgré l’apparence des formulations liturgiques, de toutes les traditions antérieures ou extérieurs à Israël.

Depuis qu’à l’origine de l’histoire, le fils de l’homme, Caïn, a tué son frère Abel, le mot « frère » est pratiquement occulté, et le récit biblique devient, littéralement, celui d’une « recherche en fraternité »,. Il faudra attendre Abraham pour que l’être-frère et l’être-sœur réapparaissent dans le monde de l’homme, dont la prophétie hébraïque nous dévoile à sa manière le projet, l’enjeu et les dramatiques situations qui s’y attachent : situations socio-historiques perpétuellement reprises à travers le geste, parfois la gesticulation des cultures et des civilisations, jusqu’à leur aboutissement messianique.

Or, voici que la dernière tentative de fraternité, la plus intime, vient d’échouer. Le lecteur avait précédemment appris la séparation d’Abraham et de Loth, oncle et neveu qui auraient pu être frères (Cf. Genèse 13, 8). Il avait appris celle d’Isaac et d’Ichmaël, demi-frères qui ne se parlent jamais, même pas à demi-mot, et à propos desquels le texte n’emploie jamais le terme de « frères ». Puis vient le temps de Jacbob et Esaü, frère de la même mère et jumeaux de surcroît, comme Caïn et Abel. Ceux-là se parlent, et leur dialogue est déterminant pour l’avenir de l’histoire du salut. A qui appartiennent l’aînesse et les bénédictions ? Qui est capable d’être frère de frère ? Qui aura droit au nom d’Israël ? Or, Rivka, la mère, avait dit : « Voici, Esaü ton frère entreprend de te tuer ; aussi mon fils, obéis-moi, pars, enfuis-toi chez Laban, mon frère, à ‘Haran.» (Genèse 27, 43).

Et Jacob s’enfuit, à l’endroit où peut-être l’on sait encore ce que c’est qu’être frère, dans la famille de sa mère. Il s’enfuit de la haine-frustration d’Esaü, investi de surcroît d’une mission précise : prendre femme dans la famille de Laban, à ‘Haran. Laban, frère de Rivqa, était le petit-fils de Na’hor, frère d’Abraham, qui avait certes quitté la civilisation maudite de Babel, au temps de Nimrod à Our Kasdim, mais s’était arrêté en chemin. Et c’est ainsi que les premiers mots de Jacob, arrivé au puits de ‘Haran, furent : « mes frères ». Il avait vu qu’il s’agissait de bergers…

« Mes frères ! » alors que sa propre expérience quant à l’histoire de la famille d’Abraham aurait pu, aurait dû le mener à une définitive désespérance quant à l’être-frère. Tout se passe comme si la Torah voulait mettre ici l’accent sur l’incoercible optimisme de l’être hébreu dans son éperdue recherche de fraternité, en dépit de toutes les déceptions. A ce sujet, le psychologue et écrivain français  Manès Sperber, né dans l’empire austro-hongrois à l’époque du nazisme, qui fut l’une des premières personnalités à être arrêtée par la Gestapo et qui survécut, a eu un jour un mot terrible en s’exprimant à propos de la Choah : « Nous avons été victimes de notre capacité d’espérance !… »

Quoi qu’il en soit, il est clair que la Torah lie absolument le problème de l’amour entre époux et épouse et celui de frères entre eux. A sa manière, la psychologue et psychanayste Eliane Amado Lévy-Valensi mettait souvent en évidence que Joseph, frère premier-né qui aime ses frères et met en cela fin à la malédiction de Caïn, naît de Jacob et Rachel, les seuls époux dont la Bible dit qu’ils s’aimaient, sans réticence. A propos d’Isaac et Rivka, en effet, le texte parle bien d’amour, mais ajoute (Genèse 24, 67) : « Il l’aima et Isaac se consola de sa mère. » L’amour de Jacob pour Rachel était, dès son commencement, un amour absolument pur de tout autre motivation (Genèse 29, 18)  « Et Jacob aima Rachel. » Le message de l’événement est important : l’amour du prochain ne peut être enseigné, témoigné, vécu, que par ceux qui vivent intensément l’amour de l’époux pour l’épouse, ceux pour qui l’épouse est déjà devenue sœur, comme au temps des patriarches. Le Talmud abonde en sources claires et limpides à ce sujet, dans sa lecture du Cantique des Cantiques.

Le message théologique d’Israël tient en ces quelques mots, lus en hébreu : « Mes frères, d’où êtes-vous ? Ils repondirent : de ‘Haran. » Ces mots sont tous des mots-clés de la lecture midrachique et qabbalistique de l’hébreu biblique, et les hébraïsants le reconnaîtront facilement en lisant avec nous : « Mes frères, vous venez du néant. » Ils répondirent : « Nous venons de l’endroit de la colère du monde. » En effet, le mot « ayin » signifie simulatnément où et le néant. De même, le mot ‘haran est lu par le Midrach à travers le mot ’haron, le courroux. Ce dialogue est étonnant de simplicité et de profondeur récapitulative des doctrines du salut :

Pour Jacob, le problème que l’homme doit résoudre est celui de la coexistence des frères entre eux. Cela vient de ce que nous sommes des créatures. Le Créateur nous donne en grâce tout l’être qui nous fait être, mais par là même Il crée Ses créatures rivales entre elles. Il nous donne tout, sauf l’amour du frère, qu’il réclame de nous, pour notre salut. Pour les bergers de ‘Haran : Tu dis que nous venons du néant et que nous devons mériter le droit d’avoir reçu l’être qui nous fait exister ? C’est toi qui le dis ; mais nous, nous savons que nous venons de la colère du monde, qui mit une lourde pierre sur la margelle du puits ; et cette pierre « empêche les troupeaux d’étancher leur soif ». A l’origine, il y eut un grand couroux ; cela explique le sort de ceux que tu nommes les créatures. Mais nous savons que, tous ensemble, nous pourrons, à la fin du jour, retirer la pierre de la margelle du puits. (Genèse 24, 8).

Et pourtant, ajoute Jacob, n’avez-vous pas entendu parler d’Abraham, ne connaissez-vous pas Laban, fils de Béthouel, fils de Na’hor, frère d’Abraham ? N’y a-t-il pas chez lui la paix ?... Ils répondirent : « Nous connaissons… la paix. » Or, pendant que se poursuit sempiternellement, jusqu’à la fin des temps, cet impossible dialogue entre la Torah des Hébreux et l’utopie désespérée des bergers de l’universel, voici que Jacob, tout seul, ayant vu Rachel, eut la force de lever la pierre « et abreuva le troupeau de Laban, frère de sa mère. »

(Sources : Rav Mordékhaï Chriqui, Dr Avraham-Gilles Morali, L’Essence de la Torah –  Tioul.com – Rav Léon Askénazi, Leçons sur la Torah)