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« Depuis Moïse, le prophète jusqu’à Moïse, ben Maimon « 

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Dans certaines communautés le 20 Tevet, aujourd’hui, on célèbre la Hilloula du Rambam. C’est l’occasion de retracer l’itinéraire et l’oeuvre de cette immense penseur et codificateur du judaïsme.

A l’exception de Rashi, Rabbi Salomon ben Isaac, Maimonide ou Rambam, nul autre rabbin n’a plus d’importance que lui dans la formation du judaïsme.

Ainsi l’expression populaire qui le désigne : « depuis Moïse, le prophète jusqu’à Moïse, ben Maimon, aucun autre Moïse ne s’est manifesté. »

Deux œuvres majeures s’imposent, elles sont commentées jusqu’à nos jours : le Michné Tora et le Guide des Perplexes.

D’emblée ce qui frappe, c’est l’aspect très mouvementé de la vie de Maimonide. Il a été obligé de fuir les persécutions du Croissant et de la Croix : ayant d’abord vécu en Espagne, il a ensuite trouvé refuge au Maroc, enfin il a passé la deuxième partie de son existence en Égypte. Grâce à la découverte par D. Goïten de documents dans La Genizah du Caire on connaît mieux la vie de celui qu’on a surnommé « l’Aigle de la Synagogue ».

Mishneh Torah

Cependant cette vie tourmentée ne l’a jamais empêché d’étudier, d’écrire, de s’engager dans la gestion des affaires courantes.
La première partie de sa vie se déroule en occident, la seconde en orient. Le 30 mars 1135 Moïse ben Maimon est né à Cordoue qui est considérée alors comme le foyer juif le plus actif de l’Espagne. Deux siècles plus tôt une grande personnalité a déjà rayonné : Hasdaï ben Shaprout (915-970), le premier dirigeant juif à jouer un rôle politique auprès du calife au cours de « l’âge d’or du judaïsme espagnol ».
Le jeune Moïse est le fils d’un juge du tribunal rabbinique : dés son plus jeune âge il étudie, avec son père la Bible (loi écrite), la Michna et le Talmud (loi orale) mais également les mathématiques, les sciences naturelles, la médecine.

Il faut rappeler que le célèbre Averroès étudie à Cordoue. Les capacités intellectuelles du jeune Salomon lui permettent d’accumuler des connaissances dans de nombreux domaines.

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Statue de Maimonide à Cordoue

Au moment où il atteint la majorité religieuse, les partisans d’un Islam pur et dur, les Almohades, s’emparent de Cordoue. Ils imposent aux Juifs et aux chrétiens, surnommés « les gens du Livre », le choix de la conversion ou de la mort.

La famille Maimon quitte la ville et mène une vie errante en Espagne pendant une dizaine d’années : elle refuse la conversion à l’Islam imposée par les nouveaux dominateurs.
Commence alors une nouvelle étape, qui a pour cadre Fès au Maroc. Dès le Xème siècle, Fès est un grand foyer d’études juives, comme Kairouan et Tlemcen, qui entretient des relations intenses avec les académies babyloniennes : un grand érudit a marqué l’histoire de Fez, c’est Isaac ben Yaacov Alfassi dit le Rif (1013-1103).

Dans ce centre marocain, Maimonide continue d’étudier les sciences profanes comme la philosophie d’Aristote, la théologie de l’Islam et la médecine. Il étudie avant tout la Torah ou loi écrite, le Talmud ou loi orale : il s’inspire d’un maître célèbre, Rabbi Juda Ha Cohen Ibn Soussan.

Les guerriers almohades vont franchir le détroit de Gibraltar et conquérir le Maroc : de nouveau la famille de Maimonide est placée devant le même dilemme : la conversion ou le martyr.

Le 8 août 1165, Rabbi Juda Ha Cohen, le maître de Maimonide, est exécuté sur la place publique. Rabbi Maimon et   sa famille parviennent à quitter Fès.

Pour soutenir les juifs obligés d’accepter la loi islamique, Maimonide écrit une lettre Higueret Hachemad dans laquelle il écrit ceci :

« Le conseil que je te donne, l’idée que je revendique pour moi-même et pour ceux que j’aime ainsi que tous ceux qui sollicitent mon avis sont les suivants: quittez donc ces lieux pour des sites où vous pourrez pratiquer votre religion et accomplir les préceptes de la Tora sans crainte ni oppression. Abandonnez maison, enfants et toutes vos possessions, car la religion que le Seigneur nous a donnée en héritage est bien plus importante que les choses….Si par malheur on vous contraignait à transgresser un seul commandement, il vous est interdit de continuer à résider dans un tel lieu. Partez, laissez tout derrière vous, marchez de jour comme de nuit jusqu’au moment où vous trouverez un havre de paix pour pratiquer votre religion! C’ est que le monde est vaste! »
Ainsi Maimonide montre que celui qui prie en secret et fait de bonnes œuvres reste Juif, malgré son simulacre de conversion. Cependant, il conseille à chaque Juif de quitter tout pays où on le force à se convertir.
Miraculeusement Maimonide et les siens échappent à l’arrestation et parviennent à s’enfuir par bateau pour rejoindre Erets Israel. Après une longue et pénible traversée ils arrivent à leur destination dominée alors par les Croisés. En octobre de la même année, ils se rendent à Jérusalem et Hébron, deux des quatre «villes saintes» juives, accompagnés par Rabbi Yeffet, grand rabbin d’Acco (Saint Jean d’ Acre).

A propos des juifs de Jérusalem, nous disposons d’un récit laissé par Benjamin de Tudèle : « C’est une petite ville fortifiée avec trois murailles et très peuplée d’Ismaélites, de Jacobites, de Syriens, de Grecs, de Georgiens, de Francs et de toutes les langues des nations. Une maison de teinturerie s’y trouve : les Juifs la louent chaque année au roi. Personne ne peut exercer le métier de teinturier à l’exception des Juifs. Il y a environ 200 Juifs qui résident sous la Tour de David, dans un coin de la ville».
En fait les Francs, pour des raisons commerciales, ont permis aux Juifs de se réinstaller à Jérusalem. Leur présence devient plus forte après la conquête de la Ville par Saladin.
Une quatrième étape commence en Égypte, elle va durer trente huit ans. La famille s’installe à Fostat, dans Le Vieux Caire. Deux disparitions marquent vivement Maimonide : d’abord le décès de son père et puis celui de son jeune frère David qui subvenait aux besoins matériels de la famille. Quinze plus tard, il confie dans une épître la profondeur de sa douleur.

Le médecin

La médecine de Maimonide puisait à trois sources :

  • les notions de santé dans la tradition hébraïque
  • la médecine pratiquée à son époque
  • ses propres recherches et analyses liées à des expérimentations personnelles

Une dizaine de livres de médecine lui sont attribués qui ont été écrits en arabe avant d’être traduit en hébreu, en particulier par son disciple Samuel ibn Tibbon de Montpellier. On peut citer entre autres:

Le “Traité des aphorismes” divisé en 25 chapitres il constitue une somme des connaissances médicales de l’époque, depuis les apports antiques de la Médecine Hippocratique jusqu’aux pratiques du XIIème siècle. Y sont abordés: l’anatomie et la physiologie, les humeurs, la déontologie, la symptomatologie, les troubles de la parole, la thérapeutique générale, les maladies “spéciales”, les fièvres, les périodes d’incubation, les saignées, les purgatifs et les vomissements, la chirurgie, la gynécologie, l’hygiène, la condition physique et le sport, la balnéation, les aliments et les boissons, les drogues, les médicaments, la physio-pathologie, les cas rares. Un grand nombre de spécialités sont traitées depuis les troubles cardio-vasculaires, le diabète sucré, les tumeurs, la psychosomatique, les nerfs, le tube digestif, les troubles respiratoires, les maladies infectieuses et parasitaires, l’anatomie, l’embryologie, la gynécologie-obstétrique, le sport, l’anesthésie. Ce traité a été la source médicale la plus consultée du Moyen Age.

Dans son “Traité des poisons” et leurs antidotes, il décrit les symptômes de l’empoisonnement et sait distinguer les différents venins de serpents.

“Aussi ne faut-il pas trop y penser, ni trop se réjouir ni trop s’attrister, car bonheur et malheur ne sont grands que dans notre imaginaire.” Un “Traité sur l’asthme” Il y traite des troubles psychosomatiques, de thérapeutique, d’expérimentations personnelles, de l’alimentation : en quantité et en qualité, des horaires des repas, de l’environnement. Maimonide considère que la maladie résulte de la rupture d’un équilibre. Cet équilibre, physique et mental, sera maintenu chez celui qui saura s’en tenir au juste milieu. Le corps et l’esprit, bien que réalités distinctes, entretiennent chez l’être humain des relations d’interdépendances. Tout déséquilibre dans l’un se répercute sur l’autre, compromettant ainsi l’harmonie de l’être humain: “Il est clair pour les médecins, que l’on ne peut parvenir à la thérapeutique des maladies de manière directe ; il faut s’efforcer avant tout de bien connaître le tempérament du malade…”
” Quant aux émotions, leur importance nous est connue ; c’est à dire que l’action de la souffrance morale et de l’oppression, que nous constatons, affaiblit les fonctions psychiques et physiques à tel point qu’au cours des repas, l’appétit disparaît à cause de la douleur, de l’angoisse, de la tristesse ou des soucis. Si l’homme veut alors élever la voix, cela lui sera impossible, car son émotion affaiblit ses organes respiratoires dont il ne pourra se servir convenablement… Il n’a même pas de force pour lever ou déplacer ses membres. Si cet état persiste, il tombera obligatoirement malade et si cela se prolonge, il mourra… La joie et le plaisir provoquent l’état contraire et renforcent le moral et les mouvements du sang et de l’esprit. Ainsi, l’organisme verra s’accomplir ses fonctions aussi complètement que possible”.

Dans son “Traité de la vie conjugale”, il aborde les facteurs psychologiques, le nombre des partenaires, les aliments et boissons intervenants dans la sexualité, les aliments contre-indiqués, les mets cuisinés, recettes et aphrodisiaques et l’hygiène de vie à suivre.

Dans le “Traité des hémorroïdes” on peut lire des des conseils sur les mets bénéfiques et ceux à éviter pour qui souffre d’hémorroïdes, des mesures de prophylaxie et de thérapeutique générale et locale.

“L’essentiel pour l’alimentation (comme dans tous les domaines) est de parvenir à un équilibre et de s’y tenir…” Le “Traité de conservation de la Santé”, donne des règles pour maintenir la santé physique, mentale, sociale. Il reprend les recommandations de la Tradition Hébraïque (Talmud Berah’ot 62 b) : “On ne mangera jamais que l’on ait faim et l’on ne boira jamais que l’on ait soif”-. -“On ne se retiendra jamais pour satisfaire ses besoins naturels même un instant tant pour uriner que pour aller à la selle” (Chabbat 82a).

Maimonide ajoute cette notion d’hygiène alimentaire: “… Lorsque l’homme travaille, se fatigue suffisamment, se nourrit modérément et lorsque ses intestins se vident facilement : ses forces se raffermissent…”
Par contre, qui mène une vie tranquille sans exercice physique, qui tarde à satisfaire ses besoins naturels,… mangerait-il des aliments sains… que, sa vie durant, il serait sujet à des affections diverses..”

Maimonide apparaît même prémonitoire lorsqu’il écrit: “La gloutonnerie est comme un poison mortel pour le corps humain et la véritable cause de toutes les affections… dont la plupart ont pour origine les aliments nuisibles, une alimentation trop abondante, même lorsqu’il s’agit d’aliments sains”.

Dans ses “Commentaires des aphorismes d’Hippocrate ” il considère les aphorismes d’ Hippocrate comme l’oeuvre la plus utile pour un médecin tout en estimant utile d’en clarifier certains points. Il commente également l’oeuvre de Galien. Il éclaircit certains points obscurs, en réfute d’autres, son but étant de faciliter l’acquisition des connaissances.

Son “Traité des réponses médicales” contient des études sur la personnalité du Vizir Al Afdal et des conseils sur son emploi du temps, des aperçus sur les problèmes de déontologie, et enfin une mise en relation de la médecine et de la religion.

– En 1932, on a retrouvé un “glossaire de phytothérapie”, de 350 remèdes à base de plantes, classées par ordre alphabétique avec leurs noms populaires (en arabe, grec, persan et en dialecte berbère, marocain, égyptien).

A la différence de ses confrères juifs, son oeuvre conseille la modération dans les prescriptions, associant les remèdes au soutien psychologique. C’est ainsi qu’il considère que les “médicaments ne servent qu’à soutenir la nature dans sa tâche, mais ne peuvent se substituer à elle.” Pour lui, la guérison est synonyme du retour à un équilibre antérieur (à la nature), momentanément perturbé par la maladie. Cette réflexion est un exemple accompli de médecine orientale et qui plus est en accord avec la Torah, dans laquelle la maladie est le contraire du bien-être.
Pour y parvenir, il conseille d’utiliser autant,
– les ressources du corps, que l’on pourrait appeler “l’hygiène de vie”,
– que les facultés de l’esprit mobilisées dans le cadre d’une dynamique pré-dictée par le Créateur. Il faut que l’homme fasse le bilan de ses actes par rapport à ce qu’il doit ou aurait dû faire et remédie à son grief ou à celui d’autrui, en réparant sa ou ses fautes.
Ce compromis peut laisser entrevoir, pour la médecine occidentale, les ressources de ce que l’on appelle aujourd’hui la médecine psycho-somatique.

La “Prière Médicale” qui lui est attribuée est un acte de foi professionnelle, aussi noble que le Serment d’Hippocrate, qui inspire encore aujourd’hui de nombreux médecins juifs:
“Mon Dieu, remplis mon âme d’amour pour l’art (médical) et pour toutes les créatures. N’admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m’influencent dans l’exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l’amour des hommes pourraient facilement m’abuser et m’éloigner du noble devoir de faire du bien à tes enfants. Soutiens la force de mon coeur pour qu’il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l’ami et l’ennemi, le bon et le mauvais.
Fais que je ne vois que l’homme dans celui qui souffre. Fais que mon esprit reste clair auprès du lit du malade et qu’il ne soit distrait par aucune chose étrangère afin qu’il ait présent tout ce que l’expérience et la science lui ont enseigné, car grandes et sublimes sont les recherches scientifiques qui ont pour but de conserver la santé et la vie de toutes les créatures.
Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu’ils suivent mes conseils et mes prescriptions. Eloigne de leur lit les charlatans, l’armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout : car c’est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l’Art et conduit souvent les créatures à la mort. Si les ignorants me blâment et me raillent, fais que l’amour de mon Art, comme une cuirasse, me rende invulnérable, pour que je puisse persévérer dans le vrai, sans égard au prestige, au renom et à l’âge de mes ennemis. Prête-moi, mon Dieu, l’indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.
Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Eloigne de moi l’idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l’occasion d’élargir de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd’hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier, car l’Art est grand mais l’esprit de l’homme pénètre toujours plus avant.”
(Traduction tirée de : Soulier, Du Serment d’Hippocrate à l’éthique médicale, Thèse médecine, Marseille, 1985)

Le vieux sage meurt à Foustat (le vieux Caire) en Egypte en 1204 et sera inhumé à Tibériade. Rabbi Moshe ben Maimon dit le “Rambam”est enterré aux cotés de son père, dont le caveau est parallèle au sien. Sur sa tombe est inscrit en Hébreu “Mi Moshé ad Moshé, Lo Kam ké Moshé” (“De Moïse à Moïse, il n’y eut personne comme Moïse). Dans ce cimetière se trouvent les caveaux de très grands rabbins et de très grandes figures du judaïsme.

 

Prière de Maïmonide
Il devient le chef de la communauté juive d’Egypte menacée par l’expansion des idées karaïtes. Il écrit, en guise de réponse, Le Guide des Perplexes (ou des Egarés).

Il assure cette responsabilité spirituelle en refusant toute rémunération. Maimonide continue d’étudier, de publier des lettres, de faire des conférences publiques sur des sujets philosophiques et d’écrire des ouvrages sur la loi juive. En particulier il finit de compiler le Michné Torah, un ouvrage fondamental.
Il entretient une correspondance avec les savants juifs de toutes les communautés situées autour de la Méditerranée (en particulier, Marseille, Lunel) qui lui posent des questions.
Il correspond avec les communautés juives, celle du Yemen, les encourage à résister à toute tentative de conversion. Il secourt financièrement les communautés en difficulté.
Le 13 décembre 1204 Maimonide meurt à Fostat, puis il est enterré à Tibériade, en Erets Israel. Admiré par les Musulmans d’Égypte, un jeûne est institué à Jérusalem, à la nouvelle de sa mort.

 

 

Adaptation par J.G

Source 1

« Depuis Moïse, le prophète jusqu’à Moïse, ben Maimon  »

(Source : JForum)

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La vraie vocation d’Israël

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Encore un magnifique cours du Rav ‘Haïm dynovisz

Voir la vidéo : La vraie vocation d’Israel – 1 Janv 2018

(Source : Site du Rav)

Les Nations contre Jérusalem

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Un cours du Rav ‘Haïm Dynovisz « Les Nations contre Jérusalem »

 

 

CULTURE JUDAÏSME – Mois de Tevet 5778

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Un nouveau cours vidéo du Rav Dynovisz sur la paracha Vaéra

ici :  Etre un bon recepteur -Vaera- 9 Janv 2018

En effet, cette semaine nous étudions la 14ème paracha Vaéra, (Chemote 6,2 – 9,35)

Les enjeux de la paracha Vaéra

La parachat Vaéra décrit les sept premières des Dix Plaies, les cataclysmes que D.ieu mis en œuvre pour montrer aux Juifs, aux Égyptiens et au monde entier que Lui seul est le maître de la création et de toutes les forces qui s’y trouvent. Dans ce contexte, le terme Vaéra (« et J’apparus ») s’applique adéquatement à tout le contenu de la paracha : D.ieu « cesse de se cacher », pour ainsi dire, et manifeste Son pouvoir surnaturel et miraculeux aux yeux de toute l’humanité.

Rappelons toutefois que les mots qui ouvrent cette paracha font partie de la réponse à la question accusatrice de Moïse à la fin de la paracha précédente : « Ô D.ieu, pourquoi as-Tu maltraité ce peuple ? » Bien que nous ayons vu que, dans une perspective élargie de l’histoire, Moïse ne remit pas en question la justice de D.ieu par ces paroles, le contexte implique que c’est bien ce qu’il fit. Et dans ce contexte, les premiers mots la paracha constituent la réprimande que D.ieu adresse à Moïse. D.ieu reproche à Moïse d’avoir mis Sa justice en question. C’est certainement intéressant, mais cela doit également être utile : la Torah n’aurait en effet pas relevé un incident qui semble rejaillir de manière aussi désobligeante à l’égard de Moïse s’il ne contenait pas une leçon pour nous.

Cette leçon émerge lorsque nous considérons le contexte de la question de Moïse. Moïse fut élevé dans la maison d’Amram, le plus illustre Juif de sa génération, le fils aîné de Kehath, second fils de Lévi, dont la tribu se consacra avec abnégation à préserver les enseignements et les traditions héritées des Patriarches. Aussi Moïse avait-il très certainement été bien édifié dans sa jeunesse au sujet des Patriarches et des Matriarches et de leur foi totale et inconditionnelle en D.ieu, qu’ils conservèrent même lorsqu’elle fut durement mise à l’épreuve.

Mais il savait aussi que D.ieu est censé être bon et miséricordieux, que les Juifs sont Son peuple élu et que leur insoutenable souffrance avait dépassé toute justification rationnelle. C’est pourquoi, en toute sincérité, il s’écria et plaida : « Ô D.ieu, pourquoi as-Tu maltraité ce peuple ?! »

Le fait que D.ieu immortalisa cette protestation en l’inscrivant dans la Torah implique que l’erreur de Moïse ne fut pas de se plaindre contre D.ieu en soi, mais plutôt autre chose.

D.ieu dit à Moïse ce qu’était cette « autre chose » en commençant Son reproche par les mots : « Je suis D.ieu, et Je suis apparu » ou littéralement « Et J’ai été vu ». Bien sûr, il est impossible de voir D.ieu, car D.ieu ne possède pas de forme physique qui puisse être captée par notre sens de la vision. Mais en énonçant Sa révélation en ces termes, D.ieu signifie qu’il est possible d’être aussi certain de Sa réalité qu’on peut l’être de ce que l’on voit de ses propres yeux.

Le fait de voir quelque chose a un profond impact sur nous : nous croyons en la vérité de ce que nous avons vu. Pour cette raison, quelqu’un qui assiste à un incident qui est ensuite porté devant une cour de justice ne peut pas être celui qui jugera ce cas. Sa mémoire de ce qu’il a vu le rend en effet imperméable aux arguments des parties, qui n’auront pas d’influence sur sa version des événements.1 (En revanche, quand on entend seulement quelque chose de quelqu’un, un tiers peut contester la véracité de ce que nous avons entendu, voire réussir à nous faire changer d’optique.)

Ainsi, D.ieu dit-Il à Moïse : « Bien sûr, tu crois en Moi. Tu as absorbé les enseignements de ta famille et tu ne doutes pas de Moi. Mais tu dois nourrir ta foi encore davantage, jusqu’à ce qu’elle soit si concrète que tu Me voies pour ainsi dire dans la création, que tu sois si sûr de Ma réalité que rien ne puisse en ébranler ta conviction. Alors, tu ne seras plus troublé par les contradictions entre ta foi et ce qu’affirme ta raison. »

Oui, D.ieu désire que nous utilisions nos capacités intellectuelles dans notre rapport avec le monde et avec Lui. Et quand cet intellect affirme que quelque chose ne va pas dans la façon dont D.ieu dirige le monde, nous ne devons pas occulter la vérité telle que nous la voyons. Nous devons nous exclamer vers D.ieu : « Pourquoi as-Tu maltraité ce peuple ? Pourquoi nous laisses-Tu souffrir ? Ne sommes-nous pas Ton peuple élu, Ton aîné ? Où est ta compassion ? Où est ta justice ? »

Mais en même temps, ces questions ne peuvent et ne doivent pas porter la moindre atteinte à notre foi absolue et inébranlable en la réalité et la bonté de D.ieu. Plus précisément, elles ne doivent nullement interférer dans l’accomplissement de toutes nos obligations dans la mise en œuvre de la volonté divine et de notre mission sur terre. Notre plainte, ardente et angoissée, et les accusations que nous lançons à D.ieu doivent coexister avec notre empressement enthousiaste à accomplir Sa volonté et notre profonde gratitude pour avoir la possibilité de l’accomplir.

Il est donc significatif que cette paracha, tout au long de laquelle le peuple juif est plongé dans les profondeurs de l’exil égyptien, s’intitule Vaéra, « J’ai été vu ». La leçon que nous devons en tirer est que nous devons simultanément refuser obstinément de nous résoudre à passer ne serait-ce qu’une minute de plus en exil, tout en refusant obstinément de permettre au fait que nous sommes – pour l’instant – en exil d’interférer avec ce que nous avons à accomplir dans l’instant présent.

D’où devons-nous alors tirer la force de croire en D.ieu si profondément que nous le voyons littéralement, même dans les plus sombres moments de l’exil ? D.ieu répond à cette question à travers ces paroles : « Je suis apparu à Abraham, Isaac et Jacob. » Les Patriarches possédaient cette foi inébranlable et, étant leur descendance, nous en avons hérité. Selon les lois d’héritage de la Torah, l’héritier n’a pas besoin de posséder quelque qualité particulière pour pouvoir hériter. Il hérite pleinement et entièrement par le simple fait qu’il est l’héritier.

Notre foi absolue et infinie en D.ieu est l’héritage dont nous devons nous prévaloir. Tout ce que nous avons à faire est de la nourrir – « faire pâturer la foi »2 – et, nous aussi, nous « verrons » D.ieu. Cette foi nous permettra de passer les derniers moments de notre exil en espérant et exigeant sa fin, tout en optimisant notre utilisation des moments restants. Par ce mérite, nous serons témoins de l’accomplissement de la promesse divine : « La gloire de D.ieu sera révélée et toute chair la verra ensemble »3 avec la Rédemption finale amenée par le Machia’h.4

NOTES
1.

Talmud Roch Hachana 26a.
2.

Psaumes 37,3.
3.

Isaïe 40,5.
4.

Hitvaadouyot 5743, vol. 2, pp. 823-830.

Commentaire basé sur les enseignements du Rabbi de Loubavitch

Les enjeux de la paracha Vaéra – à la lumière de la ‘Hassidout

(Source : Chabad.org)

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Cette semaine, nous ouvrons le second livre de la Torah, Chemot (Exode) et étudions la 13ème paracha du même nom (Chémot 1,1 – 6,1 )
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Cette semaine, nous ouvrons le second livre de la Torah, Chemot (Exode) et étudions la 13ème paracha du même nom (Béréchite 1,1 – 6,1 )

Lecture de la paracha : Lecture de la paracha Chemot en français

Où est D.ieu quand on a mal ?

« Dis-moi franchement, j’en appelle à toi. Réponds-moi : Imagine-toi que les destinées de l’humanité sont entre tes mains, et que pour rendre définitivement les gens heureux, pour leur procurer enfin la paix et le repos, il soit absolument nécessaire de torturer à mort ne fût-ce qu’un seul petit être, la petite fille qui se frappait la poitrine de son petit poing, et de fonder sur ses larmes le bonheur futur. Consentirais-tu, dans ces conditions, à édifier un pareil bonheur ? Réponds-moi sans mentir ! »

Ivan Karamazov, dans Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski

Empathie

Une nouvelle institutrice essayait de mettre en pratique ses cours de psychologie. Elle commença sa classe en disant « Que tout celui qui pense être stupide se mette debout ! »

Au bout d’un moment, le petit Jeannot se leva. La maîtresse fut surprise, mais se dit que c’était l’occasion d’aider un enfant en détresse.

« Tu penses vraiment être stupide, Jeannot ? » lui dit-elle.

« Non madame, répondit Jeannot. Mais ça me faisait de la peine de vous voir debout toute seule ! »

Moïse demande le nom de D.ieu

La Torah relate l’histoire dramatique d’un peuple souffrant pendant des décennies sous le règne d’un empire cruel et brutal. Les garçons nouveau-nés sont jetés dans le Nil, les hommes et les femmes juifs sont soumis aux travaux forcés, battus et torturés sans merci. La vie juive n’a plus de valeur.

« Un long moment est passé et le roi égyptien est mort », déclare la Bible. « Les enfants d’Israël gémirent du sein de l’esclavage, et ils se lamentèrent. »1 La tradition midrachique explique que ce verset signifie que le chef égyptien fut frappé de lèpre, comparable à la mort, et que ses médecins lui affirmèrent que le seul moyen d’en guérir était d’exécuter des enfants hébreux, cent cinquante le matin et cent cinquante le soir, et de se baigner dans leur sang deux fois par jour.2 La douleur du peuple juif devint alors insupportable.

C’est à ce moment que « leur plainte monta vers D.ieu ; D.ieu entendit leur supplication ».3 Dans un coin reculé du désert de Sinaï, D.ieu persuade Moïse d’abandonner sa vie solitaire et introvertie de berger et de se jeter dans la gueule du loup pour libérer son peuple brisé de l’esclavage.

Dans un puissant dialogue entre Moïse et le Tout Puissant, Moïse dit à D.ieu : « Voici, je me rendrai auprès des Enfants d’Israël et je leur dirai : “Le D.ieu de vos pères m’a envoyé à vous” et ils diront : “quel est Son nom ?”, que leur répondrai-je ? ».

« Je serai comme Je serai ! » répondit D.ieu à Moïse, « dis aux Enfants d’Israël : “Je serai” m’a envoyé à vous’. »4

D.ieu en exil

La signification de cette réponse nous échappe. Moïse demande à D.ieu Son Nom et la réponse en est : « Je serai comme Je serai ! » Quel sens se cache-t-il derrière ces curieuses paroles ?

Le grand commentateur biblique, Rachi5, s’appuyant sur la tradition talmudique6, complète les mots manquants : « Je serai [avec vous dans votre détresse présente tout] comme Je serai [avec vous dans vos exils et persécutions futurs]. »

Mais cette explication n’est pas suffisante : Moïse a demandé à D.ieu un nom, un moyen d’identification qu’il pourrait communiquer au peuple juif. Et en réponse, D.ieu lui présente un verbe plutôt qu’un nom précis, une activité plutôt qu’une description.

Une question étrange

Pour apprécier la réponse de D.ieu, il nous faut au préalable comprendre la question de Moïse.

Moïse dit à D.ieu : « Voici, je me rendrai auprès des Enfants d’Israël et je leur dirai : “le D.ieu de vos pères m’a envoyé à vous” et ils diront : “quel est Son nom ?” Que leur répondrai-je ? »

Maïmonide, dans son « Guide des Égarés », soulève une question7 : Pourquoi Moïse était-il convaincu que le peuple juif voudrait connaître le nom du D.ieu qui l’avait envoyé en mission pour les libérer de l’esclavage ? Il semblerait qu’en montrant qu’il connaissait le nom de D.ieu, cela authentifierait d’une certaine manière sa qualité de messager divin pour sauver les Hébreux d’Égypte. Mais pourquoi ? S’ils avaient entendu le nom de D.ieu avant la venue de Moïse, il est facile d’imaginer que Moïse Le détenait de la même source qu’eux et pas nécessairement de D.ieu. Et si par contre, ils ne l’avaient jamais entendu, comment ce nouveau nom, qu’ils entendraient de la bouche de Moïse, pourrait-il les persuader de lui faire confiance ?

Qui plus est, Moïse introduit sa question en disant, « Voici, je me rendrai auprès des Enfants d’Israël et je leur dirai : “Le D.ieu de vos pères m’a envoyé à vous” et ils diront : “Quel est Son nom ?” » Moïse évoquera avec eux le D.ieu de leurs pères, un D.ieu dont ils ont entendu parler par leurs pères. Ces derniers ne leur avaient-ils donc jamais enseigné le nom de ce D.ieu ? Comment se pouvaient-ils qu’ils parlent de ce D.ieu et Le prient sans Lui donner de nom ou de description ?

La question des questions

Dans sa demande, Moïse ne cherche pas l’identité de D.ieu ou Son titre. Il Lui adresse La question essentielle, la question des questions, celle qui sera, avec certitude, formulée par les Hébreux vers lesquels il est envoyé.

« Quel est Son nom ? » crieront les esclaves juifs à Moïse. Pendant plus de huit décennies8, nous avons suffoqué sous le joug d’une tyrannie brutale. Des milliers et des milliers de nos enfants ont été massacrés pour que le roi Pharaon puisse se baigner quotidiennement dans du sang juif : des bébés ont été arrachés du giron de leur mère et jetés dans le fleuve. Nous avons été battus, humiliés, torturés et tués. Les Égyptiens ont fait de notre vie un cauchemar infernal et ont bafoué notre dignité en nous réduisant à une sous-humanité. Et soudain, le grand et puissant D.ieu des cieux et de la terre, qui crée et gouverne le monde entier, se décide à ressentir notre douleur ?

« Quel est Son nom ? » tonneront les esclaves. Toi, Moïse, tu dis que D.ieu « a vu la souffrance de Son peuple en Égypte » 9 et c’est la raison pour laquelle Il t’envoie nous sauver. Mais où était-Il jusqu’à aujourd’hui ? Quel est Son nom, quel est le caractère d’un D.ieu qui peut demeurer indifférent dans les cieux alors que des bébés sont arrachés aux bras de leur mère et jetés dans le Nil et que Pharaon se baigne dans le sang d’enfants juifs ? Où était-Il pendant les quatre-vingt-six ans où nous étions frappés à mort par les fouets des contremaîtres égyptiens ? Est-ce là le D.ieu que nous devrions accepter et suivre ? Est-ce là le D.ieu en qui nous devons placer notre confiance ? Et est-ce ce D.ieu envers lequel nous devons maintenant exprimer notre gratitude ? Un D.ieu indifférent aux larmes et aux lamentations de l’humanité ?

La réponse

Jamais dans l’histoire, D.ieu n’a répondu à cette question, la plus grave de toutes les questions et peut-être l’argument le plus fort de l’athéisme. Le livre de Job, dédié à la question du sens de la souffrance des innocents, s’achève avec une révélation de D.ieu à Job, lui disant en substance qu’il n’existe aucun moyen pour l’esprit humain de créer les constructions logiques dans lesquelles pourrait s’inscrire le comportement de D.ieu. Le fini et l’infini ne vont tout simplement pas ensemble.

D.ieu ne donna pas non plus la réponse à Moïse. C’est la raison pour laquelle, à la fin de la Paracha 10, Moïse adresse à D.ieu des paroles extrêmement dures : « Mon Seigneur ! Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m’as-Tu envoyé ? Depuis le moment où je me suis rendu chez Pharaon pour parler en Ton nom, il a fait du mal à ce peuple, mais Toi, Tu n’as pas sauvé Ton peuple ! »

Et que transmet D.ieu au peuple juif à travers Moïse, « Je serai comme Je serai ! » Comme nous l’avons souligné, les Sages du Talmud et Rachi expliquent ces mots ainsi : « Je serai avec vous dans votre détresse présente tout comme Je le serai dans vos exils et persécutions futurs. »

Je suis un mystère, admet D.ieu. Je suis étrange, infiniment étrange. Mon écriture de l’histoire est tout à fait insondable pour l’esprit et le cœur humains. Et pourtant, vous devez savoir une chose : Je ne suis pas un D.ieu indifférent, résidant dans les Cieux et gouvernant théoriquement la destinée de chaque être humain selon le sens que Je définis. Je suis présent avec vous dans votre angoisse. Je suis dans les lamentations d’un esclave battu, dans les gémissements de la mère à qui l’on a arraché son enfant, dans le sang répandu d’un enfant assassiné. Vous pleurez ? Je pleure avec vous. Vous êtes écrasés ? Je suis écrasé avec vous. Quelle que soit la profondeur de l’obscurité dans laquelle vous vous trouvez, J’y suis encore plus profondément. Je n’orchestre pas la souffrance humaine depuis une planète distante, éloignée de votre détresse existentielle. Je suis là avec vous, souffrant avec vous, sanglotant avec vous, priant pour la rédemption avec vous. 11

Il se peut que l’homme ne comprenne jamais l’« esprit » de D.ieu. Mais ne le laisse pas penser, dit D.ieu à Moïse, que D.ieu qui comprend le dessein de la souffrance, se permet le luxe de ne pas ressentir l’intensité de l’obscurité. Chaque larme que nous versons devient Sa larme. Il se peut qu’Il ne les essuie pas, mais Il les fait siennes; 12

NOTES

1.

Exode 2, 23.

2.

Midrache Rabbah Chémot 1:24, cité par Rachi sur le verset.

3.

Exode ibid. versets 23-24.

4.

Exode 3, 13-14.

5.

Sur Exode ibid.

6.

Talmud Berakhot 9b.

7.

Moreh Nevoukhim 1:63. Maïmonides lui-même et plusieurs commentateurs bibliques donnent diverses réponses à cette question.

8.

L’asservissement du peuple juif a commencé avant la naissance de Moïse (voir Exode chapitres 1 et 2). Moïse avait 80 ans lorsqu’il s’adressa à Pharaon pour la première fois (Exode 7,7).

9.

Exode 3, 7.

10.

Ibid. 5, 22-23.

11.

Cette vérité a également été exprimée par le lieu où cette conversation s’est tenue : depuis un buisson épineux. « D.ieu S’est révélé à Moïse dans un buisson épineux, et pas dans une autre espèce d’arbre, pour indiquer qu’Il se trouve avec [Israël] dans son affliction » (Rachi, Exode 3,2). « Pourquoi un buisson épineux ? Pour nous enseigner qu’il n’existe pas de lieu exempt de la présence divine » (Midrache Rabbah, Chémot 2:9). Cette idée est également exprimée dans Isaïe 63,9 et constitue un thème majeur du livre des Psaumes.

12.

Cet essai est basé sur un discours du Rabbi de Loubavitch, Chabbat Chémot 5743 (le 8 janvier 1983), publié dans Likoutei Si’hot vol. 26, pp. 10-25.
Quand le Rabbi prononça ce discours, il pleura amèrement. Ce fut une scène d’une émotion inoubliable. Ceux qui étaient présents sentirent leur cœur se déchirer devant les larmes incontrôlables du Rabbi alors qu’il décrivait la question des Juifs et la réponse de D.ieu.
par Yossef Y. Jacobson

Où est D.ieu quand on a mal ?

(Source : Chabbad.org)

Moïse et Machia’h

Dans cette Paracha, quand D.ieu demande à Moïse d’entreprendre la mission de libérer les Enfants d’Israël du joug égyptien, Moïse répond : « Envoie, de grâce, celui que Tu enverras. » Le Midrash interprète cela comme une prière de Moïse pour que le Machia’h (Messie) soit envoyé à sa place. Quel est le rapport entre Moïse et le Machia’h, entre le rédempteur passé et le rédempteur futur ? Et quelle différence y a-t-il entre eux, qui fit que chacun fut chargé d’une mission différente ? Le Rabbi répond à ces questions et explique leur signification dans la vie individuelle du Juif.

1. Les deux rédempteurs

Après que D.ieu eut, à plusieurs reprises, demandé à Moïse de retourner en Égypte et de libérer le peuple juif de sa captivité, Moïse finit par dire : « Envoie, de grâce, celui que Tu enverras. »1 Le Midrash2 interprète ce verset de la façon suivante : « [Moïse] dit devant Lui : “Maître de l’Univers, envoie, de grâce, celui que Tu enverras”, envoie le Machia’h qui sera le rédempteur futur. » Mais cette requête de Moïse ne fut pas accordée, car c’était par lui, et non par un autre, que D.ieu voulait délivrer Israël de l’esclavage en Égypte.

On peut déduire du Midrash qu’il existe un rapport particulier entre Moïse et le Machia’h, et que c’est pour cette raison que le premier voulait que le second fût envoyé en Égypte. Néanmoins, la rédemption du joug égyptien était la tâche de Moïse, la mission du Machia’h étant celle de l’exil final.

Leur similarité (en vertu de laquelle des tâches similaires leur furent confiées : la rédemption de l’exil) est exprimée par l’affirmation de nos Sages selon laquelle : « Moïse fut le premier rédempteur et sera le dernier rédempteur. »3 Cela ne signifie pas que Moïse en personne sera le Machia’h (car il était un Lévite alors que le Machia’h, qui sera un descendant de David,4 appartiendra à la tribu de Judah), mais que le pouvoir rédempteur du Machia’h sera issu de Moïse.

La raison en est que la vertu primordiale du Machia’h sera la Torah (selon Maïmonide,5 il y sera parfaitement versé). C’est d’elle que proviendra son pouvoir rédempteur. Or, la Torah est appelée « la Torah de Moïse ».6 De même, le pouvoir d’Israël de faire venir le Machia’h découle du service de D.ieu articulé dans la Torah.

Ce rapport profond entre Moïse et le Machia’h apparaît en allusion dans le verset : « Et le sceptre ne quittera pas Judah… jusqu’à ce que Chilo vienne (ad ki yavo Chilo). »7 Cela est considéré être une référence au Machia’h, car les mots yavo Chilo (« que Chilo vienne ») et « Machia’h » sont numériquement équivalents.8 La même équivalence existe aussi entre les mots « Chilo » et « Moché » (Moïse), de sorte que la venue du Machia’h se trouve reliée à Moïse. De plus, yavo (« que vienne ») a la même valeur numérique que é’had (« un »). Nous avons ainsi cette équivalence : « Machia’h = Moïse + Un », signifiant que le Machia’h sera amené par le service de D.ieu relevant de l’Unicité ; et le pouvoir de réaliser cela est transmis par l’intermédiaire de Moïse.9

2. La descente dans le but de la montée

Comment devons-nous comprendre cela ?

Nos Sages ont dit : Quand le monde fut créé, tout était dans un état de perfection.10 Mais après le péché de l’Arbre de la Connaissance, quand le serpent souilla Ève d’impureté,11 l’homme et le monde déchurent de cette perfection, jusqu’au Don de la Torah ; car lorsqu’Israël fut au mont Sinaï, « l’esprit d’impureté » disparut.12 Mais celui-ci revint avec le péché du Veau d’or,13 et il demeurera dans le monde jusqu’à l’Ère messianique quand la promesse sera réalisée de retirer (c’est-à-dire d’éliminer totalement) l’impureté14 ; et le monde sera enfin purifié.

C’est un principe général du judaïsme que chaque déchéance se produit pour donner lieu à une montée15 ; et cette montée mène plus haut que le niveau qui précédait la chute. L’état introduit par le Don de la Torah fut donc plus élevé que celui qui précéda le péché d’Ève. Il s’ensuit que l’Ère messianique sera supérieure au temps du Don de la Torah.

Un double mouvement donnera lieu à la réalisation de ces niveaux d’élévation jamais encore atteints : une descente de la lumière (révélation, pouvoir spirituel) de sa source dans l’Infini, et une élévation correspondante d’Israël et du monde.

Nous trouvons cela dans le Don de la Torah. Même si la capacité d’accomplir les commandements divins l’avait précédé (Adam avait six commandements, Noé, sept, et des commandements supplémentaires furent prescrits à Abraham, Isaac et Jacob,16 et « les Patriarches observèrent la Torah entière avant qu’elle fût donnée »17), non seulement une force plus grande fut dispensée au temps du Don de la Torah, mais un pouvoir nouveau, différent de tous ceux qui avaient existé auparavant, fut donné aux Enfants d’Israël quand une relation basée sur le choix de D.ieu s’établit entre eux et D.ieu (« et Tu nous as choisis »),18. C’était une révélation de l’essence de D.ieu, quelque chose qui n’avait jamais été manifesté auparavant.

De même, l’élévation d’Israël et du monde fut sans précédent quant à la profondeur et l’intensité de sa purification. C’est pourquoi la déchéance qui suivit le péché du Veau d’or fut de moindre amplitude. Ainsi, que ses effets (la présence de l’impureté) demeurent visibles aujourd’hui, les effets du Don de la Torah restent manifestes.

3. L’ère messianique

De la même manière, l’élévation qui caractérisera l’Ère messianique – quand le Messie enseignera sa Torah à tout Israël19 – sera plus importante que celle du Don de la Torah,20 et ce, de deux façons :

1) Dans la révélation divine. Car, bien qu’au Sinaï elle fût si intense que les Israélites purent la percevoir au moyen de leurs sens physiques, elle fut seulement « à l’image » de la révélation messianique21 (quand « la Gloire de D.ieu sera révélée »22), et non pas égale à elle.

2) Dans l’élévation d’Israël. Bien qu’au Sinaï l’esprit d’impureté disparut lors du don de la Torah, il demeura en potentiel et réapparut lors du péché du Veau d’or. En revanche, aux temps messianiques, il sera détruit et consumé à jamais. La nature essentielle du monde sera elle-même transformée, et non seulement temporairement modifiée par une intervention divine.

4. La tâche de l’exil

Dans la mesure où chaque élévation doit être précédée d’une chute, celle-ci est une préparation nécessaire pour elle. C’est le service divin du temps de la chute (tant que ses effets persistent) qui produit l’élévation. Le service des Patriarches et la catharsis du « creuset de fer »23 de l’Égypte ont été cause du Don de la Torah. Et de même, le Machia’h sera amené par notre service continu en exil, visant à purifier toute l’essence du monde.24

5. La signification de « un »

Ceci peut être compris si l’on résout d’abord une difficulté bien connue25 au sujet du Chéma. Pourquoi y est-il dit : « l’Éternel est Un », et non « l’Éternel est unique » ? Car « un » est l’attribut d’une chose susceptible d’être comptée, compatible avec l’idée d’une seconde chose. Tandis qu’« unique » interdit toute possibilité de second.

En voici l’explication : la véritable unicité de D.ieu n’est pas perçue en simplement niant dès l’abord l’existence de quelque chose à part Lui (attitude niant le monde), mais plutôt en percevant du milieu du monde physique que celui-ci n’a pas d’existence en soi, en ressentant dans le contexte de l’existence matérielle que celle-ci fait un (est unie) avec D.ieu.

Le mot « un » lui-même suggère cela. Ses lettres en hébreu (é’had : alef, ‘het, dalet) ont respectivement pour valeurs numériques 1, 8 et 4. Le 8 symbolise les sept cieux et la terre ; et 4, les quatre directions. Toutes sont des émanations de 1 (alef), la source et le Maître (Alouf) du monde.26 En d’autres termes, la perception de l’unicité ne doit pas être seulement spirituelle, mais elle doit imprégner toute notre perception du monde physique et se réaliser en lui.

6. La Torah et la transformation du monde

Mais comment se peut-il que ce monde, dont la nature est (et dont le nom en hébreu signifie) « l’occultation »27 de la Divinité, soit réceptif à une révélation en son sein du Alouf (Maître, Un) de l’Univers ?

C’est dans ce but – faire du monde une demeure adéquate pour D.ieu – que la Torah et les commandements furent donnés à Israël.

Non seulement ils lui furent donnés au Sinaï pour que, par leur intermédiaire, le monde fût purifié et affiné, mais la révélation qui les accompagnait transmit le pouvoir permettant la réalisation de ce but.

Au moment du Don de la Torah, le monde entier fut annulé devant cette révélation – même « les oiseaux avaient cessé de chanter et le silence emplissait la terre »28 –, mais c’était là une force venue d’En-Haut plutôt que de l’intérieur (ce ne fut donc pas un état permanent).

Mais de cela découla la capacité du monde de s’affiner lui-même, et partant, de devenir un réceptacle approprié pour une révélation encore plus haute.

7. Moïse et le Machia’h

Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi le Machia’h = Moïse + Un. Car le Machia’h sera amené par le service qui rend l’Unicité manifeste, et le pouvoir de le faire fut donné à travers Moïse.

D’où le rapport profond entre Moïse et le Machia’h : ce dernier sera amené par les forces transmises à travers le premier. D’où aussi leur différence : l’exil et la libération d’Égypte ont rendu possible le Don de la Torah,29 dans le but de donner à Israël le pouvoir de se purifier et de purifier le monde. La tâche du Machia’h est de compléter ce processus et de donner lieu au service divin qui le suivra, quand le monde aura atteint sa pleine pureté.

8. L’« unicité » et l’individu

L’homme est un microcosme du monde.30 Et ce processus cosmique trouve son écho en chaque homme, en tout temps : quand il accomplit son service jusqu’au soir, puis qu’il confie son âme à D.ieu la nuit, et que le jour suivant il est un nouvel homme,31 et qu’il entame un nouveau service.

Le service du jour commence avec la prière et la Torah. Par elles, l’homme reçoit la force de servir D.ieu (l’esprit divin est diffusé dans tout son être par la prière) et de vaincre l’inclination au mal (par le moyen de la Torah qui l’instruit sur la manière correcte d’agir). Alors, il est capable d’accomplir son service dans le monde pratique (au point où, comme le dit Maïmonide,3232, « sa sagesse est manifeste quand il mange et quand il boit »). Son existence matérielle (le ‘het et dalet d’é’had) est subordonnée à sa sagesse divine (alef) ; une reconnaissance de l’Unicité imprègne ses actions physiques.

Puis, quand son jour de service est achevé, il établit un bilan spirituel de ses actions de la journée et réaligne sa vie avec la volonté divine. Il dit : « En Tes mains je confie mon âme… D.ieu de Vérité », et la Vérité elle-même est l’Unicité. Car le mot hébraïque pour « vérité » est émeth, qui s’écrit avec la première lettre, la lettre du milieu et la dernière lettre de l’Alef-beth,33 nous rappelant que D.ieu est celui qui a dit : « Je suis le Premier et Je suis le Dernier, et en dehors de Moi, il n’y a pas de dieu. »34 Il n’est pas de réalité qui n’émane de Lui, car lorsque le alef (le Un) est retiré d’émeth, le mot devient meth, « mort », l’absence de vie.35

De même que la Torah (par l’intermédiaire de Moïse) donne au monde le pouvoir de faire venir le Machia’h, ainsi donne-t-elle à chaque individu le pouvoir d’ennoblir sa propre vie, son propre environnement et, ainsi, de hâter la venue de l’ère messianique.36

(Source : Likoutei Si’hot, vol. 11, p. 8-13)

NOTES

1.

Exode 4,13.

2.

Léka’h Tov.

3.

Cf. Midrash Chemot Rabba 2:4 ; Zohar I 253a.

4.

Rambam, Hilkhot Melakhim fin du ch. 11.

5.

Ibid.

6.

Malakhi 3,22 ; Cf. Chabbat 89a.

7.

Genèse 49,10.

8.

Baal HaTourim sur Genèse ibid.

9.

Cf. Tanya I, début du ch. 42.

10.

Cf. Béréchit Rabba, 14:7 et 3:3.

11.

Chabbat 146a.

12.

Ibid ; Zohar I 52b ; II 193b.

13.

Zohar, ibid ; Cf. Tanya I, fin du ch. 36.

14.

Zacharie13,2.

15.

Cf. le discours de Lekh Lekha dans cette série.

16.

Rambam, Hilkhot Melakhim 9:1.

17.

Yoma, 28b ; Kidouchine, 82a.

18.

Cf. Choul’hane Aroukh HaRav, Ora’h ‘Haïm, 60:4.

19.

Likoutei Torah, Tsav 17a ; Chaar HaÉmouna, ch. 56.

20.

Cf. Kohelet Rabba, fin du ch. 11 et début du ch. 2.

21.

Tanya I, ch. 36.

22.

Isaïe 40,5.

23.

Rois I 8,51.

24.

Tanya, début du ch. 37.

25.

Cf. Torah Or, Vaéra 55b.

26.

Choul’hane Aroukh, Ora’h ‘Haïm ch. 61 ; cf. Berakhot, 13b.

27.

Olam (monde), he-elem (dissimulation).

28.

Chémot Rabba, fin du ch. 29.

29.

Exode 3,12.

30.

Midrash Tan’houma, Pékoudei 3.

31.

Yalkout Chimoni, Rémez 702.

32.

Rambam, Hilkhot Déot 5:l.

33.

Talmud de Jérusalem, Sanhédrine 1:1 ; cf. Devarim Rabba 1:10.

34.

Isaïe 44,6.

35.

Maharcha sur Sanhédrine 97a.

36.

Cf. Tanya IV, ch. 4.
Basé sur les enseignements du Rabbi de Loubavitch

Grand-Rabbin de Grande-Bretagne, Dr Jonathan Sacks

(Source : Chabad.org)

 -==-

Si le Midrash est bien vrai, pourquoi ne fait-il pas partie du Pchat ? Chémot (Exode 1:1-6:1)

Dix petites minutes pour découvrir une belle idée de la Paracha de la semaine.

Bienvenue dans le livre de l’Exode ! Dans cette vidéo, nous étudions le midrash étrange qui raconte que le bras de la fille de Pharaon s’est allongé au-dessus du fleuve pour récupérer Moïse. Pourquoi les Sages nous racontent-ils une histoire tellement bizarre ? Rav Fohrman défend l’idée que l’on doit se mettre dans la peau de la fille de Pharaon. Ceci nous permettra de voir que lorsque l’on souhaite vraiment accomplir une chose, Dieu nous aide à trouver le moyen d’y parvenir.

Regarder la vidéo : [Vidéo] Une main de fer dans un gant de velours

Mickaël Saffar
(Source : Aish.fr)
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Cette semaine, nous étudions la 12ème paracha «Vaye’hi» –   (Béréchite  47,28 – 50,26 )

Lecture de la paracha : Lecture de la paracha Vaye’hi en français

Les enjeux de la paracha Vayé’hi à la lumière de la ‘Hassidout

Le nom de cette paracha, Vayé’hi, signifie « il vécut », se référant à la façon dont Jacob passa les dernières années de sa vie en Égypte. Sachant que le nom d’une paracha exprime son contenu dans son ensemble, nous serions fondés d’attendre à ce qu’une paracha intitulée « il vécut » soit consacrée au récit des principaux événements de la vie de Jacob. Or, la parachat Vayé’hi est consacrée à l’exact inverse, c’est-à-dire aux événements qui vont conduire à la mort de Jacob et à ses conséquences. Dans cette paracha, Jacob donne ses dernières bénédictions à ses fils et petits-fils, rend son dernier souffle et est enterré par ses fils dans la grotte de Makhpélah. Tout ceci est suivi du récit de la mort de son fils préféré et successeur désigné, Joseph. La parachatVayé’hi est ainsi évocatrice de la parachat‘Hayé Sarah, dont le nom signifie « la vie de Sarah » bien qu’elle fut centrée sur les événements qui eurent lieu à la suite de sa mort.

Comme cela a été expliqué à propos de Sarah, notre vie ne peut être qualifiée d’authentique que lorsque nos idéaux survivent en ceux qui nous succèdent. Ainsi, paradoxalement, tant que nous sommes vivants physiquement, il n’est pas du tout certain que nous soyons véritablement « vivants », car la preuve d’une vie vraie ne se manifeste qu’après la mort. Si nos descendants restent fidèles aux valeurs que nous leur avons transmises, il devient alors rétroactivement clair que nous étions également « vivants » pendant notre vie. Autrement cela signifie que, même de notre vivant, nous étions fondamentalement « morts ».

Cette perspective permet d’expliquer pourquoi ici, dans la parachaVayé’hi, la Torah fait précéder à la mention de l’âge de Jacob quand il mourut la phrase : « Jacob vécut dix-sept ans en terre d’Égypte. » Dans la parachat‘Hayé Sarah, on ne trouve pas de telle phrase introductive concernant Sarah. On nous y informe seulement de son âge au moment de sa mort. Le fait que Jacob vécut dix-sept ans en terre d’Égypte avant de mourir – des années dont il nous est dit qu’elles furent les meilleures de sa vie, pleines de réelle satisfaction à la vue de ses enfants et ses petits-enfants fidèles à ses idéaux – prouve qu’il fut réellement « vivant » au cours de sa vie. Le fait qu’il sût préserver sa propre spiritualité dans le monde corrompu et idolâtre de l’Égypte et qu’il réussit à élever ses enfants et ses petits-enfants dans le même esprit atteste du caractère foncièrement authentique de sa vie.

De fait, la vie de Jacob se perpétua si réellement dans la vie de ses descendants que la Torah n’emploie même pas le terme « mourir » quand elle relate sa mort. Elle dit seulement qu’il cessa de respirer 1 et le Talmud assure donc que, fondamentalement, Jacob n’est pas mort !2

De plus, comme nous le verrons par la suite, la mort de Jacob indiqua l’amorce d’une descente qui allait se conclure par l’asservissement physique de tous ses descendants. Le fait que le peuple juif demeurât fidèle à l’héritage de Jacob même dans des circonstances aussi difficiles est une preuve supplémentaire que sa mort démontra le plus clairement possible qu’il fut non seulement « vivant » sa vie durant, mais qu’il continua de l’être même après également.

Comme nous l’avons vu, dès sa jeunesse, Jacob incarna l’érudit en Torah par excellence.3 En même temps qu’il absorbait les connaissances renfermées dans la Torah, il s’imprégna aussi de la transcendance de la Torah, de son immuable essence divine qui la rend intrinsèquement, universellement et éternellement pertinente dans tous les aspects de la vie. C’est ce qui lui permit de surmonter toutes les vicissitudes de la vie, de faire de tous ses enfants des hommes vertueux malgré leurs personnalités différentes et d’assurer que les années qu’il passerait en Égypte seraient ses meilleures années. La Torah, étant l’incarnation de la volonté et de la sagesse de D.ieu, est vérité. L’étude de la Torah est donc la poursuite de la vérité. C’est pourquoi, par extension, l’engagement dans la Torah signifie un dévouement sans compromis à la vérité. La Torah fut la clé de Jacob pour la vie éternelle, car la vérité, par définition, est éternelle.

Dès lors, la leçon de la parachat Vayé’hi est que nous pouvons nous aussi surmonter toutes les dernières difficultés de l’exil, réussir à éduquer nos enfants de sorte qu’ils restent fidèles à leur héritage, et profiter de toutes les bénédictions d’abondance spirituelle et matérielle – c’est-à-dire avoir un avant-goût de la douceur de l’ère messianique prochaine – même si nous sommes encore en exil, à travers l’étude de la Torah et l’accomplissement de ses commandements.


Il est donc approprié que le premier livre de la Torah s’achève par le message de Vayé’hi, « il vécut ». Alors que le rideau s’abaisse sur les fondations établies par les Patriarches et que nous nous préparons à assister à la maturation de leur descendance en un peuple à part entière qui assumera le rôle de « royaume de nobles et nation sainte »,4 la parachatVayé’hi nous rappelle que le Livre de la Genèse n’est pas une simple œuvre littéraire, un hommage sentimental ou partisan aux ancêtres de notre nation qui, aussi impressionnants qu’ils aient pu être, sont morts et enterrés et appartiennent donc au passé. Non, ils sont vivants, réellement vivants, et c’est seulement en s’identifiant à leurs aspirations, en intériorisant leur héritage et en y restant fidèles, que nous aussi pouvons être réellement vivants. Tant que nous sommes en exil, nous continuerons à être sollicités par les tentations provocantes de la pseudo-vie autour de nous (et à l’intérieur de nous). Mais la Torah est « une Torah de vie »5 qui nous stimule éternellement à rester au-dessus de ces tentations et à « choisir la vie »6 en accomplissant les commandements de D.ieu,7 transformant ainsi notre vie et le monde autour de nous en une résidence pour D.ieu, la véritable8 « source de vie »9

NOTES

1.

Genèse 49,33.

2.

Taanit 5b.

3.

Genèse 25,27, etc.

4.

Exode 19,6.

5.

Liturgie, Amidah. Avot deRabbi Nathan, chapitre 34.

6.

Deutéronome 30,19.

7.

Lévitique 18,5.

8.

Psaumes 36,12.

9.

Likoutei Si’hot, vol. 15, pp. 427-430 ; Sefer HaSi’hot 5749, vol. 1, pp. 164-172 ; Si’hot Kodech 5741, vol. 1, pp. 763-766 ; Sefer HaSi’hot 5751, vol. 1, pp. 225-227.
Basé sur les enseignements du Rabbi de Loubavitch
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https://i1.wp.com/media.torah-box.com/660x360/yossef-roi-d-egypte-retrouve-ses-freres-1639.jpg
Allumage de la ménorah par le Cohen Gadol dans le Temple de Jérusalem. Ce mardi soir, allumage de la 8ème bougie de ‘Hanouka. La fête se termine mercredi 2 Tevet à la tombée de la nuit.
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Cette semaine, nous étudions la 11ème paracha«Vayigache » –   (Béréchite 44,18 – 47,27 )

Lecture de la paracha : Lire la paracha Vayigach en français

Vayigach : pourquoi Yossef pleura en retrouvant Binyamin ?

« Il se jeta au cou son frère Binyamin et pleura ; et Binyamin pleura à son cou » (Beréchit 45:14).

Rachi explique : « Il se jeta au cou de son frère Binyamin et pleura » : [Il pleura] sur les deux temples qui étaient destinés à être construits sur le territoire de Binyamin mais finiraient par être détruits.

Lors de sa rencontre émouvante avec son frère Binyamin, Yossef voit par roua’h hakodech (inspiration divine) que les deux Temples, qui seront érigés sur le territoire de Binyamin seront détruits à l’avenir ; cela le fait pleurer.

On peut se poser une question évidente : pourquoi Yossef a-t-il cette révélation à ce moment précis ? Pour y répondre, il convient d’approfondir davantage l’épisode de la vente de Yossef.

Il semble évident qu’il existe un lien sous-jacent entre cet incident et les futures tragédies qui affligeront le peuple juif lors de la destruction des deux Temples.

Le Megalé Amoukot nous fournit un premier indice pour découvrir ce lien [1] : il écrit que tous les exils eurent pour origine la vente de Yossef. Il semble que la sinat ‘hinam (haine gratuite) générée lors de cette histoire tragique, soit la cause notoire de toutes les futures hostilités qui causeront tant de mal au peuple juif à travers l’histoire.

Apparemment, Yossef comprit la signification à long terme, du dommage causé par sa vente, et cela peut nous aider à comprendre sa conduite lorsque ses frères descendirent en Égypte. Les commentateurs se demandent pourquoi Yossef réagit si durement envers ses frères, les faisant tellement souffrir et causant tant de peine à son père, Yaacov Avinou [2].

Le Kli Yakar explique en détail le comportement de Yossef : chaque étape du traitement qu’il leur infligea  avant de dévoiler son identité était soigneusement programmée pour leur faire réaliser la gravité de leur faute (celle de la vente de Yossef) et leur permettre de la rectifier [3].

Il leur fit subir, mesure pour mesure, les souffrances qu’ils lui avaient infligées, vingt-deux ans auparavant. Par exemple, il les jeta en prison, similaire au puits dans lequel ils l’avaient jeté alors ; il garda Chimon prisonnier en Égypte, parce que celui-ci avait été le principal instigateur du complot contre lui ; et surtout, il les mit dans une situation qui ressemblait le plus possible à celle où ils s’étaient trouvés tant d’années plus tôt, quand l’autre fils de Ra’hel se trouvait en danger — allaient-ils à présent rectifier leur haine pour Yossef, en se montrant prêts à tout pour sauver Binyamin ?

Le récit de la Thora nous indique qu’il était très proche de son but, puisque ses frères reconnurent, de façon graduelle, que ces vicissitudes étaient une preuve de la gravité de la faute de la vente de Yossef, jusqu’au point où Yéhouda prouva leur détermination collective à sauver Binyamin[4].

Néanmoins, Yossef ne réussit pas à atteindre entièrement son objectif : leur faire faire une techouva complète ; après la fervente supplique de Yéhouda pour obtenir la miséricorde du vice-roi, la Thora nous dit que Yossef ne parvint plus à se retenir et à cacher son identité. Cela signifie qu’au départ, il avait prévu de continuer à jouer la comédie [5]. Ceci, car il réalisait qu’il n’avait pas encore réussi à rectifier la haine et la méfiance semées tant d’années auparavant.

Or les incidences de cet échec furent énormes – il eut pour conséquence, comme nous l’avons mentionné au début du développement, la résurgence de vestiges de haine qui allaient tourmenter les descendants des Chevatim, dans le futur.

Nous pouvons comprendre à présent pourquoi Yossef pleura précisément à ce moment, au sujet de la destruction des Temples.

Le lien avec celle du deuxième Temple est la plus facile à comprendre. Comme nous le savons, la cause de sa destruction fut la sinat ‘hinam (haine gratuite) ; voilà pourquoi Yossef pleura à cet instant sur cette tragédie, car il prit conscience que son insuccès à poursuivre le procédé d’amendement laissait les coudées libres à la sinat ‘hinam, entraînant la disparition du deuxième Temple.

Le lien entre le premier Temple et la vente de Yossef est un peu plus complexe. En voici une explication : un phénomène particulier, le schisme entre les deux Royaumes, débuta la chaîne d’événements menant à la destruction du Temple. Suite à cette rupture, les habitants du Royaume du Nord tombèrent rapidement dans l’idolâtrie, et à long terme, ces cultes s’infiltrèrent dans le Royaume du Sud, causant la destruction du Temple.

Ce fut Yérovam ben Nevat, un descendant de Yossef, qui provoqua ce schisme si ravageur, résultat indirect du conflit entre Yéhouda et Yossef, dans la paracha de cette semaine. Si cette discorde avait été complètement résolue, le schisme à venir n’aurait jamais eu lieu et les répercutions désastreuses aboutissant à la destruction du premier Temple, non plus [6].

Voilà pourquoi Yossef pleura à ce moment crucial sur les événements qui allaient se produire plusieurs siècles plus tard.

Nous avons développé les conséquences à long terme, de la vente de Yossef. En étudiant les évènements qui en résultèrent, nous pouvons essayer de poursuivre le processus de rectification que Yossef était sur le point d’achever.


[1] Entendu de mon cher ami, rav Éli Birnbaum.

[2] Voir Ramban, 42:9.

[3] Kli Yakar, 42:9.

[4] Beréchit, 42:21 -22.

[5] Beréchit, 45:1. Voir Chem MiChemouel, Beréchit, année 5671, s.v veniré, p. 270, qui explique le passouk de cette façon.

[6] Il est vrai que des incidents ultérieurs sont décrits comme les causes du schisme (par exemple, l’assentiment du roi David au lachon hara sur Mefibochet, et la faute du roi Chelomo qui ne fit pas obstacle à l’idolâtrie de ses femmes), mais il semble néanmoins que l’origine de ce schisme remonte à cette époque.

Rav Yehonathan GEFEN – © Torah-Box

VAYIGACH – L’AMOUR ETERNEL

par le Rav Yaakov Sitruk

Voir la vidéo : Vayigach – L’amour éternel

(Source : Torah-Box)

Hommage au grand rabbin Josy Eisenberg

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La source de vie
Hanoucca, la fête des lumières

L’émission est une rediffusion de Judaïca sur l’origine et l’évolution de la fête de Hanoucca.

source de vie

La source de vie

Hanoucca, la fête des lumières

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Rappel : qui était Josy Eisenberg

Le grand rabbin Josy Eisenberg, créateur et animateur de l’émission télévisée ‘la Source de Vie’ émise sur France 2 tous les dimanches matins depuis près de cinquante-cinq ans, vient de s’éteindre à l’âge de 84 ans.

Né à Strasbourg le 12 décembre 1933, le grand rabbin Josy Eisenberg était diplômé du Séminaire israélite de France. Il avait également une licence d’histoire et un diplôme d’études supérieures de lettres.

Après avoir été rabbin de communauté à Paris pendant dix ans, il a occupé, entre les années 1961 et 1964, les fonctions de secrétaire particulier du grand rabbin de France Jacob Kaplan. C’est en 1962 qu’il a lancé son émission ‘à Bible ouverte’, devenue par la suite ‘la Source de Vie’, au cours de laquelle, chaque dimanche matin, un thème juif était abordé par son animateur et ses invités. Très suivie par les téléspectateurs, elle a permis à des Juifs dispersés dans toute la France de suivre régulièrement des programmes sur le judaïsme.

Victime en 2011 d’une crise cardiaque lors d’un séjour en Israël, le grand rabbin Josy Eisenberg s’était rétabli et était rentré chez lui à Paris. Le vendredi 8 décembre, il est décédé en Normandie. Il sera enterré mardi matin 12 décembre à Jérusalem.

Le grand rabbin de France Haïm Korsia lui a rendu hommage, déclarant : « Je salue une personnalité importante dans la reconstruction du judaïsme français d’après-guerre, un homme d’une grande intelligence et d’une grande curiosité ».

Josy Eisenberg était père de 4 enfants. Nous adressons toutes nos condoléances à sa famille et plus particulièrement à son fils Marc Eisenberg, fondateur de Qualita et partenaire du projet Derech Laolim. Min Hachamayim Tenouh’amou.

Les obsèques du grand rabbin Josy Eisenberg auront lieu mardi matin 12 décembre au cimetière du Har Hamenouhot, Guivat Shaoul, à Jérusalem. Elles débuteront à 8h30 dans la salle funéraire de Kehilat Yeroushalaim (ashkenazim), à droite avant l’entrée du cimetière. La semaine de Shiva se tiendra à Paris. Yehi Zih’ro Barouh’.

(Source : Chiourim.com)

CULTURE JUDAÏSME – Mois de Kislev 5778

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Cette semaine, nous étudions la 10ème paracha« Mikets » –  » (Béréchite 41,1 – 44,17 )
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Mikets: rien ne change les desseins divins – vidéo

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La clarté des bougies de Hanouka éloigne la noirceur des ténèbres.

La lumière est la Torah et les ténèbres sont les impies qui sans cesse nous pourchassent, tout au long de notre histoire et, de même que nous avons coutume de le lire lors du récit de la Haggada de Pessah : והיא שעמדה לאבותינו ולנו « vehishéâmeda, laavoténouvelanou », nous voyons aujourd’hui que ceux qui cherchent à nous nuire jusque dans nos principes les plus secrets, sont toujours là pour tenter d’empêcher que notre héritage spirituel n’éclaire le monde.

La parasha de Mikets revêt une importance didactique incroyablement forte car elle vient prouver à l’être humain que les bas sentiments éprouvés par l’homme, s’ils nuisent à l’homme, ne changent en rien les desseins divins.

Joseph n’était qu’un enfant lorsqu’il se piquait d’être l’informateur de Jacob et il n’en comprenait sans doute pas toute la portée, en revanche, ses frères qui étaient beaucoup plus âgés que lui n’ont pas fait taire leur ressentiment contre ce jeune rapporteur sans savoir où cela les mènerait.

En désirant perdre leur frère ils ont contribué à modifier le cours de l’histoire sans modifier la réalisation des rêves de Joseph et, ils vont tous bel et bien saluer profondément celui dont la destinée sera de préparer sur terre la base du peuple désigné pour toujours les « enfants d’Israël ».

Bien que Jacob ait toujours su en lui-même que son fils bien-aimé n’avait pas pu mourir comme le lui ont laissé entendre ses autres fils, dès ce moment, il perdit en quelque sorte son sens prophétique et c’est la raison pour laquelle la Torah indique que Jacob « vit » qu’il y avait du blé en Egypte (Bereshit XLII, 1). Jacob pensait vraiment que Joseph était encore vivant (עוד יוסף חי) car la bénédiction de devenir un grand peuple s’adressait à l’ensemble des douze fils de Jacob.

Jacob, au moment de cette famine, était âgé de 130 ans et Joseph avait dépassé les 30  ans, (il avait 17 ans au moment de sa disparition, il avait passé 2 ans chez Putiphar et 12 ans en prison) ; il avait laissé pousser sa barbe, avait mûri et, aux yeux de ses frères il était méconnaissable en revanche, eux, étaient déjà adultes lorsqu’ils avaient commis leur « crime » et, de la sorte, Joseph put les reconnaître aisément.

A deux reprises, le texte de la péricope, emploie la même tournure pour « il vit » il est en effet écrit וירא ce qui fait penser au verbe « craindre » ceci permet de comprendre que, fidèle à son père, Joseph avait conservé la crainte de D bien que se trouvant en un lieu où l’impureté était à un point très élevé et dans le premierוירא c’est ce que Jacob comprit par prophétie sur son fils.

Un autre indice vient faire comprendre à Jacob que son fils bien-aimé est vivant : on emploie dans le sens de distributeur et d’emmagasineur de nourriture le mot shever qui a plusieurs significations : distribution, partage,  mais aussi destruction.L’Egypte s’était transformée en distributeur de blé ou en un immense  silo de blé pour l’Egypte et toute la région, ce qui a fait dire יש שבר  et, Jacob a pu comprendre que dans ce grand pays voisin : יש בר c’est-à-dire : il y a le fils et il eut donc le sentiment que Joseph s’y trouvait.

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Une question s’interpose et l’on se demande comment un garçon qui avait été chéri par son père et qui avait été si près de lui, comment ou pourquoi, dès qu’il a eu la possibilité de travailler et de côtoyer des  voyageurs, pourquoi n’a-t-il pas cherché à rassurer son père ?

Joseph partageait-il d’autres sentiments reprochant pratiquement et indirectement le fait que son géniteur n’ait pas lancé des personnes à sa recherche ? Il savait encore ce qui avait provoqué la haine de ses frères envers lui et il était en droit de savoir quels étaient les sentiments de ses frères et s’ils étaient prêts à le rencontrer, le revoir…. Peut-être chercheraient-ils encore à se venger de lui ?

Ainsi étaient les pensées de celui qui était devenu non pas seulement un gouverneur mais encore le préposé à la vente du blé. Le texte nous fait comprendre par sa progression que, profitant du fait qu’ils ne l’ont pas reconnu, Joseph a pu les observer en toute quiétude et, de par leur discours, il a compris, lors de la première vente de blé qu’ils n’étaient pas encore prêts aux retrouvailles.

Sans doute, d’autre part, valait-il mieux procéder par étape et tenter de placer ces frères dans un même contexte que celui dans lequel s’était déroulé le fait qu’ils avaient poussé le jeune Joseph dans ce puits empli  de serpents et de scorpions. C’est la raison pour laquelle, Shimon fut retenu comme prisonnier……..

Joseph et Jacob vont enfin se retrouver dans ce pays qui va devenir le premier ghetto comme nous le verrons dans les parashiot à venir.

Caroline Elishéva Rebouh

HAFTARAT MIKETZ : JUSQU’OU MENE LA JALOUSIE ? (JUGEMENT DE SALOMON)

La haftara de cette semaine nous conduit vers la tragédie représentée par la perte d’un bébé et vers la faculté d’un roi à rendre un jugement équitable.

Salomon, succédant à son père, empreint d’humilité, et conscient du fait qu’il n’est qu’un être humain appelé au dur devoir de diriger un peuple au passé difficile, demande et supplie l’Eternel de l’aider à remplir son rôle selon ce que D attend de lui et dans une voie  de justice et d’équité.  D répond positivement à la requête et concède à ce jeune souverain le pouvoir et l’intelligence aux diverses facettes qui va rendre ce roi célèbre sous toutes les latitudes et en faire l’être le plus intelligent et le plus sage de la Terre entière.

Ce récit contenu dans le livre des Rois (livre I, chapitre III) rapporte la triste histoire de deux jeunes mères  de deux beaux nourrissons dont l’un meurt étouffé par sa mère qui, dormant d’un sommeil profond, se retrouva sur le corps du bébé privé de vie. S’éveillant avant la deuxième mère, elle saisit le bébé mort et le met à la place de l’autre bébé vivant. Il s’en suit des discussions et, Salomon que D a doté d’une très fine sagesse, décèle dans l’argumentation des deux mères qui dit vrai et il en vient à trancher en ordonnant le partage de l’enfant de manière à provoquer le véritable instinct maternel. C’est-à-dire que la jalousie de la mère dépossédée de son enfant peut arriver à tuer un être innocent au mépris des sentiments licites d’une mère acculée.

Je ne m’étendrais pas ici sur les circonstances diverses qui ont pu obliger la femme dont l’enfant est mort de se conduire ainsi mais, notre propos est de constater à quel point la jalousie peut être meurtrière témoin la vente de Joseph par ses frères ou ici d’un bébé qui eût pu être sacrifié injustement.

Caroline Elishéva Rebouh

Mikets: rien ne change les desseins divins – vidéo

(Source : JForum)

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Cette semaine, nous étudions la 9ème paracha« Vayechev » –  » (Béréchite 37,1 – 40,23)
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Tout le monde connaît sans aucun doute l’histoire de Yossef et ses frères. Yaacov a 12 enfants. Il a des affinités spéciales avec Yossef, le 1er fils de Rahel. Il le choit particulièrement, étudie avec lui, et le distingue en lui offrant une splendide tunique rayée. Yossef de son côté rapporte constamment les actions de ses frères à son père, provoquant ainsi leur haine. Puis Yossef fait des rêves qui lui promettent la royauté et les leur raconte, attisant davantage leur haine et colère.

Un jour, Yaacov envoie Yossef prendre des nouvelles de ses frères, partis au pâturage avec le troupeau. En le voyant arriver, ses frères se liguent pour le tuer ‘et nous verrons ce qu’il en sera de ses rêves !’disent-ils.

Réouven, l’aîné, les dissuade de se souiller les mains, et propose plutôt de le jeter dans un puits vide. La Torah témoigne que son intention est en réalité de revenir le sauver ensuite. Or, le Midrash enseigne que ce puits vide ‘d’eau’ est en fait plein de serpents et scorpions. Sans aucun doute, c’est par cet argument que Réouven parvient à amadouer ses frères déterminés à en finir avec Yossef. D’où l’étonnement: pourquoi Réouven préfère-il que son frère se fasse jeter aux reptiles, plutôt que d’être livré aux mains de ses frères?

Le Or haHaïm **[37:21] donne une réponse stupéfiante: certes, les frères veulent mettre les rêves de Yossef à l’épreuve en tentant de le tuer. S’ils réussissent, ils prouveront que Yossef n’est qu’un imposteur. Et s’ils échouent, ils sauront dès lors que ses rêves sont vrais. Mais Réouven les reprend en leur expliquant que leur propre action de tuer ne prouvera rien, car l’être doté de libre-arbitre a la capacité de tuer malgré le destin contraire de sa victime. Par contre, un animal ne peut l’atteindre que si sa mort est effectivement décrétée du ciel. Les frères approuvent sa thèse et le jettent dans un puits plein de serpents !

Ce commentaire est en fait fondé sur le Zohar **[Bereshit 185B], qui détaille le dialogue entre Réouven et ses frères. Réouven constate la haine farouche de ses frères contre Yossef, et craint que leur désir de le tuer ne fasse réussir leur complot. Il se dit alors ‘Il vaut mieux que Yossef soit jeté dans une fosse de serpents et scorpions, plutôt que d’être livré aux mains de ses ennemis… Car face aux serpents, l’intégrité de Yossef pourra le sauver. Parfois encore, le mérite des pères favorise son sauvetage. Par contre, celui qui tombe dans les mains de ses ennemis a peu de probabilité d’être sauvé.’

Vous comprenez la portée de ce texte ?! Qui n’a jamais rencontré des juifs parfois très pratiquants qui encourent toutes sortes de dangers, osent défier avec arrogance des non-juifs hostiles, et justifient leurs actes par une ‘croyance’ en le ‘Mektoub’ – des ‘tout est écrit’, ‘si je dois mourir, de toute façon…’! Ces théories sont fausses ! Certes, lorsque l’heure arrive, on ne peut pas vraiment la fuir – sauf si l’on fait certaines Mitsvot spécifiques, telles que la Tsedeka. Néanmoins, il est possible d’avancer cette heure, Has Veshalom, en négligeant certaines précautions. Notamment, en causant du tort à l’autre.

Nos lecteurs de Av-Eloul 5776 [5 minutes éternelles n°58] se souviennent sûrement de notre étude sur le sujet. Succinctement, lorsque nous entrons en conflit avec quelqu’un, nous avons l’impression d’échanger dans ce monde ici-bas des insultes et menaces. Mais pour peu que l’offensé dise un mot de trop, ou plus simplement, que l’on soit le détonateur du conflit –comme Yossef qui médisait sur ses frères à son père–, il déclenche dans le ciel une véritable guerre, impliquant une multitude de forces et considérations qui vont déterminer lequel des adversaires l’emportera.

Ainsi, le Zohar enseigne qu’il est plus probable de sortir sain et sauf d’une fosse à serpents plutôt que d’être livré aux mains de l’ennemi ! Plusieurs Midrashim enseignent que même les Tsadikim y laissent des plumes. Les pleurs d’Essav provoqués par Yaacov –même s’il était inévitable de lui dérober les Berakhot– lui octroyèrent un droit de réclamer son dû lorsqu’Israël se relâchera, Has Veshalom. Idem pour Yishmaël, envers qui nous avons certaines ‘dettes’. Nous avons l’impression dans ce monde que les affrontements avec ces peuples sont militaires ou diplomatiques. En réalité, leurs accusations –quelque peu fondées, selon la manière dont Israël se conduit– agissent dans les mondes supérieurs !

Il en va de même pour toutes les querelles de voisinage ou de famille. Le bouclier contre le désir de l’autre de nous nuire est la discrétion, veiller à ne pas attiser sa haine, sa jalousie, sa peine, sans répondre à ses injures. Et évidemment, prouver de notre mieux à Hashem que nous demeurons dignes des bontés dont nous jouissons. Comme le priait David, ‘Puisse Hashem considérer ma misère, et me rendre du bonheur en échange de ces outrages que je subis en ce jour !’

Par Rav Harry Dahan de 5 minutes eternelles

(Source : Chiourim.com)

La Tora nous apprend qu’après la vente de Joseph, « tous les fils et toutes les filles » de Jacob se levèrent pour le consoler (Berèchith 37, 35), et elle indique plus loin que lorsque Jacob s’est installé en Egypte, il y a emmené toute sa descendance, avec « ses fils et les fils de ses fils avec lui, ses filles et les filles de ses fils » (Berèchith 46, 7).

Nous savons pourtant, selon l’énumération de la descendance de ce patriarche, qu’il n’a eu qu’une seule fille, Dina, et une seule petite-fille, Séra‘h fille d’Achèr (Berèchith 46, 8 à 27).
En fait, nous apprend le Midrach (Pirqei ha-yeridoth), les fils de Jacob ont tous épousé des sœurs jumelles, et ce afin de ne pas s’unir à des filles cananéennes. Voilà pourquoi la descendance de Jacob est appelée זרע אמת, autrement dit « descendance de vérité » (Jérémie 2, 21).

Une liste plus détaillée des épouses des fils de Jacob nous est proposée par Rabbi Ye‘hiel Halperinde Minsk dans son ouvrage « Séfèr sèdèr hadoroth », sorte de livre généalogique se basant sur toutes les sources juives et qui retrace l’histoire du monde depuis sa création jusqu’en 1695 de l’ère commune :
Ruben : A épousé Elyoram, fille du Cananéen Ouzi de Timna. (Rappelons, comme le souligne Rachi[ad Berèchith 38, 2], que le mot כנעני [« Cananéen »] désigne souvent dans la Bible un marchand.)

Siméon : A épousé sa sœur Dina, puis Bouna, une jeune Cananéenne qu’il avait arrachée à Chekhem.
Lévi : A épousé Adina, descendante de ‘Ever.
Juda : A épousé Chou‘a, fille du Cananéen ‘Hira, puis Tamar, descendante de Sem.

Issakhar : A épousé Arida, soeur d’Adina, la femme de Lévi.
Zevouloun : A épousé Marocha, qui descendait de Midyan, et donc d’Abraham (par Qetoura).
Joseph : A épousé Assenath, fille de sa soeur Dina.
Benjamin : A épousé Ma‘halath, fille d’Aram, lui-même l’un des fils de Sem, puis Arbath, fille de Zimran, et petite-fille d’Abraham (par Qetoura).
Gad : A épousé ‘Outsits, descendante de Na‘hor, frère d’Abraham.
Achèr : A épousé Adon, descendante d’Ismaël, puis Hadoura, descendante de ‘Ever.
Dan : A épousé Aflallah, originaire de Moav.
Naftali : A épousé Merimath, sœur de ‘Outsits, la femme de Gad.
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Haftarath parachath Vayèchev – « Trois transgressions… et quatre »
« Ainsi a parlé Hachem : À cause de trois transgressions d’Israël, et à cause de quatre, je ne le révoquerai point, parce qu’ils ont vendu le juste pour de l’argent, et le pauvre pour une paire de sandales » (2, 6).

Ce verset, le premier de notre haftara, conclut une liste de huit remontrances que le prophète formule successivement à l’encontre de Damas, Gaza, Tyr, Edom, Ammon, Moab et Juda, et qui commencent toutes par les mêmes mots : « Ainsi a parlé Hachem : À cause de trois transgressions […], et à cause de quatre… »

Selon Saadia Gaon, cette formule se réfère, non pas aux péchés, mais à des messages d’avertissement :
« Ce verset se réfère à la question de savoir si une punition peut être écartée après l’envoi d’avertissements. Hachem pourrait, par exemple, admonester le peuple en disant : “Repentez-vous ou J’exercerai sur vous Ma vengeance.” Si les gens se repentent après le premier, le deuxième ou le troisième avertissement, la menace de punition est retirée. S’ils ne le font pas, la sanction devient alors irrévocable. Et si les pécheurs se repentent cependant après le quatrième avertissement, leur peine dans ce monde-ci ne pourra pas être évitée, mais il pourra être tenu compte de leur remords dans le monde à venir » (Emounoth ve-dé‘oth).

Jacques Kohn zal’

VAYECHEV : Les belles-filles de Yaacov

(Source : Chiourim.com)

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Cette semaine, nous étudions la 8ème paracha« vayichla’h » – « Et il envoya » (Béréchite 32.4 ; 36.41)

Lecture de la paracha : Lecture de la paracha Vayichla’h en français

VAYICHLAH : J’ai tout

Au moment de sa rencontre avec Esaü, Jacob lui déclare : 

« Prends s’il te plaît ma bénédiction qu’on t’a apportée, puisque Dieu m’a favorisé, et que j’ai tout (כל) ! Il le pressa, et il prit » ( Berèchith 33, 11).

Cette expression : « et que j’ai tout » signifie, selon Rachi , que Jacob s’est déclaré satisfait de ce qu’il possédait, contrairement à Esaü qui venait de proclamer orgueilleusement : « J’ai beaucoup », c’est-à-dire beaucoup plus que ce dont j’ai besoin. 

Au-delà de cette explication, qui se situe au niveau du sens simple du texte, il convient de rapprocher les mots “et que j’ai tout” tels qu’ils se sont appliqués à notre patriarche Jacob de ceux, comparables, que la Tora emploie à propos d’Abraham et d’Isaac :

« Et Abraham était vieux, avancé en jours, et Hachem l’avait béni בכל (“en tout”) » ( Berèchith 24, 1).

« Isaac s’effraya d’une très grande frayeur, et il dit : “Qui est donc celui qui a chassé du gibier, et me l’a apporté ? J’ai mangé מכל (« de tout ») avant que tu viennes, et je l’ai béni. Aussi sera-t-il béni » ( Berèchith 27, 33).

Ce triplement deמכל כל בכל bakol mikol kol , que les rédacteurs du Birkath ha-mazone ont mis en évidence pour souligner l’état de satiété que nous procure la nourriture que nous recevons deHachem , est également significatif de certains privilèges accordés à nos trois patriarches, ainsi qu’il est rapporté dans Baba bathra 16b :

« Le Saint béni soit-Il a fait goûter en ce monde-ci les délices du monde à venir à trois hommes, Abraham, Isaac et Jacob, car il est écrit respectivement à leur sujet מכל כל בכל .

De même leur a-t-Il épargné les tentations du penchant au mal, parce qu’il est écrit respectivement à leur sujet בכל מכל כל , et a-t-Il empêché pou la même raison l’Ange de la mort de leur porter atteinte. C’est aussi pour ce motif que leurs corps sont restés intacts et ne se sont pas putréfiés après leur mort. »

Ainsi donc, cette triple expression traduirait les mêmes idées de complétude, symbolisées chez nos patriarches par leur entrée de leur vivant dans le ‘olam haba , par leur immunité par rapport au yétsèr hara’ , par leur préservation des atteintes de l’Ange de la mort, et par la préservation physique de leurs corps de toute putréfaction.

Ces trois privilèges sont communs aux trois Patriarches. Il en est un quatrième, cependant, qui est propre à Jacob, rapporté dans le Da‘ath Zeqènim ( Berèchith 33, 11) :

« Lorsque Jacob a dit : “et que j’ai tout”, il a voulu dire par là : “J’ai tout ce qu’il faut pour me confronter à toi, Esaü, car Joseph est déjà né, qui sera la flamme destructrice de ton chaume” »

En d’autres termes, pour le Da‘ath Zeqènim , ce qui garantit la sérénité de Jacob face à son frère Esaü et à ses menaces, c’est son fils Joseph, futur instrument, comme le promet le prophèteOvadia (1, 18), de la destruction d’Edom :

« La maison de Jacob sera un feu, et la maison de Joseph, une flamme ; et la maison d’Esaü sera du chaume ; et elles y mettront le feu et la dévoreront ; et il n’y aura pas de reste de la maison d’Esaü, car Hachem a parlé. »

Jacques Kohn zal.

VAYICHLAH : J’ai tout

(Source : Chiourim.com)

VAYICHLA’H : Je vous ai distingués parmi tous les peuples

« Sauve-moi, de grâce, de la main de mon frère, de la main de ‘Essav » (Béréchit 32,12)

Les commentateurs s’interrogent sur la répétition que contient ce verset : étant donné que Ya’aqov n’avait qu’un seul frère, pour quelle raison précisa-t-il dans sa prière « de la main de ‘Essav » après avoir déjà déclaré « de la main de mon frère » ?

Le Bet haLévi propose de résoudre ce problème en expliquant que Ya’aqov craignait deux comportements différents de ‘Essav : d’une part, celui-ci pouvait chercher à le tuer. Mais Ya’aqov craignait également que son aîné opte pour une attitude bienveillante, lui imposant une cohabitation dans la paix et la concorde. Or à ses yeux, ces deux démarches étaient aussi dangereuses l’une que l’autre : s’il souhaitait évidemment ne pas être tué au combat, les effusions fraternelles de ‘Essav et sa bienveillance le rebutaient tout autant. Ainsi s’explique également cette autre répétition du verset : « Ya’aqov fut fort effrayé et plein d’anxiété » – il était autant effrayé par la lutte qu’il devrait peut-être mener contre ‘Essav, que plein d’anxiété face à une démonstration d’amitié malvenue. Dans sa prière, Ya’aqov implore donc le Saint béni soit-Il d’être sauvé de ces deux mains qui se tendent vers lui : celle du frère – qui lui propose amour et bienveillance – et celle de ‘Essav, déterminé à l’anéantir.

Dans la suite du récit, il apparaît que ces deux requêtes furent exaucées. Au début de la rencontre, ‘Essav cherche effectivement à tuer Ya’aqov, mais la Protection divine l’empêche de mener ses desseins à bien. Ensuite, lorsqu’il s’attendrit sur son frère, il lui propose d’unir leurs campements : « Partons et marchons ensemble », mais Ya’aqov refuse cette proposition, car il ne peut tolérer une telle promiscuité, ne serait-ce qu’une journée. Finalement, D.ieu l’épargne également de cette seconde épreuve : « ‘Essav reprit le chemin de Sé’ir. » Ainsi, conclut le Bet haLévi, il apparaît que les deux prières de Ya’aqov furent exaucées.

Nous pouvons par ailleurs remarquer que Ya’aqov éprouvait plus de crainte de la main de son frère – qu’il évoqua en premier – que de la main de ‘Essav, car il réalisait que l’amour d’un frère mécréant est plus redoutable que la mort qu’il pourrait lui infliger. En effet, si ‘Essav l’ennemi – qui cherche à tuer son frère – constitue un danger physique, ‘Essav le frère représente quant à lui une menace spirituelle, dans la mesure où son influence peut entacher le Juste qui le côtoie. A cet égard, nos Sages annoncent explicitement : « Celui qui fait fauter autrui est pire que celui qui le tue » (Bamidbar Rabba 21).

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De tout temps, les dirigeants spirituels de notre peuple éprouvèrent les plus grandes appréhensions lorsque les nations du monde voulurent accorder au peuple juif l’égalité des droits. L’assimilation et la perte de l’identité juive qui s’ensuivirent fatalement, prouvèrent le bien-fondé de leurs craintes.

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On raconte que pendant la conquête napoléonienne, rav Chnéor Zalman de Liadi œuvra abondamment pour la victoire du Tsar, bien que cette démarche ne semblât pas être à l’avantage des Juifs. Le Maguid de Koznitz priait lui aussi pour la défaite de Napoléon, ce monarque qui prônait pourtant l’égalité des Juifs. Ces sages, par leur formidable perspicacité, voyaient à l’avance le danger que représentaient ces « privilèges » pour le judaïsme authentique. Des mouvements tels que la Réforme et la Haskala, qui sévirent considérablement en Europe de l’Est, prouvèrent combien ces grands hommes avaient vu juste.

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Regrettablement, beaucoup de Juifs sont encore aujourd’hui convaincus qu’une assimilation intégrale au sein des nations serait susceptible de rendre leur vie meilleure. Mais déjà, à l’époque du prophète Yé’hezqel (20,32), ces thèses aberrantes étaient en vogue, comme en témoigne cette prophétie : « Ce qui vous vient à l’esprit ne se réalisera pas ; lorsque vous dites : “Devenons comme les nations, comme les familles des autres pays pour adorer le bois et la pierre.“ » Mais à ces tristes flatteurs, il convient d’opposer la réplique incisive du Bet haLévi (sur la paracha de Chémot) : « Le verset : “Tes huiles aromatiques sont suaves à respirer“ (Chir haChirim 1,3), est ainsi commenté par le Midrach Rabba : De la même manière que l’huile ne se mélange pas aux autres liquides, ainsi Israël ne se mélange pas aux enfants de Noa’h. [Cette division s’avère en effet imprescriptible], dans la mesure où le Saint béni soit-Il a donné au peuple juif la Tora et les mitsvot pour le distinguer des nations du monde, conformément au verset : “Je vous ai séparés des autres peuples pour que vous soyez à Moi“ (Vayiqra 20,26). Or, si le peuple juif en venait à se rapprocher de ces peuples, que D.ieu préserve, le Saint béni soit-Il devrait alors réactualiser leur différence en faisant naître la haine dans le cœur des nations – et ce, pour le bien du peuple juif, afin qu’il cesse de se mêler à elles. »

Et de fait, une analyse objective de l’Histoire prouverait que c’est précisément pendant les périodes où les Juifs ont rejeté le joug de la Tora et des mitsvot pour mieux s’assimiler aux nations, que l’antisémitisme les a frappés avec la plus grande cruauté.

Dans la suite de son commentaire, le Bet haLévi cite un passage du Zohar révélant que les enfants d’Israël furent exilés en Egypte notamment – au sein d’un peuple qui renia ses dirigeants, Yossef en l’occurrence, et leur attribua le statut d’esclaves –justement pour qu’ils restent à l’abri de l’assimilation. Cet auteur conclut son propos en ces termes : « C’est ce phénomène que, dans notre long exil, nous constatons ostensiblement en Hongrie et en Roumanie, où chaque jour la dose de haine contre les Juifs ne cesse de s’accroître. Or, si l’on s’en remettait à la raison et à la nature des choses, la haine devrait au contraire s’amoindrir au fil des jours, comme tout phénomène au monde qui débute avec puissance et qui ne cesse ensuite de régresser par l’effet du temps. Ainsi, notre exil aurait logiquement dû être plus terrible à son début que par la suite. L’explication de ce phénomène réside dans le fait que plus les Juifs tentent d’estomper la démarcation voulue par la Tora grâce à l’accomplissement de ses mitsvot, plus le Saint béni soit-Il accroît la haine dans le cœur des nations pour maintenir le but recherché, c’est-à-dire que le peuple juif reste séparé. »

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Dans l’ouvrage Yémot ‘Olam (page 60), l’auteur rapporte que lorsqu’éclata en 1870 la guerre franco-allemande – période où le mouvement de la Haskala régnait en maître dans ces pays –, le Maguid de Kelm annonçait déjà dans ses discours, 70 ans avant la Shoah et avec une lucidité percutante : « L’Allemand ne persécutera pas le Juif sans prétexte : le jour où il relèvera la tête, il ne se contentera pas d’être un “simple“ ennemi d’Israël. Pour persécuter les Juifs, il établira un authentique “code légal“ institutionnalisant la haine du peuple juif, que D.ieu nous protège. Prenez aujourd’hui note de ce que j’avance ! C’est à cause de la transgression de notre Choul’han ‘Aroukh par Geiger [l’un des chefs de file de la Réforme], qu’un nouveau “Choul’han ‘Aroukh“ version allemande sera rédigé, dans lequel on pourra lire : “Le meilleur des Juifs, tue-le !“ Que D.ieu nous garde et nous protège ! »

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Peu après le congrès de la Réforme de Brunswick – lors duquel fut proclamée notamment une autorisation des mariages mixtes – rav Israël Salanter avait également formulé une idée semblable : « Au regard de cette permission, affirma-t-il, viendra un jour où les nations décréteront pour elles-mêmes une défense de contracter un mariage avec un Juif. » Et de fait, un peu moins d’un siècle plus tard, les nazis proclamèrent les sordides décrets xénophobes connus sous le nom des « Lois de Nuremberg ».

Dans le même ordre d’idées, Rabbi Meïr Sim’ha de Dvinsk écrit dans son Or Saméa’h (sur la paracha de Bé’houqotaï) : « Parce que l’homme “éclairé“ considère Berlin comme Jérusalem, surgiront la tempête et la tourmente. »

Effectivement, pendant la Shoah, les Allemands pourchassèrent ces Juifs réformés en enquêtant sur leur ascendance, et toute personne dont certains grands-parents étaient Juifs était sur-le-champ condamnée à la déportation. Beaucoup de ces hommes et femmes avaient pour leur part même oublié leur identité juive. Mais les ennemis d’Israël ne les épargnèrent pourtant pas : les traquant dans leurs retranchements, ils leur rappelèrent qu’ils n’appartenaient pas à la « pure race aryenne ». C’est de cette manière que s’accomplit, d’une manière ou d’une autre, l’annonce du verset : « Je vous ai séparés des autres peuples. »

Ces différents exemples révèlent la pertinence de la vision de la Tora sur le rapport réel qui existe entre le peuple juif et les nations du monde, mise en relief par le Bet haLévi : Toute intégration superflue au sein des nations constitue un danger moral pour le peuple juif. Par conséquent, les persécutions antisémites ne sont que le reflet de la Volonté divine d’entretenir cette distinction entre Juifs et non-juifs.

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Pour illustrer cette idée, le ‘Hatam Sofer donnait l’image suivante : le soleil et le vent avaient fait le pari qu’ils seraient capables de faire ôter son manteau à un voyageur. Le vent se mit donc à souffler puissamment et frappa l’homme avec vigueur, mais en vain : plus le froid l’agressait, plus l’homme se calfeutrait dans la fourrure de son manteau. Lorsque vint le tour du soleil de faire ses preuves, il darda ses plus puissants rayons et fit régner sur terre une chaleur suffocante. Suant à flots, l’homme desserra petit à petit l’étreinte de son manteau et finit par l’enlever totalement.

L’idée à laquelle ce maître faisait référence est simple : de tout temps, les persécutions ont contribué à renforcer la fidélité du peuple juif à la Tora. A contrario, les prétendus « avantages sociaux » n’ont fait qu’accroître le danger moral, en encourageant les réformes de tous bords et l’abandon du judaïsme authentique. Si le peuple juif apprend à entretenir cette distinction entre lui et les nations du monde, en restant scrupuleusement attaché aux principes de la Tora, nul autre recours ne sera nécessaire pour maintenir la sentence du verset : « Je vous ai séparés des autres peuples pour que vous soyez à Moi. »

Extrait du Lekah Tov, Béréchit Tome 2, disponible en librairie

VAYICHLAH : Je vous ai distingués parmi tous les peuples

(Source : Chiourim.com)

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Cette semaine, nous étudions la 7ème paracha «Vayétsé » (Béréchite 28,10  ; 32,3) Les engendrements

Lecture de la paracha : Lecture de la paracha Vayétsé en français

Vayetse : En progression vers la délivrance totale !

Dans le cadre du fameux « songe de l’échelle », notre patriarche Yaacov est béni par Hachem, qui lui promet de le protéger, de le doter d’une postérité nombreuse et de le ramener en sécurité chez lui. D.ieu lui promet en substance : « Car Je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir réalisé tout ce que Je t’ai promis ». Or, cette formule est quelque peu mystérieuse car le Maître de l’Univers pourrait-il abandonner Yaacov après l’avoir ainsi nanti de bénédictions… ?

Dans son livre intitulé « Sipouré ‘Hassidim », le rav Zevin rapporte l’histoire, racontée par rabbi Mendel de Viznitz, d’un ‘Hassid qui était allé voir le rabbi Lévi Its’hak de Berditchev pour lui faire part de tous ses problèmes. Car après une longue période d’abondance, la réussite lui avait tourné le dos et il était endetté jusqu’au cou à la suite de mauvaises affaires… Jusque-là, personne ne le savait, mais il redoutait sérieusement que bientôt la rumeur ne se répande sur sa terrible situation financière. Or le rabbi de Berditchev lui conseilla… d’acheter un billet de loterie, et, avec la grâce de Hachem, la résolution de tous ses problèmes viendrait de là.

Mais le ‘hassid objecta : « Rabbi, j’ai bien sûr entièrement confiance en votre conseil. Mais la plupart du temps, un billet de loterie ne rapporte qu’après de longs mois, voire des années pour rien… Et d’ici là, je crains fort d’être totalement submergé par les exigences de mes créanciers. De plus, j’ai une fille à marier et je n’ai guère aujourd’hui les moyens de payer son mariage ! ». Le rabbi de Berditchev le rassura en ces termes : « Hachem fera que bientôt tu auras de l’argent, même avant que ton billet de loterie ne soit gagnant… » Se conformant à ce précieux conseil, le ‘hassid acheta donc un billet de loterie. Puis, sur le chemin du retour, il fit halte dans une auberge où séjournait un ministre. Ce dernier rêva cette nuit-là qu’un certain Juif, qui se trouvait également dans l’auberge, avait en sa possession un billet de loterie censé gagner une énorme somme d’argent, contrairement à son propre billet qui ne valait rien… Si bien qu’il avait bien évidemment tout intérêt à échanger les deux billets.

« L’ange des rêves »…

Fait sortant de l’ordinaire : ce même rêve lui revint une deuxième fois durant la nuit. Le lendemain, il convoqua le seul Juif qui se trouvait là et lui proposa d’échanger avec lui son billet de loterie. Convaincu que la bénédiction du rabbi de Berditchev lui garantissait à coup sûr que son billet serait bel et bien gagnant, le ministre proposa alors de payer mille roubles pour cet échange ! Mais notre ‘hassid s’obstina à refuser… Le ministre se mit alors en colère et ordonna à son valet d’effectuer de force ce troc. À la suite de quoi, il jeta au Juif sidéré la somme de mille roubles qu’il avait proposée. Quant à notre ‘hassid, il ne cessait de se répéter pour se rassurer lui-même : « Gam zou letova [Hachem fera que tout finisse bien]… ! ».

Rentré chez lui, il put marier très honorablement sa fille grâce à ces fameux mille roubles donnés de force par le ministre. Peu après, le billet que le ministre lui avait donné en échange du sien gagna beaucoup d’argent. Et ce ‘hassid devint par là même encore plus riche qu’il ne l’avait jamais été ! De retour à Berditchev pour remercier son rabbi, il entendit ce dernier lui expliquer : « Ton mazal était tombé tellement bas que je dus avoir recours à ‘l’ange des rêves’ pour convaincre le ministre de cet échange des billets, car le tien ne valait absolument rien. Quant aux mille roubles, ils devaient te dépanner dans un premier temps pour le mariage de ta fille. C’était là un premier soulagement, et ensuite, la somme que t’a rapportée le billet du ministre suscita pour toi la grande délivrance. »

Ne pas s’inquiéter outre mesure des épreuves qui se succèdent !

Le rabbi de Viznitz expliquait que ce message du rabbi de Berditchev était à l’instar de ce que Hachem a annoncé à Yaacov. En attendant la « grande délivrance » qu’Il lui avait promise, D.ieu lui assurerait de « petits soulagements ». Ainsi, les futures épreuves auxquelles Yaacov allait être confronté pourront certes se montrer fort difficiles, mais toujours Hachem sera à ses côtés ! En fin de compte, le Maître de l’Univers assurera la réussite totale du projet qui fera de la descendance de Yaacov le « peuple élu », c’est-à-dire le groupe humain grâce auquel le monde pourra continuer à exister.

De la même manière, à toutes les époques, notre peuple aura été confronté à de terribles épreuves à répétition. Mais il nous appartient de nous inspirer avec une émouna absolue de la manière dont nos patriarches ont eux-mêmes organisé leur vie, justement sur la base de leur confiance totale en Hachem et sans s’inquiéter outre mesure des difficultés qui se sont succédées tout au long de leur existence les unes après les autres. Car le sens de ces épreuves à répétition est de nous imposer de gravir infatigablement les échelons successifs de notre crainte et de notre amour pour Hachem !

Grâce à cela, nous pouvons être sûrs dans toutes les situations – même celles qui semblent les plus inextricables – que Hachem enverra pour nous aider Sa délivrance définitive et complète. Mais en attendant ce grand jour, Il ne manquera pas de nous envoyer également des « soulagements » par lesquels nous nous sentirons de plus en plus proches de Lui !

Rav Hayim Yaacov Schlammé, avec l’accord exceptionnel d’Hamodia-Edition Française

Vayetse : En progression vers la délivrance totale !

(Source : Chiourim.com)

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Nous poursuivons la saga des patriarches avec le départ de Yaacov qui quitte Eretz Israël pour se marier en se rendant donc à ‘Haran. La Guémara de Kétoubot déduira de là que l’on ne peut quitter la terre d’Israël que pour se marier ou pour une raison matérielle urgente liée à la  » parnassa  » (la subsistance économique personnelle).
Et voilà qu’après avoir fondé sa famille et après avoir connu le bonheur de la naissance de Yossef, le premier fils de Rahel, Yaacov demande à revenir en Eretz Israël.

En effet, Yossef étant né, l’histoire peut continuer son cours. Yaacov arrive donc en Israël où il est accueilli par des anges. On notera qu’en quittant le pays, 22 ans auparavant, il avait eu ce songe, si fort au plan symbolique, où il voyait des anges monter et descendre d’une échelle : le Talmud dira qu’il s’agissait des anges d’Eretz Israël qui l’accompagnaient à sa sortie (en montant), puis ceux de  » houtz laaretz  » qui venaient à sa rencontre (en descendant).
Il en sera de même au retour, et la notion ici développée est donc celle d’ « anges  » qui ne quittent pas Eretz Israël et d’autres qui sont affectés en dehors d’Israël. Et l’on constate que les uns et les autres se sont associés pour ne pas que Yaacov risque un seul instant de manquer de Protection divine.
Même si nous ne voyons pas quant à nous des anges, cette idée me semble constituer aujourd’hui encore le thème central de notre génération : celle d’un peuple présent à la fois en dehors et en Eretz Israël qui a ici et là des anges autour de lui, lesquels se rejoignent ! Voilà pourquoi la lecture de la paracha Vayetsé s’achève par le mot  » ma’hanayim  » – la double demeure ou le double camp.

En fait, c’est bien ainsi que se construit l’histoire juive avant l’arrivée du Machia’h : un camp en Eretz Israël, un camp en dehors, mais tous les deux reliés l’un à l’autre, chacun jouant son rôle au bénéfice de tous.

Cette dialectique est le début de la construction du peuple d’Israël, un processus qui se poursuit jusqu’à nos jours et qui bientôt trouvera son heureuse issue avec la reconstruction du troisième Temple de Jérusalem et la venue du Machia’h.

Nous voyons donc à cette occasion que l’unité des Juifs autour d’Eretz Israël n’est pas une simple formalité mais une condition nécessaire pour que l’histoire puisse avancer : elle est le gage de la Protection divine ! Et voilà pourquoi penser que l’un a plus d’importance que l’autre, c’est déjà commettre une grande erreur…
Je crois que la grandeur de notre peuple, c’est justement d’avoir toujours considéré que chacune de ces deux parties de notre peuple est indispensable, chacune dans son rôle !

Par le Grand rabbin ‘Haïm Yossef Sitruk Zal

VAYETSE : La double demeure d’Israël, par le Grand rabbin ‘Haïm Yossef Sitruk Zal

(Source : Chiourim.com)

Judaïsme – L’âme est la pensée de D.ieu

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L’âme est la pensée de D.ieu

un nouveau et magnifique cours du Rav ‘HaïmDynovisz
(Source : Site du Rav)