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L’ESPERANCE EN UN MONDE MEILLEUR – Les patriotes anti-islam peuvent-ils partir vivre en Polynésie ?

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https://static.ripostelaique.com/wp-content/uploads/2018/05/Polynesiecarte.jpg

J’ai fait une vidéo il y a quelques jours dans laquelle je réponds aux multiples questions qui me sont posées depuis que je suis venu m’installer en Polynésie, et notamment la principale : les patriotes anti-islam peuvent-ils partir vivre en Polynésie ?

https://www.youtube.com/watch?v=M0j0_V2N8Vk

Grâce à ma venue ici il y a 3 ans quasiment jour pour jour, la Polynésie française est désormais assez connue dans le milieu patriote anti-islam, notamment comme seul endroit en France d’où l’islam est totalement absent.

En effet, les Tahitiens ont fait déguerpir en métropole l’imam financé par l’Arabie Saoudite qui voulait construire une mosquée, et les seuls musulmans qu’on croise désormais sont les quelques touristes du Golfe qui osent sporadiquement venir mettre les pieds ici :

https://www.youtube.com/watch?v=ITvowtGESUQ

La différence majeure, pour ne pas dire fondamentale, avec la métropole, vient du peuple. Il est anti-islam, et pas du tout endoctriné par le marxisme ou par l’antiracisme de gauche (qui est une des branches du marxisme). Ils ne ressentent aucun complexe vis-à-vis de non-blancs, n’étant pas blancs eux-mêmes, et aucune stratégie marxiste n’a de prise sur eux.

Cela vient de se confirmer aux élections territoriales du 6 mai 2018 : Gaston Flosse, chiraquien de toujours, qui avait été chercher des promesses de financements à Dubaï, s’est fait battre à plate couture par Edouard Fritsch, dirigeant anti-islam et conservateur (un Trump polynésien si vous préférez) :

http://www.europe1.fr/politique/polynesie-edouard-fritch-grand-vainqueur-des-elections-territoriales-3645728

Ainsi les Tahitiens n’ont absolument aucun complexe à être anti-islam, et ils mettent une pression importante sur leurs dirigeants pour qu’ils ne versent pas dans ce genre de politique suicidaire.

C’est exactement l’inverse en ex-France (comme j’appelle la métropole), où le peuple massivement gauchisé incite le pouvoir politique à être pro-islam, et le taxe de racisme et d’islamophobie s’il commence à hausser un peu le ton contre l’invasion arabo-musulmane (ce qui arrive donc de plus en plus rarement).

C’est le peuple qui fait le pays, et chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite. Les Français sont dirigés par des Tenants du Système Islamique* parce qu’ils sont eux-mêmes favorables à ce système pro-islam, malgré les attentats et la nocence** qu’on voit partout où l’islam s’installe.

La Polynésie française permet donc de se projeter dans l’avenir avec sérénité, pour soi, ses enfants, voire ses parents et ses amis (autant mettre tout le monde à l’abri du déluge de sang à venir).

Sans parler naturellement de tous les avantages liés au climat, à la gentillesse des Tahitiens et à la sérénité générale qui règne ici. Trop pour certains habitués des grandes villes de la métropole, et dans ce cas je ne vous conseille pas de venir vivre ici.

Toutefois, si la perspective de l’ex-France ne vous encourage guère, et que vous voulez venir habiter dans la France telle qu’elle était dans les années 50 ou 60, alors la Polynésie est faite pour vous. Car la Polynésie, c’est la France, et la France, ce n’est plus la France (comme l’a dit Trump). C’est d’ailleurs le titre d’un de mes livres auquel je vous renvoie :

https://editionstatamis.com/2017/02/27/la-france-nest-plus-la-france/

Si vous voulez creuser cette piste, pendant que vous le pouvez encore, j’ai créé un site auquel je vous renvoie et qui vous donnera encore plus de détails :

http://vivreatahiti.wordpress.com

En juillet 1940 la Polynésie française s’était ralliée à la France libre, aidant De Gaulle à gagner sa première bataille, à Bir Hakeim. Qui sait, elle deviendra peut-être un des futurs centres de la France libre de demain, puisque Londres est passé à l’ennemi.

Qui vivra verra.

Jean Robin

* selon l’expression magnifique forgée par le lieutenant-colonel Cerisier dans son livre Guerre à l’Occident, Guerre en Occident, aux éditions Riposte laïque

** selon l’expression excellente de Renaud Camus

Jean Robin

Les patriotes anti-islam peuvent-ils partir vivre en Polynésie ?

(Source : Riposte laïque)

Commentaire

Tout cela est bien joli, mais ce petit coin de paradis ne saurait contenir une masse potentielle de Français qui voudraient fuir cette France remise entre les mains des traitres et des barbares, même si la Polynésie française est vraisemblablement l’un des seuls lopin de terre, avec Israël, qui ne soit pas vendu aux barbares. De plus, il faut avoir les moyens financiers de s’installer à l’autre bout du monde et y trouver un travail afin de garder la tête haute. D’autre part, sachant que notre pays est en train de sombrer, si l’on aime la France, on ne peut la déserter en la laissant aux mains des ennemis ; ne serait-ce que pour que nos aïeux qui se sont battus héroïquement contre l’envahisseur pour que nous naissions Français ne soient pas morts pour rien dans les batailles et dans la résistance et ne soient pas trahis par leur descendance.

Nous nous devons de nous battre moralement et physiquement pour notre patrie – un mot malheureusement tombé depuis quelques temps en désuétude – nous devons à tout prix conserver notre identité, notre culture, nos croyances et nos certitudes quant à notre capacité de relever le pays et à combattre nos doubles ennemis : ceux de l’intérieur comme ceux de l’extérieur, et ce, avec les moyens du bord, même s’ils sont extrêmement limités, il faut bien en convenir. Cependant, même si ceux-ci sont dérisoires, et même si l’on doit terriblement en pâtir, voire, en mourir, ce sera debout et non à genoux comme les pro-islamistes qui prétendent nous faire la morale et qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ni la stupidité de leur traître et servile engagement .

MAIS LA CONDITION SINE QUA NON POUR REUSSIR DEVRAIT IMPERATIVEMENT PASSER PAR L’UNION INDEFECTIBLE ENTRE LES PATRIOTES, POUR UNE LUTTE INEGALE, CERTES, MAIS RENFORCEE, QUI SE DONNERAIT AINSI DAVANTAGE DE POSSIBILITE DE REUSSITE. L’HOMME DEVRAIT TOUJOURS GARDER L’ESPOIR, AVEC L’AIDE DU VERITABLE MAÎTRE DU MONDE, QUI DECIDE DE TOUT, MAIS QUE NOUS NOUS DEVONS D’AIDER PAR TOUS LES MOYENS A NOTRE PORTE. NOUS AVONS LE DEVOIR DE DEFENDRE NOTRE PAYS CONTRE L’ENNEMI QUEL QU’IL SOIT. NOUS AVONS AUSSI LE DEVOIR D’AMELIORER CE MONDE POUR LE RENDRE PLUS VIVABLE, ET DE NE PAS ABANDONNER L’IDEE QU’IL SERA POSSIBLE DE RECUPERER UN JOUR NOTRE PAYS ET D’Y VIVRE DANS LA JUSTICE, AINSI QUE DANS LA PAIX RETROUVEE. louyehi

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L’ESPERANCE EN UN MONDE MEILLEUR – Honneur à David Ben Gourion, à Israël et au Maître du monde Qui a permis la renaissance de l’Etat hébreu, par la volonté des nations ; partons sur les traces du fondateur de ce jeune (et plus ancien) Etat

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La maison de David Ben Gourion à Sde Boker « Champ du matin»,
dans le désert du Néguev, au Sud d’Israël- photo wikipedia

Tombe de Paula et David Ben Gourion près de Midreshet Ben Gourion – photo wikipedia

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David Ben Gourion jeune
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en famille, avec ses enfants
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Paula Ben Gourion
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Ben Gourion avec l’un de ses petits-enfants
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en compagnie de De Gaulle
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dans son bureau dans le Neguev en 1972
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Revivre la visite Live de la résidence de David Ben Gourion avec le Rav ‘Haïm Dynovisz

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Pour la semaine du Jour de l’Indépendance d’israël, nous allons sur les traces du fondateur de notre jeune (et plus ancien) Etat en 1948, Ben Gourion.
En plein coeur du désert du Negev, dans un cadre époustouflant, nous allons vibrer d’émotions. Pour sponsoriser la visite :  http://ravdynovisz.tv/donations/39217/…

11:29
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L’ESPERANCE EN UN MONDE MEILLEUR – Histoire : La vie en Israël dans l’Antiquité, la transmission de la Torah depuis Moïse, la Michna et le Talmud + 2 cours vidéo exceptionnels du Rav Dynovisz

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L’ E S P E R A N C E   E N   U N   M O N D E   M E I L L  E U R

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La vie en Israël dans l’Antiquité, la transmission de la Torah depuis Moïse, la Michna et le Talmud

L’humanité en tant que telle a commencé à exister depuis la création d’Adam, le premier homme, (en – 3460 du calendrier grégorien selon la tradition du judaïsme), puis de sa compagne, Eve, qui furent créés à l’image de D.ieu. Tous les êtres qui ont vécu avant cette  date étaient des créatures non humaines, qui ont évolué au cours des millénaires (Théorie de Darwin). Le Pentateuque fut donné à Moïse au Sinaï ; il écrivit le 5 Livres de la Torah, dictés par le Créateur. Il en fit 12 exemplaires plus un pour l’arche sainte, où  étaient également  déposés, en témoignage pour toutes les générations à venir, les Tables  de la Loi qu’il reçut au Sinaï  le 6 Sivan 2448 du calendrier hébraïque (Mai/Juin – 1313  du calendrier grégorien).

Quant à la Loi orale, elle ne fut pas écrite par Moïse, mais enseignée verbalement aux  sages de sa génération (les 72 sages composant son Bet Din) qui, à leur tour,  l’enseignèrent au peuple. Puis, Moïse confia la retransmission intégrale à son disciple d’élite Yéhochoua Bin Noun (Josué) et à tout le peuple : « Tout ce que Je vous prescris, observez-le exactement, sans rien y ajouter ou retrancher » (Deutéronome13, 1).

Josué à son tour en confia la retransmission à Pine’has et aux sages de l’époque des juges qui lui succédèrent. Elle fut transmise de Maître à disciple jusqu’au prophète  Samuel. Furent ensuite les dépositaires de la Torah les générations de Prophètesqui succédèrent à Samuel. Les derniers d’entre eux la transmirent à Ezra Hassofer. Celui-ci constitua une assemblée de 120 sages, appelée     « Grande Assemblée », laquelle, plus  tard, fut remplacée par une institution semblable, le Sanhédrin. Le dernier sage de la  Grande Assemblée fut Simon le Juste.

La Torah relate comment D.ieu créa l’univers, l’origine de  l’humanité commençant par Adam et Eve, la vie des patriarches Abraham, Isaac et Jacob et comment le peuple juif  devint une nation choisie par D.ieu (après avoir proposé Sa Torah aux 70 nations initiales, qui la refusèrent, la jugeant trop difficile à observer), pour créer « un royaume de prêtres et une nation sainte » en recevant et en observant la Torah.

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Transmission de la Torah depuis Moïse

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Eléazar, Pin’has et Josué reçurent cet enseignement de Moché.

Roi David reçut de Samuel et de son tribunal; A’hiah de Chilo faisait partie des Enfants d’Israël sortis d’Egypte et était Lévi. Il avait entendu Moché enseigner la Loi alors qu’il était enfant, et reçut de David et de Héli (Le grand Prêtre) reçut de ces Anciens et de Pin’has, (son prédécesseur le grand Prêtre).
Le Prophète Samuel reçut de Heli et de son tribunal.

Le tribunal

Le Prophète Elie reçut la Loi Orale de A’hiah et de son tribunal;
Elicha (Elisée) reçut de Elie et de son tribunal;
Yehoyada le Grand Prêtre reçut de Elicha et de son tribunal;
Zacharie reçut de Yehoyada et de son tribunal;
Osée reçut de Zacharie et de son tribunal;
Amos reçut de Osée et de son tribunal.
Isaïe reçut de Amos et de son tribunal;
Mikha (Michée) reçut de Isaïe et de son tribunal;
Yoel (Joël)reçut de Mikha et de son tribunal;
Na’houm reçut de Yoel et de son tribunal;
‘Habakouk reçut de Na’houm et de son tribunal;
Tsefania (Sofonie) reçut de ‘Habakouk et de son tribunal.
Jérémie reçut de Tsefania et de son tribunal;
Baroukh ben Nériah reçut de Jérémie et de son tribunal.
Ezra et son tribunal reçurent de Baroukh et de son tribunal.(Le tribunal de Ezra est appelé « la Grande Assemblée ». Il s’agit de (Haggaï, Zacharie et Malakhie, Daniel et ‘Hananiah, Michaël et Azariah, Néhémie, fils de ‘Hakhaliah, Mardochée, Bilchan et Zérobabel, et bien d’autres Sages avec eux qui font cent vingt Sages.
Le dernier d’entre eux, Chimon Hatsadik, fut Grand Prêtre après Ezra. Il avait reçu de tous ses pairs.
Antignos de Sokho et son tribunal reçurent de Chimon Hatsadik et de son tribunal.)

Yossé ben Yoezer, de Tséréda, et Yossef ben Yo’hanan, de Jérusalem, et leur tribunal, reçurent d’Antignos et de son tribunal.
Yéchoua ben Pera’hia et Nitaï d’Arbel et leur tribunal, reçurent de Yossé, de Yossef et de leur tribunal.
Yehoudah ben Tabbaï et Chimon Ben Chata’h et leur tribunal reçurent de Yéchoua et de Nitaï et de leur tribunal.
Chmaïa et Avtalion (qui étaient des prosélytes) et leur tribunal reçurent de Yéhoudah et de Chimon et de leur tribunal. et leur tribunal reçurent de Chmaïa et Avtalion et de leur tribunal.

Rabban Yo’hanan be Hillel et Chamaï n Zakaï et Rabban Chimon le fils de Hillel l’Ancien reçurent de Hillel et de son tribunal. (Rabban Yo’hanan ben Zakaï avait cinq élèves qui furent de grands maîtres, et qui ont été investis         par lui : Rabbi Eliézer le Grand, Rabbi Yéchoua, Rabbi Yossé Hacohen, Rabbi Chimon ben Netanaël et Rabbi Chimon ben Arakh).

Rabbi Akiba fils de Yossef reçut de Rabbi Eliézer le Grand. Yossef son père était un prosélyte.
Rabbi Ichmaël et Rabbi Méïr fils du Prosélyte ont reçu de Rabbi Akiba.

Rabbi Méïr et ses compagnons ont également reçu de Rabbi Ichmaël. Voici ses compagnons: Rabbi Yéhoudah, Rabbi Yossi, Rabbi Chimon, Rabbi Néhémiah, Rabbi Eléazar ben Chamoua, Rabbi Yo’hanan le Cordonnier, Chimon ben Azzaï et Rabbi ‘Hananiah ben Teradion.

De même, les compagnons de Rabbi Akiba ont appris de Rabbi Eliézer le Grand. Voici ses compagnons : Rabbi Tarfon, le Maître de Rabbi Yossi le Galiléen, Rabbi Chimon ben Eléazar, Rabbi Yo’hanan ben Nouri. Rabban Gamliel l’Ancien reçut de Rabbi Chimon son père, fils de Hillel l’Ancien.

Son fils Rabbi Chimon apprit de lui, et Rabban Gamliel son fils reçut de lui.
Rabbi Chimon son fils apprit de lui, et Rabbi Yéhoudah le fils de Chimon reçut de lui. C’est lui qu’on appelle Rabbénou Hakadoch, ou Rabbi Yehouda Hanassi. Il avait reçu de son père et de Rabbi Eléazar ben Chamoua et de Rabbi Chimon ses compagnons. C’est lui qui mit par écrit la          Michnah. C’est le premier ouvrage de la Loi Orale qui fut mis par écrit pour être enseigné en public. Il est vrai que dans chaque génération, le Maître ou le Prophète notait par écrit les enseignements qu’il avait reçus, mais c’était pour les enseigner ensuite oralement à ses disciples. (…)

Rabbénou Hakadoch a réuni tous les enseignements, les détails d’application des Lois, les interprétations et les commentaires qui avaient été entendus de Moché Rabénou, et qui avaient été répétés et enseignés par les Sages dans chaque génération, et il en a compilé la Michnah. (…)
Rav Achi a compilé le Talmud babylonien en terre de Babel, après que Rabbi Yo’hanan ait compilé le Talmud de Jérusalem
. (…)

Le Talmud n’est donc pas un code créé par les hommes, mais l’expression de la Volonté de D.ieu transmise à travers la Loi orale par Moïse, dans une chaîne ininterrompue : les Prophètes, les Sages,        les Tannaim, les Amoraïm, les Gueonim, les Rishonim et les Aharonim qui ont su conserver ce trésor dans toute sa pureté, le développer, pour le mettre à la portée de chacun de nous.

(Source : Rav Yehoshua Ra’hamim Dufour, site Modia)

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La loi orale

La Massorah comprend tout ce que Moïse apprit de D.ieu sans le noter par écrit, mais  en le transmettant oralement à ses successeurs, comme nous l’avons vu plus haut. Cette tradition passa de génération en génération. La Loi orale inclut des édits et des ordonnances décrétées par les sages à travers les générations, et des lois et enseignements dérivés des versets de la Torah, selon une méthodologie prescrite par Moïse (telle que D.ieu l’en a instruit au Sinaï).

 

La Michna

 

Depuis Moïse jusqu’à Rabbi Judah hanassi (Rabbénou Hakadoch), les lois de la Tradition étaient ainsi apprises par cœur et transmises oralement de génération. Au 3ème siècle de l’ère commune, Rabbénou Hakadoch, craignant que les difficultés et les persécutions qui allaient en augmentant n’empêchent les Juifs de se souvenir de toutes les lois de la Tradition, décida de les enregistrer par écrit. Etant à la fois un grand érudit et un homme aux moyens considérables, il s’entoura des plus grands savants de son époque et consigna par écrit toutes les lois orales et toutes les interprétations de la Torah qu’ils avaient apprises de leurs maîtres. Ils divisèrent toutes ces vastes connaissance en 6 « ordres » :

  1. Zéraïm « Semences » – lois agricoles.
  2. Moède « Saison » – lois régissant le Chabbat et les fêtes.
  3. Nachim « Femmes » – lois concernant le mariage.
  4. Nézikine « Dommages » – lois civiles et criminelles.
  5. Kodachime « Choses saintes » – lois concernant le service divin dans le Temple.
  6. Taharoth « Puretés » – lois concernant la pureté rituelle.

Chaque ordre contient plusieurs traités « Massekhotote ». Chaque traité est divisé                      en chapitres et chaque chapitre en « Michnayote ».

 

Qu’est-ce que le Talmud  ?

 

La Michna fut écrite de manière extrêmement concise, avec très peu de discussions et d’informations sur le contexte. Plus tard, les disciples de Rabénou Hakadoch           compilèrent les « Tossefote » et « Braïtote » où les sujets de la Michna sont discutées               et examinés d’une façon plus approfondie. Les grands érudits qui vécurent après la           rédaction et l’achèvement de la Michna et qui étudièrent, examinèrent, discutèrent                               et interprétèrent la Michna furent appelés « amoraïs) « enseignants ou interprètes »

Si la Bible est le fondement du judaïsme, le Talmud en est le pilier central. Aux plans spirituel et intellectuel, il est la clef de voûte de la vie juive. Livre fondateur d’un peuple, d’une culture, d’une religion, il a soutenu l’entier édifice, spirituel et intellectuel de la vie juive jusqu’à ce jour.

Dans la tradition d’Israël, aucun autre ouvrage n’a représenté un pareil modèle de créativité, théorique et pratique et n’offre une somme de savoir comparable. Constitutif de l’identité juive, garant de la survie du judaïsme et condition de son histoire, le Talmud a servi de cible privilégiée aux adversaires du judaïsme. Aussi fut-il censuré, interdit, brûlé sur les places publiques en autant d’autodafés qui évoquent les grandes persécutions du Moyen-Âge, mais aussi celles du 20ème siècle.

Il échappa cependant à la destruction et survécut, à partir du 16ème siècle, grâce à l’imprimerie. Depuis, il ne cessa d’être pieusement étudié, tant dans les écoles talmudiques de l’Europe centrale et orientale, au Maghreb et au Machrek, que par des particuliers.

Les questions très générales dont traite le Talmud ne s’inscrivent pas dans un cadre historique ou un mode de vie précis. Néanmoins, le Talmud appartient à la vie de tous les jours, non seulement par ses discussions juridiques et leurs implications pratiques, mais encore par l’ensemble des éléments qui forment l’environnement talmudique, les relations entre ses protagonistes et les débats qui y sont rapportés.

Le Talmud est composé de deux éléments : la Michna – la Michna avec majuscule désigne l’œuvre dans son ensemble, alors qu’on usera d’une minuscule pour les articles de la Michna (pluriel : michnayote ) – premier résumé écrit de la loi orale, et la Guémara (appelée Talmud au sens restreint du terme) qui, d’un point de vue formel, est une explication et un commentaire de la Michna.

En tant qu’outil législatif, l’importance du Talmud est évidente, mais il n’explique ni sa place centrale ni sa signification vitale pour le judaïsme. Pour appréhender ce que le Talmud a d’incomparable, il faut d’abord comprendre clairement la notion juive, très particulière, de l’étude de la Torah, dont participe le Talmud.

Certes, l’étude de la Torah (écrite et orale) peut être perçue comme un moyen – indispensable – pour définir et comprendre la législation et les instructions de la Torah. Mais cette approche ne traduit pas le véritable objectif de l’étude et laisse bien des choses inexpliquées ; pourquoi, entre autres, le judaïsme a développé cette vénération de l’étude de la Torah qui s’exprime à travers toute la littérature rabbinique.

On y rapporte, par exemple, ce verset des Proverbes (8,11) : « Tous les objets désirables ne valent point [l’étude de la Torah[ » : Et de commenter : « Même les désirs du Ciel –  entendez : les commandements – ne la valent point » (Mo’ed Katan 9b), ou encore : « Voici les actions pour lesquelles on touche les intérêts en ce monde-ci, alors que le capital nous est conservé dans le monde futur : honorer père et mère, accomplir des actes de bonté, œuvrer pour établir la paix entre les hommes, mais par-dessus tout étudier la Torah » (Michna Pèa 1,1). Dire que l’étude de la Torah est au-dessus de toutes ces qualités implique qu’elle dépasse le strict accomplissement  des commandements et qu’elle est bien plus qu’un simple auxiliaire de l’observance, car si l’étude de la Torah n’était qu’un aide-mémoire, un guide pratique des commandements, comment pourrait-elle être plus importante que ses diverses applications dans la vie religieuse ?

En fait, comme l’indique sa racine hébraïque, la Torah est une forme d’enseignement. Elle enseigne le chemin à suivre, mais aussi… une manière de penser le monde, ce qui concerne notre vie terrestre, et recherche le sens profond des choses ! Qu’il s’agisse d’un objet concret, matériel, ou abstrait et spirituel, qu’il exprime une réaction immédiate, vitale ou purement théorique et sans application directe, dès lors qu’il a quelque rapport avec une perspective juive, il ne saurait être étranger à la Torah dont participe… le Talmud.

 

La Michna et le Talmud

 

La Michna (qui rapporte les enseignements des maîtres appelés tanaïm) est écrite dans un hébreu précis mais laconique, résumant en termes extrêmement concis des sujets parfois compliqués. Si bien que sa formulation pourtant très claire ne permet pas de résoudre l’ensemble des problèmes. Pendant les 3 siècles qui ont suivi la compilation et la rédaction de la Michna (du 3ème  au 6ème siècle, les nouveaux maîtres, appelés amoraïm) et leurs élèves ont étudié et analysé la Michna. Leurs questions, leurs discussions et leurs solutions constituent le Talmud.

L’objet principal de la Michna est la Halakha. Cependant, la solution des problèmes qu’elle pose, en particulier la fixation de la loi, ne constitue pas le but exclusif du Talmud. Sa vocation essentielle est la recherche de la vérité. Aussi, le Talmud attache-t-il la même importance à la réflexion pratique et à celle qui est théorique. Il veut comprendre toutes les opinions – notamment celles qui n’ont aucune incidence dans la vie de tous les jours et qui ont déjà été rejetées par les générations précédentes. L’objectif étant de connaître la vérité, peu importe que le sujet étudié ait de implications concrètes ou non, seul compte son rapport spécifique à la Torah. Identifier les auteurs de certaines michnayote n’est pas toujours d’une importance cruciale sur le plan pratique. Il reste pourtant un sujet de préoccupation constante pour le Talmud.

 

La dialectique talmudique

 

L’aspect non-utilitaire du Talmud permet aussi de comprendre une autre de ses caractéristiques – sa dialectique quelquefois rebutante. Aiguillonnée par la recherche de la vérité, elle cerne l’essence même du problème avec la plus grande précision possible, ne considère rien pour acquis, rejette les évidences et ne se satisfait que de preuves quasi certaines, sans cesse affinées. Pour un défaut mineur de raisonnement, une démonstration somme toute évidente pourra être écartée au profit de l’argumentation la plus logique et la plus convaincante.

On peut comparer la dialectique talmudique à une recherche scientifique, en particulier au plan qui se rapproche le plus de l’étude talmudique : les mathématiques. Pour connaître la vérité, on ne peut se fier à des termes approximatifs ou incertains ; les preuves doivent être indéniables en tous leurs détails. L’ensemble de l’argumentation n’est pas recevable tant qu’elle n’est pas solidement établie. L’autorité du Talmud reposer sur la rigueur de cette méthode appliquée au domaine de la Torah – c’est-à-dire à l’ensemble des considérations humaines aux niveaux matériel et spirituel Les fondements spirituels du Talmud. Bien que le Talmud soit une œuvre discursive et diverse, traitant de tous les aspects du judaïsme et de la vie en général : thérapie,  aventures, recherches philosophiques, recherches historiques, il s’inscrit dans un cadre parfaitement structuré, celui de la Michna.

La Michna est le fondement du Talmud qui en est donc avant toute chose une explication et un développement. Il s’articule autour de la Michna, la commente et l’analyse. Elle ne sert pas seulement de base structurelle, ou de sujet de dissertation, toutes les affirmations et les règles énoncées dans le Talmud proviennent en droite ligne de la Michna. Chaque halakha y prend généralement sa source, alors que la Michna définit les critères de raisonnement.

Le Talmud accepte les enseignements de la Michna comme des données incontestables. Il relève les analogies, les difficultés, tente de résoudre ce qui apparaît comme une contradiction… mais il ne peut s’opposer à la Michna, qui reste la base de ses certitudes, le critère ultime d’un argument ou la validation d’une théorie.

En fait, le Talmud accorde la même importance et la même autorité souveraine à tous les autres recueils des tanaïm – la Tossefta, les baraïtot, le Sifra, le Sifri et les autres textes halakhiques.

Tous servent de référence ; on les étudie avec la plus grande attention afin de répondre aux questions posées. Analyser l’opinion des tanaïm, examiner leurs relations réciproques est une préoccupation majeure du Talmud. Les enseignements des premiers amoraïm (de la période post-tanaïtique) jouissent aussi d’un fort prestige et d’une manière générale, les propos d’un sage d’une époque antérieure constituent un sujet d’étude, d’explication et d’investigation. Dans des cas très rares, et uniquement sur la foi d’autres sources, un sage pourra contester l’enseignement d’un Ancien.

A première vue, cette attitude inconditionnelle qui consiste à voir un préalable dans l’opinion des Anciens paraît très étonnante. Pour la comprendre, il nous faut examiner une nouvelle fois le concept de Torah dans sa globalité.

La Révélation du Sinaï (en – 1313 avant notre ère) est une valeur suprême, car la parole de D.ieu est l’absolue vérité. A l’origine de toute connaissance, grâce à la Révélation, la parole divine doit guider l’ensemble de notre étude et orienter toutes nos recherches.

La génération qui prend connaissance de la Révélation transmet son savoir à la suivante, certains enseignements étant écrits, d’autres ayant conservé leur forme orale. Quand l’explication est trop ardue, l’enseignement doit être accepté comme autant d’axiomes. Les résonances de la Révélation, perçues par une génération donnée, constituent « la Torah de cette génération » qu’elle a mission de transmettre à la génération suivante. C’est ce qu’on appelle communément « la chaîne de la tradition ».

Les anciennes générations, plus proches de la Révélation en avaient évidemment une connaissance plus complète, plus précise, d’où leur autorité. Ce qui ne signifie pas pour autant que nos prédécesseurs étaient toujours plus sages, que leurs connaissances étaient plus profondes et leur esprit plus pénétrant. Souvent même, l’hypothèse contraire est clairement énoncée.

Dans de nombreux domaines, et en particulier quand il s’agit de fixer la halakha définitive, on se range à l’avis des décisionnaires ultérieurs, même  s’il va à l’encontre des arrêts pris par d’anciennes autorités. La règle bien connue « la halakha suit [l’avi] des décisionnaires ultérieurs » est un principe de base du Talmud et dans la littérature rabbinique.

Il reste que pour fonder la loi, l’autorité des Anciens, plus proches des sources de la Révélation, est déterminante. Le Talmud est ainsi composé de strates superposées, fruit des efforts collectifs de générations qui, l’une après l’autre, ont intégré les fondements du judaïsme, et en ont tiré de nouveaux enseignements élaborés grâce à leur propre intelligence et leur effort de compréhension, en traduisant dans leur langage la tradition qu’elles avaient reçue. Le travail créatif de chaque génération sert de base à la suivante, forgeant ainsi la chaîne ininterrompue de la Torah.

 

Le développement du Talmud

 

Le Talmud pose au lecteur bien des difficultés en raison de sa structure particulière, fortement marquée par ses origines. Nous n’avons que peu d’informations sur l’histoire de sa création, néanmoins les quelques témoignages dont nous disposons (comme la lettre de Rav Cherira Gaon – 10ème siècle) nous permettent de tracer le tableau suivant :

Tous les maîtres se retrouvaient à dates fixes au long de l’année ou au cours de rencontres fortuites. Leurs entretiens, leurs enseignements, leurs faits et gestes, gravés dans la mémoire des contemporains (et parfois consignés par écrit dans des notes très brèves), constituent le Talmud. Tout maître digne de ce nom devait avoir une connaissance parfaite de la Torah écrite et posséder à fond la Michna avant d’être jugé capable de passer à l’échelon supérieur de l’étude : le Talmud.

L’étude talmudique impliquait une extrême spécialisation ; elle prenait sa source dans les enseignements de la Michna, qui lui servait de pierre angulaire pour la compréhension et l’approfondissement de la Halakha et de la Torah en général. Chaque michna suscitait des questions quasi rituelles, du genre « Quel tana est l’auteur de l’opinion exprimée dans notre michna ? » Parfois les réponses à ces questions demeurent sans réponse et continuent à solliciter les générations suivantes – à l’instar de de qui se passe dans le domaine scientifique où nombre d’énigmes n’ont pas été résolues en dépit des efforts conjugués des Anciens -.

Dans certains cas, un sage parvenait à trouver une solution qui était alors transmise en son nom et consignée dans le Tamlud comme sa découverte personnelle.

D’autres arrêts halakhiques étaient transmis de la même façon, certains étant enseignés en public, afin que chacun puisse les connaître ainsi que leurs auteurs, mais d’autres n’étaient transmis qu’à un tout petit nombre de sages. Lorsque l’un de ces maîtres les communiquait, son enseignement était identifié et rapporté au nom de l’un de ses initiateurs.

 

Le patrimoine spirituel des « générations »

 

Voilà comment  le Talmud s’est formé de génération en génération. Certaines questions, collectives ou individuelles et dûment identifiées elles aussi, sont devenues, avec les réponses, partie intégrante du bagage talmudique. Chaque maître devait se rappeler les questions classiques sur une michna et les réponses données. Son savoir sans cesse approfondi était transmis à la génération suivante en tant que patrimoine spirituel de la précédente.

Dans sa structure actuelle, le Talmud est en quelque sorte un mémorial des générations successives. Vers la fin du 4ème siècle, un rabbin babylonien, Rav Achi, jugea nécessaire de rassembler et de résumer la Halakha et la Agada afin qu’elles ne tombent pas dans l’oubli. Entreprise par ce maître, la rédaction du Talmud se poursuivit pendant un siècle et demi. L’ensemble des questions, des réponses et des débats du temps du Rav Achi et des générations précédentes passèrent à la postérité. Dialogue sur le vif des générations, cette compilation est le compte-rendu des propos tenus par les sages et en a gardé les caractéristiques : vivacité et spontanéité. Un souffle de vie en traverse ses pages.

 

Histoire : Vivre au temps du Talmud  – Le paysage politique d’Erets Israël

 

La rédaction de la Michna et du Talmud (de – 30 jusqu’au 6ème siècle) coïncide avec la domination romaine en Eretz Israël, qu’elle soit directe ou par procuration. Le pouvoir romain, les relations tumultueuses des Juifs avec son administration tissent la toile de fond politique. D’un point de vue historico-politique, on peut différencier l’époque de la Michna (de -30 à 220) et celle du Talmud, l’une et l’autre de ces périodes correspondant à des phases distinctes de l’histoire romaine.

Au temps de la Michna, l’Empire est à son zénith. Les empereurs romains exercent un pouvoir dictatorial. L’ordre public est solidement maintenu et ils imposenet la « pax romana ». La plupart du temps, les relations avec les Juifs sont mauvaises. Les grands travaux de rénovation du Temple entrepris par Hérode, la participation active de son petit-fils, le roi Agrippas, à la vie de la nation et surtout la rédaction de la Michna à l’époque de Rabbi Yehouda ha-Nassi, profitent de périodes d’accalmie. Mais, le plus souvent, la communauté juive est en conflit ouvert avec Rome et ses représentants. Les rapports tendus avec la dynastie hérodienne ainsi qu’avec les gouverneurs de Judée provoquent la grande révolte juive, aussitôt matée par les Romains et aboutit à la destruction du Temple. D’autres soulèvements par la suite, (cf. les « guerres » de Quietus et Trajan), dont la révolte avortée de Bar Korhba sera le dernier acte, sème la ruine en Judée. Les foyers de vie et de culture juive seront alors transférés vers le nord, en Galilée.

Pendant la seconde période, celle du Talmud, on assiste à l’effritement de la puissance romaine. Le pouvoir central en voie de désintégration fait place à l’anarchie. Les prétendants au trône impérial guerroient sur fond d’effondrement économique. Parallèlement, le christianisme accroît son influence et devient, à la fin du 4ème siècle, la religion officielle de l’Empire. La pression sur la communauté juive d’Erets Israël se fait de plus en plus forte. Les autorités imposent des taxes écrasantes qui minent l’économie (certains sages permettront de travailler la terre pendant l’année sabbatique afin d’alléger la charge des impôts) et la sécurité des gens n’est plus assurée.

Vers la fin de cette époque, la minorité chrétienne renforce aussi sa pression. Ce qui n’était d’abord que simple médisance et harcèlements mineurs devient répression systématique de toute forme de vie juive. Progressivement, les prérogatives accordées à l’administration juive sont réduites. Le pays se vide de ses Juifs qui émigrent vers le centre de l’Empire romain ou dans l’Empire perse. Ces événements provoquent le déclin de l’étude de la Torah en Eretz Israël et la rédaction hâtive du Talmud de Jérusalem. Les circonstances en empêchent l’achèvement. Les pressions politiques ont un effet démoralisant. Privés d’institution centrale, sans directives, la communauté juive restante et ses maîtres délaissent la Halakha au profit du Midrach et des poèmes liturgiques (piyoutim).

 

La Babylonie (nom antique de l’Iraq)

 

Le premier temps des amoraïm en Babylonie correspond lui aussi à un tournant de l’histoire de ce pays. La Perse, dont l’empire s’étend jusqu’en Babylonie, est alors sous la domination des Parthes qui instaurent un régime quasi féodal, laissant de larges pouvoirs aux gouvernements locaux. Sur le plan culturele, l’influence hellénistique (exercée par ceux que Rav, un célèbre amora du 3ème siècle, désigne par le terme – les Grecs) était considérable sans que le pouvoir central n’intervienne vraiment dans la manière de vivre des nations établies dans le pays.

Mais en l’an 226, le royaume parthe est conquis par les Sassanides, adeptes zélés de la religion zoroastrienne et ses prêtres « les mages » qui, à l’opposé des Parthes, renforcent l’autorité centrale. Les guerres avec l’Empire romain, qui s’étaient pratiquement éteintes à la fin de la période parthe, reprennent de plus belle. Elles portent un rude coup aux régions frontalières et les grands centres habités se déplacent vers l’Est.

Au départ, les Sassanides se montrent plutôt hostiles aux Juifs, mais peu à peu, les relations avec les dirigeants juifs deviendront chaleureuses. La politique de centralisation a pour corollaire un pouvoir accru de l’exilarque (le « rèch galouta », chef de la communauté juive en diaspora). Un calme relatif sur le plan intérieur et une situation économique stable favorisent l’essor de la population juive, dû à la fois à l’accroissement naturel et à une forte immigration en provenance de pays voisins, essentiellement d’Erets-Israël.  Malgré certaines frictions avec les prêtres perses (les ‘habarim), la communauté juive se développe sans grande difficulté.

A l’époque de Rav Achi, (vers la fin du 4ème siècle), les relations avec le gouvernement perse sont excellentes et permettent aux sages de mettre en chantier ce grand projet que fut l’édition complète du Talmud de Babylone. Mais dès la génération suivante, la situation se détériore : des décrets, principalement anti-religieux, sont promulgués contre les Juifs pendant les règnes de Yazdgard 2 et de Pérôz (surnommé « le scélérat ») et atteignent leur apogée avec l’ascension du mazdéisme, qui provoquera une rébellion juive conduite par l’exilarque Mar Zoutra, au début du 6ème siècle. Les dernières années de cette période sont marquées par un déclin de la créativité spirituelle, qui se limite à mener à sa fin la rédaction du Talmud. Plus tard, au temps des Guéonim, les souverains perses renonceront au fanatisme ; et la communauté juive connaîtra alors une nouvelle période de calme et de renouveau spirituel.

 

La culture et le langage en Erets-Israël

 

Pendant toute la période talmudique en Erets-Israël, l’influence grecque est considérable sur le plan linguistique et culturel, même lorsque le pays est sous domination directe de Rome. Les Asmonéens firent d’abord la guerre contre l’hellénisme. Ils ne parviendront pas, cependant, à apporter de ce point de vue un changement radical. A l’époque du Second Temple et au temps du Talmud, les Juifs d’Egypte étaient versés dans tous les domaines de la culture grecque, alors que mis à part les assimilationnistes actifs, le rapport des Juifs d’Erets-Israël à la culture grecque n’est pas très clair. D’un côté, ils semblent avoir évité tout contact avec la culture grecque, surtout après que les rabbins aient jeté l’anathème sur les Juifs qui enseignaient « la sagesse grecque ». Mais cet anathème n’est pas général. Les membres de la famille du Nassi, par exemple, qui entretiennent d’étroites relations avec les autorités, sont libres d’étudier la philosophie grecque. Le champ d’application de l’anathème n’est pas non plus clairement défini. Selon certains chercheurs, les sages d’Erets-Israël ont toujours été versés dans la philosophie et la culture grecque. Ils évitaient simplement d’en faire publiquement état. Il reste que cette hypothèse est difficilement vérifiable. Dans certains domaines, l’influence grecque n’est pas perceptible alors qu’elle est évidente en d’autres secteurs et, malgré l’absence de preuves matérielles, nous pouvons établir de nombreux parallèles entre les deux civilisations.

Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne la langue grecque, son apport est manifeste. Au temps de la Michna et en de nombreuses régions à l’époque talmudique aussi, l’hébreu est la langue du peuple. On parle et on écrit en hébreu. Mais peu à peu il est remplacé par l’araméen ou, comme on l’appelle en Erets-Israël, « le syriaque » parlé également par de nombreux non-juifs et qui devient la langue de tous. Rabbi Yehouda ha-Nassi ne reoncera pas à lutter contre l’emploi de l’araméen, « Pourquoi utiliser, s’écrie-t-il, le syriaque en Erets-Israël ? Qu’on parle l’hébreu ou le grec ! » (Baba kama 82b-83a). Mais apparemment, l’hébreu en tant que langue parlée est en chute libre. Quand le foyer juif se déplace en Galilée, l’araméen prendra le dessus. Certe, tout le monde, y compris le bas-peuple, a quelques notions d’hébreu grâce à l’étude de la Bible et d’autres sources, et assurément tous les sages connaissent l’hébreu.Il se peut que dans les villes à fort peuplement juif on ait continué à parler l’hébreu pendant de nombreuses années et de même à l’époque de la domination musulmane.

L’influence grecque, en tout cas, est très sensible dans ce domaine. Beaucoup de mots, de concepts, de définitions et de termes techniques sont empruntés au grec et sont aujourd’hui des composants de l’hébreu : ex. diagonale, corridor, tablier, écharpe, lampe, ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. On trouve des centaines de mots d’origine grecque dans le Talmud de Jérusalem et les midrachim, alors que les termes latins sont bien plus rares et apparaissent parfois sous une forme hellénisée, et non dans leur structure originale. On notera encore que les taductions de la Bible en grec, aussi bien des Septante que les versions ultérieures d’Aquila et Symmaque, ont leu part dans ces interférences. A l’époque de la Michna, certains maîtres autorisent l’usage liturgique des rouleaux de la Torah écrits en grec. Les sages d’Erets-Israël remarquent à ce propos : « Certaines langues sont adaptées, chacune, à un domaine bien particulier : l’hébreu au discours, l’araméen à l’élégie, le grec au chant et le latin, au domaine militaire. »

 

La culture et le langage en Babylonie

 

La plupart des Juifs de l’Empire perse sont regroupés en Babylonie, dans la région entre le Tigre et l’Euphrate. Les contacts linguistiques été culturels se font surtout avec les Babyloniens et très peu avec les Perses. Les populations non-juives de Babylonie parlent un dialecte araméen qui, malgré certaines différences idiomatiques ou de prononciation, est très proche du parler des Juifs. En Babilonie l’hébreu est la langue des sages, car le commun du peuple ne le comprend pas. Quant aux contacts culturels et linguistiques avec les Perses, ils restent, semble-t-il, très superficiels. Certaines sources indiquent clairement que la plupart des Juifs ne comprennent pas le perse. Les quelques mots qui ont passé de cette langue dans le vocabulaire juif au cours de centaines d’années de vie commune sont très peu usités.

Au demeurant, les Perses ont eux-mêmes recours à l’écriture araméenne, si bien que l’araméen domine nettement ces intercommunications. Par ailleurs, le système féodal mis en place en Babylonie isole les dirigeants perses de la population locale. Les Juifs ont également pu de contacts avec la culture babylonienne. On peut déceler certaines influences dans les domaines de l’astronomie, de l’astrologie, de la thérapeutique et des croyances populaires, mais d’une manière générale, les rabbins semblent avoir évité autant que possible toute relation culturelle avec les sages babyloniens. Encore que Chemouel, par exemple, comptait l’un d’entre eux, Ablat, parmi ses amis.

De façon générale, les sages évitent les polémiques religieuses avec les Perses. On ne trouve ici et là que quelques rares allusions, parfois critique, au dualisme perse. Il arrive à la caste sacerdotale des Perses de s’immiscer dans la vie juive. Mais les périodes de persécution religieuse mises à part, les contacts sont très limités et ne portent pas à conséquence. Les sages ont une connaissance superficielle des coutumes babyloniennes et perses, de celles des tribus arabes venues s’installer dans certaines régions de la Babylonie et de leurs croyances. Mais on ne sache pas qu’elles aient exercé la moindre influence.

 

L’administration interne en Erets-Israël

 

Ni les empereurs romains ni la dynastie hérodienne qui les représente n’interviennent de manière active dans l’administration et les affaires intérieures de la communauté juive. Cependant, et déjà depuis l’époque asmonéenne, le tableau idyllique – brossé par certains sages de la fin de l’époque des tanaïm comme Rabbi Yossi – de l’indifférence des Romains du Second Temple, ne reflète pas l’exacte vérité. Les derniers souverains Asmonéens et plus encore ceux de la dynastie hérodienne et les gouverneurs romains, enlèvent pratiquement au Sanhédrin son pouvoir décisoire sur les sujets d’intérêt national et, par la suite, son pouvoir de juridiction sur les crimes capitaux. D’après la Tradition,  40 ans avant la destruction du Temple par Titus, le Sanhédrin s’est exilé et a siégé dans les marchés » (‘Avoda Zara 8b). C’est un exil volontaire par lequel le Sanhedrin renonçait à juger les crimes capitaux, étant privé des attributions pour exécuter ses verdicts. Cependant, les tribunaux rabbiniques  et les maîtres gardent toute compétence dans le domaine rituel, ainsi que le pouvoir de trancher les litiges financiers et des problèmes locaux.

Presque partout, les Juifs forment la quasi-totalité des localités qu’ils habitent et, de ce fait, ils continuent à diriger l’administration du lieu. Les affaires locales sont dirigées par un comité, très probablement élu, des « sept anciens (littéralement les meilleurs de la ville) » et les décisions d’une importance cruciale sont vraisemblablement adoptées par un vote public « en présence de tous les hommes de la ville » (voir Meguila 26a). Les tribunaux rabbiniques locaux, composés de 3 juges reçoivent leur autorité du Nassi, le président du Sanhédrin. Ils ont toute autorité en matière rituelle et les rabbins sont reconnus comme les guides ou les chefs spirituels de la cité.

 

Le Nassi, chef des Juifs d’Erets-Israël

 

Après la destruction du Temple, le Grand Sanhédrin, cette cour suprême juive partiellement privée de ses attributions, et qu’on appelle maintenant « Maison du Grand Conseil » devient le centre de la vie juive. Le président du Sanhédrin, toujours choisi parmi les descendants de Hillel l’Ancien, est reconnu comme chef  de la communauté juive d’Erets-Israël, non seulement par la communauté juive qui lui donne le titre de Nassi, mais aussi par les autorités romaines qui lui confèrent le titre d’ethnarque. Les sages d’Erets-Israël et le président du Sanhédrin conservent le privilège exclusif de fixer la date de la néoménie (et donc des fêtes), d’ajouter un mois supplémentaire à l’année juive et de déférer l’ordination rabbinique qui, suivant une ancienne tradition, devait recevoir, aussi, l’aval du Nassi. Par l’ensemble de ces prérogatives celui-ci s’affirme comme le chef spirituel non seulement des Juifs d’Erets-Israël, mais de tout le peuple juif.

Cependant, les pressions politiques de plus en plus contraignantes tendent à rabaisser le pouvoir du Nassi et à entraver ses relations avec la diaspora de Babylonie. En 358, le président du Sanhedrin, Hillel 2, instaura un calendrier perpétuel, renonçant de la sorte à l’une des prérogatives par laquelle le Nassi exerçait son autorité sur le peuple juif. La fonction sera abolie au début du 5ème siècle (an 429). Dès lors, les grandes agglomérations juives seeront administrées par une institution officielle, le Boulè (« le Conseil » en grec) qui, pendant une période limitée, aura la haute main sur les affaires locales.

Au temps de Rabbi Yehouda ha-Nassi (vers l’an 200 de l’ère actuelle) l’organisation interne des pouvoirs administratifs marqua un tournant. Par ses dispositions testamentaires, il avait scindé les fonctions du Nassi qui cumulait les tâches spirituelles, éducatives et administratives. Désormais, le titre et l’autorité politique restent les attributions de ses descendants jusqu’à la fin de l’époque des Nessiim, mais la présidence du Grand Conseil est confiée à d’autres sages. Aussi l’influence spirituelle et culturelle des chefs des académies talmudiques, les yechivote, grandit fortement, alors que dans le secteur administratif, la fonction de Nassi, sauf cas exceptionnels comme chez Rabbi Yehouda Nessia et Hillel 2, devient purement honorifique. La charge toujours plus écrasante des taxes imposées aux chefs de la communauté, membres du Boulé, et l’extorsion de toutes sortes de « prélèvements » et de « dons», font que personne ne brigue plus ces postes communautaires qui, peu à peu, perdent toute importance.

L’administration locale semble alors assurée par le tribunal rabbinique ainsi que par « les chefs des synagogues » (archisynagogos en grec). Cette fonction existait déjà à l’époque du Temole, mais la responsabilité des titulaires s’accroît avec le temps. Par ailleurs, la faiblesse du pouvoir central autonome contraint certains dirigeants à prendre sur eux, mais sans en être aucunement mandatés, la lourde charge de représenter les Juifs auprès des autorités. Ce sera le cas, parmi d’autres, de Rabbi Abahou de Césarée, devenu officieusement le personnage politique le plus éminent de sa génération.

 

L’économie

 

A l’époque de la Michna et du Talmud, tant en Erets-Israël qu’en Babylonie, l’économie juive est essentiellement agricole. La plupart des chefs de famille sont des paysans propriétaires terriens, fermiers ou ouvriers agricoles. Les Juifs aisés, surtout en Erets-Israël mais aussi en Babylonie, sont généralement de grands propriétaires terriens, dont la fortune est établie sur les biens fonciers. Au demeurant, la Halakha indique de diverses manières que seuls comptent vraiment les biens immobiliers.

Les Juifs exercent aussi des professions artisanales et nombre de sages travaillent comme charpentiers, cordonniers, forgerons, potiers et tailleurs – par exemple, Rabbi Yo’hanan ha-Sandlar, « le cordonnier », Rabbi Yits’hak Nappa’ha, « le forgeron ». Le tissage est aussi une profession courante (bien que discréditée pour des raisons plutôt obscures), ainsi que le tannage, le bâtiment et l’architecture. On trouve aussi des orfèvres, des perceurs de perles, des médecins, des spécialistes de la saignée « chirurgiens », des géomètres, des chasseurs et des pêcheurs, ainsi que des âniers, des chameliers et des marins.

D’autres ont des tâches plus intellectuelles ou spirituelles. Bien des enseignants sont aussi des scribes, et il existait une « fabrique » de tefilin et de mezouzot en Babylonie. Les scribes des tribunaux rabbiniques rédigent des documents officiels et d’autres individus sont employés comme bedeaux dans des synagogues, comme fonctionnaires ou comme clercs.

Généralement, les activités commerciales n’ont guère d’ampleur et se limitent au marché local. De nombreux marchands ambulants offrent dans les villages bijoux et épices. Chaque localité a son épicier. Il vent de la farine, de l’huile, du vin… Dans les plus grandes villes, on trouve des bouchers – qui sont aussi des abatteurs rituels – des boulangers et des changeurs.

Seule une toute petite minorité travaille dans le commerce en gros, encore que depuis longtemps déjà de grands marchands juifs entretiennent des relations commerciales avec de lointains pays. Il semble qu’ils établissent des réseaux commerciaux ramifiés en Afrique et en Asie, prennent part au commerce international de la soie avec la Chine, des épices, des fruits et du fer avec l’Inde. Y participent aussi des sages de Babylone qui ont parfois des intérêts dans des compagnies étrangères à longue distance de leurs lieux de résidence. Dans la ville babylonienne de Me’hoza, une fraction importante de la haute société juive semble se livrer à d’intenses activités commerciales. Il reste que jusqu’à la période des Guéonim, la majorité des Juifs même en Babylonie, est occupée dans l’agriculture ou dans de petits travaux artisanaux. Bien plus tard seulement, les Juifs se tourneront vers le commerce.

 

L’Education

 

Le Talmud (Baba Batra 21a) indique que, durant de nombreuses générations, le peuple juif n’avait pas de système scolaire organisé. Même si, apparemment, la plus grande partie de la population savait lire et écrire, il n’existait pas d’établissements scolaires répartis sur l’ensemble du territoire et adaptés à tous les niveaux. On doit au grand-prêtre Yochochoua’ ben Gamla d’avoir mis en place, avant la destruction du second Temple, un véritable réseau d’enseignement parfaitement structuré.

Implanté essentiellement dans les grands centres, ce système va perdurer pendant des siècles. Dans chaque ville, les dirigeants doivent veiller à la présence d’un maître d’école, au moins dans l’éducation primaire. Apparemment, ce sont les parents, et non la communauté, qui payent le professeur. Un poste d’enseignant est attribué sur simple demande, mais le tribunal rabbinique où les sages sur place contrôlent ses aptitudes pédagogiques, l’âge et le nombre des élèves dans chaque classe. Le Talmud signale plusieurs cas où le maître a été révoqué (pour enseignements erronés ou châtiments corporels exagérés…).

Parfois, les cours sont donnés dans la maison du maître, mais le plus souvent, à la synagogue où des salles sont aménagées à cet effet. Seuls les garçons vont à l’école, mais dans certaines localités, des filles reçoivent à domicile une éducation de base dispensée par des maîtres particuliers. Il y a habituellemente 25 élèves par classe et si les effectifs sont plus nombreux, jusqu’à 40 élèves, dans ce cas, le maître est secondé par un assistant (« chef de l’estrade »). On commence à apprendre dès l’âge de 5 ou 6 ans ; parfois on envoie à l’école des enfants encore plus jeunes afin que, présents pendant les cours, ils captent en les entendant, des bribes de connaissances.

Dans les classes élémentaires, on étudie principalement la Bible. Les enfants apprennent à lire, à comprendre et à mémoriser des parties entières, surtout de la Torah. On avait aussi l’habitude d’apprendre par cœur, chaque jour, un verset de la Torah (d’où l’usage des sages de demander aux jeunes enfants « récite-moi ton verset » – ‘Haguiga 15a). Les enfants apprennent également à écrire et à réciter les bénédictions et les prières. Tous ne poursuivent pas leurs études, mais il semble bien que tout le monde sait lire et écrire. A propos d’un Juif qui ne savait pas écrire, le Talmud affirme qu’il ne pouvait s’agir que d’un « enfant emmené en captivité par des non-juifs ».

La connaissance de la Bible est très répandue et chacun devait être capable d’en faire la lecture publique. Ainsi, l’expression sarcastique « va lire (apprendre la Bible) dans la maison du rabbin » concerne une chose élémentaire que tout juif est censé connaître. La plupart arrêtaient la scolarité après une période d’instruction élémentaire de 5 années. Mais on veillait à ce qu’au moins pendant cette période minimale, chaque enfant ait la possibilité d’apprendre.

Seuls les élèves poussés par leurs parents ou particulièrement brillants et soutenus financièrement passent au stade suivant, mentionné dans Avot : apprendre par cœur, pendant une nouvelle période de 5 années, la totalité ou une partie des 6 traités de la Michna. Vers l’âge de 15 ans, les plus brillants ou les plus motivés continuent leurs études à l’académie talmudique, ou assistent à des cours donnés par des maîtres dans diverses yechivot. Ce petit groupe constitue en fait le noyau des disciples des sages qui poursuivent leurs études. Certains, jusqu’à ce qu’ils se marient et fondent un foyer. D’autres poursuivront les études de toutes les manières possibles, en les menant de front avec leurs occupations professionnelles. Le Talmud indique la répartition des élèves selon leurs niveaux : « Mille viennent étudier la Bible, cent apprennent la Michna, dix la Guemara et un seul arrive à enseigner », c’est-à-dire qu’il atteint le niveau du sage apte à transmettre son savoir.

 

La synagogue

 

Déjà à l’époque du second Temple, chaque communauté, en Erets-Israël ou ailleurs, dispose d’une synagogue. Les grandes agglomérations en ont plusieurs pour les membres des corporations professionnelles ou pour les originaires d’une contrée précise. Certaines synagogues sont d’anciennes habitations transformées en lieux de prière. Mais la plupart du temps il s’agit de bâtiments publics, construits et entretenus par la communauté qui en a la pleine propriété.

La synagogue n’est pas un simple lieu de prière ;  elle sert également de lieu de réunion où l’on traite les affaires de la communauté, de salle de classe pour les enfants et pour les adultes.

La synagogue est souvent bâtie hors des petites villes, afin, peut-être, d’inciter les villages environnants à s’associer à sa construction. Elle comprend parfois un appartement de fonction pour le ‘hazan (bedeau). En général, les synagogues à l’extérieur n’ont pas « d’arche sainte » fixe, mais simplement une pièce fermée où sont entreposés les rouleaux de la Torah et d’où on sort le coffret pour la lecture publique. La lecture de la Torah à la synagogue n’est pas seulement un acte strictement liturgique, mais a le caractère d’un véritable cours public. Pendant de nombreuses générations, on aura coutume de traduire la section de la semaine, verset par verset, en araméen. Les traducteurs utilisent généralement une version classique comme celle d’Onkelos. En Erets-Israël, à la fin de l’époque des amoraïm, les traducteurs ajoutent souvent des explications complémentaires et des enseignements allégoriques qui serviront de base au Targoum (Traduction) de Jérusalem de la Bible, appelé abusivement « le Targoum de Yonathan ».

 

Hommes et femmes au sermon du samedi après-midi

 

Les sages font régulièrement des sermons à la synagogue, parfois le vendredi soir, mais le plus souvent le samedi après-midi, devant toute l’assemblée, les femmes comprises. Ce discours public est appelé « sidra », ou « paracha », cours hebdomadaire, et englobe différents sujets. Parfois un jeune élève est chargé d’une intervention préliminaire, généralement sur le thème allégorique, en attendant que l’assistance soit au complet pour suivre le cours principal du rabbin de la ville.

Dans la « sidra » ou « paracha », le rabbin commente une halakha. Pour éveiller l’intérêt de l’assistance, il donne d’abord un enseignement allégorique lié à la section hebdomadaire. Cette introduction et d’autres passages de même ordre de leurs sermons constitueront les matériaux de base des recueils de midrachim. L’orateur aborde des points de halakha de son choix. Cependant, dès le mois précédant les fêtes de pèlerinage (‘Pessa’h’, la Pâque, « Chavouote », fête du don de la Torah et « Soukkote », la fête des cabanes) ainsi que les « Jours Redoutables » précédant Kippour, il enseigne les lois concernant ces fêtes.

Voilà comment les choses se passent habituellement : Le maître est assis sur une estrade, souffle la teneur de son discours à son « amora », son orateur, un jeune disciple assis à ses côtés qui fait office de « traducteur » ou « d’interprète » et qui répète les paroles à haute et intelligible voix dans un langage accessible à tous. Si l’assistance est nombreuse, on fait appel à plusieurs interprètes.

Les jours de fête sont marqués en Babylonie par un cours du même type mais avec plus d’ampleur que la sidra : la pirka (session). Y participent des maîtres particulièrement éminents au cours d’une importante cérémonie publique, souvent en présence de l’exilarque. Il arrive que des membres de la famille de l’exilarque soient invités à prononcer le sermon dont les grandes lignes leur ont été tracées par les érudits d’alors. La sidra et la pirka sont destinées au grand public, si bien que les orateurs n’abordent que des points de halakha parfaitement clairs et irréfutables. D’où l’expression « c’est une loi (que l’on pourra éventuellement communiquer à un particulier), mais on ne l’enseigne pas en public ». Poser une question pendant ce cours magistral est considéré comme un manquement aux règles de la politesse. Remarques ou critiques peuvent être formulées ultérieurement dans un cercle restreint.

 

Le Beit Hamidrach (la maison d’étude)

 

La synagogue, on l’a dit, sert de lieu de prière et on s’y réunit pour régler les affaires communautaires. Par contre, le beit hamidrach est principalement destiné à l’étude de la Torah, plus particulièrement du Talmud, même si dans la pratique on organise des prières publiques dans nombre de batè midrach. Au beit hamidrach – aussi appelé  « la maison des maîtres » – les sages étudient à longueur de journée, seuls ou comme c’est l’habitude, en petits groupes. Ces études particulières se font hors du cadre officiel, bien ordonné et défini qui, en Erets-Israël comme en Babylonie, changera à peine tout au long des générations.

Au départ, la structure est plus formelle en Erets-Israël. Les grandes académies, en particulier le siège du Sanhédrin ou des instances équivalentes, forment une sorte de laboratoire de la Halakha ayant pour charge d’élaborer les règles de conduite pour tous. Par le suite, les structures des grandes académies babyloniennes deviendront elles aussi plus formelles. Certaines descriptions datant de l’époque des Guenonim donnent une idée de l’organisation des batè midrach – dont les yechivote modernes se sont largement inspirées.

Le directeur de la yechiva siège à l’entrée de la salle, sur une chaise ou des coussins. Les élèves sont assis par rangées, face à lui ; généralement chacun a une place fixe. Les disciples les plus éminents, dont les élèves attitrés du directeur qui les considère parfois comme son égal, sont installés au premier rang. Plus on progresse dans l’étude et plus on se rapproche du maître.

Le cours porte généralement sur un traité que tous ont préparé. Le directeur de la yéchiva commence par expliquer lui-même la michna ou accorde ce privilège à l’un des disciples particulièrement doué, ajoutant l’une ou l’autre remarque le cas échéant. Quand il le juge nécessaire, il invite l’un des « tanaïm » – des élèves qui connaissent par cœur un grand nombre de baraïtote – à apporter des éclaircissements à partir d’une baraïta correspondante. Il lui arrive de compléter avec ses propres commentaires. Mais ce schéma théorique semble rarement respecté. Généralement, devant le forum des étudiants, les élèves soulèvent toute une série de questions portant sur des points d’exégèse ou de halakha, des contradictions entre l’une ou l’autre source ou des illogismes. C’est le directeur de la yechiva qui répond à toutes ces questions, mais chaque élève peut intervenir dans le débat, poser des questions et y répondre à son niveau. Les discussions se poursuivent habituellement jusqu’à la solution du problème ou jusqu’à ce que le forum en vienne à conclure qu’il ne dispose pas des éléments nécessaires pour éclairer le débat. Certaines questions passent d’une yechiva à l’autre, de Babylonie en Erets-Israël et retour.

On s’attache essentiellement au beit hamidrach à débattre et à approfondir les questions qui y sont traitées. Aussi, ce n’est pas le lieu idoine pour tenter de résoudre un problème particulier. Le cas échéant, on s’y adonnera hors du beit hamidrach, seul ou avec l’aide des collègues.

 

Une université populaire

 

Les cours, qui ont lieu tout au long de l’année, sont peu fréquentés. Seuls des jeunes gens pourvus d’une fortune personnelle ou soutenus matériellement par leurs parents, des nantis consacrant leur temps à l’étude, ainsi que le personnel fixe de la yechiva participent aux cours. Cependant, l’étude connaît une forte expansion – plus marquée et mieux structurée en Babylonie lors des « mois de l’assemblée générale ». Ces assemblées, appelées « yarkhé kala », se tiennent deux fois par an, en Adar et en Eloul, quand les travaux agricoles moins astreignants laissent du temps libre pour étudie. A chque yarkhé kala, nombre de sages se rendaient à la grande yechiva afin d’étudier au moins partiellement l’un des traités, que l’assemblée préparait pendant les 6 mois précédents.

Le temps fort de ces yarkhè kala est la leçon de Talmud donnée par le sage le plus éminent qui enseigne le traité, en partant de la Michna. Il explique et commente le texte, engage la discussion avec les élèves habituels et les invités. Pour être à même de comprendre ce cours très concis que supervise le directeur de la yechiva, les élèves doivent se préparr et réviser après l’avoir suivi sous l’autorité de maîtres mandatés, appelés « le(s) chef(s) de l’assemblée » et qui étaient en quelque sorte des directeurs-adjoints. Dans les grandes yechivot, plusieurs maîtres se répartissent la tâche, suivant le nombre des participants. Le « chef de l’assemblée » explique lui aussi le traité qui a été choisi en cette occasion comme sujet d’étude, mais son enseignement de haut niveau, sans interprétations personnelles, est moins formel.

Le chef de l’assemblée est généralement plus jeune et succède au directeur de la yechiva à la mort de celui-ci. A la fin des « jours de l’assemblée », le directeur de la yechiva décide du traité qui sera étudié à la prochaine session et en ewplique les principes de base et les sujets essentiels « il révèle le traité »). A la  fin des yarkhè kala, la plupart des participants repartent chez eux étudier ce traité, seuls ou en groupes, d’après les principes que le directeur de la yechiva leur a « révélés ».

Bien que ce cadre soit parfaitement tracé, les débats au beit hamidrach sont très ouverts, comme l’indique le Talmud. Chacun peut poser des questions et soulever des objections, même si certains directeurs de yechiva se font un point d’honneur « de rabrouer vertement les élèves » qui posent des questions stupides. Cependant, rien ne doit filtrer de ce que l’on dit au beit hamidrach. Car les discussions peuvent donner lieu à des échanges de propos très vifs, porter sur des affaires privées, familiales ou même politiques. Le secret des délibérations donne une pleine liberté aux participants qui peuvent ainsi sans crainte exprimer leur avis dans tous les domaines. On raconte qu’un étudiant fut mis à la porte deu beit hamidrach parce qu’il avait divulgué ce qui s’y était dit 22 années plus tôt ! Ainsi en allait-il surtout dans les grandes yéchivote, mais dans celles qui ont une audience plus réduite on est moins formel et l’étude rappelle davantage celle des yarkhè kala.

 

La logique des textes

 

Au premier stade de leurs études, les eunes élèves apprennenet chez un maître réputé qui leur enseigne à la fois « la guemara » – dans le sens de la tradition orale en incluant la Michna et les baraïaote – et sevara, l’explication et le sens profond de ces textes traditionnels. En Erets-Israël, l’élève étudie habituellement pendant des années chez le même maître qui assure donc pratiquement toute son instruction religieuse. L’élève établit ainsi avec son maître attitré d’étroits liens personnels, fondés sur une vive affection et un profond respect, auxquels la Halakha donne même un cadre formel ; la relation avec le maître passe pour être encore plus profonde que celle entre un père et son fils.

En Bagylonie, ces attaches sont moins courantes ; les élèves passent souvent d’un maître à l’autre ou apprennent en groupes, avec des condisciples. Même lorsque les liens avec leur maître attitré sont très forts, la plupart des étudiants éprouvent le besoin d’entendre, régulièrement ou occasionnellement, l’enseignement d’un autre sage ; après avoir dépassé le premier cap de leur apprentissage et atteint un haut niveau, ils cherchent ainsi à acquérir « une grande compétence dans le raisonnement et l’analyse logique ».

En Babylonie, un élève qui a plusieurs années d’études derrière lui est appelé « un jeune homme parmi les maîtres » ; il est respecté par ses concitoyens, mais il est rarement nommé à un poste officiel ou fixe. A ce stade, certains élèves se rendent chez d’autres maîtres pour apprendre d’autres opinions et de nouvelles argumentations. Pourtant, dans certains cas, « il n’avait pas besoin de la sagacité de son maître, mais de ses traditions orales ». (Sanhédrin 36b). Après un certain laps de temps, le jeune est considéré comme membre à part entière du corps rabbinique et il devient « l’un des rabbins », ou « ce rabbin ».

Loin de chez eux la plupart du temps, élèves et maîtres logent dans des pensions. Des loguers accordent certains soutiens, semble-t-il, à leurs pensionnaires, mais beaucoup perçoivent un loyer. Dans de très rares localités seulement, il existe des bâtiments réservés aux élèves et aux visiteurs.

La population locale apporte une aide matérielle, surtout aux étudiants pauvres. Parfois, c’est le directeur de la yevhiva qui les prend en charge, en les soutenant de ses propres deniers ou grâce à l’aide de la communauté. Les grandes yechivote installent le beit hamidrach dans des bâtiments spéciaux, mettent sur pied des fondations charitables qui apportent un secours matériel, parfois substantiel, aux étudiants et financent largement le corps enseignant, « chef de l’assemblée », et autres. Ils assurent un train de vie honorable au directeur de la yechiva. En Babylonie, surtout à l’époque des Gueonim mais apparemment beaucoup plsu tôt aussi, les grandes yechivote ont « des sphères d’influence » et perçoivent des taxes et les impôts locaux payés par les Juifs.

Le cursus des études dans les yechivote dure plusieurs années. En Babylonie, les jeunes gens se marient avant d’aller étudier la Torah, mais en Erets-Israël, l’usage est d’étudier avant de contracter mariage.

Une fois le Talmud clôs, son enseignement engage tout Israël ; tout comme à la Torah, on ne peut rien ajouter ni retrancher. Cependant, la tâche des sages fut dorénavant d’en donner des explications et des éclaircissements.

Le Talmud avait posé les principes pour parvenir à la Halakha en cas de divergences d’opinions. C’est ainsi que dans la controverse entre Bet Hillel et Bet Chamaï (deux écoles aux opinions différentes), la Halakha fut généralement fixée selon Bet Hillel ; dans celle entre Rabbi Eliézer et Rabbi Yéhochoua, la Halakha fut selon Rabbi Yehochoua, entre Rabbi Yéhochoua et Rabbi Akiva, on l’établit d’après Rabbi Akiva  entre les amoraïm Abayé et Rava, à l’exception de 6 cas, la Halakha suit l’avis de Rava ; etc…

Dans plusieurs cas néanmoins, la Halakha ne fut pas tranchée. En outre, il s’avéra qu’il existait parfois des divergences d’opinions entre le Talmud de Babylone et celui de Jérusalem, ou des versions différentes. Les Saboraïm, sages appartenant à la génération qui suivit la clôture du Talmud, fournirent de nouvelles explications et des éclaircissements. Les guéonim leur succédèrent pendant une période de 450 ans.

Les guéonim, maîtres éminents des yéchivote de Babylonie, représentaient l’autorité spirituelle dominante. C’est à eux que l’on s’adressait pour recevoir des éclaircissements concernant en particulier la solution des nouveaux problèmes de Halakha qui surgissaient à chaque période. Les réponses des guéonim avec leurs explications et leurs décisions forment une ample littérature appelée Techouvot Haguéonim, responsa des guéonim qui, jusqu’à nos jours, constitue la base pour la compréhension des problèmes du Talmud.

La responsa étant rédigée dans un style académique, elle n’était accessible qu’aux personnes initiées aux études talmudiques. Or, comme à la suite des persécutions et de l’état d’instabilité qui en résultait, le niveau des études baissait et la compréhension du Talmud et de la responsa des guéonim devint le domaine d’une élite, certains grands maîtres sentirent la nécessité de présenter au public les décisions du Talmud et des guéonim sous forme de code de lois. Ces maîtres décisionnaires furent appelés « Possekim » ; leurs œuvres furent accueillies avec grand intérêt par le public.

Le premier grand décisionnaire fut Rabbi Yits’hak Elfassi (le Rif) qui rédigea un résumé du Talmud (écrit comme lui en Araméen), divisé selon les mêmes traités et où il supprima toute l’argumentation pour ne rapporter que la décision de la Halakha. Les lois en vigueur à l’époque du Temple uniquement furent également supprimées. Cette œuvre maîtresse fut le point de départ et la base de toute la littérature des possekim.

Rambam lui-même disciple du Rif, composa son fameux Code des lois, le « Michné Torah », recueil de toutes les lois contenues dans le Talmud et dans les explications des Guéonim, qu’il conçut magistralement avec l’art d’un architecte. Pour la première fois, la Loi orale fut divisée en catégories, chaque sujet traité à part avec toutes les règles y afférant, et précédé d’explications fondamentales. Le tout est systématiquement exposé avec une clarté et une simplicité de langage où chaque expression est bien pesée, de sorte que l’addition ou la suppression d’un seul mot a sa signification, qualité propre à la Michna.

Cette œuvre est divisée en 14 parties que l’on appelle Yad Ha’hazaka, « la main forte », appellation par laquelle elle est également connue (le mot Yad en hébreu a pour compte numérique 14). Le but de Rambam, précisé dans son introduction, était de mettre la connaissance de toute la Loi orale à la portée du peuple, afin qu’elle ne fût pas seulement le domaine d’une élite d’érudits.

 

Les tribunaux rabbiniques

 

Là où ils habitent, les rabbins servent également de juges dans les affaires civiles, d’arbitres dans les problèmes d’intérêt privé et de décisionnaires dans les questions rituelles. On vient au beit hamidrach pour exposer l’un ou l’autre cas douteux qui s’est présenté devant le tribunal rabbinique. Il arrive qu’un juge soumette une question à laquelle il n’a pu apporter de réponse satisfaisante aux membres du beit hamidrach qui en discutent et tranchent.

En Erets-Israël, les tribunaux rabbiniques sont composés de 3, 23 (le Petit Sanhédrin) ou 71 juges (le Grand Sanhédrin). Les membres de ces deux Sanhédrins sont assis en demi-cercle. Au centre, siège le président du tribunal (le Nassi), et à ses côtés, son assesseur (le Av Beit Din). Les autres juges sont répartis autour d’eux suivant leur ordre d’importance. Plus tard, la hiérarchie interne sera très clairement définie et certains juges signeront les documents officiels en indiquant la place qu’ils occupaient dans la rangée (« le 4ème » » ou « le 5ème »).

Face au public, les fils des sages sont assis dans la première rangée, juste devant le tribunal. Ces places sont purement honorifique et ne sont pas attribuées en fonction du niveau des connaissances. Face aux juges, 3 rangées de 23 sièges chacune, sont occupées par des sages, assis dans un ordre bien déterminé. Si l’un d’eux est absent, il est remplacé par le suivant.

 

Les séances du tribunal sont publiques

 

Les étudiants assistent aux séances, écoutent les discussions des juges et ont le droit, voire le devoir, d’exprimer leur avis quand ils ont une observation à faire ou à poser une question. Cette participation est l’une des méthodes actives les plus efficaces de l’étude de la Torah. Et il arrive que le tribunal se transforme en une sorte de petit beit midrach, les principaux points de halakha devenant le thème des débats entre maîtres et élèves.

Les scribes sont assis à côté des juges. Dans le Petit Sanhédrin, ils ont la tâche officielle d’inscrire les avis des sages, alors que dans les autres tribunaux rabbiniques ils rédigent des documents et enregistrent les décisions formelles de la Cour. Les tribunaux rabbiniques ont aussi à leur disposition des huissiers ministériels chargés de faire appliquer les décisions et d’infliger le cas échéant les peines corporelles.

Avant de siéger au tribunal, Rav, le célèbre amora, disait en plaisantant : « Apportez-moi mes outils de travail, le bâton et le fouet (pour frapper les contrevenants), la sandale (pour le cérémonial de la ‘halitsa) et le chofar (utilisé lorsque le tribunal jetait l’anathème sur les récalcitrants) ».

En plus de ces tribunaux rabbiniques où siègent des sages réputés, il existe aussi des cours d’arbitrage dont les membres n’ont aucune qualification juridique et où ces règles de procédure ne sont pas suivies. Tous les tribunaux ont néanmoins un point commun – les juges ne sont pas payés. Dans de rares cas, certains reçoivent une compensation professionnelle régulière. Les seuls juges rétribués sont ceux qui sont attachés au Temple et au Conseil supérieur de  la ville de Yavné.  Ceux-là travaillent à temps complet. Mais ils font exception, car à l’époque de la rédaction de la Michna et du Talmud, toutes les fonctions juridiques et rabbiniques sont assurées bénévolement.

 

Les maîtres et leurs disciples et la logique des textes

 

Au temps de la Michna et du Talmud, les sages constituent une couche sociale particulière, une élite habillée à prendre les décisions les plus importantes dans tous les domaines de la vie. Cette aristocratie est ouverte à tous les hommes de talent, même si un certain esprit de caste perce çà et là, par exemple, dans la recommandation faite à un sage de se marier de préférence avec la fille d’un sage. Les esprits doués parviennent à la célébrité grâce à leurs qualités personnelles et la noblesse familiale n’a pratiquement aucune incidence dans ce domaine. Certes, on compte bon nombre de familles rabbiniques où le père et le fils – et parfois même le petit-fils – acquièrent une grande renommée, mais en général les chefs spirituels de chaque génération sont des hommes nouveaux qui se sont élevés par leur seul mérite.

Les sages se distinguent de la masse et, en Babylonie, ils portent même une tenue spéciale. Les maîtres et leurs élèves profitent de certains privilèges, comme l’exemption de taxes, mais leur vie est intimement liée à celle du peuple. Car la plupart des maîtres ne tirent pas leur subsistance de l’enseignement qu’ils donnent, mais à l’instar des autres, travaillent dans l’agriculture, l’artisanat ou le commerce.

Quelques-uns, c’est le cas de Rabbi El’azar ben ‘Azarya et des membres de la maison du Nassi, sont très fortunés, mais la grande majorité appartient à la classe moyenne, et certains sont excessivement pauvres. Le plus clair de leur existence, les sages peuvent étudier la Torah seulement après s’être libérés de leurs obligations professionnelles. Seuls les riches héritiers, des hommes qui sont soutenus financièrement par leurs parents ou qui ont fait fortune, ont les moyens de se consacrer à plein temps à l’étude de la Torah.

Dans de nombreux domaines, et en particulier quand il s’agit de fixer la halakha définitive, on se range à l’avis des décisionnaires ultérieurs, même s’il va à l’encontre des arrêts pris par d’anciennes autorités. La règle bien connue « la halakha suit [l’avis] des décisionnaires ultérieurs » est un principe de base du Talmud et dans la littérature rabbinique.

 

Les communautés juives d’Erets-Israël de l’époque Antique

 

Oucha,

ville de Galilée, siège du Sanhédrin le temps d’une génération, (à partir de l’an 140 de l’ère actuelle). Après la révolte de Bar Kokhba (132-135) qui aboutit à la ruine presque complète de la communauté juive en Judée, ceux des sages qui ont survécu, notamment les disciples de Rabbi Akiba, se regroupent autour de Oucha, où vit le Nassi du Sanhédrin, Rabbin Chim’on ben Gamliel 2. Bien que dispersés, principalement en Galilée, ils reconnaissent Oucha comme centre d’étude, siège du Sanhédrin. C’est là qu’ils promulguent nombre d’ordonnances importantes, « les ordonnances de Oucha ». Par la suite et apparemment pour une courte période, le Sanhédrin s’établira à Shefar’am.

 

Beit Chearim,

petite ville de Galilée, siège du Sanhédrin au temps de Rabbi Yehouda ha-Nassi. C’est là, apparemment, qu’il a composé la plus grande partie de la Michna. Vers la fin de sa vie, et pour des raisons de santé, il s’installe à Trippori. Rabbi Yehouda sera enterré à Beit Chearim qui devient alors un lieu de sépulture illustre. Nombre d’habitants d’Erets-Israël et de la diaspora demanderont à être enterré près de sa tombe.

 

Bné-Brak,

Petite ville de Judée. C’est là qu’habitait sans doute Rabbi Akiba et que se trouvait sa yechiva.

 

La Galilée

A l’époque du second Temple, elle est coupée des grands centres de culture juive en Judée par « le territoire des Samaritains », qui empêche tout contact suivi avec le Sud. Aussi, les Galiléens passenet-ils pour être incultes, peu versés en Torah. La communauté juive de Galilée s’accroît après la destruction du Temple, et après la ruine de Bétar, puis celle de la Judée tout entière, elle devient un centre spirituel de première importance. Dès lors et jusqu’à l’achèvement du Talmud de Jérusalem (en 395), la Galilée est le foyer de la culture juive en Erets-Israël.

Au plan topographique, elle comprend deux régions principales : la Basse Galilée, dont la frontière septentrionale correspond en gros à une ligne reliant le lac de Tibériade à la Méditerranée, et la Haute Galilée.

 

Tibériade

Ville située sur la rive du lac du même nom (mère de Galilée), fondée en l’an 18 de l’ère actuelle, par Hérode Antipas sur le site d’anciennes colonies et en particulier, selon certaines sources talmudiques, (Meguila 6a), à l’emplacement de la ville biblique de Rakkat. A l’origine, Tibériade avait une population mixte Juifs et non-juifs. Ses habitants ne se distinguaient pas par leur érudition, mais après la destruction du Temple, on y trouve des maîtres éminents, comme Ben ‘Azaï eet Rabbi Meir. Lorsqu’elle devient le siège di Sanhédrin, en 235, et du « Conseil » présidé par Rabbi Yehouda Nessia, la ville connaît son heure de gloire. Rabbi Yonathan, nouveau chef spirituel de son temps, y dirige sa yechiva.

Dès lors, Tibériade est le centre de Torah de tout Erets-Israël. La plupart des élèves de Rabbi Yo’hanan, en particulier ceux qui sont venus de Babylonie, s’y installent afin de poursuivre leurs études. L) vivent aussi : Rèch Lakich, Rabbi El’azar ben Pedat, Rabbi Ami, Rabbi Yirmeya, Rabbi Yona. C’est probablement à Tibériade qu’on a rédigé la majeure partie du Talmud de Jérusalem. La ville restera un important centre de créativité religieuse et spirituelle, même après l’époque talmudique. On y écrit des midrachim et des poèmes liturgiques (piyoutim). Le célèbre Saadia Gaon témoignera, au 10ème siècle, que les gens de Tibériade sont des spécialistes de grammaire hébraïque, et de fait, le système de ponctuation de l’hébreu, en usage encore aujourd’hui, est appelé « la ponctuation de Tibériade », pour avoir été mis au point dans cette ville.

 

Yavné

Ville de Judée. Après la destruction du Temple, elle devient un important centre de Torah et siège du Snahédrin . Précédemment déjà, semble-t-il, sa population juive était considérable, mais elle doit sa célébrité à Rabbi Yo’hanan ben Zacaï, autorisé à y installer le Sanhédrin. La yechiva de Yavné, que Rabban Gamliel 2 (de Yavné) dirige avec lui, attire bien des Maîtres de l’époque. De nombreuses ordonnances y sont promulguées pour ranimer la vie juive religieuse et spirituelle après la destruction du Temple. Yavné restera un centre important jusqu’à Bar Kokhba.

 

La Judée

C’est là que les Juifs d’Erets-Israël habitent principalement à l’époque du second Temple et jusqu’à la destruction de Bétar. La culture juive fleurit dans bien des localités de Judée dont les habitants sont connus pour leur érudition et la pureté de la langue. Leurs coutumes se distinguent de celles de Jérusalem, et sont l’expression d’une tradition religieuse spécifique.

 

Jérusalem

Depuis le roi David, centre spirituel et religieux du peuple juif. A l’époque du second Temple, le Sanhédrin qui siège dans la salle en pierre taillée, est l’autorité religieuse suprême. D’un point de vue culturel et halakhique, Jérusalem est unique : elle se distingue des autres villes, et pas seulement par son caractère sacré et la spécificité de la législation en usage. Ainsi, on y parle un dialecte hébreu très particulier dont la Michna garde des traces. Après la destruction du Temple, une petite communauté juive continue, semble-t-il, à habiter Jérusalem. Puis, elle sera entièrement rasée par l’empereur Hadrien. La ville reconstruite sera interdite aux Juifs.

 

Lod (Lydda)

L’une des plus anciennes villes de Judée. Elle prend de l’influence vers la fin du second Temple et après la destruction du Sanctuaire, elle reste un important centre culturel pendant bien des générations. C’est la ville de quelques grands tanaïm comme Rabbi Eliézer le Grand (ben Horkenos), Rabbi Tarfon et d’autres encore. D’importantes décisions seront prises « au premier étage de la maison de Nitza » à Lod. Après la révolte de Bar Kokhba, la vilel demeure un centre réputé de Torah et le point de ralliement des « sages du Sud » : Rabbi Yehochoua ben Lévi, Rabbi Simlaï, Rabbi Yits’hak bar Na’hmani, Rabbi Chim’on ben Pazi, Rabbi Yehouda son fils et Rabbi Aba.

 

Tsippori

Grande ville de la Hautre Galilée en perpétuelle concurrence avec Tirériade pour l’hégémonie spirituelle en Galilée. Dès le second Temple, elle se distingue des autres villes de Galilée par l’importance et l’érudition de sa population juive. C’est là qu’habitent Rabbi Yo’hanan ben Nouri, Rabbi ‘Halafta et son illustre fils, Rabbi Yossi. Elle est aussi le siège du Sanhédrin pendant une génération et Rabbi Yehouda ha-Nassi s’y installe à la fin de sa vie, suivi par ses principaux disciiples : Rabbi Yichmaël, fils de Rabbi Yossi, Rabban Gamliel, Rabbi ‘Hanina bar ‘Hama (qui deviendra directeur de la yechiva) et Rabbi Yanaï. Même après le transfert du Sanhédrin à Tibériade, des sages réputés comme Rabbi ‘Hanina et Rabbi Mana, amoraïm d’Erets-Israël, continuent d’habiter à Tsippori.

 

Le territoire des Samaritains ou Samarie

C’est là qu’habitent les Samaritains. Cette région aux alentours de la Sichem biblique n’est pas vraiment définie politiquement et les limites de ce territoire à forte densité samaritaine se modifient au fur et à mesure. Pendant la monarchie asmonéenne, il est plutôt étroit, mais plus tard, les Samaritains vont l’agrandir. A certaines époques, le territoire samaritain s’étend jusqu’à la plaine côtière et de ce fait, coupe la population juive de Galilée de celle de Judée.

 

La Babylonie

Les frontières exactes de la Babylonie changenet d’une période à l’autre. A l’époque talmudique, les Juifs occupent principalement le territoire situé entre l’Euphrate et le Tigre, qui va de Biram au nord jusqu’à Hini et Shili au sud (sur les rives de l’Euphrate) et de Bagdad à Shekanzib, sur les rives du Tigre.  Cependant des communautés juives existent aussi dans d’autres parties de la Babylonie.

 

Bagdad

A l’époque talmudique, Bagdad est une petite ville. Sa communauté juive compte plusieurs sages surnommés précisément : « de Bagdad ».

 

Bei ‘Hozaï

Région au sud-ouest du Tigre, connue plus tard sous le nom de Khuzistan. Sa population juive, ramification de celle de Babylonie, étant éloignée des grands centres talmudiques pass pour être ignorante. Elle entretient néanmoins avec le centre babylonien d’étroites relations commerciales auxquelles bien des Juifs, dont des sages, participent activement.

 

Houtsal

Petite ville de Babylonie où vit une très ancienne communauté juive de descendants de la tribu de Benjamin. Nombre de sages réputés sont originaires de Houtsal. Ses citoyens étaient connus pour leurs coutumes particulières. Le Talmud (Meguila 29a) dit de son ancienne synagogue qu’elle est l’un de ces lieux privilégiés que la Présence divine n’a jamais quittés. D’après Rav Sherira Gaon, Houtsal se situe à proximité de Neharde’a.

 

Kafri

Petit village, sans doute situé au sud de Soura, sur l’un des affluents de l’Euphrate. Sa communauté juive est très ancienne et nombre de familles illutres, par exemple, celles de Rabbi ‘Hiya et de Rav, habitent Kafri, y compris, semble-t-il, le rech galouta (l’exilarque).

 

Me’hoza

Ville sur le Tigre, près du fleuve Malca. C’est une importante cité commerciale à majorité juive qui, cotrairement à ce qui se passe ailleurs, vit du commerce. La ville compte un grand nombre d’immigrants juifs originaires de plusieurs pays et des prosélytes. Après la destruction de Neharde’a en l’an 259 de l’ère actuelle, sa yechiva est transférée à Me’hoza qui devient alors un grand centre de Torah, sous l’égide de maîtres éminents, comme Rav Na’hman, Rav Chéchèt, Rava (qui sera plus tard directeur de la yéchiva), Amémar et Rav Cahana (le maître de Rav Achi). Après la mort d’Abayé (en 338), la yechiva de Poumedita (dirigée par Rava) est aussi transfrérée pour un temps à Me’hoza.

 

Mèchan (Mésène)

Région du Sud de la Babylonie, à l’est du Tigre. Sa communauté juive est réputée de moindre exaction et de moindre érudition.

 

Mata-Me’hassya

Petite ville proche de Soura. Rav Achi y rédige le Talmud. Plus tard, semble-t-il, Soura et Mata-Me’hassya vont fusionner.

 

Neharde’a

Ville sur l’Euphrate, près du fleuve Malca, ou vit l’une des plus anciennes communautés juives de Babyulonie (depuis le premier Temple au 6ème siècle, avec l’exil de Joachin, roi de Juda, dit la tradition). Foyer de la Torah, sa yechiva est la plus ancienne de Babylonie. Elle reçoit des visiteurs de marque comme Rabbi Akiba, qui y décide, cette année-là, d’intercaler un mois supplémentaire (Yebamot 22b) A l’époque de Rav, (1ère moitié du 3ème siècle de l’ère actuelle), la yéchiva de Neharde’a est dirigée par Rav Chela, puis par Chémouel. La ville estproche de la frontière qui sépare l’Empire romain de l’Empire perse et de ce fait, elle souffre des guerres incessantes entre ces puissances. Papa ben Nazer Odonathus, roi de Tadmor, la détruit complètement en l’an 259. Plus tard, les Juifs s’y réinstallent et nombre de maîtres y demeurent même après le transfert de sa yechiva à Me’hoza et à Poumbedita.

 

Netsibine (Nissibis)

Ville fortifiée du Nord de la Babylonie où vit la plus grande partie de la communauté juive à l’époque du Second Temple et pendant les années qui suivent immédiatement. Le plus prestigieux rabbin de Netsibine, Rabbi Yehouda ben Betère 1, est l’un des grands maîtres à la fin du Second Temple. Toute la famille des « benè Betèra », semble-t-il, est originaire de cette ville. La ville sera détruite par l’empereur romain Trajan au début du 2ème siècle de l’ère actuelle.

 

Nérèch (Narès),

Ville babylonienne au sud de Soura. Plusieurs sages de Nérèch sont mentionnés dans le Talmud. Rav Papa, l’amora qui habite à Nérech, s’y montre très actif (vers la moitié du 4ème siècle). On y transfère momentanément la yechiva de Soura.

 

Soura

Ville du Sud de la Babylonie. Sa communauté juive n’est pas très importante jusqu’à l’arrivée de Rav, le grand amora, qui y fonde une yechiva (en l’an 220). Dès lors, et jusqu’à la fin de l’époque  des Guéonim, (à l’issue du premier millénaire) Soura sera un grand centre de la Torah. Sa yéchiva, dirigée par les plus proches disciples de Rav, est fortement influencée par la tradition halakhique d’Erets-Israël ; elle est réputée pour son approche particulière de l’étude. Parmi les grands maîtres de Soura, on peut citer Rav Houna, Rav ‘Hisda, Ravina et Rav Achi. La majeure partie du Talmud de Babylone y est rédigée. Il existe une autre ville du même nom. Pour éviter toute confusion, on appelle cette dernière « Soura de l’Euphrate ».

 

Poumbedita

Ville de l’Euphrate au nord-ouest de Neharde’a, qui reste longtemps un centre important de la communauté juive. Dès l’époque du second Temple, elle est appelée « la Diaspora », et on la oonsidère comme le foyer du judaïsme babylonien. Après la destruction de Neharde’a, sa yéchiva sera transférée à Poumbédita où elle fonctionnera sans interruption jusqu’à la fin des Gueonim. Les sages de Poumbedita sont réputés pour leur sagacité. Les directeurs les plus fameux de la yechiva de la ville sont : Rav Na’hman bar Yits’hak, Rav Zevid et Rafram. Sa renommée est aussi très grande à l’époque des Gueonim et éclipse bien souvent celle de Soura. Les derniers directeurs de la yechiva sont les fameux Rav Sherira Gaon et Rav Haï Gaon.

(Sources : Le Talmud de Babylone, par le Rav Adin Steinsaltz – Editions Ramsay (guide et lexiques, édition 1995 et le Choul’hane Aroukh, édition 1989 chez ‘Hasdei Lea)

 

A propos du Talmud, les écrits diffamatoires par un russe inculte du 19ème siècle sert encore de modèle aux antisémites

Sur internet il y a d’affreuses soi-disant citations du Talmud , véritable tissu de mensonges, qui sont soit inventées de A à Z,

soit falsifiées,

soit mises hors de leur contexte. Il serait trop fastidieux de reprendre ces centaines de citations et à chaque fois de montrer où est la falsification, néanmoins nous allons tâcher de traiter ici bon nombre de ces honteuses accusations. Ce que nous pouvons dire haut et fort avant de nous pencher dans les détails c’est que ces accusations sont absolument fausses.

Une partie est tout simplement des inventions. Une autre partie est sortie de son contexte, ce qui fait que cela donne un aspect fallacieux, et une troisième partie a tout simplement traduit le mot « Akoum » par gentil que les auteurs de ces faux extraits se sont ensuite eux-mêmes permis de traduire par « chrétien ». Le mot « Akoum » signifie « serviteur des étoiles et des signes zodiacaux », donc une forme d’idolâtrie, et pas du tout ce qu’ils affirment.

Un exemple éloquent est le sujet des chrétiens, nombre de ces fallacieuses accusations concernent en effet les chrétiens qui seraient soit disant insultés par des propos injurieux à leur égard. C’est bien simple, le mot chrétien ou chrétienté n’apparaît NULLE PART dans le Talmud, si ce n’est UNE SEULE FOIS dans le traité Taanit page 26, il est écrit là-bas qu’on n’a pas le droit de décréter un jeûne publique le dimanche car c’est le jour férié des chrétiens. À part cela, aucune mention, ni de chrétiens, ni de chrétienté, dans TOUT le Talmud.

En second préambule, comme tout le monde le sait, le Talmud donne différents avis sur différentes choses. Les discussions s’étendent parfois sur quelque pages et finalement le Talmud conclut comment est statuée la loi, et il est malhonnête de prendre un court extrait d’un seul avis sans prendre en considération le deuxième, surtout si le premier n’est pas retenu dans la loi et que le deuxième l’est. Il s’agit simplement d’une discussion rhétorique, et lorsqu’un avis sera nié par des preuves à l’appui, il est absurde de le retenir, car il n’existe plus. Or dans les extraits ramenés, nous trouvons des exemples de ce type.

Il est clair que ces soi-disant citations du talmud ont comme seul but d’attiser l’antisémitisme et chaque personne honnête pourra vérifier et voir à quel point elles sont fausses ou falsifiées ou hors de leur contexte.

Quoi qu’il en soit, il est clair que le judaïsme fait partie des religions de l’histoire qui ont élevé le degré d’humanité du monde. Des esprits haineux ou jaloux essayent d’accuser les juifs du contraire au moyen de citations soit erronées, soit fallacieuses, soit citées hors-contexte, nos présentes réponses en sont un petit aperçu que nous espérons suffisamment représentatif.

 

D’où viennent ces citations mensongères ? D’un « modèle » antisémite de 1892 !

Repris sur nombre de sites de prosélytisme musulman, des sites clairement anti-Juifs d’extrême droite ou d’extrême gauche, ou encore quelques sites chrétiens comme le site catholique italien Pontifex [le lien ne marche plus… bonne nouvelle :p], qui défend l’église de toute charge d’antisémitisme, mais qui a mis en ligne … un classique de l’antisémitisme :

Le Talmud démasqué – I Cristiani nel Talmud – del Rev. I.B. Pranaitis tratto da « Il Talmud smascherato » – avec l’image de la couverture à l’envers (« Le Talmud démasqué : Les enseignements rabbiniques secrets concernant les Chrétiens », la deuxième partie du titre, qui est susceptible d’éveiller quelques doutes dans l’esprit du lecteur, n’est pas indiquée dans le site). Cet ouvrage, véritable fut publié en 1892 à Saint-Petersbourg par un prêtre lithuanien, Justin Bonavanture Pranaitis.

Justin Bonaventure Pranaïtis (1861-1917) était un prêtre catholique lituanien, ainsi qu’un professeur à l’Académie de Saint-Pétersbourg. En 1892, il publie Le Talmud démasqué (à l’origine, en latin, : Christianus in Talmude Iudaeorum) dans l’ambition de démontrer la nature anti-chrétienne et haineuse du Talmud. Il est également connu pour sa participation à l’affaire Beilis dans laquelle il s’humilia en démontrant sa méconnaissance du Talmud. En raison de ses positions racistes, il a été exécuté par la Commission extraordinaire, un service secret créé pour combattre les ennemis du régime bolchévique.

L’affaire Beilis

L’affaire Beilis concerne Menahem Mendel Beilis, un Juif ukrainien accusé d’avoir commis un crime rituel. Beilis n’était pas un Juif pieux car il travaillait aussi bien lors du Shabbat que durant les fêtes, notamment dans une fabrique de briques qu’il rejoint en 1911. La même année, un jeune garçon disparait mystérieusement avant que son corps, mutilé, ne réapparaissent une semaine plus tard dans une grotte proche de la fabrique de briques dans laquelle travaillait Beilis. Ce dernier est arrêté après que soit attesté par un allumeur de réverbères que la jeune victime ait été kidnappée par un Juif. Pendant deux ans, Beilis attend son procès en prison alors que la presse russe lance une campagne d’antisémitisme, accusant les Juifs de pratiquer des crimes rituels. Le procès de Beilis, en 1913, dura environ un mois et se conclut par l’acquittement prononcé par un jury composé uniquement de chrétiens. Je vous passe les détails de ce procès pour en venir à l’intervention de Justin Bonaventure Pranaïtis. Celui-ci a été appelé lors du procès de Beilis en tant qu’expert religieux dans les rituels juifs. Il déclare que le meurtre du jeune garçon est un rituel religieux juif de libation de sang. Pourtant, sa crédibilité s’évapore presque instantanément lorsque la défense de Beilis démontre son ignorance à propos de simples concepts et définitions issus du Talmud.

Un extrait issu du livre de Samuel Maurice (Blood accusation : The strange history of the Beiliss case) à propos de l’interrogatoire de Pranaïtis au cours de l’affaire Beilis (les termes entre guillemets sont les noms de certains traités du Talmud) :

Q: Que signifie le terme “Hullin” ?
R: Je ne sais pas.
Q:
Que signifie le terme “Erubin” ?
R: Je ne sais pas
.
Q: Que signifie le terme “Yevamot” ?
R: Je ne sais pas.
Q: Quand a vécu Baba Bathra et quelle était son activité ?
R: Je ne sais pas.

Réaction de l’audience issue de l’autobiographie de Beilis :  « Beaucoup dans l’assistance riaient de temps en temps quand il devenait clairement confus et ne pouvait même pas répondre intelligiblement à quelques questions posées par mon avocat. »  

 

Erreurs dans le référencement des citations

Les personnes ayant établi ces listes de citations n’ont pas connaissance de ce qui compose le Talmud. C’est pourquoi l’on retrouve répertorié, parmi les divers traités du Talmud, des références issues d’autres livres. Par exemple, Orach Chayim et Yore Dea ne sont pas des traités talmudiques mais des sections de l’Arba’ah Tourim, un recueil des lois juives réalisé par Yaakov ben Asher, un rabbin des XIIIe/XIVe siècles !!

Certaines de ces citations présentent le numéro de page assorti de la lettre C. Or, le Talmud, édité depuis le XVIe siècle suivant l’édition de Bomberg, numérote le recto d’une page avec la lettre A et le verso avec la lettre B.  Une référence portant la lettre C signifierait peut être qu’un secret est inscrit sur la tranche de la feuille, qui sait…

Dans le même genre, on retrouve parfois un numéro de page suivant le numéro assorti d’un A ou d’un B, ce qui n’existe pas dans une citation correcte du Talmud étant donné que le premier nombre est déjà le numéro de la page. Enfin on trouvera parfois des références qui n’existent tout simplement pas : Hikkoth X, 1 : ce traité n’existe pas et le X ne veut de toute manière rien dire, Jalkut Rubeni gadol 12b : cette référence n’existe pas, Sepher Ou Israël 177b : cette référence n’existe pas non plus, etc…

Note: Les réponses apportées sur ce sujet (Voir les sous-sections portant le nom des traités talmudiques dans la barre du menu) proviennent en grande partie des réponses du Rav Ron Chaya, que vous pouvez retrouver dans la rubrique « Questions / Réponses » du site Leava

(Sources : Torah Universelle – lejuiferrant.unblog.fr)

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La vie quotidienne en Israël dans l’Antiquité à travers l’archéologie

Les enfants d’Israël aimaient la couleur. Cela se remarque à leurs vêtements, aux murs de leurs maisons et aux visages de leurs femmes. Dès l’époque des patriarches, ils se sentaient attirés vers le multicolore : « Israël chérissait Joseph plus que tous ses autres fils… et il lui avait fait faire une tunique multicolore (Genèse 37,3). » La fresque de Beni-Hassan nous montre des vêtements de tissu bleu et rouge, couleurs réservées au costume des hommes, alors que le vert semble avoir été celle des femmes. Dès le passage dans le désert, il est question de pourpre violette et écarlate  et de cramoisi (Exode 25,4). « Filles d’Israël, pleurez sur Saül qui vous vêtait de pourpre somptueuse ! » s’écria David après la mort du premier roi Saül (2 Samuel 1, 24).

Il est vrai que le pays de Canaan mettait à la disposition de ses habitants la palette de couleurs la plus riche du monde. Les enfants d’Israël n’avaient qu’à se servir : les grenades et le safran lui offraient un jaune merveilleux, la racine de garance et le carthame un rouge de feu ; le pastel donnait un bleu de ciel et la terre des montagnes de l’ocre et du rouge de Mars. Quant à la mer, elle produisait le plus riche de tous les colorants, la pourpre qu’on extrayait d’un coquillage appelé murex, dont on a trouvé des montagnes aux environs de Tyr et de Sidon, ces deux villes en étant les principaux centres d’utilisation

Le centre d’industrie textile de Beeth-Asbéa, situé dans le sud de Juda, était célèbre pour ses tissus de lin blanc. Hébron et Kiryath-Sépher étaient renommées pour leurs teintureries. On y a trouvé des bassins de pierre qui furent sans doute installés à cet effet. Dans l’ancienne Débir, on savait même teindre à froid.

« Je vais me bâtir une vaste demeure… avec… des lambris de cèdres et une peinture au vermillon » peut-on lire au chapitre 22, verset 14 de Jérémie. On peignait les murs ; on coloriait les pierres servant à la mosaïque ; on teignait les tissus, le cuir et le bois ; on fardait les lèvres, les joues et les paupières des jolies femmes. « Tes lèvres sont comme un fil de pourpre… Ta chevelure flotte comme la pourpre… et l’odeur de tes parfums est plus délicieuse que tous les aromates » (Cantique 4, 3 ; 7, 6 4, 10). Ainsi s’exprime Salomon dans son Cantique des Cantiques, un des plus beaux poèmes d’amour à l’adresse du Créateur de toutes les littératures. Discrètement, il y est fait allusion au plaisir que les enfants d’Israël avaient à se parer et aux secrets de beauté de leurs femmes. Leurs parfums, leurs fards, leurs crèmes et leur teinture capillaire, réalisés avec les ingrédients, les meilleurs du monde d’alors, pourraient encore satisfaire nos élégantes du XXIe siècle. Notons que les parfums étaient appréciés depuis toujours, qu’ils le demeurent, et que les substances aromatiques ne servaient pas seulement pour les cérémonies cultuelles : elles avaient leur place dans la vie quotidienne dans la maison ; on les utilisait pour parfumer les vêtements, la chevelure et les lits. « J’ai garni ma couche de tapis multicolores d’Egypte. J’ai parfumé mon lit de myrrhe, d’aloès et de cinnamone » lit-on au chapitre 7, versets 16 et 17 des Proverbes, où l’homme est mis en garde contre les artifices des femmes. Quant au verset 9 du psaume 44, il s’exprime ainsi : « Tes vêtements exhalent le parfum de la myrrhe, de l’aloès et de l’encens… »

Certains botanistes ont essayé de retrouver tous les ingrédients dispensateurs de doux parfums et de riches couleurs dont il est question dans la Bible. Ce sont en général les sucs de fleurs et de plantes gracieuses qui les leur ont restitués. Certaines d’entre elles venaient de pays lointains,  d’autres poussaient et poussent encore sur la terre d’Israël.

Ainsi, la casse, arbre dont l’écorce rappelle la cannelle, venait des Indes, tout comme le gingembre. Des caravanes allaient les chercher sur les bords sur les bords de l’océan Indien pour les apporter sur ceux de la Méditerranée. Quant à la cannelle proprement dite, elle fit un long voyage avant de parvenir au pays de Canaan : de Chine, son pays d’origine, elle vint d’abord en Perse, de là aux Indes où elle fut acclimatée, avant de devenir un article d’exportation pour l’Arabie. L’encens et la myrrhe provenaient d’Arabie et de Somalie, l’aloès de Socotora, île située à l’entrée de la mer Rouge (d’où le nom d’aloès socotrin).

La Bible semblait s’être trompée quant à la provenance du baume, car les botanistes savent que le balsamier (commiphora opobalsanum) ne pousse qu’en Arabie. On se demanda comment Ezéchiel avait pu écrire (27,17) que Juda et Israël auraient fourni de la cire, du miel, de l’huile et du baume aux habitants de Tyr. A la vérité, tout le monde a raison, les botanistes et le prophète. Les premiers ont simplement oublié de relire juif Flavius Josèphe, qui nous apprend qu’il y avait du baume en Israël depuis le règne de Salomon : on s’était alors mis à cultiver le balsamier dans le pays, et particulièrement aux environs de Jéricho à partir de graines qui figuraient parmi les cadeaux apportés par la reine de Saba… Le fait a été vérifié par les Romains qui, lors de l’invasion du territoire d’Israël, trouvèrent des cultures de balsamiers dans la plaine de Jéricho. Les vainqueurs attachaient un tel prix à ces plantes qu’ils en envoyèrent des branches à Rome en symbole de leur victoire sur les Juifs. En 70 de notre ère, Vespasien nomma un surveillant chargé de protéger ces plantations. Mille ans après, les croisés n’en trouvèrent cependant plus trace, les Turcs les ayant laissées disparaître !

Notons encore que la végétation de la terre promise produit un grand nombre de résines odorantes, comme le galbanum, le storax (Exode 30, 34), etc…

Le Créateur ordonna à Moïse de noter la liste des ingrédients pour la préparation de l’encens destiné au Michcane dans le désert, où les enfants d’Israël séjournèrent  40 ans avant d’arriver en terre Promise, puis, plus tard, pour les 2 Temples successifs de Jérusalem,  pour la transmettre aux générations qui suivirent. Chaque matin, dans la prière, les Juifs récitent la liste des ingrédients qui figurent dans la préparation de l’encens.  Cet encens était composé de 11 ingrédients odorants :

1/ le benjoin

2/ l’onyx

3/ le galbanum

4/ l’oliban

5/ la myrrhe

6/ les feuilles de cassis

7/ l’épi de nard

8/ le safran

9/ le costus

10/ de l’écorce aromatique

11/le cinnamone, mélangé à du savon de Carchina, du vin de Chypre et du sel de Sodome, avec de l’herbe fumigène.

Sous les pans de murs écroulés des demeures patriciennes et royales, les archéologues ont retrouvé de nombreux vases, souvent très précieux, où ces substances étaient conservées. Certains sont en pierre, d’autres en ivoire, parfois même en albâtre. Retrouvés également, les bâtonnets qui servaient à brasser les pommades composées selon des recettes très recherchées.

Quant aux parfums, on les gardait dans de charmantes petites bouteilles en céramique. On préparait des oléosols, dans des vases un peu plus grands, en faisant macérer des produits aromatiques dans de l’huile d’olive, car on traitait les cheveux et la peau avec des produits à base d’huile. Les pauvres de servaient d’huile pure, produit qui ne manquait assurément pas dans le pays.

On était très propre en Israël ; on se lavait à l’eau tous les jours, matin et soir, avant et après les repas, et on lavait les pieds des hôtes. Il n’est donc pas étonnant que des archéologues aient pu trouver dans tout le pays une infinité de cuvettes en pierre, des pédiluves et des récipients en terre cuite. Ces découvertes confirment un certain nombre de passages de la Bible : Genèse 18,4 ; 19,2 ; Cantique, V.3 ; Job 9,30. On fabriquait aussi des lessives et des savons au moyen de plantes et de substances minérales (Jérémie, 2,22 ; Job 9, 30).

« Il est un sachet de myrrhe, mon bien-aimé, qui repose entre mes seins » (Cantique 1,13). Ce passage nous apprend que les femmes avaient l’habitude de porter sur elles des substances odorantes. Elles disposaient aussi de bigoudis et d’épingles à cheveux, ainsi que de plaques de métal poli qui leur servaient de miroirs. Ces articles si précieux pour la beauté féminine étaient importés d’Egypte, où ils étaient utilisés depuis très longtemps.

Les femmes aimaient à piquer des fleurs dans leur chevelure, qu’elles teignaient volontiers avec un produit que  les Arabes appellent henné, également employé à colorer les ongles des mains et des pieds. Des archéologues ont découvert des momies égyptiennes dont les ongles étaient d’un rouge vif. Notons que ce produit est toujours en usage, malgré les innovations introduites par la science moderne. Les cils et les sourcils étaient teints au moyen de sulfure de plomb, alors que la poudre de lapis-lazuli servait à farder les paupières. Le carmin, qui donnait aux lèvres toute leur séduction, était fourni par une cochenille qu’on pulvérisait.

Quand on voit tous les flacons de parfums, boîtes à crème en ivoire, gobelets à mélanges et à maquiller, qui furent trouvés dans les ruines des villes d’Israël, on peut imaginer comment furent accueillies les malédictions du prophète Isaïe : « Et alors, au lieu de parfums, il y aura la pourriture, au lieu de ceinture, une corde, au lieu de cheveux bouclés une tête chauve, au lieu d’une belle robe, un sac. » (Isaïe 3,24).

Dans la Bible, il est parfois question de tables et de chaises, mais personne ne se mettait alors au lit dans le sens actuel de l’expression. Le lit était un objet de luxe fort rare, réservé d’abord aux pharaons et aux grands de leur cour. C’est en effet sur les rives du Nil que fut conçu le premier de ces meubles qui nous sont devenus indispensables. On se souvient que lors de son retour, Sinuhe s’écria, plein de joie : « J’ai de nouveau dormi dans un lit ». Un demi millénaire après, le lit restait toujours un objet rare. Lorsque Taduchpa, princesse de Mitanni – qui devint sans doute la reine Néfertiti – se rendit à la cour d’Egypte, elle n’emportait que des couvertures, il est vrai somptueuses, le palais de son père ne possédant pas de lit : on y couchait par terre.

En Israël occupé par les Romains, ce meuble était également réservé à la cour et aux patriciens très riches. L’homme du peuple dormait enveloppé dans son manteau (Exode 17, 26-27) – une couverture de laine se prêtant à de nombreuses utilisations puisqu’on s’en servait parfois comme d’un tapis (2 Rois, 9, 13) D’ailleurs, le lt n’a jamais été d’un usage courant dans l’Orient ancien, om il fut toujours considéré comme un meuble étranger. En revanche, son proche parent, le divan, né dans le Croissant fertile, devint célèbre et l’est resté, sans doute parce qu’il peut servir le jour et la nuit. Israël le connaissait aussi : « Tu t’es assise sur un lit d’apparat devant lequel une table était dressée » (Ezéchiel 23, 41) ; manifestement, il s’agit là de ce que nous appellerions de nos jours un divan.

Qui ne s’est plaint du bruit qui nous empêche de nous reposer et qui n’a regretté de n’être pas né au bon vieux temps ?… Les enfants d’Israël étaient-ils à cet égard plus favorisés que nous ? Non, sans doute, car dès le lever du jour, les moulins à farine élevaient partout leur crissement. Impossible, sous peine de faire mourir le peuple de faim, d’arrêter ce bruit devenu si familier que le cri tragique de Jérémie en fit mention lorsqu’il prophétisa l’exil à Babylone : « J’y ferai taire les cris de joie… J’assourdirai le bruit de la meule et l’éclat de la lampe. Cette terre ne sera plus que solitude et désolation » (Jérémie 25, 10-11).

 

Quand Israël était un puissant empire 

 

Le grand roi David

 

« Et  tous les anciens d’Israël étant venus auprès du roi à Hébron, David conclut avec eux un traité devant le Seigneur et ils le sacrèrent roi… Il régna durant 40 ans » (2 Samuel, 5, 3-4)

Le nouveau roi était à ce point comblé de talents divers qu’il est difficile de concevoir en quoi il mérite le plus notre admiration.                                               L’histoire du monde ne présente aucun autre génie de sa taille, lui qui fut à la fois un stratège, un réformateur politique, un poète et un musicien inégalable. Rien que pour ses écrits, il obtiendrait de nos jours le prix Nobel. Et, tout comme les troubadours Le roi David fut et est encore de nos jours tellement vilipendé par les incultes et les antisémites – ces derniers étant eux aussi la plupart du temps des incultes dans le domaine du judaïsme – que nous tenons à mettre clairement les choses au point dans ce domaine comme nous l’avons fait plus haut pour le Talmud. L’ouvrage de référence utilisé pour ces chapitres se basant sur l’archéologie – un ouvrage édité par François Beauval ayant pour titre « La Bible arrachée aux sables » – ce n’est donc pas un livre « partisan ».

du Moyen-Âge, il était lui-même parolier, compositeur et interprète de ses œuvres.

Certes, aucun peuple ne s’est consacré à la musique de façon plus intense que les habitants de Canaan. De source égyptienne et mésopotamienne, nous savons que la terre d’Israël et la Syrie étaient renommées pour leurs musiciens. Dès l’époque des Patriarches, les instruments de musique, et principalement l’octacorde, faisaient partie du matériel qu’emportaient toujours les Hébreux. Les psaumes 6 et 12 de David sont précédés de l’indication « sur l’octacorde ». C’est de Canaan que cet instrument fut introduit en Egypte et en Grèce.

Parmi les vestiges que nous a laissés le Nouvel Empire égyptien (1580-1085 avant notre ère), on trouve des séries d’inscriptions et de bas-reliefs qui traitent de musiciens et d’instruments de Cananaan. Pour les fonctionnaires des cours royales, le pays était inépuisable en solistes, voire, en orchestres., qu’ils faisaient venir avec mission de distraire les potentas des bords du Nil, de l’Euphrate et du Tigre. Il faut noter que les orchestres féminins et les danseuses étaient les plus demandées. En 701 avant notre ère, le roi de Juda Ezéchias, envoyait des chanteurs des deux sexes au terrible Sennachérib, roi d’Assyrie.

En quelques dizaines d’années, Israël sut redevenir une puissance considérée, véritable tour de force quand on pense que ce peuple, après la défaite de Saül, était dans une situation désespérée, asservi par ses cruels vainqueurs philistins. Cette remontée foudroyante fut l’œuvre du psalmiste David, qui débuta modestement comme écuyer de Saül, puis devint un condottiere avant la lettre, un terrible combattant de maquis, avant d’être, à la fin de sa vie, le roi d’un peuple en passe de devenir une grande puissance.

Comme 2 siècles auparavant, la conquête de Canaan par Josué – les Cananéens ayant appris qu’Abraham et son peuple étaient en route pour s’installer dans le pays, se dépêchèrent d’occuper la terre qui prit le nom de Canaan – les succès de David furent favorisés par les circonstances extérieures. Il n’y avait plus, ni en Mésopotamie, ni en Asie Mineure, ni en Syrie, en Egypte, aucun Etat capable de faire échec à une expansion d’Israël au-delà des frontières de Canaan. Depuis 1085 avant notre ère, année de la mort de Ramsès 11, dernier roi de sa dynastie, l’empire d’Egypte se disloquait sous le gouvernement d’une clique de prêtres ambitieux dont la capitale était Thèbes, et qui ne songeaient qu’à accumuler des richesses pour leurs temples païens…

Le papyrus Harris nous donne une idée de la situation telle qu’elle se présentait un siècle plus tôt : 2% de la population étaient esclaves des prêtres, et 15%  des terres cultivables leur appartenaient, sans compter le demi-million de têtes de bétail qui vivaient sur cette partie du sol. En outre, une flotte de 88 unités, 53 ateliers et chantiers et 169 localités d’importance diverse étaient sous leur coupe. La somptuosité des cérémonies célébrées en l’honneur des dieux principaux dépassait tout ce qu’on peut imaginer. La fabrication des balances sur lesquelles, à Héliopolis, on pesait les offrandes avait nécessité à elle seule 212 livres d’or et 461 livres d’argent. L’entretien des jardins d’apparat d’Ammon, dans l’ancienne capitale de Pi-Ramsès, occupait 8 000 esclaves.

Sur le mépris dont on abreuvait à l’étranger les représentations de l’Egypte des prêtres, il existe un document exceptionnel datant de 1080 avant notre ère, et qui n’est autre que le compte rendu de voyage de l’ambassadeur Wen-Amon. Le diplomate avait reçu mission d’acheter en Phénicie du bois de cède pour la construction de la barque sacrée du dieu Amon à Thèbes. Le grand prêtre Hérihor ne lui donna qu’une petite quantité d’or et d’argent, en plus d’un tableau représentant Amon, dont il attendait beaucoup plu que du numéraire.

Dans les villes de la côte, on le considérait comme un mendiant, un apatride ; on le vola ; on se moqua de lui et l’on faillit même le tuer, lui, un ambassadeur d’Egypte dont les prédécesseurs avaient toujours été reçus avec le maximum de pompe et de respect. Arrivé à son but, il se trouva dépouillé de presque tout ce qu’il apportait.(…)

Précisons, pour faire taire les adversaires des Juifs de toutes époques, que toutes les conquêtes des Hébreux sans exception se sont toujours faites par l’intermédiaire des prophètes de l’époque, qui entretenaient une relation directe avec le Créateur, et non par la décision d’un ou plusieurs décisionnaires.  Le Roi David, étant lui-même prophète, il ne fit qu’obéir au Créateur qui lui ordonnait de conquérir telle ou telle terre à reprendre aux peuples qui  avaient fortement déplu au Créateur par leur mauvais comportement au long des siècles.

On comprendra que David n’avait rien à craindre d’un pays dont les envoyés devaient se laisser injurier de la sorte par de petits princes locaux. Il s’avança donc vers le sud et conquit le royaume d’Edom, celui-là même qui avait autrefois refusé à Moïse le droit de passage par la route des Rois (2 Samuel 8-14). Il s’assurait ainsi un territoire d’une haute importance économique. Le désert d’Araba, qui s’étend du Sud de la mer Morte jusqu’au golfe d’Akaba, est en effet riche en gisements de cuivre et de fer. Il semble que David ait surtout recherché le minerai de fer, d’autant que les pires ennemis d’Israël, les Philistins, détenaient le monopole du fait de son extraction (1 Samuel 13, 19-20). Or, qui possédait Edom était en mesure de briser ce monopole. David n’hésita pas. « Et il accumula beaucoup de fer pour les clous des battants de portes et pour les crampons, ainsi que du bronze en quantité incommensurable (1 Chroniques 22,3).

Au Sud d’Edom aboutissait la plus importante route caravanière venant du sud de l’Arabie, la fameuse route de l’encens. Sa progression jusqu’au golfe d’Akaba ouvrit à David les routes maritimes menant, par la mer Rouge, vers les côtes méridionales de l’Arabie et celles de l’Afrique orientale.

Mais la situation était également favorable pour une progression vers le nord. Dans les grandes plaines dominées par l’Hermon et dans les vallées fertiles au pied de l’Anti-Liban, s’étaient fixées des tribus arabes originaires du désert. Elles se rattachaient à un peuple qui devait jouer un rôle important dans la vie d’Israël : les Araméens, que la Bible appela simplement Syriens. Elles avaient fondé une série de villes indépendantes et de petits Etat allant jusqu’au fleuve Yamuk, c’est-à-dire au sud du lac de Génézareth, dans l’actuelle Jordanie orientale. Vers 1000 avant notre ère, ces tribus avaient avaient esquissé une progression vers l’est, en direction de la Mésopotamie jusqu’au cours supérieur de l’Euphrate. Des textes cunéiformes du temps, trouvés dans des palais des bords du Tigre, font allusion à un danger menaçant l’Assyrie par l’ouest ; il s’agit des attaques incessantes et des incursions des Araméens.

David progresse vers le nord à partir de la Jordanie orientale jusqu’à l’Oronte. La Bible rapporte : « Il bâtit ensuite Adadézer, roi de Soba, à Hammat, lorsqu’il était en route pour établir sa domination sur l’Euphrate.  (1 Chroniques, 18,3) Une comparaison avec les textes assyriens contemporains montre combien les données bibliques serrent de près les faits historiques. Le roi David battit le roi des Araméens alors que ce dernier était en train de conquérir un morceau du territoire assyrien sur l’Euphrate. David ne pouvait deviner que ceux auxquels il venait indirectement en aide supprimeraient plus tard l’empire d’Israël.

David recula donc ses frontières jusqu’à la vallée fertile de l’Oronte. Son point d’appui le plus septentrional se trouvait près du lac de Homs, au pied du Liban. De là jusqu’à Ezeon-Geber sur la mer Rouge, c’est-à-dire jusqu’à la pointe méridionale de son empire, il y a exactement 600 km à vol d’oiseau.

Les fouilles ont fait apparaître de nombreux vestiges de la constitution de l’empire sous David. Des traces d’incendies et de destructions dans les villes de la vallée de Yizréel jalonnent la progression de l’armée. Peu après l’an 1000 avant notre ère, Beth-Séan et ses temples païens furent rasés. Les archéologues de l’université de Pennsylvanie ont découvert en ce lieu, des ruines de temples, d’épaisses couches de cendres recouvrant des murs écroulés, des objets cultuels et de la vaisselle philistine. David se vengea de cette ville qui avait été le témoin de la fin lamentable du premier roi d’Israël, Saül. Il lui porta des coups dont elle ne se releva jamais. Au-dessus de la couche de cendres, rien n’existe qui pourrait prouver qu’une nouvelle agglomération fut établie là durant les siècles qui suivirent.

Des débuts du règne de David, plusieurs bâtiments ont été conservés, et principalement, dans le pays de Juda, des fortifications élevées pour permettre aux Israélites de se défendre contre les Philistins. La forteresse de Saül à Gibéa leur servit de modèle : on y trouve les mêmes remparts grossiers. A Jérusalem, seconde résidence de David, les fondations d’une tour et d’importantes parties d’un mur remontent sans aucun doute au roi psalmiste. « David s’établit dans la citadelle et l’appela cité de David. Et il l’entoura de remparts » (Z Samuel, 5,9). (…)

Avec David, commence dans la Bible hébraïque la relation exacte des faits historiques. C’est ainsi que le théologien Martin Noth, qui n’est pas précisément indulgent, a pu écrire : « Les textes ayant trait à David doivernt pour la plupart être considérés comme la relation exacte de faits historiques ». Ce compte-rendu historique se rattache nettement au processus d’établissement de l’Etat, qui fut la grande œuvre de David et une nouveauté pour Israël. Des liens tribaux jusque-là assez lâches se resserrèrent au point de former une nation ; le pays devint un grand empire dominant le territoire de ce  que les Romains nommèrent la Palestine et de la Syrie.

Pour tenir en main ce territoire étendu, David créa une administration dirigée par un chancelier et un sopher, (un secrétaire) (2 Samuel 8, 16, 17). Comment un scribe pouvait-il occuper la seconde place dans l’Etat ? Nos armées de dactylographes qui font passer des milliers de tonnes de papier par leurs machines, ont terni l’éclat mythique qui émanait des scribes de l’Antiquité. La mieux payée des secrétaires actuelles ne pourrait se mesurer avec ses collègues de l’époque, ni pour les appointements, ni pour l’influence. Dans l’Orient ancien, les scribes ont joué un rôle exceptionnel. Tout, ou presque, dépendait d’eux. (…) Les bureaux des scribes des pharaons étaient très luxueusement installés, ce qui ne devait pas être le cas à Jérusalem, car le jeune Etat était encore trop pauvre et trop près de ses origines paysannes. Pourtant, le scribe de David semble avoir été un haut fonctionnaire redouté, c’est à lui qu’était confié le soin d’écrire les annales du royaume, qui servirent sans aucun doute de base  tous les passages de la Bible concernant l’administration et le bien public sous David, sans oublier les deux recensements opérés d’après le système de Mari (2 Samuel 14) et ce que nous savons de la garde du corps comprenant des Crétois et des Philistins (2 Samuel 8, 18 : 15, 18, 20, 7). (…)

Vers l’an 1000 avant notre ère, Canaan se détourna de l’écriture cunéiforme et de ses supports difficiles à manier, pour adopter une écriture plus pratique. Jusque-là il fallait graver le texte sur une tablette d’argile que l’on cuisait ensuite ou qu’on faisait sécher au soleil ; il se passait trop de temps avant qu’une lettre pût être expédiée. Aussi une écriture nouvelle – cet alphabet rencontré chez les ouvriers sémitiques des ruines du Sinaï – s’imposa-t-elle. On se servit de tablettes plus minces et d’encre, l’incision ne convenant plus à l’écriture cursive. Les archéologues appellent ces nouvelles tablettes « Ostrakon ». On ne négligeait pas pour autant le papyrus, le support le plus élégant de l’Antiquité, le rapport de Wen-Amon nous apprend que le prince de Byblos en reçut 500 rouleaux (2 000 mètres !) en échange de son bois.

En Palestine, le climat est humide sous les pluies d’hiver. Or, l’encre s’efface en milieu humide et le papyrus y pourrit en très peu de temps. C’est ainsi que la documentation de Canaan fut détruite, au grand dam des archéologues et des savants. Si, en Egypte, on a retrouvé tant de papyrus, on ne le doit qu’à la proximité du désert et au climat particulièrement sec.

 

Salomon, roi du cuivre

 

« Le roi Salomon régna sur tout Israël » (1, Rois 4,1) «Salomon avait 40 000 chevaux de char et 12 000 chevaux de selle » (1, Rois 4. 26) « Salomon construisit toutes les villes lui servant d’entrepôts et les villes pour les cavaliers » (1 Rois, 9, 19)

« Et le roi Salomon équipa aussi une flotte à Ezeon-Geber près d’Elath… et ses bateaux allèrent à Ophir (1 Rois, 9, 26-28). « Toutes les coupes du roi Salomon étaient en or… car de son temps, on ne faisait aucun cas de l’argent… La flotte ramenait de l’or, de l’argent, de l’ivoire, des singes et des paons (1 Rois, 10, 21-22).

« Le Temple que le roi Salomon éleva au Seigneur était… tout entier couvert d’or (1 Rois, 6, 2-22). « C’était d’Egypte que venaient les chevaux de Salomon… Il en était envoyé de la même façon aux rois hittites et de Syrie » (1 Rois, 10, 28-29).

En parcourant ces versets de la Bible, on a l’impression de lire un conte des Mille et Une Nuits. Fût-il roi, un homme dont on dit tant de choses échappe difficilement à l’accusation de vantardise, tout comme l’écrivain qui les raconte risque de passer pour un hâbleur. Indéniablement, certains passages de la Bible sont de véritables contes, tel l’épisode du magicien Balaam discutant avec son ânesse (Nombres, 22), l’aventure de Jonas et du poisson (Jonas, , 11), l’histoire de Samson auquel ses cheveux conféraient la force (Juges, 13, 16). Et pourtant, le récit qui semble le plus fabuleux de la Bible hébraïque n’est rien moins qu’une fable….

Une caravane de géologues, d’historiens, d’architectes, de fouilleurs ainsi qu’un photographe. Tout ce personnel de spécialistes dirigé par Nelson Glück, membre des American Schools of Oriental Research parvint au golfe. Le but de leur voyage était le Tel el-Kheleifeh, colline solitaire se détachant sur la plaine. Les fouilles donnèrent des résultats inattendus. On découvrit d’abord des hameçons de cuivre, puis des briques, des ruines de murs, des boules nombreuses aux environs du tell, composées d’une substance indéfinissable à première vue, elles avaient des reflets verts : on était – semblait-il – en présence de scories.

Le soir, dans sa tente, Glück constatait pourtant qu’il n’avait rien découvert encore de décisif. Heureusement, son programme comportait aussi des recherches en Transjordanie, à Edom, à Moab, à Ammon et même à Damas. Soudain, s’arrêtant de feuilleter ses notes, il pensa : « Il y a du minerai de fer et de la malachite dans le Wadi el-Araba et, devant l’emplacement actuel de ma tente, il y a des ruines, des scories et des hameçons de cuivre… Cela à proximité du golfe que la Bible nomme « mer des Roseaux ». Glück chercha le passage de la Bible hébraïque où il est question de cette mer ; « Et le roi Salomon équipa aussi une flotte à Ezeon-Geber, près d’Elath sur le bord de la mer des Roseaux, au pays des Edomites (1 Rois, 9,26). Mais alors, si Edom s’étendait à l’époque jusqu’à ce golfe de la mer Rouge, ce tell ne serait-il pas… ?

Immédiatement – c’était en pleine nuit – Glück rassembla ses collaborateurs. On décida d’entreprendre des fouilles méthodiques au Tell el-Kheleifeh. A peine amorcée, les galeries rencontrèrent des murailles. Dessous, il y avait de la terre vierge. Des débris de poteries permettaient de fixer la date de construction de l’ouvrage à l’époque de Salomon, donc à une date postérieure à 1000 avant notre ère.

Mais l’expédition avait d’autres tâches à remplir et Glück dut interrompre le travail. Les années suivantes, les Américains reprirent leur fouilles qui se poursuivirent en 3 campagnes, jusqu’en 1940. Leurs résultats montrèrent que Glück ne s’était pas trompé. On constata que les premières ruines découvertes étaient des logements d’ouvriers. Des remparts d’un appareil caractéristique du début de l’âge de fer vinrent ensuite. Puis, on déterra les vestiges d’une agglomération étendue. Pourtant, c’est une série de moules de fonderie et une masse de scories de cuivre qi constituent la trouvaille la plus significative du gisement. Glück chercha à s’expliquer leur présence dans une région aussi désolée et à comprendre pourquoi ce centre industriel avait été installé dans cette contrée où le vent du nord soulève presque constamment des tempêtes de sable… La dernière période des fouilles fournit la réponse.

Dans un périmètre délimité par une enceinte rectangulaire, un important bâtiment fut dégagé. La couleur verte de ses murs révéla aux savants qu’il s’agissait d’un four de fonderie aux parois de briques percées de deux séries d’ouvertures faites pour assurer un tirage suffisant. Ce four est de conception moderne puisqu’il est construit sur un principe qui fut introduit dans notre industrie il y a une centaine d’années seulement, le système Bessemer ! Ses tirages et ses cheminées sont orientées du nord au sud, de façon à faire jouer le rôle de soufflerie aux vents et aux tempêtes venant du Wadi el-Araba. Ainsi procédait-on il y a 3 000 ans… De nos jours, l’air comprimé a simplement remplacé les vents dominants. Toutefois, une énigme subsiste, indéchiffrable aux spécialistes de la métallurgie : ils ne s’expliquent pas comment, dans cette installation, le métal pouvait être raffiné.

Les creusets de terre réfractaire ne manquent pas, certains d’entre eux ont la capacité respectable de 14 pieds cubes. Dans les montagnes environnantes, de nombreuses galeries creusées à même le roc marquent les anciennes entrées de mine. Il y en a également dans les vallées d’Araba, où l’on extrayait le minerai de fer et le cuivre.

Enfin, Nelson Glück découvrit, percée dans le rempart, une porte pourvue d’une triple défense. Plus de doute : le Tell el-Kheleifeh était autrefois Ezeon-Geber, le port du roi Salomon, que l’on cherchait depuis si longtemps. « Et le roi Salomon équipa aussi une flotte à Ezeon-Geber près d’Elath.. » Elon-Geber n’était d’ailleurs pas qu’un port : on y découvrit des traces de chantiers navals.

Mais surtout, cette ville était le centre de l’industrie du cuivre. Nulle part ailleurs, que ce soit en Asie occidentale ou en Egypte, on n’a trouvé un haut fourneau comparable à celui que Glück découvrit et qui prouve que la plus grande fonderie de l’Orient ancien se trouvait là. C’est elle qui fournit le matériel qui servit à fabriquer les objets cultuels du Temple de Jérusalem : « L’autel d’airain, la mer – nom d’une énorme vasque – et que les accessoires, sans parler de deux colonnes d’airain, Jachin et Boaz, placées à l’entrée du sanctuaire (1 Rois, 7, 15 et suivants ; 2 chroniques 4). Car « il les avait fait couler dans la plaine du Jourdain, dans un sol argileux » (1 Rois, 7, 46).

Glück était si enthousiasmé par ses découvertes que son rapport en devint lyrique : « Ezon-Geber a été construite sur un plan méticuleusement étudié, tant du point de vue de son architecture que de ses installations techniques. C’était une ville industrielle phénoménale pour l’époque et pour le lieu où elle fut établie. Elle n’a pas sa pareille dans toute l’histoire de l’Orient ancien. Ezeon-Geber était le Pittsburgh de la Terre d’Israël, sans cesser d’être un port important. » Le roi Salomon semble avoir été le plus important exportateur de cuivre de l’Antiquité. Aussi, Glück l’appelle-t-il « le grand roi du cuivre ».

Des recherches entreprises ailleurs nous ont permis de nous faire une idée de l’économie de la terre d’Israël sous le règne de ce roi. Au sud de la grande cité philistine de Gaza, dans le Wadi Ghazze, Flinders Petrie découvrit des installations sidérurgiques dont les hauts fourneaux ressemblent en plus petit à ceux du Tell el-Kheleifeh. David avait résolu d’arracher aux Philistins leur monopole de la fabrication du fer et, quand il les eut vaincus, il leur prit leur procédé de fonte. Sous Salomon, les mines de cuivre et de fer furent exploitées sur une grande échelle.

« Car le Seigneur, ton D.ieu, va t’amener dans un pays excellent… un pays dont les pierres sont de fer et des montagnes desquelles tu extrairas le cuivre. » (Deutéronome, 8, 7-9), peut-on lire dans la description que Moïse a donnée de la terre promise aux enfants d’Israël. Il y a quelques années, les savants doutaient encore de l’exactitude de ces versets, car nul ne pensait qu’on eût jamais pu trouver du fer et du cuivre en terre d’Israël. Les commentaires bibliques les plus récents évitaient de s’arrêter à ce paysage. Mais les archéologues, une fois de plus, en fournirent la preuve. Reconstituant l’économie de l’ancienne terre d’Israël sous un jour nouveau, ils nous offrent le tableau de son étonnant essor industriel.

Salomon était un grand ami du progrès. Il avait une sorte de génie pour s’attacher des experts étrangers. C’est là qu’il faut chercher la raison de l’ascension vertigineuse de son empire. Du simple Etat agricole que lui avait légué son père, il sut faire une puissance économique de premier rang. Salomon fit venir de Phénicie des techniciens de la métallurgie. « La réalisation des objets cultuels fondus en bronze fut confiée à un artiste de Tyr nommé Hiram » (1 Rois, 7, 13-14). A Ezeon-Geber, le roi fonda une entreprise de commerce maritime. Les enfants d’Israël n’avaient jamais navigué et ne connaissaient rien à la manœuvre des bateaux, mais les Phéniciens avaient en cette matière plusieurs siècles d’expérience. Les spécialistes de la construction navale et les marins furent donc engagés à Tyr : « Et Hiram (le roi de Tyr) envoya sur les vaisseaux ses serviteurs qui étaient de bons marins connaisant la mer » (1 Rois, 9, 27).

Des documents de source phénicienne font également état de la construction d’un port sur la mer Rouge. A en croire des notes laissées par le prêtre Sanchuniathon, le roi Hiram de Tyr aurait offert de livrer au roi des Juifs des matériaux de construction pour un nouveau palais, à condition que lui fût accordé un port sur la mer Ethiopienne. Il reçut le port et la ville d’Eilotha, c’est-à-dire Elath (ou Eilat). Ainsi Salomon fit construire son palais, la fameuse maison de la forêt du Liban (1 Rois, 1 et suivants) : « Hiram, roi de Tyr, lui ayant fourni à volonté du bois de cèdre et de cyprès ainsi que de l’or » (1 Rois, 9, 11).

Un passage tiré des écrits du même Sanchuniathon précise comment fut construite la flotte de Salomon : « Malgré d’importantes forêts de palmiers à proximité, on manquait de bois de construction et Joram (Hiran) se vit dans l’obligation d’y faire tansporter le bois, par 8 000 chameaux. Il servit à construire 10 bateaux. » L’auteur de ces notes ne négligea rien, puisqu’il va jusqu’à nous donner le nom des capitaines phéniciens qui furent mis à la tête de la flotte. Ces « bons marins » s’appelaient Kedarus, Jaminus et Kotilus. Ezeon-Geber devint ainsi un port bien équipé et admirablement défendu, assurant le commerce extérieur du royaume. Des navires en partaient pour de mystérieux voyages qui les conduisaient dans des pays lointains et inconnus, Ophir notamment.

On a rompu beaucoup de lances au sujet d’Ophir. Où pouvait bien se trouver cette ville légendaire, « l’entrepôt » où l’Orient ancien négociait les denrées le plus précieuses et les plus choisies ?

A plusieurs reprises, on crut l’avoir découverte. (…) Mais Ophir s’est jusqu’à présent dérobée aux recherches des savants. Plus d’un indice fait supposer que la ville se trouvait dans l’Est africain. Avec le professeur Albright, il est des savant qui la placent en Somalie, ce qui concorderait avec le temps de voyage indiqué par la Bible : « Tous les 3 ans, la flotte… revenait… » (1 Rois 10, 22). « Les bateaux pourraient avoir levé  l’ancre en novembre ou en décembre de la première année à Ezeon-Geber, suppose Albright, et être rentrés en mai ou juin la troisième, évitant autant que possible les grandes chaleurs. Ainsi considéré, le voyage n’aurait pas duré plus d’un an et demi. » D’ailleurs, la composition des cargaisons comprenant de l’or, de l’argent, de l’ivoire et des singes (1 Rois, 10,22) semble également indiquer que ce commerce se faisait avec l’Afrique.

Les Egyptiens, eux, savaient beaucoup de choses sur une ville qu’ils appelaient « Punt » et qui pourrait bien être Ophir. Sans doute l’ont-ils visitée. On ne s’expliquerait pas autrement d’où ils auraient tiré les représentations, impressionnantes jusque dans les moindres détails, qu’ils en ont données sur les murs du temple en terrasses de Deir el-Bahri. Les textes  qui accompagnent ces images parlent d’une expédition qui fit sensation vers 1500 avant notre ère, organisée par une femme, la reine Hatchepsut, qui partageait le pouvoir avec Tutmosis 3. L’égyptologue Breadsted l’a appelée « la première femme importante de l’histoire ».

Un oracle d’Amon ayant demandé qu’on reprît avec les côtes de la mer Rouge les relations que les guerres des Hyksos avaient interrompues, la souveraine envoya en expédition 5 vaisseaux de haute mer chargés de ramener des balsamodendrons pour les terrasses du temple. Cela se passait en la 9ème année de son règne. La petite flotte parvint en mer Rouge par un canal situé dans la partie orientale du delta et « arriva sans encombre à Punt » où elle échangea des produits égyptiens non seulement contre des balsamodendrons, mais encore contre de l’ébène, de l’or et toutes sortes de bois odorants, de produits et d’animaux exotiques, bois de santal, peaux de panthère, singes, etc… Lorsque les gens de Punt à la peau sombre amenèrent leurs denrées au palais de la reine, ce fut pour les Thébains un spectacle unique. Et la souveraine de s’écrier, faisant allusion aux balsamodendrons : « Je lui (à Amon) ai fiat un Punt dans son jardin, comme il me l’avait demandé… » Notons que des égyptologues ont effectivement trouvé des racines sèches de cet arbre dans le sable brûlant du temple de Deir el-Bahri.

Il est probable que les Israélites, hommes et femmes, furent tout aussi émerveillés que les habitants de Thèbes quand, à Ezeon-Geber, ils virent la flotte du roi Salomon rentrer de la lointaine Ophir t purent contempler sa cargaison comprenant « du bois de santal, des pierres précieuses, de l’or, de l’argent, de l’ivoire, des singes et des paons ». (1 Rois, 10, 11-22).

Les recherches archéologiques ne peuvent être entreprises que si le propriétaire du terrain et le gouvernement local ont donné leur autorisation. Elle n’est pas toujours facile à obtenir. De plus, en cours de travail, des tracasseries et des restrictions peuvent mener la vie dure aux chercheurs. En 1925, dans la campagne qu’ont menée les Américains, ils employèrent les grands moyens pour travailler à leur guise : ils achetèrent purement et simplement le Tell el-Mutesellim, dans la plaine de Yizréel, à ses 90 propriétaires indigènes. L’institut d’Orientalisme de l’université de Chicago voulait y organiser une fouille pouvant servir de modèle pour l’ensemble du Proche-Orient.

Le Tell el-Mutesellim abrite les reste de la ville biblique de Méghiddo, comme l’ont prouvé les premières investigations d’envergure entreprises entre 1903 et 1905 par une équipe allemande que dirigeait le Dr J. Schumacher. Le Telle el-Mutesellim se dresse dans un paysage si curieux que ceux qui l’ont escaladé et qui regardent son pied croient voir un grand lac vert. Leur regard embrasse en effet une plaine étendue ; « la vallée de Yizréel » (Josué, 17, 16), couvete de prairies humides et de champs fertiles.

C’est le pays des grues et des cigognes. Du côté de la Méditerranée, l’horizon est fermé par les pentes boisées du mont Carmel ; au nord par le bleu tendre des monts de Galilée où se perche le petit village de Nazareth ; et le mont  Thabor empêche le regard de plonger dans la profonde vallée du Jourdain. Rien ne fait certes penser que des luttes terribles, lourdes de conséquences historiques, se sont déroulées constamment sur ce petit coin de terre, depuis des milliers d’années avant notre ère jusqu’à nos jours.

Vers 1500 avant notre ère, le pharaon Tumosis 3, monté sur « un char d’or » fit irruption par un col dans la plaine et battit les Cananéens qui, pris de panique, s’enfuirent vers Mégiddo. Au même endroit, les Israélites, poussés par la courageuse Débora, brisèrent ensuite la supériorité des groupes de chars cananéens.

Plus tard, Gédéon y vainquit les Madianites , malgré leurs guerriers montés sur des chameaux. C’est là encore que le roi Saül fut écrasé par les Philistins. Puis, vers 600 avant notre ère, le roi de Juda, Josias, y mourut en attaquant désespérément, en dépit de leur supériorité écrasante, les troupes du pharaon Nekao…

C’est sur le Tell el-Mutesellim, témoin muet de nombre d’évènements, que Clarence S. Fisher entreprit sa fouille modèle au printemps 1925. Le tetre fut littéralement coupé en tranches, centimètre par centimètre, comme un pain d’épice, mais horizontalement. Les siècles passés renaquirent en un curieux kaléidoscope, chacune des couches étudiées représentant un chapitre de l’histoire universelle de puis le 4ème jusqu’au 10ème siècle avant notre ère.

Des 4 couches supérieures, la 1ère contient des ruines datant des périodes perses et babylonienne. En effet, Nabuchodonosor avait conquis la région en 497 avant notre ère, mais l’empire de Babylone fut détruit par le roi de Perse Cyrus en 539. Les murs d’un palais de cette époque, de construction particulièrement massive, nous ont été conservés.

La seconde couche renferme des vestiges de la domination assyrienne, avec les ruines d’un palais du 8ème siècle avant notre ère. Téglat-Phalassar 3 ayant annexé la terre d’Israël en 733 avant notre ère.

Quant aux 3ème et 4ème couches, elles constituent l’apport de l’époque israélite. Deux sceaux y furent découverts, qui fournissent d’intéressantes indications. L’un porte l’inscription suivante gravée en lettres de l’anciens alphabet hébraïque : « Shema, serviteur de Jéroboam » ; or, Jéroboam (926-907 avant notre ère) fut le premier roi d’Israël après le schisme. Sur une autre pierre on peut lire le nom du pharaon Sheshonk 1er, que la Bible appela Sisak et qui envahit la terre d’Israël en 922 avant notre ère/

Il fallut près de 10 ans de pénible travail avant que les fouilleurs parvinssent aux couches datant de l’époque du roi Salomon, qui pourut en 926 avant notre ère, donc 4 ans avant l’invasion égyptienne. La base de la 4ème couche devait réserver des surprises aux archéologues Gordon Loud et P.L.O. Guy.

Du vivant de Salomon s’imposa un nouveau procédé de construction, des pierres de taille étant employées pour les angles des bâtiments et incluses de loin en loin dans leurs murailles. La partie inférieure de la 4ème couche fit découvrir les ruines d’une résidence ainsi construite, et close d’une enceinte carrée de 60 m de côté, pourvue d’une porte défendue par 3 paires de colonnes. D’autres savants ont découvert une triple défense du même genre à Ezeon-Geber et à Lachis. Un bâtiment aux murs épais, dégagé presque en même temps, n’est autre que l’un des entrepôts (1 Rois 9,19) de Salomon. On en a trouvé également à Beth-Séan et à Lachis. Mégiddo était alors le siège de l’administration  du 5ème district d’Israël. Le fonctionnaire qui résidait dans le palais, responsable des impôts en nature, était « Baan, fils d’Ahlud, à Thaanach et à Mégiddo » (1 Rois 4, 12).

Malgré leur importance, ces découvertes n’avaient rien de sensationnel. Pour arriver au plus étonnant, il fallut que le travail se poursuivît encore, comme si le vieux Tell el-Mutesellim avait gardé ses trésors pour la fin. En effet, on dégagea bientôt sur son bord, une sorte de dallage piqué de longues rangées de parallélépipèdes de pierre. Au début, Loud et Guy se demandèrent, perplexes, ce que pouvaient signifier ces ruines qui se révélaient très vastes. Guy pensa soudain qu’il pouvait s’agir des restes d’une écurie : la Bible ne parle-t-elle pas de nombreux chevaux de Salomon ? Du coup, la routine du travail fit place, chez les chercheurs et chez leurs aides, à une énergie nouvelle.

A chacun des bâtiments retrouvés l’étonnement des savants augmentait. Déjà, ils avaient dégagé plusieurs de ces écuries groupées autour d’une cour au sol recouvert d’une couche de mortier à la chaux. Un couloir large de 3 mètre passe au milieu de chacun des bâtiments ; l’ensemble est pavé grossièrement. Des 2 côtés, s’étendent des boxes spacieux, dont la largeur uniforme est de 3 mètres. Dans certains d’entre eux, on reconnaît les traces de l’ancienne mangeoire et des conduites d’eau. Même aujourd’hui, ce seraient de luxueuses installations. Le soin exceptionnel déployé pour la construction de ces écuries nous montre combien le cheval était alors apprécié : on faisait plus de frais pour lui que pour les hommes.

L’ensemble une fois dégagé, Guy calcula que les bâtiments avaient pu abriter 450 chevaux et 150 voitures… « Voici ce qui concerne les corvées qu’organisa le roi Salomon pour construire… le mur de Jérusalem, Hazar, Mégiddo … » (1 Rois 9, 15). « Et Salomon rassembla des chars et des cavaliers : il eut 1 400 chars et 12 000 cavaliers qu’il cantonna dans les villes des chars » (1 Rois 10, 26). Si l’on se reporte à l’importance des écuries et des hangars à voitures de Mégiddo et des installations du même genre qui furent découvertes à Eglon, à Hazar, à Thaanach et à Jérusalem, on constate que les indications de la Bible sont assez modestes.

Toutes ces fouilles montrent à l’évidence qu’Israël était alors une grande puissance. Mégiddo, par exemple, n’était qu’une des nombreuses garnisons où Salomon avait basé les nouvelles unités de chars de combat dont son armée était pourvue. Et c’est dans une autre ce ces écuries, taillée à même le roc sous les murs de Jérusalem que, presque 2000 ans après le règne de Salomon, les croisés logèrent leurs chevaux après la conquête de la ville sainte par Godefroi de Bouillon.

Notons aussi que sous le règne du grand roi, « Israël disposait pour ainsi dire du monopole du commerce des chevaux et des voitures » (1, Rois 10, 28-29). Les principales routes caravanières reliant l’Egypte et l’Asie Mineure passaient sur le territoire de l’empire de Salomon. Or, l’Egypte était le principal exportateur de chars de combat et de chasse, grâce à ses inégalables charrons. Les chevaux, eux, venaient d’Egypte ou de Koa, ville de Cilicie, qui s’élevait dans la riche plaine située entre le Taurus et la Méditerranée. Après l’anéantissement du royaume de Mitanni par les Hittites, cette province était devenue le pays des amateurs de chevaux ; Hérodote rapporte que, plus tard, les Perses s’y approvisionnaient pour leur service du courrier.

A en croire la Bible, les clients d’Israël étaient, au nord, les rois de Syrie et les rois des Hittites (1 Rois, 10, 29). Cette indication de la Bible hébraïque correspond également à une réalité. Il est vrai que l’empire des Hittites n’existait plus depuis longtemps à l’époque de Salomon, mais un certain nombre de petits Etats avaient pris sa suite. L’un d’entre eux fut découvert en 1945 par le professeur allemand H. Th. Bossart dans le sud-est de la Turquie. Sa capitale se trouve au milieu de la forêt du mont Karatépé, non loin d’Adana ; elle y fut construite au 9ème siècle avant notre ère par Asitawanda, l’un des rois des Hittites dont parle la Bible.

 

Salomon et la reine de Saba

 

« La reine de Saba, qui avait entendu parler de la renommée de Salomon, vint à Jérusalem… Elle avait une suite considérable, des chameaux chargés d’épices, une grande quantité d’or et de pierres précieuses (2 Chroniques, 9, 1).

Depuis des milliers d’années, des caravanes richement chargées partent de « l’Arabie Heureuse » pour se diriger vers le nord. L’Egypte, la Grèce et l’empire romain les connurent. Partout om elles allaient, elles apportaient en même temps que leurs trésors, de fabuleuses descriptions de leurs villes splendides aux richesses extraordinaires. L’empereur romain Auguste (63 avant – 14 après notre ère) décida d’en avoir le cœur net. Il chargea AElius Gallus de préparer une expédition militaire vers l’Arabie méridionale pour y vérifier les allégations des chameliers. Gallus quitta l’Egypte à la tête de 10 000 guerriers romains et longea les côtes de la mer Rouge en direction de Marib. Il n’atteignit jamais son but, son armée ayant été décimée autant par le climat torride du désert et les épidémies que par de nombreuses batailles avec les tribus sauvages. Les quelques survivants ne purent pas rapporter grand-chose au sujet de la Felix Arabia. Ce n’est qu’en 90 après notre ère que le Grec Dionyssius put en donner quelques traits : « Dans l’Arabie Heureuse, tu respires constamment les doux parfums de merveilleuses substances odorantes, encens ou myrrhe. Ses habitants ont de grands troupeaux de moutons dans leurs pâturages et les oiseaux y viennent de pays lointains et y apportent des feuilles de cannelle pure. »

Ainsi, dès l’Antiquité, l’Arabie méridionale fut l’exportateur d’épices numéro un, ce qu’elle est restée. Mais elle demeurait enveloppée de mystère. Le premier Occidental qui osa s’y rendre fut l’Allemand Carsten Niebuhr qui, au 18ème siècle, y emmena une expédition danoise. Lui non plus ne parvint pas au but qu’il s’était fixé : il dut rebrousser chemin alors qu’il était encore à 100 km des ruines de Marib.

Le Français Halévy et l’Autrichien Glaser furent les premiers Européens à atteindre la ville il y a de cela un siècle environ. Comme aucun étranger – et surtout pas un Européen – ne pouvait franchir les frontières du Yémen, les deux hommes se déguisèrent en Bédouins. Après une marche difficile de plus de 300 km, ils arrivèrent à Marib où tout ce qu’ils virent les impressionna au point qu’ils abandonnèrent la prudence la plus élémentaire et se promenèrent  dans les ruines. Des indigènes méfiants s’approchèrent des deux Européens, qui ne savaient que trop que, si leur stratagème était surpris, ils le payeraient de leur vie. Ils s’en retournèrent donc à Aden, non sans emporter sous leurs burnous des copies et des empreintes d’inscriptions de l’ancienne Marib.

Plus tard, des caravaniers apportèrent eux-mêmes des textes. En quelques dizaines d’années, on en a réuni 4 000, collection dont les savants ont entrepris l’étude. L’écriture employée est alphabétique et, par conséquent, d’origine palestinienne. Des textes sacrés parlent de divinités, de tribus et de villes d’une richesse fabuleuse. Les 4 Etats dont il est question sont : Minéa, Kataban, Hadramaout et… Saba !

Le royaume de Miné était situé dans la partie septentrionale du Yémen. Des documents font allusion à ce pays jusqu’au 12ème siècle avant notre ère. Quant à son voisin du sud, l’Etat de Saba (ou Shéba), on peut le suivre jusqu’au 9ème siècle avant avant notre ère. Des documents assyruebs du 8ème parlent de relations commerciales intenses avec lui ; ses rois étaient appelés « Mukarib », c’est-à-dire « princes-prêtres ».

Au fur et à mesure de leurs découvertes, les paléographes arrachaient le royaume de Saba au domaine des contes de fées pour le restituer à l’Histoire. Ils apprirent que le fleuve Adhanat y était barré par une digue gigantesque, les eaux du fleuve et celles des pluies ainsi collectées servant à alimenter un système d’irrigation dont la terre tirait sa fertilité. Des pans de muraille de 20m de haut subsistent encore de cette merveille technique. Tout comme la Hollande est de nos jours le pays des tulipes, le royaume de Saba était en son temps celui des épices, un immense jardin odorant et féérique où l’on cultivait les plus précieux aromates du monde. En plein centre de ce jardin s’étendait la capitale, Marib. L’opulence de Saba dura jusqu’à  542 avant notre ère, année où la digue se rompit. Le désert empiéta dès lors constamment sur les cultures qu’il devait finalement détruire. Ne lit-on pas dans le coran que le peuple de Saba avait de beaux jardin où poussaient les fruits les plus exquis, jusqu’à ce qu’il se détournât de D.ieu, qui le punit en permettant la rupture de la digue ? Et il n’y eut plus que des fruits amers dans les jardins de Saba…

En 1928, les archéologues allemands Carl Rathjens et H. von Wissmann dégageaient, près de San’a, un temple que leur compatriote Niebuhr avait été le premier à signaler. Mais on dut attendre presque ¼ de siècle avant que l’équipe d’experts la plus importante de notre époque entreprît de déchiffrer l’énigme de Saba. Vers la fin de 1951l’American Foundation for the Study of Man (Fondations américaine pour l’étude de l’homme) dotait en effet de moyens financiers considérables une expédition organisée par un paléontologue de 29 ans, exceptionnellement cultivé, le Pr. Wendell Philipps, de l’université de Californie. Il fallut négocier longtemps pour obtenir du roi Iman Achmed l’autorisation d’entreprendre des gouilles à Marib, dont les ruines se dressent à l’extrême sud de la péninsule d’Arabie, à près de 2 000 m d’altitude.

La longue file des jeeps et des camions s’élança dans le désert sans pistes. Les hommes vinrent tout à coup se dresser devant eux, tels des fantômes surgis des dunes, les ruines puissantes et les colonnes d’Haram Belqis. Malgré l’envahissement des sables, les savants distinguèrent avec netteté un sanctuaire ovale de plus de 110 m de long, de la même forme que ces ruines du Mozambique qui furent découvertes dans la forêt vierge de l’Est africain et que certains identifient avec l’Ophir de la Bible. On croirait que le même plan a servi pour les deux constructions. Une inscription apprit aux archéologues que le temple était dédié à Ilumquh, dieu de la Lune. Les Sables en ayant recouvert le centre, les travaux furent commencés à l’entrée. Un portique superbe, extraordinairement somptueux fut d’abord dégagé. On y pénètre par un escalier aux marches recouvertes de plaques de bronze. Une colonnade entoure la tour intérieure. Des colonnes hautes de 5 m y supportaient jadis le toit. De là, un chemin de procession bordé, lui aussi, de colonnes, mène au sanctuaire du dieu de la Lune. La décoration est étonnante, et cette cour silencieuse était autrefois ornée de jeux d’eau. On comprend le ravissement des pèlerins d’il y a 3 000 ans qui contemplèrent ces merveilles.

Les fouilleurs atteignaient le temple proprement dit dont ils pouvaient voir la porte flanquée de deux pylônes, lorsque les recherches durent être interrompues en raison de l’agitation des tribus. La mission fut obligée de tout laisser en plan et de regagner la côte au plus vite. Heureusement, elle emportait quelques photos.

Les années suivantes, on réussit à organiser dans l’Hadramaout des campagnes de fouilles qui, cette fois, purent surmonter l’hostilité des populations et des autorités locales. Les résultats détaillés de ces quatre expéditions, fort brèves et parfois dramatiques, ne nous sont pas encore connus. Mais les déclarations du professeur W.F. Albright donnent une idée de leur importance : « Ils sont en passe de révolutionner nos connaissances de la civilisation et de la chronologie de l’Arabie méridionale. Ce que nous en savons nous prouve d’ores et déjà la primauté politique et culturelle de Saba au cours des premiers siècles qui ont suivi l’an 1000 avant notre ère. »

Tout comme les navires de Salomon sillonnaient la mer Rouge dans les deux sens, des caravanes de chameaux – les « vaisseaux du désert » – empruntaient les pistes de sable. Ces animaux étaient capables de couvrir des distances que nul n’aurait pu franchir autrement. On ne dira jamais assez les avantages que la civilisation a pu tirer de leur domestication. C’est grâce à elle que, vers 1000 avant notre ère,  l’Arabie méridionale eut la possibilité de communiquer avec les autres empires du Vieux Monde, qui se trouvèrent soudain inondés par les richesses de l’Arabie Heureuse. N’étant pas tributaire des points d’eau comme l’âne ou tout autre animal, le chameau peut emprunter dans le désert une route plus directe, ce qui accélère la rotation des transports ; en outre, il est capable de porter des charges supérieures.

Le terminus septentrional de la « route de l’Encens » était situé en Israël. Les agents commerciaux de Salomon prenaient en charge les richesses apportés par les caravanes. L’administration royale leur accordait le droit de passage pour se rendre en Egypte, en Phénicie et en Syrie. Il n’est donc pas étonnant que « la reine de Saba ait entendu parler de la renommée de Salomon »1 Rois, 10, 1). Quand, sachant ce que nous savons à présent, on lit avec attention le chapitre 10 du premier livre des Rois, on se rend compte qu’il ne saurait être question de le qualifier de « pieuse légende »… Au contraire, tout ce qu’il rapporte paraît exact et compréhensible. « Elle (la reine de Saba) arriva à Jérusalem… Elle se rendit auprès de Salomon et lui dit tout ce qu’elle avait dans l’esprit » (1 Rois, 10,2). Que la reine ait eu quantité de points à discuter avec Salomon, son commerce dépendant de lui puisque ses routes d’exportation passaient sur le territoire d’Israël, rien de plus naturel. De nos jours, on appellerait cela des négociations économiques et l’on en chargerait des experts qui, eux aussi, emporteraient des présents pour rendre, au chef de l’Etat visité, l’hommage qui lui est dû… comme le fit autrefois la reine de Saba.

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Et le désert refleurira

 

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Qui osera dénier à la Bible hébraïque cet intense pouvoir de rayonnement que le temps n’a pas réussi à émousser et qui permet d’agir non seulement sur les âmes, mais aussi dans les domaines aussi pratiques que l’organisation économique ? En effet, depuis 1948, le Livre des Livres, dont certains des éléments ont plus de 3 000 ans, joue le rôle de conseiller auprès des pionniers du nouvel Etat d’Israël. Chose étonnante, ses données précises se sont révélées d’une très grande utilité pour l’organisation aussi bien de l’agriculture que de l’industrie du pays.

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Le territoire de l’Etat d’Israël a une superficie qui dépasse les 20 000 km2. En 1948, seule la plaine de Yizréel et les environs du lac de Génézareth rappelaient encore de très loin les descriptions bibliques de la contrée où coulait le lait et le miel. D’immenses superficies de terrain en Galilée et presque toute la région montagneuse de la Judée n’avaient plus rien de la richesse qui, aux temps de la Bible, en fit une sorte de paradis. Des siècle d’incurie étaient parvenus à détruire jusqu’à l’herbe des prairies jadis si verdoyantes. Quant aux oliviers et  aux figuiers, le manque de soin les avait fait se dessécher. Il en résulta une érosion qui acheva de transformer en régions désolées des terres autrefois riches.

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Les Juifs qui s’établirent là n’avaient aucune expérience et ne connaissaient pas le pays. La Bible leur fournit une aide précieuse qui leur facilita la remise en culture, le reboisement et l’industrialisation. C’est pourquoi les experts s’y réfèrent souvent.

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Un agronome, le Dr Walter Clay Lowdermilk, a pu écrire : « Par bonheur, la Bible nous indique quelles cultures peuvent réussir dans les diverses régions. Le livre des Juges nous enseigne que les Philistins cultivaient des céréales, puisque Samson, attachant des chacals deux à deux par la queue, fixa uen torche entre les deux queues, y mit le feu et lâcha les bêtes dans les moissons des Philistins » (Juges 15, 4-5). Il incendia de la même façon les oliveraies et, en route pour aller rendre visite à celle qu’il avait choisie, il passa à côté de vignobles. De nos jours, ces cultures prospèrent dans la contrée.

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Toute tentative de colonisation du Neguev semblait d’avance condamnée à l’échec. En effet, au sud des monts de Juda s’étend une contrée désertique, sans aucune végétation, qui va d’Hébron aux confins de l’Egypte. La moyenne annuelle des pluies n’y est plus que de 150 mm. Une telle sécheresse est décourageante. Mais, du temps des Patriarches, il en était autrement. « Abraham partit de là pour le Néguev : il s’établit entre Cadès et Sur et fit un séjour à Gérare. » (Genèse, 20, 1). Or, le père des Patriarches était un pasteur qui vivait avec son troupeau, lequel avait besoin de pâturages et d’eau.

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Une mission scientifique étudia donc méticuleusement les dunes de sable de cette région et finit par trouver ce qu’elle cherchait. Car ces Israéliens firent exactement ce qu’Isaac avait fait autrefois. « Isaac s’en alla et, après avoir établi son camp dans la vallée de Gérare, il y demeura. Il rétablit les puits qu’on avait creusés du temps d’Abraham, son père » (Genèse 26, 17-18). En effet, les puits vieux comme le monde existaient toujours sous les masses de sable qui les avaient recouverts. Il a suffi de les dégager pour qu’ils donnassent à nouveau de l’eau vive, comme disaient les serviteurs d’Isaac (Genèse 26,15), ce qui signifiait « eau potable », car l’eau que l’on trouve en général dans le Néguev est saumâtre et imbuvable – des recherches récentes l’ont prouvé.

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Comme autrefois et aux mêmes endroits on peut revoir les tentes dressées près des points d’eau. Le puits auprès duquel Agar et son fils Ichmaël se désaltérèrent (Genèse 21, 14-19) fournit à présent de l’eau à 60 familles juives. Des Juifs d’origine roumaine se sont établis sur une pente située non loin de là, à quelques km seulement de la Bersabée biblique.

Un autre fait curieux s’est produit dans la même région : on y a planté des artbres qui se développent merveilleusement. A ce sujet, le Dr Joseph Weitz, expert forestier, a dit : « Le premier arbre planté par Abraham dans le sol de Bersabée était un tamaris. Suivant son exemple, nous en avons planté des millions. Abraham avait fait ce qu’il fallait faire, car le tamaris est un des seuls arbres qui poussent dans le sud où les pluies ne dépassent pas 150 mm.» Là aussi, c’est la Bible qui a tracé la voie à suivre : « Abraham planta un tamaris à Bersabée » (Genèse, 21, 33).

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Le reboisement est d’une importance capitale pour la fertilité  d’un pays pauvre en eau, et le Keren Hayessod s’y est employé depuis le retour des Juifs sur leur terre., qui a planté des forêts entières, en ayant soin de suivre les indications de la Bible pour le choix des essences et des emplacements. Lorsqu’on pensa à reboiser les montagnes désolées du nord du pays, on se demanda si l’opération avait des chances de réussir. Le livre de Josué répondit à cette question : «Josué dit à la maison de Joseph, à Ephraïm et à Manassé : « Tu es un grand peuple eet de ce fait tu n’auras pas un simple lot. Tu auras la montagne : c’est une forêt, tu la défricheras » (Josué 17, 17-18).

On sait que les deux tribus s’en allèrent jusqu’à la plaine de Yizréel. «  Nous faisons confiance au Livre des Livres, dit le professeur Zohary, de l’Université hébraïque, car nous savons que les arbres poussent mieux là où il y en avait déjà eu. »

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On a beaucoup réfléchi et discuté au sujet du passage suivant qui sembla longtemps obscur : « Israël s’est nourri des fruits des champs Il lui a fait sucer le miel du roc et l’huile même la pierre dure » (Deutéronome 32, 13). L’énigme fut déchiffrée dans le Néguev, où l’on rencontre des milliers de circonvallations de pierre. Aux environs, pas la moindre goutte d’eau. En creusant dans le sable, on retrouva de très vieilles racines d’oliviers et de vignes. Les petits murs servaient à collecter la rosée ; leur installation montre que les anciens avaient  une connaissance approfondie de telle sorte que le vent puisse souffler à travers les intervalles qui les séparent. Ainsi, l’humidité de l’air se fixe. Le procédé rend assez d’eau pour le développement normal d’un olivier ou d’un pied de vigne. Or, le doux jus de raisin a toujours été comparé au miel ; quant à l’olive, elle fournit de l’huile ; dans le cas qui nous occupe, ces deux produits étaient littéralement sucés de la pierre et du sable. Les Israéliens modernes ont d’ailleurs eu recours au même procédé pour certaines de leurs plantations.

En 1953, Israël produisit pour la première fois 3 000 tonnes de cuivre. A l’endroit où, il y a 3 000 ans, se trouvaient les habitations des ouvriers  de Salomon, des cités de mineurs s’élèvent à présent. L’industrie du cuivre restant de très bon rapport, un géologue, le docteur Ben Tor, fit examiner en 1949 les gisements israéliens pour en évaluer la rentabilité. Les experts constatèrent que les réserves pouvaient suffire pour l’extraction de 300 000 tonnes de métal. Dans les bureaux de la direction générale des mines, un tableau est suspendu où l’on peut lire : « Car le Seigneur va t’amener dans une terre excellente… un pays dont les pierres sont de fer et des montagnes duquel tu tireras du bronze. » (Deutéronome 8, 7-9)

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Notons qu’à ce jour, (1962) on n’exploite pas encore les gisements de fer. La chose a pourtant été envisagée. Non loin de Bersabée, à l’endroit où habitaient les Philistins fondeurs du fer, l’attention du Dr Ben Tor fut attirée par des rochers sur lesquels se dessinaient des veines d’un rouge très foncé : des traces de fer. On en a évalué la réserve à 15 000 000 de tonnes. Il est vrai qu’il s’agit là d’un minerai de qualité inférieure, mais on en a trouvé depuis qui ont un taux de 60  à 65% de métal pur.

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Un homme d’affaires très avisé nommé Xiel Federmann fut longtemps intrigué par une phrase biblique concernant la destruction de Sodome et Gomorrhe. « Il vit monter de la terre une fumée semblable à celle d’une fournaise » (Genèse 19, 28) Il se demanda si cet incendie n’avait pas été dû à l’existence à cet endroit, de gaz naturel et, par conséquent, de pétrole. Une société fut fondée qui entreprit des prospections sur les bords de la mer Morte. Federmann avait deviné juste : le 3 novembre 1953 fut foré le premier puits de pétrole israélien.

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Plus de 50 villages furent créés en Israël entre Dan et Bersabée, villes dont parle la Bible. Chacun d’entre eux ou presque dispose d’une petite station de pompage moderne, d’une source ou d’un puits de l’ancien temps. Le paysage reprend lentement la physionomie souriante qu’il dut avoir à l’époque biblique.

« La terre en friche sera à nouveau cultivée… On dira : ‘Ce pays qui était dévasté est devenu comme un jardin d’Eden », a prophétisé Ezéchiel (36, 34-35). Malgré la tâche colossale que s’est fixée le jeune Etat d’Israël, malgré les difficultés sans nombre, ses citoyens sont persuadés que le prophète a dit vrai.

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 Que la lumière soit !

 

« Au commencement D.ieu créa les cieux et la terre. Mais la terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l’abîme et l’esprit de D.ieu planait sur les eaux. Et D.ieu dit : ‘Que la lumière soit !’ et la lumière fut » (Genèse, 1, 1-2)

« Quelle est donc l’importance de la science moderne vis-à-vis de la preuve de l’existence de D.ieu tirée de la mutabilité du cosmos ? Grâce à des investigations précises et détaillées dans le macrocosme, elle a élargi et approfondi considérablement les bases d’expérience sur lesquelles se fonde l’argument et d’où l’on conclut à l’existence de Celui Qui a été, Qui est et Qui sera éternellement, et immuable par nature. En outre, elle a suivi le cours et la direction des développements cosmiques et, comme elle en a entrevu le terme fatal, de même a-t-elle indiqué que leur commencement se situe il y a quelque  5 milliards d’années : elle confirmait ainsi, avec le caractère concret propre aux preuves physiques, la contingence de l’univers et la déduction fondée que, vers cette époque, le cosmos est sorti de la main du Créateur.

« Ainsi, création dans le temps : et pour cela, un Créateur : et par conséquent, D.ieu ! Le voici donc – encore qu’implicite et imparfait – le mot que nous demandions à la science et que la présente génération humaine attend d’elle. C’est le mot qui surgit de la considération mûre et sereine d’un seul aspect de l’univers, à savoir de sa mutabilité ; mais il suffit déjà pour que l’humanité entière, commet et expression rationnelle du macrocosme et du microsome, prenant conscience de son sublime Auteur, se sente Sa chose, dans l’espace et  dans le temps, et, reconnaissant Sa souveraine Majesté, commence à en invoquer le nom : « D.ieu, force et soutien du monde.

La connaissance de D.ieu, unique Créateur, commune à beaucoup de savants modernes (dont Einstein en est un exemple connu), est certainement l’extrême limite à laquelle peut arriver la raison naturelle ; mais elle ne constitue pas – comme vous le savez bien – l’ultime frontière de la vérité. De ce même Créateur, que la science rencontre sur son chemin, la philosophie, et plus encore, la révélation – collaborant harmonieusement parce que toutes trois instruments de vérité et comme les rayons d’un même soleil – contemplent la substance, dévoilent les contours, décrivent les traits. Par-dessus tout, la révélation en rend la présence comme immédiate, vivifiante, pleine d’amour : c’est celle du cœur.

« Aujourd’hui, après tant de siècles de civilisation – parce que siècles de religion – il ne s’agit plus de découvrir D.ieu pour la première fois : il importe bien plutôt de le connaître comme Père, de le révérer comme Législateur, de le craindre comme Juge. Il est urgent, pour le salut des nations, qu’elles prennent conscience qu’elles ne doivent leur existence qu’au Créateur, qui agit par l’intermédiaire de la Nature.

Cette persuasion, à laquelle la science fournit ses premiers éléments est couronnée par la foi : celle-ci pourra, en vérité, si elle est toujours plus enracinée dans la conscience des peuples, apporter un facteur fondamental de progrès au déroulement de la civilisation. C’est une vision du tout – du présent comme de l’avenir de la matière comme de l’esprit, du temps comme de l’éternité – qui, illuminant les esprits, épargnera aux hommes d’aujourd’hui une longue nuit de tempête.

C’est cette foi qui nous fait en ce moment élever vers Celui qui dispense la lumière, afin que notre vie ne s’éteigne jamais (loc. cit.), lumière pour la vie du temps, lumière pour la vie éternelle.

Quelle inconcevable transformation ! Jusqu’au XXème siècle nous manquions d’hypothèses scientifiques quant aux origines de l’univers, ce qui ne veut pas dire que l’on ne se soit pas sincèrement attelé depuis longtemps à la recherche de la solution de ce colossal mystère. La science moderne a réussi à calculer le temps qui s’est écoulé depuis l’origine de l’univers, formidable réussite humaine qui n’a cependant pu se faire qu’avec l’aide divine !

(Source : D’après « La Bible arrachée aux sables », de Werner Keller, éditions Famot)

A l’aube du 21ème siècle, Israël a pleinement retrouvé son aspect luxuriant, puisque du nord au sud, les forêts sont florissantes, les palmeraies et les champs d’oliviers aussi ; même le désert du Néguev est habité et couvert des merveilles de la nature que sont les plantes, les arbres, les cultures de toutes sortes, etc… Les Israéliens ont fait refleurir le désert du Néguev par le fait même qu’ils sont revenus sur leur terre, puisque la Bible stipule que cette terre se ferme à tout autre peuple qu’aux enfants d’Israël !

Les nations sentent bien qu’il y a quelque chose de spécial dans cet endroit de la planète qui n’existe nulle part ailleurs, puisqu’il est appelé par les chrétiens « la terre sainte ». Et de fait, cet endroit est différent des autres. Le mont Sion, le mont du Temple que les non-juifs appellent ‘l’esplanade des mosquées’ depuis la construction par l’islam voici 14 siècles, de deux bâtiments pour le service de leur culte. Cet endroit fut, lors de la création de l’homme il y a 5778 ans selon la tradition juive,  le centre du jardin d’Eden, où eurent lieu tous les évènements fondamentaux pour le monde entier comme pour le judaïsme – entre autres, la création d’Adam et Eve, c’est là qu’eut lieu la ligature d’Isaac, le crime de Caïn contre Abel… ainsi que la construction des 2 Temples successifs dans l’Antiquité, et bientôt, si D.ieu veut, se dressera à nouveau pour la 3ème et dernière fois, définitive celle-là,  sur le mont Sion,  le Temple de Jérusalem, qui accueillera toutes les nations qui voudront y venir en pèlerinage, bientôt et de nos jours. Amen, ken yehi ratson. louyehi

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Pour finir, voici deux cours exceptionnels du Rav ‘Haïm Dynovisz à ne pas manquer, cours qui peuvent être compris par tous, Juifs ou non Juifs,  parce qu’expliqués de manière très simple, claire et concise ! Deux cours extraordinaires de moins de 40 mn chacun qu’il faut écouter et réécouter, tant ils sont denses. louyehi

 

To be or not to be, there is no question ! – Pessah 3- 20 Mars 2018

To be or not to be, there is no question ! -Pessah 3- 20 Mars 2018

Nous sommes dans les Temps de la Délivrance – Pessah 4- 21 Mars 2018

Nous sommes dans les Temps de la Delivrance – Pessah 4- 21 Mars 2018

(Source : Site du Rav)

 

Musique : Alma Deutscher

7:41
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Voici la berceuse dont parle Alma dans la vidéo ci-dessus :
Richard Strauss
« Wiegenlied Op. 41 No. 1 –
(Dehmel) » de GundulaJanowitz/AcademyofLondon/Richard Stamp
 –
Träume, träume, du mein süßes Leben,
Von dem Himmel, der die Blumen bringt.
Blütenschimmernda, dieleben
Von dem Lied, das deine Mutter singt.
Träume, träume, Knospe meiner Sorgen,
VondemTage, dadieBlumesproß ;
Von dem hellen Blütenmorgen,
Da dein Seelchen sich der Welt erschloß.
Träume, träume, Blüte meiner Liebe,
Von der stillen, von der heilgen Nacht,
DadieBlumeseinerLiebe
DieseWeltzumHimmel mir gemacht
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L’ESPERANCE EN UN MONDE MEILLEUR – Connaissez vous Alma Deutscher, une petite merveille de la musique : auteur-compositeur-interprète depuis son plus jeune âge ?

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L’ E S P E R A N C E   E N   U N   M O N D E   M E I L L  E U R

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Connaissez vous Alma Deutscher, une petite merveille de la musique : auteur-compositeur-interprète depuis son plus jeune âge ?

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Cette petite fille extraordinaire, musicienne dans l’âme, qui a commencé à apprendre le piano à 2 ans et le violon à 3 ans s’exprime aussi bien en anglais (la langue de sa maman) qu’en hébreu (celle de son papa). Elle est déjà l’auteur d’un opéra : Cendrillon, interprété par des adultes.

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Il est des êtres qui sont la vie même ; on les croirait tombés du ciel. Ils nous font rêver le monde en couleur, en grâce, en beauté, en douceur et tout en harmonie…

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Un véritable rayon de soleil dans ce monde qui en a tant besoin ! Cette enfant est la grâce même. Regardez et écoutez : une musique si belle, une pure merveille !

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La petite Alma entre ses parents et sa jeune soeur

Alma Deutscher Finding Cinderella Documentary 2017 – Is she a reincarnation of Mozart’s sister ?

Voir la vidéo : Alma Deutscher Finding Cinderella Documentary 2017 – Is she a  reincarnation of Mozart’s sister ?

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Trio for violin, viola and piano, composed by Alma Deutscher, october 2014

Trio for violin, viola and piano, composed by Alma Deutscher, October

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L’ESPERANCE EN UN MONDE MEILLEUR DONT NOUS AVONS LE DEVOIR D’ÊTRE LES ACTEURS – Renaud Camus : « La France ne peut pas assimiler un peuple hostile et conquérant »

__________LA COLOMBE DE LA PAIX_____________ Camerounais Main Dans La MainCamerounais Main Dans La Main

 L’ E S P E R A N C E    E N   U N   M O N D E   M E I L L E U R   D O N T    N O U S    A V O N S   L E   D E V O I R   D’ Ê T R E   LES   A C T E U R S

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Une IMPORTANTE VIDEO à regarder : l’appel de Renaud Camus au droit du peuple français à disposer de lui-même :

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Renaud Camus : « La France ne peut pas assimiler un peuple hostile et conquérant »

 

Vidéo : l’appel de Renaud Camus au droit du peuple français à disposer de lui-même

(Source : Dreuz.info)

L’ESPERANCE EN UN MONDE MEILLEUR AVEC ISRAËL, auquel nous devons contribuer activement – Jérusalem dans la vision juive – Vidéo ©

____________LA COLOMBE DE LA PAIX____________

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Jérusalem est blottie dans le cœur de chaque  Juif et au centre de la liturgie juive de tous les temps.

Dans la vision juive, on ne distingue pas entre le religieux et le profane ainsi Jérusalem est à la fois un lieu géographique, un lieu historique et un endroit spirituel. Il faut mettre en évidence trois principaux points : le lien indissoluble entre la ville et la religion, l’importance du mur occidental et la dimension sacrée de tous les quartiers.

 

La Torah évoque plus de 600 fois Yerouchalayim la ville inoubliable. La première fois[1] il est question de Meltsisédeq, roi de Salem. Le sacrifice d’Isaac a eu lieu sur le mont Moria où fut établi plus tard le Temple de Jérusalem[2].

C’est David, sous les injonctions du prophète Nathan, remarquant les atouts naturels et stratégiques du lieu, quitta Hébron, où il avait installé sa capitale, pour Jérusalem, après avoir battu les Jébuséens [3].

Il revint à Salomon, fils de David et de Bethsabée, de construire au Xe siècle av. J.-C. le Premier Temple de pierre. Les tribus montaient vers ce sanctuaire unique pour offrir leurs sacrifices en l’honneur de D.ieu.

Jérusalem devint ainsi de manière indissociable une capitale politique et religieuse où retentissait la voix des prophètes qui s’efforçaient de ramener le peuple vers l’Éternel.

Peu après la mort du roi Salomon, le royaume d’Israël se divise, Jérusalem n’est plus capitale unique. Les dépenses somptueuses du roi ont vidé le trésor et les caisses de l’état. Les tribus du Nord refusent de participer aux folles dépenses de la cour de Jérusalem. Roboam, héritier de  Salomon, est rapidement contesté. Malgré l’avis de ses conseillers il refuse d’alléger la charge des impôts.

Les tribus du Nord, au nombre de dix, sous la direction de Jéroboam, font sécession et créent le royaume du Nord ; le royaume d’Israël avec Samarie pour capitale. Seules les tribus de Benjamin et de Juda restent fidèles à Roboam.

Le fossé entre les deux royaumes est politique : le petit royaume de Juda, autour de Jérusalem, conserve la forme dynastique liée à la famille de David, tandis qu’en Israël le roi doit recevoir l’agrément du conseil des anciens et peut être remplacé s’il ne remplit pas son devoir.
La distinction entre les deux royaumes est aussi religieuse : les habitants d’Israël  sont vite appelés Samaritains qui veulent une religion plus simple, ceux de Judée, les juifs, restent monothéistes et considèrent les Samaritains comme des païens.

Pendant les trois siècles qui suivent le schisme, Jérusalem est  capitale du royaume de Juda ou royaume du sud. Elle est investie par des cultures et des cultes étrangers à cause de certains rois qui laissent sévir la corruption, le luxe et l’idolâtrie : les prophètes se dressent pour dénoncer ces déviations morales.

Certains n’hésitent pas à comparer Jérusalem à Sodome, détruite pour n’avoir pas su établir des règles de justice sociale. Seuls les rois Josaphat, Ezéchias et Josias, aidés par les prophètes Isaïe, Michée et Joël luttent contre l’idolâtrie et le royaume de Juda connaît sous leur règne, des périodes de prospérité et d’apogée culturel.

Isaïe, sous le règne de Ouzia  reproche au peuple son manque de rigueur sociale et religieuse : « Jadis pleine de justice, c’était l’asile de la vertu, et maintenant elle est un repaire d’assassins !…. Sion sera sauvé par la justice, et ses pénitents par la vertu. Impies et coupables s’effondreront ensemble…» 

Isaïe prévoit déjà le rôle de Jérusalem en tant que centre religieux universel.

Isaïe, par Michel-Ange

Un nouvel empire naît sur les rives du Tigre et de l’Euphrate ; c’est l’empire assyrien qui devient la puissante dominante dans le vaste Moyen-Orient. Le nouveau roi Achaz  tente de s’assurer les faveurs du nouvel empire : il encourage le culte des dieux assyriens.

Détail : le roi d’Israël Jéhu agenouillé devant le roi Salmanasar

Son fils, le roi Ezéchias décide de s’opposer à l’influence assyrienne dans le royaume de Juda. Soutenu par le prophète Isaïe, il purifie le Temple et renforce les remparts de Jérusalem. Pour assurer la sécurité de la ville en cas de siège, il fait creuser un canal souterrain qui détourne les eaux de la source de Gihon vers l’énorme réservoir de Siloé. Ce tunnel, long de 533 mètres, constitue une réussite technique exceptionnelle pour l’époque.

Tunnel d’Ezéchias

En -722 le royaume d’Israël tombe sous la domination assyrienne : sa population formée de dix tribus est déportée dans les régions orientales de la Mésopotamie.  Jérusalem redevient, pour une courte période, le rôle de centre religieux ; elle reçoit des réfugiés venant du royaume du Nord et la Ville reprend son expansion géographique.

Les Assyriens vont tenter de s’emparer de Jérusalem ; commandées par Sennachérib, les troupes assyriennes font le siège de la ville. Le roi Ezéchias supplie Isaïe d’intercéder auprès de Dieu pour sauver la capitale. Les assiégeants se retirent et Jérusalem préserve son indépendance en retrouvant sa puissance commerciale.

Pendant près d’un siècle, les rois de Juda réussissent à vivre en paix grâce à leur position d’état tampon entre les deux puissances rivales : l’Égypte à l’ouest et l’Assyrie à l’est.
A la mort du roi d’Assyrie, Assourbanipal, en 630, de nombreuses guerres civiles éclatent dans l’empire et en provoquent la chute. En 612 avant l’ère chrétienne, Ninive est détruite, c’est la fin de la puissance de l’Assyrie.

Quand Josias (639-609 avant l’ère chrétienne) monte sur le trône on assiste à un renouveau du service du Temple et par la confirmation de Jérusalem comme seul centre religieux de la nation.
Josias tire parti de la situation pour reconquérir une partie de l’ancien royaume d’Israël, dans le Nord du pays. Mais il connaît une fin tragique en – 609, lors d’une bataille contre les Égyptiens.
Les successeurs de Josias ne parviennent pas à maintenir l’indépendance reconquise. Le peuple nomme alors Joachaz comme roi, mais après trois mois de règne, Neko le déporte en Egypte et impose un tribut au royaume de Juda.
Neko va imposer Joïakim, le royaume de Juda devient un état vassal de l’Égypte. On assiste un retour des cultes des idoles. De nouvelles puissances régionales se forment : l’empire babylonien commence son expansion. Le royaume de Juda passe sous la domination de la Chaldée.
Profitant des divisions internes au sein de la famille royale : deux partis s’affrontent, les partisans de l’Égypte et les défenseurs de l’alliance en faveur des Babyloniens. Ces derniers s’emparent de Jérusalem, tuent le roi et jettent son corps par-dessus les remparts de la ville.
En -597, Joïakin monte sur le trône, il est très vite exilé à Babylone avec la majorité de sa cour : le Temple et le Palais royal sont pillés, l’élite du pays est déportée ainsi que  certains artisans comme les forgerons et les serruriers.

Les Babyloniens attribuent la couronne à Sédécias, oncle du roi, dont ils pensent qu’il se plierait à leur autorité. Sédécias est le dernier descendant de David à régner sur Jérusalem. Contrairement aux exhortations de Jérémie, il décide de se lancer dans la rébellion en organisant une ligue des états vassaux de la région.

La coalition montée par Sédécias va éclater rapidement et le royaume de Juda se retrouve seul face à la puissance babylonienne.
En 586 avant l’ère chrétienne, le roi babylonien Nabuchodonosor prend la ville après un siège de dix huit mois : le Premier Temple est détruit le neuvième jour du mois d’Av, les habitants de Jérusalem sont déportés ; les dirigeants de la nation et une grande partie des artisans, la ville est rasée. Cette date fatidique reste gravée jusqu’à ce jour dans la mémoire collective du monde juif.

Dans le texte des Lamentations le prophète Jérémie laisse éclater sa peine :
« Hélas ! Comme elle est assise solitaire, la cité naguère si populeuse ! Elle, si puissante parmi les peuples, ressemble à une veuve ; elle qui était une souveraine parmi les provinces a été rendue tributaire ! Elle pleure amèrement dans la nuit, les larmes inondent ses joues personne ne la console de tous ceux qui l’aimaient ; tous ses amis l’ont trahie, se sont chargés pour elle en ennemis.»


Commence ici le premier exil. L’exil de Babylone suscite l’aspiration à la délivrance nationale, tels sont les messages d’espoir et de retour délivrés par les prophètes Ezéchiel et Isaïe. Jérusalem reste une ville morte pendant près de cinquante ans.  Elle est devenue le symbole de la dispersion. Cette épreuve redoutable fait ressortir la place que Jérusalem occupe désormais dans le cœur des Juifs :

« Au bord des fleuves de Babel (Babylone), nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Sion, aux saules qui s’y trouvent, nous avions suspendu nos lyres, nos conquérants nous demandaient des chants, nos bourreaux de la joie « chantez-nous des chants de Sion !» Comment chanter le chant du Seigneur sur une terre étrangère ?
« Si je t’oublie, O Jérusalem, que ma droite m’oublie, que ma langue s’attache à mon palais. Si je ne me souviens pas de toi, si je n’élève pas Jérusalem au sommet de ma joie! » (Psaume 137).

L’exil de Babylone engendre dans le peuple l’aspiration à la délivrance. La promesse du retour à Jérusalem a été proclamée mais c’est encore la désolation.

La situation internationale ne tarde pas à changer ; une nouvelle puissance se lève à l’Est, c’est l’empire perse. Les armées perses, sous le commandement du roi Cyrus vont envahir l’empire babylonien. Le prophète Zacharie prédit alors le retour à Sion.
En -538 les exilés sont autorisés par le roi  perse Cyrus, à revenir dans leur patrie et à reconstruire leur Temple.
Le Psaume 126 évoque le bonheur du retour des exilés:

« Ramène nos captifs, Ô Éternel, comme Tu ramènes des ruisseaux dans le désert du Midi. Ceux qui ont semé dans les larmes, puissent-ils récolter dans la joie. » Dans le livre Béréchit est mentionné le nom de montagne, c’est-à-dire détruit comme il est écrit dans Les Lamentations « sur le mont Sion qui est dévasté. »

Ceux qui rentrent trouvent une Jérusalem en pleine désolation. Ils vont s’atteler à la reconstruction du Temple de Salomon. Le Temple est terminée soixante dix ans après sa destruction. Néanmoins les conditions favorables ne provoquent pas un repeuplement de Jérusalem.

En -538, les exilés sont autorisés par le roi perse Cyrus, à revenir dans leur patrie par l’édit d’Ecbatane et à reconstruire leur Temple. Le Psaume 126 évoque le bonheur du retour des exilés :

« Ramène nos captifs, Ô Éternel, Comme Tu ramènes des ruisseaux dans le désert du Midi. Ceux qui ont semé dans les larmes, Puissent-ils récolter dans la joie. »

Ceux qui rentrent, un dixième des exilés, trouvent une Jérusalem en pleine désolation. Ils se choisissent 12 chefs et deux commandants suprêmes : le Grand-Prêtre Josué et le gouverneur Zorobabel, petit-fils de l’avant-dernier roi Joïakin.

Malgré toutes les difficultés, les Juifs vont s’atteler à la reconstruction du Temple de Salomon. Au cours de la deuxième année après le retour les deux chefs Josué et Zorobabel posent la première pierre du nouveau Temple, en hébreu Beth Hamikdach.

Les travaux de reconstruction avancent très lentement, sont arrêtés durant 13 ans, à cause de conflits entre les Juifs du retour et ceux restés en Judée, d’un désaccord entre Zorobabel et Josué et de l’opposition entre les Juifs et les Samaritains. Le roi perse Darius retrouvant le décret de Cyrus dans les archives d’Ecbatane, autorise en -521, la reprise des travaux. Darius donne des subsides et prend toutes les mesures pour faire accélérer les travaux. Il punit de mort ceux qui s’opposent aux décrets royaux. Les Samaritains ne mettent plus d’obstacles. Les Juifs encouragés, reprennent les travaux.

En -516, le Temple est terminée 70 ans après la destruction. Si le plan du deuxième Temple est semblable au premier, si la plupart des objets saints ont été restitués par les Perses, il y a cependant des modifications sur la taille etrichesse des bâtiments, il y manque surtout l’Arche d’Alliance. Le deuxième Temple est bâti sur le mont Moriah, il se divise en trois parties : l’enceinte des femmes où l’on trouve le petit tribunal, l’enceinte d’Israël avec la salle de la pierre taillée où siège le Grand Sanhedrin[3] et l’enceinte des prêtres avec l’autel, les abattoirs et le sanctuaire.

Malgré les conditions politiques favorables, la situation des Juifs est très critique : ainsi Zorobabel disparait de la scène politique, les nouveaux gouverneurs sont peu efficaces. Sur le plan économique et social de grandes difficultés apparaissent dont les conflits sociaux entre Juifs riches et Juifs pauvres ne sont pas des moindres. Les pratiques religieuses se relâchent et les prêtres n’assument plus leurs fonctions. Dans ce contexte très délicat, le scribe Esdras, décide de rentrer en Judée.

Le roi perse Artaxerxès (465-424 av. J-C.)le charge de l’organisation juridique de la Judée, de l’organisation religieuse de la satrapie afin que la loi perse et la Torah soient appliquées. Après un voyage de cinq mois, Ezra et son groupe arrivent en Judée. Il exhorte les Juifs à reprendre l’étude la loi et à rompre les unions avec des femmes étrangères. C’est lui qui compose le canon de la Torah.

L’action de Néhémie, un fonctionnaire juif de la cour de Suse, va permettre d’insuffler une ferveur nationale nouvelle. Pour gagner la Judée il obtient du roi Artaxerxés, le titre de gouverneur de Judée, une escorte de soldats et des lettres de créances.

Dès son arrivée Néhémie inspecte l’état des portes et des murs de Jérusalem. Puis il se fait connaître et exhorte la population au travail. Il organise la reconstruction des murailles de Jérusalem.

Devant l’hostilité des Samaritains, soutenus par les Ammonites et les Nabatéens qui s’étaient coalisés pour détruire les murailles, Néhémie décide d’armer chaque ouvrier. Pour repeupler la Ville, Néhémie promulgue des lois qui obligent les classes aisées à construire leurs maisons à l’intérieur du périmètre urbain, et il institue un impôt annuel d’un tiers de shekel pour l’entretien du Temple. Il nomme son frère Hanani gouverneur civil, et Hanania gouverneur militaire. Néhémie encourage Ezra dans son projet de rénovation religieuse. Ensemble, devant 100 000 fidèles présents, ils organisent la cérémonie officielle de la lecture publique de la Torah. On attribue à Ezra la fixation du rituel de la prière et l’obligation de la lecture de la Torah. De grandes fêtes sont données pour célébrer la muraille reconstruite. Le service du Temple reprend tout son faste et Jérusalem retrouve sa place de centre religieux du monde juif.

Ainsi grâce à l’action conjuguée d’Ezra et de Néhémie, les Juifs de Judée ont retrouvé une certaine organisation politique et religieuse, des réformes économiques et sociales ont été lancées afin de réduire les inégalités criantes.

Le temps de la Grande Assemblée (430-330 av. J.-C)

Si nous disposons de peu de renseignements sur cette période qui s’étend de la mort de Néhémie à l’avènement d’Alexandre, on sait que la Judée est une province perse rattachée à la cinquième satrapie dont le mince territoire voit sa population augmenter grâce au retour de plusieurs vagues d’exilés. Dans la région de Jérusalem qui ne dépasserait pas 50 000 habitants, la population est rurale, le problème de l’eau est crucial.

Le gouvernement central perse permet à chaque province de vivre selon ses lois religieuses, en retour il lève un impôt lourd. Craignant des révoltes juives, le pouvoir local est confié au Grand Prêtre, considéré comme le chef de la nation, qui est responsable de la collecte des impôts.

Après la disparition du dernier prophète, Malachie, commence le temps des Scribes (en hébreu Soferim) : ces savants comptent les lettres, les mots et les versets de la Bible et tâchent de transmettre un texte immuable aux générations futures. La grande assemblée, fondée par Ezra et Néhémie, est formée de 120 membres, héritiers des prophètes, chargés de la justice et de l’éducation des enfants. On doit à cette grande assemblée : l’achèvement de la Bible hébraïque composée de 24 livres, la prière publique et la lecture publique de la Torah.

Alexandre et Jérusalem

Mais Jérusalem reste dépendante de l’administration perse. En -331, après la bataille d’Arbèles (Mésopotamie), tout l’empire perse tombe entre les mains d’Alexandre, fils de Philippe, venu de Macédoine, un pays montagneux situé au nord-est de la Grèce. Alexandre est considéré comme l’un des plus grands conquérants de l’histoire ; Il fait de son petit royaume le maître de l’immense empire perse, s’avance jusqu’aux rives de l’Indus et fonde près de 70 cités, dont la majorité porte le nom d`Alexandrie. L’écrivain grec Arrien[9] a rédigé, quatre cent ans plus tard, la chronique de ce grandcapitaine. Alexandre ne se contente pas de soumettre un empire mais veut l’organiser et lui apporter unecivilisation qui serait la symbiose entre la civilisation grecque et la civilisation orientale. Il crée des villes, y installe des Grecs et donne une nouvelle impulsion au développement économique et au commerce.

Alexandre s’inscrit ainsi dans la tradition de la coopération entre Grecs et Juifs. Très favorable aux Juifs il leur laisse une certaine autonomie et leur permet de vivre selon leurs principes religieux. A 32 ans, Alexandre meurt brutalement, les successeurs, les Diadoques, vont se disputer avec férocité l’empire tout entier.

Une fois de plus, la Judée devient l’enjeu de rivalités de deux grandes puissances régionales : les Lagides et les Séleucides. D’abord protégés sous les Ptolémées, les Juifs vont subir une dégradation rapide de leur condition d’existence sous les Séleucides.

Jérusalem au temps des Séleucides

En -198, Antiochus III, roi de Syrie et de la dynastie des Séleucides, s’empare de la Judée qui est sous sa domination. Pendant une vingtaine d’années les relations entre l’autorité séleucide et les Juifs sont sereines. La situation économique s’améliore, Antiochus III concède aux Juifs une large autonomie politique et religieuse.

A l’intérieur de la société juive un fossé économique et culturel se creuse entre deux partis : les Purs et les Hellénisants. Les premiers se recrutent parme les classes pauvres et sont les plus intransigeants sur le plan religieux. Quant aux seconds, ils se recrutent parmi les classes aiséeset ils adoptent tous les modes de vie et de pensée grecs.

C’est sous Antiochus IV que les persécutions antijuives vont commenceret le Temple profané ; la statue d’une divinité grecque est placée sur l’autel, dans les cours du Temple les soldats grecs organisent des orgies, on sacrifie des porcs sur l’autel. Devant cette lourde menace de disparition une grande partie de la population juive est décimée, seuls les Hellénisants acceptent les décrets.

La révolte des Hasmonéens ou Macchabées s’organise autour d’une famille de prêtres qui habite dans la petite localité de Modiin, au nord de Jérusalem. Ils attaquent l’armée séleucide et les Juifs hellénisants. En -164, ils réussissent à reprendre le contrôle du Mont du Temple. La tradition juive nous rapporte l’histoire du miracle de l’huile destinée au grand chandelier du Temple, qui est l’origine de la fête de Hanoukka, le 25 du mois de Kislev.

Les Séleucides considèrent les Hasmonéens comme des rebelles et se refusent à leur reconnaître l’autonomie.Il faut attendre jusqu’en -141 pour que les forces séleucides soient écartées par Simon Maccabée : la Judée redevient indépendante pendant un siècle.

Grâce à de brillantes conquêtes militaires, les Hasmonéens étendent les frontières de la souveraineté juive. La fin de la dynastie hasmonéenne est marquée par l’expansion de l’hellénisme. En fait une assimilation culturelle envahit tous les domaines de la vie quotidienne : les classes dirigeantes sont les plus menacées.

L’expansion de l’hellénisme

Une des conséquences de cet essor de l’hellénisme est le développement de diverses écoles de pensée à l’intérieur du judaïsme lui-même. Certains n’hésitent plus à critiquer la pratique traditionnelle et les valeurs du judaïsme.

Deux groupes s’opposent ; d’une part les Saducéens qui comptent surtout les familles sacerdotales et d’autre part les Pharisiens dont les membres sont recrutés plus largement dans l’ensemble de la population. Les premiers pratiquent une observance pure et simple des règles de la Torah et du rituel du Temple : ils sont favorables à la domination hellénistique et romaine plus tard. Leur théologie rejette toute pensée mystique et apocalyptique, la littérature prophétique est jugée comme « dangereuse ». Quant aux Pharisiens, ils considèrent que l’influence de la religion doit se faire sentir dans tous les domaines de vie : ainsi sur le plan politique, ils combattent l’influence grecque.

Outre les Saducéens et les Pharisiens, d’autres groupes émergent, les Esséniens[14], qui tentent de créer des communautés contemplatives à l’écart des villes.

Il faut mentionner un évènement crucial, tant pour la vocation juive que pour la vocation chrétienne plus tard, la traduction en grec de la Bible dite des Septante au IIe siècle avant l’ère chrétienne, à Alexandrie. Alors que les dieux grecs sont de plus en plus raillés par les philosophes, le moment est favorable à l’expansion du monothéisme juif. Dans le même temps se développe un rejet des Juifs à cause de ces « écrits juifs » qui constituent un ferment de révolution dans une civilisation qui repose sur l’exploitation de l’esclavage.

Les débuts de la puissance romaine

Une nouvelle période s’ouvre avec les débuts de la domination romaine. La situationde la dynastie hasmonéenne est tellement affaiblie que deux prétendants engagent une lutte armée pour la succession. Les deux frères-Hyrcan II et Aristobule II- et le peuple se tournent alors vers la nouvelle puissance montante, Rome, chargée de rétablir l’ordre dans le royaume décadent.

Pompée fait de la Judée une province romaine, il s’empare de la forteresse de la Montagne du Temple le jour de Kippour. Il pénètre dans le Saint des Saints qu’il trouve videet constate qu’il n’y a :

« Pas le moindre Dieu en effigie là-dedans. La place est vide, point de mystère. »

L’intelligence politique de César, qui accorde une pleine liberté de culte à tous les Juifs à travers l’empire romain, opère une réconciliation temporaire.

En -37 Hérode, nommé roi de Judée par le Sénat, devient rapidement un tyran barbare. Originaire de la région d’Idumée où les habitants ont été convertis de force, Hérode opprime le peuple, l’aristocratie judéenne et sa propre famille, mais c’est aussi un grand bâtisseur. Sous son règne, Jérusalem devient une ville magnifique.

Après la mort de César, Hérode fait édifier dans la Ville Haute un grand palais fortifié et reconstruire le Temple dont la construction lui paraît trop modeste.

Le Temple rebâti n’a plus rien de commun avec le modeste édifice qui l’a précédé. Pour l’agrandir, le roi modifie le relief. Ainsi, une esplanade plus vaste est aménagée, elle est à tous, étrangers compris mais l’entrée dans l’enceinte sacrée n’est permise qu’aux Juifs. L’édifice est maintenu rebâti en marbre blanc rehaussé d’or et neuf de ses portes sont revêtues d’or et d’argent aux frais de riches fidèles.

Dans l’édifice lui-même, la tripartition du Temple de Salomon est maintenue. Du Temple lui-même, il reste un morceau de l’enceinte appelé le Mur des Lamentations par les chrétiens. Les Juifs l’appellent simplement le mur occidental ou Kotel.

Les sources juives sont élogieuses à propos des projetsqui font émerger une Jérusalem nouvelle dont la seule rivale en Orient est Alexandrie. Ainsi peut-on lire dans le Talmud :

« Qui n’a pas vu l’édifice d’Hérode, n’a pas vue de bel édifice de toute sa vie. »[16]

Flavius Josèphe considère que les travaux du roi Hérode sur le Mont du Temple constituent la plus importante réalisation architecturale de son temps. Plus de 10 000 ouvriers ont participé aux travaux mais la majorité des prêtres s’oppose à ce qu’on touche au Temple.

Les débuts du christianisme à Jérusalem

Capitale du judaïsme antique, Jérusalem va devenir la mère des premières églises chrétiennes, à une époque de fermentation religieuse et de lutte contre les Romains. Au moment des grandes fêtes juives, une foule immense monte vers Jérusalem, le procurateur romain, un haut fonctionnaire, s’y rend en personne avec une garnison renforcée.

Dans un contexte explosif apparait un juif de Galilée nommé Jésus qui arrive à Jérusalem en 33, monté sur un ânon, selon la prophétie de Zacharie, la présence dans cette foule de zélotes, de sicaires, de patriotes exaltés, presque tous galiléens, augmente d’autant la tension.

Il chasse les vendeurs du Temple, y annonce la destruction de Jérusalem et son remplacement par un autre Temple (son corps), y institue l’Eucharistie au cours de la Cène. Il est accompagné d’un nombre de disciples, pour y célébrer le Seder, le repas célébré le premier soir de la fête de pâques, la fin de l’esclavage des Hébreux en Egypte.

Après quoi il se rend au pied du mont des Oliviers, et c’est là qu’il est arrêté. On le mène devant le procureur romain, Ponce Pilate (26-36), et il est le même soir, condamné à être crucifié sur le Golgotha. C’est un châtiment romain très souvent utilisé par la justice impériale Les Apôtres quittent Jérusalem et vont prêcher à travers le monde.

Après la mort de Jésus, ses disciples, convaincus qu’il reviendrait sur terre sous la forme du Messie, créent à Jérusalem leur propre communauté. Les judéo-chrétiens, les premiers adeptes, ne sont qu’une petite secte parmi bien d’autres qui foisonnent à Jérusalem à l’époque romaine.

Les Actes des Apôtres en décrivent la vie. Les premiers adeptes forment les groupes de judéo-chrétiens. Progressivement, des groupes de fidèles forment une assemblée (Eglise ou Ekklésia en grec) d’abord à Jérusalem où est régulièrement commémorée la Passion. Deux chefs s’en dégagent : Pierre et Jacques, le frère de Jésus. Progressivement, la nouvelle Eglise va s’étendre aux non-Juifs, ce qui posera la question de la validité de la loi juive issue de la Torah. Une assemblée tenue en 48 à Jérusalem tranche la question en dispensant les non-Juifs de devoir appliquer la Loi juive.

Selon Claude Duvernoy[19] :

« Durant une quarantaine d’années, ses premières années, la communauté des disciples du Christ ne représentait nullement une église faisant face à la synagogue ; mais bien au contraire constituait une secte juive au sein de cette synagogue, étroitementrattachée, elle aussi, aux prières et au culte dans le Temple de Jérusalem. »

Dans sa fameuse épître aux Romains, au onzième chapitre, Paul reconnaît que l’histoire du salut est désormais partagée en deux périodes : la première sous le signe des nations écoutant « la bonne nouvelle », et la seconde sous le signe d’Israël réintégré chez lui. L’apôtre des Gentils, va évoquer le salut de tout Israël, en citant Isaïe (II : 6) :

« Et ainsi tout Israël sera sauvé selon qu’il est écrit :

De Sion viendra le Libérateur Il ôtera le péché du milieu de Jacob… »

Lesdisciples quittent Jérusalem et vont prêcher à travers le monde. Cependant une église primitive se forme, on y trouve et on y vénère aussi des souvenirs de la Vierge Marie, des Saints, Etienne et Jacques qui y ont été martyrisés.

Les révoltes juives antiromaines

Soixante ans après la mort d’Hérode éclate un soulèvement général des Juifs. La présence romaine étant devenue insupportable, l’agitation entretenue par les nationalistes juifs anti-romains ou sicaires prend une grande ampleur.

En 64-66, le procurateur romain de la Judée, Florus, vole 17 talents d’or dans le trésor du Temple ce qui déclenche une réaction populaire.

Très rapidement par dérision, une quête est organisée dans les rues de Jérusalem pour le « pauvre procurateur ». Furieux, Florus envoie ses troupes qui se livrent dans Jérusalem à de sanglants combats. Mais les Juifs se défendent avec courage : Florus doit battre en retraite et retourne à Césarée. Cette insurrection, modeste, encourage les partisans de la lutte ouverte contre les Romains, les Zélotes.

D’une lutte contre Florus certains vont se tourner vers le combat contre la domination romaine ; des Zélotes s’emparent de la forteresse de Massada et massacrent la garnison romaine. Le fils du Grand Prêtre, refuse d’apporter le sacrifice quotidien offert en l’honneur de l’empereur. Ce sont les points de départ de la révolte.

La guerre va durer plus de trois ans. En 69 après avoir conquis la Galilée, le Golan et le reste de la Judée, le général Vespasien est élu empereur et laisse à son fils, Titus, le soin de prendre Jérusalem.

La prise de Jérusalem par les Romains

Titus installe son camp au mont Scopus. Malgré une défense acharnée des Juifs affamés, il fait une brèche dans le troisième rempart, celui d’Agrippa I, puis le deuxième rempart tombe sous les coups de béliers des assaillants. Les Juifs se réfugient alors derrière le mur le plus ancien, prêts à mourir plutôt que de céder. Titus fait construire un mur à l’extérieur de ce dernier rempart pour affamer davantage la population. Il essaie d’entrer en relation avec les Juifs par l’intermédiaire de Flavius Josèphe.

Après la chute de la forteresse Antonia, les Juifs se retranchent dans l’enceinte du Temple qu’ils croient inexpugnable. Le siège est rendu plus terrible encore par la famine ; les assiégés qui essaient de s’échapper de la ville, sont pris par les Romains, éventrés ou crucifiés.

« Il y en avait tellement qu’on manquait de place pour les croix et de croix pour les corps. Quand l’armée n’eut plus rien à tuer ni à piller, faute d’objets où assouvir sa fureur – car si elle avait eu de quoi l’exercer, elle ne se serait abstenue par modération d’aucune violence – Titus lui donna aussitôt l’ordre de détruire toute la ville et le Temple, en conservant cependant les tours les plus élevées, celles de Phasaël, d’Hippicos, de Mariamme, et aussi toute la partie du rempart qui entourait la ville du côté de l’ouest. Ce rempart devait servir de campement à la garnison laissée à Jérusalem ; les tours devaient témoigner de l’importance et de la force de la ville dont la valeur romaine avait triomphé. Tout le reste de l’enceinte fut si bien rasé par la sape que les voyageurs, en arrivant là, pouvaient douter que ce lieu eût jamais été habité. Telle fut la fin de Jérusalem, cité illustre, célèbre parmi tous les hommes, victime de la folie des factieux.», rapporte l’historien juif Flavius Josèphe, alors interprète par les Romains.

Après plusieurs semaines de combats effroyables, le second Temple est incendié, à la date anniversaire de la destruction du premier, les 9 et 10 du mois d’Av. Plusieurs centaines de milliers de Juifs sont massacrés ou emmenés en esclavage à Rome.

L’arc de Titus à Rome commémore la victoire romaine contre les Juifs. Il ne reste de la ville qu’une muraille de soutènement, le mur occidental, qui devient alors le Mur des Lamentations.

Aucun évènement n’a autant marqué la mémoire juive pendant près de deux millénaires que la destruction du Second Temple.Tous les courants du Judaïsme sont éliminés par la violence de la guerre.

La dernière révolte juive

Soixante ans après la grande révolte juive, sous le règne de l’empereur Hadrien, une seconde grande révolte juive éclate. Lorsqu’il prend la charge suprême de l’empire romain, à 42 ans Hadrien se considère comme le meilleur défenseur de la civilisation gréco-romaine. A la suite de sa visite en Judée, il prend des mesures antijuives. La première année de la guerre, les révoltés conduits par Bar Kokhba enregistrent des victoires contre les armées romaines : un semblant de service est rétabli sur les ruines du Temple.

La riposte romaine est terrible, l’empereur Hadrien vient lui-même en Judée : Jérusalem est reprise et les Juifs atterrés par cette nouvelle se replient vers la Mer Morte, Massada et Bétar. Les Romains pourchassent les Juifs et leurs familles réfugiées dans les grottes et toutes les poches de résistance sont vaincues.

Jérusalem est alors complètement rasée. Débaptisée, elle porte désormais le nom romain d’Aelia Capitolina où un temple est dédié à Jupiter sur l’emplacement du Temple des Juifs qui n’ont plus le droit d’entrer dans la Ville sous peine de mort, la Judée désormais baptisée Palestine, est désertée.

Pendant ce temps, le centre de la vie juive se reconstitue en Galilée autour de rabbins et d’érudits installés à Safed, Tibériade et Zippori où ils rédigent le Talmud[22]. Après la première révolte juive, Johanan Ben Zakkaï est parvienu à sortir de Jérusalem caché dans un cercueil[23]. Il obtient de Vespasien, futur empereur, l’autorisation de fonder une école rabbinique à Yavné. Avec ses successeurs, il va refonder un Judaïsme privé du Temple et de tout pouvoir temporel : élaboration de la Mishna (codification de la loi orale), du Talmud dont celui de Babylone dépasse en renommée celui de Jérusalem. Un des deux Talmud est appelé Talmud de Jérusalem, alors qu’il a été rédigé en Galilée. Le nom qui a été attribué à ce Talmud marque l’engouement qu’éprouvent ses rédacteurs envers la Ville sainte.

Désormais, ce sont les docteurs de la Loi qui vont être les régulateurs de la religion juive. Jérusalem n’est plus qu’un vœu et un symbole d’espérance.

Pendant deux siècles, Jérusalem demeure une cité païenne. Si Jérusalem cesse d’être alors la capitale d’un état juif, durant le temps de la perte d’indépendance nationale, la ville demeure malgré tout le centre de la foi religieuse.

Pendant plus de 300 ans il est interdit aux Juifs d’entrer à Jérusalem ou même de s’en approcher sous peine de mort.Saint Jérôme, violemment anti-juif, témoigne déjà au IVesiècle de l’habitude des Juifs de venir pleurer le long du mur :

« Jusqu’à ce jour, ces locataires hypocrites ont l’interdiction de venir à Jérusalem, car ils sont les meurtriers des prophètes et notamment du dernier d’entre eux, le Fils de Dieu ; à moins qu’ils ne viennent pour pleurer car on leur a donné permission de se lamenter sur les ruines de la ville, moyennant paiement ».

Pour illustrer notre réflexion, on relate cette histoire mettant en scène le célèbre rabbin Akiva qui a soutenu l’une des dernières révoltes juives antiromaines dirigée par Bar Kochba.

Rabbi Akiva, raconte le Talmud, passa un jour avec sesélèves près du Mont du Temple, quand ils aperçoivent un renard qui rôde sur l’emplacement du Saint des Saints. Les compagnons de Rabbi Akiva fondent en larmes, mais Rabbi Akiva sourit :

« Pourquoi ris-tu ? » lui demandent-ils. « Et pourquoi pleurez-vous ? ». « Nous voyons l’endroit où seul le grand Prêtre avait accès hanté par les renards et nous ne pleurons pas ? » « C’est pour cela, répond Akiva que je ris. Si la menace divine de détruire son sanctuaire s’est bien réalisée, sa promesse de le reconstruire plus beau qu’avant s’accomplira certainement aussi » et les autres de s’écrier « Akiva, tu nous as consolés ».

Cette anecdote contient les thèmes majeurs de l’histoire : la splendeur, la destruction et la renaissance du monde juif.

 

Adaptation par Joël Guedj

[1]  Genèse 14,18
[2] Genèse 22,2 et 22,14
[3]  Samuel 5,5-9
[4] Le décret en faveur des Juifs apparaît deux fois dans la Bible : dansle Livre d’Ezra (chap.1 et chap.6) et dans Le deuxième livre des Chroniques (chap. XXVI).
[5] Selon le calendrier hébraïque, le 3 Adar. L’inauguration a eu lieu à la fête de Pessah, qui célèbre la Sortie d’Egypte des Hébreux.
[6] Le Grand Sanhedrinest un tribunal comprenant 71 membres alors que le Petit Sanhedrin comprenait 23 membres.
[7] Un scribe était un personnage important à l’époque où tout le monde ne connaissait pas l’écriture. Il avait pour mission de rédiger la loi dans les parchemins sacrés.
[8] Artaxerxés est peut-être Assuérus qui soutient les Juifs face à un complot déjoué par Esther ; Dans la tradition juive, cet évènement est célébré par la fête de Pourim.
[9] Après leur retour en Judée de nombreux Juifs épousent des femmes étrangères : les Moabites, Samaritaines.
[10] Néhémie est considéré comme le principal maître d’œuvre de la reconstruction des murailles de Jérusalem, et comme l’auteur principal du Livre de Néhémie.
[11) La lecture publique concerne les 5 livres de la Torah
[12] Arrienest un historien romain de langue grecque (v.95-v.175). Arrien prit le surnom de Xénophon, en hommage à l’élève de Socrate.
[13] Les Juifs vouaient une grande reconnaissance à Alexandre au point qu’ils donnent son nom à leurs enfants.
[14] Le mois de Kislev fait partie du calendrier hébraïque.
[15] Saducéens : cesont les membres du clergé à l’époque du Premier Temple dont le Grand Prêtre était Sadoq[]
[16]Pharisiens : membres d’un groupetrès exigeant dans l’observation des commandements et des préceptes de la Loi écrite et orale.Peroushîm veut dire « séparés ». Les pharisiens constituent une grande partie des juifs des premiers siècles.
[17] Esséniens : ce sont les membres d’une communauté juive, fondée vers le IIesiècle av. J.-C. Les principaux groupements s’établirentsur les rives de la mer Morte. Les éléments connus sur ce groupe proviennent de Philon d’Alexandrie, de Pline l’Ancien et de Flavius Josèphe.
[18] Pompée le Grand est un général et homme d’État romain (-106 à – 48).Il fut marié cinq fois et épousa notamment Julia, la fille de Jules César.
[19] On peut lire dans Le traité de Soucca : « Qui n’a pas vu Jérusalem dans sa splendeur, n’a jamais vu une ville splendide », dans Le traité de Kiddouchin on lit : « L’univers a été doté de dix mesures de beauté : neuf ont été attribuées à Jérusalem et une seule pour le reste de l’univers », selon l’ouvrage Aboth de Rabbi Nathan 28, « Il n’y a pas de beauté comme Jérusalem. »
[17] Eucharistie ; sacrifice chrétien. En mangeant l’hostie le chrétien absorbe l’esprit du Christ.
[18] Le récit des Actes des Apôtres, cinquième livre du Nouveau Testament, Le récit débute avec l’Ascension suivie de la Pentecôte et relate les débuts de l’Église primitive qui se constitua autour des Apôtres à Jérusalem et se répandit ensuite en Judée, Galilée et Samarie et dans les communautés juives de la diaspora, avant de se séparer d’elles.
[20] Claude Duvernoy, Le sionisme de Dieu, Centre de diffusion Suisse 1976.
[21]Christ vient du mot grec Christos qui signifie Messie
[22] Talmud : en hébreu, enseignement. Ensemble des écrits tirés des enseignements des rabbins, de la loi orale, interprétation de la Bible hébraïque. Il est composé d’un texte central, la Michna (IIe siècle) et d’un commentaire de cette Michna, la Guemara (Ve siècle). Il existe deuxcompilations talmudiques : le Talmud dit de Jérusalem et le Talmud de Babylone
[23] Cf. Le Talmud de Babylone.
[24]Rabbi Akiva est l’un des plus importants maîtres de la troisième génération de docteurs de la Mishna (Ie–IIesiècles)
[25]Simon BarKokhba fut un patriote juif, et le chef de la dernière révolte des juifs contre l’empire romain.

Ville D’Élection
Reflet de la Divine demeure
Ville Royale, établie par David
Pour sa messianique lignée
Ville de Sainteté
Initiée à travers ses prêtres
Au service de L’Unique Révéré
Ville éprouvée
Site de toutes les convoitises
Ville solitaire
Longtemps endeuillée
Ville éternellement attachée
A ses serments de Fidélité
Ville de toutes les mémoires
De notre longue histoire
Des lustres du passé
Des douloureuses traversées
Des déchirures, des silences
Des séparations forcées
Des souillures, des offenses
Des soumissions imposées
Ville qui, épousant le Temps
Patiemment attendait…
Ville qui espérait
Le retour de ses enfants exilés
Ville retrouvée par ceux
Qui n’ont jamais cessé de t’aimer
Non pour te ravir et t’enchaîner
Mais pour te reconstruire, te parer
Des neuf parts de beauté
Dont le ciel t’a dotée
Ville, malgré les années
Belle et sans rides
Souriant à nos espérances
A tes constructeurs, à tes bâtisseurs
Venus de loin te relever
Ville qui ne s’est jamais reniée
Qui relève la tête, métamorphosée
Sous des traits de modernité.
Ville toujours en quête
De son intrinsèque pureté
Ville en marche
Vers les temps rédimés, retrouvant
La voix de ceux qui ont prophétisé
Ville qui aspire au vieux rêve du voyant
Faire de Toi Jérusalem
La Ville Habitée du Souffle
De La Divine Présence
De Lumière Révélée et de Paix.
Yérouchalaïm    Alice Benchimol (2015)

Jérusalem dans la vision juive – Vidéo ©

(Source : JForum)