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AME : 1 milliard par an, ça va continuer encore longtemps ? Réforme annoncée pour octobre (mon œil !)

AME : 1 milliard par an, ça va continuer encore longtemps ? Réforme annoncée pour octobre (mon œil !)

Aide Médicale d’Etat : Macron  fait mine de préparer une  réforme;  il faut calmer  les Français sur ce sujet explosif. Mais que c’est lent, que c’est laborieux ! Que de détours, de circonvolutions… Gageons que la montagne va probablement accoucher d’une souris…

Début août, Libé se faisait peur sur le sujet de l’AME et de ses migrants chéris.

« Va-t-on assister à une nouvelle offensive contre l’Aide médicale d’Etat (AME), ce dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’une prise en charge médicale et hospitalière, déjà réduite et sous conditions ? Selon le Monde de jeudi, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) doivent rendre en octobre un rapport sur cette aide qui bénéficie à quelque 300 000 personnes pour un coût annuel d’environ un milliard d’euros. La tonalité des auditions laisserait peu de doutes quant aux visées politiques des rapporteurs, qui pourraient, lors de l’examen parlementaire du budget 2020, proposer des pistes d’économies. Christian Reboul, référent migration, droit et santé, au sein de l’association Médecins du monde, s’inquiète des conséquences en termes de santé publique (…) »

Le même Christian Reboul affirmant dans l’interview :

L’AME n’a pas toujours existé. Ce n’est qu’en 1993, avec les lois Pasqua, que l’accès à l’assurance-maladie a été conditionné à la régularité du séjour. Il faut réintégrer les bénéficiaires de l’AME dans le régime général pour faciliter leur accès aux soins et permettre une prise en charge plus précoce. Ce système parallèle contribue aussi à leur stigmatisation. « C’est catastrophique » déclare-t-il dans un autre journal.

(((Ah, on peut en faire, des choses, avec l’argent des autres !)))

https://www.liberation.fr/france/2019/08/01/s-en-prendre-a-l-ame-causerait-des-renoncements-aux-soins_1743272

 

L’Huma, nuancée comme à son habitude, titrait :

ACCÈS AUX SOINS.

« UNE RÉFORME DE L’AME METTRAIT LA SANTÉ PUBLIQUE EN DANGER »

 

 

Les assos sont bien-sûr montées au créneau tout ce mois d’août.

Si jamais l’État décidait de réformer ce dispositif réservé aux personnes se trouvant en situation irrégulière, « il prendrait la responsabilité d’ordonner une double discrimination contre des populations stigmatisées à la fois par leur statut d’étrangers, et par un type spécifique de troubles relevant de la santé mentale », considère le SPH qui en conclut que ce projet attaquerait « de manière ciblée un droit constitutionnel à la protection de la santé ».

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/ame-lacces-aux-soins-psychiatriques-des-migrants-menace

 

Mais va-t-il vraiment se passer quelque-chose ? Indices avec l’article du Figaro sur la question…

On voit bien dans l’article du Figaro (reproduit en bas du présent texte), traitant du  sujet d’une possible réforme de l’AME, que l’enfumage politico-médiatique continue, et qu’il ne va probablement rien se passer de bien révolutionnaire. Le gouvernement  craint surtout l’opinion. La rentrée s’annonce chaude et les municipales approchent.

Dans cet article apparaît en filigrane toute la stratégie vicieuse des responsables politiques et des médias pour étouffer le sujet, main dans la main, et  botter en touche tout en faisant mine d’aborder sérieusement les questions épineuses.

On évoque le problème vite fait :

« l’AME représente une dépense de plus d’un milliard d’euros par an ».

Oui, bon…Mais on continue à manœuvrer  avec les mêmes grosses ficelles pour emberlificoter l’opinion.

Recette N° 1

Laisser croire  que Macron travaille d’arrache-pied sur le sujet et qu’il a pris la mesure des choses.

Dans l’éditorial du même numéro, un récit, soi-disant en exclusivité (!) sur la préparation de la rentrée. (Merci, les  fausses « paparazades » et autres scoops pilotés par Macron-menteur pour sa communication, on connait, voir ici)

https://i1.wp.com/static.resistancerepublicaine.eu/wp-content/uploads/2019/08/comment-macron.jpg

Le chef de l’État s’éloigne rarement de ses dossiers et se ménage de longues plages de travail quotidien. «Brégançon est aussi un lieu de travail», rappelle l’un de ses proches. Une sorte d’Élysée-sur-Mer où, si le décor change, l’intensité reste la même.«Il est parti avec beaucoup de parapheurs. Il lit des notes, donne des arbitrages, formule des recommandations, raconte une conseillère. Il veut profiter de ce temps plus long et moins chargé des vacances pour travailler en profondeur.»

Quel regard critique sur la politique macronienne de la part des journalistes ! Même lèche du pouvoir que dans les années 1940 !

Sur notre sujet de l’AME :

« Le gouvernement semble vouloir prendre à bras-le-corps le sujet explosif de l’AME qui représente une dépense de plus d’un milliard d’euros par an. »

Comprendre :Sujet explosif car les Français vont peut-être commencer à se rebeller (municipales dans 7 mois…). Il est urgent d’éteindre le feu !

« Le gouvernement vient de demander deux rapports sur l’aide médicale d’État (AME) et autres charges au bénéfice des étrangers en situation irrégulière… L’un à l’Inspection générale des finances, l’autre à l’Inspection générale des affaires sociales ».

« Deux rapports! C’est dire si le gouvernement veut y voir clair ».

« Il a besoin d’une mise à plat d’un système très organisé de dérive des fonds publics ».

Commentaire :

On va probablement prendre quelques mesures techniques. Rebaptiser l’AME par exemple. Ou ventiler autrement les dépenses pour diluer les chiffres et noyer le poisson. Enterrer, étouffer, détourner, les experts savent faire.

 

Recette N°2

Trouver des boucs émissaires: « C’est pas moi  (dit le politique -via les journalistes- lui qui est pourtant payé pour prendre les décisions et en endosser les responsabilités),  c’est la faute à X… »

Et voilà qu’on nous montre du doigt  le « poids du lobby immigrationniste, qui vit de subventions de l’État et des collectivités ».

(((Exemple avec  l’association Act Up (le fameux « lobby immigrationniste » ! Ha, Ha !!!)))

Act Up, c’est quelques dizaines de militants à tout casser ! Comme si c’était Act Up (qui reçoit des subventions mais ne décide de rien) qui faisait la pluie et le beau temps en France. Au fait qui est à l’Elysée ? Qui devrait plutôt rendre des comptes sur l’immigration et son coût ?

« Or, l’opacité de ce système, qui n’est plus maîtrisé et ne fait l’objet d’aucun contrôle réel, profite non seulement aux migrants clandestins, mais à différents acteurs, dont les 29 associations (toujours les mêmes, Act Up, Gisti, Aides, Cimade, MSF, etc.) constituées en réseau – l’Observatoire du droit à la santé des étrangers. Lequel s’oppose frontalement à toute idée de réforme. »

Gonflée la manœuvre mais classique et  efficace, puisque en citant des noms d’associations repoussoirs auprès des lecteurs,  on les fait adhérer à la thèse. Si le Figaro dit que le gouffre de l’AME est dû à  Act Up, c’est donc vrai. Et tapons sur Act Up et consors au lieu de s’attaquer aux causes du problème.

 

Recette N° 3

Détourner l’attention. Déplacer le problème en se lamentant sur un bout de caillou le plus reculé de la Terre, sensé être responsable de tous les maux du pays. En plus, le site ameli de l’assurance maladie précise : « À noter que l’AME n’est pas applicable à Mayotte ». C’est un autre dispositif. Bref…

« Le cas extravagant de Mayotte. »

« Il y a vingt ans, sous Lionel Jospin, les bénéficiaires étaient au nombre de 150.000. Dix ans plus tard, ils étaient 200.000. Depuis 2011, ce nombre a encore augmenté de 140.000! Et la dépense avec… Les dernières données disponibles (loi de finances 2019) portent l’aide médicale d’Etat à 935 millions d’euros (y compris les «urgences»). Or, l’addition réelle est bien supérieure. « 

 

Recette N° 4 : inventer des obstacles (techniques, humains, juridiques…)

« Ah mais c’est trop compliqué… » :

« Un système très organisé de dérive des fonds publics »…

« Or, l’opacité de ce système…  » empêche…

Et les gens gobent la tactique ! Comme si le « système » était indépendant des décisions politiques !

Pourtant les réponses sont bien tranchées quand il s’agit d’argent pour Pierre, Paul, Jacques, la société sait dire oui ou non.

Bref, rien de nouveau sous le soleil. On peut parier qu’on va continuer à payer. Il faut simplement faire avaler la pilule aux Français.

L’article se conclut par cette phrase :

« L’impératif de trouver des économies budgétaires va peut-être fournir un début de réponse. Enfin! ».

Encore des promesses ! On demande à voir ! Roulement de tambours jusqu’en octobre…

 

L’article.

CHRONIQUE – Le gouvernement semble vouloir prendre à bras-le-corps le sujet explosif de l’AME qui représente une dépense de plus d’un milliard d’euros par an.

Émoi et mobilisation du lobby immigrationniste: le gouvernement vient de demander deux rapports sur l’aide médicale d’État (AME) et autres charges au bénéfice des étrangers en situation irrégulière… L’un à l’Inspection générale des finances, l’autre à l’Inspection générale des affaires sociales.

Deux rapports ! C’est dire si le gouvernement veut y voir clair. En réalité, il sait très bien de quoi il retourne, mais il a besoin d’une mise à plat d’un système très organisé de dérive des fonds publics. Or, l’opacité de ce système, qui n’est plus maîtrisé et ne fait l’objet d’aucun contrôle réel, profite non seulement aux migrants clandestins, mais à différents acteurs, dont les 29 associations (toujours les mêmes, Act Up, Gisti, Aides, Cimade, MSF, etc.) constituées en réseau – l’Observatoire du droit à la santé des étrangers. Lequel s’oppose frontalement à toute idée de réforme.

Comme toujours, les pires dérapages sont justifiés par les meilleures intentions

Avant même les observations des deux rapports demandés pour le mois de septembre, Claude Goasguen, député LR de Paris, qui travaille depuis dix ans sur le sujet (auteur des seuls rapports parlementaires existants), estime que les coûts générés par le système se situent «bien au-delà du milliard d’euros», et que celui-ci est trois à quatre fois plus coûteux que chez nos voisins allemands, déjà généreux dans ce domaine…

Comme toujours, les pires dérapages sont justifiés par les meilleures intentions. Droite et gauche y ont prêté la main depuis vingt ans. À l’origine, il s’agissait de remplir un «devoir sanitaire» à l’égard des migrants, d’une mission de prophylaxie et de protection contre les maladies infectieuses dont ces populations étrangères pouvaient être porteuses. Comme il s’agissait d’immigrés clandestins, ce n’est pas la Sécurité sociale qui devait les prendre en charge, mais l’État – qui payait donc directement leurs dépenses médicales et hospitalières.

Le cas extravagant de Mayotte.

Il y a vingt ans, sous Lionel Jospin, les bénéficiaires étaient au nombre de 150.000. Dix ans plus tard, ils étaient 200.000. Depuis 2011, ce nombre a encore augmenté de 140.000 ! Et la dépense avec… Les dernières données disponibles (loi de finances 2019) portent l’aide médicale d’Etat à 935 millions d’euros (y compris les «urgences»). Or, l’addition réelle est bien supérieure.

Les demandeurs d’asile (qui sont au départ des clandestins) sont, eux, pris en charge par la Sécurité sociale – or ceux-ci, qui étaient 80.000 il y a quatre ans, ont été 122.000 l’an dernier

Claude Goasguen vous dira par exemple qu’il faut y ajouter le cas extravagant de Mayotte où les diverses urgences des Comoriens (notamment les accouchements de leurs femmes), arrivés clandestinement au centre hospitalier local, représentent quelque 100 millions ! Ce n’est pas tout: les demandeurs d’asile (qui sont au départ des clandestins) sont, eux, pris en charge par la Sécurité sociale – or ceux-ci, qui étaient 80.000 il y a quatre ans, ont été 122.000 l’an dernier! Enfin, le cas de la Guyane est en soi une démonstration: ce département (0,4 % de la population française) consomme 8 % des crédits de l’AME. Les Français seront ravis d’apprendre qu’ils paient ainsi les dépenses médicales des sans-papiers venus du Suriname, d’Haïti et même du Brésil !

Pour mettre le gouvernement devant ses responsabilités, les sénateurs avaient rogné les crédits de l’AME de 300 millions pour cette année. Matignon les avait aussitôt rétablis. Pourquoi ? Le poids du lobby immigrationniste, qui vit de subventions de l’État et des collectivités, n’explique pas tout. L’impératif de trouver des économies budgétaires va peut-être fournir un début de réponse. Enfin !

Jules Ferry

AME : 1 milliard par an, ça va continuer encore longtemps ? Réforme annoncée pour octobre (mon œil !)

(Source : Résistance Républicaine)

Mort du maire de Signes : « Il faut faire des exemples. » Le maire percuté par un véhicule avait 76 ans

Après la vague d’émotion suscitée par la mort du maire de Signes, survenue le 5 août dernier, alors qu’il tentait de s’opposer au jet illégal de gravats sur la voie publique, le Sénat vient de lancer une enquête sur les violences faites aux maires dans le pays. L’émoi passera, l’enquête se clôturera par une déclaration d’intention, la justice fera sans doute preuve de clémence pour l’auteur de l’infraction, et les atteintes aux personnes dépositaires de l’autorité publique, qu’elles servent dans la police, dans la gendarmerie,dans les mairies,au parlement, et plus largement au sein des casernes de pompiers,des hôpitaux ou de nos écoles, reprendront leur inquiétante série.Aujourd’hui, la disparition de Jean-Mathieu Michel fait l’objet d’un concert de réactions indignées de la part de la classe politique ; mais, demain? L’élu ne peut pas être mort pour rien!

La journée du 3 mars 1792

Pour cela, il n’existe pas mille solutions: il faut faire des exemples. Par la répression sévère des manquements à la loi et des actes d’incivilité, faire savoir clairement aux auteurs de ces délits qu’ils seront punis sans ménagement.La prévention est à ce prix. De même, il est nécessaire d’honorer nos héros modernes, faire des exemples de vertu. Là encore, l’histoire de France recèle des trésors de dévouement patriotique. Nos ancêtres les révolutionnaires, tant de fois décriés ou encensés pour s’être affranchis de l’ordre légal, n’en ont pas moins été ses infatigables promoteurs. Une journée en particulier nous l’apprend.

Le 3 mars 1792 tombait un samedi. C’était jour de marché dans la tranquille ville d’Etampes, située à une demi-journée de marche au sud de Paris. Rien ne laissait présager un drame, lorsquesoudain, en début de matinée, une bande de forcenés fait irruption dans la ville, suivie d’une foule de mécontents. Ils exigent, fusils en main, la taxation du blé pour s’en prendre aux marchands et nourrir le peuple. Après plus de sept heures de rixes et de tensions, le maire d’Etampes, Simoneau, s’interpose au péril de sa vie afin de faire cesser les troubles à l’ordre public. Le fou ! s’oppose aux revendications et refuse de céder à la force. Le juste ! il veut faire respecter la loi. Abandonné par les soldats censés le protéger, il tombe sous les coups de feu tirés à bout portant par les émeutiers.Un journaliste décrit la scène : « il n’était question de sa part que de dire oui ; il a préféré de dire non. »

Martyr de la loi républicaine

Tout le pays s’émeut, comme nous, au récit de cette mort exemplaire. L’assemblée de 1792 décide alors de consacrer le troisième jour du mois de juin à la célébration du défenseur de l’ordre légal. La journée est baptisée « fête de la loi ». Le cortège funèbre, transportant la chaise de l’élu et une statue de la loi,part de la place de la Bastille pour s’acheminer au ChampdeMars où députés, soldats, magistrats, parents de la victime, Parisiens accourus, ensemble, rendent hommage au « martyr de la loi ». Toute la journée, l’écharpe du maire est suspendue aux voûtes du Panthéon pour en honorer la mémoire. Cet événement n’est pas anecdotique, il a la force des symboles car il fut l’occasion, pour une société en recherche de stabilité, de rappeler que la loi, et ses cohortes de représentants et d’exécutants, n’ont pas d’autre alternative que d’être scrupuleusement respectés, ou bien sacrifiés. L’Etat de droit est non seulement l’observation de la loi, mais aussi la promotion de celle-ci, sans quoi c’est l’Etat lui-même qui tend à s’effilocher dans la nuit de la barbarie.Cet épisode de la Révolution nous rappelle que le principe de légalité, base de la démocratie, n’est jamais acquis et qu’il demeure toujours à affermir.

Si le passé n’est certes pas un miroir du présent, néanmoins il l’inspire.La conduite héroïque du maire de Signes, à la manière du colonel Beltrame, aurait pu faire l’objet d’un hommage national afin d’adresser un message symbolique fort à tous ceux qui enfreignent jusqu’au plus spécieux article de loi. C’est un combat à mener collectivement, tous les partis s’unissant. C’était le combat du maire de Signes qui avait fait un rempart de son corps pour éviter la fuite des auteurs des faits délictueux. Il ne doit plus y avoir d’infractions mineures à la loi. « Qui vole un œuf vole un bœuf » doit redevenir la maxime de notre morale, car c’est en corrigeant les comportements de moindre violence que l’on éduque les individus à devenir des citoyens. Cela ne nous préserve peut-être pas contre tous les périls de la délinquance, mais nous garantit au moins, assurément, contre le déshonneur de n’avoir rien tenté pour la combattre.

Loris Chavanette

Mort du maire de Signes: «Il faut faire des exemples»

(Source : Causeur)

Sur la Russie, Macron a raison

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J’ai confiance en mes lecteurs : je suis sûr qu’ils se souviennent de l’ère Hollande. Sous ce président d’opérette et sa politique extérieure criminelle, la France perdit en un rien de temps toute influence et tout respect dans le Proche et Moyen Orient. Les déclarations sur Bachar el-Assad, sur Al-Nosra, etc. ont fait que l’influence française, par les péroraisons du ridicule en chef, fut réduite à néant alors que la Russie s’installait durablement dans une position stratégique enviable.

Sur la Russie justement, il ne fait jamais oublier que Vladimir Vladimirovitch est un garçon fort cultivé, ce qui ne fut pas le point fort ni de Sarkozy ni de Hollande. C’est un garçon cultivé, disais-je, et à la longue mémoire. Sa culture – comme tout bon fils du soviétisme – comprend toute l’Histoire de la France des Lumières, puis du XIXème siècle, etc. Se retrouver face à Sarkozy ou Hollande a probablement été très douloureux pour le maître du Kremlin.

Alors soyons honnêtes un instant : nous nous sommes tellement plaints de la quasi rupture des relations entre la France et la Russie, nous serions bien mal venus de nous plaindre désormais des tentatives de raccommodage entreprises par l’Élysée. C’est d’ailleurs ce qu’a évoqué à demi-mots le président Macron en rappelant l’absence de toute influence française sur le dossier Syrien il y a encore deux ans…

Récemment, sur la télé russe, Vladimir Poutine a évoqué le refus de la France de s’engager dans la deuxième guerre d’Irak. L’occasion pour le président russe d’encenser son ancien homologue Jacques Chirac :

“Chirac, qui a des relations proches, intimes avec la partie sunnite du Moyen-Orient – d’ailleurs, il possède un savoir encyclopédique -, avait déjà prévu ce que provoquerait” cette guerre.

“Il avait prévu la destruction de ces Etats (la Libye et la Syrie, ndlr), que le terrorisme prospérerait, des attentats comme on en a vu à Paris. Chirac pensait à tout ça à l’époque, et il avait raison”

Emmanuel Macron n’aura probablement jamais auprès de son homologue russe le prestige qu’avait Jacques Chirac. N’empêche, Français – et donc patriote – je me félicite de toute initiative qui vise à renouveler, réparer, les liens historiques entre les deux extrémités de l’Europe. Et tous les bien-pensants qui demandent à la France de “ne pas parler avec la Russie” ne sont rien d’autre que des imbéciles.

Robin de La Roche

Sur la Russie, Macron a raison

(Source : La Lettre Patriote)

Ils seront comptables un jour, jusqu’au dernier sou, de l’argent jeté par les fenêtres

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L’impunité des élus est telle et depuis si longtemps que si un basculement devait avoir lieu, la catharsis de la nation passerait nécessairement par un inventaire minutieux et chiffré de ce qui a été gaspillé.

Christian Combaz

Ils seront comptables un jour, jusqu’au dernier sou, de l’argent jeté par les fenêtres

(Source : La Lettre Patriote)

Les déclarations d’impôts de plus de 2.000 contribuables modifiées par un pirate

Shutterstock
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Plus de 2.000 contribuables français ont été concernés à la mi-juin par un piratage quelque peu étonnant, révèle Le Canard enchaîné dans son édition du 21 août. Après avoir pris le contrôle de leur boîte e-mail, le ou les pirates ont utilisé l’option « mot de passe oublié » du site des impôts pour se connecter à leur déclaration fiscale et la modifier. Une manipulation classique, ne nécessitant aucune connaissance technique particulière.

Dans quel but ce piratage a-t-il été effectué ?

Des travaux d’isolation ont été ajoutés dans les déclarations piratées, ce qui peut permettre dans certains cas d’obtenir des remboursements de la part du Fisc. Pour obtenir ces éventuels “remboursements”, les pirates avaient également changé les coordonnées bancaires des contribuables piratés.

Mais, selon les autorités fiscales, les coordonnées bancaires ajoutés par le ou les pirates ne correspondaient à aucun compte existant. Était-ce simplement un galop d’essai pour tester les sécurités du site des impôts en vue d’une attaque de plus grande ampleur ?

Les déclarations concernées ont été rectifiées avant le 24 juillet, date de versement du solde des réductions d’impôt, et les contribuables concernés contactés.

Julien Michel

Les déclarations d’impôts de plus de 2.000 contribuables modifiées par un

(Source : La Lettre Patriote)

Israël : Un pays qui a encore le sens du mot NON

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En fin de semaine dernière, Israël a refusé l’entrée sur son territoire des députées américaines Ilhan Omar et Rashida Tlaib (sauf visite strictement familiale pour cette dernière), toutes deux militants du mouvement BDS qui conteste l’existence même de l’Etat juif. Une décision de bon sens pour Gilles-William Goldnadel.

(La vidéo n’est actuellement pas disponible)

Israël : Un pays qui a encore le sens du mot NON

Me G. W. Goldnadel

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel pour Dreuz.info.

Rachel Ertel : le yiddish et la mémoire dans la peau !

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Une femme d’exception relate l’histoire d’une langue d’exception, mélange d’une culture, d’une allégorie d’un monde disparu et d’une mémoire trop riche pour que l’avenir l’oublie

A travers ses essais, ses traductions et son enseignement, Rachel Ertel a consacré sa vie à faire connaître la richesse de l’univers yiddish. Ce livre d’entretiens, dans lequel elle confie son parcours personnel, ses convictions et ses rencontres, résonne comme l’allégorie d’un monde disparu dont, en archéologue passionnée, elle exhume les trésors. La mémoire du yiddish est trop belle, trop riche, trop vive pour que l’avenir l’oublie. « Restez silencieux et vous vous trouverez tout à coup au beau milieu du yiddish » disait Kafka. Lisez ce que Rachel Ertel nous en dit. Et vous comprendrez…

Times of Israël : Ce livre est la prolongation d’une émission réalisée pour France Culture avec le journaliste Stéphane Bou…

Rachel Ertel : L’émission s’appelait : « Mémoire du yiddish ». Le sous-titre Transmettre une langue assassinée n’y figurait pas, afin de ménager les auditeurs que ce genre d’annonce aurait pu déconcerter…

On apprend, au détour d’une question, que vous avez détruit le manuscrit de votre autobiographie. Pourquoi un geste si violent ?

Je n’arrivais pas à exprimer ce que je ressentais vraiment. Je l’ai tout simplement jeté à la poubelle. Je pense que j’avais besoin d’un interlocuteur.

Ce livre peut-il faire figure, sinon d’autobiographie, du moins de
« biographie autorisée » ?

Le poète anglais Coleridge a écrit une biographie littéraire (ndlr Biographia Literaria, 1817). C’est un peu ce que j’ai voulu faire : il s’agissait pour moi de raconter le trajet que j’ai emprunté au cours de ma vie. Si j’y suis parvenue, c’est grâce à Stéphane Bou et à sa bonne écoute.

Reste qu’il reconnaît lui-même avoir eu parfois le sentiment de vous forcer à répondre ! Fallait-il ce jeu de questions/réponses pour qu’apparaisse le « je », absent de tous vos écrits antérieurs comme l’est la lettre « e » dans La disparition de Perec ?

Dans mes livres précédents, je n’ai en effet jamais employé la première personne. La présence de Stéphane Bou m’a permis de me débloquer, de dire finalement « je » et de dévoiler un certain nombre de choses que je gardais secrètes, enfouies au plus profond de moi. Il m’a, en quelque sorte, ouverte à un questionnement que je ne parvenais pas à faire seule.

C’est d’ailleurs, rappelle Stéphane Bou, sur une citation de Perec « Je n’ai pas de souvenirs d’enfance » que s’ouvre l’un de vos textes précédents dans lequel vous évoquez « jusqu’à l’âge de neuf ans, un vide complet, un mur infranchissable ». Vous êtes née en Biélorussie, dans la ville de Slonim. En septembre 1939, après le pacte germano-soviétique et l’invasion de la Pologne orientale par l’Union soviétique, la ville fut rattachée à la République socialiste soviétique de Biélorussie. De nombreux juifs furent alors victimes des purges staliniennes. Pourquoi votre père fut-il arrêté ?

Mon père était bundiste, juif socialiste, menchevik. Cet engagement politique le rendait évidemment suspect aux yeux des autorités soviétiques. Une grande proportion des juifs des shtetls et des bourgs militait pour acquérir la liberté et la citoyenneté, espérant l’avènement d’un monde meilleur, un Avenir radieux, pour reprendre le titre d’un auteur soviétique ! Chacun militait selon ses convictions : il y avait les sionistes, les anarchistes, les bundistes, les socio-démocrates… Comme beaucoup de ses camarades de Slonim, mon père faisait partie du Bund. Il a été arrêté et déporté au goulag parce que considéré comme ennemi du peuple.

Ce moment peut-il être perçu comme un tournant dans le destin du yiddish, dès lors menacé en tant que symbole incarnant le désir d’autonomie de ces Juifs ?

Pour les bundistes et les yiddishophones en général, le yiddish était en quelque sorte un substitut de l’Internationale ! C’était évidemment inacceptable pour les soviétiques. Le yiddish avait connu un âge d’or en Union Soviétique : c’était dans les années qui ont suivi la révolution à laquelle de nombreux juifs avaient pris part. Par la suite, le yiddish et l’hébreu ont été bannis de cette Fédération russe.

Après l’arrestation de votre père, pourquoi avez-vous été envoyée avec votre mère dans un village de Sibérie ?

Pour la seule raison que ma mère et moi étions considérées, en tant que membres de la famille d’un ennemi du peuple, comme ennemies du peuple. Nous avons été déplacées dans un hameau de Sibérie où nous étions assignées à résidence.

Vous avez été rapatriées en Pologne en 1946. La guerre était finie. Pour autant, le danger n’était pas écarté pour les Juifs, victimes de pogroms dont vous rappelez qu’ils firent encore plus de mille victimes. Les déplacements en train étaient très dangereux…

L’armée nationale polonaise arrêtait les trains, en faisait descendre les Juifs et les fusillait le long des rails… Ma mère m’a raconté qu’elle avait décidé que nous ne voyagerions pas dans le même wagon.

Vous revenez, dans cet entretien, sur le fait juif qui empêche la Pologne de construire son « épopée glorieuse ». Comment
l’expliquer ?

Six millions de Juifs ont été assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale par les nazis. Les Polonais ont considéré qu’ils en avaient été les victimes principales. Des enjeux mémoriels les ont empêchés de construire leur roman national. Ils étaient, en quelque sorte, gênés, encombrés par la mémoire juive, évidemment centrée sur cette extermination.

De nombreux articles publiés par The Times of Israel font état des inquiétudes suscitées par la résurgence d’un antisémitisme polonais de plus en plus virulent. Que vous inspirent les tentatives d’une jeune génération de juifs décidés à relancer une vie judéo-polonaise, notamment à travers des centres communautaires à Cracovie et Varsovie ? Est-ce un leurre ?

On constate en effet l’émergence d’un antisémitisme avec, par exemple, l’existence d’une radio qui diffuse des discours antisémites totalement décomplexés, alors qu’il n’y a que peu de Juifs en Pologne.

La démarche de ces jeunes juifs visant à faire revivre une vie juive est, selon moi, très utopique. C’est sympathique mais, à mon sens, totalement irréalisable car la Pologne, étant donné son catholicisme militant, n’est pas prête à accepter la présence de Juifs et la continuation d’une culture juive sur son territoire.

Pendant votre absence, votre père, revenu à Slonim, est mort dans le bombardement de sa menuiserie dont il avait fait le quartier général des partisans. Pourquoi est-ce en France que vos parents (votre mère et votre père adoptif) ont décidé de s’installer ? Est-ce parce que, selon le dicton, D.ieu y est heureux ?

Dans toute l’Europe de l’Est et en particulier chez les populations juives, la France était considérée comme le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, selon le motto de la République.

Et si l’Affaire Dreyfus avait révélé l’existence d’un antisémitisme français, elle avait aussi montré qu’une moitié du pays s’était mobilisée pour défendre le capitaine juif. C’était, pour beaucoup, dans ce pays que les Juifs avaient les meilleures chances de s’implanter.

D’autres ont fait le choix de partir aux Etats-Unis, au Canada ou, à l’époque, en Palestine. Ma famille est passée par la France et y est restée. Mon frère, ma sœur et moi avons tout de suite adopté le français. Par ailleurs, une partie de notre famille, installée en Amérique, avait prévenu nos parents que leur statut d’écrivains yiddish ne leur assurerait pas un revenu suffisant pour permettre à leurs enfants de suivre des études supérieures…

Quelle est cette « guerre des langues » dont vous dites qu’elle existait depuis le XIXe siècle, entre l’hébreu et le yiddish ?

Elle a commencé en Europe de l’Est vers le milieu du XIXe siècle qui a vu l’émergence de la Haskala, la naissance d’une littérature hébraïque et la renaissance du sionisme qui était celui des Amants de Sion. Pour les proto-sionistes, l’hébreu était la langue qu’il fallait faire revivre. Le yiddish restait néanmoins la langue de la masse juive, parlée par 99 % de la population juive en Europe de l’est. Les deux langues étaient en concurrence, en quelque sorte. L’hébreu était restée la langue liturgique et savante quand le yiddish, qui l’avait supplanté, était à la fois langue véhiculaire et littéraire.

Que dire des mots très durs dont fut gratifié, après 1945, le yiddish, devenu « lingua non grata » ?

Le septième million de Tom Segev parle des rescapés qui ont gagné Israël et y ont été très mal reçus. Ils étaient considérés comme des lâches partis à l’abattoir comme des moutons. Tout ce qui rappelait ce que, en Israël, on nomme l’exil et que j’appelle moi, la diaspora, était perçu comme une sorte de tache sur l’histoire juive. C’est ce qui avait conduit mes parents à conclure qu’il n’y avait pas de place pour eux.

Vous précisez que l’obédience bundiste de vos parents ne sous-tendait aucune forme d’anti-sionisme, mais qu’ils étaient des « Juifs diasporiques ». C’est une notion à laquelle vous êtes vous-même très attachée. Lors d’interviews accordées en France, l’écrivain israélien Avraham B. Yehoshua interpelle les Juifs français dont il interroge
« l’identité française », tout en admettant la complexité de la question. Ce à quoi vous semblez répondre sans la moindre difficulté : votre identité est « juive et française » et cette double appartenance, une « fusion »…

Absolument. J’aurais pu être, si nous avions émigré ailleurs qu’en France, juive américaine ou juive argentine. J’aurais de toutes façons été juive, comme je le suis en France où je me sens effectivement dans une sorte de double appartenance.

Langue assassinée, le yiddish est aussi la langue de personne, pour reprendre le titre de votre livre paru en 1999 au Seuil. Il est langue- sentiment, langue-émotion ; il est langue-monde mais aussi langue-fossile, langue perdue ou encore langue fantôme, en référence au discours de Bashevis Singer recevant le prix Nobel de littérature en 1978. Pour Aharon Appelfeld, le yiddish a « le parfum de la compote de pruneaux ». Cela fait beaucoup pour une « petite langue » !

Oui, c’est une langue-monde et, s’agissant de l’Europe, c’est la plus européenne des langues. Quel que soit l’endroit d’Europe où ils se trouvaient, les Juifs parlaient le yiddish. C’était vrai en Europe de l’Est bien sûr, mais aussi à l’Ouest, suite aux différentes migrations. C’est donc véritablement une langue-monde et finalement toutes les désignations que vous venez d’énumérer se recoupent !

Dans la langue de personne, de Rachel Ertel. (Autorisation)

Pourquoi récusez-vous l’appellation de langue-morte ? En quoi ne traduit-on pas pas le yiddish comme on traduit le grec ou le latin ?

Parce que le yiddish est une langue assassinée, ce qui lui donne un tout autre statut. Un statut que je désigne comme étant « sacralisé », tout comme sont sacralisées les victimes de l’extermination.

Dans Le musée invisible, les chefs-d’œuvre volés, (Ed. Du Toucan, 2009), le journaliste Nathaniel Herzberg évoque Golus, tableau pillé, peut-être détruit en 1933. L’œuvre est signée du peintre du ghetto Samuel Hirszenberg. Cette cohorte avançant dans la neige, dont nul ne sait ce qu’elle va devenir, saisie sur un tableau fantôme, ne fait-elle pas écho aux romans de votre mère, Menuha Ram, Le vent qui passe (Julliard, 1974) ou Exils (Julliard, 1993), écrits d’une « voix neutre et blanche » sur des thèmes « restés figés dans les glaces de Sibérie » ?

Je connais cette toile. Elle représente vraiment la diaspora en marche. S’agissant du roman Exils, j’ai parlé de voix neutre et blanche car ses héros sont dépeints sans aucun pathos ni aucune sentimentalité. Il y a, dans ces livres, une vraie démarche d’empathie avec la population juive bien sûr mais aussi les paysans russes et les kazakhs que ma mère avait rencontrés dans ce village.

C’est dans le foyer de la rue Guy Patin où vous avez habité entre 9 et 12 ans qu’est né votre « attachement viscéral » au yiddish. Un mot se détache : « Vitalité ». L’énergie créatrice des rescapés serait-elle aujourd’hui désignée sous le terme de « résilience » ?

Malgré la définition qu’en donne Boris Cyrulnik, la résilience relève, pour moi, de l’acceptation, la soumission au sort. La vitalité, c’est autre chose : c’est une volonté farouche, hors normes, de survivre après l’extermination. De survivre et surtout, de créer. Ce phalanstère yiddish, peuplé d’écrivains, de poètes, de peintres et de chanteurs a été marqué par une volonté de reconstituer la culture qui avait été détruite. C’est une sorte de revanche, d’opposition, d’affirmation sur le Khurbn. Cette vitalité, cet engagement dans la vie m’ont marquée dès mon enfance, même si je ne comprenais pas tout. C’est devenu le socle sur lequel ma vie s’est bâtie.

Le mot « Shoah », adopté par le Parlement israélien, repris et popularisé par Claude Lanzman pour son film, est celui qui prévaut. Le terme « Khurbn » que vous venez de prononcer, est celui auquel vous restez fidèle…

Bien entendu, j’utilise le terme courant, « Shoah », pour me faire comprendre mais en mon for intérieur, c’est le « Khurbn ». C’était le terme employé par les victimes, en référence aux deux Temples détruits. La troisième destruction, qu’ils appelaient der dritter khurbn, a été celle du peuple, Temple du judaïsme.

Pourquoi attribuez-vous à l’acte de traduire le yiddish un statut unique qui procure à la fois douleur et joie ?

Le lectorat du yiddish, c’est un fait, est très restreint. Et l’on sait que traduire un livre du yiddish est un acte de témoignage de ce qui a été et de ce qui ne sera plus. C’est une douleur de penser que personne, après la lecture de la traduction, n’ira plus voir la version originale. C’est un acte de deuil pour la même raison que ce qui a disparu ne peut plus se reproduire ni perdurer.

Quand j’ai traduit de l’anglais, je savais que cette langue n’avait pas besoin de moi pour vivre. S’agissant du yiddish, traduire est un acte de témoignage et de deuil. Mais la traduction est une forme d’écriture qui procure la joie esthétique de réussir à translater, à transporter, à transférer d’une langue dans une autre. Je pense au conte de Yts’hak Leiboutch Peretz, Métamorphose d’une Mélodie dans lequel il parle d’une mélodie hassidique qui, transmise d’une génération à l’autre et d’un lieu à un autre, se transforme tout en restant la même. Pour moi, la traduction, c’est cela. C’est aussi une émotion, au sens étymologique du terme qui porte avant tout l’idée de mouvement. C’est, pour moi, un acte spirituel.

Dans les bagnes du Tsar. (Autorisation)

Vous êtes un exemple édifiant de la vitalité créatrice dont nous parlions car pendant l’élaboration de ce livre, vous avez traduit Dans les bagnes du tsar (Ed. de l’Antilope) de H. Leivick !

Il y en a même deux qui sont parus en même temps. Il faut également citer Erev, À la veille de… de Eli Chekhtman (Ed. Buchet Chastel). Ce sont là deux chefs-d’œuvre de la littérature yiddish.

Sollicité par The Times of Israel, le fondateur des éditions de l’Antilope, Gilles Rozier dont vous avez dirigé la thèse, confiait : « Ce qui nous frappe, dans la traduction de Rachel Ertel, c’est combien, du fait de son vécu, sa traduction française est en symbiose avec le texte original en yiddish. En effet, comme elle le raconte dans son recueil d’entretiens, du fait de sa maîtrise parfaite des deux langues, « ses deux langues », quand elle lit un texte en yiddish, la traduction en français lui vient naturellement, comme une traduction mentale avant d’être écrite ». C’est cela, avoir le yiddish dans la peau ?

Erev, À la veille de… (Autorisation)

Avoir le yiddish et le français dans la peau ! Dès que je suis en situation de traduction, je lis la phrase en yiddish et elle me vient en français. C’est véritablement symbiotique.

Stéphane Bou décèle une tentative plus personnelle. Dans Le garçon qui voulait dormir, d’Aharon Appelfeld, c’est dans les rêves qu’un jeune rescapé des camps parvient à se relier au monde disparu. Traduire serait-il pour vous le viatique vers le monde yiddish, la « matérialité du monde » dont parle Philip Roth ?

Oui, absolument, pour moi, c’est ce dont il s’agit. Il y a véritablement, à travers cette proximité, le maintien d’une sorte de présence charnelle, ce que j’appelle le substrat de l’univers yiddish.

Vous qualifiez de « complexe » votre rapport à Israël tout en soulignant votre attachement à son existence…

Un attachement viscéral…

Ces entretiens permettent de comprendre que vous n’approuvez pas la politique du gouvernement de l’Etat hébreu, pas plus que vous n’êtes d’accord avec la loi proclamant Israël comme « L’Etat-nation du peuple juif » parce qu’elle « crée en son sein des catégories de citoyens distinctes, en les hiérarchisant ». Mais il y a une autre raison, qui ramène à la diaspora…

Oui, car cette loi signifie que c’est aussi, en quelque sorte, « mon » Etat. Or, il ne l’est pas. Autant je suis attachée à l’existence d’Israël, autant je ne peux considérer qu’Israël est mon Etat. Et je n’ai pas été consultée sur cette question. La loi est, en quelque sorte, en contradiction avec mon vécu.

Et si, pour clore ce passage consacré à votre lien « complexe » à Israël par une « touche » sioniste, nous citions ces vers de Itsik Manguer que vous qualifiez d’apollinariens : « J’ai erré partout à l’étranger, maintenant je vais errer chez moi en Israël » ?

Ce poète de la langue « lingua non grata », né en Roumanie, a traîné ses guêtres partout dans le monde : en Europe de l’Est, aux Etats-Unis, à Londres où il a vécu pendant la guerre. Il est allé mourir en Israël, avec le sentiment qu’il y errerait, de la même façon qu’il avait erré toute sa vie. C’est, au fond, un poète vagabond, nomade, comme le sont tous les poètes yiddish.

Israël aurait-il pu être un Etat bilingue ?

Oui, parce que les fondateurs du sionisme et de l’Etat d’Israël étaient yiddishophones. Ils ont voulu forger un homme nouveau et sont revenus, pour cela, à la langue ancestrale qu’ils ont renouvelée. Ils auraient pu garder les deux langues. Qu’il en ait été autrement est l’une de mes douleurs…

Mais aujourd’hui, le yiddish ne résiste-t-il pas même s’il est, à Brooklyn, très mâtiné d’anglais et en Israël, mâtiné d’hébreu ?

En fait, chez les ultra-orthodoxes, le yiddish est la langue qui sert notamment à commenter les Textes.

Plongée dans les Livres sacrés, elle ne crée pas de littérature et ne s’intéresse pas à la dimension esthétique, littéraire et culturelle du yiddish.

L’écrivain Ron Rash, désigné aux Etats-Unis comme « le poète de la perte », rencontre un immense succès en racontant la dégradation des Appalaches. Vous concluez cet entretien en rappelant la phrase « Tout est perdu, gardons la perte *». N’est-ce pas à travers la perte que peut, finalement, perdurer la vitalité du
yiddish ?

C’est à cela que je m’emploie et que je me suis toujours employée tout au long de ma vie, en ce qui concerne le domaine yiddish : garder la perte. C’est un univers entier, une littérature, une culture foisonnante et
superbe ! Ce qui est tragique, c’est qu’elle a été fauchée, exterminée au moment de sa plus belle éclosion, alors que naissait toute la beauté du modernisme.

Il y a là un trésor inestimable qu’il faut garder et transmettre d’une manière ou d’une autre, parce qu’il nous nourrit et nourrira l’avenir.

Même si les locuteurs sont actuellement peu nombreux, je suis convaincue que le yiddish, qui a un millénaire d’existence, représentera une part incontournable de l’histoire juive. Je pense que ce trésor se transmettra de générations en générations. Je le pense et je l’espère.

* H. Cixous, C. Wajsbrot, Une autobiographie allemande, C. Bougeois, 2016

Rachel Ertel, Entretiens avec Stéphane Bou, MÉMOIRE DU YIDDISH, Transmettre une langue assassinée, Albin Michel, 224 p, 19 €

Timesofisrael

Rachel Ertel : le yiddish et la mémoire dans la peau !

(Source : Dreuz.info)